Deuxième Guerre mondiale - Le choc russe

L'âme des peuples se trouve dans leur histoire

Les commémorations organisées pour souligner le début de la Deuxième Guerre mondiale en Pologne ont été le théâtre d'une foire d'empoigne avec l'Histoire comme enjeu. Tout a débuté lorsque les autorités russes ont communiqué des documents établissant, selon elles, la responsabilité du gouvernement polonais de l'époque dans le déclenchement du carnage que l'on sait. Après quoi, le premier ministre Vladimir Poutine s'est livré à un demi-devoir de mémoire. Il a formulé un oui, mais. Il a composé un sophisme.
De quoi s'agit-il? Il a qualifié le pacte de non-agression signé entre l'Allemagne nazie et la Russie soviétique d'immoral, tout en prenant soin de souligner que tous les autres traités négociés avec Hitler l'étaient tout autant. Il faisait clairement allusion à celui dit de Munich que Français et Britanniques avaient endossé et qui s'était traduit par l'invasion quasi immédiate de la Tchécoslovaquie. Au passage, tout en taxant d'immoraux les actes en question, il s'est permis de disculper Staline et consorts comme suit: «La diplomatie soviétique de l'époque estimait, au minimum, déraisonnable de refuser la proposition de l'Allemagne, et avec raison...»
Bien évidemment, la posture adoptée par Poutine a ulcéré des historiens et politiciens polonais qui parlent de révisionnisme. Certains allant jusqu'à mettre les atrocités nazies à égalité avec celles des Soviétiques. Mettons que l'exercice visant à confectionner une échelle des horreurs n'est pas très joli, joli. Cela étant, l'épisode observé hier à Gdansk a ceci de riche en enseignements qu'il s'avère le premier acte posé sur la scène internationale depuis que le président Dmitri Medvedev a instauré une commission pour empêcher la falsification de l'Histoire.
En effet, en mai dernier le leader russe a créé cette commission où les historiens, entre autres particularités, sont minoritaires. Ces derniers siègent aux côtés de mandarins des ministères de la Défense, de l'Intérieur et du FSB (ex-KGB). Le patron de cette officine? Le chef de cabinet en personne de Medvedev. Toujours est-il que le mandat assigné à ces messieurs est de gommer, d'effacer, de contrecarrer tout détournement de l'Histoire «portant atteinte aux intérêts de la Russie». Il y a lieu de préciser aux intérêts... présents de la Russie.
En réalité que cherche le Kremlin? À interdire toute analyse critique sur l'avant et l'après-guerre, l'Armée rouge ayant défait l'Allemagne. Moscou s'acharne comme jamais à tuer dans l'oeuf tout examen de l'occupation soviétique par les anciens satellites du glacis soviétique. À preuve, de tous les présidents russes depuis la chute du Mur, Poutine a été celui qui a réduit l'accès aux archives. Beaucoup craignent d'ailleurs qu'à la suite de la création de cette commission, le Kremlin étrangle davantage l'accès aux documents.
Pour terminer, une question s'impose: comment Medvedev et Poutine vont-ils extirper de la mémoire des Polonais, Hongrois, Tchèques, Slovaques, Bulgares, Baltes et autres le souvenir de l'occupation soviétique alors qu'on le sait encore frais?


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