«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 212

SERREZ L’ÉTAU

Il n’y a plus de dernière chance pour la majorité MAJEURE canadian

Bruno Deshaies
jeudi 28 avril 2005

« La Province of Quebec [en 1775-1776], où cohabite une nationalité canadienne-française qui veut maintenir son particularisme et un embryon de colonie britannique qui lui aussi s’affirme séparatiste, résiste tant bien que mal à l’invasion américaine [de 1775]. Mais la lutte pour maintenir un Québec distinct est gagnée grâce surtout à la marine et l’armée anglaise. »
(Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p. 65.)

Pour serrer l’étau, toute la stratégie des Québécois-Français, cette minorité MINEURE au Canada, doit consister à mettre fin irrévocablement à leur agitation verbale dans la fidélité au Canada. Cette minorité qui jouit d’une MAJORITÉ nationale au Québec doit dorénavant franchir une autre étape et dépasser la « guerre loyale » qui dure depuis l’élection du Parti québécois en 1976. Il faut dire, cependant, que ce comportement politique irrationnel a des racines profondes dans la tradition politico-constitutionnelle canadienne-française. Les Québécois-Français d’aujourd’hui doivent se libérer de ce poids historique qu’ils traînent comme un prisonnier, son boulet.

Le moment est venu d’aborder la dernière phase de la lutte poltico-nationale des Québécois. Cette fois-ci, la lutte doit se faire pour l’indépendance du Québec ; elle devra entraîner obligatoirement la capitulation du Canada-Anglais qui considère les Québécois-Français comme une plus grosse communauté culturelle que les autres au Canada, mais minorité au même titre que les Chinois de la Colombie britannique ou les Italiens de Toronto, etc. On sait, depuis Louis Stephen St. Laurent (il faut écrire son nom en anglais parce que cet homme politique avait intégré en lui l’univers anglo-saxon de sorte que, s’il parlait encore français, c’était avec un fort accent anglais. Son petit-fils réside d’ailleurs dans son vrai pays : les États-Unis) avait déclaré, en 1954, que « la province de Québec peut être une province comme les autres ». Une déclaration qui avait révolté le directeur du journal Le Devoir de l’époque, Gérard Filion, qui avait répliqué par un éditorial le 21 septembre 1954 sous le titre : « Québec, État national » (cf. le DOCUMENT no 1 de l’ANNEXE, car il ne faut pas se tromper sur la portée politique de ce titre). Cet éditorial a plus de 50 ans. Pourtant, on répète encore les mêmes sornettes autant chez les libéraux que chez les péquistes. (Voir le DOCUMENT no 1 de l’ANNEXE pour lire la transcription intégrale de cet éditorial.)

Le Québec est une « province » annexée, que cela plaise ou non ! C’est ce que le Canada a fait du Québec et c’est ce qu’il veut qu’il soit pour toujours ! Le BUREAU D’INFORMATION DU CANADA le confirme en ces termes : « LA CONSTITUTION EST L'ASSISE DU FÉDÉRALISME CANADIEN. LE SYSTÈME FÉDÉRAL REPOSE SUR DES MÉCANISMES SOUPLES QUI OFFRENT LA POSSIBILITÉ DE PROCÉDER À DES CHANGEMENTS ET À DES AJUSTEMENTS SANS AVOIR À MODIFIER CETTE LOI FONDAMENTALE. » (cf. « Le Canada, une fédération en évolution »). _ N’y a-t-il pas là une belle affirmation du nationalisme CANADIAN ? (Consulter la NOTE no 1.)

Les Québécois doivent donc se poser collectivement la question suivante : comment est-il réaliste de croire, un jour, que le Canada nous reconnaîtra comme une nation indépendante quand nous acceptons la fédération qui le régit ? C’est bien là le problème fondamental de la nation que l’on appelle, pompeusement, « québécoise ». Or, cette « nation » est sous respirateur artificiel depuis qu’elle a été conquise, annexée et subordonnée par le Canada-Anglais. En clair, la Province de Québec est sous la dépendance d’Ottawa depuis des générations de Canadiens-Français (voir le DOC. no 2 de l’ANNEXE).

En ce moment, un énième exemple de soumission se concocte sous nos yeux en vue de l’imminence d’une élection fédérale précipitée. « La manne fédérale, comme l’écrit Denis Lessard dans La Presse, va tomber sur le Québec. » (Voir NOTE no 2.) Les Québécois et les Québécoises ne doivent pas être dupes. L’ère du fédéralisme en tant que régime politique pour la nation québécoise est terminée. Comment faire pour en finir irrévocablement ?

Commençons par le commencement. Fermons la grande gueule de Radio-Canada au plus sacrant. Odile Tremblay a mille fois raisons de s’interroger sur cette institution dans son article de fin de semaine dans Le Devoir. « Suis-je bien sur la fréquence des ondes publiques ? se demande-t-elle ? Radio-Canada va nous convaincre par l'absurde de privatiser ses ondes. » Et elle en remet AVEC RAISON : « Car enfin, une émission peut aborder tous les sujets qu'elle voudra, on n'a rien contre. Mais un show de chaises si nul suscite la révolte. Vraie blonde, fausse blonde, poil au nez ou au derrière. Des invités y évaluent leur propre anatomie. Et les fesses. Et le ventre. Et la poitrine. Et le bec. Alouette ! » Belle description, claire et nette, de la bêtise de la société québécoise et de son animateur-curé Hi-Ha Lepage qui se prend pour un homme ouvert et cultivé, mais dont l’équipe lui fournit du matériel digne d’un talk show de cinquième secondaire faible ! Faites votre humour, mais à la bonne place ! (Consulter la NOTE no 3.)

