La France se lancerait dans les gaz de schiste en catimini

Une ancienne ministre française de l'Environnement dénonce le jeu des grands intérêts industriels

Gaz de schiste


Louis-Gilles Francoeur - Peu de Français le savent, mais le dossier des gaz de schiste pourrait bien commencer à faire des vagues qui pourraient atteindre jusqu'aux marches de l'Élysée.
En effet, l'ancienne ministre de l'Environnement de la France, Corinne Lepage, a dénoncé hier dans son blogue le jeu des grands intérêts industriels qui accélèrent le tempo en sourdine pour pouvoir mettre la main sur les plus grandes surfaces possibles de territoire, où elles pourront prospecter avec très peu de contraintes réglementaires avant que ne s'amorce en France, comme au Québec, un débat public ouvert sur la question.
«En toute opacité, écrit l'ancienne ministre de l'Environnement, et après avoir autorisé de grandes banques dont Goldman Sachs à intervenir sur le marché du gaz, plus de 1 % du territoire français a fait l'objet de permis de recherche à des fins d'exploitation de gaz non conventionnels.»
Et Mme Lepage, qui est aussi présidente de CAP 21, un parti politique qui préconise les principes de précaution, les valeurs d'innovation, d'éthique et de responsabilité écologique, indique que dans le Sud-Est de la France, entre Montélimar et Montpellier, la multinationale Total a obtenu le 31 mars dernier l'exclusivité de la prospection sur un territoire de 4327 km2, où elle investira 37,8 millions d'euros.
Total, dont le financier Paul Desmarais, de Power Corporation, est un des principaux bailleurs de fond, a annoncé la semaine dernière qu'elle s'alliait à Suncor pour exploiter les sables bitumineux de l'Alberta. Le financier Desmarais, qui a embauché au moins trois anciens premiers ministres canadiens, est un proche de Nicolas Sarkozy, dont il a appuyé la course à la présidence et qui lui a remis la grand-croix de la Légion d'honneur en février 2008.
Pour l'instant, Total est absente du dossier des gaz de schiste au Québec, mais plusieurs des plus petits exploitants de cette ressource craignent de finir dans les rets de ce type de grande société s'ils ne peuvent rapidement prendre leur envol économique.
Selon Corinne Lepage, qui cite Cambridge Energy Research Associates, les réserves de gaz de schiste en Europe pourraient représenter entre 3000 et 12 000 milliards de mètres cubes et ainsi doubler les ressources classiques disponibles. En 2030, ces réserves pourraient produire près de 50 milliards de mètres cubes, soit environ le tiers de la production européenne actuelle.
L'ancienne ministre française de l'Environnement dénonce le fait que la France laisse les grands intérêts industriels se lancer dans cette filière «sans débat public», sans évaluation des impacts écologiques cumulatifs, notamment pour les réserves d'eau et le paysage.
Sa crainte principale, dit-elle, porte sur le fait que ce nouveau type d'exploitation «remet en cause la transition énergétique qui devait substituer les sources d'énergie renouvelables aux combustibles fossiles», ce qui pourrait à la limite faire trébucher tout plan de contrôle mondial des émissions de gaz à effet de serre. Dans les milieux économiques et pétroliers, dit-elle, on parle désormais d'un «continuum des ressources carbonées», au lieu d'anticiper le déclin annoncé des ressources pétrolières.
«Il est inadmissible, concluait-elle hier dans son bloque, qu'aucun débat collectif et politique n'ait lieu sur une orientation qui met en péril la reconversion énergétique de nos sociétés, notre santé et nos ressources naturelles.»
D'où la nécessité, dit-elle sur un air connu au Québec, d'instituer un «moratoire» jusqu'à nouvel ordre sur cette activité.


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