Actualité







MARTIN REÇOIT UNE VOLÉE DE BOIS VERT

Lessard, Denis; Bellavance, Joël-Denis
La Presse mardi 14 septembre 2004

L'offre d'Ottawa en santé taillée en pièces par les premiers ministres

Ottawa - Le nouveau premier ministre Paul Martin a vécu son baptême du feu hier. À sa première conférence fédérale-provinciale, il a reçu une raclée de l'ensemble des provinces, exaspérées par l'insuffisance des fonds fédéraux en santé.

" Les Canadiens sont las de nos querelles ", avait pourtant prévenu d'entrée de jeu M. Martin, sentant qu'il allait rapidement se retrouver au banc des accusés. Le Québec, l'Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique ont tour à tour sonné la charge contre Ottawa.

Incisif, Jean Charest a montré du doigt le premier ministre, rappelant que " l'année cruciale " dans l'histoire récente du financement de la santé demeurait 1994-1995, où M. Martin, en tant que ministre des Finances, avait annoncé " unilatéralement et sans consultation une réduction draconienne des transferts fédéraux ". Toujours selon M. Charest, Ottawa prétend combler le Romanow gap- l'écart entre le financement fédéral actuel (20 %) et les 25 % qu'il devrait atteindre- " mais nous vivons avec le reality gap. Ça, c'est du monde dans les salles d'attente, des gens chez le médecin ". Sarcastique, le premier ministre du Québec a tout de même souligné que le gouvernement fédéral avait un rôle à jouer en santé, notamment pour la recherche fondamentale, la santé des autochtones et des anciens combattants.

Après avoir entendu tous ses collègues provinciaux, M. Martin était quant à lui clairement surpris de la vigueur des attaques.

" En sortant d'ici, on doit avoir un plan à long terme pour ne plus se chicaner au sujet d'un paquet de chiffres ", a-t-il dit à l'issue de la première séance publique de travail, hier.

Depuis 1999, Ottawa a injecté 70 milliards supplémentaires en santé, mais " si l'argent pouvait à lui seul améliorer le système, le tour serait joué ", a ajouté M. Martin, refusant de commenter la question des fonds supplémentaires que le fédéral serait disposé à mettre sur la table.

" Je comprends les pressions. Ce n'est la faute de personne ", a également affirmé M. Martin à la fin de la journée, repoussant du coup à demain les discussions sur le financement. " Il faudrait que je sois sourd pour n'avoir pas compris que c'est une inquiétude ", a-t-il lancé, visiblement ébranlé par les attaques incessantes de ses homologues.

Du côté des provinces, les coups pleuvaient. " Pour les médicaments, vous fournissez 12 millions. Nous, c'est 277 millions. Je vous demande qui fait sa part! " a lancé Gary Doer, du Manitoba.

Ralph Klein n'a pas mis de gants lorsqu'il a pris la parole. " En Alberta, les gens doivent magasiner pour se faire remplacer une hanche parce que c'est impossible à Calgary. " Danny Williams, de Terre-Neuve, a été encore plus dur. Le sous-financement chronique en santé a forcé un enfant à se rendre seul à Saint-Jean, à des centaines de kilomètres de ses parents, pour y subir un traitement contre le cancer. " C'est ça, le visage humain de la santé chez nous ", a-t-il déclaré, accusant comme les autres Ottawa de s'asseoir sur des surplus budgétaires.

" Le baby-boom est devenu un boom des patients ", a affirmé l'Ontarien Dalton McGuinty, soulignant par ailleurs que sa province " demande seulement que le fédéral paie sa part ".

Des chiffres

En marge des discussions, les fonctionnaires fédéraux ont finalement précisé la proposition du gouvernement Martin. Ottawa fait passer de 9 à 12,2 milliards de dollars sa mise de fonds supplémentaire en santé pour les six prochaines années. Cette enveloppe comprend un fonds temporaire de quatre milliards en cinq ans pour réduire les listes d'attente.

De plus, Ottawa a annoncé une nouvelle formule pour le calcul de la péréquation, qui fournira aux provinces les plus pauvres 12,1 milliards en six ans- chiffre immédiatement contesté par les provinces.

Pour le Québec, ces 12 milliards supplémentaires en péréquation reposent sur une prémisse douteuse selon laquelle la péréquation ne bougerait pas pendant 10 ans. En fait, il faudrait parler de six milliards en six ans, estiment les fonctionnaires de Québec. Le Québec obtient environ 45 % des fonds fédéraux en péréquation et 23 % des sommes en santé, calculés au prorata de la population.

Même cette séance d'information a été source de confrontation. Les mandarins fédéraux ont convoqué les journalistes au moment où l'éternel trouble-fête de la fédération, Ralph Klein, de l'Alberta, s'apprêtait à prendre la parole.

" C'est une insulte pour nous tous ", a lancé Gary Doer du Manitoba. Concrètement, les fonds supplémentaires d'Ottawa signifient, pour sa province, " 10 remplacements de hanche par jour ou quatre chirurgies cardiaques ".

" L'argent mis sur la table vise davantage à assurer la survie d'un gouvernement libéral minoritaire qu'à assurer la survie du régime de soins de santé ", s'est insurgé M. Doer en quittant la salle de réunion.

Avec son annonce sur la péréquation, Ottawa juge maintenant que la conférence fédérale-provinciale promise sur les " pressions financières " n'est plus requise. " On avance la date, on la tient maintenant ", a expliqué M. Martin. Pour Jean Charest, cela ne respecte pas l'engagement pris par le premier ministre dans une lettre transmise au Conseil de la fédération au cours de la dernière campagne électorale.

En fin de journée, hier, M. Martin paraissait jeter du lest sur les conditions fédérales quant à l'utilisation des fonds en santé. " L'imputabilité se fera au niveau des provinces, non auprès des bureaucrates ", a-t-il affirmé, renonçant à un éventuel rôle de contrôle de la part d'Ottawa. À ce sujet, plusieurs provinces avaient été lapidaires. Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique, a brandi plus de 1000 pages de documentation produites chaque année par Victoria sur l'utilisation des ressources en santé.





Nouvelle formule, même vieux film

Vincent Marissal
La Presse mardi 14 septembre 2004

La scène, vue hier midi au Centre des conférences d'Ottawa, résume à merveille l'ambiance de la grand-messe fédérale-provinciale sur la santé: Paul Martin, au bout de la grande table canadienne, essaye péniblement de répondre à une question d'un journaliste sur les demandes des provinces pendant que, devant lui, Bernard Lord fait NON de la tête en levant les yeux au ciel.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick n'était pas le seul à être visiblement exaspéré par les offres du gouvernement fédéral. À l'extérieur, son collègue albertain, Ralph Klein, venait lui aussi de rejeter les sommes " largement insuffisantes " mises sur la table par Paul Martin, la veille lors d'un dîner à sa résidence du 24, Sussex.

Quelques minutes plus tôt, le ministre fédéral de la Santé, Ujjal Dosanjh, venait de s'empêtrer dans des explications incohérentes sur les propositions de son gouvernement, avouant même être incapable de chiffrer exactement ces propositions. Renversés par ce laborieux exercice d'improvisation, des représentants des premiers ministres provinciaux échangeaient des regards incrédules. " Mais qu'est-ce qu'il raconte, il ne connaît même pas les chiffres de sa propre proposition, il dit n'importe quoi ", a lancé un proche conseiller de Jean Charest qui regardait la scène du coin de la salle.

Même dans l'entourage immédiat de Paul Martin, on avouait que " toute la question des chiffres était très complexe et que personne n'arrivait à s'entendre ". " Quand les provinces auront accepté notre plan de réforme, elles auront les fonds nécessaires ", a finalement lancé M. Dosanjh, qui continuait de s'enfoncer dans le sable mouvant de ses explications. Belle ouverture. Pour un gouvernement qui misait sur une vaste réforme du système de santé et sur le réchauffement des relations fédérales-provinciales pour faire sa marque, c'est plutôt mal parti.

Étant donné le résultat des élections de juin, on aurait pu penser que Paul Martin allait se montrer plus conciliant, mais il fait preuve en fait d'une intransigeance à faire regretter Jean Chrétien aux premiers ministres provinciaux. La seule différence avec Jean Chrétien, c'est que Paul Martin a choisi de tenir les pourparlers avec les provinces en direct à la télévision.

Bien sûr, les provinces ne s'attendaient pas à repartir d'Ottawa avec un magot sans quelques discussions houleuses, mais les premiers ministres et leurs attachés étaient surpris de l'attitude de Paul Martin. Après tout, c'est lui qui les a invités à venir débattre de l'avenir du système de santé et c'est lui qui a fait de la sauvegarde de ce système la plus importante promesse de son gouvernement. Or, se plaignent les provinces, il n'y a rien à négocier. Le gouvernement fédéral décide des montants, selon ses propres calculs (que n'acceptent pas les provinces), il veut dicter les secteurs prioritaires et la façon de mener les réformes et, en plus, il exige que les provinces rendent des comptes.

Il faudrait aussi que les provinces arrêtent de réclamer plus d'argent. Hier matin, avant même le début de la rencontre au sommet à Ottawa, le bureau du ministre des Finances, Ralph Goodale, a passé un coup de fil au bureau du ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, pour passer le message: " Arrêtez de réclamer une rencontre sur le déséquilibre fiscal. On a mis 13 milliards sur la table, si vous continuez à parler de déséquilibre fiscal, vous n'aurez rien du tout. " Pour la bonne entente, faudra repasser.

À moins que Paul Martin ne mette de l'eau dans son vin d'ici mercredi après-midi, le premier grand événement de son mandat se dirige tout droit vers un échec retentissant. Pour le moment, le moins que l'on puisse dire, c'est que le premier ministre a décidé de tenir la ligne dure. Après avoir entendu, hier après-midi pendant deux longues heures, les 10 premiers ministres provinciaux et les trois chefs de territoire lui reprocher d'avoir sabré les budgets fédéraux en santé pendant des années et de refuser aujourd'hui de les rehausser à un niveau acceptable, Paul Martin a répliqué, stoïque: " Je vous ai entendus, mais notre plan vise justement à vous assurer un financement à long terme. " La tête des premiers ministres autour de la table en disait long sur le gouffre qui sépare toujours Ottawa et les provinces.

Si Paul Martin peut difficilement se payer le luxe d'un échec avec les provinces, il sait que celles-ci, qui réclament plus d'argent pour la santé depuis des années, peuvent difficilement expliquer à leur population pourquoi elles lèvent le nez sur les milliards mis sur la table. M. Martin fait donc le pari de faire plier les provinces en insistant sur la nécessité d'arriver à une entente avant demain soir.

On a déjà vu ce film-là plusieurs fois à Ottawa. Cette fois, on peut même le voir en direct à la télé. Deuxième épisode ce matin, 9 h.

