L’impérialisme du dollar ou comment les USA s’enrichissent aux dépens du reste du monde

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Plumés à la mode américaine

Il est vrai qu’il s’agit de savoir qui, des banques ou des contribuables, fera les frais de la crise. Mais ce débat prend très vite à rebrousse-poil le participant US-américain : « nous autres en Amérique avons nationalisé nos banques en quelques semaines. Je ne comprends pas pourquoi il vous faut si longtemps pour résoudre le problème de vos banques à la dérive.» C’est sûr, l’Amérique est faite d’un autre bois. On peut donc ignorer sans problème l’objection diserte faite par Kornblum. Dans l’article du Welt paru quelques jours après pour le 25e anniversaire de la faillite de Lehman Brothers sous le titre : « Les USA précipitent l’Europe dans la crise et passent eux-mêmes entre les gouttes », on trouvait des points qui expliquaient fort bien le miracle américain. De fait, les USA ont nationalisé dès 2009 la totalité des banques en difficulté, afin de liquider leurs dettes et de les reprivatiser aussitôt, alors qu’en Europe la crise bancaire s’est transformée en endettement massif des États. Et pourtant les données économiques des USA sont loin d’être encourageantes : leur balance commerciale est en déficit constant depuis 1987, et ces déficits cumulés atteignent maintenant 9 627 milliards de dollars. La raison en est que de larges pans de l’économie US-américaine ne sont plus compétitifs depuis longtemps face à ses principaux concurrents – l’UE, la Chine et le Japon. Entre 2003 et 2013, l’endettement des USA a grimpé de 6 731 à 17 556 milliards de dollars, c’est à dire qu’il a presque triplé ; en pourcentage du PIB, il est passé sur ces mêmes années de 60 à 108% ; en UE « seulement » de 60 à 87% – un accroissement nettement moins rapide. Comment donc les US-Américains ont-ils réussi ce miracle : se débarrasser presque en un tournemain de leur crise bancaire et repartir pour un tour ?

Les fonds secrets inépuisables des USA : l’endettement de l’État

Les réponses habituelles, comme « Les Américains ont très rapidement recapitalisé leurs banques et effectué des test de stress très précoces » (Andreas Dombret, membre du Conseil d’administration de la Bundesbank en charge des questions de stabilité financière) ne répondent pas à l’essentiel : d’où sont sortis si vite les fonds nécessaires à cette recapitalisation ? Et cela dans un pays confronté aux énormes coûts des guerres d’Irak et d’Afghanistan et dont le budget militaire, monumental, atteint depuis le début de l’année 500 à 800 milliards de dollars ? Certes l’économie des USA, avec un PIB de 15 684 milliards de dollars en 2012, est extrêmement puissante, mais l’UE, avec 12785 milliards, n’est pas très loin derrière. Ce n’est donc pas la puissance économique US-américaine qui peut expliquer ce miracle : réussir à financer parallèlement plusieurs mégaprojets extrêmement coûteux. En UE, la question de la répartition des charges est le plus gros problème qui reste à résoudre face à la crise bancaire. Les banques se refusent à les supporter seules, et les gouvernements sont confrontés à deux lignes rouges : d’une part limiter l’effort demandé aux contribuables et d’autre part maintenir les dépenses publiques dans les limites qu’ils ont eux-mêmes fixées. L’administration des USA, elle, semble disposer d’une mystérieuse source d’approvisionnement lorsqu’elle émet des bons du Trésor, qui finance à la fois les déficits budgétaires de l’État et ceux de la balance commerciale. Voici la technique qui le lui permet : pou couvrir les dépenses publiques, le Minsitère des finances états-unien échange des bons du Trésor contre des dollars que la FED émet à cet effet ; pour la seule année 2013, 11000 milliards de dollars ont ainsi été mis en circulation. La FED vend ensuite ces bons sur le marché mondial, attirant ainsi dans l’économie américaine de nouveaux capitaux qui permettent d’éponger les déficits commerciaux. Le prix de cette création de monnaie est un gigantesque endettement public. Pour rembourser les prêts parvenus à échéance et payer les intérêts des autres, on émet de nouveaux emprunts qui, échangés auprès de la FED contre de l’argent frais, sont à nouveau mis en circulation. Ce processus peut perdurer aussi longtemps qu’on veut, tant que les investisseurs pensent qu’investir dans les bons du Trésor US est une affaire sûre et profitable. Cette circulation du dollar, largement secrète (investissements en bons du Trésor US, demande croissante de dollars, création de monnaie par la FED) permet à la confiance dans les emprunts américains de rester intacte et aux USA d’attirer constamment de nouveaux capitaux.Rien d’étonnant alors à ce qu’une économie souffrant de déficits commerciaux démesurés n’ait pas à craindre la banqueroute. L’endettement extérieur des USA, c’est autant de capitaux qui entrent dans le pays. Dans le bilan de circulation des capitaux, l’endettement extérieur se change en excédent de capital entrant. De 2010 à 2013 incluse l’endettement des USA a crû de 5 628, 700 à 17 240,239 milliards de dollars, soit de 11620,539 milliards.[1] En clair cela signifie que durant cette période les USA ont attiré chez eux cette quantité de capitaux, qui ont été produits par l’économie réelle du monde entier, en se contentant de faire fonctionner leur planche à billets. Comprenons bien ce que cela signifie: la masse de capitaux attirée en 2013 aux USA s’élevait à 1198 milliards de dollars, soit environ 7,6% du PIB. L’injection dans l’économie des USA de ces capitaux supplémentaires explique aussi que le taux d’épargne du pays plonge vers zéro. Les US-Américains consomment la quasi-totalité des biens et services qu’ils produisent tandis que le reste du monde paie les investissements nécessaires à la marche de leur économie.

