COVID-19

La violence des institutions

Jusqu’où ira la dérive sanitaire ?

Tribune libre

Les villageois, Myriam, ont appris des moines et des prêtres à détester tous ceux qui pensent par eux-mêmes,


alors il les imitent et, tout comme eux, n'aiment pas ceux qui réfléchissent et ne se laissent pas mener.


Khalil Gibran - Les esprits rebelles


 


La violence du gouvernement québécois me force de nouveau à coucher sur papier mon indignation, la CAQ s’étant visiblement intoxiquée à la griserie du pouvoir. Les dernières frasques de nos chefs d’État concernant la vaccination obligatoire dans le réseau de la santé et des services sociaux s’avèreront peut-être les décisions politiques les plus destructrices de l’histoire du Québec. Les esprits moindrement curieux savent bien que l’état d’urgence maintenu par le gouvernement sert, entre autres, à masquer une crise de ressources humaines qui s’est plus que jamais amplifiée depuis la mise en place des mesures sanitaires en mars 2020. Qu’est-ce que le gouvernement fait pour remédier à la situation ? Il enverra des milliers de travailleurs du système de santé en congé forcé par son décret d’obligation vaccinale[1].


Si l’adage ordo ab chao est vrai, les nababs du forum économique mondial doivent saliver à l’idée de pouvoir implanter avant longtemps leur grande réinitialisation[2], les dirigeants occidentaux semblant s’arranger jour après jour pour détruire le tissu économique de la classe moyenne, affaiblir le système de soins de santé et renforcer la normalisation de la surveillance de masse.


Alors qu’une bonne frange de la population sommeille et nous donne envie d’écrire une version 2021 de Tout va très bien madame la marquise[3], l’autre frange de la population, qui fait selon moi preuve d’un pacifisme quasi christique en ne faisant que donner quelques coups de pieds dans le temple et engueuler les sépulcres blanchis, se fait complètement couvrir d’injures. On les taxe d’être des extrémistes radicaux, des menaces aux valeurs démocratiques et des dangers pour la sécurité nationale[4]. Rien de moins !


Bien évidemment, ce n’est pas du tout extrême et radical de réduire le staff sur le plancher de l’hôpital en imposant une vaccination obligatoire au personnel d’un système de santé en perdition, rappelons-le, dans le but de combattre un virus qui ne cause plus de surmortalité depuis plusieurs mois. Il n’est pas du tout menaçant pour les valeurs de démocratie libérale de piétiner le droit de manifester[5] ou de traiter les non-vaccinés en parias insinuant qu’ils sont en permanence un danger pour la santé des autres, qu’ils sont responsables de nos difficultés économiques[6] et qu’ils sont, il faut souligner derechef cette épouvantable hyperbole de Loïc Tassé, des menaces à la sécurité nationale[7]. Et bien sûr que non, il n’est pas du tout dangereux pour notre sécurité et notre santé publique d’envisager la vaccination générale des enfants de douze ans et moins alors que de l’avis même des experts, ils ne font en très grande majorité aucune forme grave de la maladie Covid-19 et que, c’est là où le bât blesse, on ne connait pas les effets secondaires à long terme des vaccins ARNm. Les inversions accusatoires et le « deux poids, deux mesures » de nos autorités sont d’une destructivité et d’une violence inouïes. S’il y a actuellement urgence, c’est de nommer cette violence pour mieux la penser et y mettre un frein. 


L’individu bafoué


Il est très difficile d’avoir accès à de la bonne information concernant les vaccins contre la Covid-19. D’un côté, les médias, les journaux médicaux sous l’influence des grands groupes pharmaceutiques et les autorités de santé publique s’en font les chantres hystériques. D’un autre côté, des voix non moins hystériques crient au projet caché d’extermination de la population. Un peu de nuance ferait le plus grand bien à tout le monde. La réalité est que si on écoute sérieusement plusieurs experts, les effets secondaires liés à la présente vaccination de masse sont mal répertoriés et loin d’être bien compris[8]. La vaccination généralisée et non-ciblée semble ainsi être une opération de santé publique précipitée et irresponsable, particulièrement venant de la part d’autorités qui prétendent avoir la santé de la population en priorité.