Vincent.marissal@lapresse.ca





Combien pour la santé?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mardi 14 septembre 2004

La conférence des premiers ministres canadiens sur la santé a commencé ses travaux dans une atmosphère de confusion entourant les offres d'Ottawa aux provinces. Mais quelle que soit la conclusion de cette rencontre, plusieurs questions resteront sans réponse concernant le rôle du fédéral et les priorités des provinces en matière de dépenses publiques.

Un aveu des hauts fonctionnaires québécois aux journalistes a suscité beaucoup d'émoi au cours du week-end. Selon ces responsables du dossier des négociations en cours à Ottawa, l'injection de fonds fédéraux supplémentaires ne conduirait pas Québec à injecter davantage dans le secteur de la santé. En entrevue, dimanche, à TVA, le premier ministre Charest a confirmé que l'argent supplémentaire du fédéral servirait à d'autres fins que la santé puisque le Québec consacre déjà 43 % de ses dépenses de programme à ce seul poste budgétaire. Où doit-on s'arrêter ? de demander le premier ministre.

Dans ces conditions, à quoi sert la rencontre de cette semaine à Ottawa ? La réponse s'impose d'elle-même : si les provinces revendiquent une participation financière plus importante du fédéral, c'est que ce dernier ne paie plus sa juste part des coûts du système alors qu'il dispose de revenus excédentaires importants. La part du fédéral qui a déjà atteint 50 % des dépenses des provinces en santé au moment de la création du régime, n'était plus que de 16 % l'an dernier. Dans son rapport publié il y a deux ans, la commission d'enquête Romanow demandait à Ottawa de rétablir sa participation à hauteur d'au moins 25 % des coûts, mais en échange d'une foule de conditions.

Nous en sommes encore loin, ce qui oblige les provinces à comprimer jusqu'à l'excès les dépenses des autres missions de l'État dans le seul but de maintenir le régime à flot. Ainsi, au cours des cinq dernières années, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a vu son budget passer de 14,8 milliards à 20,1 milliards par année. Une croissance extraordinaire de 36 % en cinq ans. Pendant la même période, l'ensemble des autres ministères a dû se contenter d'une augmentation totale de 7,5 %, de sorte que l'enveloppe globale consentie pour tous les services gouvernementaux, à l'exception de la santé, atteint cette année 27 milliards.

Quelle que soit l'issue de la conférence des premiers ministres, on comprendra avec M. Charest que Québec ne peut pas promettre que chaque nouveau dollar provenant du fédéral ira à la santé.

Certains ont dit que les libéraux provinciaux avaient promis beaucoup plus en campagne électorale, il y a 18 mois. Une relecture du programme nous montre, au contraire, que le Parti libéral avait promis d'augmenter les dépenses en santé de deux milliards la seule première année de son mandat, ce qu'il n'a pas fait, il est vrai, mais de quelques centaines de millions de plus chaque année par la suite. Finalement, cette promesse pourtant centrale était si mal ficelée qu'en suivant son plan, le gouvernement devrait investir moins que le minimum de 5 % (ou un milliard ) qui sera nécessaire chaque année d'ici 2008.

Quelles que soient les sommes négociées à Ottawa, les provinces n'ont pas à ajouter cet l'argent à leurs propres dépenses en santé qui croissent déjà à un rythme deux fois plus rapide que l'inflation.

Cela étant, d'autres questions restent à résoudre : par exemple, si l'argent d'Ottawa est utilisé à d'autres fins que la santé, peut-il aussi servir à réduire les impôts comme souhaiterait sans doute M. Charest ? À suivre...

jrsansfacon@ledevoir.ca





Ottawa doit se retirer

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 11 septembre 2004

ÉDITORIAL - C'est lundi que commence la rencontre des premiers ministres destinée au financement du système de santé. Une autre de ces rencontres «déterminantes» et «décisives»... qu'il faut pourtant répéter chaque année. Quand cessera-t-on de jouer au poker avec l'avenir du système de santé?

Au moment même où le premier ministre Paul Martin se prépare à rencontrer ses homologues des provinces, le Conference Board du Canada (CBC) publie la mise à jour de son évaluation prospective de la situation budgétaire des gouvernements pour les dix prochaines années.

Curieusement, c'est le ministère fédéral des Finances qui a commandé cette mise à jour, bien qu'Ottawa ait toujours contesté les conclusions des économistes du CBC en la matière. On se souviendra que la commission Séguin sur le déséquilibre fiscal fut à l'origine de la première étude du CBC sur la question, étude dont les conclusions prouvaient l'existence d'un déséquilibre fiscal structurel entre Ottawa et les provinces.

Pour sa dernière mise à jour, le CBC a modifié certaines hypothèses à la demande du commanditaire, le ministre des Finances. Ainsi, le modèle tient pour acquis qu'Ottawa ne remboursera pas plus de trois milliards de sa dette chaque année, le reste des excédents de revenus étant consacré à de nouvelles dépenses. Ce faisant, le CBC en arrive à prévoir que, au cours des cinq prochaines années, Ottawa accumulera des excédents annuels de 8,5 milliards, comparativement aux provinces qui, ensemble, feront face à un déficit annuel approximatif de 7,5 milliards. Les cinq années suivantes, l'écart s'accroît de façon spectaculaire puisque chaque année Ottawa pourrait enregistrer un excédent de 23 milliards, contre un déficit de cinq milliards pour les provinces.

Lors d'une conférence prononcée cette semaine à Ottawa, le ministre Ralph Goodale a averti les provinces qu'Ottawa ne consacrerait pas à la santé tous les futurs excédents prévus. Tout le monde est d'accord avec vous, M. Goodale. Personne en ce pays ne tient à ce que la santé n'accapare chaque dollar de gain supplémentaire que feront les Canadiens à l'avenir! Ce sont votre chef et vous qui tenez tant à parler de santé, surtout à imposer vos priorités en la matière. Si Ottawa craint à ce point que les provinces ne lui quémandent des milliards chaque année, ce qui est le cas présentement, il n'a qu'à leur céder les points d'impôt qui correspondent aux coûts du régime, tout en améliorant la formule de péréquation destinée à permettre à chacune d'offrir des services publics de qualité équivalente.

Évidemment, il n'y a aucune chance que l'actuel gouvernement fédéral emprunte cette direction, l'équipe libérale, depuis Pierre E. Trudeau, ayant du fédéralisme une conception bien trop impériale.

En santé, Ottawa s'occupe déjà des autochtones et des anciens combattants, c'est à lui qu'échoit la responsabilité de financer la recherche, d'inspecter les aliments et d'étudier les nouveaux médicaments, alors pourquoi ne pas consacrer son énergie à l'amélioration des services qui relèvent de sa compétence, au lieu de faire la leçon à des partenaires provinciaux qui s'y connaissent beaucoup plus en matière d'offre de services?

Après avoir lui-même commandité la mise à jour de l'étude prospective du Conference Board, Ottawa doit maintenant reconnaître qu'il dispose de moyens financiers démesurés en regard de ses responsabilités limitées en santé. Dans ces conditions, pourquoi ne se satisferait-il pas d'un rôle de gentil animateur en laissant chaque province choisir le type de régime et de réforme qui s'impose pour satisfaire les attentes de ses électeurs?

jrsansfacon@ledevoir.ca





Tout à la santé!

André Pratte
La Presse mardi 14 septembre 2004

Éditorial - Le premier ministre, Jean Charest, et son ministre de la Santé, Philippe Couillard, ont créé un certain émoi en déclarant que les sommes supplémentaires obtenues du gouvernement fédéral ne seront pas nécessairement toutes consacrées à la santé. Prononcés à la veille de la conférence des premiers ministres, qui s'est ouverte hier, ces propos menacent de miner la crédibilité des revendications du Québec au sujet du déséquilibre fiscal.

C'est en insistant sur les besoins criants du système de santé que M. Charest, comme son prédécesseur Bernard Landry, a martelé ses exigences financières auprès d'Ottawa. Voici qu'une fois l'argent obtenu, Québec le consacrerait à des baisses d'impôt et à la construction de routes? En agissant ainsi, le gouvernement libéral tromperait non seulement le fédéral, mais la population québécoise.

Les provinces demandent au gouvernement canadien qu'il porte sa contribution de 16 % à 25 % des dépenses de santé et de services sociaux. Si Paul Martin se pliait à cette revendication, le gouvernement du Québec recevrait 471 millions de plus cette année, et 3,5 milliards de plus en 2009-2010. Ou bien ce chiffre de 25 % est totalement arbitraire, ou bien il repose sur l'évaluation qu'ont faite les provinces des besoins du système de santé. S'il s'agit d'une estimation sérieuse, la totalité de la somme que versera le gouvernement fédéral, jusqu'à concurrence de ce seuil de 25 %, doit aller à la santé.

Le gouvernement du Québec a aussi des revendications importantes relatives à la péréquation. Là encore, tant que les priorités du système de santé n'ont pas été satisfaites, l'essentiel des montants supplémentaires obtenus par le biais de la péréquation devrait être consacré à cette mission.

Le ministre Couillard a justifié sa déclaration en expliquant qu'en raison du déséquilibre fiscal, le gouvernement a dû " détourner beaucoup de ressources des autres missions gouvernementales vers la santé. " C'est exact. Pour l'année en cours, Québec prévoit une croissance presque nulle des budgets de l'ensemble des ministères, exceptions faites de la Santé et de l'Éducation. Mais les libéraux ne devraient pas blâmer Ottawa pour cette situation. Le gel des dépenses de tous les ministères, sauf la Santé et l'Éducation, était un élément central du cadre financier du programme électoral du PLQ. Pas seulement pour un an, mais pour l'ensemble du mandat! " Tous les programmes de ces ministères seront révisés de façon à éliminer le gaspillage et les dépenses non-essentielles ", expliquait la plate-forme libérale. C'est cette révision, non une hausse des transferts fédéraux, qui devait dégager la marge de manoeuvre nécessaire pour la santé.

MM. Charest et Couillard répètent que le gouvernement du Québec n'a pas attendu l'argent du fédéral pour investir en santé. On ne peut pas accuser les compressions fédérales des années 1990 pour tout ce qui va mal dans les hôpitaux, tout en ignorant les réinvestissements substantiels consentis par Ottawa au cours des dernières années. Depuis deux ans, le gouvernement Charest a augmenté de 2,2 milliards le budget du ministère de la Santé. Devinez combien Ottawa a versé de plus au Québec, depuis deux ans, au titre de la santé et des programmes sociaux? Deux milliards.

Comme le premier ministre du Québec, nous sommes convaincus que le gouvernement fédéral ne doit pas se mêler de la gestion du système de santé. " Quand il y a des problèmes dans les urgences, c'est à notre porte que les gens viennent frapper ", faisait remarquer M. Charest à son homologue fédéral hier. M. Charest a raison. Mais le fédéral doit lui aussi répondre aux électeurs de l'usage qu'il fait de leur argent. Si Ottawa aurait tort de vouloir imposer aux provinces ses propres priorités en matière de santé, M. Martin est certainement en droit d'exiger de ses homologues un engagement ferme: les milliards qu'Ottawa compte leur verser pour la santé doivent être consacrés à la santé.