L’’endettement public par l’émission d’emprunts et la création de monnaie sont donc pour les USA un instrument qui leur permet de financier parallèlement des mégaprojets tels que la nationalisation des banques et des dépenses d’armement démesurées qu’aucune autre économie ne pourrait supporter sans s’exposer à de lourdes conséquences. Pour venir à bout discrètement de sa propre crise bancaire, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC ) a en effet fourni le capital nécessaire, essentiellement des emprunts émis par le Ministère des finances US. La FDIC est une institution ad hoc créée par le Congrès « pour garantir la stabilité du système financier national et la confiance qu’on lui accorde.» Voilà donc le secret de la rapide solution apportée à la crise, dont se vantait l’ex-ambassadeur des USA à la télévision allemande.

Or l’UE ne dispose pas d’un tel instrument financier ; à la différence des USA une politique d’emprunts et de création monétaire lui vaudrait non un afflux de capitaux, mais une inflation. La demande mondiale en euros a des limites, l’euro n’est pas une monnaie-étalon, à la différence du dollar. Une part énorme des échanges mondiaux s’effectuent en dollars, et la demande mondiale en dollars est donc considérable et croît en proportion de ces échanges. C’est pourquoi les USA peuvent faire fonctionner la planche à billets et mettre en circulation autant de dollars qu’ils veulent – soit actuellement 1100 milliards par an – pour financer leur endettement public croissant[2].

C’est aussi pourquoi l’US-Américain Myerson, Prix Nobel d’économie, se soucie comme d’une guigne de l’endettement des USA. « Car nous payons nos dettes en dollars, » dit Myerson, « et nous pouvons créer du dollar. Donc nous aurons peut-être une inflation, mais nos dettes, nous les paierons sûrement. » Mais l’économiste Michael Hudson contrait cette affirmation dès les années 70 et prédisait que les USA ne rembourseraient jamais. « Comme les emprunts publics émis aux USA le sont en monnaie-étalon internationale, pas besoin de les rembourser, on peut en lancer sans cesse. C’est sur ce transfert indéfini, de fait un impôt payé par le reste du monde[3], que repose la gratuité du parcours financier des États-Unis.» Au fond, les USA fonctionnent de plus en plus comme les États rentiers, par exemple l’Arabe saoudite. Mais au lieu de fournir du pétrole, les USA utilisent maintenant le dollar comme levier pour s’approprier le pouvoir d’achat mondial, puisqu’il sert de monnaie-étalon. L’Arabie saoudite, au moins, exporte son pétrole en échange de ce que lui fournissent d’autres nations, alors que les USA se contentent d’injecter du papier dans le circuit financier international.

Dépenses d’armement et endettement public

Depuis la prise de fonctions de George Bush junior, le budget militaire des USA a connu une hausse dramatique pour atteindre en 2011 le record de 705 557 dollars[4]. Les USA dépensent actuellement autant pour leur armement que tous les autres États réunis. Aucune autre économie n’aurait résisté à un tel niveau de dépenses improductives. Et de fait la course aux armements durant la Guerre froide a provoqué l’effondrement de l’URSS, tandis que les USA n’ont véritablement accru leurs dépenses d’armement qu’après la fin de la politique des blocs. Un accroissement exponentiel, puisque les dépenses ont quintuplé entre 1990 (150 milliards de dollars) et 2011. Ce n’est pas non plus sans raison que le budget militaire des USA représente 4% de leur PIB, soit plus du double de celui des autres États occidentaux industrialisés. Et pourtant les dépenses militaires sont un sujet tabou au Congrès. L’opposition, qui utilise toute augmentation d’un autre poste budgétaire pour soumettre le gouvernement à un examen des plus rigoureux, fait montre d’une grande retenue en matière de critique du budget militaire, sauf pour déplorer des hausses trop faibles. Pas de débat de fond non plus dans les médias et la société civile, en dépit de la part anormalement élevée de l’armement dans les dépenses publiques. Comment expliquer l’indifférence des citoyens US à cet égard ? Se pourrait-il que ces dépenses soient elles aussi couvertes par l’endettement et la création monétaire ? C’est en tout cas ce qu’affirme David Graeber, un anthropologue états-unien précurseur du mouvement Occupy, dans son livre « La dette », qui a reçu un très bon accueil. « La dette des USA est depuis 1790 la somme de dettes de guerre[5]», écrit-il. Sur cette durée, cette appréciation est peut-être exagérée, mais sur les 100 dernières années elle est exacte, comme le montre le tableau ci-dessous.