Vacciner des individus qui ne veulent pas de l’injection en les intimidant et au mépris de leur libre consentement est une vexation dont je ne croyais jamais être témoin dans l’Occident des droits de l’homme. Il faut se pincer pour réaliser qu’on vit dans cette nouvelle normalité qui justifie le viol de l’intégrité physique des individus. Les expériences effectuées en Allemagne nazie sur des populations vulnérables ou celles faites par la CIA dans les années d’après-guerre[9] ont amené l’éthique de la recherche sur des sujets humains à considérer que l’intérêt collectif relié à une recherche ne doit jamais primer sur le respect de l’intégrité physique et psychique de l’individu qui y participe. D’où l’obsession des comités éthiques à la recherche universitaire sur la question du consentement libre et éclairée qui met souvent des bâtons dans les roues des chercheurs pour de simples formalités. Pourquoi maintenant ce double standard pour le vaccin contre la Covid-19 ? Les groupes pharmaceutiques reconnaissent pourtant eux-mêmes que leur produit est toujours en phase 3 d’essais cliniques. Nouvelle normalité oblige, les règles éthiques du respect de l’individu volent tout à coup en éclat avec l’assentiment des éthiciens de plateaux télé.


Où sont les officiers du combat « mon corps, mon choix » si ardemment mené par la bien-pensance progressiste il y a à peine quelques années ? Le sacro-saint bien commun qui est brandi de nouveau pour justifier toute forme d’exaction sur l’individu est un refrain qu’on a pourtant déjà entendu. Presque cent ans après le chantage collectiviste du fascisme européen, nos journalistes, nos politiciens et nos citoyens lobotomisés montrent qu’ils n’ont aucun sens historique ou qu’ils sont, encore pire, eux-mêmes de petits despotes sans honneur.


Avec la vague d’articles et de déclarations politiques qui désignent les « anti-vax » comme les responsables de tous les maux du monde, certains de nos concitoyens qui lisent les feuilles de chou quotidiennes n’applaudiraient-ils pas debout si les non-vaccinés étaient raflés et rassemblés dans des lieux isolés de la société pour protéger les braves gens ? Pour ceux et celles qui croient que j’exagère, je rappelle que notre prétentieux national, Patrick Lagacé, avait évoqué l’idée de ne plus soigner les personnes non-vaccinées aux soins intensifs[10]. Le degré de déshumanisation retrouvé dans les propos des larbins médiatiques et d’une partie de leur lectorat monte en crescendo et est à mon sens terrifiant.


Crise sanitaire et tyrannie


Si la comparaison entre le passeport vaccinal et le port de l’étoile juive observé dans certaines manifestations est excessive, elle ne l’est pas davantage que la comparaison entre la covid-19 et la grippe espagnole, abus de langage pourtant maintes fois utilisé sans vergogne par les donneurs de leçons québécois. De toute manière, que reste-t-il d’autres que la caricature et le cynisme pour exprimer son désarroi devant un pouvoir qui n’écoute plus et un corps social zombifié qui fait le béni-oui-oui en allant chercher ses doses à la queue leu leu.


Ce n’est pas parce qu’une situation n’est pas identique qu’on ne peut en dégager des similitudes. Faut-il rappeler que l’holocauste s’est fait dans les dernières années de l’État fasciste et non à ses débuts où on ne faisait « seulement » qu’empêcher les Juifs d’avoir accès à certains lieux et privilèges ? Il ne faut pas nier non plus que la stigmatisation par la peur de la maladie était présente en Allemagne nazie et qu’elle fédérait sa majorité compacte[11]. Les discours portant sur le danger du Juif pour la santé publique n’étaient à l’époque pas si rares. En voici deux exemples :


Ce quartier grouille d’une foule énorme d’éléments de l’espèce la plus abjecte… En outre, ces immigrants menacent gravement la santé publique. La notion de propreté est tout à fait étrangère à ces gens-là[12].


Le Juif sale, pouilleux, est le maître de la prostitution et l’agent de la syphilis. Apportant avec lui les maladies infectieuses, il doit être assimilé à un bacille[13].


Nous pouvons ajouter à nos exemples le petit feuillet « Ici Juif contagion[14] » collé sur des murs en France dans les années où l’antisémitisme était à son faîte. La foule haineuse est toujours pleine de prétentions vertueuses. Le Juif, comme le non-vacciné, était l’indésirable porteur de germes qui souillait et contaminait le puritain. Alors oui! Le chantage actuel à la santé publique a des relents fascistes qu’il est de très mauvaise foi d’ignorer.


Et si comprendre les rouages du totalitarisme d’avant ne peut plus servir à comprendre le totalitarisme d’aujourd’hui, à quoi sert-il d’écrire des livres et de penser ? Aussi bien, dans ce cas, demander à un Juif qui n’est pas Juif (Suzy Kies ou Justin Trudeau accepteraient sûrement de jouer le rôle) de brûler les livres d’Hannah Arendt, de George Orwell, de Raymon Arond ou de Soljésistyne, et une fois pour toute oublier le passé pour mieux le répéter. Il serait à peu près temps que les précieuses qui se complaisent dans leurs certitudes aient la dignité et le courage de se préoccuper des dérives politiques de leur époque au lieu de s’exciter devant les atrocités d’autrefois qui ne font peser sur leurs petites peaux sensibles aucune menace.


