Actualité







Séguin annonce une révision en profondeur de la Caisse de dépôt et de placement

NORMAN DELISLE
PC 12 novembre 2004

QUEBEC (PC) - La gestion de la Caisse de dépôt et de placement du Québec est revue en profondeur, en vertu d'une loi déposée jeudi à l'Assemblée nationale par le ministre des Finances, Yves Séguin.

Même le mandat de l'organisme est révisé. La Caisse devra désormais gérer les fonds "en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement, tout en contribuant au développement économique du Québec".

Cette nouvelle formulation donne à penser que le mandat de la Caisse d'obtenir un placement optimal devient le premier critère dans la prise des décisions de l'entreprise.

Le projet de loi revoit la structure de la direction, en précisant que les fonctions de président du conseil d'administration de la Caisse et de chef de la direction ne peuvent être cumulées par la même personne.

Trois comités sont créés au sein de la Caisse, soit un comité de vérification, un pour les ressources humaines et un pour la gouvernance et l'éthique. Ils devront être composés de personnes indépendantes.

Le comité de vérification devra mettre en place des mécanismes "adéquats et efficaces" de contrôle interne, et il devra "réviser tout placement susceptible de nuire à la bonne situation financière de la Caisse".

Au comité des ressources humaines reviendra le mandat "d'élaborer des profils de compétence et d'expérience" pour la nomination du chef de direction de l'entreprise ou des membres indépendants qui siégeront au sein des comités.

Dans un communiqué, le ministre des Finances Yves Séguin a précisé que ce projet de loi était rendu nécessaire à la suite des "défaillances" observées dans le passé dans la gestion de l'entreprise.

Le vérificateur général a déjà produit en 2003 un rapport critiquant plusieurs gestes posés par l'administration de la Caisse à la fin des années 1990.

Le ministre Séguin a expliqué que les modifications apportées à la loi de la Caisse faisaient suite à plusieurs suggestions formulées par l'actuel président de l'organisme, Henri-Paul Rousseau.

Selon le ministre des Finances, le projet de loi "renforcera le rôle du conseil d'administration en imposant une plus grande imputabilité des dirigeants et des administrateurs".

La Caisse de dépôt et placement du Québec est une institution financière qui gère des fonds provenant principalement de régimes de retraite et d'assurance publics et privés du Québec. Son actif net s'élève à 89,4 milliards $ au 31 décembre 2003.

La Caisse est le premier gestionnaire de fonds institutionnels au Canada, et elle investit dans les grands marchés financiers et sous forme de placements privés et d'investissements.





Nouvel objectif: le rendement optimal : Séguin met la hache dans la double mission de la Caisse de dépôt

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 12 novembre 2004

Québec - Finies les grandes transactions lancées par la Caisse de dépôt et placement du Québec afin de préserver, sur fond de pressions politiques, la propriété québécoise d'entreprises comme Vidéotron ou Domtar. À l'avenir, le bas de laine des Québécois visera avant tout à réaliser un rendement optimal et son rôle moteur dans le développement économique du Québec passera au second plan.

Le ministre des Finances, Yves Séguin, a déposé hier le projet de loi 78 modifiant la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, projet de loi que son président actuel, Henri-Paul Rousseau, appelait de tous ses voeux. Le gouvernement Charest met la hache dans la double mission de la Caisse telle que définie dans sa loi constitutive de 1965. Depuis sa création, la Caisse doit à la fois contribuer au dynamisme de l'économie du Québec et veiller aux intérêts de ses déposants en obtenant les meilleurs rendements.

Le projet de loi assurera qu'une «distance prudente» soit maintenue entre le gouvernement et la Caisse, a dit Yves Séguin au cours d'un point de presse. «On veut s'assurer qu'il n'y ait pas d'influences autres que la question d'un investissement», a-t-il expliqué. La Caisse n'aura pas à «servir les intérêts d'un gouvernement» et «ne recevra pas d'instruction du gouvernement pour investir dans des projets qui auraient malheureusement des rendements insuffisants».

Le ministre a refusé de donner des exemples comme celui de Vidéotron, une transaction qui a arraché l'entreprise des griffes de l'ontarienne Rogers pour la livrer à Quebecor mais qui a conduit la Caisse à radier 1,2 milliard d'un investissement de 2,9 milliards.

En vertu du projet de loi 78, il sera pratiquement impossible au premier ministre ou au ministre des Finances de forcer la Caisse à violer ses politiques de placement. L'article 3 du projet de loi stipule que la «Caisse a pour mission de recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec». La Caisse continuera à investir dans des entreprises québécoises, dans la mesure, toutefois, où le rendement sera optimal.

Pour améliorer la «gouvernance» de l'institution, le projet de loi contient par ailleurs toute une série de mesures dont la plupart avaient été souhaitées par M. Rousseau.

Ainsi, le poste de président du conseil d'administration et de président et chef de la direction sera scindé, à l'instar d'Hydro-Québec, par exemple. Nommé par le gouvernement pour cinq ans, le président du conseil assumera sa tâche à temps partiel. Le président et chef de la direction sera nommé pour un mandat renouvelable d'au plus cinq ans par le conseil d'administration avec l'approbation du gouvernement.

M. Séguin a confirmé que l'ancien président d'Hydro-Québec, Richard Drouin, avait conseillé le gouvernement pendant deux mois pour la rédaction du projet de loi. M. Drouin n'a pas demandé d'honoraires, a précisé le ministre. De fait, des rumeurs désignent M. Drouin au poste de président du conseil de la Caisse.

À l'avenir, les deux tiers des membres du conseil d'administration devront être indépendants (ne pas avoir de liens ni avec la Caisse ni avec le gouvernement). Cette majorité des deux tiers sera choisie en fonction de critères de compétence.

Une fois le projet de loi adopté, le Vérificateur général du Québec pourra mettre son nez dans les affaires des filiales en propriété exclusive de la Caisse, ce dont il n'a pas le mandat à l'heure actuelle. Sans aller jusqu'à une vérification «en optimisation des ressources», comme il le réclamait, le Vérificateur général pourra aller au delà de la simple vérification financière et s'assurer que la Caisse se conforme à sa loi, à ses politiques et à ses directives. Le Vérificateur pourra aussi examiner les systèmes et procédés mis en oeuvre pour protéger l'avoir des déposants.

Avec tous ces changements, certaines «erreurs» ne pourront plus se produire, comme les dépassements de coûts dans la construction du siège montréalais de la Caisse, a assuré M. Séguin. Si ces mesures avaient été en place, le gouvernement aurait informé rapidement de l'effondrement du portefeuille de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ).