Pour serrer l’étau comme il se doit, il n’est plus question de donner une dernière chance à la majorité MAJEURE et aveugle Canadian. Elle a suffisamment commis de délits sur l’autel de l’unité canadian que les recours sont épuisés entièrement. Serions-nous en présence d’une dictature psychologique où l’usage de l’argent remplace la violence, où la soumission remplace la torture et où l’isolement remplace l’exécution ? Il faut croire que nous ayons beaucoup à apprendre des abeilles japonaises.

« Toute la propagande fédéraliste ne poursuit qu’un seul objectif : convaincre les Québécois que le Canada leur est indispensable, ce qui est absolument le contraire de la réalité. »

N’est-il pas nécessaire de faire la distinction entre l’individu et la collectivité ou la société ? Sinon, trop d’intérêts personnels tueront la collectivité québécoise. Où allons-nous ? Trop de grenouilles pensent pouvoir se faire aussi grosses que le bœuf. Chrétien, Dion, Martin, Lapierre, Pettigrew et d’autres du Québec sont devenus des bœufs. Ils déstructurent le Québec avec tout le machiavélisme dont ils sont capables. Ils empoisonnent les relations autant individuelles que collectives. Et, bien naturellement, ils sont à l’œuvre pour réduire le Québec à un état de dépendance tel, que seule la solution du régime fédéral devient acceptable et admissible. Toute la propagande fédéraliste ne poursuit qu’un seul objectif : convaincre les Québécois que le Canada leur est indispensable, ce qui est absolument le contraire de la réalité.

LE GOUVERNEMENT D’OTTAWA SE CONDUIT COMME TOUS LES GOUVERNEMENTS DOMINATEURS, DONT LES SEULES VALEURS ACCEPTABLES SONT CELLES QU’ILS PROCLAMENT. Ils le font à coup de centaines de millions de dollars même s’ils doivent déséquilibrer le régime fédéral qui, à leurs yeux, n’est pas assez centralisateur. Ils proclament donc une centralisation qui assurera le plus grand bonheur des Canadiens et des Canadiennes, comme ils disent ! En conséquence, le Québec est une province comme les autres (voir l’ANNEXE). Pourquoi pas, puisque c’est dans la logique du régime !

Pour serrer l’étau, il faudrait faire plus qu’un combat sur les commandites, qu’une enquête sur les magouilles référendaires (voir NOTE no 4), sur le scandale des armes à feu ou encore sur l’erreur grotesque dans les calculs statistiques qui a permis à l’Ontario de recevoir des sommes supplémentaires de plusieurs milliards de dollars. Ces milliards de dollars ont déjà été gaspillés.

Ajoutons encore cette déclaration toute récente de mardi matin sur les ondes de la société d’État de Radio-Canada par le juge en chef de la Cour d’Appel du Québec. Le juge Michel Robert a immédiatement soulevé une minitempête médiatique dans le milieu souverainiste (voir NOTE no 5). Inutile vexation. Le combat de la majorité MAJEURE au Québec doit porter sur autre chose que cette petite piqûre d'épingle du juge en chef de la Cour d’Appel du Québec. Il peut aller se faire foutre !

Pour serrer l’étau, les Québécois-Français doivent mettre systématiquement en cause le régime qui les opprime collectivement. Cela dit, il ne s’agit plus d’une lutte DANS le régime, mais bel et bien SUR le régime. Il serait aberrant d’accorder une dernière chance à la majorité MAJEURE Canadian.

« Les indépendantistes devront s’atteler à la lourde tâche de faire comprendre, sans animosité, le principe d’indépendance qui s’exprime par l’agir (par soi) collectif. Contrairement aux agissements fédéralistes, ce geste d’affirmation correspond à un acte de civisme. »

Pour serrer l’étau solidement, les indépendantistes n’ont d’autres choix que d’unir toutes les forces vives de la société québécoise. Il y aura toujours des récalcitrants, mais le régime démocratique que nous connaissons permet ce combat. Les Canadiens de la fin du XVIIIe et du XIXe siècles ont montré qu’ils étaient capables de faire fonctionner des institutions parlementaires dans un régime démocratique. Durant cette période, nos ancêtres ont participés à l’élaboration et au fonctionnement des institutions démocratiques d’une manière tout a fait convenable (peut-être un peu trop même). Par conséquent, les indépendantistes devront s’atteler à la lourde tâche de faire comprendre, sans animosité, le principe d’indépendance qui s’exprime par l’agir (par soi) collectif. Contrairement aux agissements des fédéralistes, ce geste d’affirmation correspond à un acte de civisme. C’est aussi digne, sinon plus, que celui qu’expriment avec force et sans nuance les défenseurs du fédéralisme.

Pour un État qui veut fonctionner normalement, il est inconcevable et inacceptable de subir continuellement les décisions du gouvernement canadien et du Canada-Anglais qui briment les besoins de libération de la collectivité québécoises-française jusqu'à l’aveuglement le plus méprisant. Les combats dans le régime doivent prendre fin.

