Actualité







PPP

Un projet abusif

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 8 novembre 2004

ÉDITORIAL - On a beaucoup parlé du projet de loi 61 créant l'Agence de PPP, mais beaucoup moins du projet 62 qui confie plusieurs nouvelles compétences aux municipalités, notamment en matière de PPP, d'environnement et même d'énergie. Pourtant, s'il était adopté dans sa forme actuelle, ce projet constituerait une forme d'abandon grave de responsabilités de la part du gouvernement du Québec.

Le projet étant de type omnibus, nous nous contenterons de soulever quelques points qui mériteraient ce débat public qui n'aura jamais lieu puisque les municipalités sont bien d'accord pour acquérir ces pouvoirs.

- Si l'on se fie au texte, désormais les municipalités pourraient, seules, en partenariat avec Hydro-Québec ou une entreprise privée, produire de l'énergie et en régir l'utilisation. Cette énergie pourrait provenir d'un dépotoir, d'un incinérateur ou mieux, d'une centrale hydroélectrique d'au plus 50 MW (l'équivalent de la centrale de Rivière-des-Prairies). Quelle belle façon de briser l'opposition des élus locaux, voire de les encourager à développer de tels projets sur les rivières du coin!

- Un autre changement autoriserait les municipalités à «adopter des règlements en matière d'environnement». Lesquels? On n'en sait rien. Pourquoi une telle imprécision qui laisse place à un véritable damier de règles au Québec?

- Au même chapitre, on autorise les villes à confier à une «fiducie d'utilité sociale» la réalisation de travaux de décontamination des sols. Va pour la vertu. Mais qui sont les propriétaires de ces terrains dont la décontamination sera effectuée par une fiducie publique? Qui, sinon des copains entrepreneurs qui viennent de trouver là un moyen de transformer un passif en actif aux frais des contribuables.

- En matière de PPP, le projet permet aux villes de signer des contrats exclusifs de construction et d'exploitation d'ouvrages divers (réseaux d'aqueduc et d'égout, travaux d'alimentation en eau ou d'assainissement) d'une durée maximum de 25 ans. Six élections auront eu lieu avant que le contrat ne se termine...

- Autre changement, et non des moindres: les MRC acquièrent le droit d'effectuer des travaux sur tous les cours d'eau, même les rivières, à des fins de protection, de contrôle des inondations, d'irrigation, de régularisation du niveau des eaux et «d'accès au milieu aquatique». En d'autres mots, au lieu de protéger l'état naturel des cours d'eau et d'inciter les gens à éviter ou à quitter les zones inondables, voilà qu'on se prépare à donner aux MRC le droit d'intervenir à leur guise sur tous les cours d'eau du Québec. Attention poissons, les motomarines arrivent!

À moins d'une mauvaise interprétation de ce projet pour lequel Québec n'a pas jugé utile de tenir des consultations publiques, il ne fait pas de doute que les prochaines années seront marquées par un abandon dramatique de responsabilités de la part du gouvernement du Québec au profit d'élus locaux dont les entrepreneurs de tout acabit, pots-de-vin aidant, ne feront qu'une bouchée.

jrsansfacon@ledevoir.ca





PPP

Responsabiliser le gouvernement... et l'entreprise

Daniel Maltais
L'auteur est professeur de management public à l'École nationale d'administration publi que (ENAP).
La Presse lundi 8 novembre 2004

Il faut voir les PPP comme un moyen de forcer les intervenants à agir avec plus de rigueur

Dans les discussions en tourant la création de l'Agence des Partenariats Public-Privé (PPP), la mi nistre Monique Jérôme- Forget a fait souvent allusion aux dépassements de coûts des projets de la Gaspésia et du métro de Laval. Personne ne niera qu'il s'agisse là de situations inacceptables dont il faut espérer qu'elles ne se reproduiront pas. La question qu'on peut se poser ici est: comment une entente de PPP aurait-elle permis d'éviter de tels dépassements de coûts?

Techniquement, il faut rappeler que, dans le cas d'une entente de type PPP portant sur le financement et la réalisation de projets de cette envergure, l'entreprise est appelée à se comporter différemment que si elle réalise le projet selon une entente conventionnelle. En résumé, l'entreprise qui aura contracté en mode PPP, se sera engagée à financer le projet, à respecter des coûts et un échéancier et livrer une infrastructure sur la base de critères convenus à défaut de quoi elle devra encourir des pénalités explicitées dans un contrat. Mais dans un tel cas, pourquoi l'entreprise privée réussirait-elle à contenir les dépassements de coûts dans le cadre d'une entente PPP alors que, selon une entente conventionnelle, elle n'y réussit pas?

La réponse à cette question réside en bonne partie dans la manière dont un gouvernement prend une décision lorsqu'il est soumis à une forte pression de l'opinion publique. Peu importe l'allégeance partisane, il existe plusieurs situations où cette opinion publique, plus ou moins influencée par les positions de groupes d'intérêts bien organisés et le traitement médiatisé d'un dossier, presse le gouvernement d'intervenir. Dans de telles situations, un gouvernement cherchera naturellement à développer rapidement une solution. Cette solution s'appuiera sur les avis ou suggestions de " ses " fonctionnaires ou de firmes externes qui devront s'exécuter à la vitesse grand " V ".

Après tout, qui d'entre nous n'apprécie pas un gouvernement qui sait répondre rapidement aux attentes de la population. Bref, le décideur gouvernemental cherche à produire des gains politiques à court terme pour démontrer à la population qu'il est efficace et rapide, l'imminence d'un rendez-vous électoral ne faisant que renforcer ce réflexe. L'urgence d'agir à court terme a comme effet pervers de négliger les conséquences négatives à plus long terme. Les calculer prendrait un temps dont on fait l'économie pour démontrer de la promptitude et risquerait même de remettre en question la décision la plus intéressante du point de vue de ses effets à court terme.

Le gouvernement responsable d'une telle décision a de fortes chances d'avoir à répondre des conséquences fâcheuses qui en résultent que plusieurs années plus tard. Et si les choses tournent mal à plus court terme, il pourra toujours invoquer le contexte particulier dans le cadre duquel la décision fut prise, contexte qui annonçait nullement un dénouement malheureux à terme. L'incompétence apparente des fonctionnaires, " forcés " de monter un projet nécessairement mal ficelé vu le temps dont ils disposaient, ne fera qu'alimenter la mauvaise réputation que la population leur fait généralement, à tort bien souvent.

Quant aux consultants privés, ils expliqueront que, bien qu'ils aient réalisé leur travail dans des délais très serrés, le gouvernement de l'époque s'était montré satisfait. Quoiqu'il en soit, ce qu'on doit retenir, c'est que notre système politique, indépendamment des personnes, encourage l'adoption de solutions qui négligent la prise en compte de risques à moyen et long terme, déresponsabilise nos élus par rapport à ces risques et fait supporter des coûts qu'une meilleure gestion auraient pu éviter aux citoyens payeurs de taxes, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain. (...)

Projet majeur de construction

Imaginons un scénario, celui où un gouvernement décide de fonctionner en mode PPP pour réaliser un projet majeur de construction, l'allongement d'une ligne de métro par exemple... Après avoir précisé les objectifs qu'il poursuit et les grands paramètres à respecter, il invite les entreprises intéressées qui ont démontré leur savoir-faire à l'égard du type de projet envisagé, à réaliser le projet en partenariat. Dans ce cas-ci, nous supposerons que les entreprises devront financer le projet et qu'elles devront assumer, au moins en bonne partie, les coûts de dépassement.

Sans être experts en la matière, on peut estimer que ce genre d'exigences obligera des calculs détaillés pour réduire au minimum les risques de dépassement des coûts annoncés et convaincre des investisseurs de supporter le projet. L'incitation à bien calculer ces coûts, à court et long terme, est évidente. De plus, et ceci est très important, aucune entreprise n'acceptera d'être bousculée dans l'analyse de son implication financière à terme par un gouvernement pressé vue la responsabilité qu'elle devra assumer.

Bref, une telle démarche aura comme effet de responsabiliser l'entreprise qui ne pourra plus faire supporter des dépassements de coûts par le gouvernement, comme elle le fait trop souvent dans le cadre d'ententes conventionnelles. Quant au gouvernement, il ne pourra plus imposer des délais dont l'estimation repose davantage sur le désir de couper rapidement un ruban que sur un calcul sérieux des coûts réels, à court et long terme, du projet.

Cette manière de fonctionner comporte un autre avantage, celui d'estimations de coûts plus réalistes et, le cas échéant, le questionnement de la solution envisagée. Si, l'estimation des coûts du métro de Laval avait été de 800 millions de $ plutôt que les 180 millions de $ qu'on nous a annoncés, peut-être que plusieurs d'entre nous aurions fait pression pour qu'une solution moins dispendieuse soit envisagée (train de surface)? Enfin, on peut penser que, plutôt que de concocter des projets à la hâte, les compétences des fonctionnaires, dans un tel contexte, pourront être utilisées à bien meilleur escient, notamment dans la conception des mandats, l'analyse des propositions et le suivi des ententes.

Certains opposants aux ententes de PPP ont raison d'inviter le gouvernement à la prudence. (...) Mais en signer quelques-unes d'ici quelques années nous engagera dans un processus d'apprentissage graduel qui permettra de corriger le tir, au besoin, et de bonifier la mesure. Rejeter complètement la possibilité de recourir aux PPP, sous les prétextes fallacieux qu'il ne s'agit que d'une étape vers la privatisation ou d'une manière de " liquider " l'État ou sous prétexte que, là où on a tenté l'expérience, il y a eu des ratés, serait une erreur qui nous empêcherait comme collectivité d'apprendre à " faire autrement ". Enfin, ceci aurait comme conséquence de faire perdurer les vices d'un système politique qui encourage la déresponsabilisation de nos élus et des entreprises lorsqu'elles font affaire avec l'État selon les modes actuels.





Bloc seeks support in English Canada

Anne Dawson, CanWest News Service
National Post Monday, November 08, 2004

'Canada is great,' he says: Duceppe to speak on Bay Street, plans a cross-country tour

OTTAWA - Gilles Duceppe is embarking on a campaign to pitch Canadians on a separate Quebec, starting on Bay Street this week and continuing in January with a visit to every province.

Days after infuriating many Canadians by refusing to allow his MPs to distribute Maple Leaf flags to veterans for Remembrance Day services, the Bloc Quebecois leader said he wants people to know the Bloc is not anti-Canada.

''Canada is a great country. The Canadian nation is a great nation. People are realizing that we're not against them. We just have a different point of view and we want to establish a new relation as two sovereign countries,'' Mr. Duceppe said.

''Now with a minority government in Ottawa, I think it's more important ... that the people know us better.''

Mr. Duceppe's speech Friday to the Economic Club of Toronto, a blue-chip crowd of bankers, lawyers and chief executives, will be the ''first for a separatist to address our club,'' said Mark Adler, club chairman.

The speech is expected to elaborate on the ''fiscal imbalance'' that Mr. Duceppe says exists between Ottawa and all the provinces, and spell out why Quebec wants to separate.

Mr. Duceppe said he received speaking invitations from across the country after the June election debates. He said many Canadians, including several in British Columbia, have told him they support what he stands for, except for the part about separating from Canada.

The Bloc leader wields a great deal of clout in Paul Martin's minority government. The Prime Minister invited him to attend this month's Francophonie summit in Burkina Faso, making Mr. Duceppe the first leader of a separatist opposition party to take part in an international summit.

Former prime minister Jean Chretien refused to let the Bloc attend the Francophonie summit in 1999 when it was held in Moncton. Quebec sovereigntists view the Francophonie as a bridgehead on to the international scene from which they can further their desire for independence.

Mr. Duceppe strives, however, to prove the Bloc is not a one-issue party, by taking strong left-leaning positions on the environment, rejecting Canadian participation in the U.S.-led missile defence program, supporting more spending on foreign aid and more autonomy for the provinces in areas of their jurisdiction -- insofar as that helps Quebec achieve sovereignty.

He has adopted a new strategic plan based on asymmetrical federalism, which he says means more special deals for Quebec, which would in turn strengthen sovereignty.

He harshly criticizes the side deal for Quebec that Mr. Martin struck last month on health care, calling it ''asymmetrical intrusion.'' He said the federal government exploits its taxing power beyond what it needs, and that leaves little room for the provinces to collect revenues to pay for their programs. He said Ottawa could address the imbalance by giving the provinces total control in health care, education and welfare, which are provincial jurisdictions anyway.

''Ottawa's got too much money for its own responsibilities while the provinces and Quebec don't have enough money to face their own responsibilities,'' he said.





MPs should pledge allegiance

Peter Worthington
Toronto Sun Mon, November 8, 2004

Why is anyone surprised at rookie Bloc MP Andre Bellavance's refusal to send a Canadian flag to a Quebec veterans group?

The guy's a separatist, for heaven's sake, as is the Bloc Quebecois party. Their goal, not-so-pure but simple, is the break-up of Canada and establishing Quebec as a sovereign state.

Bellavance's statement, "I don't feel any obligation to distribute Canadian flags," is probably what all Bloc MPs feel, though not all would be so candid.

Personally, as a veteran of WWII and Korea, I tend to the views of Farley Mowat, who fought with the Hasty Ps through Italy, and Lew Mac-Kenzie, who commanded the UN in Sarajevo. "It's wasting your time" to pay any attention to the "SOB," says Mowat, while MacKenzie thinks by reacting you "take their bait because they just want to piss you off."

Well, "they" sure succeeded in that!

Editorially, the Sun thinks Bellavance should be "horsewhipped," which goes further than I'd advocate.

More significant than this foolish MP's misguided refusal of a courtesy to veterans from his own province is the whole issue of Bloc MPs sitting in a Canadian Parliament.

Ever since the Bloc first emerged as a federal force -- and we should remember that when the conservatives were in limbo, the Bloc was the official opposition -- I and others fretted that they are a scorpion held to the country's breast.

I've never understood why MPs, when elected, are not required to pledge allegiance to the country they ostensibly serve, and which pays their salary and perks.

MPs are required to pledge allegiance to the Queen and her heirs -- but not to Canada. If this isn't an archaic formality, nothing is.

Most Canadians feel warmer towards Canada than they do towards a British monarch, whose role is merely symbolic. Why do MPs vow fealty to the Queen but not to their country?

If all MPs were required to swear an oath of loyalty and allegiance to Canada, a Bloc MP with a conscience would have to refuse the oath, or perjure him/herself.

If such an oath were mandatory, a Bloc MP would face a crisis of conscience: Honesty, or lie.

Immigrants have to pledge allegiance to Canada when they become citizens. Surely it's not too much to ask a Member of Parliament to swear he will work for the country that pays his salary, and guarantees his security, freedoms, rights?

Yet Bloc members, like the provincial Parti Quebecois, don't feel they owe anything to Canada and are dedicated to its destruction or breakup.

Can you imagine any other country that would not only tolerate but would encourage a political party to participate in the country's destruction?

In some countries the Bloc would, not unreasonably, be viewed as treasonous. Not in Canada though -- which perhaps shouldn't be surprising when a family (the Khadrs) who boasts its links to al-Qaida, against which we are officially at war, demands -- and gets -- privileges of citizenship.

Like a growing number of Canadians, I have no problem with Quebecers wanting independence from Canada. If enough Quebecers demand it, it should be their right to secede.

What makes no sense is involving such activists in the governance of Canada, and succoring them at the expense of the very taxpayers' they reject.

Andre Bellavance is a logical consequence of our political system that encourages near sedition, even subversion.

This ignorant young man, impervious not only to veterans from his province who once went to war on his behalf, is also an affront to Quebecers who comprise a substantial percentage of today's Armed Forces.

What's disquieting is that his attitude may find support within our military -- if so, that becomes a far more dangerous thing for Canada.





If not flag, why poppy?

EARL MCRAE -- For the Ottawa Sun
Ottawa Sun Sat, November 6, 2004

Earl McRae talks to outraged vets after a Bloc MP refused to honour a Legion request to deliver flags

So Andre Bellavance, you ungrateful, shameless hypocrite, what about your poppy?

