Contrer l'intolérance sans tomber dans le fantasme de la guerre de civilisation

Condamation frileuse de l'État Islamique

Même en occident, les plus modérés alimentent ce fantasme!

Tribune libre

Après avoir condamné du bout des lèvres l’horreur de l’État islamique depuis quelque temps, un chroniqueur d’un de ces journaux gratuits à Montréal, certainement le représentant d’un islam modéré et tolérant, y est plutôt allé d’un réquisitoire en règle contre les crimes passés du christianisme. Le message est clair, il s’agit moins de condamner EI que de justifier ce groupe à l’aune d’un conflit de civilisation provoqué par l’occident chrétien.

Tous les classiques y passeront : les croisades du Moyen Âge, le génocide des indiens par les Espagnols, l’invasion chrétienne de l’Afghanistan, et comble de l’audace, les victimes du 11 sept qui auraient « bénéficié » d’une vaste coalition pour se venger alors que les 100 000 irakiens engloutis sous les bombes chrétiennes n’ont eu que le « soutien indéfectible » des djihadistes pour crier vengeance!!! On croit rêver!

Faut-il rappeler à ce monsieur que l’occident ne se positionne plus comme « chrétien » depuis belle lurette : des Français appuieront le FLN durant la guerre d’Algérie; l’occident « chrétiens » se rangera du côté des musulmans bosniaques et kosovars contre les Serbes orthodoxes; des américains « chrétiens » combattront aux côté des moudjahidines musulmans en Afghanistan contre les Soviétiques. Ce sera encore des « chrétiens », Canadiens, Français, Allemands et Russes qui refuseront de joindre d’autres « chrétiens », Américains et Britanniques dans une guerre d’Irak injustifiée; des conditions où nous voyons une Europe chrétienne alliée au peuple musulman de Libye contre un dictateur « musulman » promettant de tout transformer en mer de sang; un occident appuyant le printemps arabe du mieux qu’il peut etc.

Mais dans ce contexte, il n’y a plus de raisonnement possible puisque la rhétorique en vogue fait de la CIA, la créatrice de tous ces mouvements.

Évidemment, nulle lamentation sur les 10 000 morts palestiniens en 1970 par l’armée Jordanienne du roi Hussein, les 200 000 mort au Darfour par les islamistes du sud Soudan, les 100 000 morts dans l’Algérie des années 90 prise d’assaut par les islamistes du GIA, sans oublier les atrocités des milices islamistes Séléka en Centrafricaine que l’auteur n’attribue qu’aux Anti-Balaka chrétiennes, ou encore pire, bien avant les bombes de Tsahal, le millier de Palestiniens dont 500 enfants, écrasés dans la construction des tunnels de la mort vers Israël. Sur la centaine de milliers de mort en Irak, tous victimes des Américains selon le chroniqueur, les trois quart seront la proie de guerres confessionnelles, d’attaques suicides de milices chiites ou d’Al-Qaida.

Dans ce discours démagogue fait de demi-mots, de deux poids deux mesures et de comparaisons mémorielles tel que pratiqué par le chroniqueur, la contorsion des faits joue dans les deux sens. Le conflit ne se comprend donc qu’à travers une dynamique de « choc de civilisation » : une dynamique suprématiste musulmane incarnée par le retour du grand Califat d’Omar. À l’heure des épurations ethniques, des exterminations de masse, des décapitations au couteau de cuisine d’otages occidentaux et d’exécutions sauvages de nos soldats ici même au pays, laissons de côté la croisade du Pape Urbain II et de Richard Cœur de Lion pour un moment.

Et soyons clair sur un point : le monde musulman semble rejeter massivement le projet de société civile démocratique. Ces « droits de l’homme » et cette culture de démocratie incarnent dès lors, la dernière ingérence colonialiste Européenne. Le chaos islamique aux lendemains du « printemps arabe » en est la preuve la plus évidente : des principes de libertés et de laïcité séquestrés au profit d’une idéologie fondamentaliste ne cessant de se radicaliser depuis. Car pour une majorité de musulmans, les valeurs séculières appuyées par le droit positif incarnent l’occident chrétien des croisées d’hier. Il s’agit non pas de principes de libertés individuelles mais de « régimes » occidentaux corrompus qu’il faut combattre avec l’aide d’une Charia archaïque et monolithique refusant de se mettre au diapason de notre modernité; le tout alimenté par la névrose obsessionnelle du conspirationisme ambiant et l’abondance des théories complotistes propagée sans borne sur les réseaux sociaux arabes.

C’est à se demander si plusieurs musulmans n’espèrent pas, au fond d’eux-mêmes, une victoire du Califat de l’État islamique, prélude à cette revanche tant annoncée par les « prophéties » et leur corolaire? Car si on s’entête du côté de nos compatriote musulmans, à refuser de se mobiliser et à ne pas dénoncer « inconditionnellement » cette terreur innommable et ces menaces proférés directement envers notre pays le Canada, leur propre pays d’accueil, la question de leur allégeance s’imposera de plus en plus au fil du conflit, en espérant juste qu’elle ne prenne pas des proportions inquiétante…


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2 commentaires

  • Yvon Lagacé Répondre

    1 novembre 2014

    S'ils viennent en Occident, ce n'est certes pas parce qu'ils nous aiment. Pour les plus modérés, c'est la fuite de certains Pays intégristes, mais pour les plus fondamentalistes et radicaux, c'est bel et bien un Plan de conquête, il ne faut pas se leurrer.

  • Archives de Vigile Répondre

    31 octobre 2014

    Je trouve assez paradoxal que les musulmans se bousculent aux portes de nos pays Occidentaux pour immigrer, même par les mensonges et la fraude, et quand même temps ils traitent les citoyens Occidentaux de racistes, xénophobes, islamophobes et des assassins.
    C'est drôle les Occidentaux savent ou sont les racistes et les xénophobes sur cette terre et ne se bousculent pas pour migrer dans leurs pays.