La vérité en pleine télé

Pierre Jury
Le Droit mardi 14 septembre 2004

Entre les sept et 13 milliards $ qui ont circulé quant à la future injection monétaire du gouvernement fédéral dans le domaine de la santé, le citoyen ordinaire en aura perdu son latin. Nos gouvernements finiront bien par démêler tout cela. Mais le moment marquant des premières heures de cette conférence nationale des premiers ministres sur la santé aura sans contredit été la combinaison droite-gauche, pour reprendre une expression commune dans les rings de boxe, de Dalton McGuinty et Jean Charest.

Jusqu'en milieu d'après-midi, hier, tous les coups s'étaient donnés devant le "miroir" des caméras de télévision. Ils n'étaient décochés que pour se faire les bras, se mettre en forme. Par exemple, Jean Charest quittant le Québec fort de l'appui unanime des syndicats, par exemple, jurant de défendre les compétences provinciales devant le fédéral centralisateur. Un Néo-Brunswickois Bernard Lord soutenant, au terme d'un dîner au 24 Sussex, dimanche soir, qu'il y avait encore un écart considérable entre les deux parties. "Des miettes. Des 'pinottes '", a qualifié le Terre-Neuvien Danny Williams.

Ça, c'était ce qui se disait dans le dos du premier ministre Paul Martin. Quelqu'un allait-il lui dire droit dans les yeux que son sauvetage du système de santé "pour la prochaine génération", ou au moins "pour les 10 prochaines années", souffrait de profondes lacunes ?

Par ce qui est plus qu'un beau hasard, oui. Les coups porteurs sont venus au milieu de l'après-midi. Tout juste après que M. Martin ait répété, une autre fois, que la santé - service public érigé au rang des "valeurs" canadiennes, ce qui en rend toute remise en question l'équivalent d'un crime contre la nation ! - constituait la priorité numéro un de tous les Canadiens. Qu'il fallait que ce service soit disponible à tous les citoyens, sans égard à leur situation financière, 24 heures par jour, sept jours par semaine, peu importe où.

À ce verbiage typique d'une campagne électorale, le premier ministre de l'Ontario Dalton McGuinty a servi la première salve. De la droite de M. Martin, et dévastatrice. D'un cran qu'on ne le connaissait pas nécessairement capable.

"Ce n'est pas assez d'argent", a lancé M. McGuinty. Tout net, tout sec. Il a aussi laissé entendre que les Ontariens étaient de meilleurs partenaires confédératifs que le gouvernement central.

Lorsque Jean Charest, assis à gauche du nouveau premier ministre, a pris la parole, il a dressé un long inventaire tout ce que son gouvernement avait fait dans le domaine de la santé depuis son élection, en avril 2003. Nous avons presque conclu, à mi-chemin, que le Québec n'avait pas besoin de l'argent d'Ottawa tellement les progrès - à ses yeux, du moins, étaient considérables. Il fallait attendre.

Il a par la suite habilement vanté les compétences fédérales en santé : sur les brevets des médicaments, en recherche médicale fondamentale, dans les soins de santé aux anciens combattants, aux autochtones (même si le bilan à ce chapitre est moins reluisant, comme tous l'ont entendu, en lever de rideau, hier).

Flattant sa victime pour mieux lui asséner le coup de grâce, finalement. Car le message de M. Charest était plus diffus mais non moins dur pour l'ego fédéral. Voici une province qui a fait tout ce qu'elle a pu dans le domaine de la santé : innovant avec des CLSC, des groupes de santé familiale, réformé l'administration des relations de travail dans le secteur - à un fort prix politique, a reconnu M. Charest. Et après tout cela, la santé gruge encore 43 % du budget de tous les programmes au Québec.

MM. McGuinty et Charest, deux leaders provinciaux contestés dans leurs provinces respectives, ont asséné les coups durs au gouvernement fédéral.

Malgré tout son bon vouloir, Paul Martin aura de la difficulté à se sortir de cette conférence nationale sur la santé avec autant de fleurs qu'il ne l'espérait en campagne électorale. La réalité des attentes en salle d'urgence ou sur des listes a occulté la qualité des soins dont les gens témoignent lorsque finalement, ils consultent enfin le professionnel de la santé.

Au moins, nous savons maintenant que les premiers ministres ont passé leur message directement. Finalement, cette conférence télévisée, si elle n'a pas le rythme d'un film d'action, n'est pas sans intérêt...

pjury@ledroit.com





La chèvre émissaire

Michel David
Le Devoir mardi 14 septembre 2004

La députée péquiste de Lafontaine, Nicole Léger, a tort de croire que son chef veut la bâillonner. À vrai dire, Bernard Landry se soucie comme d'une guigne de ce qu'elle peut dire ou penser. En lui retirant son poste de whip adjointe, il lui a même accordé une plus grande liberté de réclamer une course au leadership.

Pour justifier cette sanction, le chef du PQ a fait valoir que, à titre d'officier du caucus, Mme Léger ne pouvait pas aller à l'encontre du consensus qui s'est dégagé chez les députés à la veille du dernier conseil national. En réalité, Mme Léger avait fait sa sortie trois jours avant que le caucus ne prenne officiellement position sur l'opportunité d'une course. Il n'y avait donc là aucune entorse à la solidarité.

Il est vrai qu'elle a récidivé dans une lettre publiée dans Le Devoir cinq jours après la réunion du caucus. Le geste de M. Landry est peut-être mesquin, mais il a pu invoquer à bon droit une certaine logique, même si la fonction de whip adjoint relève essentiellement de l'intendance. Connaissant le caractère de son chef, Mme Léger devait savoir qu'elle prenait un risque en le défiant.

Encore faudrait-il que la même logique s'applique à tous. Quand Pauline Marois a emboîté le pas à Mme Léger, le jour même où le caucus prenait position, M. Landry a refusé d'y voir un acte de déloyauté, sous prétexte qu'il n'avait pas encore annoncé officiellement son intention de demeurer en poste. Il ne l'a fait que quelques heures plus tard à l'ouverture du conseil national.

Il était cependant très clair qu'à partir du moment où il confirmait publiquement qu'il restait, toute contestation de son leadership devenait un acte de déloyauté. Or, Mme Marois a de nouveau réclamé une course sur le plancher du conseil national. À ce jour, elle n'a eu à subir aucune conséquence, sinon que son geste a été jugé bien maladroit.

***

M. Landry avait parfaitement le droit de sévir contre ceux qui contestaient son autorité. Dans son entourage, certains étaient d'avis qu'il devait faire un exemple, pour éviter que la fronde prenne de l'ampleur, et Mme Léger faisait une chèvre émissaire idéale.

D'autres croyaient plutôt qu'il valait mieux passer l'éponge. Ils rappelaient le cas de Sheila Copps, dont la liquidation n'a rien fait pour rehausser l'image de Paul Martin. Après tout, la magnanimité fait partie des qualités d'un chef au même titre que la fermeté.

Le problème est que M. Landry a appliqué des règles différentes selon le degré de vulnérabilité de celle à qui il avait affaire. Il a enlevé son poste à Nicole Léger, avec la prime qui y est rattachée, parce qu'il la savait incapable de lui causer le moindre tort, mais il n'a pas osé s'en prendre à Pauline Marois, qui a infiniment plus de poids au PQ.

Remarquez, la réaction de Mme Marois à la rétrogradation de sa collègue de Lafontaine n'a pas été tellement plus édifiante. Que sa sortie ait été téléguidée ou non, Mme Léger demeure la seule à avoir eu le courage de l'appuyer. On ne peut pas dire que l'ancienne vice-première ministre ait crié son indignation. Elle a simplement dit trouver «dommage» ce qui lui est arrivé. «J'ose espérer que ce geste n'est pas lié à sa prise de position», a-t-elle déclaré. Ben voyons !

Un des reproches que l'on fait souvent à Mme Marois est précisément de ne pas défendre ses partisans avec beaucoup d'ardeur. Si c'est ce que M. Landry voulait démontrer en s'attaquant à Mme Léger, il faut reconnaître que c'est réussi.

***

Cette histoire n'est peut-être pas terminée. Même si le premier ministre Charest a renoncé au remaniement ministériel que plusieurs attendaient cet automne, le chef du PQ envisage de revoir la composition de son cabinet fantôme.

Déjà, le départ d'André Boisclair impose certains changements. Dans la foulée des défusions, les Affaires municipales vont demeurer un dossier chaud et Diane Lemieux aura besoin de tout son temps pour s'acclimater à ses nouvelles fonctions de leader parlementaire.

Si M. Landry décide de procéder à un jeu de chaises musicales au sein de son équipe, les yeux se tourneront inévitablement vers Pauline Marois, qui n'a cependant aucune envie de quitter son poste de critique en matière d'éducation.

À moins de déplacer également François Legault qui, à titre de porte-parole en matière de finances, jouit d'une bonne visibilité, affecter Mme Marois à un autre dossier serait inévitablement perçu comme un parti pris. Or, M. Landry ne peut pas se permettre de mécontenter M. Legault, dont l'appui lui est indispensable en prévision du vote de confiance qui sera tenu au congrès de juin prochain.

Il devient urgent de trouver une autre affectation à Camil Bouchard, dont la compétence professionnelle ne fait aucun doute, mais qui ne fait pas le poids face à un politicien aussi retors que le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard. L'Éducation lui conviendrait très bien, et Pierre Reid est un adversaire nettement moins coriace.

Sylvain Simard en arrache lui aussi face à la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. À la veille du débat sur la création de l'Agence des partenariats public-privé, un changement de porte-parole serait tout indiqué. Lui aussi serait très à l'aise à l'Éducation. Pour reprendre les mots de M. Landry, déplacer Mme Marois serait une décision «extrêmement logique».

mdavid@ledevoir.com





Une camisole de force

Jeffrey Simpson
L'auteur est chroniqueur aux affaires nationales au journal The Globe and Mail.
La Presse dimanche 12 septembre 2004

D'un Canada à l'autre - Les politiciens canadiens n'osent pas dire la vérité au sujet de notre système de santé

Qu'est-ce qu'on peut faire à pro pos du système de soins de santé du Canada? Ce sera là l'objet des discussions entre premiers ministres de ce pays la semaine prochaine.

On peut facilement prédire la teneur de l'une des réponses des premiers ministres: donnez-vous beaucoup plus d'argent. Mais une autre réponse est étonnante: Ottawa devrait mettre sur pied un programme national d'assurance-médicaments.

En ce qui concerne le Québec, ces deux réponses sont contradictoires. D'une part, Jean Charest, premier ministre du Québec, insiste pour souligner qu'Ottawa doit respecter la compétence provinciale en matière de santé. Donnez-nous plus d'argent, dit-il à Ottawa, et allez vous faire voir. D'autre part, il invite Ottawa à assumer l'entière responsabilité du paiement des médicaments, l'élément du budget des soins de santé à la croissance la plus rapide.