Serrez l’étau veut dire aussi que les Québécois-Français doivent se libérer des entraves du fédéralisme canadian abusif. Il n’est plus question d’être gouverné, même partiellement, par un autre. De plus, il est inadmissible qu’on tente par tous les moyens de maintenir en état d’infériorité une MAJORITÉ MAJEURE au Québec qui veut se gouverner elle-même et assumer pleinement ses responsabilités dans le monde. Pour cela, les Québécois-Français doivent définir à la fois les séries abstraite et concrète de leurs conceptions de l’intérêt national. Ce point de vue a été clairement exposé dans notre chronique du 28 octobre 2004 (cf. RÉF., no 2).

D’autres idées comparables on été exprimées par Richard Gervais dans une Tribune libre portant sur une contribution à la stratégie indépendantiste, dont nous extrayons ce passage : « J'ai du sacrifice en masse à revendre pour la cause, je n'ai plus une cenne de patience pour ces rêves en l'air, qui viennent compenser l'inaction sur le terrain politique réel ou qui finissent, suprême aliénation, par se prendre pour l'action même. » (« Rêver l'indépendance ou la faire ? L'indépendance n'est pas au bout de la citoyenneté, mais bien la citoyenneté au bout de l'indépendance. » (Dans VIGILE.NET. TRIBUNE LIBRE, 2 mars 2003. Voilà un article qu’il faut lire avec attention. Il le mérite et son auteur est suffisamment réaliste pour reconnaître que l’action calculée est supérieure au pays fantasmé (voir NOTE no 6).

Pour revenir à notre histoire, il est peut-être intéressant de noter qu’à l’époque de la Guerre de l’Indépendance américaine, la France de Louis XVl a joué un rôle majeur dans la conclusion des événements qui ont eu un impact tant sur les Colonies américaines que sur le Canada (français) d’alors. « À l’époque de la révolution américaine, écrit Maurice Séguin, l’objectif de la politique de la France vis-à-vis, du Canada sera de maintenir l’Amérique anglaise divisée entre républicains et loyalistes et de laisser le Canada et la partie septentrionale du continent sous l’emprise de la Grande-Bretagne. » (Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 67.) Enfin, le grand schisme anglo-saxon sera confirmé par le Traité de Paris en 1783 qui consacre l’indépendance des États-Unis.

Quelle conclusion pouvons-nous tirer de cet événement par rapport à l’histoire du Canada ? L’interprétation de Maurice Séguin fait référence à la consécration du « séparatisme » canadien-anglais. Il écrit : « Le Canada-Anglais de la vallée du Saint-Laurent n'est pas né en 1783, mais bien en 1763, au lendemain même de la Conquête. 1783 ne fait que consacrer la séparation d'un Canada-Anglais qui avait déjà affirmé un fort régionalisme. Le séparatisme artificiel canadien-anglais [ou « canadian »] est dû, sans vouloir faire de paradoxe, d'abord à une victoire britannique qui empêche la Province of Quebec, en 1775, d'être englobée dans le mouvement révolutionnaire et ensuite à deux défaites britanniques (de [Saratoga en] 1777 et [Yorktown en] 1781) ou à l'incapacité de la Grande-Bretagne de mater la révolte des Treize Colonies et de maintenir l'unité de son empire en Amérique du Nord. » (Maurice Séguin, Ibid.,, p. 68-69.) Le Canada-Français et le Canada-Anglais sont issus de cette histoire-là, si bien que « le Canada-Anglais de la vallée du Saint-Laurent deviendra le centre d'un système national qui un jour s'étendra de l'Atlantique au Pacifique. Mais c'est un Canada-Anglais qui s'annonce comme marginal par rapport à la puissante république des États-Unis. » (Id., Ibid., p. 69.) Afin de mieux comprendre cette phase de transformation de l’empire coloniale britannique et de son impact sur la société canadienne-française entre 1775 et 1783, il faut lire attentivement cette page de l’histoire écrite par Maurice Séguin dans son Histoire de deux nationalismes au Canada.

Nouvelle semi-consécration de la survivance canadienne-française

La survivance canadienne-française, favorisée après la conquête par la concentration démographique des Canadiens-Français dans la vallée du Saint-Laurent et par la lenteur du peuplement anglais dans la Province of Quebec, est de nouveau confirmée et consolidée par le grand schisme anglo-saxon de 1783, par la division de l'immense Amérique anglaise qui s'étendait autrefois du Golfe du Mexique à la Baie d'Hudson en deux systèmes rivaux ainsi que par l'appartenance du groupe canadien-français au plus faible de ces deux systèmes : le British North America. La médiocrité du Canada-Anglais, civilisation qui ne peut être que marginale, ne sera pas sans influer sur les chances de survivance du Canada-Français à l'intérieur de l'ensemble royaliste.

