Libre opinion - Nous ne sommes pas plus fous que les Terre-Neuviens

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Fous, non. Mais timorés et peureux, peut-être...

De savantes et nécessaires discussions ont eu lieu la semaine dernière sur les redevances minières versées à l’État par les compagnies - pour la plupart multinationales - qui exploitent nos ressources. Mais pour savoir si les Québécois tireront leur juste part du développement minier, il faut élargir le débat à la transformation.
On apprenait récemment que l’usine de boulettes de fer de la compagnie Cliff, près de Sept-Îles, serait fermée en juin pour une durée indéterminée, laissant sur le carreau 165 travailleurs. ArcelorMittal, qui projette d’augmenter de 15 à 24 millions par année sa capacité de production de fer à Fermont, a renoncé pour le moment à construire une nouvelle usine de bouletage et se fait tirer l’oreille depuis six ans pour moderniser son aciérie de Contrecoeur.
Pendant ce temps, une usine flambant neuve de transformation de nickel est sur le point d’entrer en activité à Terre-Neuve, pour transformer la production de la mine de Voisey’s Bay au Labrador et une entente prévoit même que l’usine continuera ses opérations après la fermeture de la mine. Cherchez l’erreur !
L’erreur, c’est que le Québec a trop longtemps hésité à mettre ses culottes et à exiger des multinationales qu’elles transforment une part significative des ressources naturelles ici. Résultat : on transforme au Québec 0 % du nickel extrait de notre sol et seulement 11 % du fer.
Terre-Neuve a quant à elle fait de la construction d’une usine de transformation du nickel une condition à l’exploitation de la mine de Voisey’s Bay.
Notre autre voisin, l’Ontario, réserve quant à lui 10 % de sa nouvelle production de diamant à une taille locale, procédant par appel d’offres pour dénicher une compagnie qui traiterait ses diamants de belle façon.
Il est temps d’avoir un peu plus d’ambition pour nos ressources naturelles. Ça suffit le raisonnement du colonisé, déjà bien content que les multinationales daignent exploiter nos ressources et qui craint de les faire fuir en exigeant plus que des miettes.
Chaque augmentation de 10 % de la deuxième et troisième transformation métallique se traduirait par une hausse de 7500 emplois, selon l’évaluation de firme KPMG basée sur le modèle économique de l’Institut de la statistique du Québec.

Redevance modulée
Tout d’abord, le scénario évoqué par le gouvernement d’une redevance sur la valeur du minerai qui serait modulée en fonction de la valeur ajoutée aiderait déjà à arrêter l’hémorragie, alors que les minières tendent à effectuer même les étapes de première transformation outremer. Et nous suggérons que les redevances plus élevées payées par les entreprises qui exportent sans transformer soient versées dans un fonds destiné à soutenir des investissements en transformation.
Ensuite, il faut se montrer plus fermes et assujettir l’obtention d’un permis d’exploitation d’une nouvelle mine à des exigences de transformation. Nous ne sommes pas plus fous que les Terre-Neuviens ! Plusieurs nouvelles ressources suscitent l’intérêt aujourd’hui comme le graphite, le lithium ou encore les terres rares. Il faut dès maintenant que l’État annonce ses couleurs et se donne les moyens légaux de négocier serré la transformation au Québec.
Il y a moyen aussi de transformer le fer, première ressource minérale extraite en volume, qui entre dans la composition d’une multitude de produits. Notons d’ailleurs que depuis 2013, le Canada importe davantage d’acier de plus qu’il n’en consomme, un écart de 3 millions en 2012.
Le secteur manufacturier a connu un déclin inquiétant depuis 10 ans, passant de 23,6 % du PIB en 2000 à seulement 16,3 % en 2010 et pourrait fléchir jusqu’à 13,5 % en 2015, selon des données de la firme Deloitte. En développant intelligemment des filières stratégiques, la transformation des ressources naturelles peut donner une impulsion pour la relance du secteur manufacturier.


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