Assez c’est assez!

On tue les vieux

Le gouvernement Legault doit éliminer la maltraitance des personnes âgées IMMÉDIATEMENT

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Tribune libre

Je suis en train de lire deux livres fascinants écrits en 2006 et 2009 par le professeur Jacques Soubeyrand en collaboration avec un gériatre de Marseille, le journaliste Dominique Prédali ainsi qu’un dénommé Christophe Fernandez qui a été le président de l’association française de protection et d’assistance aux personnes âgées (AFFAP) en France, sous la coordination de Thierry Pons. Le premier livre « On tue les vieux » a été publié en 2006. Le deuxième livre « 12 gériatres en colère » en 2009. Les deux livres racontent comment la maltraitance faite aux personnes âgées dans les CHSLD est systémique et mondiale. Habituellement, vivre plus vieux implique-t-il vieillir mieux ? Oui, est-on spontanément amené à répondre. La certitude de cette affirmation n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît. Car trop souvent, les conditions de fin de vie sont désastreuses pour nos seniors qui meurent dans la souffrance, la solitude et l’indifférence. La maltraitance dont ils sont victimes se trouve au même stade de tabou que se situait la maltraitance contre les enfants il y a 30 ou 40 ans.


Principale cause ? Une population de plus en plus soumise au principe de rentabilité, instrumentalisée à la fois comme cause de déficit à l’hôpital et source de profits dans les maisons de retraite livrées au privé. Pendant longtemps, les hôpitaux ne dépassaient pas 70-75 % de remplissage afin d’encaisser les à-coups conjoncturels. Les politiques de restructuration des soins de santé ayant imposé un taux de 95 %, le fonctionnement à flux tendu provoque des conséquences désastreuses. Ainsi, de la saturation des urgences qui contraint nombre de personnes âgées à rester bloquées sur un brancard dans un couloir durant 8 à 12 heures. Alors même qu’elle demande beaucoup de bras, la gériatrie bénéficie d’un des ratios personnel/malade parmi les plus bas.


Comment réussir à prendre en charge les patients âgés sans accroître les déficits, à une époque où le mot d’ordre est de diminuer les coûts ? Le manque de crédit contraint parfois les médecins à renoncer à certains traitements et examens. Et le premier facteur discriminant retenu est le plus souvent l’âge. La situation n’est pas meilleure dans les maisons de retraite, dont un tiers des lits sont indignes d’accueillir des personnes dépendantes. Si les résultats financiers du secteur privé sont florissants, la qualité des prestations proposées laisse largement à désirer. Les négligences constatées sont inhérentes au fonctionnement naturel d’établissements qui choisissent la rentabilité : salaires minimums, personnel en sous-effectif, manque de formation adéquate pour affronter la démence et savoir comment interpréter et gérer les comportements difficiles des résidents. Il faut entre 30 et 60 minutes pour nourrir convenablement une personne dépendante. Cela coûte trop cher : le gavage reste le seul moyen rentable (tout mixer de l’entrée au dessert en une bouillie infâme). Avec le manque de préposés, on est loin du compte.


Par économie, « on demande aux femmes de ménage de faire le travail des aides-soignants, aux aides-soignants de faire celui des infirmières et aux infirmières de prendre la place du médecin » (p.140). Mais si les maisons de retraite sont sous-médicalisées, les pensionnaires sont quant à eux surmédicalisés : rien ne vaut un petit cocktail de neuroleptiques pour assommer des pensionnaires qui se montrent par trop agressifs ou déambulateurs et donc trop chronophages (qui demande beaucoup de temps). Déshydratation, dénutrition et plaies de lits sont récurrentes. En page 67, il est dit que pour empêcher les alzheimériens de déambuler, on les attache dans la tenue et la position réglementaire : vêtus d’une couche rose dans une culotte façon résille avec petite nuisette de drap blanc-- qui arrive à mi-cuisse quand elle est bien tendue et ouverte dans le dos, avec les bras en croix pour qu’ils ne puissent pas arracher les petits tuyaux dans les bras, le nez et la vessie. Les plus maltraités sont les déments agressifs.


Au fil de ma lecture, je me suis demandé comment les gouvernements soi-disants compatissants envers les personnes âgées pouvaient agir comme ils le font dans la réalité? N’ont-ils jamais entendu parler de ces deux livres écrits par des gériatres qui voulaient sonner l’alarme, déjà en 2006? Parce qu’il faut se l’avouer. Rien n’a changé depuis l’écriture de ces livres. Pire, les choses se sont dégradées.