Le lien évident entre guerres, augmentation des dépenses militaires et de la dette publique a deux causes : premièrement, les gouvernements – et pas seulement aux USA – peuvent rendre les guerres plus acceptables en les finançant par une augmentation de la dette, puisque les frais sont ainsi répartis sur plusieurs générations. S’il fallait les financer par des impôts directs, la population se mobiliserait contre toutes les guerres. Les deux guerres mondiales, par exemple, auraient été impossibles sans endettement des États. Les USA aussi ont financé leur participation à ces guerres par l’endettement. Mais comme depuis la Première guerre mondiale jusqu’à ce jour les USA ont été constamment en guerre quelque part, leur dette a subi un processus cumulatif. Deuxièmement, les dettes de guerre entraînent d’une manière générale une croissance exponentielle de l’endettement. Car les investissements militaires, contrairement aux investissements dans les infrastructures, qui génèrent une création de valeur et les recettes fiscales qui l’accompagnent, sont improductifs et induisent du point de vue économique une perte de capital. En tout cas, toute nouvelle guerre a entraîné un bond de l’endettement extérieur des USA, comme le montre le tableau 1.

Il est toutefois facile de constater que l’endettement extérieur des USA s’est envolé après l’instauration su système de Bretton Woods, qui a fait du dollar la monnaie-étalon mondiale. Ce processus s’est encore accentué avec l’effondrement de ce système en 1973, lorsque la parité-or du dollar a été supprimée. En 7 ans, la dette extérieure des USA a doublé, passant de 466 à 909 milliards de dollars. Il est évident que ce monopole de fait de leur devise au niveau mondial a permis aux USA, dont l’économie n’est plus compétitive dans nombre de secteurs et souffre d’un déficit commercial chronique, non seulement de financer des mégaprojets comme la nationalisation des banques, mais aussi de posséder un secteur financier relativement stable et d’attirer comme un aimant les capitaux excédentaires du monde entier. Ce qui pose une question : comment les USA ont-ils réussi à faire du dollar, en dépit de son caractère inflationniste, une monnaie-étalon à laquelle tous les acteurs internationaux font confiance jusqu’à ce jour ?

Une monnaie-étalon indexée sur le pétrole et non plus sur l’or

Une petite plongée dans l’histoire de la monnaie américaine est indispensable pour fournir une réponse plausible à cette question : jusqu’à la première crise économique et financière mondiale (1929), la livre britannique servait de monnaie de référence; durant la Deuxième guerre mondiale elle a dû céder cette place à la devise des USA, la nouvelle puissance économique et hégémonique. En raison des dépenses gigantesques occasionnées par cette guerre, la Grande-Bretagne et les autres États européens devinrent les premiers débiteurs mondiaux, tandis que les USA devenaient les principaux créanciers. Les accords de Bretton Woods, en 1944, prirent acte de ces nouveaux rapports de force et firent du dollar US la nouvelle monnaie-étalon, indexée sur l’or (35 dollars l’once). Pour relancer le commerce mondial, les États furent alors contraints de se constituer des réserves en dollars, et la Banque centrale des USA d’accroître considérablement ses réserves d’or afin de stabiliser la valeur de sa monnaie. Pour éviter un accroissement effréné de la quantité de dollars en circulation l’accord obligeait les USA à toujours pouvoir échanger contre de l’or les réserves de dollars des autres pays.

En dépit de ces garde-fous prévus par les accords de Bretton Woods, les USA ont poursuivi leur politique éprouvée d’endettement par émission de bons du Trésor, qui a contribué à financer la guerre du Vietnam dans les années 60. Mais la chute du dollar sur les marchés financiers dévoila l’escroquerie. Consciente que les USA finançaient la guerre au Vietnam sur le dos d’États détenant des réserves de dollars, la France, qui de toute façon se vantait de son indépendance envers les USA, fut la première à transférer une part importante de ses réserves de dollars aux USA, exigeant de la Banque centrale états-unienne leur contre-valeur en or, conformément aux accords de Bretton Woods. Cette intervention française fut le commencement de la fin de l’indexation du dollar sur l’or. D’abord le Président des USA en exercice, Richard Nixon, supprima l’indexation du dollar sur l’or, puis en 1973 il fut mis fin définitivement aux accords de Bretton Woods. Mais le système monétaire et financier des USA n’en fut nullement affecté. Bien au contraire, et à l’étonnement de tous les experts, la position de monnaie-étalon du dollar s’en trouva renforcée. Et le statut de puissance hégémonique des USA fit de même. Comment expliquer cela?

Tout d’abord, la fin de la surévaluation du dollar liée aux taux de change fixes institués par Bretton Woods entraînèrent une hausse considérable, mais injustifiée au plan économique, des exportations états-uniennes et donc de la demande en dollars. Deuxièmement, les États disposant de grosses réserves de dollars avaient la possibilité, ou plutôt n’avaient d’autre choix, que d’investir en bons du Trésor américains pour éviter des pertes. Ce qui toutefois liait pour longtemps leur sort à celui de l’économie des USA. Troisièmement, les USA utilisèrent la dépendance militaire de nombreux États à leur égard pour contraindre ceux-ci à acheter des bons du Trésor. Et de fait la RFA, le Japon, Taïwan et la Corée du Sud, tous des protectorats militaires US depuis la Deuxième guerre mondiale et la guerre de Corée, échangèrent leurs réserves de devises contre des bons du Trésor, ce que David Graeber considère comme la preuve que « la nouvelle devise mondiale était encore plus ancrée à la puissance militaire que la précédente.[6]» Et quatrièmement – et c’est le plus important – parce qu’entre-temps, sans que nul ne s’en aperçoive et tout naturellement, le dollar avait reçu de l’économie mondiale un autre pilier, garant de sa propre stabilité: je pense au commerce du pétrole, dont la demande mondiale avait crû de façon vertigineuse après la Deuxième guerre mondiale, et qui s’effectuait en pétrodollars.

