Le congédiement de François Parenteau

L'hypocrisie de Radio-Canada

Jacques Keable
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Radio-Canada a congédié François Parenteau jeudi 15 décembre 2005, après huit ans d'humour à l'émission radiophonique hebdomadaire Samedi et rien d'autre. Motif: «La radio de Radio-Canada favorise la diversité d'opinions et non le monopole de l'opinion», explique la directrice générale des communications, Guylaine Bergeron. (Le Devoir, 20 décembre 2005).

Ce faisant, Radio-Canada tente un tour de magie qui ne trompera que les naïfs: non seulement Radio-Canada ne casse pas le «monopole», mais, en réalité, elle le renforce, puisqu'elle réduit au silence l'une des rares voix marginales entendues sur ses ondes!...

Au profit de qui? De la voix de ce qu'il faut bien appeler l'establishment canadien, modulée notamment par l'un de ses fleurons, le groupe Desmarais-Power Corp, par l'entremise des éditorialistes, omniprésents sur les ondes publiques, du quotidien La Presse, lié à Radio-Canada par une entente au contenu toujours secret.

Une logique trompeuse

Pour peu qu'on s'y arrête, l'argument du «monopole», avancé par Radio-Canada contre Parenteau, ne tient pas la route: c'est Radio-Canada elle-même qui, il y a... huit ans, a embauché un - pas deux - un seul humoriste, pour Samedi et rien d'autre. Cette décision unilatérale de Radio-Canada plaçait donc cet humoriste en situation de «monopole» dans cette émission! Et comme ledit humoriste ne peut être en même temps lui-même et son contraire, il émet une opinion et non une «diversité d'opinions», ce qu'on semble aujourd'hui, absurdement, lui reprocher! L'humour, sauf erreur, ça n'est pas l'incohérence, ni la démence!

On pourrait peut-être imaginer que la direction de Radio-Canada a plutôt voulu dire que Parenteau était, dans l'ensemble de la programmation de Radio-Canada, et pas seulement à Samedi et rien d'autre, en situation de «monopole» étant donné qu'il était le seul à exprimer les opinions qu'il émettait. Dans pareille hypothèse, ne devrait-on pas penser que Parenteau, avec son billet hebdomadaire de trois minutes, était moins en situation de monopole qu'en situation de dangereuse marginalité? La preuve? On l'a mis à la porte sans que cela fasse, hélas, grand bruit.

Éditorial et pamphlétaire

«Malheureusement, soutient encore Mme Bergeron de Radio-Canada, le style de M. Parenteau était éditorial et pamphlétaire et on a dû mettre fin à son contrat.» Cet argument a aussi été avancé par Alain Saulnier, directeur général de l'information à la radio de Radio-Canada, à l'émission Maisonneuve à l'écoute.

Ici, les jésuites laïcs qui dirigent Radio-Canada improvisent et se contredisent dans leurs casuistiques opportunes. Ainsi, à Radio-Canada, la règle générale veut que seules les émissions d'information et d'affaires publiques soient astreintes à «tendre à l'objectivité», pour reprendre les mots de Mario Clément, directeur des programmes de la télévision. Justifiant la nouvelle série Fric Show, M. Clément déclare ceci: «il s'agit d'une émission engagée. [...] Nous voulons donner une opinion, et il est important qu'à la télévision publique il puisse y avoir un parti pris». (Le Devoir, Agenda, 31 décembre 2005). Il faut logiquement en déduire que Samedi et rien d'autre, n'étant pas une émission d'affaires publiques, aurait droit, elle aussi, d'être «engagée»...

Tiens donc! La même boîte condamne l'absence de «diversité d'opinions» et le ton «éditorial et pamphlétaire» dans un cas et, dans un second cas identique, louange l'expression d'«une opinion», et même d'«un parti pris»!... C'est à n'y rien comprendre!

La froide et triste réalité est que le congédiement de Parenteau est un geste pur et simple de censure. Ce congédiement-censure est aussi sans gloire: Parenteau est un humoriste brillant, critique social parfois acéré, dont le propos est volontiers décapant, mais il est aussi un pigiste, donc facile à mettre à la porte! Enfin, cette censure est hypocrite: en congédiant Parenteau, c'est la fameuse «diversité d'opinions» dont elle se vante qu'elle congédie. Et cela, au profit du «monopole» qu'elle prétend pourfendre!

Car enfin, qui donc, désormais, sur les ondes de Radio-Canada, nous livrera le contenu parfois corrosif et drôle de Parenteau? Qui donc osera chanter - eh! oui, cela lui arrivait! - à sa place? On ne le sait malheureusement que trop: ce seront les Mario Roy des environs qui viendront distiller, sur les ondes publiques, cette «diversité d'opinions» (sic), singulièrement conçue notamment dans les officines de La Presse.

La Presse: l'entente secrète

On comprendra mieux, en effet, la portée de la récente censure si on se rappelle que, depuis 2001, une entente particulière lie Radio-Canada et le quotidien La Presse. Comme Radio-Canada échappe à la loi d'accès à l'information et refuse obstinément de dévoiler le contenu de cette entente, nous en sommes réduits à imaginer à partir de ce que l'on voit et entend sur les ondes.

Jusqu'à ce jour, en réponse aux questions relatives à cette entente, Radio-Canada renvoie à un communiqué vague à souhait, diffusé le 19 janvier 2001. Retenons de ce communiqué cette déclaration du président de La Presse, M. Guy Crevier: «Avec cette entente, nous profiterons de nombreux avantages reliés à notre complémentarité avec Radio-Canada dans un environnement de convergence des médias...» Sans autres précisions.

On sait toutefois, bien sûr, que le pompeux Gala annuel dit de l'Excellence (sic) fait partie de l'entente, de même sans doute que l'interview systématique du lundi matin, avec «la personnalité» de la semaine, choisie par La Presse, mais il y a plus et beaucoup plus important, de toute évidence. Comment, par exemple, ne pas constater que les ondes de Radio-Canada, notamment à la radio, sont très largement envahies par les éditorialistes et chroniqueurs de La Presse? Simple hasard? On répliquera que des éditorialistes d'autres journaux sont aussi invités, mais à quelle fréquence et dans quelles conditions? [...]

L'orientation idéologique

Qu'y a-t-il donc de gênant ou d'incorrect à se faire servir sans arrêt la meute des éditorialistes de La Presse? Ceci: l'article 7.10 de la convention collective en vigueur à La Presse: «a) Les commentaires, analyses, chroniques [...] ne doivent pas être hostiles au journal La Presse. b) Les éditoriaux ne doivent pas être hostiles au journal La Presse ni à son orientation idéologique.»

L'orientation idéologique de La Presse est celle de son propriétaire, en l'occurrence le Groupe Paul Desmarais et la multinationale Power Corporation aux très nombreuses filiales dans de multiples secteurs d'activités financières, médiatiques et industrielles, aux quatre coins de la planète. Les éditorialistes de La Presse y sont assujettis. Quand Radio-Canada leur ouvre ses micros, elle donne donc la parole à des individus à la pensée pour le moins encadrée et qui ne peuvent publiquement critiquer, remettre en question ou contester un point de vue cautionné par Desmarais-Power, à moins de renoncer à leur emploi et au salaire non négligeable qui vient avec. Ainsi, à titre d'exemple, tous et toutes défendront un point de vue fédéraliste, le libre marché, la mondialisation en cours, l'ordre social en place...

Aucun de ces nombreux éditorialistes de La Presse ne saurait se permettre de tenir publiquement les propos que tenait François Parenteau en ondes. Or, c'est la voix de Parenteau, seule et unique voix discordante, qui avait en outre la délicatesse de nous faire rigoler, que Radio-Canada a décidé de faire taire, dans sa lutte contre le... «monopole» de l'opinion!

La pensée unique n'est décidément pas là où on pense. La rectitude politique non plus. Toutes deux logent, confortablement, dans les bureaux de Radio-Canada et de La Presse, pour leur plus grand déshonneur et à nos dépens.

Par solidarité, Christian Vanasse, un collègue de Parenteau, a renoncé à un contrat qu'il avait, à l'émission Indicatif présent. Ce geste honorable semble bien isolé. À vrai dire, le peu d'émoi public soulevé à ce jour par l'évident geste de censure de Radio-Canada, y compris au sein de la «profession», est assez dérangeant... Surtout quand on songe que Reporters sans frontières, debout sur ses ergots, n'avait pas hésité un seul instant, il y a peu, à se porter à la défense de Jeff Filion et de CHOI... Troublant!





Le congédiement de François Parenteau

Radio de la Première Chaîne - Le renvoi de François Parenteau critiqué par de nombreux auditeurs

Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Radio-Canada ne reviendra pas sur sa décision

En mettant fin à une collaboration vieille de huit ans avec l'humoriste François Parenteau avant même que la saison ne soit terminée, Radio-Canada s'est attiré les foudres de nombre d'auditeurs qui n'ont pas manqué de faire entendre leur mécontentement à la société d'État, a appris Le Devoir.

Annoncée en catimini le 15 décembre dernier, la fin abrupte du contrat du membre des Zapartistes à l'émission Samedi et rien d'autre sur les ondes de la radio de la Première Chaîne a soulevé une levée de boucliers. Jusqu'à présent, les auditeurs ont acheminé plus de 150 plaintes au bureau des relations à l'auditoire ou à celui de l'ombusdman de la SRC.

Ces griefs ne sont pas anodins en raison de leur nombre, estime l'ombudsman des services français de Radio-Canada, Renaud Gilbert. «C'est un nombre de plaintes élevé. En général, il n'y a pas plus d'une dizaine de cas par année qui dépassent la dizaine de plaintes. On parle donc d'une réaction assez forte.» Cette année, seule la décision de déplacer le Montréal ce soir à 17h aura réussi à susciter une grogne plus forte que celle-là, avec plus de 500 plaintes, explique M. Gilbert.

Bon an, mal an, la SRC a à jongler avec un ou deux dossiers plus épineux. Cela fait en quelque sorte partie du métier, explique le chef de la promotion de la radio de Radio-Canada, James Selfe. «Chose certaine, même si les plaintes sont traitées de façon rigoureuse, la Première Chaîne ne va pas renverser sa décision, qui est finale», a-t-il confirmé vendredi au Devoir.

En effet, même si Radio-Canada «aime toujours avoir l'avis de [ses] auditeurs, [...] il y a des décisions de programmes qui doivent être prises et, ultimement, c'est ce qui en fait une radio qui connaît beaucoup de succès en terme de diversité d'opinions», a expliqué M. Selfe, qui rappelle que cette décision a été prise «afin de respecter ce que fait Samedi et rien d'autre».

Bien que les formules divergent, la majorité des plaignants condamnent la décision prise par la SRC en remettant en cause le motif évoqué pour retirer M. Parenteau des ondes, soit son style trop «éditorial et pamphlétaire». Ceux-là déplorent le fait que la société d'État ait préféré faire taire une voix discordante plutôt que de prendre le risque de faire des vagues.

Plus d'une cinquantaine des plaignants vont plus loin et n'hésitent pas à parler de censure, note M. Gilbert. Parmi ceux-là, certains reprennent à leur compte les accusations de «dérapage inqualifiable» faites par le Bloc québécois en décembre dernier.

Le Bloc avait dénoncé le fait que la SRC tolère les propos discriminatoires de Don Cherry envers les francophones et les Européens, mais prive un artiste québécois de sa liberté d'expression. Le fait que ce retrait soit survenu alors que la période électorale bat son plein n'est pas étranger à la réaction épidermique d'un certain public plus restreint qui y voit là un signe que la diversité d'opinions a été muselée.

À l'émission de Joël Le Bigot, le mandat de l'humoriste était d'analyser l'actualité avec «esprit, humour et fantaisie». Mais le comité du programme de la radio a jugé en décembre dernier que ses billets étaient trop tranchés et que son style était trop «éditorial et pamphlétaire» pour rester en ondes.

Des billets... à lire

Privé de sa voix radio-canadienne, François Parenteau n'a toutefois pas dit son dernier mot. Ceux qui appréciaient ses coups de gueule humoristiques pourront en effet prolonger ce plaisir avec la publication, le 19 janvier prochain, de Délits d'opinion : chroniques d'humeur... et rien d'autre.

Flairant la bonne affaire, Lanctôt éditeur a en effet annoncé hier la publication d'un recueil des meilleurs billets de l'humoristique diffusés lors de l'émission Samedi et rien d'autre. «Avec la publication de Délits d'opinion, Lanctôt éditeur redonne une voix à François Parenteau avant même la fin de cette campagne pour que prévale la liberté d'expression», peut-on lire dans un communiqué de presse diffusé par l'éditeur québécois.

Au nombre des sujets qui ont été retenus, on retrouve le scandale des commandites, tout comme les politiques de Jean Charest, le style de Paul Martin, la démission de Bernard Landry, la couverture médiatique entourant la candidature d'André Boisclair et bien d'autres sujets politiquement chauds.




Appel aux membres de SPQ Libre d'apporter leur soutien au Bloc Québécois

SPQ Libre 10 janvier 2006



Les nouvelles révélations des journalistes Normand Lester et Robin Philpot sur Option Canada confirment une nouvelle fois ce dont nous avions déjà la certitude : le référendum de 1995 a été volé ! Nous avons perdu à cause de l'argent !

Cette fois, les preuves sont étalées sur la table. Le premier ministre Martin ne peut se cacher derrière les propos d'un juge conciliant comme l'a été le juge Gomery à son égard. Nous sommes les juges et notre verdict tombera le 23 janvier prochain.

Ce procès est celui du Parti Libéral, mais pas seulement du Parti Libéral. Le Conseil de l'unité canadienne dont dépendait Option Canada a été mis sur pied par le Parti Conservateur de Brian Mulroney. Ce procès est donc également le procès du fédéralisme.

Aujourd'hui, en désespoir de cause, l'establishment canadien et les médias cherchent à sauver la mise en faisant la promotion de Stephen Harper et de son fédéralisme « renouvelé ».

Mais nous nous rappelons que M. Harper et son collègue Preston Manning ont été les instigateurs de la ligne dure à l'endroit du Québec lors du dernier référendum. Ils ont alors multiplié les menaces de partition du territoire du Québec en cas de victoire du Oui et ils sont à l'origine de ce qui allait devenir la Loi sur la clarté.

Le NPD ne mérite pas non plus notre soutien. Pour sauvegarder quelques sièges en Ontario et en Colombie-britannique, Jack Layton se joint à la campagne anti-Québec en donnant un appui formel à la Loi sur la Clarté, qui est la négation même de notre droit à l'autodétermination.

De plus, M. Layton s'est lancé dans une surenchère de droite avec les Libéraux et les Conservateurs sur la question de « la loi et l'ordre » au point où son candidat-vedette au Québec, Léo-Paul Lauzon, a senti le besoin de condamner publiquement les positions prises par son chef.

L'élection du 23 janvier nous permettra de renvoyer dos à dos les partis fédéralistes et réaffirmer notre volonté de sortir du carcan fédéral pour édifier une société progressiste, libre et indépendante.

Le conseil d'administration du SPQ Libre vous invite à participer activement à la campagne du Bloc Québécois dans votre circonscription.

Nous invitons plus particulièrement celles et ceux qui le peuvent à participer activement à la campagne de la candidate Vivian Barbot dans la circonscription de Papineau. Vivian est une des fondatrices du SPQ Libre et elle fait campagne pour défaire le ministre Pierre Pettigrew, un des bénéficiaires des largesses d'Option Canada, comme cela vient d'être révélé. Soutenez le Bloc! Participez activement à la campagne de Vivian Barbot en offrant vos services ou en contribuant financièrement à sa campagne. Nous vous invitons à entrer en contact avec son organisation.

