Durs à assimiler, ces canadiens français

L'âme des peuples se trouve dans leur histoire


Karim Benessaieh La Presse - En 1844, la nouvelle législature, composée de 84 élus et 24 personnalités désignées, est entièrement dominée par le gouverneur général. C'est lui qui nomme les ministres au sein du conseil exécutif, qui ne reflète pas le résultat des élections.
Tout change en 1848.
En quatre ans, au lieu d'être assimilés comme le prônait le rapport Durham, les députés canadiens-français s'organisent et arrivent à s'imposer, malgré leur faible nombre. En mars 1848, l'Assemblée retire sa confiance aux ministres nommés par le gouverneur, qui sera obligé de confier les rênes du pouvoir à la majorité réformiste, menée par Louis-Hippolyte La Fontaine. Pour la première fois au Canada, la majorité parlementaire est au pouvoir, et la voie vers l'instauration d'un gouvernement responsable - élu, qui doit rendre des comptes à l'Assemblée législative et y siéger - est ouverte.
C'est cependant à cause d'un tout autre projet de loi, celui qui offrait des compensations aux victimes de la répression des soulèvements de 1837-1838, que la marmite saute. Ulcérée par ce qu'elle interprète comme une récompense aux Canadiens français rebelles, une frange importante des Canadiens anglais part en croisade contre le «bill des indemnités». Un des leaders de la contestation, Allan MacNab, a cette déclaration savoureuse dans le Journal de Québec, telle que la rapporte l'historien Gaston Deschênes: «L'Union a complètement manqué son but. Elle fut créée pour l'unique motif d'assujettir les Canadiens français à la domination anglaise. Le contraire en est résulté.»
Le soir du 25 avril 1848, un groupe de quelque 1500 émeutiers, rassemblés par le quotidien The Gazette, marche sur le parlement dans lequel siègent encore les élus, et y mettent le feu. Montréal perd son statut de capitale deux semaines plus tard, au profit de ses deux rivales Toronto et Québec, jusqu'à ce que la reine Victoria choisisse Ottawa en 1857.
Quant à l'édifice, il sera reconstruit deux ans plus tard pour redevenir un marché. Il sera détruit à nouveau en 1901 et deviendra, au tournant des années 20, un stationnement.


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