Comme l’or, le pétrole est une matière première non renouvelable et sa valeur tend donc à croître sur le long terme. Il était en outre le lubrifiant de l’économie mondiale – et il le reste. Pendant plus d’un demi-siècle, la croissance économique a été directement liée à celle de la consommation de pétrole. C’est seulement l’augmentation des prix du brut et celle de l’efficacité énergétique qui les ont découplées. Le pétrole est aussi la seule marchandise qui représente une part croissante dans les échanges mondiaux et que veulent se procurer tous les pays du monde, à l’exception des pays exportateurs eux-mêmes. La devise américaine et le commerce du pétrole avaient donc partie liée depuis longtemps déjà dans les années 60, et c’est pourquoi, dans les années 70, le passage de l’indexation sur l’or à l’indexation sur le pétrole a pu s’effectuer sans heurt et passer presque inaperçu. En 1974, le prix du baril avait ainsi pu bondir de 2 à 10 dollars et par là quintupler en une nuit la part du pétrole dans les échanges internationaux. Depuis le début de notre siècle et après une assez longue période de prix bas, le prix du baril se situe entre de 100 et 150 dollars – des records historiques. L’augmentation du prix du pétrole s’est accompagnée, comme le montre le tableau ci-dessous, d’un accroissement de la part du pétrole dans les échanges internationaux, ce qui a une fois de plus renforcé le dollar dans sa position de monnaie-étalon incontestée.

Après la désindexation du dollar sur l’or, effectuée par Nixon, la pléthore de dollars ne se mua donc nullement, comme tout le monde l’attendait, en inflation galopante. Mieux encore : les USA se trouvèrent débarrassés des entraves juridiques que les accords de Bretton Woods avaient imposées à leur monnaie et à leur politique d’endettement. Ils avaient désormais la voie libre pour émettre des bons du Trésor et créer des dollars tout à leur guise et charger ainsi le reste du monde de financer leur déficit budgétaire. Mère patrie du monétarisme, les USA s’autorisèrent ainsi une politique d’accroissement monétaire indéfini – exactement le contraire de ce qu’ils interdisaient à tous les autres, directement ou par le biais du FMI.

Encore fallait-il que la monnaie-étalon fût considérée comme un bien commun (à l’instar, par exemple, des mers du globe). Elle devait fournir la base monétaire d’un fonctionnement sans accroc des échanges internationaux. La désindexation du dollar sur l’or et le passage naturel au pétrodollar offrirent aux USA un privilège sans précédent : pour la première fois dans l’histoire de l’économie mondiale un pays était libéré de tout contrôle ou restrictions exercés par la communauté internationale et pouvait disposer de sa monnaie dans son seul intérêt. Ce monopole caché, couplé à leur statut hégémonique, fournit aux USA la base de leur politique d’endettement extérieur, que Hudson qualifia à juste titre « d’impérialisme de la dette. » L’émission sans scrupule de bons du Trésor par le Ministère des finances états-unien apparaît certes, vue de l’extérieur, comme le droit légitime d’un État souverain, mais il s’agit en réalité d’une forme invisible d’appropriation impérialiste du pouvoir d’achat mondial, à laquelle la désindexation du dollar sur l’or a donné un nouvel élan et qui dure encore.

Pétrole et « projet du siècle américain »

Toutefois les USA ne peuvent absorber tout le pouvoir d’achat créé dans les monde que si les échanges pétroliers se déroulent en pétrodollars et que le statut de la devise américaine n’est pas menacé par une autre, l’euro ou le renminbi chinois, par exemple. Une enquête auprès des principaux pays exportateurs de pétrole révèle cependant qu’aucun d’eux n’envisage sérieusement une telle éventualité. Nombre de déclarations en ce sens de Saddam Hussein se sont avérées être un simple bluff- comme bien d’autres menaces de sa part. Même la République islamique [l’Iran] n’a jamais vraiment osé passer à l’acte. De fait un seul État pétrolier, et même un groupe de pays, ne pourrait prendre la responsabilité d’une telle attaque contre le dollar, ce privilège monopolistique des USA. Du reste, l’Arabie saoudite et autres dynasties pétrolières, qui fournissent 25% du pétrole commercialisé, comptent parmi les pays du Moyen- Orient les plus dévoués aux USA. Toutefois une alliance contre le dollar entre tous les pays exportateurs de pétrole, la Chine et peut-être la Russie représenterait une grave menace. Pour l’instant cette perspective reste de l’ordre de la théorie, mais suffit à inquiéter ceux qui tirent le plus de profit du monopole des USA, le complexe militaro-industriel et le secteur financier états-uniens et les « néocons », qui représentent ces pouvoirs. Le plus puissant concurrent des USA, la Chine, ne peut de fait pas se permettre de rester dépendante à long terme de la puissance concurrente, par le biais de ses 16 000 milliards de dollars de réserve. Il en va de la souveraineté et de la sécurité chinoises de se débarrasser dans un premier temps de ses réserves de dollars et ensuite d’élever sa propre devise au rang de seconde monnaie-étalon. Les États pétroliers souverains au plan économique et politique trouvent eux aussi un intérêt justifié – si on les crédite d’une action rationnelle – à réduire leur dépendance au dollar et à la politique des USA et à être libres de vendre leur pétrole non seulement en dollars, mais aussi en euro ou renminbi, afin d’optimiser leurs recettes.