Bureau électoral de Vivian Barbot,
8154 St-Denis, Montréal,
Téléphone (514) 382-8886 - Télécopieur: 382-8884.
Courriel bloc.papineau@bellnet.ca
http://www.vivianbarbot.com/




Harper ne freinerait pas les souverainistes, selon Landry

Corbeil, Michel
Le Soleil mardi 10 janvier 2006

Bernard Landry ne craint pas l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire à Ottawa. L'accession de Stephen Harper à la tête du gouvernement fédéral ne mettrait pas en péril la marche du Québec vers l'indépendance, affirme l'ancien chef du PQ.

Joint à son domicile, à quelques heures de reprendre son poste devant une classe d'université à Montréal, M. Landry s'est dit convaincu que la cause souverainiste n'est pas à la merci de l'arrivée d'un nouveau premier ministre canadien, soit-il sensible à la question du déséquilibre fiscal.

"Que ce soit rouge (libéral) ou bleu (conservateur) à Ottawa ne changera rien", a laissé entendre l'ex-leader du Parti québécois. "Ce n'est pas à Ottawa, mais ici (au Québec) que la question se réglera." Selon lui, le mouvement qu'il défend est sur une montée irréversible "quelle que soit la conjoncture" canadienne.

"Quand on regarde les progrès de l'option souverainiste, c'est une progression constante, avec de petits reculs en dents de scie pour aller plus haut la prochaine fois." M. Landry a rappelé qu'au moment de son départ comme chef, la souveraineté avait déjà l'appui de 54 % des électeurs dans les sondages.

Le militant souverainiste ne croit pas que les Québécois céderont à la tentation de donner une nouvelle chance au renouveau du fédéralisme canadien. Que le conservateur Stephen Harper s'engage à corriger le déséquilibre fiscal ou à respecter les pouvoirs des provinces ne fera pas oublier les promesses de précédents politiciens fédéraux, y compris celles du premier ministre sortant Paul Martin, de régler la question du Québec, a-t-il commenté. Toutes ont avorté, a-t-il dit.

M. Landry n'a pas voulu prédire la défaite des libéraux de Paul Martin, le 23 janvier. "Nous verrons bien le jour de l'élection. Il semble cependant que la population est prête à changer de gouvernement."

Il a convenu que M. Martin "a bien des problèmes" avec sa campagne électorale. "Ne serait-ce que ses problèmes avec la langue française", a-t-il noté.

MCorbeil@lesoleil.com




Les libéraux supplantés partout au pays

Rodrigue, Sébastien
La Presse mardi 10 janvier 2006

Les conservateurs sont en voie de confondre tous les observateurs, selon un dernier sondage Ekos leur donnant une avance de 12 % sur les libéraux, ce qui pourrait leur donner suffisamment de sièges pour former un gouvernement majoritaire si cette tendance se solidifie.

Le coup de sonde réalisé pour La Presse et The Toronto Star auprès de 1415 électeurs du 7 au 9 janvier derniers accorde 39,1 % des intentions de vote aux conservateurs contre 26,8 % aux libéraux. Le Parti conservateur prend ainsi le pas sur les libéraux dans toutes les provinces, selon le sondage comportant une faible marge d'erreur de 2,6 points de pourcentage. Les néo-démocrates stagnent avec 16,2 % des intentions de vote, tandis que le Bloc québécois conserve sa place.

Dans les 106 circonscriptions de l'Ontario, les troupes de Stephen Harper (43,8 %) réalisent donc une percée significative avec une avance d'environ 10 % face aux libéraux (33,5 %). Les résultats régionaux des sondages comportent toutefois une marge d'erreur plus élevée.

Les résultats en Ontario sont cruciaux pour permettre à un parti de former le prochain gouvernement. " Les gains des conservateurs semblent démontrer que Stephen Harper a réussi avec succès à se montrer sous un nouveau jour ", indique Frank Graves, président de la firme Ekos.

Les sondeurs de la firme Ekos parlent même d'une " Harpermanie " en raison de l'image améliorée du chef tory. La semaine dernière, Stephen Harper a pris le dessus sur Paul Martin pour la première fois dans la perception du public quant à sa capacité d'articuler la meilleure vision de l'avenir. Et l'écart s'est creusé entre Stephen Harper et Paul Martin dans ce dernier sondage.

Au Québec, les conservateurs s'érigent de plus en plus comme la solution de rechange fédéraliste au Bloc québécois, selon Ekos. Les sondeurs soulignent que les conservateurs avaient fait des gains aux dépens du Bloc québécois. Le dernier sondage montre toutefois que le Parti conservateur gruge l'électorat des libéraux.

Le Bloc québécois se maintient à 52 % au Québec, mais les conservateurs supplantent les libéraux par deux points avec 19 % des intentions de vote. La portion québécoise du sondage a toutefois été réalisée auprès de 386 personnes avec une marge d'erreur d'environ cinq points de pourcentage.

Les sondeurs observent cependant que l'électorat apparaît très " volatil " et que plusieurs électeurs n'ont pas arrêté définitivement leur choix. Ekos souligne également que les électeurs pourraient réagir à l'idée d'un gouvernement conservateur possiblement majoritaire. " Que se passera-t-il lorsque les Canadiens réaliseront le potentiel actuel des conservateurs? " dit Frank Graves.

Les conservateurs pourraient toutefois rééditer l'exploit de Brian Mulroney en 1984 alors que les sondages ont donné une poussée au chef conservateur. Ils pourraient aussi trébucher comme ce fut le cas en 2004. Les conservateurs ont tout de même renversé la tendance observée en début de campagne alors qu'ils étaient derrière les libéraux par environ cinq points dans les intentions de vote ou encore à égalité avec leurs rivaux.

Un autre sondage réalisé par la maison Décima entre le 5 et le 8 janvier donne une avance de 9 points aux conservateurs (36 %), tandis que les libéraux voient leurs appuis fondre de 5 points pour s'établir à 27 %. Ce sondage, réalisé pour la Presse Canadienne, révèle aussi que les appuis au NPD ont légèrement grimpé, atteignant 20 %, et que le soutien au Bloc québécois a légèrement reculé, à 11 % à l'échelle pancanadienne.

PCC: 39,1%
PLC: 26,8%
NPD: 16,2%
BQ*: 12,6%
VERTS: 4,6%

* À l'échelle du Canada

SONDAGE EKOS - LA PRESSE - TORONTO STAR
INTENTIONS DE VOTE AU FÉDÉRAL (%)
CANADA

Parti conservateur du Canada: 39,1 %
Parti libéral du Canada: 26,8 %
Nouveau Parti démocratique: 16,2 %
Bloc québécois: 12,6 %
Parti vert: 4,6 %

ONTARIO

Parti conservateur du Canada: 43,8 %
Parti libéral du Canada: 33,5 %
Nouveau Parti démocratique: 16,2 %
Bloc québécois: -
Parti vert: 5,4 %

QUÉBEC

Bloc québécois: 52,4 %
Parti conservateur du Canada: 19,1 %
Parti libéral du Canada: 17,4 %
Nouveau Parti démocratique: 7,9 %
Parti vert: 2,3 %

La firme Ekos interroge environ 500 personnes chaque jour pour le compte de La Presse et The Toronto Star. Ce sondage quotidien donne une idée immédiate de l'humeur de l'électorat canadien. Après quelques jours, une compilation de ces sondages permet de connaître les intentions de vote des Canadiens avec une faible marge d'erreur. Le sondage publié aujourd'hui a été réalisé auprès de 1240 personnes du 7 au 9 janvier. La marge d'erreur est d'environ 2,8 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Pour les résultats en Ontario, la marge d'erreur est de 4,3 points ; au Québec, elle est de 5,4 points.




L'effet boomerang

Sheila Copps
Le Journal de Montréal 10/01/2006

Jean Lapierre me disait au téléphone la semaine dernière que, contrairement aux allégations des blogueurs, il ne quittait pas la politique, et qu'il croyait que le raz-de-marée conservateur allait, en fait, aider les libéraux au Québec.

Son raisonnement ? Les Bleus arrachent des votes aux bloquistes et non aux libéraux ; par conséquent, là où la lutte est chaude, cette purge du Bloc jouera probablement en faveur des libéraux. Lapierre affirme que le facteur scandale a déjà affecté le vote libéral - aucune autre allégation ne peut lui nuire. Il est vrai qu'il parlait ainsi avant la parution de deux livres qui prétendent mettre du sable dans l'engrenage. Quoi qu'il en soit, Lapierre pourrait bien avoir raison.

Toutefois, l'effet boomerang de la politique au Québec pourrait entraver les efforts des libéraux en vue d'une réélection d'un bout à l'autre du pays. La plupart des Ontariens sont revenus aux libéraux dans les jours qui ont précédé la dernière élection, de peur que l'effroyable Stephen Harper déchire le pays.

Les Ontariens sont un peu bizarres : leurs votes sont habituellement déterminés par ce qu'ils perçoivent comme étant bon pour l'unité canadienne. Particulièrement en période de prospérité économique, ils se concentrent moins sur ce que le gouvernement fédéral fera pour leur région que sur sa capacité à préserver l'unité canadienne. Cette attitude est intéressée, parce que les échanges entre l'Ontario et le Québec sont plus importants encore que les relations canado-américaines. La majorité des Ontariens feraient n'importe quoi pour sauvegarder le Canada et ils surveillent avec beaucoup de crainte la montée évidente des bloquistes.

L'Ontario et le Québec

La poussée de Harper au Québec, qui se fait aux dépens du Bloc, persuade les Ontariens qu'ils peuvent voter comme bon leur semble, sans pour autant menacer l'unité nationale. Si les conservateurs continuent de gagner du terrain au Québec - et les rangs du Bloc de fondre comme peau de chagrin -, ils pourraient ruiner les chances de Gilles Duceppe de dépasser les 50 % qu'il convoite haut et fort.

Libérés de leurs craintes concernant l'unité du pays, les Ontariens se sont rapprochés des conservateurs, créant ainsi un effet boomerang inverse au Québec. Les Québécois sont probablement les électeurs les plus stratégiques du Canada. En raison d'un très fort sentiment d'appartenance à la collectivité, ils votent en masse quand ils sentent une tendance. Or, dans tous les sondages, la tendance actuelle est au bleu ! Les Québécois aimant être représentés au gouvernement, les tendances nationales gagneront plus de soutien aux Bleus, et les conservateurs l'emporteront dans la Belle Province.

Vraisemblablement, au moins trois autres députés rejoindront Lawrence Cannon, ancien ministre de Bourassa (ici, je dois avouer un conflit d'intérêt : il a aussi travaillé pour ma campagne à la direction des libéraux en 1990), et nous verrons une bonne distribution régionale des votes.

Lapierre fonde ses prédictions sur un scénario de réussite extérieur à la province. Cependant, la situation est aujourd'hui différente. Nous observons une convergence d'événements qui crée un tsunami conservateur que personne n'aurait pu prévoir il y a un mois. Les enquêtes en cours de la GRC, la stratégie désastreuse des libéraux, la campagne solide des conservateurs ont créé une poussée des Bleus que rien ne semble pouvoir arrêter désormais. Les stratèges de Martin se sont trompés : la longue campagne n'amènera pas Stephen Harper à s'autodétruire. Le petit groupe a préféré ignorer les inquiétudes du caucus sur la durée de la campagne et préparer la victoire en tablant sur les erreurs des conservateurs.

Lancée avec force bière et pop-corn, la campagne s'est poursuivie dans les blogues racistes et la fausse manoeuvre de Goodale (fiducies de revenus) et s'éternise en dépit de l'absence d'un message cohérent de Paul Martin. Les libéraux s'autodétruisent, et les prédictions de Lapierre...




Liberals quietly consider the possibility of defeat

Jane Taber And Bill Curry
The Globe and Mail Tuesday, January 10, 2006

Ottawa ONT - Some Liberal staffers are beginning to put out feelers for new jobs amid slumping public opinion polls, while other Liberals have resigned themselves to the fact that they need to lose this election to rebuild the party.

And then there is the Liberal candidate who said yesterday that it's every man for himself, concerned that the national campaign is dragging him down.

"We've got to look after ourselves," the candidate said. "The national campaign is not doing anything for us. If anything it's an anchor."

One other Ontario Liberal candidate said he's in the fight of his life and has little contact with the centre.

And still another, who believes he is in good shape, has told some concerned colleagues that "it's not time to be depressed."

"You don't have the luxury to be depressed," he has told them. "When your back is against the wall you have to fight back."

And there are some who just don't give a damn if they lose.

"They can do rebuilding better than they can standing there saying, 'no, I'm not a crook,' " one veteran Liberal said about the way some candidates feel now. "They've got too much baggage. They are crumbling under the weight of their own baggage."

A poll conducted for The Globe and Mail and CTV News by the Strategic Counsel showed Stephen Harper's Conservatives have opened up an eight-percentage-point advantage over the Liberals.

The survey showed voters believe the Conservatives hold values that are closest to theirs, a turnaround from the first week of the campaign when Canadians identified more closely with Liberal values.

But despite the grim reports from the field, strategists for Liberal Leader Paul Martin were refusing to concede anything yesterday, putting a brave face on the most recent poll numbers.

One strategist said that now it's about keeping "your eye on the task at hand -- steady on."

"It's all about compare and contrast. Voters need to ask themselves how dramatically different Canada will look on Jan. 24, 2005," the Martinite said about the strategy the Liberals will use during the next two weeks until the Jan. 23 election.

The most recent Liberal ads reflect this new strategy.

One of the ads, called "One leader," features a female narrator, saying, as a picture of Mr. Martin flashes onto the screen, that one leader has reduced the deficit. The other leader, she says, while a not-so-flattering picture of Mr. Harper flashes onto the screen, has made promises that will plunge the country back into deficit. One leader has created a national child-care program, she says. The other leader wants to cancel it. The ad continues to compare and contrast.

While the strategists appear calm, some Liberal staffers are not. One well-connected Liberal said yesterday that he had some queries from staffers wanting to talk about "career planning."

Still, some other Liberal staff insist they have not heard of any colleagues who are polishing up their résumés, emphasizing that two weeks is plenty of time for the momentum to change.

At the door, some Ontario candidates are hearing everything from annoyance with Liberal scandals, such as the income trust investigation and the Gomery inquiry, to anger over supporting the same-sex marriage legislation.

"People want to vote Liberal, but they're a little annoyed," said a senior Liberal, who spent the day canvassing in a Toronto-area riding. "They don't want to vote Conservative."

He believes the Liberals will triumph. "In the end, I think we'll pull it off."

And Heritage Minister Liza Frulla, who is in a fight with the Bloc Québécois in her Montreal riding, remains fairly optimistic. She said no one expected it would be easy for the Liberals in Quebec but no one also expected the Conservatives to be gaining strength. The Liberals, she said, were concentrating on the Bloc.

"We didn't really take notice of the Conservatives," she said. "Now if this is the case . . . [that the Tories are gaining ground in Quebec] then we are going to say what the Conservatives really are, really rightist."

Meanwhile, Liberals who once played senior roles in the party say the refusal of Mr. Martin's inner circle to reach out to those linked to Jean Chrétien continues to hurt the party. "I think people have always had question marks about the guys around Martin and this one hasn't been a good campaign for them at all," one Ontario Liberal MP said.

And though there is certainly concern among Liberals, several contacted yesterday listed multiple reasons for optimism.

Liberals say that the Tories may have peaked too early and that their support could decline as people focus more on what a Tory cabinet would look like and on what policies the Conservatives may cut.

They also say that Mr. Martin has a reputation for being able to raise his campaign a notch when his back is against the wall.

Mark Holland, the Liberal MP for Ajax-Pickering, said he's pleased with the message so far from the Liberal campaign.

"At the end of the day, I only focus on things I can control. The part I can control is making sure I get out and knock on doors eight or nine hours a day," he said.




The real threat to national unity

David Frum
National Post Tuesday, January 10, 2006

According to last week's Liberal campaign ads, Stephen Harper wants to raise taxes to send your kids to Iraq. Either that, or else shoot them with handguns so he won't have to pay for their daycare.