En ce qui me concerne, je trouve néanmoins que le traitement réservé aux personnes non-vaccinées ressemble davantage à celui que l’on réservait aux déserteurs en temps de guerre. Ces citoyens qui refusaient de servir de chair à canons, comme ceux qui aujourd’hui refusent de servir de chair à vaccins, étaient marginalisés et honnis parce qu’ils refusaient d’abandonner leur corps à la cause commune, même si celle-ci était soutenue et martelée par les discours moralistes des propagandistes[15]. Aujourd’hui comme en ces autres temps, dire non était défendu et toute manifestation individuelle amenant le sujet à se respecter et mettre ses limites était vue comme de l’égoïsme à abhorrer.


La réalité crève tellement les yeux qu’elle en rend plusieurs aveugles. Le Québec et plusieurs États occidentaux sont en train de sombrer dans une dérive sanitariste et autoritaire dont ils ne se remettront pas sans blessures profondes. L’histoire nous apprend certaines vérités implacables, dont celle que l’État se sert constamment des crises, réelles ou provoquées, pour accaparer plus de pouvoir[16]. Et une population apeurée qui laisse son gouvernement avoir de l’emprise sur elle pave la voie à la tyrannie.


En conclusion


À tous ceux qui trouvent tout à fait charmant de présenter un passeport vaccinal en allant au restaurant tout en continuant de suivre des consignes sanitaires ubuesques entre gens intelligents doublement vaccinés, dites-vous bien que « celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes[17] ». Pour le moment, vous vous tenez bien correctement, conformément et normalement, à votre place assignée.


Pour ce qui est des individus qui résistent encore, singuliers et affranchis, je sais que vous avez parfois le goût de baisser les bras. Que vous soyez aisés ou pauvres, jeunes ou vieux, vaccinés ou non-vaccinés, instruits ou « édentés[18] », vos doutes sont non seulement légitimes, ils sont précieux pour toute société qui aspire à être libre et saine. Faites confiance à ce que George Orwell appelait la common decency, ce « gros bon sens » qui ne requiert pas de diplôme, cette intelligence intuitive de savoir qu’il y a des choses qui ne doivent pas être faites. Et pour rester dans la paraphrase d’Orwell, en ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.


Les marginaux ne reçoivent jamais de reconnaissance publique au moment de leur bataille, mais ceux qui par le passé ont combattu les dérives et l’oppression de la majorité servent de modèles aux générations qui suivent. Exister c’est résister, disait Jacques Ellul. Par le simple fait d’exister en manifestant votre différence dans vos idées et dans vos choix, vous résistez au pouvoir tyrannique. C’est pour cela que vous le dérangez. C’est pour cela qu’il vous agresse avec autant d’acharnement. Contrairement à l’étiquette d’égoïste qu’on vous accole, votre combat politique demande une grande abnégation. Il faudra sans contredit perdre des plumes pour écrire l’histoire.      


Vincent Mathieu, Ph.D.


 




[2] Lire à cet égard le livre The Great Reset de Klaus Schwab et Thierry Malleret. Une bonne critique de ce livre a été rédigée par Éric Verhaeghe et s’intitule The great reset : Mythes et réalités




[3] Chanson française de 1935 écrite par Paul Misraki pour critiquer l’attitude d’aveuglement volontaire d’une partie de la population face aux tensions sociales et aux dérives annoncées des années d’avant-guerre.   





[5] On peut questionner le bon goût des manifestations anti-vaccination obligatoire devant des écoles et des hôpitaux. Mais les manifestants ont-ils vraiment intimidé des enfants et des patients comme l’ont rapporté les organes politico-médiatiques? La loi spéciale de la CAQ en vue d’interdire les manifestations antivaccins et la façon dont les médias traitent l’affaire sentent la récupération politique et la désinformation à plein nez.





[7] https://www.journaldemontreal.com/2021/08/23/covid-19-pour-la-vaccination-obligatoire. Ajoutons à l’excès la dérape de Justin Trudeau qui a prétendu, lors de son passage à l’émission La semaine des 4 Julie le 16 septembre 2021, que les manifestants antivaccins étaient souvent des misogynes et des racistes.