Imaginons simplement que le dollar ne soit plus la devise mondiale et qu’une vigoureuse concurrence avec l’euro et le renminbi lui ait depuis longtemps ravi sa stabilité. Le capital international ainsi libéré quitterait en grande partie les USA pour être investi dans la zone euro ou celle du renminbi. La politique actuelle de surendettement menée par les USA par le biais d’émission de bons du Trésor serait stoppée et le tabou des dépenses militaires, qui fait consensus aux USA, tomberait. Les USA n’auraient alors d’autre choix que de réduire drastiquement leur budget militaire disproportionné, disons de moitié en quelques années, afin de réduire leur déficit budgétaire. Quelles en seraient les conséquences pour l’hégémonie américaine ? Au plan intérieur on assisterait à un débat sur le sens ou l’absurdité des dépenses d’armement et de la présence militaire états-unienne (800 bases !) dans le monde, dans la perspective de démilitariser massivement les USA, et de ramener leur budget militaire à des proportions compatibles avec leur puissance économique réelle. Les USA ne seraient plus ainsi « la dernière superpuissance », mais une puissance mondiale parmi d’autres, ce qui permettrait d’imaginer aussi de nouvelles structures et de nouveaux équilibres de pouvoir; par exemple, l’Asie pourrait former une union. Cette région, mais également le Moyen-Orient, l’Amérique latine, l’Afrique et aussi l’Europe auraient alors de véritables chances de s’unir et de coopérer pour créer dans des architectures de sécurité régionales communes. Alors les ressentiments nationalistes et racistes ainsi que les ennemis créés de toutes pièces perdraient largement leur force d’attraction. Peut-être le secteur financier se réduirait-il lui aussi à des proportions raisonnables et les préalables à une répartition plus juste des revenus s’amélioreraient-ils notablement. Bref, nous arriverions à un monde où il y aurait plus de justice, moins de spéculation financière, plus démocratique et aussi plus pacifique. Les perdants, dans un tel scénario, seraient évidemment le secteur militaro-industriel, le secteur financier et les « néocons » des USA.

Face à la possibilité d’un tel scénario, les grands projets politiques et toutes les activités en matière de politique étrangère des néocons – les représentants les plus authentiques de ces deux secteurs – apparaissent sous un nouvel éclairage. Le premier de ces projets, élaboré dès les années 90, c’est celui d’un « nouveau siècle américain » au centre duquel se trouve la création d’un « Grand Moyen-Orient. » Ce sont les textes et déclaration officielles des néocons eux-mêmes qui nous révèlent le mieux l’importance qu’ils attachent à ces projets. Ci-dessous quelques citations éclairantes :

« L’histoire du 20ème siècle devrait nous avoir appris qu’il est nécessaire de modeler les choses avant que les crises n’arrivent et de contrer les menaces avant qu’elles ne se fassent pressantes. L’histoire du siècle passé devrait nous avoir appris que nous devons nous consacrer cops et âme à la cause du leadership américain. (…) Pour l’instant les États-Unis n’ont pas de rivaux importants. La stratégie de l’Amérique devrait viser non seulement à maintenir, mais à renforcer cette position privilégiée aussi loin que possible dans l’avenir. Il y a certes des États potentiellement puissants qui sont insatisfaits de la situation actuelle et aimeraient donc bien la modifier. En conséquence, pour maintenir l’enviable position stratégique actuelle des USA, nous devons conserver notre supériorité militaire planétaire, aujourd’hui et à l’avenir.(…)

Bien que les sensibilités saoudiennes internes imposent une rotation nominale des forces armées US dans ce pays, il est désormais évident que nous devons y maintenir un engagement durable. D’un point de vie américain, l’importance de ces bases ne disparaîtrait pas si Saddam Hussein quittait la scène. À long terme l’Iran peut constituer une grave menace pour les intérêts américains dans le Golfe, comme l’Irak l’a déjà fait. Mais même si les relations avec l’Iran devaient s’améliorer, le maintien à titre préventif de troupes dans le Golfe resterait un élément essentiel des forces armées US en prévision de nos intérêts à long terme dans la région.[7] »