Afin d'améliorer sa gouvernance, la Caisse devra se doter d'un comité de vérification composé uniquement de membres indépendants, d'un comité de ressources humaines et d'un comité de gouvernance et d'éthique. Le comité de vérification devra aviser par écrit le conseil d'administration de toute pratique de gestion qui ne serait pas saine à l'intérieur de l'organisation ou de ses filiales à part entière.

Hier à l'Assemblée nationale, le ministre des Finances a déposé un autre projet de loi qui modifie cette fois la loi sur les valeurs mobilières. Le projet de loi 72 permettra à un petit investisseur de réclamer une indemnisation s'élevant jusqu'à 100 000 $, sans recourir aux tribunaux, s'il a subi une perte financière en raison d'une omission ou d'un acte fait par un courtier ou un représentant financier en contravention de la loi. Un épargnant lésé pourra adresser une demande à l'Agence nationale d'encadrement du secteur financier qui la soumettra à son Bureau de décision et de révision en valeurs mobilières. C'est le courtier fautif, ou la maison de courtage, le cas échéant, qui devra assumer la note. En usant de ce recours, l'épargnant abandonne son droit de s'adresser aux tribunaux mais il s'évite des frais juridiques souvent écrasants. «C'est ce qu'Yves Michaud réclamait», a souligné M. Séguin.





LE TORCHON BRÛLE ENTRE CHAREST ET LE MINISTRE DES FINANCES : Yves Séguin en tutelle

Denis Lessard
La Presse vendredi 12 novembre 2004

Québec - Déclarations embarrassantes, cafouillis dans les dossiers et multiplication des embardées dans les dossiers des collègues: le bulletin d'Yves Séguin est rempli de corrections en rouge. Et le premier ministre Charest a, en pratique, mis en tutelle son ministre des Finances.

Ainsi, un projet de loi déposé hier à l'Assemblée nationale sur une nouvelle structure à la Caisse de dépôt et placement du Québec a été, pour l'essentiel, préparé par l'avocat Richard Drouin, l'ancien président d'Hydro-Québec, à la demande expresse du premier ministre Charest, a appris La Presse de sources sûres.

Me Drouin devrait, selon les mêmes sources, occuper le nouveau poste de président du Conseil de la Caisse, une fois la loi adoptée. Hier M. Séguin s'est contenté de dire que Me Drouin s'était proposé pour accorder une assistance " bénévole " il y a deux mois dans ce dossier.

Cette opération lancée l'été dernier n'était qu'un des nombreux désaveux opposés par le cabinet de Jean Charest aux désirs de M. Séguin.

À des proches, M. Charest a dit être excédé des " confidences " semées par son ministre des Finances dans les milieux des affaires, des déclarations toujours très critiques à l'endroit des orientations du gouvernement.

La coupe a débordé encore cette semaine quand M. Séguin s'est lancé à la défense de l'école Pierre-Laporte, qui menace de fermer ses portes. Or, son " appui " présente quelques problèmes: le ministre responsable du dossier, Pierre Reid, venait de dire le contraire, sans compter que cette école ne se trouve même pas dans sa circonscription.

Il ne s'est pas fait davantage d'amis en spéculant à ciel ouvert sur la mise en place d'un fonds d'aide aux victimes du jeu compulsif. " Tout le monde va frapper à la porte en prétendant qu'il a perdu 50 000 $. Qui pourra prouver le contraire? " a commenté un haut fonctionnaire. Autre exemple que le courant ne passe plus entre le ministre et son patron: M. Séguin avait fait des pieds et des mains pour qu'à la Société des alcools, organisme qui relève de lui, Louis Roquet soit maintenu en poste. Or, le cabinet de M. Charest a autorisé le président du conseil, l'organisateur libéral Raymond Boucher, à procéder à la mise en rade de M. Roquet au profit d'un proche, Sylvain Toutant.

Le printemps dernier, M. Séguin avait déjà mis hors de lui son homologue fédéral, Ralph Goodale, par ses prises de positions publiques à la fin d'une conférence fédérale-provinciale à Ottawa. Et récemment, les sorties sur un gouvernement fédéral se conduisant comme " Dracula " ont envenimé les rapports encore davantage, si c'était possible. Ottawa traite désormais essentiellement par l'entremise du cabinet de M. Charest, même dans le dossier des Finances.

Sam Hamad aussi

M. Séguin n'est pas le seul ministre sous haute surveillance. Sam Hamad, le responsable des Ressources naturelles, est aussi sous observation. Le retard important à la commission parlementaire prévue pour novembre sur le bilan énergétique du Québec vient de ces relations difficiles.

Le chef de cabinet de M. Charest, Stéphane Bertrand, un ancien vice-président de Gaz Métropolitain, a renvoyé le projet de document d'orientation pour la commission préparé par le ministère de M. Hamad. La commande était explicite: on devait y faire plus de place à la " filière gazière ", où se trouve Gaz Métropolitain.

Autres embardées de M. Séguin: il évoquait il y a quelques jours la nécessité pour Québec de lancer un appel d'offres pour garantir l'équité dans l'attribution des 1900 vidéopokers que veut retirer Loto-Québec des bars des régions moins favorisées. Or, le mémoire au Conseil des ministres, défendu au même moment par le même ministre, ne parle nulle part d'un " appel d'offres ", a pu constater La Presse. Tout au plus y indique-t-on qu'il y aura poursuite des discussions entre les deux compagnies qui s'étaient montrées intéressées, la québécoise Remstar et Magna Entertainment, propriété du magnat conservateur Frank Stronach.





AIDE AUX ENTREPRISES

"Le ménage est terminé", dit le ministre Yves Séguin

Stéphane Paquet
La Presse vendredi 12 novembre 2004

Face à des gens d'affaires inquiets par rapport à l'orientation du gouvernement québécois en matière d'aide aux entreprises, le ministre des Finances, Yves Séguin, s'est fait rassurant hier: " Le ménage est terminé ", a-t-il lancé, promettant même que son prochain budget comportera " une page sur l'investissement ".

Devant une centaine de gens d'affaires réunis dans le cadre d'un colloque sur l'investissement étranger, M. Séguin a fait état d'un plan en trois points, qui ressemble à une ébauche de politique d'investissement: réduction de la taxe sur le capital, définition plus large de la recherche et développement (donc plus de crédits d'impôt) et remboursement accéléré des crédits lors d'investissements.

" Ce que je constate, c'est que, depuis cinq ans, dans beaucoup de pays, on est très innovateur sur les politiques fiscales parce qu'on veut attirer les entreprises ", a confié le ministre à La Presse Affaires, après son allocution.