Alas for Liberal hopes, this line of attack does not seem to be working -- not if the opinion polls are to be believed. So get ready for the next round of attacks. Indeed, since I must finish this column before the Monday English-language leaders' debates, the next line of attack will likely already have been launched by the time you read this Tuesday morning:

You are about to hear that Stephen Harper's secret agenda also includes (after killing all the babies with American-made handguns) working with the Bloc Quebecois to destroy Canada.

The line made its debut in the 2004 election campaign, and got its first full airing as Belinda Stronach's justification for her walk across the floor. It looks likely to end its career as the last shrieking accusation of a failing Liberal campaign.

Really, you have to give the Liberals credit at least for this: They have nerve. Their own corruption discredits what remains of federalism in Quebec -- and then they offer themselves as federalism's saviors.

The truth is just the opposite.

The surest way to empower the Bloc -- and to strengthen Quebec separatism -- is to return the people responsible for Adscam back to power.

The only thing uglier than the Adscam scandal has been the excuse the Liberals have used to justify it. "Sorry for breaking the law, but it was an emergency. We had to take that money and pass it around to our friends as part of our strategy to prevent another referendum after 1995."

In other words, Adscam was not just about graft and theft. It was about an attempt to pervert Quebec's political process. And many Quebecers will be watching the election results on January 23 to see: Does English-speaking Canada share their outrage? Or are they alone?

A Liberal defeat would be a unifying moment for Canada, a moment that brings together Canadians from every region and every province to uphold norms of integrity and decency in Canadian politics.

Another Liberal victory, however, will put Canada back on the path to a third Quebec referendum and other grave threats to national unity.

The blunt fact is that Quebec elects separatists as a protest against Liberal over-centralization. The sequence of events tells the story.

1974: Liberal majority.
1976: PQ elected in Quebec.
1984: Conservative majority.
1985: PQ defeated.
1993: Liberal majority.
1994: PQ returned to power.

The next Quebec election will probably occur in about a year's time.

Nothing -- nothing -- would strengthen the separatist cause more than the re-election of the Martin government. If Martin still holds power when Quebecers next vote provincially, the separatists will be free to run against Liberal corruption, Liberal perversion of democracy, and the Liberal refusal to answer such basic questions as: "Who received the improper Adscam funds?"

But if the Liberals have been defeated by English-speaking and French-speaking voters acting together, the separatists will face a much tougher problem. They will face in Ottawa a new, dynamic and honest government, fully committed to investigating and punishing wrongdoing. Electing a Conservative government would deprive Quebec separatists of their best issue. Electing a Liberal government would wrap the issue up for them and tie a bow on it.

Nor should we forget that Quebec separatism is not the only threat to Canada's unity. There is tremendous discontent in Western Canada too.

A poll commissioned by the Western Standard magazine this summer found that more than one-third of Western Canadians -- and 42% of Albertans -- agreed that the Western provinces should explore setting up their own country. A Liberal defeat would cut off the fuel that keeps that pot bubbling; yet another Liberal win would turn the bubbling into a boil.

The Martin Liberals are the party of downtown Canada. They are the party of downtown values and downtown interests. And they are adamantly determined to impose those values and those interests on the rest of the country. That fact undergirds all their talk about "the Charter" and "Charter rights." Just as they refused to respect the democratic process in Quebec, so they do not respect the democratic process when it comes to fundamental questions of faith, family and society.

Returning these characters to power would be like the Sorcerer sending Mickey back into the workshop with a whole new volume full of badly understood spells. They have not learned their lesson. But the voters of Canada surely have.




Des observateurs analysent le débat en anglais : Un Harper solide

Cauchy, Clairandrée
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Le chef conservateur, qui avait le plus à perdre du débat des chefs en anglais hier soir en raison de sa récente percée dans les sondages, a réussi à présenter l'image d'un futur premier ministre, estiment les deux analystes consultés par Le Devoir.

«La performance de Stephen Harper a été suffisamment honnête pour qu'il ne soit pas démonisé et que les gens continuent d'écouter ce qu'il a à dire», croit le communicateur-conseil Michel Fréchette, estimant qu'il a bien réussi à se présenter comme un «porteur de changement». Le chef conservateur et celui du NPD pourraient par ailleurs sortir gagnants des échanges plus émotifs entre Paul Martin et Gilles Duceppe sur l'unité canadienne vers la fin du débat, qui s'apparentent aux «vieilles chicanes qui exacerbent l'impatience des Canadiens anglais», estime M. Fréchette, consulté quelques minutes après le débat.

Thierry Giasson, politologue de l'Université de Montréal spécialisé en analyse d'image, relève que M. Harper s'est même risqué avec succès à utiliser à son avantage l'image d'homme froid et distant qui lui colle à la peau. «Il a été cohérent tout au long du débat et a maintenu sa ligne d'argumentation. Il est passé à l'attaque uniquement pour remettre les pendules à l'heure.» Il s'est selon lui montré rassurant envers des électeurs qui pourraient être inquiets du changement qui se produit ces jours-ci.

Du côté de Paul Martin, le débat d'hier soir ne permettra probablement pas de tirer un trait sur une dernière semaine difficile. «Sa performance a été correcte» mais sans plus, croit M. Giasson. «Je ne sais pas jusqu'à quel point cela va permettre de le tenir à flot, mais cela ne lui permettra pas de faire des gains. Il n'a pas brillé ce soir», note le politologue, qui le trouvait néanmoins plus à l'aise sur le thème de l'économie et des valeurs sociales.

Michel Fréchette a quant à lui trouvé Paul Martin plutôt affaibli par l'actualité politique et les tirs de barrage de ses opposants pendant la première partie du débat, bien qu'il se soit ressaisi vers la fin. «Quand il entre dans le discours libéral traditionnel sur l'unité nationale, il est plus à l'aise. Cela ne veut cependant pas dire que cela a beaucoup de prise sur le public. [...] Je ne suis pas persuadé que sa performance permettra de changer l'élan du momentum qui favorise les conservateurs», estime le communicateur-conseil.

M. Fréchette constate par ailleurs que Gilles Duceppe a opéré un changement de stratégie hier, commençant à cibler le conservateur, jusque-là plutôt épargné dans ses attaques. «Avec un 'jab', il essaie d'en frapper deux, Paul Martin d'abord, puis Stephen Harper. Les sondages doivent commencer à lui dire qu'il ne faudrait pas que le momentum en faveur des conservateurs continue de grossir.»

Le chef bloquiste a par ailleurs réussi trois bons coups, estime M. Giasson: ramener la controverse d'Option Canada sur le plancher; forcer le premier ministre à utiliser le terme déséquilibre fiscal et amener Paul Martin à reconnaître l'existence d'une nation québécoise.

Le spécialiste en analyse d'image réservait aussi une très bonne note à Jack Layton, qu'il qualifie de «roi de la clip». Il souligne qu'il a bien réussi à positionner son concept du NPD comme «troisième voie» pour les électeurs lassés des libéraux mais qui ne sont pas prêts à voter pour les conservateurs.

Les deux experts se réjouissaient des aménagements apportés à la formule par le consortium des télédiffuseurs, qui ont évacué les questions préenregistrées du public au profit de celles préparées par des journalistes. «Cela a libéré les joueurs», illustre M. Fréchette, précisant par ailleurs que cela rend la vie un peu plus difficile à Paul Martin.




Les dépenses d'Option Canada

Cauchy, Clairandrée
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Dans leur livre intitulé Les Secrets d'Option Canada lancé hier, les auteurs Normand Lester et Robin Philpot révèlent, preuve à l'appui, que l'organisme financé par le gouvernement fédéral a payé plusieurs dépenses visant à favoriser le camp du NON en pleine campagne référendaire.

La fameuse boîte de documents récupérée en novembre par le journaliste Normand Lester à l'arrière d'un centre commercial de la Rive-Sud recèle la majeure partie des factures adressées à Option Canada (OC) à l'automne 1995, ainsi que des copies des chèques émis et des extraits du grand livre comptable. Les documents cités étaient auparavant introuvables aux bureaux de l'organisme et au ministère du Patrimoine qui l'avait financé.

Voici quelques faits saillants de l'analyse de ces dossiers effectuée par les deux auteurs :

- La soirée de dévoilement des résultats référendaires du camp du NON a été payée par Option Canada, au coût de 102 814 $.

- Option Canada a versé 13 674 $ à Pierre Pettigrew, à titre d'expert-conseil, «pour ses services de recherche, rédaction et conseil stratégique, pour la période du 1er septembre au 15 octobre 1995». On retrouvait dans la boîte de documents d'Option Canada une série de cinq textes d'opinion signés par M. Pettigrew dans La Presse en septembre ainsi qu'un autre diffusé en octobre.

- Le conjoint de Liza Frulla, l'expert en communications André Morrow, a facturé 10 028 $ à Option Canada pour ses services professionnels à l'automne 1995. L'actuelle députée de Jeanne-Le Ber était à l'époque députée du Parti libéral provincial et vice-présidente du Comité du NON.

- Le président d'Option Canada, Claude Dauphin, qui affirme n'être qu'un «président honoraire», a reçu 21 156 $ d'Option Canada pour services rendus, à raison de 3200 $ toutes les deux semaines, pour la période allant du 15 septembre au 15 décembre.

- L'actuel représentant du Québec à Toronto nommé par Jean Charest en 2005, Jocelyn Beaudoin, qui a auparavant été p.-d.g. du Conseil pour l'Unité canadienne de 1969 à 2004, a lui aussi reçu des honoraires d'Option Canada, soit 24 000 $, pour la période s'échelonnant du 1er septembre au 31 décembre 1995.

- Une cinquantaine de personnes ont signé des contrats pour être «animateur pour la formation des citoyens sur les institutions canadiennes au nom d'Option Canada», pour un total de près de 300 000 $, pour la période s'échelonnant du 1er septembre au 31 octobre (ce qui comprend la période référendaire). Parmi ces «bénévoles», répartis géographiquement sur le territoire, on trouve notamment Tony Mignacca, banni du Parti libéral après que la commission Gomery eut révélé qu'il était mêlé au scandale des commandites. M. Mignacca a reçu 10 500 $ d'OC.

- La majeure partie de la caisse de 4,8 millions d'Option Canada a servi à payer des services rendus par BCP communication, soit 2 256 595 $. Le livre de Lester et Philpot présente plusieurs copies de factures émises en octobre pour des publicités, des campagnes d'affichage vraisemblablement diffusées après l'émission des brefs référendaires. Fait à noter, certaines factures ont été dans un premier temps adressées au Comité du NON et un autocollant portant l'en-tête d'Option Canada y a ensuite été apposé.

- Option Canada a notamment payé BCP pour la production d'attaches en nylon destinées à poser des pancartes électorales pour 100 052 $, selon une facture datée du 4 octobre.

- La firme CREATEC + a réalisé plusieurs sondages pour le compte d'Option Canada, d'une valeur de 44 442 $. Deux de ces trois sondages ont été menés après le début de la campagne référendaire. Le Groupe Everest a quant à lui tenu des groupes de discussion sur les «institutions canadiennes» les 2 et 3 octobre, pour la somme de 7122 $.

- La firme de production vidéo Harvey Gagnon a envoyé deux factures le même jour, soit le 24 octobre 1995 : la première à Option-Canada pour la production de matériel d'archive, au montant de 30 767 $, la deuxième au comité du NON pour le tournage d'un Vox Pop, pour 19 372 $.

- Le Conseil québécois des gens d'affaires pour le Canada, qui a organisé un des plus importants rassemblements pour le NON, le 18 octobre, a reçu 343 760 $ d'Option Canada pendant la campagne référendaire. La facture précise cependant qu'on demande paiement pour des mandats réalisés en septembre.




Aide occulte pour le NON: Option Canada aurait dépensé 3,5 millions lors du référendum de 1995

Cauchy, Clairandrée
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Le journaliste Normand Lester et son collègue Robin Philpot ont lancé un immense pavé dans la mare de la campagne électorale hier en publiant un livre sur les activités d'Option Canada (OC) lors du référendum de 1995, Les Secrets d'Option Canada. On y révèle que l'organisme, issu du Conseil pour l'unité canadienne et financé par Patrimoine Canada à la hauteur de 5,2 millions, a contrevenu aux lois québécoises en assumant des dépenses en pleine période référendaire.

Selon une évaluation des auteurs, OC aurait ainsi environ dépensé illégalement 3,5 millions, en plus des cinq millions que le comité du NON était autorisé à utiliser pour la période du 1er au 30 octobre. Ils soulignent cependant qu'il est difficile de déterminer quelles dépenses étaient clairement sous le coup de la loi québécoise sur les consultations populaires.

À la source de ce livre: une boîte récupérée par le journaliste Normand Lester dans les poubelles d'un centre commercial de la Rive-Sud en novembre, contenant la majeure partie des documents comptables de l'organisme, dont 688 chèques émis, de nombreuses factures et le grand livre comptable.

Production d'affiches, publicités, groupes de discussion, sondages, «bénévoles» payés, recherches commanditées, on retrouve dans le livre une description détaillée des dépenses assumées par Option Canada, dont plusieurs alors que la campagne électorale battait son plein et qu'elles auraient dû être assumées par le camp du NON. Option Canada a même payé quelque 100 000 $ pour la soirée du NON du 30 octobre au Métropolis.

«Cela semble être un peu la genèse [du programme des commandites]. On retrouve une partie des mêmes suspects déjà dans Option Canada qui se sont retrouvés dans les commandites», a affirmé Normand Lester. En effet, les noms des firmes BCP, Everest, ou encore de l'organisateur politique Tony Mignacca cités lors de la commission Gomery figurent sur les factures payées par Option Canada.

Les auteurs égratignent sérieusement les libéraux, dont au premier rang Paul Martin lui-même qui avait embauché le président d'Option Canada Claude Dauphin après que The Gazette eut révélé en 1997 l'existence d'Option Canada. «Paul Martin nous a dit vendredi que l'argent avait été dépensé selon les règles. Il se trompe et nous trompe gravement. Cela n'a pas été dépensé selon les règles du gouvernement du Canada. On n'accorde pas une subvention de 5,2 millions pour la dualité linguistique pour la dépenser de façon secrète dans une campagne démocratique», a lancé Robin Philpot, qui réclame une enquête publique du Directeur général des élections du Québec.

Le DGE recevra d'ailleurs une copie des documents contenus dans la mystérieuse boîte, dont les originaux seront transmis à la vérificatrice générale, comme M. Lester l'avait promis à sa source.

Déjà, à la suite des appels des deux auteurs, Patrimoine Canada a pris contact en décembre avec la GRC qui évalue la pertinence de mener une enquête. Au bureau de la vérificatrice générale, on précise que des recherches avaient été amorcées en 1997, à la suite d'une vérification interne au sein de Patrimoine Canada, mais que le manque de documents n'avait pas permis de la conclure. On évaluera à la lumière des nouveaux documents s'il y a matière à l'entreprendre de nouveau, précise la porte-parole Isabelle Serrurier.

Le DGEQ a quant à lui déjà indiqué qu'il mènerait une enquête. Le délai de prescription de cinq ans ne lui permettra toutefois pas d'entreprendre des poursuites.

Outre Paul Martin, les auteurs mettent aussi dans sur la sellette les députés Liza Frulla et Pierre Pettigrew. La première, alors députée au provincial et vice-présidente de la campagne du NON, ne pouvait pas ignorer l'existence d'OC, selon Lester et Philpot, parce que son conjoint André Morrow a adressé des factures totalisant plus 10 000 $ à l'organisme. Pierre Pettigrew se serait quant à lui fait payer 13 674 $ pour agir à titre d'expert-conseil. Il a d'ailleurs signé six textes d'opinion dans La Presse sur les sujets de ces recherches, précisent les auteurs.

Philpot et Lester soutiennent qu'il était difficile d'ignorer les activités d'Option Canada chez les responsables du camp du NON, ciblant ainsi la députée Lucienne Robillard, qui représentait le PLC au comité du NON, Jean Charest qui représentait le Parti conservateur, Liza Frulla (alors vice-présidente de la campagne) et Daniel Johnson qui présidait le comité.

