QUITTER LE MONDE DES APPARENCES POLITIQUES

Prendre la clef des champs

Dans un contexte où la gauche et la droite communient au même crédo

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Chronique de Patrice-Hans Perrier

Avec la saison estivale, j’ai pris le parti de fuir la scène politique et toutes ses déclinaisons perverses et maléfiques. Donc exit cette obsession pour un combat apologétique qui ne rime à rien puisque les tenants de la nouvelle « contre-culture conservatrice » ne sont que la seconde armée de réserve du grand Capital apatride.


Par Patrice-Hans Perrier


Les tenants de la doxa progressiste et gauchiste constituant la première réserve d’idiots utiles, celle que les grands régisseurs de la machination spectaculaire mettent à l’avant-scène, il fallait bien mettre en scène une ribambelle de figurants capables de donner la réplique à toute cette engeance de crétins lobotomisés. Et, vogue le navire sur les flots des lendemains radieux, dans un contexte où la bonne vieille droite moisie exulte face à la promotion de ses fils spirituels dans le camp d’une « nouvelle résistance » factice et veule.


Les nouveaux résistants d’une joute factice


En effet, les nouveaux apologètes de cette résistance 2.0 approuvent intégralement le néo-libéralisme et sa Société du spectacle mortifère. S’appuyant sur des formules magiques du type « tradition », « valeurs civilisationnelles », « culture occidentale » et autres fadaises ne correspondant à rien de tangible, les nouveaux épigones de cette « révolution conservatrice » tentent de profiter de la pétrification des idiots utiles issus de Mai 68 pour se réapproprier le terrain de la culture au service du pouvoir.


De fil en aiguille, après avoir investi le champ lexical et rhétorique en usage, la nouvelle droite « cul-cul-la-praline » tente de tirer le tapis sous les pieds de cette première armée de réserve des idiots utiles gagnés aux « lendemains qui chantent » de toutes les Internationales créées par les banquiers de la City de Londres et de ses succursales.


Il s’agit donc de mettre un terme à la « fuite en avant » d’une « société progressiste » condamnée à l’autophagie, dévorant ses propres enfants en leur interdisant d’exister en qualité d’entités réelles et non pas virtuelles. Si les nouveaux tenants de cette « révolution conservatrice » n’ont pas tort de mettre la question de l’identité au cœur même du combat politique, c’est leur travail de ventriloques qui finit par lasser même le plus complaisant des observateurs.


Des ventriloques avides de pouvoir et d’argent


On a pu constater avec l’élection du président Micron, en France, que l’effondrement de la droite catholique et bien-pensante correspondait à un ravalement de façade ayant pour objectif de permettre à une poignée de condottières d’investir les strapontins du centre et d’être en mesure de faire pression sur les marges … à droite et à gauche. Chemin faisant, les banques d’affaires ont délégué leurs propres technocrates afin de parachever le travail de sape entrepris depuis que feu Mitterrand a choisi de sacrifier les intérêts des classes populaires sur l’autel des luttes minoritaires.


Ainsi, l’excellente actrice Frigide Bardot et son armée de palotins gentiment grimés en cathos de circonstance se sont invités sur le podium d’un nouvel « act-up » vite décrié comme une horrible mise-en-scène « réactionnaire ». En fait, il s’agissait plutôt d’une commedia dell’arte proprement révolutionnaire, produite par les mêmes opérateurs qui s’activent derrière les défilés des Lady Gaga et autres avatars de la société spectaculaire. Se frottant les mains, les publicitaires au service de cette « révolution conservatrice » en carton-pâte ont pris toute la mesure des bénéfices anticipés dans le cadre de cette opération de ravalement de façade. Empruntant l’étoile révolutionnaire des bolcheviks, il suffisait d’ânonner qu’en 2018, cinquante ans après Mai 1968, « il est permit d’interdire ». Et, la boucle était bouclée.


Mai 2018


Depuis Mai 2018 j’écoute Mozart, plus particulièrement sa musique de chambre, incluant le merveilleux Concerto no. 1 pour Flûte et Harpe qu’il composa à la demande d’un flûtiste amateur. Cette musique céleste nous aide à pénétrer l’envers du décor, un peu comme dans la Flûte enchantée, un opéra initiatique qui met en scène le prince Tamino, protagoniste qui est invité à s’arrêter en face des trois temples de la Sagesse, de la Raison et de la Nature. Les forces qui ont conduit le prince Tamino devant ces demeures primordiales lui recommandent d’être « ferme, patient et discret » en tout temps.