Les conférenciers qui ont suivi M. Séguin ont d'ailleurs tracé un portrait non équivoque: la concurrence pour attirer des entreprises devient " plus féroce ", pour reprendre un terme utilisé par plusieurs.

Le cas de Boeing, qui a déménagé son siège social de Seattle à Chicago, en fait réfléchir plusieurs sur l'avenir de Bombardier à Montréal.

" Dans la concurrence mondiale, il faut s'en rendre compte, d'une juridiction à l'autre, on est très, très, très agressif ", a ajouté le ministre Séguin, tranchant avec le discours de compressions de l'aide à l'entreprise que les libéraux font entendre depuis un an et demi.

Quelques détails

Ainsi, le ministre Séguin promet que les crédits d'impôt aux entreprises qui investissent devraient pouvoir être disponibles " dans les trois mois " suivant l'investissement. Actuellement, les entrepreneurs doivent attendre la fin de l'année financière, soumettre leur déclaration de revenus et le crédit vient plus tard.

" Ce que j'essaie de faire, c'est quelque chose qui va être efficace. Ce n'est pas très important en termes d'argent. "

Sans doute plus important en termes financiers, la taxe sur le capital sera encore à l'ordre du jour dans le prochain budget, le ministre Séguin promettant de préciser le calendrier de sa réduction. " Je ne sais pas si on peut complètement l'abolir ", a-t-il toutefois tenu à préciser.

Ce " frein à l'investissement " a déjà été aboli pour les entreprises qui ont des installations valant moins de 1 million de dollars.

Aussi, le ministre Séguin a promis d'être " plus ouvert " aux nouvelles formes de recherches et ainsi offrir davantage de crédit en recherche et développement (R&D). " La R&D est plus large que ce qu'on croyait il y a 15 ans ", a-t-il dit. Le ministre a précisé ne pas vouloir augmenter le taux des crédits d'impôt (déjà réduit de 20 % à 17,5 % par son gouvernement), mais plutôt les définitions de ce qui entre dans la R&D.

Cette réduction des crédits en R&D a fait mal à l'image du Québec, est venu dire Howard Silverman, président et chef de la direction du Groupe CAI Global, spécialisé dans la recherche de sites internationaux. Il faut trouver " un équilibre entre notre déficit et un programme pour attirer les investisseurs ici... On ne peut pas dire qu'on n'est plus dans le secteur des subventions. Si on dit ça, on fait du mal à notre marketing. "

" C'est une instabilité, a poursuivi M. Silverman en entrevue, parce que personne (au gouvernement) ne s'est prononcé sur une vision, sur une politique. Cette incertitude nous fait du tort. " Quand on lui demande si c'est beaucoup de tort, il répond tout simplement: " Oui ".

Est-il heureux que le ministre Séguin ait dit que le ménage était terminé? " J'aimerais bien qu'il annonce ça à toutes les multinationales qui sont présentes sur le territoire. "

" Quand M. Charest est arrivé en place, soulignait pour sa part Patrick Hagarty, de KPMG, qui assistait à la conférence, ça a créé une instabilité. La minute où ils ont annoncé les réductions de crédit d'impôt, le pipeline (d'investisseurs potentiels) s'est tari. "

" Les crédits d'impôt sont là pour rester ", renchérissait un peu plus tard le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, lui aussi invité à la conférence organisée par le Conseil du patronat.

Confronté aux critiques qui affirment que son gouvernement a créé de l'instabilité, M. Audet a eu ce commentaire: " Soyons clairs, c'est le Parti québécois qui reflète l'incertitude en voulant changer les règles du jeu du pays. "

Le ministre Séguin estime avoir réduit de 1,3 milliard les mesures d'aide à l'entreprise, les faisant passer de 5 milliards à quelque 3,7 milliards de dollars annuellement.





Les PPP échapperont à la loi sur le lobbyisme

Tommy Chouinard
Le Devoir vendredi 12 novembre 2004

Québec - Les partenariats public-privé (PPP) échapperont à plusieurs obligations de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme, s'inquiète le commissaire au lobbyisme du Québec, André C. Côté.

Une entreprise privée ne peut être reconnue comme un titulaire de charges publiques au sens de la loi, même si, en vertu d'un PPP, elle se ferait confier la prestation de services publics. Ce faisant, elle ne serait pas soumise aux exigences de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme, comme l'était pourtant l'organisme public qui faisait la prestation du même service avant la conclusion du PPP. Selon André Côté, le recours aux PPP risque d'entraîner «la perte de garanties importantes de transparence» dans les processus décisionnels.

«On peut prévoir que les PPP ramèneront progressivement dans l'ombre des activités de lobbyisme que le législateur a pourtant voulu rendre transparentes. Cela ne peut qu'entraîner dans le public une perception négative», a affirmé André C. Côté hier, lors de la dernière journée de consultation publique sur le projet de loi 61 créant l'Agence des partenariats public-privé.

Les activités de lobbyisme dans la mise en oeuvre d'un PPP échapperont à l'examen du commissaire. À titre d'exemple, a dit M. Côté, les communications faites auprès d'un partenaire privé et visant à influencer une de ses décisions, comme l'attribution d'un contrat, ne seront pas considérées comme des activités de lobbyisme alors que leurs auteurs (cabinets d'avocats ou autres entreprises) ne seront pas reconnus comme des lobbyistes. Cette situation est d'autant plus inquiétante aux yeux du commissaire que les partenaires privés pourront se faire confier des pouvoirs en matière d'autorisations administratives, d'attribution de contrats et peut-être même d'octroi de subventions ou d'avantages pécuniaires.

Le commissaire au lobbyisme recommande d'assimiler les représentants d'une entreprise partenaire à un titulaire d'une charge publique afin que la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme s'applique. Cette modification s'inspirerait de la Loi sur le protecteur du citoyen, qui prévoit qu'«un organisme ou une personne qui exerce par délégation les fonctions d'un organisme public est, dans l'exercice de ses fonctions, assimilé à ce dernier». Les inquiétudes du commissaire au lobbyisme au chapitre de l'éthique et de la transparence s'ajoutent à celles formulées par la Commission d'accès à l'information et le protecteur du citoyen.

À la fin de la consultation hier, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a dit vouloir «travailler à dissiper» ces inquiétudes. Elle se limite cependant à dire que quelques articles du projet de loi seront «précisés», notamment en ce qui concerne «le cadre de travail et la collaboration entre l'agence et les ministères et organismes publics». Selon le libellé actuel, tous les organismes publics devront faire appel à l'agence. En dépit des sérieuses réserves exprimées en commission parlementaire, la ministre a noté que l'agence veillera à l'intégrité et à la transparence du processus des PPP. Par ailleurs, il n'est pas question de revoir les pouvoirs de cette agence qui alimentent les craintes de plusieurs groupes. «Ses pouvoirs devront être mieux compris. L'Agence des PPP n'est pas un donneur d'ordres. Elle est une ressource-conseil», a-t-elle réitéré.