And you, Gilles Duceppe, you disrespectful phony, what about your poppy?

And the poppies a number of your compatriot separatists MPs are wearing?

There you all were, in the House Of Commons this week, with the precious symbol of Canada's sacrifice in war on your lapels, the poppy honouring Canada's soldiers who went to war, and Canada's soldiers who gave their lives, soldiers from every part of this nation including your own province of Quebec, soldiers who were Canadians, soldiers who fought for Canada, soldiers who fought so that people like you, Andre Bellavance and Gilles Duceppe and your separatist pals, could live under the flag of freedom that you do, and not one of tyranny.

Yes, the flag.

The flag of Canada, the glorious red and white and the Maple Leaf that they will have nothing to do with, representing as it does the country they want no part of, the flag treated as if it were used toilet paper when Andre Bellavance refused a request from a Royal Canadian Legion branch in his Quebec riding for three Canadian flags as part of its Remembrance Day ceremony.

Refused because Bellavance, with the backing of his leader Duceppe, regards the flag as a symbol of the Canada they want to wipe their hands of, and they couldn't care less that among the citizens in Bellavance's riding are French-Canadians who are proud Canadians and who went to war for a united Canada, not a separate Quebec, and some of them, and their descendants, are members of the legion branch given the separatist bum's rush.

Refused because Bellavance and Duceppe couldn't care less that the previous non-separatist MP for the riding was delighted with the branch's past requests for Canadian flags, and delivered them without a problem, because our veterans matter and should never be forgotten.

'What an insult'

The Maple Leaf flag was the emblem under which our soldiers served, Canadians, and the poppy is the sacred emblem through which we remember and honour them, Canadians, and Andre Bellavance, quisling, and Gilles Duceppe, quisling, were in the Parliament of the true north strong and free this week wearing the poppy.

"It should be ripped right off their jackets, they're disgracing it," snaps Gord Gaffney, 64, whose older brother served with the Royal Canadian Navy in the Korean war. "What an insult to the veterans and all Canadians. It's pathetic."

Gaffney and his wife Wanita, 53, are members of Legion Branch 593 in Bells Corners. They're sitting over beers with some other members: Claude Begin, 74, Roger Gauthier, 47, and Ken Vaughn, 67. "If it wasn't for our veterans, the Bloc Quebecois wouldn't have its freedom," says Gord Gaffney. "Our soldiers were French, English, Indian, and politics had nothing in it, they were all Canadians no matter what province they came from. Boys as young as 16, 18 buried in the war cemeteries overseas -- they died for Canada and that flag." Claude Begin, French-Canadian, who spent 33 years in the RCAF: "It's wrong. They're making a political statement. They shouldn't mix in politics. One of my uncles was killed in action three days after D-Day. He was only 18. Another lost an eye in battle. Here at home, a lot of the French ran and hid during the Second World War. They didn't want to fight. This kind of thing doesn't help."

Wanita Gaffney, whose army father (artillery), fought in Italy: "It's terrible. I am so mad. They (Bloc Quebecois) shouldn't even be allowed in the House Of Commons. They have no respect for our veterans or Canadians as human beings."

Ken Vaughn, who served in the militia: "It's an insult to our veterans and the flag. Can you imagine if somebody tried this in the States with the American flag? They'd be lynched."

Roger Gauthier, son of a World War II Navy veteran: "The Bloc Quebecois just confirmed again what the rest of Canada knows: That they're a bunch of traitorous arseholes."





fardeau de la dette

"J'ai joué dans ce film-là..."

Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 8 novembre 2004

Éditorial - La phrase aurait dû faire la manchette. "J'ai joué dans ce film-là, et je plaide coupable", a déclaré récemment l'ancien président du Conseil du trésor, Joseph Facal, à l'occasion d'une table ronde sur la dette du Québec. M. Facal faisait allusion aux politiques budgétaires de nos gouvernements. Son constat : c'est parce qu'on le veut bien ou qu'on n'a pas le courage d'agir autrement que nous sommes endettés.

Le sujet est pertinent parce que le ministre des Finances, Yves Séguin, qui a promis de s'attaquer au fardeau de la dette, se prépare à dévoiler la synthèse des opérations financières au 30 septembre. La synthèse, c'est le suivi du plan budgétaire. On y apprendra si l'économie a été au rendez-vous, et surtout, si le gouvernement Charest a suivi les bonnes résolutions de son budget du 30 mars.

Le Québec ne se dirige pas vers un déficit cette année. L'économie va bien, et Paul Martin nous enverra plusieurs centaines de millions $ de plus au chapitre de la santé et de la péréquation.

Là où Yves Séguin doit rendre des comptes, c'est sur sa promesse d'arriver avec un plan cohérent pour reprendre le contrôle de la dette. Aux dernières élections, M. Séguin accusait le PQ d'endetter le Québec de 3 milliards $ par année. Il y a maintenant un an et demi que les libéraux ont pris le pouvoir. S'ils ne savent pas comment s'attaquer à ce problème maintenant, ils le sauront encore moins dans la deuxième moitié de leur mandat, avec des élections en vue.

Dans son budget du 30 mars, Yves Séguin a annoncé des mesures. Il a promis de revoir la politique de mises de fonds dans les sociétés d'État comme la SGF et les Innovatech. Il a tenu parole. M. Séguin a aussi annoncé des revenus de 880 millions $ en provenance de la vente d'actifs gouvernementaux, notamment des immeubles. Il a moins bien réussi. Hydro- Québec et la SGF sont allé chercher un peu plus de 300 millions $ en vendant leurs parts dans Noverco et Saputo, mais le gouvernement semble enlisé dans ses objectifs de ventes d'immeubles.

Le plus grand défi du ministre des Finances concerne toutefois les politiques d'immobilisation. L'immobilisation, c'est comme l'hypothèque: le gouvernement emprunte à long terme pour construire des autoroutes, des hôpitaux ou des écoles. Sur les banquettes de l'opposition, M. Séguin et sa collègue Monique Jérôme-Forget, s'étaient scandalisés de voir le gouvernement s'endetter ainsi à long terme, en allant jusqu'à capitaliser l'achat des manuels scolaires. Ils avaient raison. À eux seuls, les grands travaux du réseau routier nous ont créé une dette de 3,7 milliards $ de 1998 à 2003. Mais comment faire autrement, quand on n'a même pas les moyens d'entretenir convenablement le réseau routier existant, et que l'on promet encore de compléter la 175 vers Saguenay, ou la 50 vers l'Outaouais ?

Le budget de l'année courante annonçait une impasse financière de 1,6 milliard $ pour 2005-2006, sans même présumer des négociations avec les employés de l'État, qui pourraient bien nous coûter un autre milliard $. Ajoutons à cela la baisse d'impôts d'un milliard $ promise en campagne électorale, et le défi est à peu près insurmontable.

Dans un tel contexte, les contribuables méritent au moins d'avoir l'heure juste.

Mais selon Joseph Facal, "ce n'est pas vrai que la population veut la vérité. Elle veut la vérité qui lui plaît. Et présentement, elle ne croit pas au problème de la dette. Le jour où elle y croira, tout le monde sera prêt à ce que la collectivité fasse des sacrifices, mais personne ne voudra être affecté personnellement".

Le gouvernement Charest n'a pas voulu discuter de son plan de réduction de la dette au Forum des générations. Yves Séguin devra-t-il, à son tour, admettre un jour qu'il "a joué dans ce film-là", et qu'il plaide coupable ? Après Joseph Facal, ce serait impardonnable.

GLavoie@lesoleil.com





débat constitutionnel...

Un automne constitutionnel

Pierre-Paul Gagné
La Presse lundi 8 novembre 2004

Sortira-t-on jamais du débat constitutionnel? Quarante et quelques années après la naissance du RIN et les jeûnes de Marcel Chaput, le débat est-il à ce point figé que nous en soyons encore réduits à passer notre temps à nous demander si nous devons rester dans la fédération canadienne?

Franchement, l'automne 2004 est à cet égard exaspérant.

Tout a commencé, au mois d'août, avec la lettre de Jacques Parizeau qui reniait 30 ans d'étapisme au PQ et proposait que la prochaine élection soit référendaire. Ce texte a provoqué une série de réactions en chaîne dont la principale est que la " saison des idées " lancée par Bernard Landry s'est changée en course larvée à la direction du parti.

En septembre, Mario Dumont, qui cherche désespérément à émerger du coma post-électoral dans lequel il est plongé depuis un an et demi, lançait sa formule constitutionnelle autonomiste, ni fédéraliste ni séparatiste. Ainsi, l'ADQ veut un Québec autonome au sein du Canada.

Pendant ce temps-là, fédéralistes et souverainistes entreprenaient de se chamailler sur la place publique pour savoir si les deux conférences fédérale-provinciales, tant celle sur la santé que celle sur la péréquation, doivent être analysées comme procurant des munitions à un camp ou à l'autre. Une formule prometteuse, l'asymétrie? Grande victoire ou petit gain insignifiant pour Jean Charest, lors de la rencontre sur la santé? Nouvelle humiliation pour le Québec que ces " miettes " supplémentaires accordées à travers le programme de péréquation?

Et, pour ne pas être en reste, Stephen Harper sortait de son chapeau de magicien, en octobre, le modèle belge comme formule constitutionnelle qu'il faut regarder parce que susceptible de régler la question du Québec.

Et nos lecteurs dans tout cela? Bien sûr, une forte proportion suit le débat constitutionnel avec une ferveur qui ne se dément pas... d'une décennie à l'autre. Mais il y en a aussi plusieurs qui prennent tout cela avec beaucoup d'ironie et de sarcasme. J'ai voulu aujourd'hui donner la parole à quelques-uns d'entre eux, histoire d'alléger le débat:

" Bravo les intellectuels péquistes! Continuez à vous engueuler sur la couleur des fleurs du tapis. Imaginez s'il fallait que vous soyez au pouvoir pour fonder un pays, ce que ce serait pour élaborer une constitution! " (Yvon Bonnier)

" Une chanson (Il faut savoir) de Charles Aznavour dit: Il faut savoir/Quitter la table/Losque l'amour est desservi... Quittez vite, monsieur Landry, avant que l'on ne retire la nappe! " (Hélène Hubert)

" Voici de quoi est constitué notre paysage politique au coloris automnal: d'abord il y a Jean Charest qui se targue de faire de l'asymétrie fédéraliste... De l'autre côté, Bernard Landry se fait chahuter par des idéologues péquistes qui se déchirent sur la place publique, qui parlent du Timor oriental et de la Lituanie et qui rêvent encore de souveraineté... Mais ils n'ont rien compris, ma foi! (Anne-Marie Olivier, Blainville)"

" Mario Dumont songerait-il à changer le nom du Québec par celui de Quétalogne? Ainsi, la Quétalogne serait un territoire autonome, avec sa langue, sa culture et ses nombreux décrets comme il en existe de très nombreux en Catalogne. La Quétalogne, pourrait se bâtir une Constitution qui protégerait ses habitants, aussi bien que pouvait le faire, aux temps anciens, la bonne vieille catalogne tissée des mains de nos grand-mères. " (Gilles Pelletier, Québec)

" En annonçant sa nouvelle position constitutionnelle " revue et améliorée "(?), Mario Dumont vient d'engager son parti dans le monde du vaudeville... il va tenter d'incarner la vision satirique d'un Québec indépendant dans un Canada fort ". (Alain Dexter)

" Quelle idée de proposer le modèle Belge au Canada. Ce modèle ne marche pas et la situation constitutionnelle en Belgique est encore bien pire qu'au Canada, le noeud du problème étant l'appartenance de la capitale, Bruxelles, à l'une ou l'autre des communautés. En fait, les deux communautés revendiquent l'appartenance de Bruxelles, en dépit d'ailleurs d'une forte majorité francophone dans la capitale. Voulez-vous la même situation pour Montréal? " (Georges Moiny)





Les vicissitudes d'un premier ministre

Alec Castonguay
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 novembre 2004

Paul Martin est questionné sur son implication dans le programme des commandites

Le premier ministre Paul Martin et ses conseillers sont de plus en plus mal à l'aise. À chaque pierre que soulève la commission Gomery sur le scandale des commandites, la nervosité monte d'un cran. Surtout que les tirs croisés des partis d'opposition sont plus nourris que jamais et l'esquive commence à être difficile. Cela parce que l'enquête va plus loin que prévu et gratte avec plus d'insistance.

Une note interne du ministère des Travaux publics faisant état d’anomalies dans l’attribution des contrats de publicité au ministère des Finances, dirigé par Paul Martin, a été rendue publique cette semaine à la commission Gomery. Agence Reuters

Ottawa -- C'est probablement au début du mois de juin que la question a surgi pour la première fois dans la tête de Paul Martin et de ses fidèles collaborateurs : «Est-ce qu'on a donné à la commission Gomery un mandat trop large ?» Les procureurs qui enquêtent sur le scandale des commandites venaient alors tout juste d'exiger des documents secrets que le Parti libéral du Canada (PLC) ne s'attendait pas à devoir fournir.

Depuis, la commission a entre les mains la liste de tous les candidats du PLC au Québec à chaque élection depuis 1993. Les libéraux ont également été obligés de divulguer toute la correspondance entre le Parti libéral, les actionnaires, les dirigeants, les représentants et les employés des firmes de publicité entre janvier 1994 et aujourd'hui. Des informations qui remontent donc à un an avant le référendum sur la souveraineté et deux ans avant le début officiel du programme des commandites.

Ces demandes inattendues ont provoqué un choc dans les hautes instances du PLC. Début septembre, les libéraux faisaient volte-face et priaient le juge John Gomery de les inclure comme «parti» à la commission, et ce, «pour protéger l'intégrité» du parti. Les révélations à venir pourraient causer un tort énorme et les libéraux voulaient pouvoir se défendre. Dans la requête écrite du PLC, la nervosité est perceptible.

Cette inquiétude a également envahi le bureau du premier ministre Paul Martin. Visiblement, John Gomery et son équipe n'allaient pas se contenter du programme des commandites. Ils allaient soulever toutes les pierres, chercher dans les coins les plus sombres et mener leurs enquêtes dans le cadre d'un mandat très large.

C'est d'ailleurs tout à fait justifiable. Le titre exact de la commission est Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires. Dès lors, pourquoi se contenter du scandale, le gouvernement avait des programmes de publicité bien avant 1996 ?

Depuis dix jours, Paul Martin et ses conseillers constatent que la mention «et les activités publicitaires» prend un sens préoccupant. C'est que les documents déposés à la commission révèlent des faits troublants qui avaient cours au ministère des Finances en 1994 et en 1995, alors que Paul Martin en était le titulaire. C'est bien avant le scandale des commandites, mais l'étalement de ces preuves est tout de même douloureux pour le premier ministre.

«C'est difficile de dire si Paul Martin avait vu venir ces révélations, explique Claude Denis, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il a accepté de façon tellement précipitée la création de la commission d'enquête, pour montrer qu'il n'était pas impliqué, qu'il n'a pas soupesé tous les dangers.»

Martin dans l'embarras

Les dangers, ce sont les agissements en faveur de la firme de lobbyistes et de communication Earnscliffe alors que Paul Martin dirigeait le ministère des Finances. Il est de notoriété publique aujourd'hui que cette boîte de communication entretient des liens très étroits avec M. Martin. Plusieurs de ses conseillers actuels viennent d'ailleurs de cette compagnie, que ce soit son directeur des communications, Scott Reid, ou ses collaborateurs David Herle et Michael Robinson.

La plus grosse tuile est tombée mercredi dernier, quand une note interne du ministère des Travaux publics faisant état d'anomalies dans l'attribution des contrats de publicité au ministère des Finances a été rendue publique. Il s'agit d'un contrat de 600 000 $ octroyé en juin 1995 pour faire la promotion des obligations d'épargne du Canada.

On peut lire que «même si [la firme] DJC Research a obtenu le plus bas coût sur tous les points, deux contrats de 300 000 $ ont été donnés [plutôt qu'un seul de 600 000 $ comme prévu]. Un à DJC Research et l'autre à Ekos pour satisfaire les voeux des Finances». Puis, il est ajouté entre parenthèses : «Earnscliffe faisait partie de l'équipe d'Ekos.»

