page précédente «« 1000 jours - Le Conseil de la souveraineté


La « patente » à Larose

J.-Jacques Samson
Le Soleil Le mercredi 12 février 2003


Éditorial - Gérald Larose rend un dernier service à Bernard Landry, avant la fin du présent mandat du gouvernement péquiste, en présidant à la relance du Conseil de la souveraineté. Le premier ministre satisfait ainsi des militants qui, depuis 1996, reprochaient aux membres du gouvernement de ne pas faire suffisamment la promotion de la souveraineté, des croisés dont M. Landry a un grand besoin d'abord pour l'ambitieuse campagne de financement lancée le 2 février et pour la campagne électorale par la suite. La réapparition de cette « patente » de 1995 permet d'autre part de maintenir une distance de bon ton à la veille des élections entre le Parti québécois et la préparation pédagogique d'un autre référendum sur la souveraineté, déléguée à un organisme que l'on qualifiera haut et fort de non partisan. Le choix de l'ancien président de la CSN n'est pas étranger non plus à l'érosion des rangs péquistes vers une nouvelle gauche, dans le centre-ville de Montréal surtout. M. Larose sert de caution quant à l'orthodoxie sociale-démocrate qui anime toujours le mouvement souverainiste, dont on veut recréer « l'union sacrée ».

Gérald Larose s'est déjà chargé de quelques missions vertigineuses de ce type, ces dernières années, dont la présidence d'une commission sur l'avenir du français, créée pour calmer les ardeurs de militants qui exigeaient un durcissement des politiques linguistiques du gouvernement Bouchard. Au moins, il ne sera pas rémunéré, cette fois, avec des fonds publics !

Le Conseil de la souveraineté a été mis sur pied en avril 1995 pour être un « instrument de mobilisation, de promotion et de cohésion ». Sa présidence avait été confiée à l'ancien ministre Yves Duhaime qui voulait en faire le pendant du Conseil pour l'unité canadienne, lequel était doté en 1994 d'un budget de 5,4 millions $. Quelques dizaines de « vedettes » des milieux surtout universitaire et culturel ont accepté de prêter leurs noms à des annonces officielles d'adhésion au mouvement. Le gouvernement Parizeau lui a accordé par décrets des subventions totalisant 4 millions $, vite brûlés en campagnes de publicité entre avril 1995 et le 1er octobre, date de l'émission des brefs en vue du référendum du 30 octobre suivant.

Le Conseil de la souveraineté n'a rien vraiment réalisé d'autre et n'a plus fait parler de lui par la suite. Après la défaite référendaire, la démission de Jacques Parizeau et le couronnement de Lucien Bouchard, le gouvernement du Parti québécois s'est concentré, à compter de janvier 1996, sur la lutte au déficit. Il devenait immoral de subventionner dans ce contexte un organisme de promotion de la souveraineté, comme l'aurait pourtant espéré une phalange de militants. Sans fonds publics, contraint au financement populaire, le Conseil devenait un concurrent financier direct pour le Parti québécois et le Bloc québécois. Les mêmes militants font déjà vivre deux partis politiques et quelques organismes parallèles. La donne n'a pas changé, si ce n'est que Bernard Landry consent maintenant à ce que les contributions au Conseil donnent droit à des reçus pour fins d'impôt. Mais les donateurs restent les mêmes et l'avenir du Conseil de la souveraineté ne sera pas assuré avec les seules subventions de démarrage provenant du PQ (250 000 $) et du Bloc (encore inconnue). Il est voué à l'état végétatif, dans la meilleure des hypothèses.

Mais cette réactivation est aussi bien prématurée. L'issue de la prochaine élection est très incertaine. Une défaite du PQ le réduirait à l'opposition, annulerait toute possibilité d'un référendum sur la souveraineté dans un avenir prévisible et entraînerait une course à la direction du parti, au cours de laquelle l'accession à la souveraineté — ou à une certaine forme seulement de souveraineté, imprécise encore — sera inévitablement au centre du débat. Tôt ou tard.

La réanimation du Conseil de la souveraineté n'est donc pour l'instant qu'une manœuvre qui sert les intérêts à court terme du Parti québécois, surtout de ses élus, et dont font les frais les personnes, sincères, de bonne foi, naïves dans certains cas, qui acceptent une fois de plus que leurs noms servent de locomotives.

Les fusions à deux vitesses

Mario Dumont est réputé avoir appuyé les fusions forcées à Montréal et à Québec. Le chef de l'ADQ garde bien ses distances toutefois lorsqu'il s'agit du regroupement des municipalités dans son comté de Rivière-du-Loup. Il a refusé d'appuyer les demandes du conseil municipal au gouvernement du Québec en vue d'une étude de regroupement, sous prétexte qu'il s'opposait aux fusions forcées, explique un conseiller municipal de l'endroit, Michel Morin. Rivière-du-Loup veut devenir une « mégalopole » de 24 111 habitants en avalant la paroisse Saint-Antonin, la paroisse Notre-Dame-du-Portage, la paroisse Saint-Georges-de-Cacouna, où réside Mario, et le village de Saint-Georges-de-Cacouna, dirigé par son cousin, Gilles d'Amour. Les pro-fusion veulent confronter Mario cette semaine. Il aura besoin de tous les riches enseignements d'un Robert Bourassa sur l'art de l'ambiguïté pour se sortir de ce guêpier. Son attitude dans ces dossiers locaux révèle cependant un aspect du politicien qui ne le grandit pas.