Wikipédia nous livre une définition intéressante des trois temples en question. D’entrée de jeu, « la sagesse est un concept utilisé pour qualifier le comportement d’un individu, souvent conforme à une éthique, qui allie la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice s’appuyant sur un savoir raisonné ». Cet aparté nous aide grandement à prendre conscience de la futilité des sparages de toutes les Frigides Bardot de ce monde qui ne font que provoquer des ondes de choc qui brouillent la communication et nous empêchent de pouvoir pénétrer à loisir la substantifique moelle de la joute réelle.


Au seuil de la raison, Wikipédia nous prévient qu’elle est « est généralement considérée comme une faculté propre de l’esprit humain dont la mise en œuvre lui permet de créer des critères de vérité et d’erreur et d’atteindre ses objectifs. Elle repose sur la capacité qu’aurait l’être humain de faire des choix en se basant sur son intelligence, ses perceptions et sa mémoire tout en faisant abstraction de ses préjugés, ses émotions ou ses pulsions ». Cette embellie nous aide à comprendre que ceux qui s’acharnent à défendre les bonnes œuvres de l’inquisition catholique et romaine – prétendant qu’elles auraient eu le mérite de préserver la cohésion sociale et spirituelle de notre modernité naissante – sont en réalité les alliés objectifs de la nouvelle inquisition de la rectitude libérale-libertaire en place. L’essentiel étant de préserver la pureté apologétique d’une DOXA maintenue en place grâce aux subtils rouages de cette « machination spectaculaire » qui existait bien avant le capitalisme moderne.


Et, in fine, on nous prévient que la nature « c’est l’ensemble des êtres et des choses parmi lesquels nous vivons en tant que nous le considérons comme dot d’un ordre qui lui est propre qu’on appelle généralement « les lois de la nature » ». On parle, ici, d’une « loi naturelle » qui n’est certes pas l’invention de la lexicographie catholique. Cette « loi naturelle » qui agit discrètement à travers la création conditionne la vie active et passive des végétaux, des animaux et des êtres humains. Elle contient, en son sein, la grande histoire du génome universel.


Les épigones de cette « révolution conservatrice » en carton-pâte se gardent bien d’émettre la moindre protestation face aux velléités des adeptes du transhumanisme. La raison en est que ces pharisiens nouveau genre ont surtout peur de la mort et de ce qui est perçu comme ses séquelles : le passage dans une autre forme d’existence. On comprendra vite que ses « nouveaux croisés teutoniques » ne sont que d’insignifiants décalques posés sur la surface du navire amiral de l’authentique révolution matérialiste en cours. C’est ainsi que le transhumanisme progresse à pas de géant en tirant parti de la couardise des gens, en exploitant leur crédulité et en leur promettant une « éternité » autant factice que délétère.


Fatigué par toutes les inepties mises en scène par la « machination spectaculaire » de ce monde futile, nous préférons prendre la clef des champs, à l’instar de Papageno, dans la Flûte enchantée. Cet oiseleur est un peu le barde du récit et, même s’il lui arrive de trop parler, il est capable de jouer des mélodies qui « réenchantent le monde ». À condition de dire la VÉRITÉ quoi qu’il en coûte… c’est un peu le rôle des poètes, authentiques démiurges qui ont su broder le récit de la grande saga humaine. Homère demeurant la figure exemplaire du voyant qui s’est bien gardé d’emboucher les flûtes mensongères de la propagande. Cette musique maléfique qui permet d’envouter les voyeurs de la « société spectaculaire ».



Lien vers le site de l'auteur : https://patricehansperrier.wordpress.com/2019/08/09/prendre-la-clef-des-champs/


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Patrice-Hans Perrier168 articles

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Patrice-Hans Perrier est journaliste indépendant. Il a forgé ses premières armes en qualité de critique artistique, il se spécialise actuellement dans le domaine des Affaires municipales et du Développement urbain. Il possède un baccalauréat en Communication et un autre en Design de l’environnement. Passionné d’architecture et promeneur invétéré, ce libre penseur voue un amour inconditionnel à la ville, cet espace collectif de première importance. Son travail de chroniqueur l’amène à poser des questions incontournables qui nous interpellent tous : citoyenneté ; développement de la ville ; préservation du patrimoine urbain ; initiation à l’architecture ; le vivre ensemble ; la démocratie municipale ; les enjeux de la gouvernance ; etc.





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