«Ils ne peuvent plus plaider l'ignorance», a argué Robin Philpot. «Il y a eu de la coordination [entre le comité du NON et Option Canada]. Qui décidait d'envoyer les factures au comité du NON ou à Option Canada. C'est pour cela qu'on veut avoir une enquête publique pour forcer les gens à répondre. Nous, on ne peut forcer ces gens-là. On leur téléphone, ils nous raccrochent la ligne au nez», fait valoir M. Lester.

Ce dernier s'est moqué de l'ignorance de Claude Dauphin, actuellement membre du conseil exécutif de la Ville de Montréal, qui disait ne pas savoir comment les fonds étaient dépensés. «Un président honoraire en général n'est pas impliqué aussi directement», note M. Lester en soulignant que M. Dauphin facturait «avec diligence 3200 $ toutes les deux semaines pour ses services».

C'est le même scénario pour l'ancien p.-d.g. du Conseil de l'unité canadienne, Jocelyn Beaudoin, aujourd'hui délégué du Québec à Toronto, qui a touché quelque 24 000 $ au cours de l'automne 1995, alors qu'il prétendait ne plus être lié à OC depuis sa fondation en septembre.

La majeure partie des sommes citées dans le brûlot est cependant allée à la firme BCP communication, pour la production d'affiches, de matériel promotionnel et de publicités. Chez BCP on niait formellement qu'Option Canada ait payé des factures pour des services rendus pendant la campagne référendaire. Lorsqu'on précise que certaines factures portent la mention «campagne référendaire» et étaient adressées dans un premier temps au comité du NON avant d'être réacheminées à Option Canada, le porte-parole de BCP, François Taschereau, fait valoir qu'il y a eu des «erreurs cléricales [sic]». Il prend cependant bien soin de préciser que ce n'est pas la compagnie qui fournit les services qui contrevient le cas échéant à la loi québécoise, mais bien celui qui les paie et omet de les comptabiliser dans les dépenses référendaires.

Réaction libérale

Au Parti libéral, les Lucienne Robillard, Liza Frulla et Pierre Pettigrew se faisaient discrets hier, préférant envoyer au front le lieutenant québécois Jean Lapierre, qui n'a pas manqué de rappeler qu'il était «neutre et objectif» en 1995 puisqu'il travaillait dans le milieu des médias. Il remplaçait ainsi la ministre du Patrimoine canadien, Liza Frulla, qui a jugé bon de se récuser étant donné son rôle dans la campagne du NON en 1995.

«Il y a plus d'éditorial que de faits nouveaux [dans le livre]. Cependant, je me réjouis de voir que les documents qu'on disait volés ont refait surface et que les autorités compétentes vont pouvoir les étudier et tirer leurs conclusions», a déclaré Jean Lapierre hier, soulignant que le paiement d'une facture en octobre ne signifiait pas nécessairement que le service ait été rendu en octobre.

Arguant que Normand Lester réside dans sa circonscription et que son pointage indique qu'il n'est pas un «supporter libéral», Jean Lapierre a tenté de jeter le discrédit sur la démarche des auteurs. «Le timing est suspect. Ces gens-là se dépêchent pour produire ce livre et le diffuser le jour du débat. Ce n'est pas un exercice professionnel. Il y a même des doutes sur le fait que les documents auraient pu être volés», a -t-il déclaré. M. Lapierre a aussi réitéré la ligne de défense martelée la semaine dernière voulant que le gouvernement du Québec ait dépensé 25 millions en dépenses préréférendaires.

En entrevue à Radio-Canada, Daniel Johnson a quant à lui nié catégoriquement avoir été mis au courant des activités d'OC. «J'ai un parcours d'une quarantaine d'années sans aucune anicroche et aujourd'hui on essaie de m'associer à ce qu'on fait passer pour des infractions [...] à la loi sur les référendums. Tant que j'ai été député et chef de parti, jamais on n'a mené la barque autrement qu'en plein respect des lois référendaires et électorales du Québec», a-t-il soutenu.

Avec la Presse canadienne




Qui sont les acteurs d'Option Canada?


La Presse mardi 10 janvier 2006

Hier matin, leur nom s'est retrouvé dans une ou plusieurs pages des Secrets d'Option Canada, l'ouvrage explosif de Normand Lester et de Robin Philpot sur le financement de cet organisme voué à la promotion du fédéralisme. À divers degrés, ces personnages, dont la majorité sont encore des acteurs de la scène politique canadienne, seraient mêlés, selon les deux auteurs, aux activités de cette organisation. Qui sont-ils? Que faisaient-ils à l'époque? Quel fut leur rôle selon Lester et Philpot? Et quelle est leur réponse aux affirmations contenues dans l'ouvrage? Voici ce que La Presse a glané hier.

CLAUDE DAUPHIN

Président d'Option Canada en 1995, aujourd'hui vice-président du comité exécutif et responsable de la sécurité publique de la Ville de Montréal.

Allégations:

" (...) Il n'était pas du tout un simple prête-nom. Option Canada comptait tellement sur lui qu'entre le 15 septembre 1995 et le 15 décembre 1995, de sa cagnotte de 5,2 millions, elle a versé à Claude Dauphin la modique somme de 21 155,82 $ pour services rendus. "

" (...) Me Dauphin avait personnellement pris le soin de facturer à Option Canada environ 1500 $ par semaine, avec une diligence remarquable, payés toutes les deux semaines. "

Document à l'appui:

Facture réclamée à Option Canada pour du travail effectué en période référendaire.

Réaction:

Claude Dauphin soutient qu'en tant que président honoraire d'Option Canada, il n'a jamais été impliqué dans la façon dont l'argent était dépensé. " Mon rôle s'est limité à faire des demandes de subventions pour l'organisme, ce que j'ai fait, notamment auprès de Patrimoine Canada. Ça s'est arrêté là ", avait-il confié à La Presse lorsque le scandale a éclaté.

" Suite aux instructions du Conseil de l'unité canadienne, j'ai facturé pour une brève période mes honoraires à Option Canada ", a-t-il reconnu hier dans un communiqué, réitérant qu'il est prêt à collaborer avec les autorités.

JOCELYN BEAUDOIN

Vice-président exécutif du Conseil de l'unité canadienne en 1995, aujourd'hui directeur du bureau du Québec à Toronto.

Allégations:

" (...)Les très nombreuses lettres, avec factures, qui commencent par " Cher Jocelyn " ne laissent aucun doute quant à son rôle et à sa connaissance des activités qui violaient de façon flagrante la Loi sur la consultation populaire. Non seulement y a-t-il participé pleinement, mais il a facturé à Option Canada la somme de 24 000 $. "

Documents à l'appui:

Facture de 24 000 $ réclamés à Option Canada pour du travail effectué en période référendaire.

Réaction:

M. Beaudoin ne nous a pas rappelé hier. Son patron, le ministre Benoît Pelletier, soulignait que le gouvernement allait collaborer à l'enquête que compte mener le directeur général des élections du Québec, Marcel Blanchet.

RENÉ LEMAIRE

Directeur général d'Option Canada en 1995, aujourd'hui directeur général d'un programme d'échanges étudiants géré par le Conseil de l'unité canadienne.

Allégations:

" (...)En plus des honoraires qu'il a touchés- notamment 10 000 $ du 1er septembre au 30 octobre 1995- une entreprise à numéros (...), dont l'adresse est la même que celle de René Lemaire, a facturé 27 692,32 $ à Option Canada (...), surtout pendant la campagne référendaire officielle. "

Documents à l'appui:

Factures réclamées à Option Canada pour du travail effectué en période référendaire.

Réaction:

M. Lemaire est à l'extérieur de la ville pour la semaine, a-t-on affirmé hier à ses bureaux.

TONY MIGNACCA

Organisateur libéral de longue date qui a travaillé dans l'entourage d'Alfonso Gagliano. A été banni à vie du Parti libéral par Paul Martin quelques heures après le dépôt du rapport Gomery.

Allégations:

Selon le livre Les Secrets d'Option Canada, Mignacca aurait été payé par Option Canada pendant la campagne référendaire.

" Tony Mignacca a signé un contrat le 31 août 1995 avec Option Canada, organisme n'existant pourtant pas encore officiellement, dans le cadre d'un mystérieux programme intitulé Programme des valeurs canadiennes. "

Documents à l'appui:

Transcription d'un contrat par lequel Tony Mignacca s'engage à diriger des " séances d'animation et de formation " contre " une rémunération de 10 500 $. "

Réaction:

N'a pu être joint hier.

JEAN CHAREST

Chef du Parti conservateur et vice-président du comité du NON en 1995, aujourd'hui premier ministre du Québec.

Allégations:

Fait partie d'une liste de personnes que les auteurs soupçonnent d'avoir été au courant des activités " illégales " d'Option Canada.

Document à l'appui:

Aucun.

Réaction:

Le porte-parole de M. Charest, Hugo D'Amours, a indiqué hier que M. Charest ne fera pas de commentaires sur le livre de MM. Lester et Philpot. Au cabinet de M. Charest, on invite à parler au ministre des Affaires intergouvernementales canadienne, Benoît Pelletier, qui souligne que jamais les auteurs du livre " ne sont entrés en contact avec le bureau du premier ministre, ou avec mon cabinet, pour chercher à vérifier leurs allégations ".

LIZA FRULLA

Députée de la circonscription de Marguerite-Bourgeoys et vice-présidente du Comité pour le NON en 1995, aujourd'hui ministre fédérale du Patrimoine. Son conjoint, André Morrow, est président de Morrow Communications.

Allégations:

La firme Morrow Communications est accusée d'avoir travaillé pour Option Canada pendant la campagne référendaire. Au sujet du couple, les auteurs écrivent: " Il est difficile de croire qu'un membre de ce couple ait pu connaître l'existence d'Option Canada assez pour lui facturer plus de 10 000 $ (André Morrow), alors que l'autre membre ignorait l'existence de l'organisme (Liza Frulla), d'autant plus que tous les deux travaillaient ardemment pour que le NON l'emporte. "

Document à l'appui:

Facture de 10 028,05 $ de Morrow Communications réclamée à Option Canada.

Réaction:

" Contrairement aux allégations des auteurs, le travail effectué par Morrow Communications était antérieur à la période référendaire, a fait savoir hier la firme par voie de communiqué. La date d'émission du chèque, tel que présenté dans le livre, n'est aucunement le reflet de la période pendant laquelle le mandat a été effectué."

" Mon entreprise a agi en conformité avec toutes les lois et je ne laisserai personne insinuer quoi que ce soit qui pourrait nuire à ma réputation et à celle de mon entreprise ", a précisé M. Morrow.

DANIEL JOHNSON

Chef du Parti libéral du Québec et de l'opposition officielle et président du Comité du NON en 1995, aujourd'hui retiré de la politique active.

Allégations:

" Le chef du NON était tellement populaire chez Option Canada que celle-ci a payé un voyage à Calgary, à Edmonton et à Vancouver avec sa femme du 17 au 22 avril 1996. "

Document à l'appui:

Billet d'avion de Daniel Johnson pour un aller-retour à Calgary et Vancouver daté du 20 mars 1996 au montant de 1394,91 $ qui, selon les auteurs, aurait été payé par Option Canada.

Réaction:

" Pendant 30 ans de vie publique j'ai toujours agi conformément à la Loi électorale. Le camp du Non, en 1995, a appliqué avec rigueur les dispositions de la loi ", a martelé hier M. Johnson, furieux, dans une entrevue à Radio-Canada.

Toutes les affiches du camp du NON étaient explicitement " autorisées par l'agent officiel ", soutient-il.

PIERRE PETTIGREW

Vice-président de la firme de services-conseils Samson Bélair / Deloitte & Touche en 1995, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères.

Allégations:

Pierre Pettigrew aurait été payé pour donner son opinion dans les médias sur la campagne référendaire. " Pierre Pettigrew a été payé à l'insu de tout le monde pour défendre le Canada. "

Documents à l'appui:

Facture de 13 674,60 $ au nom de Pierre Pettigrew pour " services de recherche, rédaction et conseil stratégique ".

Réaction:

Veut terminer la lecture du livre avant de réagir.

LUCIENNE ROBILLARD

Représentante du Parti libéral du Canada au sein du Comité pour le NON en 1995, aujourd'hui ministre des Affaires intergouvernementales.

Allégations:

Fait partie d'une liste de personnes que les auteurs soupçonnent d'avoir été au courant des activités " illégales " d'Option Canada.

Documents à l'appui:

Aucun.

Réaction:

A laissé le ministre des Transports, Jean Lapierre, émettre les commentaires officiels du Parti libéral du Canada.

BCP

Traditionnellement très proche des libéraux, l'agence de publicité BCP est dirigée par Yves Gougoux et John Parisella, qui ont tous deux témoigné devant la commission Gomery.

Allégations:

BCP a reçu sans appel d'offres plus de 2,25 millions en contrats d'Option Canada.

" (....) Nous avons analysé les factures de BCP payées par Option Canada pour démontrer qu'une partie importante de celles-ci portaient sur du travail et du matériel de propagande réalisés pendant le mois d'octobre 1995 pour servir à faire gagner le camp du Non. "

Documents à l'appui:

Factures de BCP adressées à Option Canada.

Réaction:

" S'il y a responsabilité dans ce dossier, elle appartient à celui qui encourt la dépense, et non pas au fournisseur de services, a indiqué BCP par voie de communiqué. Ceci étant dit, BCP réitère que les frais et services qu'elle a facturés à Option Canada en 1995, selon les documents à sa disposition, l'ont été exclusivement pour des frais et services de placement médias et de publicité rendus en septembre 1995, soit durant la période préréférendaire. "

GROUPE EVEREST

Fondé par Claude Boulay, Groupe Everest est une des entreprises qui ont le plus profité du programme de commandites. Au total, elle a reçu quelque 67,7 millions, selon la commission Gomery.

Allégations:

La firme a reçu 85 000 $ en contrats d'Option Canada, notamment pour l'organisation de focus groups facturés une fois la campagne référendaire déclenchée. " Bien que BCP ait reçu la part du lion des largesses de la mystérieuse Option Canada et de son bailleur de fonds, le ministère du Patrimoine canadien, d'autres maisons de publicité et de communications ont réussi à s'y tailler une place. "

Documents à l'appui:

Facture de 24 608,58 $ du Groupe Everest réclamée à Option Canada.

Réaction:

Les anciens dirigeants n'ont pu être joints.




Les Secrets d'Option Canada : Charest ne savait rien, affirme Benoît Pelletier

Dutrisac, Robert
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Le premier ministre a pourtant nommé l'un des principaux acteurs d'Option Canada à titre de représentant du Québec à Toronto

Québec - Le ministre responsable de la Loi électorale, Benoît Pelletier, a nié, hier, que Jean Charest ait été au courant des agissements d'Option Canada lors du référendum de 1995. Il a toutefois passé sous silence l'implication, au sein de cet organisme occulte, de Jocelyn L. Beaudoin que le premier ministre a nommé chef de poste au Bureau du Québec à Toronto en octobre 2004.

Ce n'est que par voie de communiqué que le gouvernement Charest a réagi aux révélations contenues dans le livre Les Secrets d'Option Canada, lancé hier par Normand Lester et Robin Philpot. S'appuyant sur des documents qui avaient disparu mais qui ont refait surface, les auteurs allèguent qu'Option Canada a dépensé quelque trois millions durant la campagne référendaire en contravention avec la Loi électorale.

M. Pelletier «a nié fermement les allégations des auteurs ciblant le premier ministre Jean Charest», peut-on lire dans le communiqué diffusé par son cabinet.

Le ministre s'est réjoui que le Directeur général des élections du Québec (DGE), Marcel Blanchet, à qui Normand Lester a promis de remettre une copie de tous les documents qu'il a en sa possession, ait décidé de procéder à une enquête sur Option Canada. «Il est sain et rassurant pour la démocratique québécoise que le DGE vérifie les allégations des auteurs, la crédibilité de leurs sources et la rigueur de leur travail», écrit-il.