Le député péquiste Sylvain Simard exige le retrait du projet de loi ou des «modifications considérables». Il reproche au gouvernement d'ouvrir le recours aux PPP à la prestation de l'ensemble des services publics. «Ce projet de loi est du "free for all"», a-t-il lancé.





Fiscal imbalance is slippery slope for federalism

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette 12 novembre 2004

Those who hope the ugly infighting within the Parti Quebecois and the election of a federalist government in Quebec have put the national-unity issue to rest better think again.

If anything, the constitutional issue is making a fierce comeback. Only this time, it comes under a different brand name. Given that the renewal of the constitution remains out of the question since the failure of the Meech and Charlottetown accords, the dreaded C-word has been replaced with the more palatable F-word: federalism.

Conservative leader Stephen Harper wants Belgium-style federalism. Prime Minister Paul Martin says he prefers his co-operative and flexible. Action Democratique leader Mario Dumont dreams of the autonomist kind. All the while French-language newspapers are filled with editorials and op-ed pieces on federalism.

Even Gilles Duceppe wants in - kind of. In what looks like another move to increase his visibility for a future shot at Bernard Landry's job, Duceppe is touring the ROC to "explain" sovereignty to Canadians. He does this with an interesting new twist where he also professes his "respect" for what he calls the great Canadian nation.

Jean Charest wants something called asymmetrical federalism, which, in essence, differs from Robert Bourassa's vision. Charest talks of building a "Canadian agenda" based on a form of asymmetry that could apply to all provinces, whereas Bourassa always preferred a special status for Quebec.

After the federal-provincial meeting on health-care funding in September, Charest boasted he had wrestled such asymmetry from Ottawa. But since then, Paul Martin has been facing a major backlash from his caucus and various English-Canadian media against any form of asymmetry.

Then came more bad news for Charest. First, his finance minister, Yves Seguin, accused Ottawa of bleeding Quebec dry with insufficient equalization payments. Second, a poll for the Council for Canadian Unity had support for sovereignty way up at 49 per cent. Even more devastating, it showed 93 per cent of Canadians outside Quebec were not willing to give this province some kind of special recognition even if it would strengthen national unity.

So, on Monday, Charest came out swinging in Charlottetown. He delivered his most critical speech about the federal government in years - a speech even Bourassa would have endorsed. Its title - "Rediscovering the Spirit of Federalism" - showed how much Charest is convinced such a spirit is lost on the federal government.

With that speech, Charest got his constitutional groove back. The talk was straight and unforgiving, just like it was when he was leader of the federal Conservative Party confronting Jean Chretien's Trudeau-style federalism.

Like all Quebec premiers, Charest issued the demand that Ottawa "resist the temptation of centralization." But more important, he condemned Canada's "slide toward a unitary state." Those are mighty strong words from a federalist and they should have been music to the PQ's ears.

But in a display of the absentee opposition it has become as it wallows in its leadership crisis, not a word came from Landry on Charest's statement.

In Canada, nowhere is this slippery slope toward a unitary state more apparent than in the growing fiscal imbalance. Charest observed this is also creating a political imbalance. Whereas have-not provinces like Quebec remain cash-strapped, Ottawa uses its huge surpluses to invade provincial jurisdictions such as health care, day care, municipalities, education and so on.

Charest figured Paul Martin as the ultimate villain of this fiscal imbalance, referring to the drastic cuts he started making to transfer payments in 1995 when he was finance minister. Martin might now speak of co-operative federalism, but Charest knows his actions show otherwise.

Charest mentioned the estimated $166-billion surplus Martin could rack up in the next 10 years. Yesterday, La Presse also reported another $7 billion has been put away in various foundations set up by the federal government in the past few years.

This is more money Ottawa has to spend in provincial jurisdictions. Shockingly enough, this $7 billion escapes scrutiny by the House of Commons. On the same day, Le Devoir also revealed the Canadian Mortgage and Housing Corporation now has an impressive $2.5-billion surplus.

In face of the sheer power that comes with all of these billions of tax dollars Martin keeps piling up, Charest better forget about his "spirit of federalism," Harper about his Belgium model, and Dumont about his "autonomy."

With such surpluses at his disposal, Martin is slowly turning the fiscal imbalance into high-way robbery.

If there's anything asymmetrical about Martin's brand of federalism, it lies in Ottawa's riches and Quebec's unanswered needs.





Le Bloc veut retourner aux provinces les milliards $ des fondations fédérales

Rollande Parent
Le Soleil vendredi 12 novembre 2004

PC Montréal - Le Bloc québécois entend profiter du statut minoritaire du gouvernement fédéral de Paul Martin pour faire en sorte que les milliards de dollars qui dorment dans les fondations fédérales et les millions mis en réserve par la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL) aillent aux provinces et au logement social.

Telle est la volonté exprimée, hier, par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, de passage à Montréal pour participer à la cérémonie du jour du Souvenir organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

Y assistaient la vice-première ministre, Monique Gagnon-Tremblay, et des représentants des consulats des États-Unis, d'Italie et de France, notamment.

"Dans notre programme électoral, on dénonçait les fondations fédérales et on disait qu'on devrait réutiliser cet argent. On évaluait qu'il y avait là 6,8 milliards $, avec les données qu'on avait à ce moment-là."

Selon une information rendue publique hier, ce sont 7,7 milliards $ qui sont accumulés dans 15 fondations fédérales mises en place par le gouvernement fédéral pour y déverser une partie de ses surplus budgétaires. Dans un rapport publié en avril 2002, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, avait critiqué ce mode de gestion de l'argent des contribuables qui échappe à l'examen des députés du fait que les gestionnaires des fondations ne sont pas tenus, dans la plupart des cas, de rendre des comptes au Parlement. Mme Fraser signalait en outre que les groupes visés par les fonds, les étudiants, les innovateurs et les fournisseurs de soins de santé, n'en voyaient pas la couleur.

"On va regarder ça. Il y a un budget qui s'en vient, a avancé le chef bloquiste.

"D'ores et déjà, on a suggéré que cet argent serve à éliminer le déséquilibre fiscal parce que ces fondations sont dans des champs de compétence provinciale, en éducation par exemple. Qu'on donne ça aux provinces. Qu'on leur donne donc plutôt que de laisser dormir ces sommes importantes", a-t-il lancé.

