««« indépendance du québec

Choisir, c’est réussir !

Animer le discours indépendantiste pour atteindre l’objectif de l’indépendance

Bruno Deshaies

10-10-2002



Pendant que Mario Dumont se bat comme un forcené à nous faire comprendre ses intentions, qu’il ne se gêne pas de faire de l’État un petit appareil administratif, qu’il ignore la réaction du gouvernement fédéral et la constitution canadienne sur sa politique des soins de santé en se fiant à l’opinion d’une seule personne, celle de Claude Castonguay, qu’il limite dans les faits le gouvernement à des questions de gestion quotidienne, on peut s’inquiéter sérieusement du genre de gouvernement que le Québec aura à vivre dans les quatre ou cinq prochaines années si ce chef politique est élu avec une bonne majorité parlementaire. Les adéquistes doivent se rappeler que les rapports de force avec Ottawa sont inégaux.

L’État du Québec ne doit pas être bradé si allègrement par un jeune politicien qui prétend répondre aux grandes questions de la société en opposant la génération des jeunes à la génération des vieux dans le domaine de la santé

Mario Dumont apprendra comme tous les autres premiers ministres du Québec que l’État ne peut pas se contenter de régler des questions strictement budgétaires et économiques. Cette ère est dépassée. Un État fait plus qu’un budget en deux colonnes : les revenus et les dépenses. La pensée politique à la surface des sondages nous a donné trop de gouvernements fantoches à Québec et même des gouvernements de second mandat en sursis : celui de Lévesque après 1981 avec « le beau risque » ; de Robert Bourassa et de l’entente de Charlottetown et avec sa maladie occultée par les médias ; puis Bernard Landry avec le départ de Lucien Bouchard et l’affaire Michaud. C’en fait des années de non-gouvernement au Québec ! C’est ça un État provincial qui n’a pas de responsabilités internationales.

Pourquoi s’en faire ? Ce ne sont que des gouvernements provinciaux avec des premiers ministres qui se comportent comme des maires de municipalités. Si nous ne le savons pas, Ottawa le sait très bien. D’où la déclaration récente de John Manley sur l’abolition des délégations du Québec à travers le monde. En clair, le gouvernement canadien nous dit : « Laissez-nous les grandes affaires nationales et internationales. De votre côté, contentez-vous de régler vos petits problèmes locaux et tout ira bien dans la grande famille canadienne. » En d’autres mots, cela signifie que papa FED pense et agit pour vous comme à l’époque de Louis Stephen St. Laurent (car c’est son vrai nom non francisé). Rien n’a changé dans les rapports Canada Québec. C’est ça la réponse à un Québec riche, prospère et avec un avenir meilleur. Mario Dumont avalisera ce discours jusqu’à ce qu’il reçoive le coup de l’âne.

On nous apprend en physique que le plus ne sortira jamais du moins. Comment faire pour que le plus soit plus et que le moins soit moins ? Plus explicitement, comment le discours indépendantiste pourrait-il être plus fort et le discours fédéraliste moins omniprésent ? Comment le discours indépendantiste peut-il parvenir à un statut qui serait à la hauteur de ses principes ? Comment les citoyens et les citoyennes se rendront-ils compte qu’ils sont floués par tous les partis politiques fédéraux et provinciaux au Québec ? Comment s’en sortir finalement ? L’histoire pourrait-elle nous aider à comprendre le malaise profond de la société québécoise ?

Elle le pourrait si l’on prenait bien soin de partir sur le bon pied et de se poser les bonnes questions. Pour commencer, mettons ensemble TOUS ces Québécois qui se posent le problème en partant des principes fédératifs et des constitutions fédératives ou encore de l’idéologie pancanadienne qui occulte les caractéristiques particulières du Québec. Concernant le fonctionnement de la fédération canadienne, Louis Stephen St. Laurent l’a déjà affirmé clairement : « Le Québec est une province comme les autres. » Ce bon « canadien-franglais » et premier ministre du Canada a répété le discours de ses prédécesseurs comme Laurier et il a annoncé la férocité de Trudeau. L’unité canadienne se tient d’un bout à l’autre de la chaîne historique.