De plus, une lettre rendue publique la semaine dernière montre encore une fois que le ministère des Finances avait des comportements douteux lors de la sélection des agences. Le 12 mai 1995, Paul Pednault, un consultant privé qui participait à la sélection des firmes de publicité avec le ministère des Finances, écrit à Chuck Guité, le responsable de la sélection des agences au gouvernement, pour lui faire part de ses inquiétudes.

«Depuis septembre 1994, j'ai eu à participer à plusieurs concours et sélections d'agences pour différents ministères, écrit-il à Chuck Guité. Les règles établies par le Conseil du trésor, à l'effet de garder un système ouvert et transparent, ont toujours été respectées par les différents clients ministères, à l'exception du ministère des Finances hier. La sélection a été influencée par certains membres du ministère des Finances. À titre d'exemple, ces commentaires ont porté sur : un conflit de personnalité avec des représentants d'agence, l'affiliation politique de certains ou le potentiel éventuel d'une agence sans qu'une telle démonstration soit apparente dans le document soumis par l'agence.»

Il termine en disant qu'«étant donné que les normes établies n'ont pas été respectées, certaines agences ont peut-être été brimées dans leurs droits à une juste sélection».

Un amalgame dommageable

Évidemment, le rôle joué par Paul Martin n'est pas connu et tirer des conclusions hâtives serait dangereux. De plus, les doutes qui pèsent sur Paul Martin concernent des faits antérieurs au programme des commandites. Mais peu importe, le public ne fera pas de différence, selon Claude Denis.

«Même s'il y a des nuances à faire, ça va rester dans l'esprit des gens comme de l'interférence politique dans le travail des fonctionnaires, dit-il. Et comme on parle de publicité et de commandite en même temps, la culpabilité sera faite par association.» Mais peut-être pas sans raison, s'empresse d'ajouter le professeur. «Ce n'est pas des commandites, mais ce n'est pas mieux d'avoir fait des pressions pour donner des contrats à des amis. Ça donne l'image d'un système de copinage généralisé qui avait lieu même à l'extérieur du programme des commandites. Est-ce que le scandale est une exception ou seulement un exemple ? Ça ouvre la porte à cette question.»

Les partis d'opposition à la Chambre des communes ne se font pas prier pour poser ce type de question. Depuis une semaine, les conservateurs et le Bloc québécois tirent à boulet rouge sur le premier ministre, lui enjoignant de révéler l'ampleur du rôle qu'il a joué dans l'attribution des contrats à Earnscliffe.

Les questions, parfois 10 ou 15 par jour, sont formulées de toutes les manières possibles pour forcer Paul Martin à répondre. S'il se lève quelquefois, c'est surtout le ministre des Travaux publics, Scott Brison, un ancien conservateur qui a changé de camp à la dernière élection, qui essuie les assauts pour son patron.

Les réponses sont vagues et se réfèrent souvent à des faits qui n'ont rien à voir avec la question. Et inlassablement, cette phrase revient dans la bouche de M. Brison : «Nous ne commenterons pas chaque jour les témoignages de la commission Gomery, puisqu'ils peuvent être contredits un autre jour par un autre témoin. Laissez la commission faire son travail. Nous, nous n'avons pas peur de la vérité.»

Tenir le coup

Combien de temps les libéraux pourront-ils tenir cette ligne de défense ? «Longtemps, lance Claude Denis. Chrétien a passé dix ans à ne pas répondre aux questions, alors ça se fait. C'est moins dommageable comme stratégie, ça ne fournit pas de matière aux partis d'opposition et aux médias. Et c'est effectivement plus prudent de ne pas commenter chaque jour des témoignages qui peuvent être contredits plus tard.»

Par contre, le bureau du premier ministre tient un autre discours avec les journalistes depuis une semaine. Si, en Chambre, les libéraux refusent de commenter, plusieurs représentants des médias se sont fait dire que les documents déposés en preuve à la commission pourraient faire l'objet de déclaration d'un porte-parole de Paul Martin si ça concerne le premier ministre. Visiblement, les documents sur Earnscliffe chatouillent les conseillers de M. Martin, puisque cette pratique est tout à fait nouvelle.

Le premier ministre devra toutefois répondre aux questions dans un avenir rapproché, puisque la commission Gomery a décidé de l'appeler à la barre dans quelques mois pour qu'il explique la nature des controversés documents rendus publics depuis dix jours. Paul Martin a dit qu'il irait sans problème.





We stand on guard for asymmetry

Benoît Pelletier
The Globe and Mail Monday, November 8, 2004

Adapting national programs to regional realities is precisely why this country works, says Quebec Intergovernmental Affairs Minister BENOIT PELLETIER

The health-care deal signed by all federal, provincial and territorial premiers at the marathon intergovernmental conference in Ottawa last September has generated much attention for explicitly recognizing the principle of asymmetrical federalism.

Many political pundits hailed this aspect of the health accord as a positive gesture, with far-reaching consequences for the future of the Canadian federation. But some have forcefully denounced asymmetry as a "dangerous notion" that could undermine our federal system and even the unity of the country. The proponents of this opinion (usually ardent centralists) still see asymmetry as a menace to the principle of provincial equality and a veiled provincial attempt to wrestle powers from Ottawa. They believe it will threaten the well-being of all Canadians -- something best guaranteed by the federal government.

These critics unfortunately fail to understand the true meaning of modern federalism. They ignore the fact that asymmetry -- and the flexibility and diversity that it embodies -- is the only efficient way to endorse and promote the true values of federalism.

In fact, asymmetry is an acknowledgment that flexibility and adaptability are both essential to the classical federal formula. Canada's constituent parts came together not only to combine resources, values and ideals, but also to defend, foster and promote their own uniqueness and differences. Canadians understand and appreciate that our federation's strength comes from the vitality of its different regions and identities; few would argue that such attributes inhibit our development.

Indeed, the enhancement and promotion of our diversity -- in both the sense of Canada's constituent realities and the vast array of means we use to accomplish our common objectives -- is the main reason why our forefathers rejected, in 1867, the unitary model of governance in favour of federalism.

Canadian federalism evolved under the auspices of asymmetry and the healthy expression of diversity long before anyone actually thought of consecrating the term "asymmetrical federalism" in the recent health accord. The United Nations Human Development Report 2004 has noted that asymmetry is a fundamental characteristic of Canada's federation.

Firstly, there's a constitutional asymmetry expressed through differences in legislative and executive powers assigned by the Constitution to various provinces or territories. Examples of such asymmetry abound. Consider Section 133 of the Constitution Act, 1867, regarding the use of English and French in Quebec and in the federal order of government. Section 93 of the same act, concerning denominational schools, is another example, as is Section 23 of the Manitoba Act, 1870, institutionalizing bilingualism for that province. Then there are those sections of the Canadian Charter of Rights and Freedoms that address official bilingualism in New Brunswick, and Section 23 (1a), which affirms the non-applicability in Quebec of certain conditions with regard to minority-language educational rights. Consider, too, Section 6 of the Supreme Court Act, which stipulates that three Supreme Court judges must come from Quebec.

Then there's also financial asymmetry, expressed in monetary transfer measures to provinces and territories, equalization being the most notable example.

Canadian examples of legal asymmetry abound. As the Supreme Court of Canada confirmed in the 1990 Sheldon case, a federal statute may be applied in a different manner from one province to another, depending on their respective values and diversities. As well, the interpretative clause in Section 91 of the Constitution Act, 1867, indicates that a federal jurisdiction may, in certain instances, take into account local considerations, which may warrant an asymmetrical legislative adjustment from the federal Parliament.

Finally, there is administrative asymmetry, whenever federal and provincial governments agree to administer nationwide programs differently according to the provinces' particular needs and aspirations -- for example, the 1997 manpower-training agreements signed by Ottawa and many provinces, or the more recent health accord.

Let's be clear: The health accord's asymmetrical nature is of no consequence constitutionally, nor does it affect the distribution of powers between both orders of government. The accord does not in any way grant Quebec special status. Even if Quebec is the only province to avail itself of the benefits of the accord's explicitly asymmetrical nature, all provinces and territories stand to gain from the flexibility -- and the precedent.

The needs of federative units -- regions, communities, states or provinces -- are better answered in the confines of federal systems, provided that their central governments demonstrate some degree of flexibility. History shows that, far from undermining national unity or fomenting secessionist movements, asymmetrical measures actually reduce tensions and internal resentment and calls for separation. Asymmetry is even making headway in non-federal states, such as Spain, Great Britain and Italy.

On the other hand, the perpetual conflict between central and local authorities, the restrictions imposed by one order of government over the other, and the unequal distribution of political powers and financial resources, have all too often fostered division and fragmentation. Whenever Ottawa uses the "hard line" approach, it has driven into the secessionist ranks thousands of Quebeckers who started out hoping for a reformed federation to meet their collective aspirations.

I believe we must not only accommodate our inherent differences, we must elevate asymmetry to the level of principle -- even as we work to preserve the coherence of the federation. Of course, there are limits to the degree of asymmetry that a federation can tolerate. If asymmetry were to deprive Canada of the consensus that keeps it together, it would serve no positive purpose. The challenge is to find an equilibrium between national concerns and particular needs and aspirations, through a political and constitutional structure that allows and encourages beneficial co-operation.

The term "asymmetrical federalism," as used in both the multilateral health accord and the Canada-Quebec agreement, reflects the principle that asymmetry and Canadian federalism are part and parcel of the same reality. All provinces and territories, Quebec included, must continue to collaborate closely, pool resources, share valuable information, and remain committed to Canada's development.

At its best, asymmetry entails political and moral responsibility toward all Canadians, and can be an effective tool to rally Canadians from all parts of the country around policies and initiatives that are better tailored to their particular needs and aspirations. Benoît Pelletier is Quebec's Minister of Intergovernmental Affairs and Aboriginal Affairs.





la nuit américaine...

Élections américaines, leçons canadiennes?

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 8 novembre 2004

Il ne se passe guère de campagne aux États-Unis qui ne fasse l'objet d'autopsie par les stratèges politiques des grands partis canadiens, et celle de la semaine dernière ne fera pas exception à la règle. En matière électorale, la classe politique canadienne n'en est pas à une importation près.

Les gourous des sondages sans lesquels aucun parti digne de ce nom au Canada ne part plus en campagne et les spin doctors, ces hommes et femmes à gages à qui tant de politiciens s'en remettent pour donner un sens à leur langue de bois, sont deux concepts d'inspiration américaine. Et si les faiseurs d'images canadiens n'ont pas encore trouvé la manière d'incorporer efficacement la publicité négative à la culture électorale canadienne, cela n'est pas faute de continuer d'essayer.

Dans l'état de fébrilité électorale permanente qui caractérise la scène fédérale, on n'a pas fini de fouiller dans les entrailles de la victoire du clan Bush en quête de quelque leçon utile pour la suite prochaine des choses au Canada. Parions que, au bout de l'exercice, ce sont les libéraux de Paul Martin qui en tireront le plus grand enseignement.

***

En termes strictement électoraux, l'équipe Bush a réussi là où celle de Paul Martin a échoué. À six mois d'intervalle, les élections canadiennes ont diminué l'équipe ministérielle canadienne tandis que la présidence a été renforcée par le scrutin américain.

Pour arriver à ses fins, l'équipe républicaine a divisé l'électorat à son avantage. Des millions d'Américains ont voté pour George W. Bush, mais c'est en exploitant des thèmes polarisants mais marginaux comme le mariage gai que sa campagne a réussi à mobiliser une frange de l'électorat qui a fait pencher la balance la semaine dernière.

Autant la polarisation a été la marque de commerce de la campagne américaine, autant la ruée des partis fédéraux vers le centre consensuel a été celle de la campagne canadienne. Fidèle à sa tradition, après avoir beaucoup gouverné à droite, le Parti libéral a fait campagne à gauche. Pour mieux faire le plein de votes libéraux, le Bloc québécois a arrondi les coins de son discours souverainiste. Le NPD a tempéré son programme avec un discours plus respectueux de l'équilibre budgétaire. Surtout, le Parti conservateur a profité de la réconciliation de ses éléments fratricides pour sabler ses aspérités réformistes et alliancistes.

Pour y arriver, Stephen Harper a pris ses distances des thèmes moraux si chers aux réformistes. Il s'est lancé dans une entreprise de séduction du Québec. Il a mis de l'eau dans le vin de l'appui de sa formation à la guerre en Irak. À l'instar des libéraux, le PC clame son appui au régime public d'assurance-maladie. Il n'évoque plus de scénario de baisses d'impôt sans parler de privilégier les contribuables à plus faible revenu.

***

Dans la foulée des élections américaines, il se trouve aujourd'hui des penseurs de droite pour croire que M. Harper fait fausse route en recentrant ainsi sa formation. Parce que son parti est le seul au Canada à pouvoir jouer du côté de l'échiquier qu'a si bien occupé le président Bush, ceux-là se disent que le Parti conservateur devrait s'approprier la formule. Sauf que c'est exactement ce qu'avait tenté l'ancien Parti réformiste avec les résultats limités que l'on sait. Dans les faits, Stephen Harper et son parti risquent davantage de faire les frais d'une stratégie à la républicaine que d'en tirer profit.

Car ici, le terrain propice à la polarisation avantage les libéraux. Le PLC n'a d'ailleurs pas vraiment attendu les stratèges républicains pour s'en apercevoir. D'emblée, le printemps dernier, Paul Martin avait présenté la campagne électorale comme une guerre de valeurs entre son parti et celui de Stephen Harper. Pour arriver à ses fins, l'équipe libérale a amplifié les moindres écarts de certains dinosaures réformistes. En fin de campagne, M. Martin a transformé le premier ministre albertain Ralph Klein en loup-garou pour mieux faire passer son message anti-conservateur sur l'assurance-maladie.

Ce faisant, l'équipe Martin a joué aussi gagnant que le président Bush. La stratégie a permis aux libéraux de l'emporter à l'extérieur du Québec et de garder le pouvoir. Si les résultats québécois avaient été à l'image de ceux du reste du Canada, ils seraient à la tête d'un gouvernement majoritaire. Or si le rendement libéral au Québec n'a pas été à la hauteur, il s'en trouve plusieurs pour conclure que c'est justement parce que le PLC a renoncé, le temps d'une campagne, à polariser l'électorat sur la question nationale.

À terme, la victoire du clan Bush risque d'être plus problématique électoralement pour Stephen Harper et pour les tiers partis que pour Paul Martin. Dans sa foulée, bon nombre de Canadiens seront plus réfractaires que jamais à l'idée de voir arriver au pouvoir un parti susceptible d'être davantage sur la même longueur d'ondes que l'administration qu'ils jugent la moins digne de confiance de l'histoire récente. Le NPD et le Bloc devront se méfier encore davantage d'un mouvement de repli de leurs votes vers les libéraux.

Le résultat américain va vraisemblablement encourager les libéraux fédéraux à s'avancer plus loin sur la voie de polarisation aux prochaines élections. Au Québec, la polarisation réussie par le clan Bush ne pourra que rappeler aux stratèges libéraux qu'ils s'en tiraient beaucoup mieux quand ils s'efforçaient de diviser le vote sur l'axe du fédéralisme et de la souveraineté qu'avec une stratégie plus rassembleuse.

chebert@thestar.com
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.





la nuit américaine...

La grande noirceur

Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 novembre 2004

Il est de bon ton chez certains intellectuels fascinés par la richesse, la technologie et la culture américaine de rappeler, pour se réhabiliter peut-être, que George Bush n'est pas les États-Unis et que l'obscurantisme qui s'est installé dans toutes les sphères de l'administration américaine est le fruit de circonstances exceptionnelles qui ont porté au pouvoir en 2000 un groupe de croisés qui ne représentent pas vraiment le peuple américain.