Quant au surplus de 2,5 milliards $ dans les coffres de la SCHL, M. Duceppe est sur la même longueur d'onde dans ce dossier que le NPD. Les deux partis estiment que cette somme devrait aller au logement social.

"On veut faire en sorte que les profits faits par la Société d'hypothèque et de logement servent au logement social, y soient investis", a soutenu M. Duceppe.





Le logo fédéral de 620 000 $ n’a jamais été utilisé!

Laurent Soumis
Journal de Montréal 09/11/2004

Les contribuables canadiens ont déboursé 620 000 $ pour un logo fédéral qui n’a jamais été utilisé, révèle une enquête du Journal de Montréal. Après avoir payé six firmes, dont la plupart d’allégeance libérale, le gouvernement a finalement décidé d’utiliser le drapeau canadien.

Il y a une dizaine de jours, les travaux de la Commission d’enquête Gomery avaient mis en lumière le coût prohibitif d’un logo conçu en 1996 pour le Bureau d’information du Canada, organisme chargé de la promotion des services fédéraux et de l’unité canadienne.

Le Journal a alors demandé au ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux, responsable de l’octroi des contrats, si on pouvait voir un spécimen de ce précieux logo. Peine perdue.

Porte-parole du ministère, Pierre Téotonio confirme que «les recherches se poursuivent. Nous avons retrouvé des documents reliés au logo, mais pas le logo.»

Le Journal a finalement découvert que le dispendieux logo n’a tout simplement jamais été utilisé.

Entre 1996 et 2001, durant ses six années d’existence, le BIC a plutôt choisi le logo du gouvernement canadien, soit le drapeau unifolié qui sert de signature aux organismes fédéraux depuis une directive de 1987.

Neuf ans après la directive, on comprend mal pourquoi le service responsable, dirigé à l’époque par Charles Guité, a fait appel à des agences et dépensé inutilement 620 000 $.

Où sont passés les documents?

Le Journal a tenté de poser la question à Roger Collet, ancien directeur du BIC. «Je ne réponds pas aux questions avant de comparaître devant la Commission Gomery», a-t-il déclaré.

Mystérieusement, la plupart des documents du Bureau d’information du Canada (BIC) semblent aujourd’hui avoir disparu.

Aucun document du BIC, dont le budget annuel atteignait 20 millions $, n’est d’ailleurs versé aux Archives nationales du Canada.

Plusieurs spécimens de logos avaient été testés

La firme montréalaise Créatec + soutient avoir testé auprès de groupes témoins plusieurs spécimens de logos préparés par les agences. Mais la compagnie, tout comme le ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux, refuse de rendre public son rapport.

À la demande du Journal, le président de Créatec +, Édouard Gollin, a retrouvé le rapport de sa firme préparé en 1996 pour le choix du logo du Bureau d’information du Canada.

Après avoir promis le contraire, M. Gollin n’a pas voulu le remettre au Journal et l’a plutôt expédié à son client, le ministère fédéral des Travaux publics et Services gouvernementaux.

Ce ministère a refusé ensuite de permettre au Journal de le consulter. «Ce document sera mis en évidence à la Commission Gomery», a déclaré un porte-parole du ministère, Pierre Téotonio.

«Il y avait un logo qui ressortait comme étant très apprécié, se souvient M. Gollin. Il rencontrait les objectifs de communication par son caractère esthétique, moderne, et ses connotations positives.»

Même si les documents gouvernementaux font état d’un paiement de 50 000$ à Créatec +, M. Gollin affirme que sa firme n’a reçu que 27 619,50$ pour le travail.

«Mais je crois que le logo a été accepté», a-t-il ajouté.

Où est donc alors ce fameux logo de 620 000$?

Personne ne semble en mesure de le dire. Il faudra attendre les travaux de la Commission Gomery pour trouver la réponse.





"Sovereigntists insist separate Remembrance Day ceremony not political

Brian Daly
Canadian Press November 11, 2004

MONTREAL -- Quebec flags outnumbered Maple Leaf banners by a 10-to-one margin Thursday at a Remembrance Day ceremony organized by a prominent sovereigntist group that insisted the event wasn't political.

The Societe St-Jean-Baptiste of Montreal held the hour-long event in the military section of the Cote-des-Neiges Cemetery at the same time as the city's official ceremony at the downtown cenotaph. Several Bloc Quebecois MPs and Parti Quebecois members of the legislature were present at the cemetery along with more than a dozen veterans, mostly francophones.

Some of the ex-soldiers said the ceremony on Mount-Royal was more in tune with the sacrifices of French-speaking Second World War veterans.

Rene Lanouette, 82, said he decided it was time for a change after 50 years of attending the main event.

"The event (downtown) is mostly anglophones," said Lanouette, who served in the 3rd Canadian Division that landed at Bernieres, France, on D-Day in 1944.

"Sometimes I go to the Legion and I'm the only francophone there."

Another veteran, Joseph Duval, was even more to the point.

"Here is Quebec," he said. "There (downtown), it's Canada."

The Societe St-Jean-Baptiste first held its own Remembrance Day gathering in 1998 after efforts to take part in ceremonies organized by the Royal Canadian Legion proved too complicated.

But Guy Bouthillier, past president of the sovereigntist group, insisted the event aims to be inclusive.

"I made sure it wouldn't be (only sovereigntists)," said Bouthillier, noting that handouts mentioned anglophone and francophone war dead.

The lone federalist politician at the ceremony was deputy Quebec premier Monique Gagnon-Tremblay, who presented special medals to 12 war veterans.

Also present was Bloc Leader Gilles Duceppe, who faced outrage last week when fellow MP Andre Bellavance refused to provide Canadian flags to a Legion branch in Quebec.

Duceppe later decided the party would send flags to the branch in Richmond, Que.

He denied Thursday the Remembrance Day event had political overtones but he also made his own sovereigntist convictions abundantly clear.

"In Quebec, it was important for the nationalist movement to remember (veterans) as well," he told reporters.

"We're talking about a world war and people from every nation participated - Canadians and Quebecers."

But veteran Pierre Bourget, 81, bristled when asked whether the event was a nationalist statement.

"I refuse to give any political implication to my being here, whatsoever," said Bourget, who was shot down by the Germans as a Royal Canadian Air Force pilot in the Second World War.

One former soldier marking the day near the Plains of Abraham in Quebec City said the Bloc flag flap was only one symptom of a deeper disregard for Remembrance Day in the province.

Derick Noonan, a Quebec City native who served with regiments in Alberta and Ontario, noted only a few dozen civilians attended the ceremony in the Quebec capital.

He also remarked how few Quebecers wear poppies, partly because they're very difficult to find in stores.

"That's something I feel very sad about," said Noonan, 32, who lost friends while serving in Somalia and Bosnia.