Devant ce concert de bonnes intentions appuyé par l’idéologie et la propagande aidant et abusant de son influence, les indépendantistes doivent faire autre chose que de se complaire dans la rhétorique du bon gouvernement, de la liberté des peuples, du slogan « Québec est fort ! », du Québec libre ou encore du Québec avec d’autres épithètes qui n’effraient plus personne. Encore une fois, la même question se pose : « L’histoire pourrait-elle nous aider à comprendre le malaise profond de la société québécoise ? » Il est possible qu’avec l’histoire on puisse parvenir à éclairer le présent, mais l’histoire ne fera pas ce dont nous ne souhaitons, ne pouvons ou ne voulons faire. L’histoire est ouverte sur le passé, le présent et l’avenir.

L’histoire comme connaissance a une portée infinie. Elle offre un trésor insondable de possibles, c’est pourquoi on la considère toujours comme une science suspecte. Mais voyez-vous, lorsqu’un corps tombe au sol, le physicien nous parle de l’attraction terrestre et du principe de gravité tandis que le chimiste pourrait nous instruire de la composition atomique du même corps, et ainsi de suite pour tous ceux qui voudraient expliquer ce corps. Cela paraît normal. Nous vient-il spontanément à l’esprit de traiter tous ces scientifiques d’imposteurs, de fumistes ou d’incompétents ? Le même phénomène se produit à l’intérieur du domaine des sciences de l’homme, c’est-à-dire de toutes ces sciences qui ont pour objet l’homme dans le temps, l’espace et la société sans faire abstraction que la vie se déroule dans l’univers (NOTE no 1). Pourtant, dans ce cas, les esprits s’échauffent au point de ne plus vouloir se parler.

Si, d’un côté, nous mettons tous ces Québécois qui se posent le problème en partant des principes du fédéralisme, il faut, d’un autre côté, mettre ensemble tous ces Québécois qui se posent le problème en partant du principe d’indépendance, c’est-à-dire de l’indépendance des peuples et des nations. Dans l’histoire du Québec, ce second principe n’a jamais quitté l’esprit ni des Canadiens-Français ni des Québécois-Français depuis leurs origines. Cependant, les défenseurs du principe fédératif l’ont emporté historiquement sur leurs adversaires jusqu’à ce jour. En revanche, il n’en demeure pas moins que le dernier référendum a montré à quel point le degré d’insatisfaction des Québécois à l’égard du principe fédératif est réel et à quel point le principe d’indépendance a réussi à se frayer un chemin malgré toutes les embûches dressées sur son chemin. L’idéologie et la propagande fédéraliste pancanadiennes tuent dans l’œuf la viabilité possible de l’indépendance. Seuls des idéologues, c’est-à-dire des personnes qui vivent dans un monde d’idées ou qui sont dépourvues de réalisme, peuvent penser le contraire. Encore une fois, la même question se pose : « Comment s’en sortir finalement ? »

Comment s’en sortir finalement ?

D’abord, une réponse toute simple à la question. Pour s’en sortir, il faudrait se comprendre nous-mêmes. Pour s’en sortir, il faudrait bien comprendre tout ce qu’on se dit comme Québécois concernant l’indépendance. Bref, la question brutale : qu’est-ce qu’on dit véritablement quand on parle d’indépendance (de souveraineté) ? Un travail sur nous-mêmes devient nécessaire. Une autocritique déchirante est capitale. Une analyse s’impose courageusement (cf. RÉFÉRENCE).

Dans cette veine, j’aimerais soumettre à votre regard indépendantiste le « Manifeste du Rassemblement pour l’indépendance nationale » adopté en octobre 1960 à la première assemblée générale du RIN (NOTE no 2). Lisez d’abord la version intégrale du Manifeste rédigé par les rinistes fondateurs le 10 septembre 1960.

