Trente ans après les Etats généraux du Canada français

Les liens ne se sont pas renforcés entre les francophones du Québec et du Canada

Jules Richer

PC 8-9 novembre 1997



Trente ans après la tenue des Etats généraux du Canada français, les divergences entre les Québécois et les francophones du reste du Canada demeurent toujours aussi présentes.

Tel est le constat qui s'est dégagé, hier, à l'ouverture d'un colloque en l'honneur d'un événement qui avait marqué l'année 1967 au Québec et ailleurs au Canada français.

Jacques-Yvan Morin, aujourd'hui professeur à l'Université de Montréal, en était le président et il se rappelle que les Etats généraux ont permis de réaliser que la survie du fait français passait par des solutions différentes selon l'appartenance. «Il y a eu une prise de conscience que, dans le cas du Québec, il s'agissait d'une question de pouvoirs et que, dans le cas des minorités [francophones], il s'agissait de droits. Les choses n'avaient jamais été dites aussi clairement auparavant», a dit l'ancien ministre péquiste.

«C'est un acquis des Etats généraux de l'époque que la suite choses allait peut-être compromettre dans une certaine mesure, puisque le Québec a continué d'évoluer de son côté et les groupes francophones du leur», a-t-il poursuivi.

Preuve de cet éloignement, le colloque, qui visait à célébrer un événement qui avait rassemblé plus de 2000 personnes à Montréal, se déroule à l'Université d'Ottawa, dans un petit auditorium. Environ 70 personnes à la tête grisonnante y ont pris part, hier, et la plupart des experts invités provenaient d'universités de l'extérieur du Québec. Jacques-Yvan Morin ne s'est même pas rendu à Ottawa: il a fait parvenir son témoignage sur une vidéocassette.

Pourtant, en 1967, tout était différent. L'atmosphère était à la crise: on craignait pour la survie du fait français au Canada.

Les Québécois voulaient donc tisser des liens avec les autres communautés francophones et avaient invité leurs représentants à prendre part aux Etats généraux. Les ponts étaient rompus depuis 1915, moment de la dernière grande action collective qui avait consisté à s'opposer au règlement 17 de l'Ontario interdisant le français dans les écoles.

«Nous avions l'impression que nous étions en perdition. Il fallait trouver un moyen de se mettre ensemble, de faire preuve de solidarité», explique Jacques-Yvan Morin.

Les Etats généraux se termineront sur une scission. Les Québécois appuieront par une écrasante majorité la résolution finale de l'événement qui proclame que «les Canadiens-français constituent une nation et que le Québec constitue le territoire national». A l'exception des Acadiens, les francophones des autres provinces voteront en majorité contre la résolution.

L'ancien secrétaire de l'Association canadienne-française de l'Ontario, Rémy Beauregard, un des conférenciers du colloque, a noté que cette attitude n'a pas changé. Les États généraux ont révélé la très grande ambiguïté - qui persiste toujours d'ailleurs - que manifestent les Franco-Ontariens envers le Québec. On souhaite un Québec fort et présent comme point d'appui mais, en même temps, on se sent menacés par un Québec fort qui risque de nous lâcher à tout moment», a-t-il souligné.