Selon les auteurs, Jocelyn L. Beaudoin, qui a été pendant 35 ans le pilier du Conseil de l'unité canadienne (CUC) et qui représente aujourd'hui le Québec à Toronto, «était de tous les mauvais coups de la nébuleuse d'Option Canada». D'ailleurs, la facture de 12 000 $ qu'a présentée Pierre Pettigrew, qui était consultant à l'époque, pour une série de cinq articles publiés dans La Presse lors de la campagne référendaire était adressée à M. Beaudoin. Elle aurait été acquittée par Option Canada.

Or, dans les jours qui ont suivi la nomination de M. Beaudoin au Bureau du Québec à Toronto, M. Pelletier, qui s'appuyait sur une lettre produite par le nouveau chef de poste, a affirmé à l'Assemblée nationale que celui-ci «a démissionné d'Option Canada le 8 septembre 1995, et donc il n'a pas pris part aux différentes activités qui ont été reprochées à Option Canada». Infirmant cette affirmation, les auteurs Lester et Philpot demandent au gouvernement Charest de démettre M. Beaudoin de ses fonctions.

Au bureau du DGE, on a indiqué, hier, qu'il y avait peu de chances que son enquête soit publique comme le réclament MM. Lester et Philpot. «Quant à savoir s'il s'agira d'une enquête publique sur le modèle de Gomery, on est en train de vérifier si légalement on a le pouvoir [de la mener] et c'est loin d'être sûr», a souligné le porte-parole du DGE, Denis Dion.

Les auteurs ont pris contact récemment avec le DGE pour lui montrer certains des documents qu'il avaient en main et qui émanent d'Option Canada. Même si la prescription de cinq ans est échue depuis longtemps, ce qui empêche les poursuites pénales, le DGE, convaincu qu'il dispose désormais de tous les éléments pour faire enquête, entend faire la lumière sur les dépenses d'Option Canada. «Notre objectif est la transparence. Les Québécois ont le droit de savoir si leur loi électorale a été respectée ou si elle n'a pas été respectée durant cette période», a dit M. Dion.

Après le référendum de 1995, le DGE à l'époque, Pierre F. Côté, avait tenté en vain de faire enquête sur Option Canada. Le DGE, qui n'avait pas accès aux documents dévoilés aujourd'hui, s'était «buté à un mur de silence», a rappelé M. Dion. «Là, on est équipés pour faire enquête», a-t-il dit. Après une analyse minutieuse des documents, les témoins impliqués - au premier chef le président d'Option Canada Claude Dauphin et Jocelyn L. Beaudoin - seront interrogés, a-t-il précisé. L'enquête durera plusieurs mois, selon son évaluation.

En dépit des révélations de MM. Lester et Philpot, M. Pelletier a soutenu que le référendum de 1995 n'avait pas été volé. Le ministre a cité le cas des dépenses que le gouvernement péquiste avait engagées avant le référendum. Il a évoqué les bulletins de vote en faveur du NON rejetés dans les circonscriptions de Marguerite-Bourgeoys, de Chomedey et de Laurier-Dorion, tel que cela a été constaté par le DGE à la suite d'une enquête fructueuse. Sans toutefois accuser le gouvernement péquiste d'avoir enfreint la loi électorale, M. Pelletier a stigmatisé les souverainistes pour avoir mis «l'ensemble des ressources de l'État du Québec au service de leur obsession».

Pour sa part, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, appuie la tenue d'une enquête sur les révélations contenues dans le livre de MM. Lester et Philpot. «Dès le lendemain du référendum, on savait qu'il y avait des événements nébuleux au sujet du financement du camp du NON», a déclaré le chef adéquiste. M. Dumont estime que M. Charest doit également faire connaître son point de vue sur les allégations formulées à son endroit.

«Il est le premier gardien de nos institutions, de la démocratie et de la Loi électorale», a dit M. Dumont.

Avec la Presse Canadienne




Mario Dumont et Bernard Landry veulent une enquête publique
Charest sommé de s'expliquer

Boivin, Simon; Corbeil, Michel
Le Soleil mardi 10 janvier 2006

L'actuel leader de l'ADQ et l'ex-chef du PQ s'accordent à réclamer d'une seule voix une enquête publique sur Option Canada. Mario Dumont et Bernard Landry exigent aussi du premier ministre du Québec, Jean Charest, qu'il s'explique sur ce qu'il savait de l'organisme qui aurait financé illégalement la campagne du Non au référendum de 1995.

Pendant qu'André Boisclair indiquait qu'il ne réagirait qu'aujourd'hui au livre signé par Normand Lester et Robin Philpot, son prédécesseur à la tête du Parti québécois a accueilli les allégations comme une nouvelle preuve que le camp du Oui s'est fait "voler" le plébiscite, il y a 10 ans.

L'enquête doit-elle être publique ? "Absolument", a lancé M. Landry. "Ce n'est pas pour fouiller dans le passé", mais pour faire la lumière sur des événements entourant un moment marquant de la société québécoise, a-t-il soutenu.

Bernard Landry a laissé entendre qu'il partage une opinion des deux auteurs. Les dirigeants du camp du Non "ne pouvaient pas ne pas savoir" ce qui se passait avec Option Canada.

Le premier nom qui lui vient en tête parmi ceux qui "ont des réponses à donner", c'est celui de son adversaire politique et premier ministre québécois. Jean Charest "ne peut plus rester silencieux, a statué M. Landry. Il faut qu'il brise son silence".

Le leader de l'Action démocratique du Québec a été tout aussi catégorique. Mario Dumont appuie à fond la demande d'enquête publique formulée par MM. Lester et Philpot. "Ce n'est pas d'hier" que les soupçons pèsent sur Option Canada quant à des violations de la loi québécoise sur le financement politique, a-t-il rappelé.

"Ce qui est surprenant, a ajouté l'adéquiste, c'est la force avec laquelle les auteurs affirment que des gens ne peuvent pas ne pas être au courant, (...) dont Jean Charest. À l'époque, il était chef d'un camp au fédéral.

"Il se retrouve aujourd'hui visé par des accusations assez graves, a-t-il enchaîné. Il ne peut s'abstenir. Absolument, il doit commenter." Mario Dumont a cependant estimé qu'il ne croit pas que la victoire ait été "volée" au camp du Oui, dont il faisait partie. "La propagande, c'est en tant que payeur de taxes que ça me révolte. Dire que les gens savaient pas ce qu'il faisait à cause de ça ? Le constat, c'est qu'en 1995, les Québécois étaient divisés moitié-moitié."

Une voix discordante

Proche conseiller de Jacques Parizeau en 1995, l'ex-journaliste Jean-François Lisée croit lui aussi qu'une enquête publique est le meilleur moyen de vider le sujet. "Moi, je suis tout à fait d'accord, a indiqué M. Lisée. Dans un cas comme celui-là où le respect de la démocratie et de nos règles est en cause, l'enquête publique est la meilleure solution".

Contrairement à une enquête policière, par exemple, un individu ne peut plaider coupable et cesser de fournir de l'information, poursuit-il. Par ailleurs, le cas du financement de la manifestation de l'amour, le fameux love-in, reste toujours à éclaircir. "Il y avait d'autres sources au-delà même d'Option Canada, affirme M. Lisée. Il reste des couches à gratter, c'est sûr."

Parmi les personnes interrogées par LE SOLEIL, hier, seul l'ex-DGE Pierre-F. Côté estime que l'investigation n'a pas à se faire publiquement. Il a été DGE pendant 20 ans, jamais il n'a tenu une enquête publique et "ça a toujours donné satisfaction. Ça a toujours été la responsabilité du DGE, de ses enquêteurs et de ses avocats", dit-il.

M. Côté craint que la création d'un précédent n'entraîne l'obligation de se soumettre trop souvent à ce type d'enquête. "Ça n'aurait pas de bon sens, croit-il. C'est fastidieux, c'est difficile pour la réputation des gens, c'est long, c'est compliqué. L'enquête Gomery est une grosse exception."

L'actuel titulaire du poste de DGE, Marcel Blanchet, n'a pas encore tranché quelle forme prendra l'investigation. Son porte-parole, Denis Dion, a mentionné que M. Blanchet "regarde s'il a juridiquement les pouvoirs" de tenir une enquête publique. L'institution existe depuis 60 ans et jamais le DGE n'a eu recours à une telle procédure.

En entrevue à Radio-Canada, Marcel Blanchet a laissé entendre que les documents fournis par MM. Philpot et Lester apparaissent "de prime abord" suffisants pour ouvrir une enquête. Mais il ne saurait y avoir de "poursuites pénales" en raison des délais de prescription. "Mais rien empêche d'enquêter pour faire la lumière."

Les auteurs du livre Les Secrets d'Option Canada ont contacté le bureau de la vérificatrice générale du Canada pour lui remettre les documents obtenus. Sheila Fraser pourra se pencher de nouveau sur le dossier, mais elle n'a pas à juger de ce qu'Option Canada a fait de l'argent. La vérificatrice regardera si l'octroi des subventions s'est fait dans les règles et si le ministère du Patrimoine canadien s'est assuré d'une reddition de comptes adéquate.

LES SECRETS D'OPTION CANADA

Le 7 septembre 1995, exactement 23 jours avant le lancement officiel de la campagne référendaire où le Non devait l'emporter de justesse, est née Option Canada. Baptisée "la mystérieuse", voire l'"organisme clandestin" dans le livre que lui consacrent Normand Lester et Robin Philpot, la formation est issue du Conseil pour l'unité canadienne (CUC), lui-même créé en 1964. Elle fut dès le départ financée par le ministère du Patrimoine, dont le titulaire était à l'époque Michel Dupuy. Mais le secret était si bien gardé que même le directeur des élections du Québec, Pierre-F. Côté, ignorait son existence jusqu'à ce qu'un article paraisse dans The Gazette, en 1977.

LES AUTEURS DU LIVRE

Normand Lester, coauteur des Secrets d'Option Canada, est un journaliste pamphlétaire reconnu comme spécialiste de l'enquête. Il a oeuvré pendant 35 ans à Radio-Canada, avant de faire paraître Le Livre noir du Canada anglais, un ouvrage en trois tomes, dont le premier a précipité son départ de la société d'État. Le troisième tome est sorti en 2003.

Robin Philpot, qui signe le présent ouvrage avec M. Lester, est ontarien d'origine, mais il habite le Québec depuis 1974. Il est diplômé en histoire et en lettres de l'Université de Toronto. En 2005, il a publié Le référendum volé.

Ministère du Patrimoine canadien

REVENU TOTAL D'OPTION CANADA : 5 259 380,41 $

Dirigé à l'époque par Michel Dupuy
Conseil de l'unité canadienne (CUC)
Président du c.a. à l'époque : Michel Vennat
(Ami de Jean Chrétien, il a plus tard succédé à François Beaudoin comme président de la Banque de développement du Canada (BDC), après que ce dernier eut refusé une subvention au propriétaire de l'Auberge Grand-Mère. Il fut impliqué dans le transfert d'argent des commandites à l'entreprise de Robert-Guy Scully, qui a produit Le Canada du millénaire. Michel Vennat fut évincé de la BDC par Paul Martin.)

Président du CUC : Peter G. White
(Ancien bras droit de Conrad Black.)

Secrétaire : Michel Robert
(Nommé depuis juge en chef du Québec par Jean Chrétien)

Option Canada : membres de la direction
Président : Claude Dauphin
(Ancien conseiller de Paul Martin, il est aujourd'hui vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, responsable de la Sécurité publique et maire de l'arrondissement de Lachine.)

Secrétaire-trésorier : Michel G. Hudon (avocat chez Colby, Monet, Demers, Delage & Crevier.)

Directeurs généraux :
René Lemaire puis
Jocelyn Beaudoin

(Lemaire travaillait au CUC lorsque Normand Lester et Robin Philpot l'ont joint en juin dernier. Quant à Beaudoin, il est l'actuel délégué du Québec à Toronto.)

DES CITATIONS TIRÉES DE L'OUVRAGE

- "...Dans une boîte remplie de documents comptables d'Option Canada, laissée près d'un bac à déchets par une âme charitable, nous avons trouvé ce qui permet d'abattre le mur de l'argent et de découvrir le pot aux roses."

- "Michel Dupuy a été dégommé du Patrimoine canadien en janvier 1996 pour être remplacé par le pit-bull de l'identité canadienne Sheila Copps qui, elle, sait où est passé l'argent d'Option Canada, mais refuse de le dévoiler."

- "Tout le secret entourant Option Canada, jumelé aux très nombreux trous de mémoire de ses dirigeants et à leur capacité de tourner allègrement la page sans jamais rendre de comptes sur l'utilisation de plus de 5 M $ de fonds publics, fait drôlement penser au célèbre scandale appelé pudiquement le scandale des commandites."

- "Les représentants des entreprises les plus riches et les plus prospères du Canada monnayaient leur soutien au fédéralisme. Ils étaient prêts à chanter en choeur le Ô Canada pourvu que les libéraux, avec qui ils sont de connivence depuis toujours, assument la note par l'entremise d'une officine secrète."

- "Selon des sources qui requièrent l'anonymat, la coordination entre Option Canada et le Comité pour le NON était très étroite, quotidienne. Les dirigeants d'Option Canada, Claude Dauphin, René Lemaire et Jocelyn Beaudoin en tête, étaient constamment au téléphone avec le war room du Comité pour le NON."

- "L'enquête que nous avons menée au sujet du Programme des valeurs canadiennes d'Option Canada démontre hors de tout doute que ce programme servait à payer des " bénévoles " du camp du NON pendant la campagne référendaire, surtout dans les circonscriptions où les organisations libérales du PLQ ou du PLC étaient en difficulté."

- "Les documents d'Option Canada soulèvent de sérieuses questions et interpellent plusieurs personnes [...] Parmi ces personnes :

les dirigeants d'Option Canada, dont Claude Dauphin, Jocelyn Beaudoin, René Lemaire, Michel Vennat et Michel G. Hudon ;

les dirigeants du Comité des Québécoises et des Québécois pour le NON, dont son chef Daniel Johnson, sa vice-présidente Liza Frulla, l'actuel premier ministre du Québec Jean Charest, qui représentait le Parti conservateur au sein du Comité pour le NON, la ministre fédérale Lucienne Robillard qui représentait le Parti libéral du Canada et l'agente officielle Nathalie Bernier ;

les dirigeants d'entreprises de communication qui ont facturé du travail à Option Canada pendant la période référendaire, dont Yves Gougoux et John Parisella de BCP."

Édité par Les Intouchables, Les Secrets d'Option Canada arrivent demain en librairie.

MCorbeil@lesoleil.com SBoivin@lesoleil.com




La magouille

David, Michel
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Normand Lester et son compère Robin Philpot auront beau jurer que la coïncidence entre la parution de leur livre Les Secrets d'Option Canada et la deuxième paire de débats télévisés entre les chefs de parti était purement fortuite, personne n'en croira un mot. D'ailleurs, quelle importance, si le contenu est exact? On juge l'arbre au fruit et Option Canada fait partie du bilan libéral.

Le mois dernier, M. Lester avait expliqué que la publication d'un de ses textes dans Le Devoir du 21 avril 2005 avait incité un informateur à le contacter et à lui offrir des documents qu'on croyait disparus. N'importe quel auteur ou éditeur aurait fait l'impossible pour publier au moment où l'impact serait le plus grand.

De toute évidence, le coup a porté, si on en juge par la réaction de Jean Lapierre. Pour une fois, le lieutenant de Paul Martin au Québec semblait à court de farces plates en conférence de presse. Il en était réduit aux procès d'intention.

Après les révélations de la commission Gomery, Les Secrets d'Option Canada ne fera peut-être pas grimper l'indice libéral beaucoup plus haut sur l'échelle de l'immoralité politique, mais ce rappel de la turpitude du PLC ne pouvait survenir à un plus mauvais moment. L'émotion ne sera sans doute pas très grande au Canada anglais, mais, pour Gilles Duceppe, qui était menacé de redite aiguë, c'est une véritable cadeau du ciel.