Il existe encore une sorte de refus de faire face à la réalité américaine, à ce que le pays est devenu progressivement depuis l'élection de Ronald Reagan, propulsé au pouvoir par les chrétiens fondamentalistes de la Moral Majority en 1980. Les attraits de la Nouvelle-Angleterre et de la Californie font oublier que ce sont ces deux régions, piliers du modernisme américain, qui maintenant ne représentent qu'une minorité. Le vrai pays s'est déplacé vers le centre et le sud, et ce pays qui a élu Bush d'une manière retentissante et indiscutable n'a plus rien de commun avec la nation de Roosevelt, de Kennedy et de Carter.

C'est une société qui se replie sur elle-même, qui retourne aux anciennes croyances et au vieux préjugés, un pays qui rame à contre-courant de l'histoire. Un peu comme si au Québec nous décidions de porter au pouvoir un parti qui proposerait de revenir à l'époque de la Grande Noirceur, un parti qui voudrait ramener Dieu dans les écoles, interdire l'avortement, faire disparaître le ministère de l'Éducation et celui de la Santé et privatiser la sécurité sociale. C'est dans cette voie que les Américains ont décidé de s'engager.

On aurait pu croire que le grand mensonge des armes de destruction massive, la faillite totale de l'occupation de l'Irak, les morts américaines qui se multiplient ainsi que les millions d'emplois perdus depuis quatre ans auraient été les grands problèmes qui motivaient le choix électoral des Américains. Ce ne fut pas le cas. Les sondages effectués à la sortie des bureaux de scrutin ont révélé une réalité qui a surpris même les observateurs américains les plus perspicaces. De loin, et de très loin, les Américains ont voté pour défendre les valeurs morales de l'Amérique donc, contre le mariage gai, l'avortement, le sein de la petite Jackson et la séparation de l'Église et de l'État. La deuxième motivation fut la crainte du terrorisme, même si les États-Unis n'ont été frappés par aucun attentat sur leur territoire depuis le 11 septembre 2001, preuve que l'incessante propagande de l'administration Bush a merveilleusement fait son travail de sape. Puis, loin derrière, le choix des Américains a été dicté par la guerre en Irak et finalement l'économie. Cet ordre de priorité dans les motivations de l'électeur républicain, on le retrouve dans tous les États qui ont accordé leur faveur à George Bush, y compris en Ohio, État dévasté économiquement par la politique économique de Washington.

Pendant qu'à tour de rôle les juges de toutes les provinces canadiennes déclarent inconstitutionnelle la loi définissant le mariage comme l'union d'une femme et d'un homme, pendant que la très catholique Espagne légalise les mariages des couples de même sexe, onze États américains ont adopté des mesures qui interdisent les mariages gais et, dans certains cas, proscrit toute forme d'union civile. Les mariages gais sont dorénavant illégaux dans 43 des 50 États américains. Pendant que la très catholique Pologne accepte que la Constitution européenne ne fasse pas référence à la religion chrétienne, plusieurs États ont adopté des mesures qui restreignent encore plus l'accès à l'avortement. Cela n'est pas surprenant, car les États-Unis sont le seul pays occidental où la pratique religieuse fervente et l'adhésion à des formes fondamentalistes de foi augmentent régulièrement depuis des années.

Cette grande noirceur n'est pas un accident, une sorte de parenthèse historique provoquée par le désarroi qui s'est emparé de l'Amérique profonde après le 11 septembre. C'est au contraire le fruit d'une lente évolution et d'une transformation démographique qui solidifie les bases politiques des républicains de droite. Sauf pour la Californie, les États démocrates voient leur population décliner pendant que les États où le fondamentalisme religieux fleurit deviennent plus populeux et verront le nombre de leurs grands électeurs augmenter. Voilà une tendance lourde que l'apparition d'une vedette charismatique démocrate ne viendra pas contrecarrer facilement. Pire encore. Il fut un temps, même sous Reagan, où existait une aile modérée du Parti républicain. Celle-ci ne compte plus qu'un seul membre au Sénat, le sénateur John McCain. En outre, tous les nouveaux membres du Congrès élus dans la foulée de la victoire de Bush font partie de la droite dure et pure. Le nouveau sénateur républicain de la Floride, qui remplace un démocrate progressiste, a déjà proposé qu'on interdise aux femmes enceintes d'enseigner dans les écoles. Ce n'était pas par souci de préserver la santé de ces femmes mais pour cacher aux yeux des enfants cet état impudique que serait selon lui la grossesse. Voilà le vrai pays qui s'est révélé mardi. Ce n'est pas sans raison que des dizaines de milliers d'Américains consultent depuis quelques jours le site du gouvernement canadien pour connaître les conditions d'admission dans notre pays.





la nuit américaine...

Liberté, sécurité, morale

Michel Venne
Le Devoir lundi 8 novembre 2004

La réélection de George W. Bush n'est pas seulement la victoire d'un homme politique talentueux entouré de génies de la propagande. Le résultat du 2 novembre est une indication supplémentaire du triomphe du conservatisme latent dans les sociétés occidentales et de l'échec de la gauche progressiste à imposer ses thèmes et à s'approprier, tout en les réinterprétant, ceux sur lesquels la droite prétend détenir le monopole.

La droite a su, au cours des vingt dernières années, imposer ses choix et ses dogmes. Mais, en plus, peut-être surtout, elle a su, mieux que la gauche, répondre aux incertitudes et aux demandes de la population en faveur de la sauvegarde de la liberté, d'une nouvelle sécurité et du retour d'une certaine morale.

Ces demandes légitimes provenant des populations surgissent à un moment de l'Histoire où les repères fondamentaux comme la tradition, la communauté, la famille ou le travail sont remis en question.

Plusieurs des incertitudes et des insécurités nouvelles sont le produit de l'idéologie de la droite sécuritaire et néolibérale. Paradoxalement, c'est aussi la droite qui propose aux nations les réponses les plus simples qui rassurent à défaut de régler les problèmes. George W. Bush incarne les trois éléments de cette triade simpliste mais sur laquelle repose désormais l'american dream: la liberté d'entreprendre du self made man, la morale religieuse et hypocrite des chrétiens évangélistes et la sécurité par la force.

Les démocrates ont récolté le 2 novembre un appui substantiel, mais qui ne fut pas suffisant pour renverser la puissance des armées d'électeurs inquiets, mais ainsi rassurés.

***

Le cas américain n'est pas unique. Les partis sociaux-démocrates d'Europe ont vécu le même traumatisme au cours des dernières années à la suite de revers électoraux en cascade. Le Nouveau Parti démocratique et le Parti québécois traversent la même déprime chez nous. Ils ne parviennent plus à dégager une synthèse progressiste qui répondrait à la fois aux peurs et aux aspirations nouvelles de l'électorat moyen.

L'époque est caractérisée par le pluralisme et la diversité des modes de vie. Elle est faite d'insécurité et d'incertitude, en même temps que jamais le monde n'a fait miroiter aux individus des perspectives d'accomplissement aussi étendues.

La mondialisation, par exemple, a créé une demande accrue de protection de la part de ceux qui pensent en être les victimes, en même temps qu'elle a nourri les aspirations légitimes de ceux qui veulent être les bénéficiaires de ce grand mouvement de libéralisation économique et qui refusent de voir leur énergie bridée par le poids de la fiscalité et de la démocratie. Le monde du travail est en mutation. Autant il récompense la créativité et l'innovation, autant il crée une nouvelle insécurité économique que même l'État semble incapable de contrecarrer.

L'idéologie des droits de l'Homme a ouvert de nouveaux champs de liberté pour autant de groupes autrefois brimés. Mais elle a, du même coup, donné naissance à des revendications catégorielles, à de nouveaux groupes d'intérêts, à de nouvelles minorités, à tel point que la majorité a de plus en plus de mal à se reconnaître elle-même dans ses institutions chancelantes comme la famille. L'éthique est en vogue ces jours-ci parce que l'on cherche tous une réponse neuve à une vieille question: quelles sont les normes qui nous rassemblent? Qu'est-ce qui, aujourd'hui, constitue le bien et le mal?

Enfin, la montée du terrorisme international a fini de plonger les populations occidentales dans l'insécurité, source d'une frustration bien légitime: tant de liberté acquise contrainte par la peur et la folie meurtrière.

À ces questions fondamentales, la droite offre des réponses simples. Tandis que la gauche semble mal à l'aise, a de la difficulté à formuler sa doctrine. Qu'est-ce que la liberté version démocrate? Qu'est-ce que la morale version progressiste? Qu'est-ce que la sécurité vue de gauche? Les nuances sont ténues. La Terre des altermondialistes n'est pas encore dessinée.

***

La durée d'une campagne électorale est trop courte pour renverser des tendances aussi profondément enracinées. Le conservatisme domine les États-Unis et l'Occident aujourd'hui parce que les forces conservatrices sont organisées et ont pris les moyens pour que leurs préceptes soient largement diffusés autant dans les milieux intellectuels que dans les zones rurales, en s'appuyant sur des think tanks et par l'entremise des médias, des groupes religieux ou de clubs sociaux de toutes natures.

La gauche n'a pas ce réflexe même si elle dispose d'organisations mais qui semblent se conforter dans une logique d'opposition ou de défense au lieu, comme à droite, de viser la conquête et l'exercice du pouvoir.

Pourtant, les gauchistes aiment la liberté et en jouissent plus que les conservateurs. Mais ils répugnent à employer les mêmes méthodes pour faire triompher leurs idées. La morale de gauche existe, mais elle exclut le dogmatisme et se conjugue avec la liberté de pensée. La sécurité est aussi une notion de gauche, mais qui s'exprime par la coopération, le multilatéralisme, la solidarité et la protection sociale.

La gauche ne peut plus espérer un miracle électoral dû au charisme d'un candidat sorti d'une boîte de Craker Jack. Miser sur l'alternance serait également suicidaire. Les progressistes doivent réaliser qu'ils se battent contre une hydre. Le néolibéralisme est aussi en train de conquérir l'Asie. Pour que leur vision du monde triomphe, il leur faut prendre les moyens, travailler sur le long terme et tous azimuts avec persévérance et conviction.

On s'en reparle dans dix ans.

michel.venne@inm.qc.ca





la nuit américaine...

Comment l’Amérique domine le monde

Politis JEUDI 25 AVRIL 2002
http://www.politis.fr/article145.html

Pour qui veut comprendre le monde, voici un livre-événement. Spécialiste bien connu des questions stratégiques, Alain Joxe entreprend de réanalyser la doctrine stratégique américaine, et de donner un sens à ce qui a souvent toutes les apparences du chaos.

Les États-Unis d’Amérique votant une motion enjoignant sur un ton comminatoire à Israël de se retirer des territoires palestiniens. Puis, le Président des États-Unis, apportant, une heure plus tard, son soutien à Ariel Sharon, le Premier ministre israélien. Puis, le secrétaire d’État Colin Powell revenant bredouille d’une tournée au Proche-Orient au cours de laquelle il a essuyé un refus catégorique du même Ariel Sharon. Puis, George W. Bush saluant le Premier ministre israélien comme un « homme de paix », alors que les télévisions du monde entier montrent les ruines fumantes de Jénine. En revoyant le film des événements de ces dernières semaines, on se dit que l’empire du chaos, pour reprendre le titre de l’essai d’Alain Joxe, c’est d’abord le chaos de l’Empire. Mais on se dit surtout que nous avions bien besoin d’un livre comme celui d’Alain Joxe. Car jamais sans doute depuis la Deuxième Guerre mondiale le monde ne nous était apparu aussi indéchiffrable. Le passage de l’équilibre de la terreur à l’hyperpuissance américaine induit depuis dix ans des bouleversements profonds.

Mais les caractéristiques particulières de l’administration Bush ont encore ajouté, depuis quinze mois, à la confusion. Le pouvoir pétrolier, comme le nomme si justement Alain Joxe, ne s’embarrasse d’aucune fioriture. Il va droit à ses intérêts les plus immédiats. Contrairement à l’équipe Clinton, l’entourage de George W. Bush n’est pas très complexé par des problèmes d’images. L’extrême brutalité et l’extrême cynisme ne lui font pas peur. À quoi bon s’encombrer d’apparences, et envelopper la réalité de civilités, puisque l’intérêt de Bush, c’est Sharon, comme ce peut être aussi le prince Abdallah d’Arabie Saoudite, et que les armes sont là, abondantes, surpuissantes, prêtes à faire taire les mécontents ? Mais cette lecture événementielle qui est souvent la nôtre, à nous journalistes, n’évite pas certains écueils. Les caractéristiques du clan Bush, son hétérogénéité, nous porteraient à voir une rupture avec l’ère Clinton.

Le mérite d’Alain Joxe est de remettre cela en perspective, pour dégager dans cet apparent fatras une logique qui, nous dit-il, est à l’oeuvre depuis 1990. Cette logique, c’est une régulation des désordres du monde qui vise surtout à réduire les effets des crises plutôt qu’à les résoudre en profondeur. C’est cette façon de s’attaquer aux symptômes plutôt qu’aux causes, quitte à provoquer des retours de crises de plus en plus désastreux. On voit bien comment, dans cette stratégie minimaliste, les États-Unis ont finalement intégré les attentats du 11 septembre 2001. Le terrorisme sera traqué, mais on n’en cherchera jamais les causes profondes. Celles-ci, il est vrai, renverraient aux inégalités du monde dont les élites pétrolières américaines tirent leur profit. D’où l’engagement d’Alain Joxe, et ce n’est pas le moindre intérêt de son livre, en faveur d’une Europe qui constituerait, tant d’un point de vue philosophique que social, une réelle alternative à la vision américaine et chaotique du monde.

A lire dans Politis n° 698 les bonnes feuilles du livre d’Alain Joxe : L’empire du chaos
L’Empire du Chaos, les Républiques face à la domination américaine dans l’après-guerre froide. La Découverte, 188 p., 17 euros.

Signalons aussi sur le même sujet, quoique traité de façon très différente, le livre de William Blum, ancien fonctionnaire du département d’État : l’État voyou, Parangon, 372 p., 18 euros.





la nuit américaine...

L’Amérique de Fort Alamo

Denis Sieffert
Politis JEUDI 4 NOVEMBRE 2004

Au fond, la réélection de George W. Bush n’est une surprise pour personne. Du moins, ne devrait-elle pas l’être. Le Président sortant a constamment fait la course en tête, et hormis les derniers jours, où la mobilisation d’un électorat jeune a fait naître un semblant d’incertitude, la candidature Kerry n’est jamais parvenu à fédérer au-delà d’un électorat urbain concentré sur les côtes est et ouest. Pour vaincre Bush père, Bill Clinton avait non seulement fait le plein de cet électorat traditionnel démocrate, mais il avait su toucher aussi le peuple du sud, dont il était lui-même originaire. Kerry n’a jamais pu faire cette synthèse. Affaire de contexte, et sans doute de personnalité. On ne peut non plus feindre l’étonnement devant le résultat de cette élection, après avoir vu et lu, dans d’innombrables reportages qui cultivaient l’étrangeté jusqu’à l’exotisme d’une Amérique blanche, pieuse, repliée sur elle-même, réactionnaire sur toutes les questions de morale et de moeurs. Eh bien oui, cette Amérique aperçue dans nos étranges lucarnes, capable parfois de nous faire sourire par sa ringardise puritaine, et plus souvent, de nous effrayer par sa violence, oui, cette Amérique existe. Elle a voté massivement. Le clan Bush a flatté ses peurs, exacerbé ses haines, tandis que John Kerry s’est montré incapable de la rassurer et de lui proposer une politique véritablement alternative. Tout au contraire, c’est lui, le candidat démocrate, qui, peu à peu, est allé sur le terrain de son adversaire (voir l’analyse de Marie Boëton, " la campagne de la peur ", dans Politis n° 823).