Manifeste du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale

(adopté à la première assemblée générale du RIN, en octobre1960)

Les Canadiens français constituent une nation dont l’origine remonte à l’époque de la Nouvelle-France. Conquise par la force des armes, isolée de sa mère-patrie, soumise à des tentatives d’assimilation nombreuses et prolongées, la nation canadienne-française a toujours manifesté une indomptable volonté de survivre et de s’épanouir librement en conformité avec ses origines et son génie particulier.

La Confédération, issue de la Conquête et de l’impérialisme britannique, a placé et maintenu le peuple du Québec dans une situation anormale de faiblesse et d’infériorité. Ce régime, par ailleurs, n’a pas été établi par la volonté expresse des peuples en cause mais improvisé par la loi d’une métropole impériale. De plus, les droits accordés officiellement par l’Acte de l’Amérique du nord britannique au peuple canadien-français, dans le but d’assurer sa survivance et sa protection, ont sans cesse été violés, et continuent de l’être, par le gouvernement fédéral, à Ottawa. La logique et le droit permettent donc aujourd’hui d’affirmer que le pacte confédératif, par ses origines et par le cours de l’histoire, est nul et périmé.

En outre, la centralisation fédérale, réalisée à un rythme croissant, qui tend à transformer le régime confédératif en celui d’un État-nation unitaire, compromet non seulement l’épanouissement mais aussi l’existence même de la nation canadienne-française déjà gravement menacée par son isolement culturel et social et par l’influence anglo-américaine. À l’époque actuelle où dans le monde entier les peuples s’affranchissent du joug colonial et les nations revendiquent leur pleine indépendance, le Canada français ne peut plus accepter de demeurer sous la tutelle économique et politique de l’étranger. L’idéal de l’indépendance nationale, qui s’allie à celui de l’internationalisme lucide, est valable au Canada français comme partout ailleurs. L’indépendance est du reste dans la ligne de l’histoire du Canada français : préparée par la Confédération puis par l’établissement de l’autonomie provinciale, elle représente l’aboutissement normal de l’évolution historique du Canada français.

De nos jours, les peuples n’ont plus besoin d’excuses pour vouloir être libres. Car si la liberté nationale n’est pas une fin en soi, elle est la condition essentielle à tout épanouissement réel des hommes et des peuples. La première des libertés civiques étant l’indépendance de la patrie, le Rassemblement pour l’indépendance Nationale réclame l’indépendance totale du Québec afin de permettre au peuple canadien-français de choisir librement les voies de son avenir. Une fois l’indépendance acquise, la nation canadienne-française devra se donner, par des moyens démocratiques, les institutions qu’elle jugera lui convenir.

Tels sont les principes et l’idéal que le Rassemblement pour l’indépendance Nationale (RIN) a pour but de défendre et de propager. Le RIN n’est aucunement relié, associé ni affilié à aucun autre organisme existant. Les membres du RIN sont par ailleurs entièrement libre d’exprimer et de faire valoir, à titre personnel, leurs idées et leurs convictions sur les questions qui ont trait à la politique interne, à la religion, aux théories économiques et aux doctrines sociales, car la seule raison d’être du RIN est de favoriser et d’accélérer l’instauration de l’indépendance nationale du Québec, sans haine ni hostilité envers quiconque mais dans un esprit de justice et de liberté pour tous.

En réclamant l’indépendance totale du Québec, le RIN rejette le pessimisme né de la Conquête et manifeste sa foi en la nation canadienne-française, issue des plus grandes civilisations de l’histoire.



Que contient ce manifeste indépendantiste du RIN de 1960 ?