À deux semaines du 23 janvier, Paul Martin n'a plus une minute à perdre à défendre l'indéfendable, mais il ne pourra pas y échapper. Il y a trop d'éléments troublants dans cette histoire pour que les libéraux se contentent de renvoyer le tout à l'enquête annoncée par le directeur général des élections du Québec ou à toute autre enquête qui pourrait être instituée à Ottawa.

***

Incapables de refaire le coup du bonhomme Sept Heures, qui leur avait permis de coiffer les conservateurs dans les derniers jours de la campagne de 2004, les stratèges du PLC ont choisi de jouer la carte de l'unité nationale. Ce faisant, ils se sont eux-mêmes placés dans l'obligation de répondre des méthodes qu'ils ont utilisées dans le passé.

Si l'affaire est embêtante pour M. Martin, elle risque de l'être plus encore pour certains de ses ministres engagés dans des luttes très serrées, notamment Pierre Pettigrew dans Papineau et Liza Frulla dans Jeanne-Le Ber, qui n'étaient pas sortis trop égratignés par le scandale des commandites.

M. Pettigrew avait été assermenté comme ministre de la Coopération internationale, responsable de la Francophonie, à peine une semaine avant la réunion du cabinet Chrétien qui avait esquissé les grandes lignes de ce qui allait devenir le programme des commandites, les 1er et 2 février 1996. Il pouvait donc plaider l'innocence, à tout le moins dans la genèse des commandites.

On apprend maintenant qu'il avait accepté, à l'insu de tous, des honoraires de 12 000 $ d'Option Canada pour la rédaction d'une série d'articles publiés dans La Presse, entre le 26 et le 30 octobre 1995, dans lesquels il expliquait notamment que le projet souveraineté présenté par le gouvernement «risquerait de nous ridiculiser à travers la planète». Les intellectuels stipendiés par le pouvoir sont monnaie courante, mais le genre demeure toujours aussi méprisable.

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Députée de Marguerite-Bourgeoys à l'Assemblée nationale, Liza Frulla avait parfaitement le droit d'agir comme vice-présidente du comité du NON en 1995, et elle n'a fait le saut sur la scène fédérale qu'en 2000. Il est cependant très gênant d'apprendre que son conjoint, le publiciste André Morrow, avait facturé plus de 10 000 $ à Option Canada pour des services rendus avant et pendant la campagne référendaire.

Cette fois, il ne s'agit plus simplement des mécréants d'Ottawa, qui ont perverti la démocratie québécoise avec leur argent sale. Le plus grand intérêt du livre de Lester et Philpot est peut-être de démontrer que les responsables du NON à Québec ont sciemment accepté que le gouvernement fédéral magouille pour contourner les règles de financement édictées par l'Assemblée nationale. Certains en ont même profité. Remarquez, on s'en doutait un peu.

En mars 1997, le chef du PLQ et président du comité du NON, Daniel Johnson, avait déclaré formellement à The Gazette qu'il ignorait tout des activités d'Option Canada. «Je n'ai jamais entendu le nom. Je l'ai appris dans les journaux. Je n'ai aucune idée de qui il s'agit, de quoi, d'où, de quand, ni de pourquoi.» Comment l'en blâmer? Même le président d'Option Canada, Claude Dauphin, n'en avait aucune idée!

À l'époque, The Gazette avait découvert qu'il y avait eu pas moins de 65 appels interurbains entre le Comité du NON et Option Canada durant la période référendaire. Il s'agissait sûrement de faux numéros!

Il est toujours étonnant de constater à quel point les gens se parlent peu au sein d'une organisation. Ainsi, le conjoint de la vice-présidente du Comité du NON touchait des honoraires d'un organisme dont le président du même comité n'avait jamais entendu parler. Il est vrai que les couples ont aussi leurs petits secrets. M. Morrow n'avait sans doute rien dit à sa douce moitié!

Il va sans dire que Jean Charest ne savait rien non plus. Sinon, vous pensez bien qu'il n'aurait jamais nommé l'ancien directeur général du Conseil de l'unité canadienne, Jocelyn Beaudoin, au poste de délégué général du Québec à Toronto.

Son nom revient à plusieurs reprises dans le livre de Lester et Philpot. Au terme de l'enquête sur Option Canada qu'il avait menée il y a huit ans, l'ancien directeur général des élections, Pierre-F. Côté, avait conclu que M. Beaudoin était «le personnage le plus obscur» de cette déjà ténébreuse histoire. L'enquête que vient d'entreprendre son successeur permettra peut-être de dissiper cette ombre.




En flagrant délit

Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

La publication du livre Les Secrets d'Option Canada signé par Normand Lester et Robin Philpot arrive à un bien mauvais moment pour les libéraux de Paul Martin en ce qu'il vient raviver le scandale des commandites à l'esprit des électeurs. Les révélations de ce livre appellent des réponses de la part de ceux qui ont créé Option Canada en 1995 et justifient la tenue d'une enquête.

Ce livre est embarrassant pour Paul Martin du fait que sa sortie arrive au moment où sa campagne électorale se découd par morceaux. Alors qu'il pouvait espérer reprendre l'offensive grâce au débat des chefs, il est à nouveau forcé de défendre un bilan éthique négatif. Les révélations de ce livre confirment hors de tout doute que le gouvernement fédéral a créé secrètement Option Canada pour contourner la loi québécoise sur les référendums.

Option Canada est né tout juste quelques jours avant la tenue du référendum de 1995. Il s'agissait de doter le Conseil pour l'unité canadienne d'un paravent pour faire campagne pour le NON. Le ministère du Patrimoine lui a versé tout près de cinq millions de dollars dont une large partie a été dépensée pendant la période référendaire en contravention avec les règles sur les lois québécoises auxquelles Option Canada était soumis ayant son siège social à Montréal. Résultat : le NON, dont les dépenses, comme pour le camp du OUI, étaient limitées à cinq millions, a pu dépenser beaucoup plus grâce à cette caisse occulte parallèle. L'équilibre du jeu démocratique prévu par la loi référendaire a donc été faussé.

L'existence d'Option Canada a été tenue secrète et, lorsqu'elle aura été connue en 1997, il ne fut jamais possible de savoir comment l'argent reçu d'Ottawa fut dépensé. Le Directeur général des élections du Québec et le Vérificateur général du Canada tentèrent d'enquêter, mais se butèrent alors à une véritable conspiration du silence. Aujourd'hui, plusieurs de ceux qui ont nié avoir été liés d'une façon ou d'une autre à Option Canada sont pris en flagrant délit de demi-vérités ou de mensonges tout simplement. Ainsi, il est maintenant bien difficile de croire le président dit honoraire d'Option Canada, Claude Dauphin, lorsqu'il nous dit n'avoir rien su de ce à quoi servait cet argent, alors que lui-même était rémunéré pour sa participation aux activités de cet organisme. Les chèques qu'il a encaissés sont là pour le prouver. Il n'est pas le seul dont la crédibilité est gravement entachée.

Le secret dont Option Canada était entouré servait à préserver la façade de légalité derrière laquelle les gouvernements libéraux qui se sont succédé à Ottawa ces 35 dernières années se sont cachés pour mener la lutte au mouvement souverainiste. On se souviendra que, dans les années 1970, les «plombiers» de la GRC n'hésitaient pas à commettre des gestes criminels. Avec Option Canada, le gouvernement Chrétien se garda d'aller aussi loin, situant néanmoins son action en dehors des lois et des règles.

Le ministre Jean Lapierre a réagi sommairement au nom du gouvernement Martin hier à ces révélations en disant qu'il appartiendrait au Directeur général des élections du Québec et au Vérificateur général du Canada de faire enquête. C'est le moins puisque ceux-ci ne pourront éviter de revenir sur le sujet maintenant qu'ils auront à leur disposition les documents sur lesquels Lester et Philpot ont mis la main. Leur enquête ne pourra toutefois être complète puisqu'ils n'ont pas à leur disposition tous les outils pour aller au fond des choses.

S'il voulait faire preuve de totale transparence dans cette affaire, Paul Martin ferait deux choses. Tout d'abord, il prolongerait le mandat du juge Gomery et lui demanderait de se pencher sur le fonctionnement d'Option Canada. Ce serait un complément logique à son enquête sur le programme des commandites puisqu'existe un lien direct entre les deux. Puis il prendrait l'engagement que désormais le gouvernement fédéral se battra visière levée contre les souverainistes et qu'Ottawa respectera les lois québécoises lors d'un prochain référendum. Mais, l'homme, on le sait, est hésitant. Il dira plutôt une chose et son contraire tout à la fois. Il dira qu'il faut respecter les règles, mais qu'il fera tout pour empêcher la réalisation de la souveraineté du Québec.




1995 vote `stolen' by No side
New book probes `secret' group Inquiry sought on referendum `theft'

GRAHAM FRASER
Toronto Star Jan. 10, 2006

MONTREAL—The federal government knowingly broke Quebec's referendum spending law in 1995, and a public inquiry should be called to look into this, two authors said yesterday.

"The theft of a referendum on the future of a people is not a trivial matter," Robin Philpot, co-author of Les secrets d'Option Canada told reporters yesterday at a news conference called to launch the book.

Normand Lester argued that Option Canada — created as a legal entity in the fall of 1995 — was used to contravene the spending restrictions of Quebec's referendum legislation.

"It was a secret organization," he said. "No one knew it existed until 1997, when (the late investigative reporter) Claude Arpin of The Gazette wrote about it."

The two authors dismissed the claim by Liberal Leader Paul Martin that the Parti Québécois government spent $25 million during the same period to promote sovereignty.

"That was done legally under the control of the National Assembly," Philpot said.

Lester said he was able to find documents related to Option Canada beside a dumpster in a suburban mall parking lot. On the basis of those documents — invoices, bills and cancelled cheques — the two authors report that:

Claude Dauphin, who was president of Option Canada, billed the organization $21,155.82 between Sept. 15 and Dec. 15, 1995;

Pierre Pettigrew, then a consultant, was paid $12,000 by Option Canada for a series of five articles he wrote that were published in La Presse;

A business group in Quebec received $343,760.15 from Option Canada;

The No committee's referendum night event was paid for, not by the No committee, but by Option Canada.

Philpot said the expenditures by Option Canada — which were not declared by the No committee, as required by the referendum law — were "one of the many ways in which the referendum result was stolen."





Revue de presse

Les leçons apprises

Manon Cornellier
Le Devoir mardi 10 janvier 2006

Le chef conservateur Stephen Harper ne pouvait y échapper. À la veille des derniers débats, alors que son parti grimpe dans les sondages, on s'intéresse à lui de plus près. Et le résultat peut être très intéressant. Ainsi, on apprenait dans le Globe and Mail, sous la plume de Brian Laghi, comment le chef conservateur a su tirer les leçons de la dernière campagne. Alors que le chef libéral Paul Martin s'appuie sur la même équipe qui l'a fait élire chef en 2003 et premier ministre en 2004, Harper a accepté de s'entourer d'une équipe plus diversifiée et expérimentée qu'en 2004 et de la mettre sous la gouverne d'un nouveau chef de cabinet, Ian Brodie. Cela a aussi conduit à l'inclusion dans l'équipe qui voyage avec le chef de deux sénateurs conservateurs modérés et proches de Brian Mulroney, Hugh Segal et Marjorie LeBreton. Finalement, Harper a convenu qu'il ne pouvait tout contrôler et a laissé à d'autres les rôles de stratégistes, de communicateurs et de coordonnateur.

Et pour inspiration, le PC a examiné de près l'élection australienne de 2004 qui a permis au premier ministre John Howard de conserver le pouvoir avec un nombre accru de sièges. Un des principaux stratèges de Harper y a vu des choses dont le PC pourrait s'inspirer au point de faire appel informellement et sporadiquement au directeur du parti de Howard, Brian Loughnane. Un des éléments qui a intéressé le PC est la façon dont le parti de Howard s'est attiré la faveur des électeurs hésitants. De là vient l'idée de cibler de façon stratégique les réductions de taxes.

Il y a eu en plus le recentrage du parti amorcé au congrès de mars dernier. Selon Doug Saunders, toujours dans le Globe, il ne s'agit toutefois pas d'un phénomène unique au PC. Il constate que les partis conservateurs de Grande-Bretagne et d'Allemagne, entre autres, adoptent de plus en plus des positions dites libérales. Cela serait dû au fait que, depuis 20 ans, le centre politique s'est déplacé vers ce qui était considéré comme la gauche dans plusieurs dossiers, lui ont confié politologues et sondeurs. «Les électeurs ne voient plus les faibles impôts et la responsabilité fiscale comme l'objectif central de la politique. Autour du monde, encouragés par la croissance économique et inquiets des changements démographiques, ces électeurs se tournent vers les programmes sociaux et des enjeux dits de principe qui étaient considérés comme l'apanage des partis progressistes.» Il y a 25 ans, c'était l'inverse, les révolutions reaganienne et thatchérienne poussant les libéraux à se montrer plus conservateurs. Ce qui fait qu'aujourd'hui le PLC est dirigé par un ancien magnat du transport maritime alors que le PC a à sa tête un économiste de la classe moyenne.

Malgré l'attention portée à Stephen Harper, Paul Martin n'échappe pas à l'examen. Don Martin écrit dans le National Post que le chef libéral récolte en quelque sorte ce qu'il a semé en menant une guerre sans merci à Jean Chrétien pendant des années. Victime de fuites qui tuent dans l'oeuf ses annonces, l'équipe Martin en est rendue à soupçonner d'anciens fidèles de Chrétien pour le torpillage de sa campagne. Beau témoignage de l'état des lieux au sein du PLC ! Selon Don Martin, Paul Martin sait qu'il ne lui reste qu'une bouée pour sauver son gouvernement -- et encore faut-il que les conservateurs la lui offrent -- à savoir un dérapage de la campagne Harper. Une répétition en somme de 2004. Mais pour l'instant, c'est celle de Martin qui bute jour après jour sur de nouvelles tuiles et pas toujours posées par ses adversaires.

Commentateur de la CBC, Rex Murphy avoue être perplexe. Il écrit dans le Globe and Mail qu'il cherche toujours le message clair et percutant qui résumerait ce que les libéraux ont à offrir. En somme, le slogan qui dit tout. À son grand étonnement, il constate que les libéraux n'en ont toujours pas et qu'on ne sait toujours pas vraiment pourquoi il faudrait voter pour eux. «C'est remarquable parce que le Parti libéral est avant toutes autres considérations une machine hautement compétente et professionnelle. Elle gagne des élections. C'est ce qu'elle fait, elle sait faire campagne et a une feuille de route sans égale en politique canadienne pour ce qui est de récolter des majorités.» Murphy ne donne pas les libéraux pour battus, mais il note qu'il leur reste bien peu de temps pour renverser la vapeur.

Et il y a ces fantômes qui ne cessent de sortir de leurs placards. Barbara Yaffe, dans le Vancouver Sun, rappelle à notre mémoire celui de David Dingwall, le président de la Monnaie royale canadienne qui a démissionné après qu'on eut mis en doute certaines de ses dépenses. Son départ n'a fait pleurer personne, mais il a fait enrager beaucoup de gens en affirmant qu'il avait droit à une indemnité de départ même s'il avait quitté son poste de son propre chef. Le gouvernement Martin a affirmé y être obligé, malgré des avis contraires, et les négociations se poursuivent. Yaffe a tenté d'en savoir plus, sans succès. Information privée, lui a-t-on répondu. La réponse ne sera connue qu'après les élections, ce qui fait rager la journaliste qui rappelle qu'il s'agit toujours de fonds publics.