Les conditions de survivance du Canada-Français sont améliorées par 1783. À l'époque de la Révolution américaine, quand les treize plus vigoureuses colonies britanniques sortent de l’Empire, les Canadiens échappent, une première fois, à des risques de provincialisation immédiate, de fédéralisation par un peuple majoritaire, de mise en minorité immédiate. Cependant, ce n'est pas la délivrance définitive. Pourquoi ? Parce qu’être conquis et absorbés par une grande Amérique anglaise faisant bloc et évoluant dans l’unité vers l'émancipation, c’eût été pour les Canadiens-Français un très grand mal. Par contre, avoir été conquis par une Amérique anglaise qui n'a pas résolu, à cette époque, son problème d'émancipation, qui traverse une violente crise débouchant sur la guerre fratricide et qui, de plus, se divise en deux systèmes et se retrouver finalement dans le plus faible de ces deux systèmes, c'est pour les Canadiens-Français un moindre mal. Malgré tout, cette situation n'en reste pas moins un très grand mal.

1783, qui marque la division de l’Empire colonial anglais en Amérique, retarde le jour où le Canada-Français aura à faire face à une majorité étrangère British American. Mais, 1783 n’épargnera pas cette déchéance aux Canadiens-Français. (p. 69-70.)

Cette analyse nous offre autre chose que des élucubrations romantiques sur notre passé de société conquise et annexée dont le processus continue d’exercer sur le Québec-Français un poids toujours plus grand selon que la double menace contre le Canada-Anglais devient plus forte tant de la part des États-Unis que des indépendantistes du Québec.

Sortir de la survivance collective pour accéder au statut de pays indépendant exige l’unité nationale du Québec au même titre qu’il y a eu l’unité des Treize Colonies américaines en 1776. Tout le reste n’est que paroles en l’air et discours de « minoritaires » cocus et contents. Serrer l’étau permettra de mettre fin à cette entrave fondamentale qui maintient le Québec dans un état d’appendice du Canada-Anglais ou d’« une province comme les autres » (Louis Stephen St. Laurent, 1954). Nous savons ça depuis un demi-siècle. Les Québécois-Français doivent-ils attendre encore un autre demi-siècle pour surgir de l’ombre et de leur dépendance collective malsaine ?

« Le BQ est un furoncle accroché au tronc fédéral. »

Serrez l’étau, c’est aussi jeter par-dessus bord les obstacles que le Canada-Anglais accumule patiemment, volontairement et avec une détermination implacable contre les aspirations de libération collective du Québec-Français. En ce sens, le Bloc québécois à Ottawa ne fait que cautionner plus longtemps nos divisions internes face à un Canada qui ne cède jamais sur le principe de l’unité canadienne. Aller défendre les intérêts du Québec à Ottawa dans le système rigide du parlementarisme britannique s’est se bercer d’illusions. Même si le Québec envoyait soixante-quinze députés du Bloc aux prochaines élections fédérales, il n’en serait pas moins dépendant du système qui le fait vivre. Le BQ est un furoncle accroché au tronc fédéral. Le Canada-Anglais n’aime pas cela, mais il prend toujours des moyens de plus en plus lourds pour pénaliser le Québec. Si c’est cela préparer l’indépendance du Québec, alors c’est tout le contraire de « serrez l’étau » pour libérer le Québec.

Il faut cesser d’écrire des dossiers noirs. Il faut aussi mettre fin à la chasse à la bête noire dans le fédéralisme canadien. L’expérience nous démontre que nous sommes arrivés à un cul-de-sac. Il faut serrer l’étau pour parer aux embûches du système fédéral canadien.

D’urgence, il faut agir autrement. L’époque de Louis Stephen St. Laurent n’est pas révolue s’il n’y a pas un changement radical de mentalité parmi la population Québécoise.

Désormais, il est primordial de travailler au scénario du dossier blanc, en noir sur blanc, de l’indépendance. Donc, il faut serrer l’étau pour faire en sorte que cette indépendance du Québec se réalise aux plans politique, économique et culturel. Toutes les énergies des Québécois sont nécessaires.

Finalement, il faut dire oui à un « Québec, un État national », non pas à celui de Gérard Filion de 1954 (cf. ANNEXE et RÉF., no 1), mais à celui des indépendantistes sereins, lucides et déterminés de 2005.

Une décision, une seule : l’indépendance du Québec. Sans hésitation !


Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES

(1) Bruno DESHAIES, « BILAN 2001. Le monde comme représentation et la réalité du monde. » Dans VIGILE.NET. Chronique du jeudi 20 décembre 2001. Proposition d’un « Modèle trilogique d’analyse des relations Québec-Canada ».

(2) Bruno DESHAIES, « Le Québec libéré des entraves du fédéralisme. « Imaginer le Québec souverain. » Dans VIGILE.NET. Chronique du jeudi 28 octobre 2004.

NOTES

(1) Bruno Deshaies, « Le nationalisme : c’est quoi au juste ? (2 de 3). Critique de l’idéologie de « la reconnaissance » comme principe politique de libération du Québec. » VIGILE.NET, Chronique du jeudi 16 décembre 1999.

(2) Denis Lessard, « La manne fédérale va tomber sur le Québec. » Dans La Presse, mardi 26 avril 2005, p. A2. Les millions vont pleuvoir sur le Québec avec la complicité des ministres du gouvernement Charest. Un phénomène qui n’est pas nouveau au Québec depuis des générations. Ceci ne nous rappelle-t-il pas les belles heures des dernières années de régime du gouvernement Duplessis. Chrétien, Martin, Duplessis, Charest...