Dans le brouillard

Les premiers ministres sont dans le brouillard au sujet de ce qu'il faut faire pour régler la question des soins de santé. Ils sont terrifiés par l'opinion publique qui tient encore mordicus au système actuel. Ils sont également horrifiés devant les coûts croissants du système. Ils sont incapables d'empêcher ces coûts de croître plus vite que les revenus du gouvernement, mais ils n'osent pas avouer cette vérité à l'électorat.

La vérité est la suivante: le système actuel ne peut pas être maintenu, sans parler de l'améliorer, sans hausser les impôts ou réduire les dépenses dans d'autres domaines.

L'idée de l'existence d'un énorme surplus fédéral capable de fournir des milliards additionnels au système de soins de santé actuel est un mythe. Et l'argument du " déséquilibre fiscal " avancé par le Québec, entre autres provinces, est principalement une affaire de politique.

Les équilibres fiscaux vont et viennent. Il y a une décennie, les provinces étaient dans une situation budgétaire meilleure que celle d'Ottawa. Aujourd'hui, c'est l'inverse et les gouvernements provinciaux en profitent.

Une meilleure situation financière sur le plan fédéral a contribué à réduire les taux d'intérêt et à faire en sorte que l'inflation demeure modeste. Le Québec fait partie des provinces les plus lourdement endettées au Canada. Le ministre des Finances du Québec apprécierait-il de financer cette dette avec des taux d'intérêt de deux ou trois points plus élevés?

Les politiciens canadiens sont dans une camisole de force. Ils n'osent pas dire la vérité aux électeurs tout en sachant que le système actuel ne peut pas durer. Alors, ils continuent à montrer du doigt l'autre niveau de gouvernement et à réclamer plus d'argent. Ou alors, ils proposent des palliatifs, comme celui du gouvernement Martin destiné à réduire les listes d'attente.

L'injection de milliards de dollars supplémentaires dans le système pourrait l'améliorer, mais de manière marginale seulement. Et lorsque l'on consacre plus d'argent à ce système, ce même argent ne peut pas être dépensé ailleurs, pour les écoles, les universités, les routes, le bien-être social, la justice. Un dollar est un dollar. Quand on le dépense pour une chose, on ne peut pas le dépenser pour autre chose.

Y a-t-il un seul Québécois qui soit satisfait de l'état des routes dans sa province? Et demandez à n'importe quel recteur d'une université au Québec: leur établissement est-il en mesure de concurrencer les autres lorsque les étudiants paient si peu et que les subventions gouvernementales sont si chiches?

Manière canadienne

On ne trouve aucun autre pays du monde industrialisé qui fait fonctionner son système de soins de santé à la manière canadienne. Partout ailleurs, un système mixte public-privé a été mis en place et ce système prévoit que les patients/usagers/contribuables paient pour une partie de leurs soins, soit en contractant une assurance soit en payant lorsqu'ils reçoivent des soins.

Étant donné que les Canadiens et leurs leaders semblent peu disposés à accepter l'expérience du reste du monde, il leur reste plusieurs options. Hausser les impôts. Continuer à réduire des services pour financer les soins de santé. Ou limiter le nombre de services médicaux couverts par le régime d'assurance-maladie.

Voyez en Ontario. Le premier ministre Dalton McGuinty a renié sa promesse de ne pas hausser les impôts. Il a menti. Mais il a menti pour dire la vérité.

La vérité: pour être en mesure de consacrer deux milliards supplémentaires aux soins de santé (et davantage à l'éducation post-secondaire), son gouvernement a imposé des primes (une forme de taxe), éliminé les paiements pour la pratique chiropratique et l'optométrie, et gelé les budgets de 15 ministères.

En d'autres mots, il a haussé les impôts et paralysé le reste du gouvernement pour tout juste empêcher une plus grande érosion du système de soins de santé. Voilà le prix de notre cher système d'assurance-maladie.





Les comédiens

Michel David
Le Devoir samedi 11 septembre 2004

Jean Charest était radieux jeudi à l'issue de sa rencontre avec les représentants des associations ou groupes liés au secteur de la santé. Imaginez, même sa «petite madame Carbonneau» louait sa nouvelle communion avec le consensus québécois. À la veille de la conférence des premiers ministres, Henri Massé ne l'avait jamais vu aussi déterminé à défendre les intérêts du Québec.

On peut comprendre l'amusement de M. Charest. Trois jours plus tôt, la présidente de la CSN avait promis de «livrer une bataille sans merci» à son gouvernement, qui menaçait les acquis d'un demi-siècle de luttes syndicales. Dans un spectacle de théâtre de rue, lui-même était présenté comme un véritable cancre.

Le premier ministre sait parfaitement que peu importe les résultats de la conférence, tous ceux qui se disent aujourd'hui derrière lui trouveront une raison de lui tomber dessus ou chercheront à s'approprier une part du butin qu'il rapportera.

Vu du Québec, le scénario de ces conférences est sensiblement le même d'une fois à l'autre. Cette fois-ci, il y a tout de même une différence. Au cours des dernières années, on soupçonnait toujours le gouvernement péquiste de souhaiter, voire de programmer un échec, alors que l'opposition libérale craignait sincèrement l'isolement du Québec. Cette fois-ci, il ne fait aucun doute que le gouvernement Charest mise énormément sur un succès, tout comme il est manifeste que l'opposition a déjà conclu au fiasco.

***

Bernard Landry et les trois députés péquistes qui tenaient une conférence de presse hier matin ressemblaient à une troupe de comédiens répétant leur texte en prévision de la pièce qu'ils joueront la semaine prochaine.

«On souhaite que notre premier ministre atteigne ses objectifs. S'il le faut, on lui rendra justice. Sinon, on sera extrêmement critiques», a déclaré le chef du PQ, qui n'a cependant voulu courir aucun risque de devoir s'abaisser à féliciter M. Charest. Il a placé la barre tellement haut - 3,3 milliards dès cette année, sans qu'Ottawa pose la moindre condition - que l'échec est assuré.

Avec sa subtilité coutumière, François Legault a clairement exprimé l'objectif visé: «S'ils n'arrivent pas à récupérer leur argent, j'espère que les Québécois vont arriver à la même conclusion que nous, c'est-à-dire qu'il est impossible de renouveler le fédéralisme.» Sans l'explication de M. Legault, on ne l'aurait jamais deviné.

Il faut s'attendre à une petite chicane de chiffres à l'issue de la conférence. M. Charest aura-t-il obtenu plus ou moins d'argent que M. Landry en février 2003, lors de la conférence dite des coups de poing sur la table? À l'heure actuelle, les propositions de Paul Martin représenteraient 500 millions de moins que les 1,8 milliard de dollars répartis sur une période de trois ans que M. Landry avait soutirés à Jean Chrétien.

Peu importe le chiffre, ce ne sera jamais assez pour le PQ, mais les Québécois seront sans doute moins exigeants. S'il est vrai qu'une hausse de la contribution fédérale au financement des services de santé ne signifie rien si elle s'accompagne d'une baisse correspondante de la péréquation, personne ne s'attend à ce que tout le problème du déséquilibre fiscal soit réglé la semaine prochaine.

Il y a aussi la question des «conditions» qu'Ottawa pourrait poser. M. Charest assure qu'il n'en acceptera aucune, se disant même prêt à rentrer les mains vides. «Si on est les seuls, on sera les seuls!» Encore du théâtre. Le premier ministre peut toujours jouer les Cyrano, mais ni lui ni Paul Martin ne peuvent se permettre qu'il revienne les mains vides.

***

De façon générale, la population se soucie assez peu des conditions, normes ou objectifs fixés par le gouvernement fédéral, pas plus que de ces «fonds ciblés» dont on fait si grand cas. Peu importe que l'argent serve à raccourcir les listes d'attente ou à améliorer les soins à domicile, il semble en manquer partout.

À l'approche de la conférence de février 2003, un sondage Léger Marketing-Le Devoir avait d'ailleurs modéré quelque peu l'ardeur guerrière de Bernard Landry, qui promettait des «choses graves» si Ottawa insistait pour imposer des conditions au Québec. Deux Québécois sur trois estimaient qu'il était préférable de les accepter plutôt que de priver le réseau de la santé de ressources dont il avait si urgemment besoin.

Après avoir entendu M. Charest répéter ad nauseam que la santé serait la grand priorité de son gouvernement, plusieurs seront surpris, voire choqués d'apprendre que le gouvernement pourrait utiliser une partie des fonds versés par Ottawa à d'autres fins, comme des hauts fonctionnaires du ministère des Finances l'ont laissé entendre hier.

Le cadre financier présenté par M. Charest en septembre 2002 prévoyait une croissance annuelle de 5,1 % des budgets de la santé et de 1,75 % de ceux de l'éducation pendant une période de cinq ans, moyennant un gel des dépenses de l'ensemble des autres ministères. Cela devait permettre une baisse de l'impôt sur le revenu des particuliers de un milliard de dollars par année.

Le gouvernement a manqué à cet engagement dès son premier vrai budget. Ce qu'on semble dire au ministère des Finances, c'est qu'il ne sera pas possible de le tenir l'an prochain non plus. Il faudra choisir entre la santé et la baisse d'impôt.

Presque tout le monde, sauf ses quatre experts, avait dit à M. Charest que son cadre financier ne tenait pas la route, y compris celui qui allait devenir son ministre des Finances. Peu importe, le spectacle devait continuer. Faut-il applaudir?

mdavid@ledevoir.com





Le prix de la vérité

Alec Castonguay
Le Devoir samedi 11 septembre 2004

Commission Gomery sur les commandites - Depuis la sortie du rapport dévastateur de la vérificatrice générale en février dernier, le scandale des commandites nous a habitués à un déluge d'informations toujours plus spectaculaires. Le contraste a donc été frappant cette semaine lorsque Sheila Fraser a témoigné: rythme lent, questions très techniques, peu de faits nouveaux... Une commission d'enquête n'a rien d'un feu d'artifice. Sauf peut-être pour les libéraux, qui risquent d'en voir de toutes les couleurs.

Ottawa - La Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires, dirigée par le juge John Gomery, a lancé cette semaine la partie visible de ses travaux. Dans une grande et magnifique salle de l'ancien hôtel de ville d'Ottawa, les acteurs du scandale ont commencé à défiler. Un à un, avec les nombreux avocats et procureurs pour leur donner la réplique, ils reconstruiront le film des événements.

Pour comprendre le récit et pouvoir faire ses recommandations finales en décembre 2005, le juge Gomery peut s'appuyer sur un travail préparatoire gigantesque entamé il y a plusieurs mois. Près de 12 millions de pages de documents ont été envoyées à la commission, des dizaines d'entretiens avec les futurs témoins ont été menés, des analyses ont été faites, etc.

