DESTINATION

Jacques Parizeau appelle à l'unité

Rare moment de convergence

La souveraineté se fera par la voie de l’action politique et c’est le Parti québécois plus que quelconque autre formation qui est le mieux placé pour y parvenir, parole de Jacques Parizeau.

Le regard perçant, le verbe résolu, l’ex-chef péquiste a incité les troupes souverainistes de tous horizons à se scruter attentivement dans le miroir, au cours d’une allocution fort attendue, diffusée dimanche au rassemblement pour l’indépendance « DestiNation », à Montréal.

« Les forces souverainistes sont devant un champ de ruines. Il y a une confusion dans les esprits que je n’ai pas vue longtemps », a déclaré d’entrée de jeu celui qui a mené les troupes souverainistes au référendum de 1995, dans son discours pré-enregistré.

« La relance du mouvement souverainiste passe par une redéfinition claire de ce que l’on veut, a affirmé M. Parizeau, aujourd’hui âgé de 84 ans. Le vaisseau amiral, le PQ, provoque un certain nombre de questions existentielles. Est-ce encore le bon véhicule ? Beaucoup de monde se pose la question », dit-il, évoquant la popularité de partis comme Québec solidaire et Option nationale, mais aussi de mouvements extra-parlementaires.

« Tout ça ne [fait] que renforcir l’éparpillement des votes. […] Il nous faut un parti du monde ordinaire. Notre chance n’est pas dans la division, elle est dans l’harmonie », a-t-il dit, invitant le PQ à « redevenir le parti de ses membres ».

« On ne peut passer son temps à considérer les membres comme simplement de la main d’œuvre pour coller des enveloppes ou lancer des messages sur les médias sociaux », a-t-il tonné.

La foule de près de 600 personnes, en très large majorité composée de têtes grises « pure laine », a par la suite débattu d’une série de résolutions formulées lors de panels qui se sont tenus samedi. Des débats qui permettent de constater que malgré les appels à l’unité et à la convergence — mot omniprésent à DestiNation cette fin de semaine —, l’écart est grand entre les différentes factions du mouvement.

Réunis le temps d’une fin de semaine pour repenser le projet d’indépendance, des centaines de souverainistes de divers horizons politiques ont décidé de se parler dans le blanc des yeux, à l’Olympia, à l’invitation du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ) et du Conseil de la souveraineté du Québec (CSQ), organisateurs du rassemblement pour l’indépendance baptisé « DestiNation ».

Samedi, du discours d’ouverture de Gilbert Paquette et Pierre Curzi (présidents de la CSQ et de la NMQ) aux allocutions de la syndicaliste Claudette Carbonneau et de l’ex-premier ministre Bernard Landry, tous se sont entendus pour dire que les partis souverainistes doivent faire front commun. « Je le dis toujours, c’est la patrie avant les partis, a déclaré M. Landry, ça ne veut pas dire qu’ils doivent tous fusionner, mais ils ont le devoir de faire avancer le projet d’indépendance. »

Durant son discours, l’ex-chef péquiste a rappelé à l’audience qu’une des façons les plus efficaces de faire adhérer de nouvelles personnes au projet indépendantiste était de décortiquer les injustices politiques, économiques et sociales du statu quo. Il faut faire la preuve concrète que le changement est nécessaire, a-t-il soutenu. « Dans un monde globalisé, les grandes décisions ne se prennent plus à Québec, ni à Ottawa, mais dans les organisations internationales. Et c’est qui qui nous représente? C’est Harper, et c’est inacceptable », a-t-il lancé à une foule emballée.

Les divergences refont surface

La co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Françoise David, conçoit que l’idée d’une éventuelle « bannière » pourrait éviter, par exemple, de diviser le vote souverainiste dans une élection future. « On ne peut pas cacher que pour l’instant, les méfiances entre les partis sont grandes, il y a une confiance mutuelle à établir », explique-t-elle, en disant avoir été très irritée par l’attitude de « centre-droite » du Parti québécois lorsqu’il a été au pouvoir.

Le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, admet que tous les partis, s’ils veulent former une quelconque alliance, « devront mettre de l’eau dans leur vin ». De son côté, le député de Rosemont, Jean-François Lisée, croit que les partis doivent s’unir pour recruter plus d’indépendantistes, et n’ont pas à se soucier pour l’instant des divergences.

Pour sa part, le député péquiste Bernard Drainville a surtout voulu inviter les militants souverainistes des autres partis à se joindre au PQ. « Nous traversons une période charnière au PQ, nous nous remodelons et cela pourrait permettre à de nombreux militants, de QS, ou d’Option nationale, de se retrouver davantage dans notre parti », a-t-il fait valoir.

Le référendum d’Écosse déçoit

Au lendemain de la défaite du camp du Oui en Écosse, plusieurs souverainistes avaient une mine basse. « C’est sûr que ça aurait enthousiasmé les troupes, mais là, on ne va quand même pas vivre par procuration. Le projet du Québec, c’est à nous et nous seuls de le rebâtir », a lancé l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe.

Derrière lui, deux jeunes souverainistes ont admis être déçus de l’issue du vote. « C’est un peu déprimant, tout comme la situation de la souveraineté au Québec, il y a du travail à faire », a commenté Miriam Paré, 22 ans. Cette dernière espère que le rassemblement permettra de tenir de « vraies discussions ». « On en a assez des chicanes entre les partis souverainistes, qui s’accusent d’être trop à gauche, trop à droite, il faut penser au projet d’indépendance et l’écrire tous ensemble », a ajoute son collègue Mathieu Gagnier.

Les jeunes minoritaires

Dans la salle de l’Olympia, les têtes blanches semblaient bien plus nombreuses que les jeunes indépendantistes. Selon Martine Desjardins, ex-leader étudiante et organisatrice de DestiNation, les 40 ans et moins représentaient un tiers de l’audience. « C’est déjà beaucoup pour un samedi matin! Je crois que les jeunes souverainistes sont nombreux, ils ne viennent juste pas forcément à ce type d’évènement. C’est petit pas par petit pas qu’on va les motiver à s’impliquer », dit-elle.

Constatant que les jeunes étaient peu nombreux, Stéphane Bédard a déclaré que le défi était de taille. « Il faut prouver aux jeunes qu’on est un parti qui peut se renouveler, et aussi aller chercher l’appui des communautés culturelles », a-t-il indiqué.


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