Au-delà du scrutin, un premier constat s’impose. La fracture culturelle qui semblait séparer les États-Unis de l’Europe s’est déplacée. Elle traverse l’Amérique elle-même. Il y a bien deux Amérique. L’une voit à peu près le monde comme nous. Elle perçoit la complexité. Elle voyage, physiquement ou culturellement. Elle est consciente que l’isolement des États-Unis et l’hostilité qu’ils suscitent sont à terme dévastateurs. L’autre Amérique ne voit pas si loin. Elle dresse autour de ses valeurs religieuses un mur. Elle est prête à soutenir un siège face aux évolutions du monde. C’est Fort Alamo, version XXIe siècle. Le paradoxe, c’est que son ethnocentrisme maladif la conduit vers des expéditions militairement et économiquement aventureuses. La guerre préventive, portée au Moyen-Orient ou ailleurs, est le comble de l’isolationnisme. Mais au fond, ce qui nous effraie et nous étonne, ce ne sont pas tant les tropismes de cette grosse moitié des États-Unis que la puissance militaire qui va de pair. Car le " bushisme " est une version américaine du populisme. Chacun le sien. La France a voté à 16 % pour Le Pen en 2002, et d’autres formes de populisme à la française filtrent dans le discours de personnages moins excentrés de notre paysage politique. Dans les pays d’Europe de l’Est, c’est l’ultranationalisme qui reflète cette tendance. Dans le monde arabo-musulman, c’est l’islamisme. Chacun fait avec sa culture. La grande différence réside évidemment dans le fait que le triomphe du populisme américain a des effets immédiats sur l’ordre du monde. Sans même parler ici de nouvelles aventures possibles en Iran ou ailleurs (ce qui est loin d’être certain), il faut seulement mesurer les conséquences de l’ultralibéralisme (le " moins d’impôts ") américain, aggravé par le poids du militarisme, sur nos propres économies.

L’ethnocentrisme façon Bush suppose un dollar faible qui vise à faire financer l’hyperconsumérisme américain, et les guerres impériales, par le reste du monde. Chez nous, il ne manquera pas de politiques pour nous expliquer que pour résister à cette pression, il faut adapter la société française sur le modèle américain, accroître la compétitivité en concassant toutes les structures sociales... On connaît la chanson. Et la victoire de Bush lui donne un bel avenir. Le reste ­ les guerres que la nouvelle administration fera ou ne fera pas, le Moyen-Orient, le Proche-Orient ­ appartient au marc de café. Laissons les uns imaginer que, fort de sa spectaculaire réélection, Bush deviendra un docteur Folamour qui va nous entraîner dans un délire guerrier ; et les autres, au contraire, que, libre de ses mouvements, le même Bush pourrait surprendre, vouloir faire la paix ici ou là, n’ayant plus de clientèle électorale à flatter. Personne n’en sait rien. Et l’histoire a des dynamiques qu’il est parfois vain de vouloir prévoir. Une seule chose est à peu près certaine : Bush a un programme ultralibéral fait de privatisations et d’anéantissement de toute référence sociale. Autrement dit, les premières victimes de la réélection de Bush, ce sont les Américains eux-mêmes. L’Irak compte déjà cent mille morts civils, et ce désastre-là est encore en cours. Il est l’oeuvre, si l’on ose dire, du premier mandat.





Les occasions manquées du Canada au Moyen-Orient

Michel Vastel
Le Droit lundi 8 novembre 2004

Il est tout de même tristement ironique qu'après avoir gagné un Prix Nobel de la Paix dans le désert du Sinaï en 1956, le Canada s'apprête à assister en spectateur à la crise la plus grave qui affectera les relations entre Israéliens et Palestiniens. Voilà où son attitude ambiguë dans la poudrière du Moyen-Orient a conduit un pays qui aime pourtant jouer les médiateurs...

En 1956, à la suite d'un conflit entre l'Égypte et Israël, le chef de la diplomatie canadienne, Lester Pearson, avait suggéré de déployer une force d'interposition multinationale sous le drapeau de l'ONU. Ce fut le début des missions des casques bleus. Depuis, le Canada vit sur cette réputation, jouant les boys scouts aux quatre coins de la planète. Mais au fur et à mesure que le conflit israélo-palestinien s'est aggravé, le Canada s'est retrouvé de plus en plus paralysé par son incapacité de maintenir une attitude juste et équilibrée entre intérêts arabes et juifs.

Depuis que le gouvernement de Mackenzie King a refusé d'accueillir des réfugiés juifs d'Europe de l'Est au début de la guerre, les condamnant à l'Holocauste, et qu'il n'a rien fait pour faciliter leur établissement en Palestine, le lobby juif canadien s'est toujours un peu méfié des intentions des gouvernements canadiens, surtout libéraux. Cette vigilance a parfois tourné au harcèlement en période de crise.

Je me souviens de l'époque où le lobby juif demandait à Pierre Elliott Trudeau de passer une loi interdisant le boycott des intérêts juifs. C'était une pratique courante dans les contrats commerciaux avec les pays arabes à l'époque des chocs pétroliers de 1973 et de 1979 : plusieurs grandes entreprises canadiennes couraient après la manne des contrats plantureux offerts par l'Arabie saoudite, les Émirats, et même l'Irak ou l'Iran. Sous la pression de leurs clients, ces entreprises s'arrangeaient pour qu'aucun de leurs employés travaillant au Moyen-Orient, ni des sous-contractants, ne soit de religion juive. On a même vu des juifs écartés des conseils d'administration.

Après bien des déchirements dans son propre parti, Trudeau avait consenti à présenter une loi anti-boycott, mais s'arrangea pour qu'elle ne soit jamais adoptée. Comme souvent au Parti libéral, les intérêts économiques avaient passé avant les principes qui inspiraient la politique étrangère.

Les Conservateurs ont toujours eu une politique plus ouverte à l'égard d'Israël. C'était en partie dû au fait que l'électorat juif appuie massivement le Parti libéral : les conservateurs étaient donc prêts à tout pour les séduire ! Ainsi, pendant la campagne électorale de 1979, Joe Clark avait promis de déménager l'ambassade canadienne de Tel-Aviv à Jérusalem, que Palestiniens et Israéliens considèrent comme leur capitale.

Cela provoqua toute une tempête dans les capitales arabes qui menacèrent de boycotter les intérêts canadiens, l'Irak interrompant même ses exportations de pétrole au Canada. Ce long rappel illustre à quel point la question palestinienne et la sécurité d'Israël sont délicates à traiter dans un pays où réside le deuxième plus important lobby juif du continent, mais qui a aussi d'importants intérêts économiques avec le monde arabe. Même le ministère des Affaires étrangères est divisé en deux clans : les pro-Palestiniens et les pro-Israéliens.

Les premiers ministres canadiens ont en général tenté de se tenir à l'écart de cette question, sachant qu'il n'y avait rien à gagner politiquement. C'est ainsi que Jean Chrétien s'est rendu un peu malgré lui dans la région, tentant maladroitement de plaire aux Palestiniens et aux Israéliens, et mécontentant tout le mode ! Quant à Paul Martin, pourtant fils d'un ancien ministre des Affaires étrangères, on n'a pas souvenance d'aucun intérêt de sa part pour la région.

Ce sont donc les diplomates de carrière qui décident de la politique étrangère à la place des politiciens. Or, il se trouve que c'est " le clan " pro-israélien qui occupe actuellement le haut du pavé au ministère des Affaires étrangères. On dit notamment que le ministre de la Justice, Irwin Cotler, s'agite beaucoup auprès de son jeune collègue des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew. De plus, les contacts quasi officiels qui avaient été créés, dans les années 1980, entre plusieurs ministres de Brian Mulroney et des leaders palestiniens, ont pratiquement tous été perdus.

Une idée intéressante avait tout de même germé du temps où Joe Clark dirigeait les Affaires étrangères : que les communautés juives et arabes du Canada initient le rapprochement et fassent ensuite pression sur l'OLP comme sur le gouvernement israélien. Les leaders arabes et juifs résidant au Canada sont en général assez riches et puissants pour influencer le comportement des dirigeants palestiniens et israéliens. Mais après quelques tentatives timides de rapprochement entre les deux communautés au Canada, l'idée de Joe Clark n'a jamais vraiment levé.

Aujourd'hui, quand bien même le Canada voudrait jouer un rôle dans la région, ses votes aux Nations unies, plutôt indulgents pour les excès du gouvernement d'Ariel Sharon, lui ont enlevé toute crédibilité dans les capitales arabes. Et le gouvernement canadien, tenu pour acquis par les dirigeants de l'État hébreu, n'est pas davantage capable de les amener à la raison. C'est ainsi que le Canada, grande puissance économique et membre du G8, société multiculturelle aussi, où les communautés arabes et juives vivent relativement en paix, n'aura aucune influence politique dans les moments pénibles qui s'annoncent.

Tous les observateurs s'attendent en effet à une succession difficile de Yasser Arafat à la tête des institutions palestiniennes. Les plus pessimistes évoquent même la possibilité, voire la probabilité, d'une guerre civile qui provoquerait d'autres débordements de l'armée israélienne. L'envoi d'une force multinationale d'interposition, déjà envisagé plusieurs fois dans le passé, s'imposera rapidement.

Outre que le Canada n'a probablement plus les moyens militaires de répondre à une demande des Nations unies, les louvoiements de sa diplomatie, qui l'ont longtemps rendu suspect auprès des Israéliens, en font maintenant un interlocuteur probablement inacceptable pour les pays arabes.

Le pauvre Lester Pearson doit aujourd'hui se retourner dans sa tombe...

mvastel@ledroit.com





Les Rocheuses de Sheila Copps

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 novembre 2004

Titre VO : La Batailleuse
Description : Sheila Copps. Traduit de l'anglais par Bruno Delisle, Boréal, Montréal, 2004, 240 pages

Si j'étais Canadien anglais, je pense que j'aimerais Sheila Copps. J'aime assez, en effet, son esprit frondeur, son enthousiasme naïf, sa sincérité à défendre le monde ordinaire contre ce qu'elle appelle les «libéraux d'affaires» et son engagement dans la défense de la culture canadienne contre l'impérialisme culturel américain. Son centrisme libéral reste, tout de même, ce qui se fait de plus à gauche chez les Rouges fédéraux et son nationalisme de drapeaux, d'une certaine manière, je vais vous surprendre, ne me déplaît pas. Je partage, en effet, son point de vue sur la nécessité de créer un sentiment d'appartenance au sein d'une nation fragile à laquelle l'histoire n'a pas permis de se complaire dans l'évidence de son existence. Si j'étais Canadien anglais, oui, je pense que j'aimerais Sheila Copps.

Je lirais La Batailleuse en me disant que j'ai eu raison de me méfier de Paul Martin, ce politicien rongé par une ambition vide, prêt à tout, même au mépris de la démocratie à l'intérieur de son propre parti, pour s'imposer. J'aurais même tendance à croire Sheila Copps sur parole quand elle prétend que Martin, après avoir ouvert la porte au dégel des droits de scolarité, a voulu augmenter l'âge officiel de la retraite à 67 ans, abolir les pensions de vieillesse, abroger la Loi canadienne sur la santé pour faire plus de place au privé et lancer le Canada dans la croisade irakienne avec les États-Unis. J'attendrais encore, en tout cas, pour l'heure, des démentis convaincants de l'équipe Martin à ces accusations.

Je saluerais, aussi, le courage de Sheila Copps quand elle affirme «qu'en politique l'intérêt public exprimé si vaillamment durant les campagnes électorales est souvent sacrifié au profit des intérêts privés lorsque vient le temps de gouverner», que «rien ne rend plus heureux vos collègues -- les gens qui sont du même côté que vous en Chambre -- que vos échecs : cela leur donne une chance de vous passer sur le corps» et que «dans la famille libérale, gagner, c'est tout ce qui compte».

Son multiculturalisme exalté, de même que son féminisme de convenance, m'irriterait, mais je lui reconnaîtrais au moins une certaine noblesse, fût-elle maladroite et contre-productive.

Paternalisme

Malheureusement pour Sheila Copps, je ne suis pas Canadien anglais, mais Québécois et, à ce titre, il m'est impossible de l'aimer. «Chaque fois que j'ai eu besoin d'inspiration pour mener mon combat solitaire pour la culture, écrit-elle, je n'ai eu qu'à observer les Canadiens français, un peuple qui a lutté contre l'oppression et l'assimilation pendant des centaines d'années et qui est parvenu à conserver sa langue et sa culture dans un océan anglophone nord-américain.» Ce paternalisme, qui consiste à flatter dans le sens du poil ceux à qui on n'accorde pourtant le droit de parole que quand celle-ci nous convient, résume justement l'idéologie de la dame, qui n'est rien d'autre que du fédéralisme dominateur.

Le peuple a toujours raison, ne cesse-t-elle de répéter tout au long de son témoignage, mais, à l'heure de commenter le référendum de 1995, n'ont droit à ce statut de peuple, semble-t-il, que les fédéralistes. «Tout Canadien qui aime son pays, clame-t-elle, se souvient avec horreur du référendum québécois de 1995. Nous avons presque perdu notre pays.» Et elle dénonce, tenez-vous bien, la propagande pro-Québec qui aurait été le fait des «assauts répétés des séparatistes». Les commandites fédérales ? Sheila Copps ne connaît pas. Le love-in de Montréal, organisé quelques jours avant le vote au mépris de la loi référendaire québécoise ? Un sain patriotisme dont elle se congratule encore. Le peuple qui a toujours raison exclurait-il donc la moitié de la société québécoise ?

Dans son aveuglement idéologique, Sheila Copps est ainsi capable d'affirmer que «les francophones du Québec [ont] toutes les raisons de se sentir menacés au milieu d'une mer de quelque trois cent vingt millions d'anglophones», elle qui a «eu tout le mal du monde à préserver [son] français» alors qu'elle était députée à l'Assemblée législative de l'Ontario, mais de ne proposer, en guise de solution, qu'une rhétorique à la Elvis Gratton. Elle rencontre un jour, à Banff, une jeune cinéaste québécoise : «Francophone unilingue, elle avait le souffle coupé et parvint à me dire qu'elle n'avait jamais vu un endroit aussi magnifique que les montagnes Rocheuses et qu'elle comprenait enfin pourquoi ce serait une folie de déchirer notre pays.» Voilà la solution de Sheila Copps : un séjour dans les Rocheuses pour les séparatistes afin que tout le peuple québécois ait enfin raison.

Un aveu nous permet d'en savoir un peu plus sur les sources de cette profonde incompréhension de la réalité québécoise : «Je me souviens que le "Vive le Québec libre" du Général avait mis ma mère en furie. Elle a déclaré à mon père, qui n'en revenait pas, qu'elle aurait aimé avoir un fusil pour pouvoir tirer sur le président français.» D'où l'on comprend que, pour que les peuples canadien-anglais et québécois puissent avoir raison en même temps, il vaudrait peut-être mieux leur permettre de mener chacun leur destinée respective. Je pourrais peut-être, alors, apprécier Sheila Copps. Dans le cas contraire, la batailleuse continuera de trouver des batailleurs, sans fusil, sur son chemin.





La Nouvelle-France urbaine

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 novembre 2004

André Lachance est un historien populaire au sens noble du terme. Son Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France - La vie quotidienne aux XVIIe et XVIIIe siècles, paru en 2000, était un vrai délice et son Juger et punir en Nouvelle-France - Chroniques de la vie quotidienne au XVIIIe siècle, quoique moins riche, instruisait en divertissant. Ces deux livres, d'ailleurs, viennent d'être réunis en un seul volume dans la collection «Zénith», chez Libre Expression, et l'on ne saurait trop les recommander aux amateurs d'histoire qui s'intéressent plus aux modes de vie des ancêtres qu'aux grands événements officiels du passé.

Cette saison, André Lachance récidive en nous offrant un ouvrage du même genre intitulé Vivre en ville en Nouvelle-France. Pédagogique mais sans lourdeur, de lecture simple et très agréable, cet essai nous amène donc dans les trois seules villes canadiennes qui existaient déjà à l'époque, c'est-à-dire entre les années 1680 et 1760 : Québec, Montréal et Trois-Rivières. Il faut comprendre, ici, que le terme «ville» désigne plus un mode de vie qu'un jugement quantitatif puisque, en 1755, «Québec n'a que 7215 habitants [...], Montréal n'atteint même pas les 5000 âmes et Trois-Rivières n'est qu'un petit bourg de moins de 700 personnes». Ces chiffres, tout de même, représentent entre 25 % et 15 % de toute la population.