Que contient ce manifeste indépendantiste ? Pourquoi n’a-t-il pu se concrétiser ? Pourquoi le Parti québécois a-t-il subi deux échecs à ses référendums ? Maintenant que cette partie de l’histoire est connue, comment ce fait-il que d’aussi bonnes intentions n’ont-elles pas abouti à « l’indépendance totale du Québec » ? Ce ne sont pas les fédéralistes qui doivent se poser ces questions-là, mais les indépendantistes. Mais pour que les fédéralistes gagnent la bataille contre l’indépendance du Québec, il faut bien admettre qu’ils doivent connaître un tant soit peu les faiblesses des défenseurs de la logique indépendantiste. Ce Manifeste de 1960 diffusé par le RIN nous permet de mieux comprendre nos propres carences idéologiques. Encore une fois, la même question se pose : « Que contient ce manifeste indépendantiste ? »

Revenons au Manifeste du RIN. En 1960, nous sommes en pleine Révolution tranquille. Jean Lesage est au pouvoir depuis peu ; le Québec se transforme au pas accéléré. Cela est aussi vrai ailleurs dans le monde et dans tous les domaines. Nous assistons et nous vivons les grandes transformations de l’après Deuxième Guerre mondiale. Au plan politique, le Manifeste tente d’exprimer une vieille idée d’indépendance des Canadiens français qui jusque-là n’a pas produit ses fruits. L’allusion à l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est malhabile. En fait, la Confédération de 1867 est plutôt venue sceller l’Union de 1840. Depuis, les Canadiens-Français se débattent dans ce régime du mieux qu’ils peuvent pour survivre. Rappelons qu’ils en avaient fait autant auparavant dans des conditions et des circonstances différentes. En 2002, la situation du Québec-Français dans la fédération canadienne est toujours la même.

Le Manifeste des rinistes fondateurs s’appuie sur le postulat que « les Canadiens français constituent une nation ». Il découle de cette affirmation que « la première des libertés civiques étant l’indépendance de la patrie, le Rassemblement pour l’indépendance Nationale réclame l’indépendance totale du Québec afin de permettre au peuple canadien-français de choisir librement les voies de son avenir ». Et « la seule raison d’être du RIN est de favoriser et d’accélérer l’instauration de l’indépendance nationale du Québec ». Les rinistes fondateurs soutiennent que « l’idéal de l’indépendance nationale, qui s’allie à celui de l’internationalisme lucide, est valable au Canada français comme partout ailleurs ». Toutes ces affirmations ont influé avec le temps sur une certaine élite québécoise. Elles ont eu le mérite de faire germer l’idée indépendantiste dans le champ politique.

Les rinistes fondateurs veulent frapper l’imagination. Ils font appel à l’histoire pour condamner le fait que la nation canadienne-française a été « conquise par la force des armes, isolée de sa mère-patrie, soumise à des tentatives d’assimilation nombreuses et prolongées ». Ils signalent que la Confédération est un sous-produit « de la Conquête et de l’impérialisme britannique ». Les droits accordés à la nation canadienne-française « ont sans cesse été violés, et continuent de l’être, par le gouvernement fédéral, à Ottawa ». Ils dénoncent « la centralisation fédérale, réalisée à un rythme croissant » qui mène « à transformer le régime confédératif en celui d’un État-nation unitaire » qui aggrave encore plus l’« isolement culturel et social et par l’influence anglo-américaine ».

Il faut tirer les conséquences de cette situation. Les rinistes fondateurs soutiennent que « le Canada français ne peut plus accepter de demeurer sous la tutelle économique et politique de l’étranger » parce que « de nos jours, les peuples n’ont plus besoin d’excuses pour vouloir être libres ». Cette supposition permet aux rinistes fondateurs de formuler l’hypothèse que « si la liberté nationale n’est pas une fin en soi, elle est la condition essentielle à tout épanouissement réel des hommes et des peuples ». De là, tout le discours hypothétique de cette génération d’indépendantistes qui soutiennent qu’« une fois l’indépendance acquise, la nation canadienne-française devra se donner, par des moyens démocratiques, les institutions qu’elle jugera lui convenir ».