Quand j’entends les journalistes défendre l’improvisation des autorités de la santé publique et du gouvernement tout au long de cette pandémie, prétextant l’inconnu, permettez-moi d’en douter.  Pourtant, dans un moment de panique de la santé publique et du gouvernement, des centaines d’aînés ont été transférés des hôpitaux de la province vers des CHSLD et d’autres milieux d’hébergement, afin de libérer une partie des 6000 lits dont le gouvernement prévoyait avoir besoin pour faire face à la crise de COVID-19 dans les hôpitaux. Or ces aînés ont littéralement été « jetés dans la gueule du loup. Ensuite tout le monde se demande comment il se fait qu’il y ait tant de morts dans les CHSLD! Calvaire!


https://www.lapresse.ca/covid-19/202004/10/01-5268828-chsld-des-aines-jetes-dans-la-gueule-du-loup.php


En ce matin du 12 mai, dans le journal de Montréal, Richard Martineau a fait une chronique concernant l’histoire de l’infirmière-auxiliaire Krysty-Lyn Kemp, qui travaillait au CHSLD Herron qui est sous tutelle et qui fait présentement face à trois enquêtes. La dame voulait aller travailler dans un autre CHSLD pour venir en aide. Elle a demandé à se faire tester pour être sûre de ne contaminer personne. Ils lui ont demandé si elle avait des symptômes parce qu’ils lui ont clairement dit que si elle n’en avait pas, elle ne serait pas testée. Elle a menti en disant qu’elle toussait et qu’elle avait fait de la fièvre. Ils l’ont testé. Il s’est avéré qu’elle avait le covid-19.


https://www.journaldemontreal.com/2020/05/12/du-gros-nimporte-quoi


Les autorités qui décident de ne pas tester les gens asymptomatiques sont d’une stupidité incroyable. C’est le monde à l’envers. Je commence à comprendre pourquoi il y a tant de cas de morts dans les CHSLD. Tout le va-et-vient incessant des infirmières qui ne sont pas testées. Pourquoi les autorités médicales sont-elles aussi stupides? C’est un non-sens. Il serait temps que les imbéciles qui décident de ne pas tester les gens qui travaillent dans les hôpitaux et dans les CHSLD le fassent. Ensuite on nous demande de faire confiance à la science. Tout le monde se demande comment il se fait qu’au Québec c’est pire qu’ailleurs! Moi petit citoyen niaiseux et insignifiant, je commence à comprendre pourquoi. Ce sont les décisions néolibéralistes qui aggravent le problème. On ne dépiste pas les gens qui interchangent d’endroits? Quand on fait le décompte des décisions stupides qui ont été prises en combinant les maltraitances faites sur une longue période dans ces institutions, on en vient à comprendre clairement ce qui se passe dans les CHSLD. Commençons par la mal nutrition qui perdure depuis tant d’années.


Dans le livre « On tue les vieux » à la page 123, les auteurs démontrent que la dénutrition affaiblit le système immunitaire, provoque une rapide déperdition musculaire, augmente la fragilité, entraîne des problèmes pulmonaires, rénaux et puis la mort. À la page 117, il est clairement dit qu’advenant une bonne épidémie de grippe, cela suffirait à déclencher une crise sanitaire majeure.


Le sort des personnes âgées indiffère une grande partie de la population tant que ce ne sont pas leurs parents. La gériatrie n’est pas un domaine encouragé par les subventions gouvernementales. Les citoyens ne veulent pas s’occuper de leurs parents en fin de vie. Ils n’ont pas le temps. La preuve c’est qu’ils les planquent dans des mouroirs et, par la suite, vont rarement les visiter, ce qui laisse le chemin libre aux maltraitances provoquées par de subtils moyens comme la surmédication, la bouffe molle et la violence physique, tout ça pour s’en mettre plein les poches. Mijoter dans sa couche de merde pendant des jours ne doit pas aider à renforcir un système immunitaire. Pendant les canicules, les gestionnaires riches de CHSLD n’ont pas même pas la décence d’installer des climatisations, prétextant que, de toute façon, les vieux ont toujours froids. Les priorités des gestionnaires ne sont pas axées sur le bien-être de leurs résidents, mais sur les profits que leur occasionnent leurs coupures. Les résidents en mauvais état sont des bloqueurs de lits. Malgré tous les cas dénoncés dans les médias, certains gestionnaires continuent, malgré tout, d’agir comme des Nazis en prenant des décisions inhumaines (coupures dans les couches, bains, bouffe molle, plaies de lits) sous l’œil indifférent des gouvernements trop préoccupés par l’économie. C’est Woody Guitry qui a dit : « Certains vous braquent avec une arme, d’autres avec un stylo ».


