Covid-19

Un confinement solidaire?

La gestion catastrophique de l'État

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Tribune libre

Les Montréalais se déconfinent doucement et les régions du Québec se préparent pour la saison estivale la peur au ventre. En effet, les décès s’accumulent toujours et le Québec aurait désormais dépassé la barre des 4600 morts, le plaçant ainsi dans la position peu enviable des nations chez qui on compte le plus de morts au prorata de la population (p. ex. 63 % des décès au Canada alors qu’il compte pour 22% de la population du pays). Des voix s’élèvent toutefois pour nous informer que le nombre de décès serait gonflé par la comorbidité, par l’aspect spéculatif des liens épidémiologiques et par l’absence de test post-mortem. Au grand bonheur de l’audimat des médias à sensation, le compteur rouge vif des décès tourne et tourne encore. Si toutes les épidémies de grippe au Québec étaient traitées de la même façon par les autorités sanitaires et médiatiques, nous serions dans un état de panique constant. Mais la graine de la peur est plantée et est là pour rester. Et le port du masque, actuellement plus un symbole de conformisme normatif qu’une mesure barrière efficace, a la vocation de nous rappeler sans arrêt que la Camarde nous traque.


La comptabilisation créative des mortalités Covid-19 justifie la ligne éditoriale du danger, du déconfinement frileux et de la distanciation sociale. Mais combien d’aînés meurent encore isolés et carencés? Combien de personnes sont mortes et mourront de ne pas s’être présentées aux urgences de peur de la contamination? Combien mourront de la suspension de leurs services médicaux? Combien vivent de la détresse psychologique et de la violence domestique dues aux mesures adoptées et aux problèmes économiques conséquents? Combien de parents, dont l’instinct et le cœur sont encore immunisés à la bêtise, trouvent inconcevable d’envoyer leurs enfants dans une école ou un service de garde qu’ils ne reconnaissent plus, encadrés par des éducateurs en scaphandre et une ambiance militaire.


Je me passerai de commenter le désastre économique que le confinement va créer. Nous aurons amplement le temps de le faire dans les mois et les années à venir, tout dépendant de sa durée et à mesure que nous en constaterons la portée. Mais pour ceux et celles qui disent que l’économie est moins importante que les vies humaines, je me permets de rappeler que la qualité de la vie humaine est étroitement dépendante de la santé de l’économie. Et la qualité de la vie est aussi tributaire d’une chose fondamentale: la liberté! Nous assistons présentement à un ébranlement de la société de droit. L’interdiction toujours en vigueur de certains rassemblements sous peine de contravention, l’incitation à la délation, l’utilisation des dispositifs de traçabilité pour nous pister, et bientôt peut-être la vaccination obligatoire et le passeport santé sont toutes des mesures incompatibles avec une société où l’individu est libre de ses choix et de ses mouvements. En l’espace de quelques semaines, elles sont devenues acceptables et souhaitées par une bonne partie de l’opinion publique. Le contrôle social est attrayant pour une élite au pouvoir et nul besoin de se perdre dans la théorie du complot pour se rendre compte que certaines de ces pratiques liberticides pourraient s’installer de façon permanente dans nos usages communs.


Le narratif officiel est que l’on sauve des vies en restant tranquille chez soi. Obéir aux consignes de confinement serait un acte de solidarité, une abnégation judéo-chrétienne qui sauvera le monde. Je peine à voir en quoi il est d’intérêt collectif de mettre à mal tous les autres pans de la santé publique, la santé de l’économie et les libertés civiles dans le but de sauver des vies individuelles. On entend ces gens soi-disant solidaires militer pour un confinement plus long, soutenir les délais d’ouverture de certaines industries et de certains commerces de proximité afin d’éviter les déplacements et les contacts, comme si le combat contre le coronavirus était la seule chose dont il fallait collectivement se soucier. La vie humaine, ainsi réduite à la santé préventive et au risque zéro, passe et meurt sans passion et sans dignité. Mais les partisans du déconfinement se font taxer d’insouciance, d’irresponsabilité et d’égocentrisme. Il me semble y avoir dans ce narratif une inversion accusatoire : une peur égocentrique de la mort que l’on flatte d’altruisme, une responsabilisation tellement molle qu’on laisse à d’autres le soin de penser pour soi. Pour la solidarité, on repassera.


Faut-il se rappeler que les vies que l’on tente de sauver nous quittent déjà en grand nombre année après année en période d’infections virales saisonnières? Dans le monde, 290 000 à 650 000 personnes mourraient des conséquences de la grippe à chaque année. Les décès reliés au nouveau coronavirus se chiffreraient actuellement à environ 370 000 à l’échelle mondiale. Et maintenant, une deuxième vague annoncée par nos experts en modélisation statistique prend la forme d’une parole d’évangile. Ces diseurs de bonne aventure, qui, pour reprendre une expression de Jérôme Halzan, sont des hyperspécialistes connaissant à peu près tout sur quasiment rien, nous projettent un futur virtuel que l’on confond compulsivement avec le réel. Que ferons-nous face aux infections virales automnales, qui historiquement, ça on le sait, reviennent parmi nous de manière cyclique? Le bâton du confinement parrainé par des médias complaisants n’attend que notre aplaventrisme pour nous frapper de nouveau. Les décrets à courte vue qui nous assaillent depuis quelques mois risquent d’impacter pour longtemps nos systèmes humains et notre filet social, peut-être jusqu’à un point de non-retour. Si sauver des vies individuelles signifie mettre à mort nos libertés et la qualité de nos existences communes, je me questionne à savoir si les vies futures vaudront même la peine d’être vécues.


Les orientations des autorités publiques nous offrent un présent de souffrance et un avenir cadenassé. Leur remède rend la nation plus malade que le coronavirus, rien n’est plus certain. En psychologie systémique, on dit que quand un enfant est malade il faut soigner le milieu. Les fils et les filles de la nation sont malades. Messieurs Trudeau, Arruda et compagnie, c’est de votre monde dont il faut se guérir.


Vincent Mathieu, Ph.D.


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Vincent Mathieu est psychologue et thérapeute de groupe. Il a obtenu un doctorat en psychologie à l'Université Laval en 2019. Au cours de sa thèse, il s'est spécialisé dans les questions de l'empathie et des pathologies antisociales et narcissiques. 





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2 commentaires

  • Normand Guillemette Répondre

    7 juin 2020

    Belle intervention qui rejoint mes préoccupations. Le fait en est cependant que toutes les interventions qui vont dans ce sens n'ont pas vraiment d'écho mediatique solide. Il y a un cadenassage d'un côté et un accaparement de l'autre par une élite qui en contrôle tout le discour. Cet mise en scène COVID mondialisé a un sonne comme test de soumission imposé par l'élite globaliste. Nous y voyons avec consternation que le Québec est très soumis, peuples et dirigeants... Décourageant...


  • Alain Patenaude Répondre

    4 juin 2020

    Wow! Quel texte! Je vous félicite pour votre clarté. Je crois qu'il y a des gens qui devront rendre des comptes à un moment donné. Sur ce, je vous salue.