Lachance formule d'abord une mise en garde : «Il y a un grand dépaysement à effectuer entre ce que nous vivons aujourd'hui quotidiennement et ce que nos ancêtres ont connu à cette époque.» Les chemins de ces villes, en effet, sont impraticables, se transforment fréquemment en bourbiers, les rues ne sont pas éclairées et on peut, en y déambulant, recevoir sur la tête les «eaux» des pots de chambre que les citadins vident par les fenêtres.

Sur le plan de l'hygiène personnelle et publique, nos ancêtres ne partagent pas nos scrupules. Ils ne se décrassent pas parce qu'ils craignent l'eau, ils ont des poux et leurs bouches, ma foi, puent : «Quant à l'hygiène buccale ou dentaire, elle n'existe pas chez le peuple, qui a une haleine fétide. Celle-ci est d'autant plus malodorante que les Canadiens mangent beaucoup d'oignons rouges [...].» La malpropreté des villes, d'ailleurs, où porcs, chiens et poules vivent avec les gens, est générale et explique peut-être les fréquentes épidémies qui y sévissent. Plus qu'archaïque, la médecine de l'époque n'y peut pas grand-chose.

L'école, pour sa part, est assez peu développée, peu fréquentée, sauf par les privilégiés, et elle s'en tient à l'essentiel : catéchisme, lecture, écriture et calcul. Le quotidien de la Nouvelle-France, Lachance a raison d'insister là-dessus, ne ressemble pas au nôtre et, pour cette raison, le découvrir tient un peu de l'expérience exotique.

Une commune humanité

Notre commune humanité avec nos ancêtres, toutefois, ressort aussi fortement de la lecture de ces pages rafraîchissantes. On se plaint déjà, par exemple, en Nouvelle-France, non pas des enragés du volant, mais des fous de la voiture... à chevaux. En 1730, Charles Le Moyne, baron de Longueuil, écrit : «Dans la ville de Montréal, tous ceux qui conduisent des voitures ou équipages, officiers comme tous les autres, se font une gloire d'aller toujours le grand galop dans les rues. Il est arrivé cet hiver plusieurs accidents [...].» Quant aux jeunes gens, la nuit venue, ils font du tapage et se livrent au vandalisme.

Cette société urbaine, que certains ont tendance à idéaliser, est déjà «caractérisée par la diversité des conditions sociales qu'on y trouve». L'élite, constituée des officiers civils et militaires et du clergé, impose son ordre du jour, défend ses privilèges et pratique à plein le favoritisme. Les nobles s'allient aux riches commerçants. Les gens de métier fréquentent... les gens de métier. Les soldats ont déjà la réputation d'aimer «la bonne chère, les femmes, la boisson». Les soûlots perdent fréquemment la tête et se déresponsabilisent en plaidant qu'«ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient». Les domestiques, surtout les femmes, sont souvent exploités, même sexuellement, de même que les esclaves, moins nombreux au Canada que dans les autres colonies françaises. La misère, comme c'est encore trop souvent le cas aujourd'hui, est mise sur le dos de ceux qui en souffrent : «Cependant les Canadiens ne voient pas les causes économiques de cette pauvreté et portent sur elle un jugement essentiellement moral. "L'oisiveté n'est-elle pas la mère de tous les vices ?", pense-t-on à l'époque. Pour la société d'alors, la misère est considérée comme dangereuse, car elle s'accompagne souvent de phénomènes de criminalité et d'errance.» Il y a, malheureusement, des choses qui ne changent pas, comme cette attitude qui consiste à faire du vêtement «un signe d'identification et d'appartenance sociales», au détriment des pauvres, bien entendu.

Lachance, en bon historien objectif, se contente de constater les faits sans les juger. Il insiste, entre autres, sur les multiples contraintes étatiques et cléricales qui pèsent sur cette société plutôt fermée (ces villes, rappelons-le, sont des enceintes, sécuritaires peut-être, mais où on vit sous surveillance) et souligne que la délinquance, légère et lourde, vient contrebalancer cet étau communautaire dans lequel le conformisme social finit toutefois par s'imposer.

On ne peut qu'être, devant de telles découvertes qui nous inspirent des sentiments à la fois d'éloignement et de proximité avec nos ancêtres, fasciné. Toute la force de la meilleure histoire populaire se trouve justement dans cet art profondément humaniste qui consiste à redonner vie au monde de jadis dans son inquiétante étrangeté sans interdire l'attachante familiarité que l'on peut entretenir avec lui.

On comprend, avec elle, que nous ne sommes pas nos ancêtres, mais que nous n'aurions pas été sans eux.

louiscornellier@parroinfo.net

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Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France
Juger et punir en Nouvelle-France
Vivre à la ville en Nouvelle-France


André Lachance, Libre Expression, Montréal, 2004, respectivement 408 et 312 pages





Gaston Miron: Les proses d'un grand poète

Pierre Vadeboncoeur
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 novembre 2004

Livres - Les mots d'un poème ne sont pas seulement écrits, ils sont inscrits. Les mots, le vers où chaque mot est serti, ont une place qui leur est proprement exclusive. On n'en peut rien changer. Dans un poème, on ne passe pas de l'énoncé précis qu'il exprime à un sens voisin. Un poème ne se verse pas dans un autre poème.

Mais voilà que les proses de Miron, réunies dans Un long chemin, retiennent quelque chose de cette loi du poème. De ces textes, vous pouviez déjà connaître en partie le sens ou même certaines formules, mais c'est comme si vous les découvriez à nouveau. Vous repassez par elles et par les idées qu'elles portent, un peu comme on repasse le mot à mot d'un poème. C'est assez curieux. Ces phrases, ces idées se déposent. Elles ne passent pas comme le ferait un discours qui courrait sans cesse après sa suite ou vers quelque autre propos. Elles gardent longuement leur nouveauté. C'est que le sens, dans ces proses, se trouve lui aussi comme inscrit. Pour tout dire, c'est du Miron...

Les idées de Miron, longuement advenues, ont un poids d'existence et une originalité qui ne se dissipent pas.

Il y a une autre caractéristique à relever. Sa lecture nous fait aujourd'hui le même effet que son discours et sa présence autrefois. On ne séparait pas Gaston de ses propos. Il pesait de son propre poids dans ce qu'il disait. Son discours était Miron lui-même. Il arrivait toujours chargé de ce qu'il avait à dire, et ce qu'il avait à dire était plein de lui.

Si on lit maintenant ce qu'il écrivait il y a vingt, trente ou quarante ans, que cela soit ou non resté inédit, c'est la même impression. Miron est là et pas seulement son discours. Ces textes restent, d'une certaine manière, nouveaux et efficaces. Ils sont comme du moment même. C'est que l'écrivain puisait ses idées à même l'existence et non par un jeu de concepts, et comme on vit, non comme on spécule.

Les proses (1953-1996) d'Un long chemin contiennent, vers la fin du livre, des textes courts et à peu près oubliés sur des écrivains, des oeuvres, des artistes, par exemple Roussil, Giguère, Claude Gauvreau, Pierre Perrault, Gilles Marcotte et nombre d'autres. Elles contiennent aussi neuf ou dix textes plus longs et plus denses, de cinq à dix pages chacun, où l'auteur livre sa pensée sur la littérature, le pays, la langue, le poème, le non-poème. Par exemple, Situation de notre poésie (1957), Notes sur l'homme d'ici (1960), Le bilingue de naissance (1974).

Mais il y a peut-être surtout, inédites, deux conférences d'une trentaine de pages, Conférence de l'Estérel (1974) et Parcours et non-parcours (1990), où l'auteur résume sa pensée politique dans la première et son itinéraire littéraire dans l'autre. On y apprend des choses. On y lit aussi de ses jugements si pénétrés qui tiennent au fait qu'il vivait intensément ce qu'il pensait et vice-versa.

Se peut-il qu'il ait fait, comme essayiste, de notre situation historique, politique, culturelle, les réflexions les plus profondes jamais écrites sur ces sujets ? Se peut-il qu'il ait écrit là-dessus parmi les meilleures pages de notre littérature d'idées ?

Il est venu à la politique à partir d'une réalité très profonde diagnostiquée d'abord en lui-même : l'aliénation linguistique et personnelle. Nous ne sommes pas un tout, collectivement, comme peuple, par notre situation politique, explique-t-il, mais une partie, et cela entraîne, pour l'individu, une pareille et intime infirmité. Il parle de «l'homme dissocié, l'homme séparé et divisé en lui-même». «J'ai mal à ce que je dis comme je le dis.» «Écrire me rend malade physiquement.» «Je n'ai plus de langue.»

Miron pousse l'analyse de la condition nationale jusqu'à un point tel dans son intériorité personnelle que sa démonstration atteint à l'irréfutable. Naturellement, la droite, les fédéralistes n'entendent goutte à tout cela et n'y ont jamais rien entendu.

La Conférence de l'Estérel, que nous lisons trente ans après l'événement, nous fait revenir à la réalité des choses. Nous avons échoué. Par cette conférence, tout y est repris dans l'essentiel. L'essentiel n'a guère bougé. Miron se trouve, comme poète, comme homme d'intuition, tout à fait au coeur de la réalité politique nationale.

L'autre conférence, Parcours et non-parcours, sur la question de la langue, si problématique pour cet auteur et d'ailleurs par elle-même, contient des pages très significatives sur sa propre histoire littéraire. Miron, d'abord sans culture pour la peine, a trouvé par lui-même et par ses amitiés littéraires tout ce qu'il faut savoir de l'art et de la littérature.

Ses proses sont une leçon d'histoire et d'intériorité. Elles sont un pont d'une grande pertinence avec sa poésie. La similarité d'origine des premières et de la seconde s'y reflète.

Il y a chez cet écrivain une homogénéité intérieure qui fait qu'on le retrouve pleinement dans sa prose comme dans sa poésie. Il tient beaucoup de place dans ce qu'il écrit. Prose ou poésie, il remplit de sa nature l'une et l'autre. Il n'y a pas chez lui de césure qui ferait du poète un autre homme que celui qu'on rencontrait dans la rue, dans le quotidien, dans ses tâches journalières, dans ses activités de militant.

Il y avait le poète qui méditait sur la langue et le prosateur qui incorporait la politique à son discours. Prose et poésie étaient bien distinctes, naturellement, mais ces vases communiquaient dans l'homme qui s'appelait Miron, forte nature qui, comme Claudel, n'était pas compartimentée.

On ne se fait pas une suffisante idée de cette unité si l'on ne consulte pas les proses, qui confèrent une autre voix au même homme, et cette voix se trouve en bonne partie la même, en tout reconnaissable comme aussi le personnage. L'unité faisait le fond de sa personnalité.

Lire ce livre, c'est comme autrefois écouter parler le personnage dans diverses circonstances. Même la poésie y est présente par citations, et aussi l'accent, celui avec lequel il déclamait parfois de ses poèmes devant deux ou trois amis, comme il évoquait du même souffle devant eux la politique et ses événements. La voix, le mouvement, tout y est et s'y retrouve. Cela fait de ce livre quelque chose d'émouvant. Il avive notre regret.

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UN LONG CHEMIN
Proses 1953-1996

Gaston Miron, L'Hexagone, Montréal, 2004, 477 pages



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Sortir de la confusion, de l’illusion et de la fiction

William Metcalfe
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

Dans sa chronique de ce vendredi 5 novembre sur Vigile , monsieur Deschênes fait remarquer que la stratégie de la prise de pouvoir pour « profiter de fenêtres d’opportunité » préconisée par monsieur Lisée ne trouve pas un défenseur crédible en sa personne car l’appui à la souveraineté était majoritaire en 1996, selon lui, et plutôt que de profiter de cette fenêtre d’opportunité, on a fermé des délégations du Québec, ou on s’est engagé dans un bras de fer avec les militants pour imposer les reculs sur le plan linguistique .

En commentaire, j'ajouterais ce qui suit.

Il n'y a pas eu de riposte du gouvernement québécois de Bouchard, que conseillait Lisée, et Landry aux plans fédéraux au cours des années 1995-2003 pour une simple et unique raison. Le gouvernement québécois ne pouvait pas répondre. Pourquoi ? Ils étaient prisonniers de sa stratégie du partenariat-politique.

Tout ce que le fédéral avait à faire c'était de souffler sur le château de cartes échafaudé autour du partenariat - politique, il avait la partie belle. Il n’avait qu’à dénoncer l'ambiguïté et de dire la vérité: les Québécois majoritairement ne veulent pas l'indépendance ? C'est vrai. Le Québec indépendant ne sera plus une province ? C'est vrai. Les Québécois, majoritairement, préfèrent le statu quo à l'indépendance ? C'est vrai.

Il a suffi que les fédéralistes dénoncent et utilisent l'extrême contradiction qu'il y avait à vouloir proposer de se mettre en état de dépendance vis-à-vis de celui dont on veut être indépendant et il a suffi que les fédéralistes expliquent que la souveraineté, c'est l'indépendance, la séparation, la sécession. Les campagnes fédérales depuis 1996 ont montré indubitablement l'existence et l'efficacité à dénoncer un projet souverainiste qui ne voulait pas, malheureusement, dire clairement son but.

Quand on y repense, on comprend combien ces facteurs ont miné notre capacité de défendre la souveraineté, de la porter dans notre famille, auprès de nos amis, dans notre voisinage, dans notre milieu de travail, dans notre milieu d'études et ainsi informer, expliquer, consolider et renforcer la souveraineté, l’indépendance. Comment expliquer une fiction, une illusion ? Et comment répondre d'une manière convaincante quand on doit expliquer une fiction, une illusion ? Nous n’avions pas évalué le caractère plausible et faisable du projet de partenariat-politique, (ou ses répercussions en cas d’échec), et nous étions pris avec !

Cette stratégie, ou tactique, aurait pu marcher à court terme, de juin 1995 à octobre 1995, si nous avions gagné, mais elle a échoué. Elle ne peut pas marcher à long terme. Oui, on peut leurrer tout le monde une fois (à court terme), mais non, on ne peut pas leurrer tout le monde tout le temps (à moyen terme et à long terme). Quand la moitié de la population était d'avis qu'il faudrait donner une dernière chance au fédéralisme, quand une majorité de Québécois disait non à l'indépendance, quand un grand nombre de voteurs ayant voté « oui » croyaient qu'un Québec souverain - partenariat - politique serait encore une province du Canada, il y avait un problème pour les souverainistes que les fédéralistes pouvaient très bien exploiter. Pourquoi les gens nous auraient-ils suivi dans une direction, la souveraineté, l’indépendance, que nous n'osions pas la prendre clairement nous-mêmes ?

Il est temps pour nous de reconnaître que la souveraineté - partenariat - politique est née de faux-fuyants, de fuite en avant et a fini par jeter nos troupes et la population dans la confusion la plus totale.

Ce n’est pas rigolo. Mais en relisant les anciens sondages du CRIC, le « Centre de recherche et d'information sur le Canada » (nos adversaires, une excroissance du Conseil pour l'unité canadienne) comme celui de 1999 confié à la maison CROP et à la firme « Environics Research Group » cela nous aide à comprendre. Cette enquête d'opinion a été réalisée après de 1000 personnes entre le 9 et le 21 septembre 1999. Qu’en ressortait-il ?

1) La souveraineté - partenariat plonge les Québécois dans la confusion.

2) Les Québécois n'ont pas une idée très claire de ce que signifie le concept de souveraineté – partenariat : dans l'hypothèse où une démarche amorcée par le gouvernement Bouchard aurait abouti à la souveraineté – partenariat

52 % comprenaient que le Québec quitterait le Canada, alors que
34 % étaient d'avis contraire.

64 % savaient que le Québec ne sera plus en mesure d'élire des députés à la Chambre des communes, mais 26 % croyaient que ce sera toujours possible, et, enfin
34 % étaient convaincus qu'ils demeureraient des citoyens canadiens;

En outre, les résultats du sondage de septembre 1999 nous disaient:

63 % des Québécois préféreraient le maintien du statu quo à l'indépendance complète.
27 % des Québécois voteraient pour la souveraineté « pure et dure », l'indépendance.
38 % des Québécois voteraient pour la souveraineté - partenariat.

