Conférence du ministre Jacques Brassard

L'abc du «Plan B»

La démarche du «plan B» vise essentiellement à déstabiliser les gens en semant le doute dans l'esprit des Québécois sur leur droit fondamental à décider de leur avenir.

Monique Benoît



GEsshalcUQAM, 25 mars 1998, Vol. 26, No.8



Tout peuple a le droit fondamental de décider de son avenir en tant que peuple et les processus référendaires utilisés à deux reprises par le gouvernement du Parti Québécois ( en 1980 et en 1995), sont des processus légitimes et très démocratiques. Il semble, comme le dirait l'éthicien Henri Lamoureux, que: «[ ...] des fédéralistes d'Ottawa s'évertuent à nier ce fait élémentaire de notre réalité sociologique, culturelle et politique.» Pourquoi? Parce que c'est leur stratégie de dire des faussetés. Une des nombreuses stratégies du plan «B» d'Ottawa a été de renvoyer en Cour suprême le droit du peuple Québécois à déclarer son indépendance ou sa souveraineté, advenant la possibilité d'une majorité référendaire (50+1) sur cette question cruciale. Toutes les stratégies ont été, sont et seront utilisées et tous les tacticiens et dialecticiens mis à contribution.

Comme le disait Lise Bissonnette dans le Devoir de lundi le 16 mars 1998, Jean Charest (et je le dirai dans d'autres mots), est insipide, incolore et inodore... Concernant le renvoi en Cour suprême, elle disait de Charest que:

«Son opposition au renvoi en Cour suprême, contrairement à celui des partis politiques Québécois, n'a jamais été fondée sur quelque reconnaissance du droit du peuple québécois à s'autodéterminer mais uniquement sur une réprobation de ce geste inamical. Tout le personnage est là.»

Le ministre Jacques Brassard, le 17 mars 1998, en conférence à l'Université du Québec à Montréal, parlait de la portée véritable de ce renvoi antidémocratique. Il a dit en substance que ce renvoi:«[...] est manifestement une réponse aux résultats du dernier référendum et que l'objectif du plan «B» de Stéphane «B» Dion est d'empêcher la tenue d'un prochain référendum.»

Il faut dire que les résultats très serrés du 30 octobre 1995, avec même pas 30,000 votes qui séparaient les deux options, a fait littéralement paniquer le Canada anglais! Le ministre Brassard ajoute que le fédéral a investi des sommes énormes pour l'option du «non», à commencer par Option Canada, un organisme fantôme où une somme de 5 millions a été injectée; somme dont on ne sait pas comment elle a été dépensée... Stéphane «B» Dion, spécialiste en désinformation et mensonges de toutes sortes, a tenté de faire croire que le Québec ne suivait pas les règles en matière de lois sur les consultations populaires alors que ces règles sont légitimes, démocratiques et déterminées par l'Assemblée Nationale! «Les règles sont bien connues et établies au départ. Ensuite, il y a un débat sur le libellé de la question avant qu'elle ne soit adoptée à l'Assemblée et votée par le peuple.» C'est simple, il y a panique au gouvernement fédéral et le ROC (Rest of Canada) a vu, au lendemain du référendum, que «Chrétien s'était endormi au volant et a failli quitter la route ... ». C'est à ce moment, et d'autres pensent que ça a commencé bien avant, que le ROC a fait des pressions pour que le gouvernement fédéral établisse la stratégie du «plan B», stratégie portant sur plusieurs volets. La voici, telle que décrite par le ministre Brassard.

«La démarche du «plan B» vise essentiellement à déstabiliser les gens en semant le doute dans l'esprit des Québécois sur leur droit fondamental à décider de leur avenir.

Le fédéral va essayer d'avoir entre 5% et 10% de l'électorat mou en niant l'existence du peuple Québécois et en niant son droit de décider démocratiquement de son avenir; on lui dirait même que cette décision est illégale! Si le gouvernement fédéral réussit à atteindre cet objectif de semer le doute sur ces deux points fondamentaux, il aura la victoire au prochain référendum.» Monsieur Brassard fait ensuite la récapitulation des grandes composantes du «plan B» que je répéterai ici intégralement vu la grande importance pour les Québécois souverainistes et pour tous les démocrates d'informer les autres à ce sujet, de débusquer toute désinformation et tout consensus frauduleux (l'arme favorite de Charest), afin de rester fermes dans leurs convictions.

Voici donc les grandes composantes du «plan B»:

«Premier volet. Ce plan a débuté dans l'Outaouais par une opération qui visait à saper l'intégrité du territoire du Québec (le partitionnisme). Par une suite d'intimidations, plusieurs municipalités ont fait voter des résolutions qui appuient le démembrement territorial du Québec. Selon ces résolutions, des parties de territoire pourraient être détachées; l'Outaouais, le West Island, le Nord etc... Le partitionnisme a été cautionné par le couple Dion-Chrétien. Le gouvernement du Québec a dénoncé le partitionnisme en adoptant une position de gouvernement, en rendant publique une brochure sur le territoire du Québec et en faisant une déclaration ministérielle à l'Assemblée nationale. La position du Québec est solide et s'appuie sur le droit international et l'opinion de cinq experts en droit international, sur la question du territoire. Ces règles en matière de droits sont limpides et ont fait reculer le partitionnisme.