(3) Odile Tremblay, « De la télé fermée aux galeries du livre. » Dans Le Devoir, samedi 23 et du dimanche 24 avril 2005, p. F8. Une réflexion fondamentale sur l’audimat recherché par Radio-Canada au détriment de la culture et de la pensée. Notre culture d’artistes annexés au système de contrats et de subventions du gouvernement canadien occulte leur état élevé de dépendance. Si en plus, on leur demande de faire de la sous-culture, la société québécoise doit leur dire NON. Il faut que ça change radicalement. D’où cette critique qui vient à point nommé, sur le comportement de Radio-Canada. Madame Tremblay écrit sans broncher : « Démissionnaire SRC, otage des cotes d'écoute, otage des publicitaires, otage du vide ambiant, qui montre ses fesses pour attirer le spectateur. On a honte pour elle, pour nous, pour l'insignifiance de nos courants de société. Coupez ! » Quelqu’un d’autre m’avait déjà dit : « Il faut fermer cette société d’État. » Cet interlocuteur, feu monsieur André Lefebvre, connaissait bien les tensions entre les Québécois-Français et les Canadiens-Anglais, car il avait soutenu, en 1967, sa thèse de doctorat sur « La Montreal Gazette et le nationalisme canadien (1835-1842) » sous la direction du professeur Maurice Séguin  laquelle a été publiée chez Guérin en 1970.

(4) Après les commandites, les magouilles référendaires. Ce genre d’événement, Maurice Séguin les qualifiait de « petites piqûres d'épingles ». Ces luttes se situent au 2e degré de la lutte nationale : elles peuvent durer longtemps, très longtemps. En plus, elles fatiguent énormément. La majorité MAJEURE aura toujours raison finalement de la minorité MINEURE, car la majorité MAJORITAIRE est MAJEURE. La logique de la lutte nationale sera gagnée par la MAJEURE, tandis que la MINEURE devra composer avec ce qui lui sera offert. C'est ce que Robert Laplante appelle gouverner avec les moyens que le Canada nous laisse. N'est-ce pas ce que fait le gouvernement MAJEUR au Canada par rapport au gouvernement MINEUR du QUÉBEC. Il en est également ainsi avec les autres gouvernements provinciaux, sauf sur un point fondamental : les provinces autres que le Québec considèrent le gouvernement d'Ottawa comme leur gouvernement national. Cela les Québécois l'oublient trop. Il en est également de même avec les autres gouvernements provinciaux. Telle est la logique du fédéralisme.

(5) Gilles Toupin et Gilles Normand, « Le Bloc exige la démission du juge Robert. Ses propos sur les souverainistes et les fonctions judiciaires créent des remous. » Dans La Presse, 27 avril 2005, p. A1 et A5. Extrait de la déclaration cité par La Presse : « On doit normalement adhérer au système fédéral canadien parce que c’est dans ce système-là qu’on opère. Moi, je n’ai rien contre quelqu’un qui veut changer le système canadien en un autre système : ça, il est parfaitement libre de le faire. Mais je ne pense pas qu’il devrait exercer des fonctions judiciaires. (p. A1) »

(6) Voir cette réflexion critique qui est presque indiscutable, car trop de déclarations et de faits nous le prouvent. « C’est ainsi, à la faveur de ces miraculeuses transsubstantiations, qu'à chaque élection générale les Québécois sont conviés à un formidable marché de dupes. Alors même qu’ils portent au pouvoir un parti indépendantiste, ils se font dire par ce dernier que, gouvernant pour tout le monde, il ne peut mettre à contribution les moyens de l’État pour réaliser son programme indépendantiste. »

ANNEXE

L’Académie de l’indépendance

Québec, « une province comme les autres » ?
(Louis Stephen St. Laurent)

Document no1

L’éditorial de Gérard Filion dans Le Devoir du 21 septembre 2001 (voir DOCUMENT ci-après) correspond bien à la mentalité du Canada français. Il reflète l’époque et la tradition des Canadiens d’après la Conquête et, surtout, à la suite de l’Acte d’union de 1840. Témoin cette conclusion de son éditorial : « Ce n’est pas Québec qui s’isole, C’EST TOUT LE CANADA QUI FAIT DE QUEBEC, par son obstination à empêcher la culture française de sortir de la réserve québécoise, L’ÉTAT NATIONAL DES CANADIENS FRANÇAIS. »

Pour Gérard Filion, cette situation est anormale. Le Québec est dans le Canada, mais au fait, il n’y est pas ! Pourquoi ? Parce que le Canada pourrait ou devrait fonctionner autrement. Il écrit : « Au fond, les Canadiens français, Québécois ou non, ne demandent pas mieux que d’être traités comme tout le monde. Leur plus ardent désir est de pouvoir vivre partout au Canada comme des citoyens libres, jouir de tous les droits et de tous les privilèges de leurs compatriotes de langue anglaise. »

Devant cet objectif, se demande Filion, qu’est-ce que M. Louis Stephen St. Laurent devrait faire ? La réponse de Gérard Filion est la suivante : « Pour atteindre cette plénitude d’égalité, il faudrait qu’un homme du prestige de M. Saint-Laurent s’emploie à persuader les neuf gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral de poser un geste de généreuse compréhension en proclamant l’égalité des langues et des cultures dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada. » On sait, aujourd’hui, que ce combat a échoué. Le Canada-Anglais peut bien nous fait miroiter toutes les illusions de la francophonie canadienne d’un océan à l’autre, il ne pourra pas nous convaincre de sa libéralité.