On comprend que le partenariat politique nous placerait dans une position vulnérable : à mesure que les répercussions de leur vote deviendraient ou deviendront plus claires, beaucoup de Québécois voudraient ou voudront reconsidérer les choses et de demander qu'on leur en donne l'occasion. Et le camp fédéraliste pousserait ou poussera dans cette direction...

La souveraineté partenariat-politique était une idée brumeuse, impossible et improductive à moyen et long terme. Mais, malgré que la souveraineté - partenariat - politique ait été ou soit une invraisemblance, une impossibilité, l'élite intellectuelle et politique continue aujourd'hui d’y référer quand elle parle de l’appui à la souveraineté, à l’indépendance qui serait aujourd’hui à 47 % ou 49 %. Cela inquiète.

Opportunisme ? Manipulation ? Naïveté ? Cynisme ? Ne faisons pas de procès d'intention

Il y a ceux qui ont peur de l'indépendance. Qui n'affirmeront jamais qu'il faut la faire. Au contraire, ils vont continuer jusqu'à la dernière minute, à cause des élites politiques notamment, ce qui inclus les élites souverainistes qui se sont dissociés de l’indépendance avec la souveraineté partenariat-politique, à chercher le moyen de dire qu'elle est rétrograde.

Oui, il y a ceux qui ont peur de l'indépendance. Il y a un groupe de plus ou moins 7 % à 11 % de ceux qui se disent souverainistes, mais qui refusent la souveraineté liée à cette option, et, qui cherchent encore une solution qui ne va pas si loin.

Alors, cette fois-ci, on a cherché et trouvé des mots pour toucher cette masse qui pratique un nationalisme incomplet en demandant si la personne sondée appuierait un projet de pays « complètement indépendant » ! Mais alors et malgré la coloration très négative recherchée, on constate que l’appui à l’indépendance pouvait quand même aller chercher 34% ! C’est donc dire que le plancher de 27 %, en 1999, serait tout de même passé à 34 % en 2004.

Donc : l’indépendance qui se situait entre 27 % et 40,9 % en 1999-2000 se situerait maintenant entre 34 % et 44 %. Comme quoi, on peut progresser en dehors de la souveraineté partenariat-politique. C’est donc dire que si l’appui à notre cause se situe solidement aujourd’hui quelque part entre 34 % et 44 %, il n’en tient qu’à nous de travailler à la faire augmenter en expliquant avec pédagogie et clarté et simplicité de quoi il en retourne.

Nous avons toujours à combattre des adversaires qui continuent à vouloir (est-ce de bonne guerre ?), associer indépendance et isolationisme. Comme dit monsieur Deschênes (se moquant des sondeurs - note de l'éditeur), un vote pour l’indépendance serait un vote pour un « pays absolument isolé sans possibilité de contact avec l’extérieur » !

C’est choquant. Mais, il suffit de retourner aux dictionnaires et de s’expliquer.

Premièrement : souveraineté et pays indépendant sont synonymes. Une fois la colère exprimée, pourquoi ne pas faire l'effort et expliquer.

« PAYS: territoire d'une nation, nation, État. »
« SOUVERAINETÉ: pouvoir suprême reconnu à l'État, qui implique l'exclusivité de sa compétence sur le territoire national et son indépendance dans l'ordre international, où il n'est limité que par ses propres engagements. »

« Indépendant : qui n’est pas soumis à un autre pays, qui a son indépendance, un État indépendant, c’est un État qui n’est pas soumis à l’autorité d’un autre pays. Ce pays vient d’acquérir son indépendance, il ne dépend plus d’un autre pays. Indépendantiste, partisan de l’indépendance politique de son pays, les indépendantistes du Québec.

On ne peut être plus clair. On ne peut même pas continuer à entretenir la confusion entre les mots souveraineté et indépendance, puisque l'indépendance est partie intégrante de la souveraineté. La définition du dictionnaire ne devrait plus laisser de doute dans l'esprit de personne et c'est celle que nous devons retenir tous, pour éviter que chacun y aille de sa propre définition, de ses propres concepts, de ses propres préjugés...

Et si « vraiment indépendant » veut dire « séparé » du Canada-Anglais, on peut expliquer que vouloir que le Québec devienne un pays indépendant, séparé du Canada-Anglais, cela n’a rien de commun avec l’isolationisme, et que c’est même tout le contraire de l’isolationisme, puisque être « vraiment indépendant », « séparé » du Canada Anglais, permet d’être présent, soi-même, aux autres, aux autres cultures, aux autres sociétés, aux autres nations, aux autres pays, au monde. Avec tous les avantages que cela comporte.

Le Québec indépendant, séparé du Canada, est le contraire de l’isolationisme puisque la coopération internationale n’est possible que s’il y a « nation indépendante ».

Pour le « vraiment indépendant » du sondage CROP, on peut aussi expliquer, sous un autre angle, que c’est une exagération pour rabaisser, dénigrer le mot indépendance et semer la confusion, puisque l'indépendance et la souveraineté sont toujours limitées. Même la nation la plus forte doit tenir compte des autres nations. Maurice Séguin, dans Les Normes, Guérin, 1999, aux pages 163 et 233, nous dit:

« Ambiguïté des termes indépendance et souveraineté.

Indépendance ne saurait vouloir signifier « ne pas dépendre » d'une manière absolue - ne pas avoir à tenir compte des autres, ne pas subir d'influences, ne pas être limités par les autres. Indépendance n'est pas synonyme d'agir sans les autres. L'essence même de l'indépendance c'est d'agir par soi-même.

Souveraineté doit être également entendu comme s'appliquant à une autorité rencontrant certaines restrictions. Même les « souverains absolus » étaient limités à l'intérieur et à l'extérieur. Souveraineté n'est pas synonyme d'agir sans les autres. L'essence même de la souveraineté c'est d'agir par soi-même. »

En conclusion, nous devons sortir de la confusion, de l’illusion et de la fiction. Il ne faut pas confondre l’appui à la souveraineté et l’appui à la souveraineté partenariat-politique. De sorte que la souveraineté, l’indépendance se situe présentement, non pas à 47-49 %, mais plutôt à 41-44 %. Nous avons tout intérêt à nous coller à réalité, à la souveraineté, à l’indépendance, qui, à moyen et long terme, se comprend mieux que la fiction. Et, pour être pédagogue, éclairant, efficace, enthousiaste et convaincant, quand on souhaite et veut que le Québec devienne un pays indépendant, il faut avoir le courage d’expliquer que la souveraineté-partenariat-politique est révolue, et donc que les mots importants sont, non pas souveraineté partenariat-politique, mais plutôt SOUVERAINETÉ et INDÉPENDANCE.




TRIBUNE LIBRE

Oui, il faut une course - Pour la patrie avant tout

Charles Thériault, Marieville
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

Ancien Député et certains d’aujourd’hui ont dit tout haut ce que des milliers de membres du PQ pensent tout bas. Je suis moi aussi d’avis qu’une course à la Présidence du PQ est nécessaire pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’estime personnelle dont jouit M. Landry et de toutes ses années en politique au PQ et au service des Québécois et Québécoises.

Quand le PQ était au pouvoir tous les Ministres et Députés étaient dépourvus par la démission inattendue de M. Bouchard, on peut comprendre les avantages de s’épargner une course à la Présidence. Maintenant que nous sommes dans l’opposition, ces raisons ne tiennent plus. On peut difficilement dire que M. Landry a été élu démocratiquement par l’ensemble des membres pour son accession à la tête du PQ, je ne suis pas surpris et d’accord avec M. Michaud que lui-même a déclaré dans la Presse et à la Radio avec Mme Josée Legault qu’il y a des précédents limpides à cet égard.

Je peux reconnaître le droit de M. Landry de demeurer chef, mais la présidence du PQ ne lui appartient pas, et de toute façon, si M. Landry ne recueillait pas l’appui suffisant lors du vote de confiance, il devrait se plier à la tenue d’une course, et nous aurions perdu un an, et nous aurions contribué à la remontée du parti Libérale. Il faut voir les choses en face, nous avons subi lors des dernières élections notre pire défaite en trente ans, pour des raisons dont certains ne semblent pas vouloir l’admettre, mais cette défaite est à tout le moins une sérieuse autocritique. Mais on ne l'a pas fait ; nous préférons faire semblant de croire que cette raclée était une victoire morale.

Nous n’avons pas eu de course à la chefferie du parti depuis Pierre-Marc Johnson, mais lorsque qu’un chef oublie les problèmes nés de sa politique et qu’on veut mettre de coté la Souveraineté et non le partenariat, je crois qu’une course est nécessaire, nous serions un bien drôle de parti si nous n’acceptions pas, pour des motifs autres que des calculs personnels, de remettre la question du leadership entre les mains des membres qui n’ont pas connu de course depuis vingt ans, il ne faut pas être dupe dans cet argument qu’une course est inutile parce que M. Landry serait supérieur aux autres candidats. Si c’est le cas, pourquoi craindre le verdict des membres. J’ai toujours pensé que la patrie passait avant les destins personnels, et je continue de le penser.




TRIBUNE LIBRE

La Radio-Canada de Robert Rabinovitch
De chaîne publique à chaîne d'État

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

Robert « Bob » Rabinovitch (http://www.cbc.radio-canada.ca/htmfr/administration/index.htm) est le grand patron de Radio-Canada depuis le retour au pouvoir, en 1993, du Parti libéral du Canada «de» Jean Chrétien - lequel a «requis» incontinent les services de l'individu à ce poste, qui a pris effectivement le relais à la fin du contrat (non renouvelé) qui liait le gouvernement fédéral au précédent président, Perrin Beatty.

Or depuis ce temps Radio-Canada n'a cessé de sombrer, et n'est plus désormais que l'ombre de ce qu'elle fut naguère - à tous égards, chaînes radiophoniques comprises. Ainsi, l'antenne publique s'est vue devenir tout à la fois une chaîne commerciale dans ses manières (on ne voit plus très bien la différence en regard aux TVA et autres TQS) et largement une chaîne de propagande de la Canadian National Unity dans ses contenus.

Génial ! le monsieur Rabinovitch (autorisez-moi l'antilitote, faute d'antidote): privatiser et étatiser - privétatiser ? - tout en un...

Et voilà maintenant (http://ledevoir.com/2004/11/05/67809.html?265) le gouvernement de Paul Martin qui reconduit l'homme de Jean Chrétien dans ses fonctions. Vraiment, ça vous fait une belle jambe, Mme Liza Frulla, ministre de Patrimoine Canada et patronne théorique du P-DG de la Société.

Ce serait dommage tout de même - ne pensez-vous pas, madame ? - qu'on en arrive à surnommer l'ex-ministre de la Culture de l'État québécois... la Joseph Goebbels du Canada.

Allez, Télé-Québec ! À vous désormais d'occuper pleinement le créneau d'une télévision raffinée à l'image des citoyens qui en sont les fidèles auditeurs, les authentiques personnages et les propriétaires exclusifs.

Jean-Luc Gouin
LePeregrin@yahoo.ca
Québec, 8 nov. 2004

PS : En guise de complément, je renvoie au texte suivant - La Vessie de M. Sylvain Lafrance (http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=1470) - qui «ramasse vite fait» la radio-Off-canada. Nous sommes en ces lieux également conviés, rédigés par divers auteurs, à la lecture de plusieurs autres articles critiques sur le sujet. Voir aussi le dossier Vigile concernant la concentration de la presse au Québec, en http://www.vigile.net/dossier-medias/2.html






TRIBUNE LIBRE

Bon voyage M. Duceppe...

Jacques Bergeron
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

Gilles Duceppe promet que les vétérans auront leurs drapeaux lundi , PC, 8 novembre 2004.

Voilà que le chef du Bloc Québécois se transforme en «porte-drapeau canadien», ce dont nous fait part un article d'un quotidien ce matin, pour le plaisir des anglos et de ses vétérans qui n'ont pas encore compris qu'ils avaient été les esclaves des Anglais, et non les libérateurs du monde lors des deux dernières guerres. Ils ne semblent pas se souvenir que dès 1942 on les a précipités dans un guet-apens duquel la plupart d'entre eux ne pouvaient sortir vivants. Ils n'ont pas remarqué qu'ils étaient les outils, ne devrait-on pas dire les sacrifiés de la guerre, des anglo-saxons qui étaient bien résolus à ne pas laisser tuer leurs concitoyens. Et c'est ainsi que les survivants se prennent pour des héros en affichant le drapeau du Canada anglais. Qui plus est, ils utilisent ce drapeau pour faire la promotion de leur «héroisme» et de l'unité canadienne.

Que Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois, parti indépendantiste recherchant supposément l'indépendance pour son pays le Québec, se fasse le «porte-drapeau» du Canada dépasse tout entendement. Si encore il leur apportait le drapeau du Québec, on comprendrait et on le féliciterait, mais se faire le porte-drapeau du Canada relève de l'abaissement d'un serviteur du Canada ou d'un esclave heureux de l'être.

Et certains indépendantistes voudraient en faire le chef du Parti Québécois? «Non merci» à tous ces gens et à ceux qui doivent comprendre que ce n'est pas en s'abaissant que l'on conquiert le respect et la dignité. C'est par des petites choses, comme refuser de s'avilir devant les occupants de notre pays, que l'on peut acquérir l'estime, le respect et l'admiration de son peuple et de ses ennemis ou adversaires.

Par sa démarche, Gilles Duceppe s'est mérité le titre de «Patriote du Canada anglais», ennemi de sa libération et de celle de son peuple. On comprend davantage son désir d'aller les visiter dans les prochains jours et les prochaines semaines. Il ne lui reste qu'à placer sur son «revers de veston» une «épinglette à la feuille d'érable», afin de bien démontrer sa bonne foi aux Canadiens et son attachement au Canada. Bon voyage M. Duceppe, et comme dans la chanson, j'espère que vous ne reviendrez jamais.

On comprend davantage sa décison et celle de ses députés, de ne pas participer au financement d'un organisme indépendantiste comme «Vigile Québec», un hebdo faisant la promotion de l'indépendance du Québec!




TRIBUNE LIBRE

Les "conditions perdantes" sont mûres à Ottawa...

Jean René Marcel Sauvé
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

L'histoire du drapeau refusé par un membre du Bloc à un vétéran et la virulente réaction à Ottawa sont analogues à celle de la championne nageuse qui s'est fait presque détruire par Sports Canada pour avoir affiché un fleurdelysé sur un podium.

Cela appelle beaucoup plus qu'une manifestation dans la rue. Cela appelle la destruction simple et finale d'Ottawa et je n'irai pas par quatre chemins pour le dire. C'est la seule solution à la bassesse, petitesse, malice, méchanceté, outrecuidance et esprit chagrin qui prévalent à Ottawa, sans oublier l'incompétence et la malhonnêteté.

Comme disait Pierre Vallières: "À incinérer, camarades". (Dieu ait son âme)

Les "conditions perdantes" sont mûres à Ottawa pour pousser les mesures qui vont complètement discréditer le parti libéral fédéral, tout en lui interdisant de déclencher de nouvelles élections alors qu'ils se coule lui-même. Il finira quand même par déclencher de nouvelles élections qu'il va perdre pour de bon. Martin préfère le confort de la retraite au combat sans issue qu'il est en train de livrer. On ne peut certes pas l'en blâmer, mais comme il s'est mis lui-même dans le pétrin, alors qu'il se fasse cuisiner un peu avant d'en sortir et de laisser couler le bateau qui commence à prendre l'eau.

Aux prochaines élections, c'est évident qu'il les perdra au profit du parti conservateur de Stephen Harper, un parti régional et régionaliste, ce qui est déjà un avantage pour nous.

Mais les Conservateurs seront minoritaires. Les libéraux auront des sièges mais pas assez pour s'imposer. Ils devront faire appel au Bloc et aux Socialistes. Le Bloc qui aura alors plus de 60 sièges au Québec sera en position de force, position qu'il doit exploiter pour démanteler le pouvoir fédéral à Ottawa.

