«« sommet de la Francophonie
«« Francophonie et Droits de l'homme

Beyrouth: la démocratie écope

Christian Rioux
Le Devoir jeudi 17 octobre 2002




Beyrouth - Les chefs d'État et de gouvernement arrivent ce matin au neuvième sommet de la Francophonie, à Beyrouth, mais la question des droits de l'homme a déjà fait irruption par la porte de derrière.

Hier matin, les forces antiémeutes libanaises ont délogé plusieurs centaines d'étudiants qui tentaient d'attirer l'attention des délégués et des médias sur le respect des droits de l'homme au Liban.

Les étudiants participaient à un sit-in à l'Université Saint-Joseph, la principale université francophone de la ville. Pendant quelques minutes, étudiants et policiers se sont affrontés à coups de matraque et de pierres. Les policiers voulaient empêcher les étudiants de manifester dans la rue. Certains étudiants se sont rendus à l'hôpital pour des blessures mineures.

«Non à la répression des libertés», «La Syrie dehors», disaient les bannières. Profitant de la présence de plusieurs centaines de journalistes étrangers à Beyrouth, les étudiants réclamaient la réouverture de MTV, une chaîne de télévision en français, fermée le mois dernier à cause de son opposition à la présence syrienne au Liban.

Les militaires ont quadrillé le quartier pour empêcher d'autres étudiants de venir grossir les rangs de leurs camarades. Des milliers de soldats saoudiens sont toujours stationnés dans le pays en contravention des accords de Taef, qui prévoient leur retrait progressif.

Les 37 chefs d'État et de gouvernement et les représentants des 55 pays membres auront l'occasion d'aborder directement la question des droits de l'homme dès demain. En attendant, leurs ministres ont finalement atteint un consensus hier sur la déclaration qui sera soumise au sommet. La mise en oeuvre de la déclaration de Bamako sur le respect des droits de l'homme, adoptée l'an dernier, a entraîné des discussions intenses dans la nuit de mardi à hier. La Tunisie, le Laos et le Vietnam ont tenté d'adoucir certains paragraphes de la résolution. Les pays gardent le droit d'inscrire leur dissidence au moment de la signature.

La situation explosive du Moyen-Orient sera l'autre grand débat politique de ce premier sommet en terre arabe. On s'attend à ce que la déclaration appelle à la reprise du processus de paix en application des résolutions de l'ONU, comme l'avait fait, en mai dernier, le dernier sommet de la Ligue arabe, lui aussi tenu à Beyrouth. La rébellion en Côte-d'Ivoire sera aussi à l'ordre du jour.

Le Québec interviendra sur toutes ces questions qui relèvent de la politique internationale, a expliqué la ministre des Relations internationales du Québec, Louise Beaudoin. «Le Québec a une opinion sur le Moyen-Orient, c'est d'ailleurs celle que l'on retrouvera dans la déclaration», dit-elle.

La ministre semblait confiante hier que le sommet se prononce en faveur d'un traité liant les États en matière de diversité culturelle. Elle a aussi proposé que les critères d'adhésion des membres de plein droit de la Francophonie soient resserrés pour éviter l'admission de pays où le français est à peu près inexistant. Elle a de plus signé une entente de coopération afin de faire bénéficier le Liban de l'expérience québécoise en matière de formulaires administratifs sur Internet.

Les organisateurs ont confirmé la présence, pour la première fois à un sommet, du président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui participera même aux rencontres à huis clos, ce qui symbolise, après la forte arabisation du pays, un début de réconciliation de l'Algérie avec le français.