Deuxième volet. Il s'agissait de bouleverser les règles démocratiques universelles en fixant la règle de droit beaucoup plus haut que la nominale en ce qui concerne un vote majoritaire alors que dans toutes les démocraties du monde, (ex. le vote serré du traité de Maestrich), la majorité est de 50 + 1. Le Canada en 1949, a accepté Terre-Neuve dans la confédération après deux référendums et un vote très serré... Si le référendum avait passé à 50 +1, le fédéral aurait fait un manquement grave à la démocratie en refusant le résultat. Jean Chrétien, de passage en mars à New York, a dit que son barème était de 67%... Il a réfléchi longtemps à ça, depuis octobre 1995! Il se passe la même chose avec la question référendaire. Le fédéral conteste la légitimité de l'Assemblée nationale du Québec (élue) à poser une question claire aux deux référendums. Toute question est trop compliquée pour lui et celle qui lui plairait est :«Voulez-vous que le Québec se sépare du plus-meilleur-pays-au-monde-qu'est-le-Canada?»

Le troisième volet est d'utiliser la Cour suprême pour déclarer illégal tout référendum sur la souveraineté du Québec. Ce qui devait durer une semaine complète avec des plaidoyers biaisés venus uniquement de groupes profédéralistes, n'a duré que trois jours et s'est terminé en queue de poisson. Cela est dû au formidable élan de solidarité qui a réuni libéraux, conservateurs et péquistes dans une coalition pour la démocratie et aussi au fait que nous ne sommes pas dupes. Accepterions-nous la bouffonnerie de se faire dire par des juges nommés par le gouvernement fédéral, que notre droit à l'autodétermination n'est pas légal alors qu'il s'agit d'un droit politique, qui doit être décidé par un peuple et non par une cour de justice? Le fédéral, comme l'a dit monsieur Brassard, s'est retrouvé seul avec les Réformistes comme alliés ... Il ajoute:

«Lucien Bouchard a dit que l'avis de la Cour, si elle ne reconnaît pas les droits fondamentaux du peuple Québécois, sera considérée par nous comme nul et non avenu.»

Le dernier volet du «plan B» a déjà été mis en action avec le dernier budget Martin. Acheter l'électorat mou et les jeunes avec des bourses du tri-centenaire du millénaire ou du plan quinquennal, pigées à même les fonds de transferts aux provinces non transférés et dans la caisse de l'assurance-emploi, les prestations pour enfants, l'ingérence dans le sport, l'éducation , la santé et la culture etc...

Le cinquième volet, je vous laisse deviner; serait-ce Jean Charest? Il semble être, à l'heure actuelle, un gros pion sur l'échiquier du «plan B» du fédéral (Dion va peut-être prendre des vacances...). Je conclurai en citant le ministre Brassard dans une déclaration faite en conférence de presse à l'occasion de la fin des audiences de la Cour suprême, le 20 février 1998:

«Nous croyons que le Canada, pays démocratique, va agir de façon responsable et accepter de reconnaître le droit du Québec de disposer de son avenir et, par le fait même, la primauté du principe démocratique. S'il refuse, il devra en porter l'odieux non seulement devant le concert de plus en plus grand des états qui ont adopté la démocratie comme fondement de leur régime politique, mais aussi devant l'histoire qui verra le peuple québécois accéder légitimement, en dépit des obstacles que certains cherchent à multiplier, à la pleine souveraineté comme tant d'autres peuples. Quoi qu'en disent le gouvernement fédéral et les autres intervenants qui l'appuient... Quoi qu'en pense la cour suprême, le dernier mot appartient et continuera d'appartenir au peuple québécois.»



1- Henri Lamoureux, Nous sommes un peuple! in LeDevoir, Cahier A, Page Idées, 20 février 1998.

2- Lise Bissonnette, La tierce opinion, in Le Devoir, Éditorial, 16 mars 1998.

3- Consensus frauduleux: Technique de communication malhonnête par laquelle on pique l'adversaire en lui disant des choses fausses pour l'enfermer dans un filet mensonger dont il est difficile de se défaire. Ex. J. Charest qui dit de Bouchard: «Je le connais. Il va faire ci ou ça... » Nous ne pouvons vérifier si il le connaît si bien qu'il le dit. Il établit un climat malsain de rumeur et force l'adversaire à jouer défensif et à se contredire. C'est une fausse affirmation déstabilisante. Toute personne qui a un projet très précis et un agenda bien rempli ne peut se faire prendre à un consensus frauduleux.

4- Déclaration du ministre Brassard à l'occasion de la fin des audiences de la Cour suprême, Québec, 20 février 1998 en conférence de presse.