Gérard Filion croit au Canada, au grand Canada des deux peuples fondateurs. Il n’hésite donc pas à écrire que la constitution canadienne devrait préserver ce trait unique du Canada. « Inscrivons dans la Constitution canadienne, écrit-il, qu’il y a partout au Canada, dans toutes les provinces et dans tous les territoires sous l’autorité de la Couronne canadienne, deux races, l’anglaise et la française, égales dans leurs droits ethniques, linguistiques, culturels et religieux. »

Depuis 1954, le Canada a beaucoup évolué mais, comme la tour de Pise, toujours sur le même bord ! C’est le Canada-Anglais qui constitue la MAJORITE MAJEURE au Canada. C’est encore vrai et même plus vrai en 2005. Leur gouvernement national c’est celui d’Ottawa. C’est lui qui définit et décide des priorités nationales canadiennes. Cinquante ans plus tard, quelle aberration ! Toujours le même contexte. Selon Maurice Séguin, le Québec est « toujours au lendemain de 1760 ». Rien à faire ! sinon que les Québécois-Français deviennent réellement par leur affirmation nationale et par une prise de décision collective la MAJORITE MAJEURE au Québec avec un État souverain à son service et une indépendance collective consacrée indubitablement. Ce nouvel État souverain ne peut être partagé. Toutefois, il pourra définir par lui-même les séries abstraite et concrète de leurs conceptions de l’intérêt national. Il ne sera plus assujetti au Parlement fédéral et à l’État canadien. IL SERA INDÉPENDANT. Feu Gérard Filion aurait aimé un Canada-Français nation, mais il n’aura connu, conformément à sa vision du Canada, qu’un Canada-Français province.

Bruno Deshaies
Montréal, 25 avril 2005

Source : Gérard Filion, « Québec, un État national. » Dans Le Devoir, mardi 21 septembre 1954 (« Éditorial »). Voir le texte intégral ci-dessous.

Québec, un État national
(Gérard Filion)

Le discours que M. Saint-Laurent a prononcé samedi dernier contenait un fort volume de munitions proprement électorales. Il faut d’ailleurs reconnaître que sur le plan de la polémique pure et simple, il a porté à M. Duplessis plus directs solidement appliqués. La cible était facile à toucher ; sur le plan de l’efficacité et, pour tout dire, de la simple honnêteté administrative, le premier ministre québécois est extrêmement vulnérable.

Mais si on émonde le discours de M. Saint-Laurent de tous ses accessoires proprement électoraux, on constate qu’il est centré sur une proposition principale : Québec est une province comme les autres ; ce qui fait l’affaire de neuf provinces devrait faire l’affaire du Québec.

Or, c’est précisément sur ce point qu’il n’est pas facile de s’entendre avec M. Saint-Laurent, parce que son affirmation ne repose sur aucune donnée juridique, historique ou sociologique.

Québec est la seule province où les deux races, anglaise et française, sont traitées sur un pieds d’égalité. Cette cohabitation pacifique ne soulève aucun problème insoluble. Je ne crois pas que les Canadiens français aient à se plaindre de la présence d’une vigoureuse minorité de langue anglaise dans la province de Québec, pas plus que les Québécois de langue anglaise ne trouvent gênant de cohabiter avec une population en grande majorité d’expression française. J’irais même jusqu'à affirmer que, si tous les droits juridiques des Québécois de langue anglaise étaient abolis, il n’y aurait pas grand-chose de changé dans le comportement général de la population, ni sur le plan des affaires privées, ni sur le plan des institutions politiques.

La constitution canadienne avait prévu certaines sauvegardes, au moins en matière scolaire, en faveur des Canadiens français des autres provinces. Que s’est-il passé ? L’histoire en est écrite, il suffit de la lire. Qu’on fasse le bilan des libertés scolaires accordées ou refusées à la minorité française de Victoria à St-Jean de Terre-Neuve ; le passif sera plus lourd que l’actif. En Colombie [canadienne] rien pour les écoles françaises. En Alberta et en Saskatchewan, quelques bribes de droits. Au Manitoba, rien. En Ontario, un régime boiteux pour l’école primaire, mais rien au delà. Dans les provinces maritimes, rien. En somme, le français qui s’enseigne en dehors du Québec, à l’exception de l’Ontario, est plus ou moins un français de contrebande.

Juste un exemple pour faire comprendre que Québec n’est pas une province comme les autres. Dans un petit village de banlieue où j’habite, la commission scolaire vient d’ouvrir une classe spéciale pour dix élèves de langue anglaise nouvellement arrivée dans la localité. Ces élèves coûteront aux contribuables canadiens-français quatre fois plus cher par tête que l’éducation de leurs propres enfants. Ils consentent volontiers ce sacrifice par respect pour la loi, mais aussi par respect pour le droit naturel que possède chaque père de famille de donner à ses enfants une éducation conforme à la tradition de sa famille.

À Vancouver, des centaines de petits canadiens français ont maintenant une école française. Mais cette école est bâtie par les sacrifices des parents et la générosité des donateurs lointains. Quant aux contribuables de la Colombie, non seulement ils ne débourseront pas un sous pour l’éducation de ces petits Canadiens français, mais ils toucheront des taxes sur l’édifice construit au prix d’énormes sacrifices.