En clair, cela signifie que les néocons US souhaitent maintenir et élargir les privilèges monopolistiques que l’Amérique a conquis au siècle dernier. Cependant de leur point de vue, les seules menaces à attendre de leurs rivaux sont d’ordre militaire. Il est en conséquence évident que l’Amérique doit garder l’Extrême-Orient (la Chine) et le Moyen-Orient dans son collimateur durant le siècle actuel, afin de contrer les menaces (par exemple les rapprochements entre pays, longtemps avant leur réalisation) et modifier la situation à son avantage. Dans le dossier du « nouveau siècle américain », il n’est nulle part question de créer des conditions de paix, mais en revanche en abondance de guerres, de l’implantation de bases militaires dans le monde entier, de supériorité militaire sur terre, sur mer et dans les airs, de boucliers antinucléaires dans l’espace et surtout de dépenses d’armement toujours plus élevées. Bien que les USA disposent déjà de 830 bases militaires de par le monde, les néocons états-uniens estiment qu’il faut en installer d’autres, en Extrême-Orient et en Afrique. De fait, depuis la victoire électorale de George W.Bush jr en 2001, la politique étrangère de l’Amérique porte clairement la signature des protagonistes du « nouveau siècle américain ». Le moteur des néocons, dans le cerveau desquels semble gravé à jamais le credo de l’accroissement de puissance, est le complexe militaro-industriel. Celui-ci représente le plus grand danger pour la démocratie aux USA et en Occident et pour la paix dans le monde.

Lors de son discours d’adieu, le 17 janvier 1961, Dwight Eisenhower avait déjà mis en garde contre ce monstre, qui depuis s’est profondément enraciné dans tous les secteurs de la société américaine, l’économie, la science et la culture. « Cette conjonction d’un énorme establishment militaire et d’une puissante industrie d’armement est un phénomène nouveau dans l’histoire américaine (…) Dans les instances décisionnelles gouvernementales nous devons prévenir l’accroissement, actif ou passif, de l’influence indue du complexe militaro-industriel. Le potentiel d’une montée en puissance dévastatrice du pouvoir aux mauvais endroits existe et continuera à exister. Nous ne devrons jamais permettre que cette alliance influente mette en péril nos libertés et nos processus démocratiques. Rien ne va jamais de soi, pensons-y. » Il est vrai que ce puissant complexe lutte pour sa survie depuis la chute du bloc Est et met tout en œuvre pour installer dans la durée l’hégémonie américaine. De fait, depuis lors, le monde n’est pas devenu plus sûr et plus pacifique, ainsi qu’on l’espérait tant, mais, comme au début du siècle dernier, moins sûr et plus belliqueux. L’Islam et des dictateurs comme Saddam Hussein ont vite pris la place des communistes déchus et l’on en a fait la nouvelle menace pour l’Amérique et l’Occident*. Le Moyen-Orient est dorénavant une région dont l’avenir est lié de multiple façon au destin de l’hégémonie US-américaine .

L’intérêt des USA pour la région remonte à la découverte des gigantesques réserves pétrolières, mais pas pour sa propre consommation, comme on le croit généralement à tort. En raison de leurs propres ressources énergétiques, les USA pouvaient se passer de pétrole importé. Ils étaient autosuffisants au début du siècle dernier et sont actuellement sur le point de le redevenir grâce aux techniques de fracturation hydraulique à grande échelle. Mais, devenus la nouvelle superpuissance après la Deuxième guerre mondiale, ils ont vite compris que des puissances rivales au plan international pouvaient leur échapper si elles contrôlaient le Moyen-Orient. Initialement les USA établirent en commun avec l’Arabie saoudite, leur principal allié dans la région, un régime d’approvisionnement pétrolier qui devait garantir la sécurité énergétique de l’Occident, de la Chine et de tous les États du BRIC**. L’Arabie saoudite devait fournir une surproduction constante. Ce système, sous la direction politique des USA, permit de satisfaire aussi bien leurs alliés occidentaux que leurs rivaux, en leur garantissant durant toute la seconde moitié du siècle dernier et en dépit de nombreuses turbulences politiques un approvisionnement régulier en pétrole à bon marché. Mais lorsque les nouveaux géants économiques, la Chine et l’Inde, dans leur fringale énergétique presque insatiable, prirent en main leur approvisionnement au début de ce siècle, le régime pétrolier sous contrôle états-unien s’effondra irréversiblement, les marchés suivirent désormais les lois de fixation du prix des biens non renouvelables, et le prix du pétrole grimpa en flèche, pour suivre les orientations du marché[8]. Mais si cela fit perdre aux USA le contrôle du prix du pétrole, l’un des leviers de leur politique hégémonique, ils purent renforcer considérablement leur position de superpuissance par un autre biais. Car les prix élevés du pétrole augmentèrent la part du pétrole dans les échanges internationaux, comme nous l’avons vu plus haut, et de ce fait la demande en dollars et en bons du Trésor US s’accrut énormément, ce qui rendit la position de monnaie-étalon du dollar inattaquable pour longtemps. Mais pour conserver l’option monopolistique, le pétrodollar, pendant plusieurs décennies encore, les USA ont besoin de garder un contrôle aussi total que possible sur le Moyen-Orient, si nécessaire grâce à des « changements de régime », afin d’étouffer dans l’œuf d’éventuelles alliances contre le dollar. Le projet néoconservateur du « Nouveau siècle américain », qui prévoyait la création d’un « Grand Moyen-Orient » vassal des USA, allait apparemment dans ce sens.