Pendant que les chefs fédéraux parlent de santé, d'éducation, de programmes sociaux -- des responsabilités provinciales --, les affaires autochtones, une responsabilité fédérale, suscitent nettement moins d'intérêt. Doug Cuthand note dans le Star-Phoenix, de Saskatoon, que bien qu'importantes, la santé, la corruption et la criminalité ne sont pas les premiers enjeux pour les autochtones. «La population autochtone est préoccupée par les droits issus de traités, le financement des infrastructures, les questions urbaines et la poursuite des engagements libéraux.» Ces derniers ont pris des engagements totalisant 5,1 milliards sur cinq ans lors d'une conférence des premiers ministres tenue en novembre. Des engagements que les autochtones craignent voir s'évaporer avec l'élection d'un nouveau gouvernement. Cuthand souligne et souhaite que de plus en plus d'autochtones exercent leur droit de vote et, du coup, leur influence. Il relève d'ailleurs que le nombre de candidats autochtones atteint un sommet historique cette année. Le grand chef de l'Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, incite les autochtones à voter pour n'importe qui sauf les conservateurs, mais la Fédération des autochtones de la Saskatchewan a choisi de rester neutre. Parce que les leaders devront travailler avec quiconque l'emportera.




How Harper turned the campaign around

Editorial
The Globe and Mail January 10, 2006

That complex organism known as the voting public is a flighty, fickle creature, but once it makes up its mind, it can be as decisive as a hanging judge. With the federal election less than two weeks away, that verdict seemed to be jelling before last night's debate. Beginning several days ago, the opinion polls began showing a sharp move to Stephen Harper's Conservatives.

Politics is unpredictable, and that shift could reverse itself, as it did in the election of June, 2004. The Liberals can be expected to put up a furious fight to the end, contrasting their guy and his values with Mr. Harper. But they are fighting a long-standing sense that it is time for a change, perhaps the most powerful sentiment in politics. While the fat lady is not singing yet, she is at least practising her scales.

How did Mr. Harper accomplish this turnaround and how much credit does he owe Paul Martin? Discipline is part of the answer. The Conservative Leader has managed to tame the woollier fringes of the conservative movement and prevent the kind of wacko eruptions that marred the 2004 campaign and enabled the Liberals to paint them as dangerous extremists.

Just as important, he has tamed himself. Whether out of mere calculation or genuine political maturation, he has projected a new image. The angry, edgy Stephen Harper who discomfited the public as recently as the parliamentary crisis of last spring has been replaced by a calmer, more statesmanlike figure. He will never be warm and fuzzy, but he has managed to come across as reasonable, solid and not the least bit scary. For many voters he now represents safe change.

In policy terms, he tacked firmly and deliberately to the centre, unveiling a mix of middle-class tax cuts and new spending programs that could just as easily have come from Brian Mulroney's moderate Progressive Conservatives as from a party with half of its roots in western right-wing populism. In doing so he replaced the "hidden agenda" that the Liberals accused him of harbouring with a real agenda of his own. The one concession to the party's right wing was a pledge to hold a new vote on same-sex marriage, and he took the sting out of that by announcing it at the very start of the campaign so the Liberals could not accuse him of hiding it.

Some may call Mr. Harper's transformation from rigid neoconservative to common-sense conservative an act of supreme cynicism, but the Liberals are the last ones who can complain on that count. Blowing with the wind has been their leitmotif for generations.

Just as Mr. Harper has done himself a world of good in the campaign, so Mr. Martin has reinforced the impression that he is all over the map. From the blizzard of old-style, vote-buying handouts in the fall to the inability to articulate a coherent campaign message, the Liberals have shown themselves to be tired and complacent. Their campaign has seemingly been predicated on repeating the tactics from the last time out. Fighting the last war rarely makes for a winning strategy, and so far has fallen flat. Mr. Martin, meanwhile, has been unfairly maligned as some kind of crook, an outrageous charge he has been unable to deflect with compelling messages of his own.

Canadians have another two weeks to consider the surging Conservative Party, its leader and its policies, looking on them with the new intensity that a presumptive government deserves. Perhaps they will change their minds. The game isn't over yet, but Mr. Harper has possession of the ball and he's working his way methodically down the field.




Why the Liberals collapsed in Quebec

Jeffrey Simpson
The Globe and Mail January 10, 2006

Liberals (and others) will go to their graves arguing about the wisdom of creating the Gomery inquiry.

The Martinite and Chrétien wings of the party disagreed from the beginning about how to handle Auditor-General Sheila Fraser's report into the sponsorship program.

The Chrétienites wanted the whole affair played down. They argued that it wasn't all that important, that the money that had gone astray was small, that the cause of fighting for national unity had been overwhelmingly important, that the police, not a public inquiry, should investigate wrongdoing.

The Martinites sought immediate distancing of themselves from the Chrétien era. They displayed the curious mentality -- an outgrowth of the long guerrilla war inside the party -- of acting like an opposition party against the Liberal incumbents they were replacing.

The Martinites reckoned -- this was the most fateful decision of their time in office -- that the sponsorship program's problems were so serious that only the fullest possible exploration and exploitation of them would clear the Liberal Party's name. And so Paul Martin embarked on his "mad as hell" tour across Canada, fired people from the Chrétien era, put in place vast new accountability mechanisms (the government is hiring 300 new internal auditors!) and, of course, established the Gomery inquiry.

Who knows what would have happened if the Chrétienite strategy had been adopted? What can be said is that the Chrétien approach could hardly have produced worse effects for the Liberals than the one the Martinites selected.

The Gomery inquiry and what preceded it ruined the Liberals' reputation in Quebec, and tarnished the party's standing in the rest of Canada. Today, the most significant change in Canadian politics has been the Liberals' collapse in Quebec, a collapse due in large measure to Gomery.

When Mr. Martin became Prime Minister, those around him believed he would be much more popular in Quebec than tired, old Jean Chrétien. Mr. Martin was open and flexible toward Quebec; Mr. Chrétien, they said, was not. Mr. Martin had favoured the Meech Lake constitutional accord and opposed, in cabinet, the Clarity Act; Mr. Chrétien had opposed Meech and driven the Clarity Act.

The Liberals, the Martinites presumed, would soar in Quebec with their man in charge. For a while, those assumptions seemed justified. The Bloc Québécois appeared in irreversible decline. Their provincial cousins, the Parti Québécois, had lost power; the Bloc had lost by-elections. Bloc MPs were defecting, and some were talking about calling it quits. The prospect of facing the Liberal juggernaut led by a triumphal Mr. Martin was too painful for some to bear.

The Gomery inquiry derailed the juggernaut. So did other factors. Mr. Martin began to strike Quebeckers as irresolute. The media picked on his French. He drummed out of the party impressive people such as former justice minister Martin Cauchon, a Chrétienite, and replaced him with hot-line host Jean Lapierre.

Curiously and discouragingly from the Martinites' perspective, their desire to get along with the Quebec Liberals brought no gains and much pain. The Charest government pocketed each concession or federal-provincial deal without giving the Martinites' credit, and demanded more.

The worse the Charest government's own problems, the pricklier the relations with Ottawa, as the provincial Liberals tried to burnish their nationalist credentials.

Now, in one of those delicious twists of political fate, the bend-over-backward Martinites are being pilloried for being hard-line in Quebec because the Conservatives are promising even more concessions.

Mr. Martin must be asking himself some unpleasant questions after reading a weekend poll that showed Stephen Harper, an Albertan with shaky French, more popular in Quebec. Early in the campaign, a leaked Liberal memo suggested that the party had already conceded 50 of the province's 75 seats.

Since then, things have become steadily worse -- and most of the party's Quebec cabinet ministers probably will be defeated. Tonight's French-language debate is not likely to improve the Liberal's fortunes, so deep runs the party's malaise in Quebec.

The Martinites have often displayed a tin ear for Quebec. The Liberals launched this campaign in Quebec insisting that it was a quasi-referendum on secession, which is not what most Quebeckers thought or wanted. With two weeks left, the Liberals are reeling in the province.

Once the Gomery inquiry was set loose on Quebec as a daily soap opera with a fascinating cast of rogues, the Liberals had no effective reply to the charge that they, as a party and a government, were corrupt to the core.

jsimpson@globeandmail.ca




Mountie probe seems fishy

Don MacPherson
The Gazette (Montreal) January 10, 2006 Tuesday

The Rcmp launched criminal probe into the income-trust announcement smack in the middle of an election campaign, revealing the information to opposition MP

Whether the Mounties will live up to the saying and get their man in the income-trust case - indeed, whether there was any crime to begin with and therefore any criminal for the Mounties to get - remains to be determined. But the RCMP might have already got its government.

The turning point so far in the previously uneventful federal campaign has been the announcement that the RCMP would conduct a criminal investigation involving the outgoing Liberal government.

Specifically, the investigation is into whether a spike in trading in income trusts in the hours preceding Finance Minister Ralph Goodale's Nov. 23 announcement on their taxation was the result of an advance tip or, as some market-watchers believe, shrewd guesswork.

The effect of the announcement linking the explosive words "criminal investigation" to something alleged to have happened on Paul Martin's watch as prime minister had a predictably devastating effect.

A gaping hole was blown in the already awkward efforts of "Paul Martin's Liberals," as they have rebranded themselves, to market themselves as a new and improved version of Jean Chretien's Liberals in matters of ethics.

The Liberals were put on the defensive, and polls immediately showed the Conservatives pulling into the lead and gaining momentum - even, surprisingly, here in Quebec - as the public began to tune into the campaign after Christmas.

Something smells here, and it's not the horses in the famed musical ride. There are many curious things about this investigation, starting with the very fact of its existence.

The statement issued Dec. 28 by the RCMP is worth parsing. In it, the RCMP said it was undertaking the criminal investigation into an "allegation" by Judy Wasylycia-Leis, the New Democratic finance critic.

Actually, Wasylycia-Leis had not alleged much of anything, and had merely drawn the attention of the RCMP to what it could have already known from reading the papers.

In a one-page letter to RCMP Commissioner Giuliano Zaccardelli dated Nov. 28, a copy of which I obtained from her office, Wasylycia-Leis expressed "great concern" about a "possible" leak in advance of Goodale's announcement and requested that the RCMP investigate.

She noted that the media have "reported a sharp and unusual increase" in trading of income trusts in the hours immediately preceding Goodale's statement, and that "there has been speculation in the press that a leak about the government's decision could be responsible."

But she offered no other evidence and did not indicate that she had any personal knowledge of any possible crime.

In its statement a month later, the RCMP said it had completed an "initial review" of Wasylycia-Leis's "allegation" and found "no evidence of wrongdoing or illegal activity on the part of anyone associated to this investigation including the Minister of Finance Ralph Goodale."

In other words, not only had the RCMP not turned up the proverbial smoking gun, it hadn't even found a dead body. Nevertheless, it decided to go ahead anyway and devote time and resources to a criminal investigation. Curious.

Some people also find it curious that the police would announce any criminal investigation, let alone one with obvious political implications in the middle of an election campaign. Usually, we learn of a criminal investigation only when there are raids, seizures or arrests, on warrants issued by a judge.

There are good reasons for this. One is to protect the reputations of people whom the justice system considers to be innocent until proven guilty. Another is to avoid jeopardizing the investigation itself by giving criminals a heads-up to conceal or destroy evidence, create alibis, intimidate witnesses and so on.

The U.S. and Ontario securities commissions, which Wasylycia-Leis has also asked to investigate, won't say whether they are doing so because it's against their policies. The RCMP, however, has no such policy, and decides on a case-by-case basis whether to confirm an investigation.

The RCMP didn't actually announce its income-trust investigation - at least not to the public. Rather, it left it to Wasylycia-Leis and her party to decide when and how to do so.

On Dec. 23, with the election campaign well under way, RCMP Commissioner Zaccardelli wrote to Wasylycia-Leis at her MP's office on Parliament Hill. He informed her that the RCMP had completed its review of the "concerns" (not "allegations") she had expressed in her letter of Nov. 28, the day the Martin government fell. "Based on the information obtained during the review," he informed her, "the RCMP will be commencing a criminal investigation."

Note the use of the future tense - "the RCMP will be commencing a criminal investigation." Taken literally, the RCMP commissioner was, ironically, tipping off a civilian in advance of a criminal investigation into another, suspected tipoff.

This was especially considerate, since Wasylycia-Leis was neither a victim any more than any Canadian investor or had any knowledge of a possible crime other than what anybody including the RCMP, could have read in the papers.

Even more considerately, Zaccardelli's letter is not marked confidential, nor does it ask Wasylycia-Leis, by now an NDP candidate running for re-election, not to disclose the politically explosive information it contains. The letter shows no concern on the part of the RCMP commissioner that Wasylycia-Leis might inadvertently tip off possible criminals to erase their hard drives before his investigators could get to them.

So what could have been expected to happen did happen. The NDP sat on Zaccardelli's letter for a few days, until after Canadians were no longer distracted by Christmas preparations, then released it in the middle of a slow news week, to the effect we have seen.

It wasn't until a few hours later that the RCMP issued its statement confirming its own leak and the intervention of Canada's national police force in a national election campaign.

Statements and letters referred to in this column can be found on these websites:

www.ndp.ca
www.rcmp.ca

dmacpher@thegazette.canwest.com




Putting 'les bleus' on the map

L. Ian MacDonald
National Post January 10, 2006 Tuesday

MONTREAL - The apparent Conservative surge in Quebec, to between 17% and 20% in all the polls, has reached the point where les bleus are poised to win several seats in this province on Jan. 23.

It's also reached the point where the echo effect is being heard in Ontario, and resonating back to Quebec.

Ontarians like to vote for a national party with prospects of forming a government with some support in Quebec. Quebecers, sensing Ontario is on the move, like to vote for a winner. And, going into this week's debates at least, Stephen Harper was looking increasingly like a winner.

Of course, that has also made him a more popular target for the other leaders.

Gilles Duceppe, for one, had been aiming all his heavy artillery at Paul Martin on accountability issues -- from the sponsorship scandal to the income trust probe and, now, the $4.8-million directed to Option Canada during the 1995 referendum, money that was never reported as expenses by the No Committee as required by Quebec law.

But having pounded Martin and the Liberals on ethics, Duceppe may well turn his fire on Harper tonight.

Harper's growth has come partly at the expense of the Liberals, but largely at the expense of the Bloc Quebecois. While this may not change much in terms of seat distribution, it has for the moment at least pulled Duceppe below his goal of 50% of the popular vote, a level never achieved by the sovereignists in any referendum or election.

It's Duceppe himself who set the bar at 50% early in the campaign, and failure to achieve it would be a blow to his leadership. It would also deprive the sovereignty movement of an important winning condition as well as quite a bit of cash. Under the campaign-finance reforms put in place by Jean Chretien's government, federal parties receive $1.75 per vote per year, money they can spend however they want. That includes the pursuit of sovereignty.

So Duceppe can be expected to remind Quebecers tonight that Harper is not aligned with their progressive views on social issues such as same-sex marriage or the Kyoto Protocol on global warming.

But Quebecers knew that before some of them started moving toward Harper after his Quebec City speech in December. Coming as it did, a few days before Christmas, Harper gave Quebecers food for thought around the family table over the holidays.

Clearly, he was reaching out to frustrated federalists and soft nationalists, who were disenchanted with the Liberals and parked with the Bloc.

First of all, there was the tone of Harper's speech. The boy from Toronto, who became the man from Calgary, said in French that "Quebec is the heart of Canada." It was an elegant gesture, and did not pass unnoticed.

On the specifics of the speech, Harper said Quebec could be represented at international forums such as UNESCO in areas within its constitutional competence, such as culture and education -- as it is in la Francophonie under the 1985 formula negotiated by Brian Mulroney and Pierre Marc Johnson. Harper also acknowledged the existence of the vertical fiscal imbalance between Ottawa and the provinces, a discussion that may be sleep-inducing in other provinces but is a hot topic in Quebec.

Both Premier Jean Charest and Mario Dumont, leader of the Action democratique du Quebec (ADQ), have expressed strong approval of Harper's Quebec City speech. While Charest is leader of the Quebec Liberals, he's also a former Conservative leader, who was incensed at Martin's attempt to transform the vote into a referendum election, which assumed Charest's defeat in the next provincial election. And Dumont's ADQ machine is openly supporting the Conservatives in its regional strongholds of Quebec City and Montreal's South Shore.