Les rinistes fondateurs veulent faire la transformation d’une manière démocratique, c’est-à-dire « sans haine ni hostilité envers quiconque mais dans un esprit de justice et de liberté pour tous ». À cet égard, ils introduisent une notion qui fait partie de leur credo, à savoir que « le RIN rejette le pessimisme né de la Conquête ». Cela dit, le Manifeste se termine sur une note grandiloquente par rapport aux deux « plus grandes civilisations de l’histoire ».

Faire une relecture du mouvement indépendantiste

Les indépendantistes ont intérêt à se lire et à se relire eux-mêmes. Ils ont intérêt aussi à comprendre pourquoi ils ont échoué depuis un demi-siècle. Au lieu de faire la fuite en avant avec des solutions nouvelles abracadabrantes d’union confédérale, par exemple, ils devraient s’interroger sur ce qu’ils ont dit et sur ce qu’ils disent aujourd’hui. Pour cela, il leur faut plus de sens critique et d’objectivité envers eux-mêmes et plus de clarté dans leurs messages. C’est un travail difficile à faire, mais absolument nécessaire et incontournable, si les indépendantistes désirent réaliser le but qu’ils poursuivent. Mais si « la liberté nationale n’est pas une fin », est-ce que la libération de la majorité culturelle française pourrait être une fin ? La quête et la conquête de l’indépendance ne peuvent passer nulle part que par un mouvement de libération nationale. Cette libération politique complète de la majorité culturelle française la voulons-nous oui ou non ?

Pour ceux qui ont opté pour l’indépendance du Québec, la question ne devrait même pas se poser. Des colloques du genre « La souveraineté du Québec est-elle à la croisée des chemins ? » est d’un ridicule consommé, surtout quand c’est organisé par des souverainistes indépendantistes. Pourquoi en sommes-nous rendus là ?

Être plus libre et plus responsable collectivement de nous-mêmes, n’est-ce pas être capable d’« agir-par-soi » ? N’est-ce pas que le plus important pour un gouvernement, c’est d’avoir la capacité d’ÊTRE INDÉPENDANT ? Le gouvernement du Québec accepte sa dépendance en discutant du déséquilibre fiscal au Canada. Le gouvernement du Québec admet sa provincialisation par l’harmonisation des déclarations de revenus avec le fédéral. Le gouvernement du Québec se diminue lorsqu’il accepte de faire évaluer la juste valeur marchande des biens patrimoniaux du Québec selon des lois fédérales avec une organisation canadian qui contrôle la gestion des dons. Le gouvernement du Québec n’est pas libre et il devient de plus en plus irresponsable parce qu’il a de moins en moins de marge d’autonomie. On ose même sans détour et sans vergogne lui couper les ailes au plan international. Les ambassades canadiennes font du très bon travail, a déclaré le ministre des Finances à Ottawa, et elles pourraient très bien s’occuper de nous. Pendant ce temps à Québec, qui dans ce gouvernement péquiste se tient au courant du travail de Raymond Chrétien à Paris ? Sait-on au moins qu’il est en train de récupérer toute la Francophonie dans le giron des politiques canadians ? Que peut faire notre ministre des Relations internationales dans ce dossier ? Elle ne peut rien faire. Jugez-en vous-même avec ce texte qu’elle a fait pondre par ses sous-fifres à Québec sur le « Le souverainisme des Québécois » (voir NOTE no 3).

Animer le discours indépendantiste

Pour conjurer le destin des Québécois, il faut sans faute animer le discours indépendantiste. Il faut surtout éviter les erreurs des groupes souverainistes d’hier qui ont donné naissance au PQ et au BQ. Il faut convertir les activistes politiques en marathoniens de la dissémination de la pensée indépendantiste. Ce travail ne peut être l’affaire exclusive d’un parti politique ou d’un mouvement quel qu’il soit étant donné les échecs subis par le passé.