«Il y a une préparation énorme à faire avant de lancer les audiences d'une commission d'enquête, explique Gilles Létourneau, qui a présidé la Commission d'enquête sur la Somalie entre 1995 et 1997 et qui est aujourd'hui juge à la Cour d'appel fédérale. On engage des enquêteurs pour fouiller les documents et citer des témoins à comparaître, donc il faut savoir où l'on s'en va. Moi, pour la commission sur la Somalie, j'avais fait une grille d'analyse et on s'y référait pour garder le cap.»

Fin prête, la commission Gomery a décidé de lancer ses audiences avec le témoignage de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, et de trois de ses collègues qui ont supervisé la recherche et la rédaction du fameux rapport rendu public en février dernier. Questionnée abondamment sur ses méthodes d'enquête et le fonctionnement de son bureau, Sheila Fraser a révélé très peu de faits nouveaux. Le rythme de la commission était plutôt lent, les procureurs cherchaient les détails et s'attardaient sur des points très techniques. Pas facile à suivre pour un téléspectateur assidu qui observe le déroulement des travaux sur la chaîne parlementaire CPAC.

Les coûts

«La phase des témoins, c'est toujours long, souligne Louise Viau, professeure à la faculté de droit de l'Université de Montréal et commissaire au sein de la commission d'enquête Poitras sur les agissements de la Sûreté du Québec en 1997-1998. C'est presque un processus judiciaire, avec les contre-interrogatoires des avocats à chaque témoin. Ça ressemble à un mégaprocès.»

Il faudra s'habituer à ce rythme, préviennent les spécialistes. Et qui dit rythme lent dit coût élevé. Déjà, la commission Gomery s'annonce comme l'une des plus dispendieuses de l'histoire des enquêtes publiques. Dix, quinze, vingt millions de dollars? Plus? Le budget provisoire doit être rendu public la semaine prochaine.

Ce qui gonfle la facture, c'est évidemment la brochette d'avocats qui représentent des acteurs du scandale qui veulent être entendus. Et parmi eux, plusieurs sociétés d'État comme Via Rail, la Banque de développement du Canada et Postes Canada, sans compter les partis politiques comme le Parti conservateur, le Bloc québécois et le Parti libéral. Près de 30 avocats sont donc payés par les fonds publics.

«Leurs honoraires varient entre 250 $ l'heure et 500 $ par jour habituellement. C'est très cher. Et plus c'est judiciaire à la manière d'un procès, plus il y a d'avocats», explique Patrice Garant, professeur de droit administratif et constitutionnel à l'Université Laval et spécialiste des commissions d'enquête.

La facture ne doit pas prendre toute la place pour autant et éluder les vrais enjeux, croit Louise Viau. «Est-ce qu'on veut la vérité? Si oui, il y a un prix à payer pour cette vérité, on n'a pas le choix, dit-elle. Et plus le temps va passer, plus les gens vont parler du prix final de la commission. Mais, dans un pays de droit comme le nôtre, les gens peuvent se défendre à l'aide d'avocats, alors c'est normal que ce soit dispendieux.»

Le processus n'est pas seulement lent à cause de la présence des nombreux avocats. Il y a également une marche à suivre, et c'est pourquoi Sheila Fraser a été la première à témoigner. «Il faut aller chercher les éléments de preuve et les rendre publics, souligne le juge Gilles Létourneau. C'est comme bâtir un édifice, il faut commencer par la fondation en premier. Ensuite on rajoute des témoins. Il y a une séquence logique à suivre.»

Gilles Létourneau prévient que «tous les témoins ne seront pas intéressants», puisque tout doit être fait en public. Même les acteurs secondaires qui «amènent leur petite brique à l'édifice» doivent y passer, ce qui ralentit le processus. «Rien ne peut être fait en parallèle comme dans un procès normal, dit M. Létourneau. Évidemment, il y aura des témoins plus flamboyants que d'autres.»

Les libéraux en difficulté

Le Parti libéral, qui a demandé à la dernière minute d'être représenté par un avocat en tout temps, appréhende justement ces témoins clés comme Jean Chrétien, Alfonso Gagliano ou Charles Guité.

«Il n'y a pas grand-chose de bon qui peut sortir de là pour les libéraux, lance François-Pierre Gingras, politologue à l'Université d'Ottawa. Quand on ouvre un panier de crabes, comme Paul Martin l'a fait en ordonnant la mise sur pied de cette commission, il faut s'attendre à se faire pincer.»

Selon lui, la commission Gomery pourrait être «désastreuse» pour le Parti libéral du Canada. Même si l'appétit de la population pour le scandale des commandites a diminué, la proximité de la prochaine élection, qui pourrait avoir lieu dans 18 à 24 mois - soit à la remise du rapport final de la commission - va sérieusement embêter Paul Martin et son équipe.

Le premier ministre, qui pensait être à la tête d'un gouvernement majoritaire pendant quatre ans au moment de la commission, n'avait pas prévu se retrouver en pleine tourmente alors qu'une élection peut survenir en tout temps.

«Il faudra que Paul Martin attire l'attention ailleurs, soutient François-Pierre Gingras. Car les partis d'opposition vont ramener le scandale sur le tapis si rien n'est au menu législatif. Il devrait susciter des débats sur de grands enjeux pour le Canada, mais Paul Martin n'a pas eu beaucoup de succès dans ce domaine depuis qu'il est premier ministre.»





Liza Frulla reverra la répartition du budget de la Fête du Canada

Alec Castonguay
Le Devoir mardi 14 septembre 2004

Ottawa - Malgré le scandale des commandites et son controversé objectif de visibilité au Québec, le gouvernement fédéral a continué, depuis deux ans, à fortement subventionner les célébrations de la fête du Canada dans la province, et ce, au détriment du reste du pays. Une situation qui pourrait toutefois tirer à sa fin, puisque le programme qui octroie cette manne financière au Québec doit être révisé ce mois-ci.

En 2004, le programme Canada en fête était doté d'un budget de 7,25 millions de dollars pour aider les municipalités du pays à mettre sur pied les célébrations qui entourent le 1er juillet. Même si cet événement est moins populaire au Québec qu'ailleurs au Canada, la province a reçu 70 % de l'enveloppe totale, soit près de cinq millions.

À titre de comparaison, les autres provinces ont touché des miettes de cet argent fédéral, puisque l'Ontario, pourtant plus populeuse, a reçu 691 220 $, alors que la Colombie-Britannique a obtenu 323 630 $ et l'Alberta 234 835 $.

Une situation semblable à 2003, alors que le Québec avait reçu 60 % du budget de 8,3 millions du programme fédéral. Les autres provinces, encore une fois, touchaient quelques centaines de milliers de dollars. La façon inégale de distribuer cet argent entre les provinces n'a donc pas cessé malgré le scandale des commandites.

Au ministère du Patrimoine, responsable de la gestion du programme Canada en fête, on explique que le Québec reçoit la même somme depuis plusieurs années «parce qu'il y a beaucoup de bons projets». «29 municipalités ont bénéficié de cet argent au Québec en 2004, et ce, aux quatre coins de la province», souligne Véronique Raymond, porte-parole du ministère au Québec.

Au bureau de la nouvelle ministre du Patrimoine, Liza Frulla, son attaché de presse soutient que le programme doit être revu dans les prochaines semaines. «Le ministère va le revoir de fond en comble et la portion budget fait partie de l'analyse», explique Donald Boulanger.

Selon une note de service interne interceptée par l'Ottawa Citizen, les fonctionnaires recommandent à la ministre «d'augmenter d'un coup de 40 %» le budget disponible pour les autres provinces. La note qui date d'avril dernier était adressée à Hélène Scherrer, au moment où elle était toujours ministre du Patrimoine. Au bureau du premier ministre Paul Martin, où Mme Scherrer travaille maintenant, on explique que les anciens ministres ne répondent jamais aux questions sur leurs fonctions précédentes.

Dans la note de service interne, on souligne également que la situation dure depuis plusieurs années et qu'une province comme l'Ontario «est financièrement limitée en relation avec la grande population qu'elle dessert» par rapport au Québec.

Les budgets pour les célébrations estivales de 2005 ne sont donc pas encore arrêtés. Il est ainsi trop tôt pour dire si le 1er juillet prochain les fonds fédéraux pour la fête du Canada seront aux rendez-vous et dans quelle proportion.





Quels choix pour Télé-Québec?

Josée Boileau
Le Devoir mardi 14 septembre 2004

À confronter la nouvelle programmation de Télé-Québec et le document de consultation sur son avenir, rendus publics à 24 heures d'intervalle la semaine dernière, la question se pose: quelles émissions résisteraient à l'analyse enclenchée par le groupe de travail mis sur pied par le gouvernement libéral?

Le mandat de Télé-Québec a fait l'objet de multiples questionnements depuis sa mise en ondes, sous le vocable de Radio-Québec, en 1972. S'il s'agit d'une télévision éducative, l'éducation est un concept si flexible que, de décennie en décennie, les orientations politiques élargiront ou resserreront son mandat.

Le nouveau «Groupe de travail chargé de l'examen de Télé-Québec» affirme qu'il n'a pas encore décidé de la définition large ou restreinte qu'il donnera au vocable «télévision éducative et culturelle». Néanmoins, le questionnement qu'il met sur la table en vue de consultations publiques en octobre pose d'ores et déjà des balises.

Ainsi, c'est à l'aune de ce que font les chaînes concurrentes en matière d'information, de documentaires, d'affaires publiques et d'émissions de services que les émissions pour adultes de Télé-Québec devront être évaluées -- une exigence qu'on ne retrouve pas pour sa programmation jeunesse. Pourtant, le document lui-même reconnaît que les chaînes francophones spécialisées pour les jeunes sont devenues des concurrentes directes de «l'autre télévision». Pas question toutefois de pousser plus loin la comparaison.

Certes, les émissions pour la jeunesse de Télé-Québec jouissent d'un succès considérable, qui leur confère un quasi-rang d'intouchables. Mais la chaîne a d'autres émissions-vedettes -- À la Di Stasio, Les Francs-tireurs, des fictions étrangères de qualité -- qui lui donnent sa couleur et participent à sa rentabilité. Que fera-t-on d'elles si elles ne répondent pas au créneau plus strict qui semble envisagé par le groupe de travail ?

Le document laisse aussi de côté toute une tradition de Télé-Québec : celle qui privilégie des analyses de fond comme on n'en trouve plus ailleurs depuis des lustres. Des documentaires comme Bacon le film ou Turbulences y ont non seulement été présentés mais débattus; des émissions ont été consacrées aux intellectuels d'ici; le magazine Points chauds essaie encore de nous faire comprendre le monde en une version plus approfondie que des clips de cinq minutes...

Le gouvernement a assuré qu'il ne privatiserait pas, ni ne fermerait Télé-Québec. Mais sa quête de rationalisation -- puisque là est le fond de la question -- comporte toujours des pièges. Ainsi le mot «télévision généraliste», aussi souple soit-il quand il s'agit de Télé-Québec, ne semble plus de mise pour le groupe de travail. L'hyper-spécialisation pointe à l'horizon. Mais quand le public sera encore plus restreint que maintenant, quand plus un animateur allumé ne fera parler de lui dans les médias, la solution s'imposera et on mettra vite la clé sous la porte.

jboileau@ledevoir.ca





L'avenir de Télé-Québec sous la loupe du public

Paul Cauchon
Le Devoir samedi 11 septembre 2004

L'avenir de Télé-Québec sera publiquement discuté du 26 au 29 octobre prochain, lorsque le groupe de travail chargé de l'examen de la chaîne tiendra une consultation publique sur la chaîne éducative et culturelle.