Le problème avec nos politiciens c’est que, quand ils ne sont pas touchés personnellement par une situation, ils ne bougent pas. Pourtant, Marguerite Blais, qui est devenue proche aidante pour son mari avant son décès, aurait dû comprendre la situation. Quand François Legault lui a offert le poste de ministre des aînés, elle aurait dû mettre son poing sur la table et exiger d’avoir un vrai pouvoir de changement ou de simplement refuser le poste. La preuve que cette ministre n’a aucun pouvoir, c’est que des proches aidants sont encore refusés dans certains CHSLD et Madame Blais est de nouveau disparue dans la valise de sa limousine. Plus rien. Silence radio. Stores fermés. Elle est venue défendre son inaction et elle est repartie aussi vite.


https://www.tvanouvelles.ca/2020/05/11/des-proches-aidants-refuses-dans-une-residence


Que dire l’imputabilité des décideurs! Barrette, l’ancien ministre de la santé, s’est donné tous les pouvoirs, mais sans les sanctions d’un mauvais travail, qu’il aurait méritées d’emblée. Là est le plus grand problème. Personne n’est imputable. Si les décideurs devaient payer concrètement le manque à leurs promesses électorales, ils en promettraient beaucoup moins. Allez voir l’enquête du journal ce matin concernant les inspections dans les CHSLD. « On n’a jamais fait aussi peu d’inspections que durant le règne de Gaétan Barrette ». Tout le monde est surpris de voir que ça meure comme des mouches dans les CHSLD? Vraiment?


  https://www.journaldemontreal.com/2020/05/12/inspections-negligees-dans-les-chsld-et-residences


Vous souvenez-vous d’un été particulièrement chaud ou les personnes âgées qui vivaient dans les CHSLD n’avaient même pas eu droit à un ventilateur? Crisse quand tu payes entre 3 et 10,000$ par mois de loyer, tu devrais avoir droit à une climatisation dans ta chambre, gracieuseté de la maison. Au fait, comment se fait-il que les hôpitaux et les CHSLD n’en sont pas encore munis? Dans les hôpitaux, ils disent que les tarifs exorbitants des stationnements sont destinés à des fondations. Bla bla bla! Qu’ils mettent donc cet argent sur l’achat de climatiseurs. Ceux qui n’en veulent pas, je comprends, mais ceux qui en voudrait, pourrait l’utiliser.   


Les jours de canicule, les gens s’inquiètent bien plus pour les chevaux qui déambulent dans le vieux Montréal ou dans le Vieux-Québec, que pour les personnes âgées enfermées dans leurs mouroirs, en pleine canicule. Si des chiens ou des chats étaient maltraités comme les personnes âgées le sont, Maître Anne-France Goldwater aurait depuis longtemps fait une syncope.


Quand ce n’est pas le chaud, c’est le froid. Vous souvenez-vous que la mère de Gilles Duceppe est morte gelée dehors à cause de l’imbécilité de certaines personnes dans son CHSLD qui n’ont pas remarqué son absence et qui n’ont jamais regardé les écrans des caméras autour de l’édifice? Que dire des autres maltraitances qui passent complètement inaperçues! Mais là où j’ai débarqué des recommandations d’Arruda et du gouvernement, c’est quand ils ont empêché les familles d’être auprès de leurs parents mourants pour les derniers instants de leurs vies. Quel manque d’humanité! Cette gaffe monumentale leur appartient.


Au moment de son élection, sans démanteler tout de suite le carnage de Barrette, le Gouvernement Legault aurait dû mettre en place immédiatement des mesures drastiques pour éviter que ce système de centralisation des pouvoirs inhumains dans le domaine de la santé soit éradiqué. N’en doutez point. Le gouvernement Legault vise une idéologie plus nationaliste que les libéraux, mais reste qu’il suit un plan totalement néolibéraliste. L’Économie au détriment de l’être humain. Ce qui veut dire qu’il a accepté que la gestion des personnes âgées soit instrumentalisée en rentabilité économique, ravalant nos vieux au stade d’objet de consommation.


Plusieurs disent que ce n’est pas le temps de chercher des coupables? Parce qu’ils pensent que ça arrivera un jour? Ici au Québec, personne n’est coupable de rien. C’est le système.  La mort de la petite martyre de Granby a choqué le Québec, mais rien n’a encore été fait pour changer les choses CONCRÈTEMENT. Ce sera la même chose pour les morts de nos vieux dans ces mouroirs inhumains où ils sont maltraités de toutes les façons possibles depuis trop longtemps. Je vous invite à lire ces deux livres qui vous éclairera sur le peu d’importance qu’accorde notre société, à tous les niveaux, à nos personnes âgées. C’est scandaleux!


 


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Alain Patenaude81 articles

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Je suis un Gatinois indépendantiste dans l'âme au-delà des idéologies poiitiques et non pas un vieux péquiste des années 70 du genre qui détestait les anglais parce que c'était cool. Je ne déteste personne. Je parle anglais et français et je trouve primordial que le Québec protège sa langue française, au détriment de ce que peuvent penser mes amis anglophones. Je suis originaire de St-Jean sur Richelieu et je vis dans l'Outaouais depuis 2010. J'ai vécu à Granby,, St-Hubert et Contrecoeur. Je crois que nous devrons, un jour, quitter ce beau grand Canada qui ne nous aime pas, pour voler de nos propres ailes. Nous sommes comme des adolescents qui doivent quitter le foyer familial pour fonctionner par eux-mêmes et ce, même si les parents ne veulent pas nous laisser partir. Je suis désillusionné de la politique d'ici et du fédéral. Écrire me permet d'évacuer mes frustrations et de structurer ma pensée. 





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