Il faut une pensée articulée par une nouvelle génération d’universitaires qui sauront aller puiser intelligemment dans les travaux des historiens de l’École de Montréal. Ce qui a été écrit par les maîtres de cette école de pensée mérite de renaître de ses cendres. Se fonder sur eux, ce serait déjà faire un grand pas en avant, car trop de déformation, de diversions et d’incompréhension sont nées d’une information incomplète ou partiale de leurs pensées. Il ne faut certainement pas compter sur les travaux des universités anglo-canadiennes du Québec ou des autres provinces pour satisfaire nos besoins. C’est à la majorité culturelle française du Québec de réaliser ses propres recherches selon ses propres objectifs, mais en n’oubliant pas de se reconnaître elle-même comme une réalité vivante capable de défendre sa propre réalité collective.

Créer une Chaire Maurice Séguin de l’indépendance à l’INRS-Culture

La création d’une Académie nationale de l’indépendance en lieu et place des Observatoires du gouvernement péquiste serait une priorité absolue. Une telle Académie, avec des moyens et des ressources humaines et matérielles, pourraient alimenter les délégations du Québec à travers le monde d’une pensée indépendantiste véritable tout autant que de servir à éclairer la lanterne des citoyens et des citoyennes du Québec ainsi que de faire connaître à toute la population québécoise le contenu, la portée et la valeur de se gouverner soi-même en fonction de ses propres finalités politiques. C’est ce que tous les pays indépendants font dans le monde. Le plus récent est celui du Timor-Leste qui vient d’accéder aux Nations unies (voir ANNEXE).

Si le projet de fonder une Académie nationale de l’indépendance ne peut se réaliser rapidement, pourquoi ne pas créer une Chaire Maurice Séguin de l’indépendance à l’instar de la Chaire Fernand Dumont sur la culture ? Pourquoi l’INRS-Culture ne verrait-elle pas d’un bon œil une telle Chaire de l’indépendance ? Qu’est-ce qui empêche un établissement universitaire comme l’INRS-Culture de mettre l’accent sur une question brûlante de sens que celle de l’indépendance du Québec ? Cette question accapare et brûle des énergies colossales au Québec. Au lieu de laisser mourir l’idée sous le boisseau, ne faudrait-il pas de préférence se donner les moyens d’en faire l’étude ? Pourquoi la liberté académique ne peut-elle pas s’exprimer dans cette voie ?

Finalement, une autre question se pose.

Pourquoi sommes-nous si timorés quand il s’agit de travailler à l’accomplissement de l’indépendance du Québec ?

(30) Bruno Deshaies
Montréal, 10 octobre 2002

RÉFÉRENCE :

Bruno DESHAIES (2002), «Manifeste du Rassemblement pour l’indépendance nationale. Et après ? Où en sommes-nous ?» Adoption du Manifeste à l’occasion de la première assemblée générale du RIN qui a réuni environ quatre-vingt membres au mois d’octobre 1960.

NOTES :

(1) Voir Bruno Deshaies, Méthodologie de la recherche en sciences humaines, Montréal, Guérin, 1997. Chapitre 4 : « L’objet des sciences humaines ».

(2) Dans André D’Allemagne, Le RIN et les débuts du mouvement indépendantiste québécois. Le R.I.N. de 1960 à 1963. Étude d’un groupe de pression au Québec, Montréal, Éditions de l’Étincelle, 1974. Préface de Marcel Rioux. Le Manifeste se trouve à l’ANNEXE III, p. 139-140.

(3) Dans Le Monde, jeudi 10 février 2000. Jugez vous-mêmes de la teneur de son message comme indépendantiste. Lisez cet extrait :

« Souveraineté » signifie d'abord chez nous la fin de ce qu'on a appelé à tort la confédération canadienne, une imposture plus que centenaire qui n'a jamais eu rien à voir, depuis sa fondation victorienne, avec le rêve moderne de Jean Monnet : réunir des nations, au coeur de l'Europe, par le partage mutuellement consenti de la souveraineté.

La souveraineté québécoise appelle encore la libération des forces d'invention et d'innovation politiques essentielles à une époque de grands changements. Le souverainisme s'est toujours accompagné d'une authentique volonté de définir, de bonne foi, sur de nouvelles bases, une association plus saine avec le partenaire canadien. [La phrase en gras est de nous.]