Voilà pourquoi, M. Saint-Laurent, Québec n’est pas une province comme les autres. Et pour l’apprendre à vos dépens, faites donc tenir votre souscription personnelle pur l’école du Père Bélanger. Si vous ignorez son adresse, envoyez votre chèque au Devoir ; il se rendra à destination.

Québec n’est donc pas une province comme les autres, parce qu’il y a dix provinces au Canada où la langue anglaise à droit de cité, avec tous les accessoires qu’une telle situation comporte, tandis qu’il y a une seule province où le français est juridiquement et sociologiquement établi. Ailleurs, il est une marchandise de contrebande.

Si nous montons au niveau de l’État fédéral, nous constatons le même phénomène : bilinguisme pour la province de Québec, unilinguisme pour les neuf autres provinces. Au fait, quand votre ministre des Fiances donnera-t-il instruction d’émettre des chèques d’allocations familiales et de pension de vieillesse bilingues pour tout le Canada ? Sauf rares exceptions, d’autant plus louables qu’elles sont l’exception. La règle qui prévaut à Ottawa, c’est : bilinguisme dans Québec, (pas toujours respecté du reste) et unilinguisme dans neuf autres provinces.

Et voilà, M. Saint-Laurent, comment il ne fait que Québec n’est pas une province comme les autres. Ce n’est pas de sa faute, c’est Ottawa qui la traite différemment.

Pour que Québec devienne une province comme les autres, il y aurait deux moyens : faire disparaître la langue française et alors nous aurions l’uniformité dans tout le Canada, ou étendre à toutes les minorités françaises les droits dont jouit la minorité anglaise du Québec.

Quelle solution choisissez-vous, M. Saint-Laurent ? Sûrement pas la première. Je vous sais trop respectueux du droit naturel des gens et trop imbu d’esprit juridique pour qu’une telle solution effleure votre esprit.

Alors envisageons concrètement la deuxième solution.

Je suis persuadé que la très grande population québécoise ne demande pas mieux que de collaborer loyalement avec le gouvernement d’Ottawa et, par l’intermédiaire de celui-ci, avec tout le reste de la population canadienne. Seulement les Québécois sont des gens qui ont la mémoire longue. Ils se rappellent de vous avoir entendu dire, il y a quelques années, que les droits de la langue française à Ottawa pourraient être abolis par un simple vote du parlement.

Alors depuis ce temps-là les Québécois ont la frousse. S’il est vrai qu’une simple majorité de la Chambre des Communes et du Sénat peut rayer toute trace de langue française au Parlement, dans les cours fédérales et dans les ministères, ils ne se sentent pas en grande confiance. Leurs craintes ne sont d’ailleurs pas chimériques. Depuis 1867, il y a eu des gouvernements au Canada pour décréter par un simple vote parlementaire l’abolition de tous les droits reconnus de la langue française. Il est à peine besoin de rappeler les tristes événements des écoles du Nord-Ouest, du Keewatin, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

Au fond, les Canadiens français, Québécois ou non, ne demandent pas mieux que d’être traités comme tout le monde. Leur plus ardent désir est de pouvoir vivre partout au Canada comme des citoyens libres, jouir de tous les droits et de tous les privilèges de leurs compatriotes de langue anglaise.

Pour atteindre cette plénitude d’égalité, il faudrait qu’un homme du prestige de M. Saint-Laurent s’emploie à persuader les neuf gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral de poser un geste de généreuse compréhension en proclamant l’égalité des langues et des cultures dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.

À une conférence fédérale-provinciale, le premier ministre de Terre-Neuve, M. Smallwood, avait déclaré qu’il était prêt à demander au gouvernement de sa province d’adopter une mesure en ce sens. Avec les quelque six milles personnes de langue française habitant Terre-Neuve, l’engagement ne portait guère à conséquence. Mais il paraît que les autres premiers ministres présents ne manifestèrent pas le même enthousiasme.

Si j’étais de M. Saint-Laurent, si je commandais le même prestige que lui en dehors du Québec, je poserais carrément le problème à la population canadienne. Je lui dirais : Vous vous impatientez de voir Québec tirer au renard avec le reste du pays ; mettons-le dans la position de déclarer une fois pour toute s’il veut marcher avec nous ou se séparer. Inscrivons dans la Constitution canadienne qu’il y a partout au Canada, dans toutes les provinces et dans tous les territoires sous l’autorité de la Couronne canadienne, deux races, l’anglaise et la française, égales dans leurs droits ethniques, linguistiques, culturels et religieux.

Si M. Saint-Laurent accomplissait le miracle d’obtenir le consentement des gouvernements provinciaux et de ses collègues fédéraux à un changement aussi radical dans l’économie de la Constitution canadienne, avec des garanties contre son abolition par une simple majorité parlementaire, j’ai la conviction que pas un Canadien français sur cent n’hésiterait à accepter le risque d’une semblable manoeuvre.

Mais aussi longtemps que la Constitution canadienne et la politique établie à Ottawa et dans neuf provinces feront de Québec un cas particulier, les exhortations et les menaces de M. Saint-Laurent ne changeront rien à la réalité des choses. Ce n’est pas Québec qui s’isole, c’est tout le Canada qui fait de Québec, par son obstination à empêcher la culture française de sortir de la réserve québécoise, l’État national des Canadiens français.