Ce groupe de travail composé de neuf membres, mis en place par la ministre de la Culture et des Communications du Québec, est présidé par Claude Bédard, un ancien cadre de Radio-Canada et de Télé-Québec, et il doit revoir l'ensemble des activités de la chaîne, ainsi que sa mission.

Les audiences publiques se tiendront les 26, 27 et 28 octobre à Montréal et le 29 octobre à Québec, dans un lieu encore indéterminé.

En lançant cette consultation hier, le groupe de travail a également rendu public un document de consultation de près de 40 pages, qui rappelle que Télé-Québec a été mis en observation tous les dix ans depuis sa création et qu'il n'y a rien d'exceptionnel à ce qu'on s'interroge aujourd'hui sur son rôle, alors que le paysage télévisuel est en pleine transformation.

Le document propose une série de questions qui seront soumises à la consultation publique. Les membres du groupe affirment d'emblée que la nécessité d'une télévision publique québécoise n'est pas remise en question, mais que «le statu quo n'est pas une option». Autrement dit, il n'est pas question de privatiser Télé-Québec, comme l'avait affirmé Claude Bédard cet été au Devoir, mais toutes les possibilités de transformation sont sur la table.

Le groupe évaluera, par exemple, les publics cibles à privilégier, les priorités quant aux genres d'émissions, le rôle de Télé-Québec en région, la pertinence ou non de confier encore plus de productions à l'extérieur, les partenariats que la chaîne peut établir, la pertinence de maintenir l'actuel réseau d'antennes sur le territoire, la possibilité d'augmenter les revenus par la publicité, par la sollicitation directe auprès des téléspectateurs, par l'apport d'autres ministères et organismes publics, et ainsi de suite.

Le document peut être consulté sur le site Internet du ministère de la Culture et des Communications, et les groupes ou les individus ont jusqu'au vendredi 8 octobre pour présenter un mémoire.





Le déséquilibre fiscal dans la recherche universitaire, parlons-en!

Martin Blanchard
Candidat au doctorat, Université de Montréal et Paris IV-Sorbonne*
Le Devoir mardi 14 septembre 2004

Les chercheurs universitaires doivent faire émerger dans l'espace public un débat qui, pour le moment, demeure inexistant

Nous voudrions donner suite à la démarche entreprise par Michel Seymour lorsque celui-ci dénonça, dans les pages du Devoir, l'ingérence fédérale dans le financement de la recherche universitaire au Québec ( Le déséquilibre fiscal et la recherche universitaire au Québec, Le Devoir, 9 juillet 2004).

Depuis plusieurs années, des programmes comme les Chaires de recherche du Canada et les «initiatives stratégiques» du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) visent à créer des réseaux de recherches «nationaux» et des programmes de recherche ciblée qui ont pour conséquence d'envahir un champ de compétence dont devrait légitimement disposer le Québec, en vertu des principes fondamentaux du fédéralisme canadien.

Cet envahissement se produit alors que, de son côté, le Québec réduit de plus en plus le financement qu'il accorde à la recherche universitaire. Cette situation a pour conséquence d'arrimer la recherche universitaire à «l'entreprise de construction nationale canadienne», comme le dit M. Seymour. Il y a même lieu de se demander si une telle conséquence n'est pas voulue par les stratèges du gouvernement fédéral.

Comme les chercheurs en sciences humaines sont dans une position financière vulnérable, le gouvernement fédéral tire avantage de cette situation par une intervention toujours plus imposante dans la recherche universitaire; qui plus est, celle-ci se fait en fonction d'un principe que les Québécois n'ont jamais accepté (le pouvoir de dépenser), et dans des circonstances injustes et désavantageuses pour le Québec (le déséquilibre fiscal).

Tout se passe en effet comme si les programmes fédéraux de subvention à la recherche universitaire avaient pour but inavoué de mettre en place un gouvernement fédéral centralisateur et principal bailleur de fonds de la recherche universitaire.

Système québécois fragilisé

Au lendemain d'une élection fédérale dont l'un des résultats sera de propulser l'ingérence fédérale dans les domaines de compétence provinciale (santé, municipalités, éducation, etc.), les chercheurs universitaires doivent faire émerger dans l'espace public un débat qui, pour le moment, demeure inexistant : est-il acceptable qu'une agence fédérale occupe une bonne partie du terrain de la recherche universitaire au Québec ?

Un tel débat nous amènerait, bien entendu, à nous pencher sur des notions fondamentales comme celles du fédéralisme et de la coopération interuniversitaire, mais également sur une conséquence de l'ingérence fédérale dans la recherche universitaire que nous jugeons inquiétante : la vie universitaire ressemble de plus en plus à une course effrénée à la performance individuelle, puisque les Chaires de recherche (tout comme les bourses d'excellence du CRSH destinées aux étudiants) sont attribuées sur la base du mérite personnel. Cette façon de faire fragilise l'un des piliers du système éducationnel québécois, soit celui de l'équité. Il ne s'agit pas de dénigrer le mérite individuel, mais bien de faire en sorte que plus d'étudiants et de professeurs bénéficient d'un soutien financier stable. L'équité et la vitalité de la recherche en sortiraient gagnantes.

En tant qu'étudiants, nous sommes témoins de ce qui a tout l'air d'une remise en question des fondements de la recherche universitaire, et en particulier, l'équité entre chercheurs et le partage des compétences provinciales et fédérales, mais nous demeurons impuissants devant les changements qui s'annoncent.

Pourtant, nous savons qu'il n'y a pas que la performance à tous crins qui peut servir de critère de financement. Par exemple, il existe au moins un département universitaire au Québec qui a fait le choix de financer intégralement ses candidats aux études supérieures.

Chaque étudiant et étudiante en maîtrise ou en doctorat de ce département touche une bourse, certes bien modeste comparée aux faramineuses bourses d'excellence du CRSH, mais qui permet de consacrer le meilleur de son temps aux études.

Ne pourrait-on pas envisager la mise en place d'un modèle semblable pour le réseau universitaire québécois, sous la forme d'un revenu étudiant minimal ? Dans le contexte d'un désengagement de l'État québécois, c'est un débat qui pourrait avoir lieu, mais les stratégies de déséquilibre du gouvernement fédéral détournent la discussion dans une direction qui confine à l'affrontement.

Lorsque la communauté étudiante est tenue à l'écart de processus de décisions qui la concernent directement, elle peut toujours demander et exiger que sa voix se fasse entendre, mais elle n'a tout simplement plus rien à dire lorsque les parties deviennent intransigeantes et semblent prendre davantage de plaisir à se renvoyer la balle qu'à faire avancer la recherche universitaire.

Le débat que nous souhaitons faire émerger concerne donc la capacité de la collectivité universitaire québécoise à décider de son avenir. Les enjeux existent, ils sont de taille, et il est du devoir des professeurs et des étudiants universitaires de les aborder. Les intellectuels québécois sauront-ils répondre à l'appel ?

* Appuyé par :

Caroline Allard, candidate au doctorat, Université de Montréal
Frédéric Kantorowski, candidat au doctorat, Université de Montréal
Karine Lacroix-Pelletier, candidate à la maîtrise, Université de Montréal
Olivier Dufault, candidat à la maîtrise, Université McGill
Dave Anctil, candidat au doctorat, Université de Montréal et Paris I Sorbonne-Panthéon
Benoît Dubreuil, candidat au doctorat, Université Libre de Bruxelles
David Robichaud, candidat au doctorat, Université de Montréal et Université de Louvain
Lyne Jolette , M.A. traduction, Université de Montréal
Joachim Luppens, étudiant au BAC, UQAM
Alexandre Brunet, candidat au doctorat, Université de Montréal et EHESS (Paris)
Geneviève Dugré, École de Commerce Solvay, Université Libre de Bruxelles
Émilie Cantin, candidate à la maîtrise et assistante de recherche, UQAM
Patrick Turmel, candidat au doctorat, Université de Toronto
Anne Lardeux, M.A. histoire de l'art, Université de Montréal
Paul Choinière, candidat au doctorat, Université McGill
Denis Rioux, bachelier ès arts, UQAM





Un 11 septembre qui n'en finit plus :
Le Québec davantage européen qu'américain

Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 11 septembre 2004

De l'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange canado-américain, au tournant des années 90, jusqu'au 11 septembre 2001, intellectuels et littéraires se plurent à explorer et à réhabiliter l'«américanité» du Québec. Mais depuis cette date fatidique et ses suites, la perspective semble avoir beaucoup changé. Même que le Québec affiche une certaine «européanité». Analyse.

L'an 2001, avec le Sommet des Amériques à Québec et le festival Québec/New York dans la Big Apple, marqua l'apogée d'une conception du Québec qui visait à nous réconcilier avec une part essentielle de nous-mêmes: notre américanité, autrement dit, notre appartenance à ce continent.

Une part occultée, méprisée, refoulée. Une part «victime», en quelque sorte. De qui? D'une Europe dominatrice, colonisatrice, hiérarchique, civilisatrice. Pendant des siècles, les classes supérieures québécoises, «tournées vers l'Europe», auraient produit, par l'éducation dont elles avaient la charge, des «Européens exilés», pour reprendre une expression de Jean Paré. Les «classes populaires» n'en demandaient pas tant, paraît-il, et développaient de leur côté, de façon «spontanée», une «vraie culture» authentiquement nord-américaine - baseball, beurre d'arachide, cinéma hollywoodien, etc. - malgré l'opprobre jeté sur celle-ci par les élites européanophiles. Mais, dans les années 90, c'était le temps de retrouver l'Amérique en nous, de la circonscrire, en décrire les mille et une influences.

Avant le 11 septembre 2001, «ce discours faisait presque l'unanimité dans les milieux politiques, diplomatiques et artistiques», note Joseph-Yvon Thériault, sociologue, qui a publié l'essai Critique de l'américanité (Québec/Amérique, 2002). Une telle conception était portée, dit-il, par les politiciens nationalistes, lorsqu'il s'agissait «d'exprimer l'ouverture économique du Québec depuis le traité du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique» (on pense à Bernard Landry); ou encore lorsqu'ils voulaient exprimer «l'originalité américaine de la francophonie québécoise dans l'ensemble francophone international» (on pense ici à l'ancienne ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin). Et dans les milieux culturels? «Quand le dramaturge québécois Robert Lepage ouvre officiellement le Printemps du Québec à Paris (printemps 1999), il convie les Français à venir rencontrer l'Amérique», a écrit Thériault. Quant aux milieux universitaires, l'américanité y «était un peu devenue une tarte à la crème», affirme Yvan Lamonde, historien, qui est pourtant pour beaucoup dans la propagation de la notion. Il parlait même à une époque de «consentir» à l'américanité du Québec, expression décriée entre autres par Anne Légaré, politologue.