La souveraineté ouvre, par exemple, la possibilité d'une union économique Canada-Québec qui reconnaîtrait pleinement l'existence de deux « joueurs », de deux nations, évoluant avec les peuples amérindiens dans le respect des choix de chacun. Possibilité encore, pour le Québec, de s'inscrire comme État dans les ensembles supranationaux et continentaux contemporains où les échanges Nord-Sud reprennent droit de cité après la longue parenthèse d'un protectionnisme fédéral développé artificiellement selon l'axe Est-Ouest, dogme historique du nationalisme du Canada anglais.



Croyez-vous que ce texte peut nous conduire quelque part autre que dans le fédéralisme canadien ? Pourtant, elle, elle y croit vraiment !

ANNEXE

L’Académie de l’indépendance

Puisque le gouvernement du Parti québécois n’a pas eu le courage de créer un Observatoire de l’indépendance, nous tiendrons au fur et à mesure des événements ou de nos chroniques du jeudi une section consacrée à « L’Académie de l’indépendance ». Il en est trop de passer sa vie à se gratter le nombril et à se scruter l’occiput du discours idéologique de tous nos fédéralistes canadians et canadiens (français) et mêmes de nationalistes Québécois-Français. Pour se vider l’esprit de toutes ces ritournelles, pourquoi ne pas réfléchir sur le phénomène de l’indépendance. Après l’admission officielle du 191e pays aux Nations unies, les Québécois devraient commencer à agir un peu plus afin d’infléchir leur complexe de souveraineté machin dans le sens de l’indépendance sans équivoque.

Par exemple, pourquoi cette nouvelle de l’admission du Timor-Leste a-t-elle été reléguée à la page A8 par le quotidien Le Devoir des 28 et 29 septembre 2002 ? Voici la nouvelle de l’Agence France-Presse (AFP) telle qu’elle a été reproduite par Le Devoir.

En bref


Le Timor à l’ONU


New York (AFP) – La République du Timor-Leste, qui a accédé en mai dernier à l’indépendance après plus de quatre siècles de colonisation portugaise, 25 ans d’occupation indonésienne et deux ans et demi sous administration onusienne, est devenue hier le 191e membre des Nations unies. La résolution recommandant l’admission de l’ancienne colonie portugaise indépendante depuis le 20 mai dernier était parrainée par 136 États membres, dont l’Indonésie. Elle a été adoptée sans vote, par acclamations. (Mots mis en bleu par nous.)


On trouve cette nouvelle sous les rubriques « Le monde. » « En bref. » Cette nouvelle a été placée au bas d’une page, à droite, et sur une colonne, à côté d’une publicité du gouvernement du Québec portant sur « Au service de l’emploi. » Une nouvelle, somme toute, banale. Par conséquent, un traitement anodin d’une information majeure quant à l’avenir du Québec. Un vrai journal souverainiste aurait placé la nouvelle en première page, peut-être même avec le drapeau du Timor-Leste et le slogan des indépendantistes Timorais : « Résister, c’est vaincre ! ».






Rien de tout cela dans le quotidien Le Devoir. En revanche, on trouve sur la page A9 une publicité de l’UQAM (6 po. sur 6 po.) concernant le « Colloque organisé par l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoûl-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques ».

Vous vous demandez pourquoi le Parti québécois est en chute libre ? La réponse est toute crachée, là, dans cette publicité inodore, incolore, insipide et inutile. Tout est beige ! On fait des études sur tout, sauf sur soi-même. Si « Résister, c’est vaincre ! », peut-être que « Choisir, c’est réussir ! »


COMMENTAIRES

  1. Pour un réseau structuré de propagande indépendantiste

    Le gouvernement péquiste a toujours refusé de se servir des fonds publics pour faire avancer dans l’esprit des gens l’idée de la souveraineté. Bruno Deshaies dans sa dernière chronique met bien en lumière cette tendance que nous avons à ne pas investir notre énergie et nos deniers dans l’établissement de structures permettant l’avancement de l’indépendance.