Gérard Filion

L’impôt provincial et la taxation directe

Document no 2

L’éditorial de Gérard Filion se situait au moment de la tourmente entre Maurice Duplessis et Louis Stephen St. Laurent au sujet de la loi sur l’impôt provincial adoptée par le gouvernement Duplessis le 5 mars 1954.

La première version de la loi du 5 mars 1954 ne faisait pas l’affaire du gouvernement national des Canadians. Elle soulevait le délicat problème constitutionnel des pouvoirs exclusifs des législatures locales. Au fond, il s’agissait de savoir si l’alinéa 2 de l’article 92 de la constitution canadienne accordait le pouvoir exclusif aux provinces dans le domaine de la taxation directe. La constitution dit : « La taxation directe dans les limites de la province, en vue de prélever un revenu pour des objets provinciaux. » Voilà le texte litigieux pour le gouvernement fédéral en 1954.

À la lecture de la première version de la loi, le gouvernement Duplessis se montre très autonomiste ou « exclusif » dans l’interprétation de son pouvoir d’État. Après des discussions entre les deux premiers ministre à Montréal et entre les fonctionnaires d’Ottawa et de Québec, il est convenu de faire certaines modifications ; elles se trouvent dans la deuxième version de la loi du 10 février 1955.

Les changements sont clairs et évidents : « La priorité en matière de taxation directe » devient « des droits certains en matière de taxation directe » ; il n’est plus question d’indiquer une date précise comme « depuis 1946 », mais de remplacer cette date par l’expression « durant plusieurs années » ; le fait de vivre un état « injuste et préjudiciable à la province » en ce qui a trait à une « priorité de droit et qui lui est nécessaire » devient dans la deuxième version : « il est à propos que la province utilise ses doits en matière d’impôt sur le revenu personnel ».

Conclusion. Dans un État fédéral, les États locaux, régionaux ou provinciaux ne peuvent généralement posséder de plus grands pouvoirs que l’État central. Mais, dans le cas ou le pouvoir central avait peu de pouvoir, il ne faudrait pas s’imaginer que la nation minoritaire sera souveraine. C’est là toute l’erreur de la tradition de l’interprétation des fédéralistes-optimistes, à savoir l'égalité politique dans un régime fédéral (ou d'union fédérale) entre le Canada anglais et le Canada français considérés comme groupes ethniques. L’indépendance à deux. Un mythe tenace chez les Québécois-Français à l’esprit humanitariste et pacifiste.

Feu Gérard Filion fait partie de cette longue tradition qui se perpétue dans la pensée québécoise-française encore de nos jours et ce, même parmi les souverainistes péquistes et bloquistes.

Finalement, la pensée politique des Québécois-Français d’aujourd’hui ne dépasse guère ce que Duplessis a tenté de faire en 1954, sans référendum. Il faudrait certainement prendre quelques leçons de notre passé, pour que l’on ne nous taxe pas de bêtise politique…

Bruno Deshaies
25 avril 2005

Source : Michel Brunet, éd., Histoire du Canada par les textes, TOME II (1855-1960), Montréal et Paris, Fides, 1963, p. 206 et 215 (édition revue et augmentée). Les passages en gras sont de nous.

Problème constitutionnel des pouvoirs exclusifs des législatures provinciales

Première version
(5 mars 1954)

Loi assurant à la province les revenus nécessités par ses développements

Attendu que la constitution canadienne reconnaît aux provinces la priorité en matière de taxation directe ; […]

Attendu que la province désire coopérer avec l’autorité fédérale pour établir un régime fiscal juste, approprié et conforme à l’esprit et à la lettre du pacte fédératif ; [idem]

Attendu que, dans cet esprit de coopération, la province, depuis 1946, ne s’est pas prévalue de ses droits en matières d’impôt sur le revenu ;

Attendu qu’il serait injuste et préjudiciable à la province qu’elle fût plus longtemps privée d’une source de revenus où elle a priorité de droit et qui lui est nécessaire pour faire face aux besoins nouveaux lui résultant de son vigoureux essor :

Attendu que, dans les circonstances, il convient d’établir, pour une période de trois ans à compter du premier janvier 1954, les impôts prévus par la présente loi, lesquels correspondent à une petite fraction seulement de ceux que le pouvoir fédéral perçoit dans le même domaine de taxation directe ; [idem.]

Seconde version
(10 février 1955)

Loi modifiant le préambule de la Loi assurant à la province les revenus nécessités par ses développements

Attendu que la constitution canadienne reconnaît aux provinces des droits certains en matière de taxation directe.

Attendu que la province désire coopérer avec l’autorité fédérale pour établir un régime fiscal juste, approprié et conforme à l’esprit et à la lettre du pacte fédératif ; [idem]

Attendu que, dans cet esprit de coopération, la province, pendant plusieurs années, ne s’est pas prévalue de ses droits en matière d’impôt sur le revenu ;

Attendu que pour faire face aux besoins nouveaux lui résultant de son vigoureux essor, il est à propos que la province utilise ses doits en matière d’impôt sur le revenu personnel ;

Attendu que, dans les circonstances, il convient d’établir, pour une période de trois ans à compter du premier janvier 1954, les impôts prévus par la présente loi, lesquels correspondent à une petite fraction seulement de ceux que le pouvoir fédéral perçoit dans le même domaine de taxation directe ; [idem.]