All of which leads Harper to tonight and la main tendue, the hand outstretched to Quebec. In 1984, Brian Mulroney essentially won the French debate in his opening statement when he asked Quebecers for their help in creating the "political alternation so indispensable to the life of democracy."

For Harper, tonight offers that kind of opportunity.




Tories edge up in Bloc bastion
Slightly ahead of Liberals in poll But move `fragile,' EKOS head says

GRAHAM FRASER
Toronto Star Jan. 10, 2006

MONTREAL—Suddenly, it seems that Quebec is listening to what Stephen Harper has to say.

An EKOS Research Ltd. poll for the Toronto Star and La Presse shows that, for the first time since 1988, the Conservatives have a slim lead over the Liberals in Quebec.

The survey puts Conservative support in the province at 19.1 per cent, while the Liberals have dropped to 17.4 per cent. The Bloc Québécois still holds a commanding lead at 52.4 per cent support.

"What we've seen is the doubling and tripling of Tory support in Quebec in the last week or two," EKOS president Frank Graves told the Star.

However, he warned the movement towards the Tories is "fragile" and their lead in Quebec is within the survey's margin of error of 5.4 percentage points, meaning the Liberals and Conservatives are "statistically tied."

Still, the result is a psychological boost for the Tories on the eve of tonight's French-language debate — and a testament to the resilience of the hope that lingers in Quebec of some kind of reconciliation with the rest of Canada.

It also speaks to the disappointment with Liberal Leader Paul Martin, who once represented that hope. Martin, after all, supported the Meech Lake accord that would have recognized Quebec as a distinct society.

Author Gil Courtemanche expressed some of that disappointment in an analysis published in Le Devoir on Saturday.

"His refusal to consider any kind of reform of federalism and to even give lip service to the idea that just maybe there is a problem which could be called `fiscal imbalance' comes from ... incomprehensible stubbornness (or) visceral misunderstanding," he wrote.

"What Mr. Martin doesn't understand is that reason and statistics have never motivated votes or a sense of attachment." Some of Martin's latest election commitments, such as offering to pay half the cost of university tuition in a student's first and last year, have struck a false note in Quebec.

In Quebec, tuition is the lowest in Canada — and it is universities, not students, that need an injection of cash. And Quebecers are resentful rather than being impressed when the Liberals wade into areas of provincial jurisdiction like education.

Harper, on the other hand, has stimulated the hope that, on the basis of his more decentralist positions and a speech in Quebec City last month on "open federalism," he would be more sympathetic to Quebec's desire for recognition.

This contrast — between a more centralist approach and a more decentralist attitude — has distinguished the Liberals and the Conservatives for years.

Harper has hired a significant number of Quebecers to work on his staff and has reached out to several people who worked with former prime minister Brian Mulroney.




Conservatives betting Canada wants change

Rebecca Cook Dube
USA TODAY January 9, 2006 Monday

Party grabs momentum as corruption allegations sting Liberals, who've been in power more than decade

TORONTO -- After 12 years of Liberal Party rule in Canada, Conservatives are making a contest of national elections Jan. 23.

Liberal Prime Minister Paul Martin squares off tonight in a nationally televised debate with Conservative Party leader Stephen Harper.

Pollsters say Harper's underdog Conservatives have seized the momentum in the campaign. Canada last had a Conservative-led government under Brian Mulroney in 1993.

"If Mr. Harper does well in the debate, he could seal this right then and there," says Christian Bourque, vice president of polling firm Leger Marketing in Montreal.

Although all the results are within the margins of error, five recent national polls show Conservatives leading by 2-5 percentage points. The latest poll, released Sunday by SES Research, shows Conservatives would get 34% of the vote and Liberals 32% if elections were held now. The far-left New Democratic Party (NDP), the separatist Bloc Quebecois and the Green Party split the remainder. A large number of Canadians -- 17% -- are undecided and could determine the outcome of the elections, according to the SES poll done for CPAC, a public affairs cable TV channel similar to C-SPAN.

An EKOS Research poll, published Thursday in The Toronto Star and Montreal's La Presse, showed the Conservatives with 36% and Liberals with 31%, the widest margin.

The prime minister has been exonerated in a probe of a Liberal kickback scheme that took place under Prime Minister Jean Chretien in the 1990s. However, Quebec Justice John Gomery's investigation linked some party organizers with ties to Chretien to the misspending of millions in public money.

Martin also has been hurt by new allegations by the Conservatives and NDP that Liberal officials tipped off investors before the government announced tax changes on some investments.

"No matter what's true or false, it sends that message again of the Liberals being the corrupt party," Bourque says.

No party is likely to win an outright majority in Parliament. The winner will probably have to form a coalition with other parties.

Harper has campaigned as an anti-crime, pro-tax-relief moderate. He has downplayed his opposition to gay marriage, which is legal in Canada. Conservatives this year have avoided being drawn into debate about dismantling Canada's costly and extensive system of government-run social services and health care.

Martin is touting the strong economy. Unemployment is 6.5%, near a 30-year low, and the federal government has had seven years of budget surpluses. He says his support for gay marriage and federally funded child care reflects most Canadians' values.

Martin says he's not panicking.

"Are there setbacks? Yes, there are for all campaigns," Martin told reporters last week. "But I have to tell you that I'm very happy with the way it's operating. We are in the same situation we were in during the last election."

The Liberals overcame a deficit in the polls two weeks before the last elections, in June 2004. But pollsters say voters now know and trust Harper more. "This time around, it's going to be much more difficult for the Liberals to demonize Stephen Harper," says Nik Nanos, president of SES Research, based in Toronto.

After tonight's English-language debate, the candidates will debate again Tuesday in French.

Conservatives have run a more disciplined campaign built on the theme that "change is not threatening," says Tim Woolstencroft of The Strategic Counsel, a polling firm in Toronto.

Patrick Basham, director of the conservative-leaning Democracy Institute think tank in Washington, says a Harper government in Canada would give the Bush administration an ally close to home. Martin has clashed with Bush over trade, security and environmental issues.

Alan Tupper, political scientist at the University of British Columbia, says it's too early to count out the Liberals.

"The Liberal Party has by far the largest pool of committed voters. It has the most savvy, the most connections, the most roots, and it comes at this with the power of incumbency," he says.




Canadian Politics Are All About America

Anna Morgan
The Washington Post January 8, 2006 Sunday

Barely 18 months ago, Canadian party leaders were out campaigning for better health care policies, a cure for Quebec's nationalist aspirations and an end to government corruption scandals. But since the minority government put in place in June 2004 lost a no-confidence vote late last November, the politicians have been back out on the stump, preparing for a new election on Jan. 23. This time, though, running in the two coldest months of winter, they've been using that familiar demon -- the United States and all its evils -- as the fuel to heat Canadian voters to a frenzy.

There's no denying that Canadians are in an even more anti-American mood than usual, thanks to the Iraq war and the Bush administration's perceived arrogance. And politicians here are playing to that mood. In a blatant appeal for votes, candidates of every stripe, led by Prime Minister Paul Martin and his ruling Liberal Party, are taking aim at Washington, blasting it for taxing Canadian lumber imports, for failing to fight global warming, for lax gun-control laws, for dealing inappropriately with the war on terrorism. And all the while, they're studiously ignoring Canada's own homegrown issues.

America-bashing became such a central part of the election landscape last month that U.S. ambassador David H. Wilkins warned that Canadian-American relations could take a turn for the worse if party leaders didn't back off. But his words only prompted Canadian politicians to lash back with admonitions of their own. Even Stephen Harper, leader of the Conservatives, the party generally most sympathetic to the United States, declared: "I don't think foreign ambassadors should be expressing their views or intervening in an election."

In keeping with a long political tradition, the United States ignores Canada whenever possible. Nonetheless, the issues between the two countries just keep piling up. Leading the way is the softwood lumber dispute. Three years ago, the United States began imposing import duties on Canadian lumber after American producers complained that the Canadian government was all but subsidizing the lumber industry. Canada objected, and last August, arbitrators for the North American Free Trade Agreement decided in its favor. But Americans still have not fully complied with the NAFTA ruling to lift the duties, so Prime Minister Martin has made confronting Washington on this score a main issue of his campaign, even though lumber represents less than 3 percent of Canadian exports to the United States.

While American non-compliance with NAFTA may be a legitimate beef for Canadians, politicians have also been indulging in some inflated rhetoric on other fronts where Canada isn't on such solid ground. The specific attack to which Wilkins responded, for example, had to do with the Kyoto environmental accord. In welcoming a United Nations conference on global warming in Montreal last month, Martin criticized the United States for not signing the agreement and urged it to pay attention to the "global conscience."

In doing so, he conveniently neglected to mention that Canada, which is one of the accord's major promoters, so far hasn't complied with its emission reduction requirements. The United States, in fact, has done a better job in dealing with greenhouse gases. A U.S. Department of Energy report released in December noted that American emissions for 2004 were 16 percent higher than in 1990. A similar study prepared by Environment Canada reported that greenhouse gas emissions rose 24 percent here between 1990 and 2003. But in the current election environment, the prime minister knows that it is hot air that really counts.

The Liberal Party has been determined to divert attention from a corruption scandal that has left it weakened in every province. It is using its anti-American foreign policy as an election tool, continuously reminding Canadians that the Liberal government kept the country out of the Iraq war and the North American missile defense system. Some pundits say that Martin, with no ammunition against opposition candidates, has decided to run against George W. Bush.

The opposition has also played the America card. The Conservatives, who support deep tax cuts, Thatcheresque deregulation of the economy and a set of family values that could attract the vote of any evangelical minister, are sympathetic with Bush's foreign policies but vow never to mimic them. At the other end of the spectrum, the quasi-socialist New Democratic Party has candidates who are so anti-American that they sometimes sound like an undergraduate student forum, performing stunts such as conducting "citizens' weapons inspections" of American military bases in Washington state. The one thing all the candidates have in common is their strenuous assertions that they will not tolerate being bullied, even if they have to make up the bullying.

Although the government boasts about its non-cooperation with the Americans on Iraq, it is desperate to keep quiet its cooperation on the war on terrorism. Under the Liberals, Canada enacted Patriot Act-style legislation with the Anti-Terrorism Act of 2001. Recently, it resisted calls to repeal provisions for increased police surveillance and far-reaching powers of arrest and detention. Federal authorities are currently holding five suspects under so-called security certificates, which allow non-Canadians to be held indefinitely if a judge is convinced they are a threat. These policies, however, have been kept low-key, for fear of an anti-government backlash in public opinion.

The problem is that silence on these issues during the campaign plays into the growing anti-American sentiment and may eventually hinder attempts to deal with terrorism. The best example of this is the case of Abdullah Khadr, the Canadian media's current cause celebre. Khadr is one of several Toronto-born sons of an Egyptian terrorist who was killed in a shootout with police in Pakistan. U.S. authorities suspect Abdullah of being a weapons supplier for al Qaeda and part of a group that planned to assassinate Pakistani President Pervez Musharraf. On Dec. 2, he came back to Canada after 14 months in a Pakistani prison and was soon arrested on an extradition warrant, issued at the request of the United States, for conspiracy to murder Americans abroad.

Abdullah's 19-year-old brother, Omar, has also been in the news, as the youngest person held in Guantanamo Bay, for allegedly throwing a grenade that killed a U.S. Army medic in Afghanistan. The clan's mother has given interviews saying she detests Western values and that the only reason the family has returned to Canada is for the subsidized health care. One would think few families could be less popular with the liberal-minded Canadian public.

And yet in his current extradition battle, Abdullah is clearly winning in the court of public opinion, if not in the court of law. A number of prominent columnists and CBC News are questioning whether Canada should cooperate with the U.S. government in this or any other terrorism case.

Politicians here know that Canadians love to read, talk and debate about U.S. transgressions. Newspaper articles point to ethnic profiling at airports and long border waits as evidence that the war on terrorism is a sham, and that Americans are simply looking for excuses to harass Canadians for the country's multicultural society. But just as it chooses to ignore weaknesses in Canada's environmental policy, the public is also disinclined to take seriously the country's problems with terrorism. Those problems may not be as exaggerated as some Americans think they are -- just recently Montana's Sen. Conrad Burns reiterated, then retracted, the popular myth that the 9/11 hijackers got into the United States through Canada -- but they are certainly real.

The so-called millennium bomber, Ahmed Ressam, who planned to bomb Los Angeles airport on New Year's Eve 2000, did come from Canada. In another notorious case, Mohammed Zeki Mahjoub was arrested in Toronto after being accused of belonging to a militant group with ties to an Egyptian Islamic Jihad organization. Though he denied those links, Mahjoub admitted he worked closely with Osama bin Laden himself during his years in Sudan. The judge at Mahjoub's first hearing quoted from a report issued by the Canadian Security Intelligence Services that "there are more terrorist cells operating in Canada than in any other country outside the Middle East."

Worry about alienating key constituencies in a hairline election has silenced politicians here on these important issues. But Canada-U.S. relations could reach a turning point if they're not addressed. Over the past five years, Canada has stopped extraditing people to the United States if they face the death penalty. The increasing popularity of the notion that international terrorism suspects also should not be extradited have led to some serious concerns about the heavily trafficked border.

It's not just that Canada is starting to look like a safe haven for America's Most Wanted; it's that America may be starting to view Canada as a less-than-benign neighbor. U.S. Customs and Immigration this year imposed passport requirements on visiting Canadians for the first time, and there is talk of fingerprinting at the border as well. At some point, the truck traffic that carries up to 70 percent of Canadian exports south will start to bog down in security inspections. That's when Canadians' anti-American bark will really start to bite.

In this electoral season, the public is looking for bellicose rhetoric, but Canada's security cries out for sober management. Whoever is elected will have to work publicly with the United States, not just against it, to reduce anti-American sentiment while addressing the problem of terrorism and cross-border control. If the real need for cooperation with Canada's southern neighbor can't temper the public's demand for criticism, the nation will be in for some stormy weather in the next few years.

Author's e-mail: amorganews@hotmail.com

Anna Morgan is a freelance journalist and author in Canada.




Dump Quebec language law

Editorial
The Ottawa Citizen Tuesday, January 10, 2006

One of the finest features of Western Quebec and Eastern Ontario is their French cultures.

Add to that the way that French, English and myriad other cultures mix in a reasonably harmonious blend. It is an example for the rest of Canada in a country that is an example of peacefulness for the rest of the world.

The good people of this area, as friends and neighbours, want French to survive and prosper.

So it is with sadness that we discover l'Office Quebecois de la langue francaise, that long-time irritant in Anglo-Franco relations, is considering hiring a full-time inspector to probe language law violations in the Outaouais, citing a 260-per-cent boost in language complaints this past year.

Most of the increase has been created by a campaign on the part of l'Imperatif francais, an Outaouais French-language lobby group. The number of convictions hasn't risen markedly, a spokesman for the Office said. Thus you have a group finding infractions and a language office willing to use their busy-body work to justify a further clamp-down on the rights of others.

And that is what the Quebec sign law is -- an infringement on the rights of the non-French minority in Quebec.

Freedom of speech is a basic right. Quebec's Charter of the French Language makes a mockery of it by regulating the language of signs. Such laws should be scrapped. People should demand the right to express themselves in the language of their choice without fear of prosecution. The Quebec sign law does not allow that.

Instead of rigid regulation, we should rely on common sense.

We would defend the right of a business to go bankrupt by erecting a English-only sign in a French neighbourhood. Certainly, a merchant hoping to attract customers would post a bilingual or French-only sign in French neighbourhoods. But that would be his decision.

Business people know that posting intelligible signs is good for profits. The marketplace would dictate appropriate signage, not the state. Common sense would rule. In that scenario, the French language would benefit.

Under the current legislation, we have the spectacle of people checking to see if English or French on a sign is the correct size. We have fines of between $500 to $5,000 being levied on reputable businesses including The Business Depot, Costco, Fitness Depot, Wal-Mart and Sony.

But worst of all, we have the creation of animosity and tension in an area that has traditionally witnessed one of the most successful integrations of English and French in the country.

People should be allowed to express themselves in the way they see fit.