    Le problème ne vient cependant pas de l’absence de vie intellectuelle autour de la souveraineté. Celle-ci est très fleurissante d’ailleurs. Il s’agit d’un problème de diffusion du discours indépendantiste qui depuis quelques temps déjà, a du mal à sortir des amphithéâtres feutrés des universités, des salons littéraires, des pages du Devoir, bref, de ces milieux fermés fréquentés par une poignée d’initiés déjà convaincus.

    Ce qu’il nous faut aujourd’hui plus que jamais, c’est un pont entre ce milieu et monsieur et madame Toutlemonde. Il n’y a pas aujourd’hui de structures permettant ce lien, cette vulgarisation des savoirs et des théories indépendantistes destinée au grand public. C’est du moins ce que je retiens de la force et de l’utilité du RIN, qui lui, était présent sur le terrain dans des manifestations, des assemblées de cuisine, des défilés d’autos, des publications, etc. Ce qu’il nous manque, c’est un réseau structuré de propagande indépendantiste, alimenté par nos intellectuels et financé par des militants. Le PQ ne ressemble pas vraiment à ça… La SSJB non plus…

    C’est pourquoi j’ai tout de suite été séduit par Vigile, lors de ma première visite sur le site. J’y ai trouvé une véritable encyclopédie historique, politique, sociale et philosophique de l’indépendance. Un des rares efforts entrepris ces dernières années et qui gagnerait à être connu d’un plus grand nombre de personnes. Beaucoup de mes collègues étudiants en histoire et en science-po m’ont remercié à genoux pour leur avoir fait connaître ce site si complet. Le fait est seulement, que même si la majorité des professeurs connaissent ce site, ces derniers n’osent pas se compromettre en le recommandant pour les travaux de session…

    Sur le terrain, y a-t-il un tel effort de publicité? Notons au passage cet excellant livre qu’est Le manifeste du RIQ, qui n’a cependant pas tout le rayonnement qu’il mérite… Qui n’est pas tout à fait sorti voir les gens sur la rue, même si son caractère didactique est évident.

    C’est aux indépendantistes de créer un mouvement de diffusion des idées. Pourquoi le PQ ne hausserait-il pas de deux ou trois dollars le prix de sa carte de membre pour financer un tel projet?

    Les difficultés de financement de Vigile sont très révélatrices de notre attitude… Aveux de compromission, je n’y ai jamais contribué financièrement. (Je ne travaille pas encore, mais, soyez-en sûrs, mes prochaines années mettront fin à cette avarice forcée…)

    Le manque d’infrastructures à notre disposition est criant : où sont donc ces imprimeries populaires qui permettaient jadis, dans les années 50-70, d’imprimer au prix coûtant les tracts et journaux des mouvements comme le nôtre?

    Beaucoup d’entre nous devraient s’intéresser de plus près aux activités du Centre des Médias Alternatifs du Québec. Ces gens font un travail formidable en ce qui a trait à la démocratisation des médias. Ils peuvent nous en apprendre beaucoup sur les moyens dont nous pourrions disposer pour faire connaître nos idées.

    Chose certaine, l’idée d’utiliser l’argent de l’État pour des campagnes de propagande démagogiques me répugne beaucoup. Le fédéral le fait sans remords; qu’il continue, c’est son affaire : cela me montre bien que mon peuple ne peut s’épanouir dans un État qui utilise de telles stratégies. Le Québec que je veux fonder, construire, je veux l’asseoir sur un savoir et une connaissance véritables des enjeux qui l’ont rendu nécessaire et non sur des bases douteuses, grossièrement coffrées du ciment trop sablonneux de l’ignorance et du mensonge comme l’édifice branlant du fédéralisme CANADIAN. Il faut que les gens SACHENT, et pour que les gens sachent, il faudra un jour ou l’autre que les intellectuels descendent dans la rue!

    Frédéric Labrie, 15.10.2002