Dans la perspective des néoconservateurs, l’idéal au Moyen-Orient serait une atomisation des noyaux de pouvoir rebelles, des conflits religieux et ethniques, des guerres civiles, le chaos et une atmosphère de profonde méfiance qui permettrait d’atteindre leurs propres buts grâce à la politique bien connue du « diviser pour régner.» Car les puits de pétrole pourraient continuer à fournir, comme on le constate actuellement dans un Irak paralysé par les attaques terroristes quotidienne et le chaos, puisque tous les adversaires en présence ont besoin de pétrodollars pour acheter des armes. Et ainsi, durant de décennies, aucune puissance ne pourrait pas même envisager de vendre et acheter du pétrole autrement qu’en pétrodollars. Et de fait nous assistons en ce moment à de fortes évolutions en ce sens. Entre temps l’Afghanistan, l’Irak et la Libye ont « changé de régime ». Dans ces pays règnent désormais la discorde et la méfiance, des conflits tribaux, des scissions territoriales le long de frontières ethniques, un terrorisme mutuel entre chiites et sunnites. Et Al Qaida, qui selon la version officielle est l’ennemi public n°1 dans la « lutte contre le terrorisme » n’a jamais été aussi forte. En mai 2003, à peine Bush junior avait-il proclamé , du pont de son porte-avion l’ «Abraham Lincoln »,« mission accomplished » après la chute de Saddam Hussein, que déjà les néocons répandaient la « joyeuse » nouvelle, que l’Iran était le prochain pays visé. Le conflit ouvert avec l’Iran au sujet du nucléaire date en effet de mai de cette année- une simple coïncidence ? Pourtant l’armée US s’est installée en Irak et le projet du « Grand Moyen-Orient » a fait son apparition. Les néocons n’ont cependant toujours pas abandonné leurs buts. Un « changement de régime » en Iran est toujours à leur agenda, l’armement massif de l’Arabie saoudite et autres États du Golfe ainsi que la guerre civile en Syrie portent leur patte. Obama, en tentant de calmer le conflit au sujet du nucléaire iranien et la guerre en Syrie se tient sur le fil du rasoir, car les néocons, majoritaires au Congrès, essaient de torpiller cette politique partout où ils le peuvent.

Et pourtant le but d’Obama est à y regarder de près le même que celui des néocons, un « changement de régime », mais à la différence des seconds, le premier espère l’obtenir non par une guerre, mais par une politique de « changement par rapprochement. » Obama espère, grâce à un deal avec l’élite libérale-capitaliste de la République islamique, impliquer celle-ci dans sa politique hégémonique et conserver ainsi aux USA les immenses avantages de l’impérialisme du dollar, tout en réduisant considérablement leur coût et leurs risques. Les efforts diplomatique pour résoudre le conflit syrien et celui du nucléaire iranien vont en ce sens. Difficile toutefois de savoir si cela marchera. Car tous les perdants potentiels de cette politique, soit 1/ l’alliance entre l’armée et le camp islamique conservateur, actuellement au pouvoir en Iran, 2/ l’élite sioniste israélienne et 3/ le conglomérat états-unien des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel se sont déjà mobilisés de diverses manières contre la politique « en douceur » d’Obama, et actuellement ne négligent rien qui puisse la faire échouer. Quoi qu’il en soit, un retrait des USA au Moyen-Orient, que certains prédisent assez souvent ces derniers temps en pointant le recul de la dépendance aux importations pétrolières, est à peu près exclu. L’annonce faite par Obama après sa réélection – un renforcement de la présence militaire US dans la zone asiatique et le Pacifique – est selon toute vraisemblance une mesure d’intimidation préventive en direction de la Chine. Car la dépendance de la Chine au dollar représente à coup sûr une grave menace pour sa sécurité. À brève ou longue échéance, la nouvelle superpuissance n’aura d’autre choix que de contester le monopole américain sur la monnaie de référence et de franchir la ligne rouge fixée par les USA.

L’alternative : la transition énergétique planétaire et plusieurs monnaies de référence

Quoi qu’il en soit, tous les éléments de l’impérialisme du dollar convergent en ce moment au Moyen-Orient. Le complexe militaro-industriel américain est le principal profiteur du « nouveau siècle américain ». La course aux armements qui s’y déchaîne actuellement fait pâlir celle des années 70 qui a abouti à aux trois guerres du Golfe. Tandis que désormais le recyclage dans l’armement des pétrodollars a enclenché un nouveau et dangereux cercle vicieux qui pourrait à tout moment embraser la région entière, le secteur US de l’armement peut être tranquille : toutes les administrations US, quelle que soit leur couleur politique, pourront longtemps encore poursuivre leur politique d’endettement et financer les dépenses militaires. Grâce à une demande en dollars croissante et à la planche à billets de la FED – du reste dirigée maintenant par Janet Yellen- le système bancaire US dispose de telles sources d’approvisionnement qu’il n’est pas seulement à même de financer l’industrie de l’armement des USA, parasitaire au plan économique et dangereuse au plan politique. Ce système a aussi surmonté la crise bancaire aux USA et acquis depuis lors un pouvoir suffisant pour faire échouer toutes les tentatives de régulation bancaire aux USA et même dans la zone euro.