Charest rencontrera Vicente Fox jeudi

Mario Cloutier
La Presse vendredi 12 novembre 2004

Québec - La rencontre du premier ministre Jean Charest avec le président mexicain Vicente Fox aura finalement lieu jeudi prochain dans le cadre de la mission commerciale France-Québec-Mexique, du 16 au 20 novembre.

Le premier ministre québécois rencontrera M. Fox à Mexico, en compagnie de l'ambassadeur canadien au Mexique, Gaëtan Lavertu, juste avant de reprendre l'avion pour le Québec. Le président mexicain aura déjeuné auparavant ce jour-là avec le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin.

Ce n'est que mercredi soir que le Mexique a officiellement confirmé la tenue de la rencontre Charest-Fox. Au cours de cette première mission commerciale tripartite la semaine prochaine, le premier ministre québécois passera un peu plus de 24 heures à Mexico, mercredi et jeudi prochains.

De son côté, M. Raffarin passera près de 48 heures au Mexique. Sa rencontre avec le président Fox prendra la forme d'un déjeuner, jeudi, puis M. Raffarin retournera en France en fin de journée vendredi.

Les premiers ministres français et québécois chapeauteront les maillages de 94 entrepreneurs québécois, 74 français et 178 mexicains, qui tenteront en trois jours de trouver le partenaire d'affaires idéal.

" Ce ne sera pas un voyage de signatures et d'annonces ", précise-t-on toutefois à Québec. Plutôt qu'une mission économique comme en organisait le gouvernement précédent du Parti québécois, il s'agit cette fois de " rencontres d'affaires ". Plusieurs entreprises québécoises en seront à leur tout premier contact avec la culture mexicaine.

Provenant du secteur des PME, les hommes d'affaires québécois et français chercheront surtout au Mexique de futurs associés ou carrément des acheteurs. Les échanges à trois, entre des représentants des trois nations, risquent toutefois d'être marginaux, selon les organisateurs.

" Les entrepreneurs français sont plus à Mexico pour des rencontres France-Mexique. Mais, si c'est dans l'intérêt des trois pays, on pourrait assister à des mariages impromptus ", a expliqué le chef de la Mission économique française à Mexico, Olivier Vasserot, à La Presse.

Selon lui, les organisateurs français auraient préparé davantage d'activités bilatérales France-Mexique si une importante conférence ministérielle sud-américaine ne s'était pas tenue en même temps au Chili en présence de plusieurs membres du cabinet Fox. La France profitera tout de même de l'occasion pour lancer un festival du film franco-mexicain.

De son côté, le Québec comptera sur plusieurs représentants des collèges et des universités. L'important volet jeunesse du programme québécois innovera avec un programme de mentorat reposant sur le jumelage un étudiant-une entreprise.

Enfin, une rencontre entre les ministres de la Culture des trois états partenaires aura également lieu dans le but de discuter de l'avant-projet de Convention sur la diversité culturelle, un thème cher aux Français et aux Québécois.





Quebec move undermines Canada, critics say

LES PERREAUX
G&M Thursday, Nov 11, 2004

Canadian Press Quebec — As Premier Jean Charest prepares for a trip to Mexico with French Prime Minister Jean-Pierre Raffarin, at least one federalist insists the trip will weaken Canada and its image on the international stage.

Critics have blasted Ottawa for allowing Quebec to act as an ally of France in a foreign country when the five-day trade mission begins this coming Tuesday.

“I think this is a terrible precedent to be set, and one the government will live to regret,” said Michael Behiels, an historian at the University of Ottawa.

“Once you allow this in the case of Quebec, there is no reason other premiers won't insist on the same privilege to travel abroad with political heads of state. It's rather foolish.”

Prof. Behiels, other academics and some pundits say the trip is part of Prime Minister Paul Martin's pattern of giving away power and weakening Canada.

They cite the recent health accord that gave special status to Quebec and point to suggestions the province could take part in international forums.

Mr. Charest shot back in a recent speech on the future of Canada, saying critics ignore the responsibilities of a provincial government.

“They speak with a total ignorance of the way our country works,” he said.

In many areas like education and natural resources the provinces have much control over Canadian policy, Mr. Charest said.

“Yet, there are still people today in Canada who are surprised, who say ‘Oh gee, how could this happen? How could we let any province sit at this table and pretend to speak for the national interest?' It's an area where I have been frankly surprised by some commentators.”

Prof. Behiels said premiers should make foreign trips and meet foreign leaders. The problem is the added precedent of Quebec working with France abroad. Canada looks weak on the international stage, he said.

“This sort of thing is looked at by the rest of the world in a different light,” he said.

“They do not see these nuances, they do not see fine print. They see a premier of a province of Canada travelling with the prime minister of another country.”

Prof. Behiels said Mr. artin has been guilty of “fuzzy thinking” on constitutional policy and the responsibilities of the federal government.

The federal and Quebec governments insist the Mexican trip is a simple trade mission like many conducted by premiers in the past.

Although Canada has helped arrange a meeting between Mr. Charest, Mexican President Vicente Fox and the Canadian ambassador to Mexico, a spokesman for Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew said Ottawa had no control over Mr. Charest's plans with Mr. Raffarin.

“There seems to be an understanding that we need to allow a trip,” said Sebastien Theberge. “That's not true. We facilitate requests made through protocol, that's what we do.”

However, the federal government once vetoed the international ambitions of another Quebec premier when former prime minister Jean Chrétien blocked a 1999 meeting between Lucien Bouchard and ex-Mexican president Ernesto Zedillo.

Mr. Theberge said federal policy has since changed.

Political scientist Gerald Baier said it's impossible to ignore the symbolism of the trade mission because of the history of French relations with Quebec and Canada.

Ever since French President Charles de Gaulle declared “Vive le Québec libre” from the balcony of Montreal city hall in 1967, critics search for any hint that France is fostering the Quebec independence movement.

“With the Gaullist influence on Canada-Quebec relations, the French government has quietly supported sovereignty in subtle, and in de Gaulle's case, not so subtle ways,” said Prof. Baier, a professor at the University of British Columbia in Vancouver.

“It's really easy to say, ‘it's a trade visit' but there is a symbolic element to the visit. The Alberta premier doesn't go with the British prime minister on trade missions. There is no real parallel out there.”

Meanwhile, Mr. Charest's government says the trip to Mexico may only be the first foreign junket where Quebec and France team up.

The Quebec government wants Mr. Charest and Mr. Raffarin to make a similar trip to a European country.

“The idea shared by Mr. Raffarin and Mr. Charest is that Quebec could help France with an open door” to North America, said Quebec International Affairs Minister Monique Gagnon-Tremblay.