Effondrements

C'était avant le 11 septembre 2001, nous l'avons dit. Avant que l'Amérique dirigée et travaillée au corps par le néoconservatisme ne reçoive l'électrochoc déterminant que l'on sait. Avant la fracture atlantique qui allait laisser voir les plaques tectoniques de l'Occident du nouveau et de l'ancien mondes se disjoindre. Avant les propos de Donald Rumsfeld sur cette «vieille Europe mauviette» ayant renoncé à toute politique de puissance. Avant l'opposition très française à l'invasion de l'Irak.

Pour Joseph-Yvon Thériault, il est évident que le discours de l'américanité s'est effondré avec les tours jumelles. D'une façon littérale, d'abord: le 13 septembre 2001 devait marquer le coup d'envoi de Québec/New York, grand festival artistique et culturel, organisé et financé par le gouvernement du Québec. Une «saison» du Québec aux États-Unis, où la petite nation périphérique allait présenter une vitrine complète à son grand voisin, en son centre symbolique, sa mégapole culturelle. Les brochures de l'événement soulignaient à gros traits que la délégation du Québec à New York était «la première à avoir été créée, dans tout le réseau québécois, il y a de cela plus de 60 ans». Il n'était donc pas surprenant que le Québec, «actuellement en pleine redécouverte de son américanité, ait envie, en ce début de millénaire, de poursuivre cette histoire. Et de la développer, en se rendant sur place, afin de s'y présenter sous un jour résolument nouveau, "techno-culturel"».

Le matin du 11 septembre, on venait de terminer l'installation de tous les éléments publicitaires - grandes banderoles, affiches, etc. - vantant une «Amérique différente, au nord», une «Amérique qui parle français» pratiquement oubliée des États-Uniens, dans un grand espace adjacent au World Trade Center, où devaient se tenir plusieurs activités. Ces publicités sombreront avec les débris des tours. L'événement Québec/New York, planifié depuis plus d'un an, sera évidemment annulé.

Joseph-Yvon Thériault affirme que, depuis le 11 septembre, les études sur «l'américanité du Québec», pléthoriques jusque-là, sont «beaucoup moins nombreuses, presque inexistantes». Il est selon lui «évidemment plus difficile, pour les intellectuels, universitaires, politiciens et représentants des milieux culturels, de se dire "tous Américains", il y a une espèce de malaise».

Gérard Bouchard, historien et grand expert de l'américanité - certains disent «chantre» - souligne lui-même que les États-Unis, depuis le 11 septembre et l'invasion de l'Irak, ont «montré un visage autoritaire, impérialiste, militarisé, qui ne plaît aucunement au Québec». Mais M. Bouchard refuse l'idée que l'américanité n'est plus un thème dominant: «Je constate simplement que, depuis trois ans, l'on enjambe davantage les États-Unis, pour faire des liens avec l'américanité des Caraïbes francophones et de l'Amérique latine».

Le détour européen

Reste que le Québec s'est révélé être très «européen» depuis trois ans. Dans son opposition à la guerre en Irak, d'abord: pensons aux manifestations monstres de février 2003. Pendant la campagne électorale québécoise d'avril, les chefs des trois partis politiques arboraient leur ruban de la paix. Sur les questions de la puissance, du multilatéralisme, comme sur les questions sociales, le Québec met donc de plus en plus en avant une position de type «vieille Europe».

Rien de très nouveau en politique, où il y a longtemps que le Québec se veut «européen». Lorsqu'il pense sa propre situation politique, il dit depuis les années 70 qu'il veut s'inspirer des grands principes de l'Union européenne, voire les imiter. Et ce, tant chez les libéraux de Bourassa et d'Allaire que chez les souverainistes de Landry.

Sur le plan social, une certaine «européanité» du Québec contraste de plus en plus avec les États-Unis. Sa démographie, à faible natalité, est «européenne», comme se plaît à le rappeler Jacques Légaré, démographe. Comme d'ailleurs, sur un plan plus trivial, son système métrique, sa nouvelle passion pour le soccer et son désintérêt à l'égard du baseball.

Aussi, le sentiment religieux est en constant déclin au Québec (plus que dans le ROC), alors qu'il croît aux États-Unis, ce que met en relief Michael Adams, sociologue canadien-anglais. Autre trait «européen»: «l'extrême ouverture» du Québec à l'égard du mariage des homosexuels et de la marijuana à usage thérapeutique. Si le Canada a des airs d'une «nation hippie», comparativement aux voisins du sud, comme le dit Naomi Klein, le Québec est sans contredit la plus «baba-cool» des dix provinces.

Quelle Europe? Précisons: la post-moderne, empreinte de l'utopie juridique du fédéralisme, de la paix perpétuelle, de la «religion des droits de l'homme» et du tribunal pénal international. Pas tellement cette autre Europe de la mémoire, de la profondeur culturelle, à laquelle l'antique devise québécoise, «Je me souviens», peut être assimilée.

Gérard Bouchard incite toutefois à la prudence: il ne faut pas trop se leurrer au sujet de «l'européanisation» du Québec: «Même si c'est la France et l'Europe continentale qui ont parlé le plus fort pour la paix, rappelons-nous que l'Amérique latine et l'Asie allaient aussi en ce sens. La position québécoise n'est donc pas strictement européenne.» Comme les autres traits soulignés plus haut. M. Bouchard veut aussi corriger ses critiques, comme Thériault et Légaré: «L'américanité a toujours signifié pour eux "États-Unis". Or, j'ai toujours dit que le concept était beaucoup plus large que cela. Et il est faux de dire qu'il ne se fait plus rien en ce domaine: il y a actuellement une véritable folie latino-américaine au Québec.»

Yvan Lamonde est d'accord. Il souligne de plus que la mutation des États-Unis dans les trois dernières années permettra à terme de mieux dissocier «américanisation» (où l'on devient états-unien) et «américanité» (le fait d'appartenir à ce continent). Et si on parle moins d'américanité, selon lui, c'est que la notion est entrée dans les moeurs. D'ailleurs, de nombreux travaux historiques en cours l'incluent, ce qui le réjouit. Dans un texte à paraître dans la revue Globe, il parle de «l'acceptation conditionnelle, donc critique, de la réalité américaine»... Chose certaine, on est loin de son fameux «consentir à l'américanité» de naguère.





Étrange politique au Moyen-Orient
- Comment servir son ennemi

Houchang Hassan-Yari, Professeur et directeur
Abdelkérim Ousman, Professeur, Département de science politique et d'économique, Collège militaire royal du Canada, Kingston
Le Devoir mardi 14 septembre 2004

Les actions de Saddam Hussein, jadis, du Hamas ou de Moqtada Sadr ont produit des effets contraires aux buts recherchés

La politique au Moyen-Orient défie l'entendement politique. On dirait qu'elle s'exerce sans conscience stratégique parce que souvent elle produit des effets contraires aux buts escomptés par les acteurs. Ces derniers, qu'ils soient des oppresseurs ou des opprimés, compromettent toujours leurs intérêts nationaux en déployant tout ce qu'ils ont comme pouvoir d'action pour que leurs ennemis triomphent à leurs dépens. Saddam Hussein, le Hamas, Moqtada Sadr et les ultra-conservateurs en Iran sont les champions de ce jeu bizarre.

Saddam Hussein a été le grand maître de ce jeu qui a raffermi la mainmise des États-Unis au Moyen-Orient. En effet, le 12 février 1979, la révolution islamique en Iran mit fin à la présence américaine dans ce pays. Les secousses de cette révolution déstabilisèrent la domination américaine sur le «monde» musulman, du Maghreb à l'Indonésie. Cette instabilité post-révolutionnaire et l'excès de rhétorique de certains dirigeants de Téhéran (étrangers à l'art de la diplomatie et dépourvus de toute expérience étatique) ont eu pour conséquence d'inviter Saddam Hussein à faire une guerre de procuration au profit des États-Unis. Du coup, ces derniers prirent revanche sur l'Iran, pays «non musulman» selon la rhétorique guerrière sunnite et sûrement «non arabe» de par ses origines historiques.

Le résultat fut une guerre de huit ans (1980-1988) causant d'énormes dommages humains (plus d'un million de morts et de blessés) et matériels (des milliards de dollars en dépenses militaires). Le fait le plus marquant, pendant et après cette guerre, fut toutefois la réhabilitation des États-Unis dans la région. En effet, se sentant menacés par la révolution islamique et un éventuel débordement de cette guerre, les petites monarchies arabes du Golfe persique se mirent à l'abri sous le parapluie militaire de Washington. Motivés par les intérêts claniques et les impératifs de sécurité, ces États mirent à la disposition de la machine militaire américaine leurs coffres, ports et aéroports.

Les États-Unis n'ont pas seulement regagné leur influence perdue avec la révolution iranienne, leur industrie militaire et aéronautique s'est aussi enrichie, non seulement des commandes iraniennes et irakiennes (les Américains vendaient des armes aux deux belligérants), mais aussi des commandes en armements des émirats du Golfe.

Cadeau aux États-Unis

L'invasion du Koweït est le deuxième cadeau que Saddam Hussein a offert aux États-Unis. Cette invasion va consolider davantage la domination américaine dans la région. Le 2 août 1990, à peine sortie de huit ans de guerre particulièrement sanglante, l'armée irakienne s'est lancée dans une autre aventure militaire sous le prétexte de réparer une injustice historique, avec l'objectif d'enlever au Koweït son statut d'État souverain et le réduire à une province irakienne. Comme on le sait, le résultat fut le contraire de ce qui a été escompté par Saddam Hussein : les troupes de ce dernier subirent une défaite désastreuse qui a mis depuis lors l'Irak à genou.

Après cette mésaventure de l'armée irakienne, les États-Unis devinrent incontestablement la puissance hégémonique de la région, ce qui renforce leur hégémonie planétaire au moment où l'Union soviétique comptait ses derniers jours. En conséquence, les petites monarchies arabes s'attachent davantage à la puissance américaine en abritant des milliers soldats et des équipements américains sur leur sol, dont une grande partie servira à l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003. Cette invasion mettra fin au règne de Saddam Hussein, qui s'est avéré n'être qu'un bluffeur.

Si George Bush père n'a pas eu le temps de réaliser son «nouvel ordre» mondial après la défaite de Saddam Hussein en 1991, son fils, le «président de guerre» et ses amis néo-conservateurs, pour qui le 11 septembre 2001 n'a été qu'un prétexte d'expansion du pouvoir américain, réaliseront leur rêve d'empire, en renforçant leur victoire sur les talibans par une autre victoire sur ce qui reste de l'armée de Saddam Hussein.