[9] Une de ces expérimentations est connue au Québec, le Dr Donald Ewen Cameron ayant procédé à plusieurs expériences de lavage de cerveau à l’Institut Allan Memorial de l’Université McGill pour le compte du projet MK Ultra financé par la CIA.





[11] La majorité compacte est un terme utilisé par Henrik Ibsen dans une pièce de théâtre intitulée Un ennemi du peuple. Cela réfère au poids de l’opinion publique lorsqu’elle répudie les lanceurs d’alerte et soutient le pouvoir en place.




[12] Extrait d’un rapport adressé par le président de la police berlinoise au ministère de l’Intérieur allemand au début de l’année 1920. Cité dans: Schacht, Hjalmar (1953). Les mémoires d’un magicien, Éditions Kontre kulture, p. 167.




[13] Cité dans : Enriquez, Eugène (1983). De la horde à l’État. Essai de psychanalyse du lien social. Gallimard. P. 424.




[14] Debono, Emmanuel. (2010). Radiographie d’un pic d’antisémitisme. La crise de Munich (automne 1938), Archives juives, Vol. 43(1).




[15] Les opposants aux mesures sanitaires ont de quoi ne pas croire le discours des autorités publiques. Au début du mois de mai 2020, j’ai publié un texte sur la pandémie de Covid-19 qui avait pour titre « De la fraude statistique à la société de contrôle »: http://app.vigile.quebec/articles/libre-opinion-sur-la-pandemie-2020. Avec le rapport d’enquête sur le CHSLD Herron et la commission d’enquête de Joanne Castonguay sur la gestion de la pandémie par le gouvernement, nous constatons que nous avions raison d’affirmer que les chiffres de mortalité Covid-19 étaient gonflés et que plusieurs des personnes âgées décédées au printemps 2020 l’ont été par négligence et par manque de soins. La société de contrôle dans laquelle nous sommes embarqués, réalité qu’on ne peut dorénavant nier seulement qu’en jouant à l’autruche, est le résultat direct de cette fraude statistique qui a implanté la peur dans l’esprit des gens et leur a fait abandonner toute volonté de défendre leurs droits et libertés en échange de la protection de l’État. Machiavel n’aurait pas pu trouver meilleure stratégie pour étendre le pouvoir du roi.   




[16] Pour étayer ce propos, le lecteur peut par exemple se référer à l’ouvrage récent de Robert Higgs, Crisis and the Leviathan.




[17] Paroles qu’aurait prononcées la militante russe Rosa Luxembourg, assassinée pour des raisons politiques en 1919 en Allemagne.




[18] En référence au vocable utilisé par le chroniqueur montréalais Patrick Lagacé pour désigner les opposants aux mesures sanitaires qui selon lui manquent d’éducation : https://www.lapresse.ca/actualites/2021-03-19/les-edentes.php




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Vincent Mathieu est psychologue et thérapeute de groupe. Il a obtenu un doctorat en psychologie à l'Université Laval en 2019. Au cours de sa thèse, il s'est spécialisé dans les questions de l'empathie et des pathologies antisociales et narcissiques. 





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3 commentaires

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    4 octobre 2021

    L'angle mort de la propagande : le curatif.

    L'Inde a une stratégie qui donne des résultats exceptionnels mais, ne comptez pas sur les médias pour vous en informer :

     

    India's Ivermectin Blackout: The Secret Revealed

    https://www.zerohedge.com/covid-19/indias-ivermectin-blackout-secret-revealed


  • Bernard Desgagné Répondre

    4 octobre 2021

    Bravo, Monsieur Mathieu! Le combat contre la tyrannie sera dur, mais vous m'encouragez à y prendre part avec toute mon énergie.


  • Pierre Bourassa Répondre

    3 octobre 2021

    Magnifique texte. Merci.Je ne comprends pas que ce sujet ne fasse pas la une de Vigile.Il détruit la souveraineté des pays.Pourtant nous avons connu çà en 70 avec la loi des mesures de guerre.Le même phénomène se répète sous le terme de sanitaire.Un document PDF publié en Saskatchewan le 13-09-2021 statue que l'armée détient dorénavant le pouvoir de prendre possession de votre résidence privée si elle le juge nécessaire.Ils ont activé la loi des mesures d'urgence sanitaires qui n'est que la mutation de la loi des mesures de guerre.


    https://yl9wj1huk5pejen62zybt2w8-wpengine.netdna-ssl.com/wp-content/uploads/2021/09/MO-Sep-13.pdf


    Vous ne posséderai plus rien mais serez heureux?


    Si les Québécois n'allument,comment pourront-ils encore espérer vivre dans un Québec indépendant?