“Then Quebec could go to a European country accompanied by France. That was the original intent and we think it could be good for business.”





Les chances de paix au Proche-Orient

Sami Aoun et Charles-Philippe David
Le Devoir vendredi 12 novembre 2004

La mort de la figure emblématique du peuple palestinien soulève maintes interrogations et inquiétudes à propos de la sécurité de la région du Moyen-Orient. Deux questions cruciales sont à l'ordre du jour: la Palestine connaîtra-t-elle un nouvel ordre politique ou la guerre civile? Assisterons-nous à un tournant de la diplomatie américaine?

La disparition de Yasser Arafat pose immédiatement le problème de sa succession. Actuellement, la vieille garde palestinienne personnifiée par le triumvirat Mahmoud Abbas, secrétaire général de l'OLP, Ahmed Qoreï, premier ministre de l'Autorité palestinienne, et Rawhi Fattouh, président du Conseil législatif, devrait pouvoir assurer une succession harmonieuse et peu susceptible de provoquer de grandes turbulences politiques. En effet, elle semble bien en selle et a même attiré dans son giron l'un des contestataires des accords d'Oslo, Farouk al-Kaddoumi.

Cependant, les défis demeurent énormes. Les dirigeants de la vieille garde doivent consolider leur légitimité en établissant un consensus auprès des jeunes dirigeants de la mouvance de Yasser Arafat, notamment Marouan Barghouti, emprisonné en Israël et véritable source d'inspiration pour la branche armée du Fatah, Jibril Rajoub, le conseiller d'Arafat en matière de sécurité, et Mohammad Dahlan, l'ancien ministre de l'Intérieur dans le gouvernement déchu de Mahmoud Abbas. À l'évidence, la réussite de la vieille garde passe obligatoirement par une bonne entente avec les «jeunes loups» du Fatah.

Par ailleurs, afin que le pouvoir politique palestinien trouve sa légitimité, il doit de toute urgence pouvoir contenir tant les mouvements islamistes, comme le Hamas et le Jihad, que les mouvements de gauche, comme le Front populaire pour la libération de la Palestine.

Deux préoccupations sont urgentes: premièrement, les mouvements doivent tous être partenaires dans la gestion de la vie politique palestinienne; deuxièmement, une trêve ou une suspension de l'intifada militaire devrait permettre l'émergence d'un nouveau leadership politique démocratiquement élu et qui favorise l'adoption d'une vision consensuelle sur les moyens à utiliser dans l'affrontement entre l'Autorité palestinienne et Israël.

Israël et des pays arabes

En ce qui concerne la tenue d'élections générales qui tireraient au clair le degré de représentativité de chaque faction palestinienne, la responsabilité du gouvernement israélien est cruciale. Des élections à Gaza et en Cisjordanie ne pourront pas avoir lieu sans la volonté israélienne de favoriser la montée au pouvoir de nouveaux dirigeants palestiniens. À ce chapitre, les États-Unis devront exercer les pressions suffisantes sur Israël.

Tout aussi importante est la responsabilité des régimes arabes voisins. En effet, ils doivent absolument éviter de s'ingérer dans le processus décisionnel palestinien et s'assurer plutôt de la légitimité populaire des futurs dirigeants. Dans le cas contraire, deux scénarios risquent de se produire.

D'une part, la situation pourrait susciter un débordement de violence dans la bande de Gaza. Une telle évolution permettrait aux islamistes d'obtenir un contrôle politique des institutions de l'Autorité palestinienne et pourrait ainsi provoquer une guerre civile et une nouvelle ingérence de l'Égypte dans la bande de Gaza. La situation pourrait d'autre part encourager les radicaux israéliens à forcer le «transfert» massif des populations palestiniennes de la Cisjordanie vers la Jordanie. Dans les deux cas, nous assisterions à l'effondrement de l'Autorité palestinienne et à la fin du rêve de Yasser Arafat de bâtir deux États sur la terre de Palestine.

La diplomatie américaine

À cet égard, l'autorité palestinienne aura besoin de toute l'aide internationale (et notamment américaine) pour surmonter les énormes difficultés qu'elle rencontrera dans un contexte où les risques de dérapage politique sont au demeurant très importants. La mort d'Arafat représentera un tournant particulièrement important pour la diplomatie américaine.

Jusqu'ici, cette dernière a surtout été marquée par une politique empreinte d'immobilisme face à la nécessité d'efforts de médiation constants. Si l'administration Bush s'est clairement déclarée en faveur de la création d'un État palestinien pour 2005, ses promesses ne se sont guère traduites en actions concrètes. En contraste avec l'administration Clinton, celle de Bush n'a tenu aucun sommet diplomatique entre Israéliens et Palestiniens ni aucune réunion entre chefs d'État pour relancer le processus de paix ou freiner les élans de violence quotidiens dans la région.

Désormais, avec la mort d'Arafat, la politique de passivité du président Bush n'est plus justifiée, et ce, pour deux raisons. D'une part, la mort d'Arafat prive l'administration américaine du plus grand prétexte qui justifiait à ses yeux la suspension des pourparlers diplomatiques.

En effet, il y a trois ans, Bush annonçait qu'Arafat ne serait plus un interlocuteur pour les États-Unis. Il était alors aisé de ne rien faire tant que le leader palestinien demeurait à la tête de son organisation. Désormais, Washington devra réviser son discours et accepter d'appuyer ouvertement le nouveau leader désigné de l'Autorité palestinienne. L'alternance politique qu'entraîne la mort d'Arafat représente ainsi une occasion si la diplomatie américaine souhaite reprendre le flambeau de la médiation israélo-palestinienne.

D'autre part, les incertitudes entourant la succession d'Arafat constitueront un véritable problème si l'administration Bush persiste à adopter un comportement attentiste et enclin à la temporisation. Si Washington devait fuir ses responsabilités diplomatiques et laisser le champ libre aux seuls acteurs politiques de la région, il ne serait guère surprenant que la situation s'envenime.

En ce sens, le deuxième mandat de Bush est encore plus critique pour le Proche-Orient. La paix dans cette région, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens, requiert un engagement soutenu de la diplomatie américaine, engagement qui a fait cruellement défaut depuis l'arrivée de Bush à la Maison-Blanche.

