Enseignement de l’histoire: huit ans de débat pour rien?

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« Que de recommencements inutiles en ce pays du Québec ! »

Il y a déjà huit ans débutait la saga autour du cours d’Histoire et éducation à la citoyenneté, précisément le 27 avril 2006, avec l’article de monsieur Antoine Robitaille: Cours d’histoire épurés au secondaire. Dès lors, les dénonciateurs de ce programme se firent taxer d’être des nationalistes conservateurs voulant promouvoir l’indépendance du Québec à l’intérieur des cours d’histoire.
Pourtant, peu de gens savent que les deux historiens à l’origine de cette sortie dans les pages du Devoir, en l’occurrence le professeur Robert Comeau et moi-même sommes très loin d’adhérer à l’idéologie conservatrice au Québec. Monsieur Comeau qui a été un militant engagé dans le groupe d’extrême-gauche En Lutte dans les années 1970 ne peut sans aucun doute être associé au courant nationaliste-conservateur présent au Québec et pour ma part, depuis plus de quinze ans, je milite activement au sein des partis de gauche qui ont été créés au fil du temps au Québec (Parti de la démocratie socialiste 1996-2002, Union des forces progressistes 2002-2006, Québec solidaire 2006-2014).
Donc, quand madame Michèle Dagenais et Christian Laville écrivent pour une énième fois que «c’est cette ouverture au social qui, au lendemain du dévoilement du programme en 2006, a soulevé l’ire d’une poignée de nationalistes conservateurs», je ne peux que réagir vivement contre une telle fausseté. Ce que monsieur Comeau et moi-même avons été outrés, en découvrant le contenu de ce programme qui dormait depuis quelque temps sur un site Internet en 2006, c’est de voir à quel point la dimension politique de l’histoire du Québec avait été mise de côté, faisant fi notamment de la Conquête de 1760 dans la trame chronologique. D’où notre profond désaccord avec ce programme d’histoire qui gommait des événements incontournables de l’histoire du Québec et du Canada.
Peut-on demander à madame Dagenais et monsieur Laville, en quoi vouloir enseigner la trame historique impliquant les événements de 1760, 1774, 1791, 1837, 1840, 1867, 1982 serait-elle en soit condamnable et mériterait-elle l’étiquette de trame traditionnelle? Pourquoi ces dates fondamentales de l’histoire politique et nationale du Québec, qui ont aussi des dimensions socio-économiques et qui sont aussi des dates importantes au Canada, devraient-elles être évacuées?
Car, selon eux, «il s’agirait d’une succession d’événements malheureux ayant ponctué les luttes canadiennes-françaises pour la survivance». Pourquoi toujours opposer, dans ce débat sur l’enseignement de l’histoire, la dimension sociale et la dimension politique quand les deux peuvent trouver brillamment leur place dans un cours d’histoire? On n’a qu’à penser aux excellents ouvrages qui furent publiés au cours de la dernière année pour souligner l’anniversaire du Traité de Paris de 1763 et dans lesquels nous retrouvions des études fouillées portant sur les diverses dimensions sociales, économiques, culturelles, militaires et politiques de la Guerre de la Conquête et qui confrontaient les diverses interprétations des historiens spécialistes sur la question.
Il est faux de prétendre que les opposants au programme d’histoire de 2006 ont souhaité restreindre l’histoire du Québec à une trame politique et nationale comme ce fut le cas dans les années 1950. Ce que nous avons toujours soutenu depuis le début, c’est que nous désirons un enseignement de l’histoire du Québec englobant toutes les dimensions de l’histoire, y compris le politique et le national, mais jamais au détriment de l’histoire sociale qui a permis à la discipline historique de grandes avancées depuis quarante ans déjà.
C’est d’ailleurs pourquoi, le parti Québec solidaire au cours de la dernière campagne électorale a «accueilli de manière favorable le dépôt du rapport de M.
Jacques Beauchemin et de Madame Nadia Fahmy-Eid intitulé Le sens de l’histoire».
Dans une lettre envoyée à la ministre Marie Malavoy, le 28 mars dernier, pour signifier le soutien de Québec solidaire aux recommandations du rapport, le députée Amir Khadir souligne que «le rapport Beauchemin-Fahmy-Eid prend en compte la demande d’une majorité d’intervenants et d’enseignants qui souhaitaient que l’on revoie le découpage des cours de 3e et 4e secondaire et revenir à un enseignement sous forme de chronologie historique afin d’éviter les répétitions de la matière et l’impression de déjà vu chez les élèves, créant un désintérêt évident de leur part pour la matière. Nous croyons que le rétablissement d’une trame chronologique sur deux ans avec comme point de césure 1840 à la fin de la 3e secondaire, permettra aux enseignants de couvrir avec plus d’aisance le contenu de la matière, et plus particulièrement celle de la Révolution tranquille à aujourd’hui qui était bien souvent partiellement couverte faute de temps».
«De plus, Québec solidaire constate avec satisfaction que ce rapport favorise un meilleur équilibre entre l’histoire sociale et l’histoire politique à l’intérieur des contenus historiques qui seront dorénavant enseignés en 3e et 4e secondaire». Peut-on accuser monsieur Khadir d’être un nationaliste conservateur à la solde du mouvement indépendantiste lorsqu’il écrit cela?
Bref, après huit ans de débat, il est malheureux de constater que tout le parcours qui a été réalisé au cours des dernières années pour améliorer l’enseignement de l’histoire du primaire à l’université, notamment par l’entremise de la Coalition pour l’histoire que j’ai fondée en 2009 avec plusieurs autres historiens et enseignants soucieux d’offrir aux jeunes québécois un enseignement de l’histoire de qualité, risque de tomber dans les trappes de l’histoire depuis l’élection du Parti libéral au Québec. Et certains partisans de ce programme de 2006 n’ont même pas attendu l’assermentation du cabinet ministériel du gouvernement libéral pour ressortir l’épouvantail conservateur-nationaliste. Que de recommencements inutiles en ce pays du Québec!


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