Fondamentalement l’impérialisme du dollar est une architecture extrêmement instable, présentant des absurdités presque inimaginables. D’une part, elle maintient en vie aux USA un gigantesque appareil de violence, financé non par les contribuables états-uniens, mais par nous tous et à notre insu. Et d’autre part cette construction repose sur le chaos, la violence et les guerres civiles aux quatre coins du monde, en particulier dans les régions pétrolifères, qui pour cette raison risquent en permanence de s’effondrer et de précipiter le monde dans de graves crises. Quoi de plus absurde que de financer tous avec notre argent un secteur industriel parasite dont la survie dépend en dernière instance de l’impossibilité de faire régner la paix sur notre planète.

Le rôle funeste de la NSA

En outre cette architecture engendre une soif extinguible de contrôles infinis sur toutes les communications, y compris l’espionnage de tous les gouvernants, même de ceux des États amis. L’approche que donne cet article de l’impérialisme du dollar devrait apporter un nouvel éclairage au scandale de la NSA, découvert grâce à Edward Snowden. Serait-ce aller trop loin de mettre en cause la légitimité d’un appareil sécuritaire qui espionne même les instances gouvernementales de pays amis, comme l’Allemagne, en le soupçonnant d’être au service exclusif des intérêts nationaux des USA ? En tout cas la NSA a été fondée en 1952, à une époque où il n’était nulle part question d’Al Qaida et du 11 septembre, mais déjà des avantages d’une puissance hégémonique détenant divers privilèges économiques. Aujourd’hui nous avons sans doute affaire (entre autres) à rien de moins que l’intérêt clair et net du complexe militaro-industriel et du secteur financier des USA, qui pour survivre est contraint d’identifier à temps et d’étouffer dans l’œuf, sur toute la planète et par tous les moyens, tout mouvement ou action qui pourrait menacer le statut actuel de la devise US. En dépit de l’indignation générale Obama, de toute évidence pour satisfaire ses adversaires politiques, a souligné dans son discours du 17 janvier 2014 que les USA continueraient à « collecter des renseignements sur les intentions de gouvernements étrangers.» Néanmoins la NSA représente, c’est avéré, un danger majeur pour la démocratie en Amérique et en Occident, et pire que ne pouvait l’imaginer Dwight Eisenhower lorsqu’il mettait en garde dans son discours d’adieu contre le complexe militaro-industriel. La communauté mondiale ne serait-elle donc pas bien avisée de se défendre à temps contre cette évolution maléfique ? À long terme la solution réside dans la transition énergétique, que l’on devrait en conséquence promouvoir sans délai. Mais à court terme il faudrait démocratiser l’économie mondiale en mettant à l’agenda diplomatique mondial l’abolition du monopole monétaire des USA. Quoi de plus naturel que l’instauration de plusieurs devises de référence, l’euro et le renminbi, conformément aux véritables rapports de force économiques ? À long terme les Américains eux-mêmes y trouveraient leur intérêt, puisque cela contribuerait à éliminer des secteurs parasitaires de leur économie. Elle est en tout cas incontournable si l’on veut un monde plus stable, plus pacifique et démocratique. Toutefois les expériences amères d’Obama, qui a dû abandonner presque toutes ses tentatives de réformes positives, prouvent que les USA, réduits à leurs propres forces, ne sont guère capables de repousser les intérêts parasitaires de l’alliance sournoise entre l’armée et la finance. En revanche si la Chine et l’UE cherchaient à établir plusieurs devises de référence elles aideraient les USA à cesser de recourir à des méthodes impérialistes pour accroître leur bien-être ; leurs performances et leur productivité sont de toute façon immenses.
NdlT :

* En partie inexact. Que l’on songe à la diabolisation de Chavez (de son vivant) et de l’Amérique bolivarienne en général, ainsi qu’aux évènements actuels en Europe centrale.

** Je n’ai pas lu l’article recommandé (Rätsel Ölpreis, in: Blätter für deutsche und internationale Politik) . S’il ne rectifie pas plusieurs des analyses de ce paragraphe, celles-ci me semblent entachées d’inexactitudes scientifiques.

1 Pour ces chiffres, cf Fiscal Year 2014, Historical Tables. Budget of the U.S. Government, Washington DC, S. 143f.

2 Malheureusement les économistes et journalistes économiques oublient le rôle politique particulier joué la Banque centrale aux USA, et, en dépit de ses lourdes conséquences pour le reste du monde, rapportent la création de dollars supplémentaires exclusivement à des besoins internes, comme dans les autres pays capitalistes. « La FED, banque centrale des USA »- pour citer une analyse récente de la Frankfurter Rundschau en date du 30 janvier 2014 « qui a injecté dans l’économie mondiale plus de 3000 milliards de dollars (…) ajuste sa politique en fonction des besoins des USA, pour soutenir la conjoncture et la stabilité des prix dans ce pays.»

3 Cité par David Graeber : Schulden (la dette) Stuttgart 2012, p. 384 et suivantes.

4 Fiscal Year 2014. Historical Tables a.a. O., pages 50 et suivantes

5 Ibid., p.383

6 Ibid ;, p. 386

7 http://www.newamericancentury.org/statementofprincipales.htm

8 Pour en savoir plus:voir Mohssen Massarrat: Rätsel Ölpreis, in: Blätter für deutsche und internationale Politik, ( L’énigme du prix du pétrole, in Revue de politique allemande et internationale) 10/2088


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