Finalement, contrairement à ses prétentions, Saddam Hussein n'était ni Salah ed-Din (Saladin), illustre souverain et champion de la cause arabo-musulmane du Moyen âge, ni un socialiste anti-américain, mais un fidèle serviteur inconscient des intentions expansionnistes des États-Unis au Moyen-Orient. Il se révéla par la suite que sa prétendue puissante garde républicaine n'était qu'une armée de carnaval devant la puissance de feu des forces américaines.

Des bénéfices pour Sharon

En Palestine, l'objectif initial du Hamas (le Mouvement de la résistance islamique) est de remplacer Israël par un État islamique palestinien. Mais si l'on y pense, on se rend compte que ce mouvement rend le même service à Israël que Saddam Hussein aux États-Unis.

La stratégie du Hamas a son équivalent chez les faucons du Likoud; les deux justifient mutuellement leur existence et leurs actes odieux. Tout ce qu'ils ont fait depuis 1993, c'est de torpiller les accords de septembre 1993 entre l'État d'Israël et l'OLP, accords destinés à conduire à une paix entre Israël et la Palestine.

Cependant moins médiatisées, très peu stigmatisées, les attaques d'organisations terroristes israéliennes à l'endroit des Palestiniens provoquent moins d'indignation que celles des organisations palestiniennes. Depuis que le Hamas a augmenté le nombre de ses attaques suicide contre les Israéliens non armés, les gouvernements successifs de Tel Aviv ont eu la tâche facile d'annexer plus des terres palestiniennes.

Hostile à toute «concession» territoriale, le gouvernement d'Ariel Sharon trouve des alliés inespérés : le Hamas qui mène son projet irréaliste de libérer «toute la Palestine» et George Bush qui s'est engagé dans une guerre tout aussi irréaliste pour anéantir les terroristes. Ces derniers sont sans adresse, mais le président américain se croit capable de détruire leurs infrastructures.

Finalement, Sharon, hostile à toute paix avec les Palestiniens, est le seul bénéficiaire à la fois du terrorisme et des politiques antiterroristes américaines. Pendant que les États-Unis s'attirent la colère du monde musulman à cause de leur logique biscornue qui les a conduits à envahir l'Irak, et qu'ils suscitent la désapprobation de leurs alliés tout en mettant la sécurité de leurs citoyens en danger, le premier ministre israélien, lui, a réussi à détruire l'Autorité palestinienne (son objectif principal) qui, rappelons-le, était déjà moribonde, sclérosée et inefficace.

De plus, Sharon gruge encore plus de territoire palestinien, faisant de ce qui reste de ce territoire une cage gigantesque en construisant son «mur de sécurité» pour anéantir davantage les aspirations légitimes du peuple palestinien à un État viable.

Finalement, le parcours de ces aventures belliqueuses est parsemé de milliers de morts parmi les civils palestiniens et israéliens et jamais la paix entre ces deux peuples n'a été si loin.

Le Hamas, même s'il n'est pas le seul responsable de cette situation, en porte une grande responsabilité. Au lieu d'ajuster ses tactiques de lutte contre l'armée d'occupation, il ne semble pas réaliser l'étendue et la profondeur des changements survenus sur la scène internationale depuis le 11 septembre. Sa stratégie est aussi inconsciente que celle du Parti Baass irakien qui a prétendu vaincre l'impérialisme américain en se fichant éperdument de ses obligations de désarmement à l'endroit de l'Organisation des Nations unies, attitude qui a servi de prétexte à l'invasion américaine de l'Irak.

Les Palestiniens pourraient vaincre l'armée israélienne sans recourir au terrorisme et même en s'y opposant; et ce, en tenant compte de l'expérience de la première Intifada qui a conduit au processus inachevé d'Oslo. Mais le Hamas a voulu répéter l'exploit du Hezbollah qui a forcé le départ du Tsahal hors du Sud-Liban. Malheureusement pour le Hamas et pour tous les Palestiniens et Israéliens d'ailleurs, dans ce cas on peut dire qu'une fois n'est pas coutume. On dirait que l'expérience du passé n'a aucun effet sur les attitudes des politiques au Proche-Orient.

Moqtada Sadr, le nouveau venu sur la scène politique irakienne, se révolte contre l'occupant américain et le gouvernement irakien désigné par Washington, et ce, au moment même où tout le monde voyait l'échec de l'occupation américaine et où des voix à l'échelle internationale s'élevaient pour demander des comptes à Bush concernant les actes de torture perpétrés par les forces armées de la coalition sur les détenus de la prison d'Abu Gharib.

Mais l'insurrection de Najaf orchestrée par Sadr oriente les médias et l'opinion publique vers l'aspect confessionnel de la nouvelle dynamique du pouvoir en Irak, qui dresse les Irakiens les uns contre les autres. Ainsi, en raison de ses actes irréfléchis, M. Sadr a renforcé les circonstances favorables pour la reconstruction de la Garde républicaine (désormais appelée la Garde nationale) et une version remaniée du sinistre Mokhaberat, le service de renseignements du régime déchu. La Garde nationale a fait son apparition publique à l'occasion du siège de Najaf

M. Sadr a aussi réussi à associer, au moins en partie, les chiites au terrorisme, affaiblissant ainsi la position de la majorité des Irakiens dans le jeu politique de leur pays.

Enfin, l'atrocité indescriptible contre les ressortissants étrangers en Irak au nom de l'Islam ne fait que renforcer les adeptes de l'idéologie du choc des civilisations dont la survie politique dépend de la multiplication de telles prises d'otages.



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Les Frasques de Serge Savard et de ses amis

Louise Galarneau
TRIBUNE LIBRE 14 septembre 2004



Réf. : É. LaHire, « Serge Savard, le French Canadian de service » (http://www.soreltracy.com/liter/2004/septembre/13s.html)


Serge Savard, Marc Savard (fils d'icelui), Parti Libéral du Canada, les Commandites du gouvernement fédéral (accointances notamment avec les Jean Pelletier, les Alfonso Gagliano, les Groupe Everest et autres Claude Boulay et Denis Coderre de cet univers-là)
*, ivresse au volant, une «institution québécoise» (Le Marriott Château Champlain de Montréal) qui en dépit des 27 ans du régime de la Charte de la Langue française s'est toujours refusée à respecter le français au Québec, et puis enfin L'Ordre national qui donne littéralement dans le ridicule en accordant sa palme au ci-premier nommé...


Mélange explosif, en effet, pour tous ces gens impliqués de près ou de loin à ces manières et trafiquant à quelque titre dans cette ambiance aux fragrances hautement délétères.

Vraiment édifiant...

Comment, dites-moi messieurs/dames, ne pas éprouver un profond mépris à l'égard de ces individus, entreprises et organisations qui n'en ratent jamais une pour mieux miner, ravaler et aveulir la personnalité québécoise en Canada et en Amérique.

Et ce, en plongeant les mains dans mes propres impôts de citoyenne !

Oui, dites-moi. Comment vaincre ce mépris.
Et ce dégoût.


Louise Galarneau
14-09-04

* Sans compter le plus que douteux dossier des Internationaux du Sport de Montréal (ISM): http://www2.canoe.com/sports/dossiers/archives/2004/06/20040616-162415.html ainsi que les hyperliens afférents, dont http://www2.canoe.com/sports/nouvelles/archives/2004/06/20040618-091912.html et http://www2.canoe.com/sports/nouvelles/archives/2004/06/20040618-090218.html.
   Incidemment, on notera que ces dernières informations datent de la mi-juin 2004 alors que la cérémonie de remise des insignes de l'Ordre national du Québec eut lieu à peine quelques jours plus tard (http://www.mce.gouv.qc.ca/g/html/onq/20040623.htm et http://www.mce.gouv.qc.ca/g/html/onq/20040603_annexe.htm). Et voilà donc, par cet adoubement vaudevillesque (http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/7-17.html#tlmll), le papa de Me Marc Savard qui se voit sacré chevalier de l'Ordre.
   Alors question, M. Lamarre : c'est pour bientôt l'insigne pour mon beau matou angora nommé Manou...? Aussi, afin d'accélérer sa candidature, voici sans plus tarder son pedigree: il n'a jamais extorqué le moindre sous au Trésor public ni tenté d'endoctriner qui que ce soit, il ne prend pas non plus une seule goutte d'alcool avant d'aller se balader dans les ruelles du quartier et, last but not least, il respecte avec une fierté indicible la langue... des descendants de Champlain.






TRIBUNE LIBRE

FRANÇOISE DAVID DEVRAIT CHERCHER LA GAUCHE CRÉDIBLE CHEZ LES PÉQUISTES DU SPQ LIBRE PLUTÔT QU’À L’UFP

Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 14 septembre 2004

Montréal, le mardi 14 septembre 2004 – Si au terme de son congrès de novembre, Option citoyenne veut vraiment proposer ce que le porte-parole de l’Union des forces progressistes (UFP), Amir Khadir, appelait récemment « une gauche crédible, compétente et concrète », Françoise David ne pourra sûrement pas s’inspirer de la plate-forme actuelle de l’UFP. « Promettre un déluge de milliards $ qu’on ne pourra jamais livrer, ce n’est pas respecter ses concitoyens », estime Christian Gagnon, président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre.

En effet, la plate-forme politique de l’UFP, telle qu’adoptée à son Congrès statutaire de mai dernier, propose un « réinvestissement massif immédiat » en santé jusqu’au niveau de dépenses d'avant le déficit zéro (article 6.d), la gratuité des médicaments pour tous (article 6.i), des garderies à zéro dollar (article 7.2.a), des universités sans frais de scolarité (article 7.2.f), le remplacement de tous les prêts étudiants par des bourses (article 7.2.g), «des congés parentaux payés à 100%» (article 9.b 4) et la semaine de 32 heures tout en demeurant payés pour 40 heures (article 10.a). «Pour ne pas être accusé de néo-libéralisme, faut-il que le PQ fasse lui aussi comme si le déséquilibre fiscal, la dette de 110 milliards $ et le niveau déjà élevé de nos impôts n’existaient pas ?», demande Christian Gagnon.

Le gouvernement péquiste sortant a su concrétiser ses convictions sociales-démocrates. Les lois sur l’équité salariale et sur la perception automatique des pensions alimentaires, l’assurance-médicaments, les garderies à 5$, l’indexation annuelle automatique des prestations d’aide sociale, la loi-cadre de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, de même que la révision de la Loi sur les normes du travail en témoignent éloquemment. Ottawa a déjà ses congés parentaux à 55% du revenu pendant 50 semaines. Grâce à la Cour d’appel, le gouvernement Charest ne pourra offrir moins que le régime plus généreux développé par le PQ, proposant 40 semaines avec 75 % du revenu ou 50 semaines à un taux de 70 % pour les 25 premières semaines et de 55 % pour les suivantes. «Même dans l’opposition, le Parti Québécois continue d’imposer au PLQ son héritage progressiste. Et l’accueil très chaleureux réservé par le PQ au mouvement SPQ Libre est nettement plus enthousiasmant pour la gauche québécoise», conclut Christian Gagnon.