Vous avez déjà été bûcherons? Vous savez ce qu'est un coin? C'est une courte tige de métal effilée sur un côté et plate sur l'autre, de la forme d'un ciseau à bois, mais tout en métal, qu'on insère dans l'arbre lorsqu'on a pratiqué une première fente avec la hache et introduit le golendard pour le scier. Travail dur et excitant pour les muscles d'un jeune homme. Le coin sert à garder la fente ouverte, de manière à faciliter le travail du golendard. Lorsqu'on pénètre plus loin avec la scie, on administre des coups sur le dos du coin pour aider à agrandir la fente et accélérer la chute de l'arbre dans la direction voulue.

Je vous parle du métier de bûcheron, il y a 50 ans, alors que les machines n'étaient pas là et que le métier était civilisé. Je l'ai fait et j'ai trouvé que c'était le plus beau métier du monde, avant l'arrivée des machines, bien entendu. Alors j'ai quitté et je suis devenu un intellectuel et un militaire, pour chasser les machines de la forêt. Sinon je serais resté dans le bois, un milieu incomparable.

Eh bien, le Bloc est notre coin-ciseau à Ottawa. La taille de l'arbre est commencée, avec le scandale des commandites et elle va se poursuivre. Le Bloc est en position de pénétrer en coin dans le système fédéral et à en ouvrir une fente qui le fera tomber. On me comprend j'espère? Pour prendre une autre image, il y a l'exemple de la toile qu'on déchire à partir d'un tout petit trou.

En stratégie et en tactique, cela s'appelle mettre en pratique le principe de concentration et d'économie de l'effort, de même que celui de simplicité.

Au fond, les indépendantistes ont peur de l'indépendance, parce qu'ils commencent à en voir les exigences. Non mais, se tenir debout seuls, penser et agir par nous-mêmes? Vous n'y pensez pas? Commode l'inféodation puisqu'il n'y a qu'à se laisser mener par la laisse comme de bons petits toutous gentils gentils gentils.

Et les Québécois aiment ça être gentils. Ils ont peur de passer pour mufles ou méchants. Moi pas. J'ai foi en la Rédemption et la miséricorde divine. Alors je me permets d'être mufle jusqu'au bout.

Puisque les indépendantistes et le peuple Québécois ont peur de l'indépendance, alors faisons tout ce que nous pouvons pour la créer de facto et obliger tout le monde à se grouiller et à agir.

Je pourrai alors retourner sur mes terres couper mon bois de chauffage et jouir enfin de la forêt. J'en frissonne de jouissance rien qu'à y penser. Machiavel aussi aimait beaucoup la forêt et le métier de bûcheron. S'il avait pu en vivre et s'il n'y avait pas eu autant de problèmes et de menaces qui pesaient sur Florence. sans oublier le clan Borgia, il n'aurait jamais écrit Le Prince.




TRIBUNE LIBRE

À Monsieur Michel David

Robert Bertrand, Québec (Québec)
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

Monsieur,

À votre évaluation sommaire suivante : "ils n'ont pas davantage l'audace de claquer la porte", ne faudrait-il pas dire mieux : ils ont cru dans leurs députés élus qui se sont servis en servant les intérêts du Parti Libéral

"...si les Québécois n'ont pas la force d'imposer au reste du pays le fédéralisme qui leur conviendrait, ils n'ont pas davantage l'audace de claquer la porte."

Combien de choses les responsables du Parti Libéral du Canada ne nous ont-ils pas promis tant au premier référendum (Un OUI voulait dire un NON et un NON un OUI aux changements pour satisfaire le Québec (Trudeau) ? Ne devaient-ils pas satisfaire aux besoins des Québécois-es au deuxième référendum ?

N'insistons pas tellement là dessus. Tant de choses ont été écrites et redites. Vous les connaissez bien !

CE QU'IL NOUS FAUT MAINTENANT COMPRENDRE

Les Québécois et les Québécoises ont toujours cru en la bonne foi de ceux et celles qu'ils ont élus et envoyés à Ottawa. Les Québécois et les Québécoises ont toujours pensé, ou, disons mieux, ont toujours voulu penser que leurs élus à Ottawa cherchaient à faire comprendre à leurs collègues des autres États du Canada et aux autres citoyens et citoyennes du "reste du Canada" qu'il fallait faire des concessions pour accepter l'égalité des deux PEUPLES, des deux NATIONS dans leur Canada. Les Québécois et les Québécoises ont toujours imaginer (plus ou moins consciemment) que leurs élus travaillaient pour faire avancer la cause des Québécois et des Québécoises dans le reste du Canada.

Certains Québécois et certaines Québécoises avaient déjà compris que tel n'était pas le cas mais ne pouvaient rien prouver hors de tout doute raisonnable.

Les Québécois et les Québécoises savent très bien, maintenant, que tous ces députés LIBÉRAUX et ces Ministres LIBÉRAUX élus à Ottawa doivent servir les intérêts du Parti Libéral et non les intérêts des citoyens et citoyennes qui ont voté pour eux et elles.

Monsieur David et vous tous bons journalistes-éditorialistes-courriéristes, ne savez-vous rien de plus depuis quelques mois ? N'avez-vous pas des certitudes les plus absolues à l'égard de la qualité des représentants que les Québécois et les Québécoises ont envoyé à Ottawa ? Je parle, bien sûr, de la qualité des représentants élus du Parti Libéral. Pour qui ont-ils travaillé tous ces élus à Ottawa ? Tous ces Ministres dans les Cabinets de Chrétien, de Martin ? Qui ont-ils servis ?

Tous ces députés du Parti Libéral élus au Québec par des Québécois et des Québécoises et qui servent et ont servi le Parti Libéral du Canada : pour qui ont-ils travaillé, pour qui travaillent-ils ?

Servent-ils les intérêts des Québécoises et des Québécois ?

Certains journalistes d'entre vous, acceptez encore de répondre par un oui. C'est votre droit le plus absolu.

Peut-on différer d'opinions ?

Un certain monsieur Guitté n'a-t-il pas déclaré que les sommes d'argent dépensées au Québec en commandites-propagande servaient essentiellement pour convaincre les Québécois et les Québécoises de rester dans leur Canada ?

N'a-t-il pas déclaré que la mission de Chrétien, que la mission du Conseil Privé , que la mission de certains Ministres du gouvernement Chrétien de leur Canada devaient permettre aux Québécois et aux Québécoises de souffrir parce qu'ils optaient pour une option différente de celle de leur vision à eux de leur Canada ?

Bref : il fallait faire la promotion de leur Canada en territoire du Québec par tous les moyens, par toutes les avenues possibles. Monsieur Gagliano se justifie en ce sens. Il fallait "défendre" le Canada.

Les préposés à ces commandites-propagandes ont-ils fait le nécessaire pour nous voir souffrir, nous, les Québécois et les Québécoises ? Avaient-ils cette volonté en tête ?

Comme individu journaliste et tous les autres journalistes-éditorialistes-courriéristes avez-vous été fidèle au respect des Québécois et des Québécoises en les informant au mieux de ce qui se passait dans ce Canada ? Avez-vous dénoncé les comportements de ces élus qui sont devenus des élus de leur Canada ? S'étaient-ils fait élire avec de tels objectifs énoncés à la population du Québec ?

De 50/50 % des frais pour la santé, ne sont-ils pas devenus 14% vs 86% que les Québécois et les Québécoises ont versés ? Les LIBÉRAUX ont-ils diminués les impôts en conséquence ? Bien non, il fallait faire "souffrir" les Québécois et les Québécoises.

Demandez-vous : combien de ces journalistes-éditorialistes-courriéristes ont-ils bénéficié monétairement et/ou autrement des avantages des commandites-propagandes ?

Pouvons-nous imaginer vous croire sur parole parce que vous écrivez dans un journal, parce que l'on vous entend à la radio et parce que l'on vous voit à la télévision ?

Les preuves sont faites et se démontrent, quotidiennement ou presque, que volontairement, sciemment, malicieusement, les Ministres travaillaient de connivence, ensemble, et conjointement, de par leur appartenance au Conseil privé, qu'ils étaient "en guerre" contre la volonté des Québécois et des Québécoises de devoir s'affirmer pour ce qu'ils sont : la Nation Québécoise et le Peuple Québécois. Ils agissaient ainsi, sans mandat de la population qui les avaient élus.

Il faut en convenir. Ces gens d'Ottawa ne nous reconnaissent pas ni comme Nation, ni comme Peuple. Dans leur Canada, il n'y a de la place que pour leur Peuple, pour leur Nation. Et nous ne faisons pas parti de ce Peuple ni de cette Nation de leur Canada. Nous sommes hors leur Canada.

Vous feignez l'ignorance ou vous feignez la responsabilité de votre propre profession qui est d'informer au mieux vos semblables sur ce qui se passe. Quels intérêts servez-vous ? Vous et les vôtres - journalistes-éditorialistes-courriéristes- ?

Monsieur David, personne ne peut nier que ce Canada était "en guerre" contre la volonté des Québécois et des Québécoises. Vous êtes bien au fait que ces commandites-propagandes sont encore en cours puisque des contrats "ne pouvaient être annulés", ont-ils dit, avant 1996.

Votre analyse des sondages prend elle en compte les facteurs des commandites-propagandes ?

Votre éthique journalistique feint-elle l'ignorance de ces outrages, de ces malversations, de ces considérations ?

L'éthique oblige-t-elle une analyse objective ou subjective ?

Puisque vous nous avez présenté votre point de vue, c'est auprès de vous que j'en fais état. Cette intervention aurait pu s'adresser à bien d'autres auparavant.

Il y aura d'autres analyses et d'autres réactions, le moment venu.




TRIBUNE LIBRE

Revivre éternellement mai 68 ?
Une réponse à l’apolitisme alter-mondialiste

Dave Anctil
Doctorant Université de Montréal/Panthéon-Sorbonne
TRIBUNE LIBRE 8 novembre 2004

Les intellectuels ont souvent réussi – pour le meilleur, mais trop souvent pour le pire – à imposer lentement, mais sûrement, une multitude de concepts politiques qui se voudraient plus souvent qu’autrement «révolutionnaires». Telles sont les idées contemporaines, massivement relayées par les médias, de mondialisation, de village global, d’alter-mondialisme et de commerce équitable, qui ont succédé tranquillement aux slogans de mai 68, à la révolution culturelle de Mao et à la mobilisation planétaire du prolétariat.

Ce sont aussi à ces idées auxquelles fait astucieusement référence Yvan Saint-Pierre, dans son texte paru dans le Devoir (lundi 25 octobre) pour nous annoncer qu’il quittait définitivement la «famille souverainiste» («Message à la famille politique que je quitte pour de bon»). Ces idées en apparence évidentes, considérées instinctivement par les radicaux comme «moralement supérieures» au sens commun, ont acquis une telle notoriété aujourd’hui qu’il est devenu aisé d’y faire référence, sans les mentionner explicitement, et de donner l’impression de courage et de lucidité politique.

Rappelons brièvement le propos central de ce monsieur. Saint-Pierre, exaspéré par les discours répétitifs et dépassés des souverainistes québécois, nous annonce qu’il abandonne la «cause» et choisit consciemment le Canada «en attendant de pouvoir y renoncer pour mieux, plutôt que pour pire», selon son expression. Il ajoute cette belle phrase significative : «Oui, je trahirai toutes les patries qu'on voudra avant de trahir mes enfants, ma planète et mon humanité tous à la fois.» Ouf!

On remarquera que l’auteur, capable d’une immense loyauté envers l’ensemble de l’univers, n’hésite pas à se déclarer traître envers sa patrie. On notera que le seul «niveau d’allégeance» jugé indigne de son approbation, de ses énergies et de son affection, c’est le national. M. Saint-Pierre jure en effet fidélité au monde entier, jusqu’au «Groënland qui fond», mais n’a plus dans son cœur meurtri de citoyen du monde aucune place pour le Québec… Car l’enjeu du conflit Québec-Canada est devenu pour lui subitement limpide, c’est-à-dire insignifiant : «Comment deux États, moins populeux et plus occupés à défendre leur différence, développeront-ils mieux la solidarité transnationale que cette résistance-là [la souveraineté du Québec], comme tant d'autres, requièrent ?»

Cela me fait penser à un beau morceau de Rousseau dans son Manuscrit de Genève. Ne se laissant pas impressionner par les supposés beaux sentiments de ces «prétendus cosmopolites», il y affirme que ces derniers, en préférant le «genre humain» à «leur patrie», «se vantent d’aimer tout le monde pour avoir le droit de n’aimer personne». C’est bien près de ce que je pense personnellement d’une bonne part des intellectuels radicaux, dont s’inspire vraisemblablement M. Saint-Pierre.

Les fuites des intellectuels vers l’utopie cosmopolite et le fantasme de la révolution permanente, leur amour incessant pour la «marge» et les solutions extrêmes n’ont rien de nouveau. Si la terminologie exacte change – Tony Negri n’est pas exactement Michel Foucault ou Louis Althusser –, l’esprit, lui, demeure intact d’une œuvre à l’autre : notre société «actuelle» – que ce soit l’époque de Saint-Simon, celle de Marx ou la nôtre importe peu au fond – est le «plus mauvais des mondes possibles».

Certes, les opprimés, c’est-à-dire vous et moi, changeons de pseudonyme. Nous ne sommes plus aujourd’hui des prolétaires soumis à «l’appareil idéologique de l’État bourgeois», mais bien des êtres soumis à de subtiles structures d’un «bio-pouvoir» omniprésent. Mais, heureusement, la solution n’est plus chez nos intellectuels radicaux d’aujourd’hui aussi inquiétante que la grande révolution communiste planétaire d’hier. La libération prend maintenant la forme d’une conscience globale de la «Multitude», mondialement opposée et mobilisée – comme le défendent chez-nous Yvan Saint-Pierre et l’équipe du Voir – contre l’hégémonie idéologique des États-nations et du capitalisme financier…

Combien de fois ai-je entendu ce discours éthéré opposant «solidarité nationale» et «solidarité transnationale» ? Cela sonne à mes oreilles comme un vieux tube usé qui n’en finit plus de tourner à la radio… Bien entendu, lorsque je me trouve dans mon Abitibi natale, je ne souffre pas de ces soupirants faux dilemmes. Ces discours, je les entends continuellement à l’université, à Montréal surtout – sur le Plateau d’abord, je veux dire, au fond, dans les quartiers aisés et branchés de toutes les métropoles des pays industrialisés – et ces vociférations sont toujours entretenues par des intellectuels «engagés». Je les entends ici aussi à Paris, où je me trouve actuellement, entre deux célébrations de la «fin de l’autorité» autour de la Sorbonne : celle, récente, d’Alain Renaut, et l’autre, abondamment fêtée ces temps-ci, du mythique Michel Foucault.

N’en finira-t-on jamais avec mai 68 ? Ne peut-on considérer modestement qu’entre l’individu et l’Humanité, il existe ces entités intermédiaires importantes appelées «nations», qui ont l’avantage de former au moins un relais essentiel entre le monisme d’une passion universaliste exacerbée et l’égoïsme de l’individu ?

Faire l’indépendance du Québec, comme on a fait l’indépendance de l’Irlande, de la Pologne, de la République Tchèque, de l’Estonie…, n’est-ce pas simplement, pour un peuple, de se doter des moyens d’un destin propre par une autonomie plus grande ? Trouvera-t-on une seule nation qui voudrait ou aurait renoncé à sa liberté politique après l’avoir obtenue ? La preuve à faire ne réside pas du côté des souverainistes québécois, comme le pense Saint-Pierre, mais bien de celui des alter-mondialistes comme lui. Heureusement, je suspecte que l’appel au recrutement qui clôt son texte ne sera pas entendu bien plus loin que le coin Mont-Royal et St-Denis…

Je vois pour ma part bien plus d’humanité dans les projets de libération nationale que dans toutes les œuvres de folle déconstruction dont nous ont affublé les intellectuels radicaux. Ce qu’ils ont d’inhumains, ces auteurs, c’est une espèce d’hauteur de vue qu’ils partagent avec les empereurs et les dictateurs du passé. Leurs luttes sont si vastes et grandiloquentes, qu’ils font frissonner les hommes comme moi, qui se contenteraient bien simplement d’être des citoyens consentants d’un pays qui serait le leur.