Sami Aoun : Professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke et chercheur associé à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal

Charles-Philippe David : Titulaire de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et directeur de l'Observatoire sur les États-Unis à l'Université du Québec à Montréal. Il publie la semaine prochaine la deuxième édition de l'ouvrage Au sein de la Maison-Blanche - La formulation de la politique étrangère des États-Unis (Presses de l'Université Laval)





YVES BEAUCHEMIN - Comme un troisième fils

Nathalie Petrowski
La Presse Le dimanche 07 novembre 2004

Après les émois d'un marchand de café à la retraite, les tribulations d'une quinquagénaire souffrant d'embonpoint, la crise de la quarantaine d'un chroniqueur municipal, le romancier Yves Beauchemin, 63 ans, a eu peur que son nouveau récit l'entraîne tout naturellement au foyer d'accueil. Peu enchanté par la perspective, il a préféré s'inventer un fils et le suivre de sa naissance jusqu'à ses 32 ans. Ainsi naquit Charles le téméraire, premier de trois tomes sur la vie de Charles Thibodeau.

Depuis la parution de son dernier roman en 1999, Yves Beauchemin a changé deux ou trois choses dans sa vie. Il n'a pas quitté sa femme mais il a quitté Québec Amérique, sa maison d'édition depuis plus de 20 ans; une séparation qui, de son propre aveu, fut aussi douloureuse pour lui que pour son éditeur mais qui s'est malgré tout bien terminée puisque l'éditeur et son ex-auteur déjeunent encore ensemble et sont restés amis.

Beauchemin a donc quitté Québec Amérique pour la maison Fide, où il a retrouvé, entre autres, une ancienne collègue du temps où il était recherchiste à Radio-Québec dans les années 70 et début 80. Il a aussi mis un frein à ses activités au sein de l'Association des résidants du Vieux-Longueuil dont il était le président et qui lui prenaient deux grosses journées d'écriture par semaine. Et lorsqu'il s'est installé à sa table de travail, dans le petit local nu qu'il loue à quelques coins de rue de sa maison, pour écrire Charles le téméraire, il a tendu un long rouleau de papier sur le mur devant lui. On pouvait y lire MLP. Trois grosses lettres qui jour après jour lui rappelaient que, pour ce nouveau roman, Yves Beauchemin devait y mettre le paquet.

«D'entrée de jeu, j'ai décidé que Charles le téméraire serait le plus ambitieux de mes projets. Je l'ai écrit en y mettant le paquet, comme si c'était mon dernier roman. Et qui sait peut-être que ça le sera.»

«J'ai 63 ans, poursuit-il, ça fait 30 ans que je fais ça. Je ne m'en plains pas, j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire, mais j'avoue qu'en ce moment, ce dont je rêve le plus, c'est de faire du journalisme de combat pour avoir une influence plus directe sur ma société.»

Alors que la plupart des journalistes rêvent du jour où ils pourront s'enfermer entre leurs quatre murs et devenir romanciers, voilà qu'Yves Beauchemin rêve précisément du contraire, preuve que l'herbe est toujours plus verte chez le voisin, qu'il soit journaliste ou romancier.

Ce qu'il faut en retenir? Qu'Yves Beauchemin a été trop longtemps enfermé entre ses quatre murs. La vie a passé. Ses deux fils ont grandi. Aujourd'hui, Alexis, 27 ans, est ingénieur en mécanique automobile. C'est le scientifique de la famille. Renaud, 24 ans, étudiant en traduction, est l'artiste. Les enfants ont donc quitté le nid. Le pays qu'il croyait voir naître de son vivant, n'existe toujours pas et ses romans, aussi populaires soient-ils, n'y ont jamais rien changé.

«Y'a jamais personne qui attend mon texte. Ce roman ne serait pas sorti, qu'est-ce que ça aurait changé au Québec? Rien. Absolument rien. C'est ça qui, à la longue, est difficile à vivre.»

Et d'autant plus difficile qu'Yves Beauchemin a toujours eu la fibre active et militante. Mais écrire des romans prend du temps. Enormément de temps, surtout pour une plante à développement lent comme se qualifie lui-même Yves Beauchemin. Plus les années passent, moins il reste de temps aussi bien pour écrire que pour vivre.

C'est un peu tout cela qui s'est mis à tourbillonner dans son esprit alors qu'il mettait un terme à quatre années d'écriture et un point final aux 1700 pages de ce qui constitue déjà le premier et le deuxième tome de la vie de Charles Thibodeau.

Pas de liens avec la vie de l'auteur sauf que...

En regardant la couverture avec l'illustration d'un petit garçon et de son chien, le lecteur se demandera sans doute si Yves Beauchemin n'a pas voulu raconter son enfance à travers Charles Thibodeau. Ce n'est pas le cas dans la mesure où Charles est né en 1966 à Montréal et son auteur en 1939 à Rouyn, en Abitibi. Non seulement ce n'est pas la même époque, la même ville, le même monde, ce n'est pas la même situation familiale. Enfant unique d'un père violent et alcoolique et d'une mère malade qui meurt très vite, Charles Thibodeau sera adopté par les voisins et par tout un voisinage du Faubourg à mélasse. Rien à voir avec l'enfance somme toute paisible d'Yves Beauchemin, l'aîné de cinq enfants, à Rouyn puis à Clova.

Mais comme l'expliquera Beauchemin, ce n'est pas tant l'enfance le point central de son roman que le passage du temps.

«Je suis père de famille. J'en ai vu grandir des êtres humains. Et ce qui me fascine, c'est qu'à travers l'écoulement du temps, un être humain devienne si différent de ce qu'il était au début et pourtant qu'il reste toujours le même. Je voyage souvent en métro et des fois je regarde les vieilles personnes. L'escalier mécanique est en panne et elles gravissent péniblement et lentement les marches une à une. Et je me dis qu'il n'y a pas si longtemps, ces personnes-là gambadaient dans l'escalier. Et elles n'avaient pas cet air si triste qu'ont en général les vieilles personnes à cause de ce qu'elles ont vécu, à cause de la souffrance, du délabrement physique. Et pourtant, ce vieux-là et le jeune qu'il a déjà été, c'est la même personne.»

Quant à Charles Thibodeau que Beauchemin mènera jusqu'à ses 32 ans pendant la crise du verglas, il avoue que parmi tous les personnages qu'il a inventés, c'est son préféré.

«Dans le fond, Charles, raconte-t-il, c'est comme mon troisième fils. J'aurais très bien pu être son père. Je l'ai vu naître et grandir comme mes propres fils. Il y a des gens qui y voient un parallèle avec le petit garçon du Matou. Ils oublient un détail: Monsieur Emile mourait à 6 ans. C'était un enfant alcoolique, qui était drôle, mais aussi foncièrement tragique. Cette fois, j'avais envie d'un personnage un peu plus léger et surtout d'un survivant.»

Pour être un survivant, Charles Thibodeau est en un. Il est aussi l'incarnation de la résilience, le concept-fétiche de Boris Cyrulnik. Même mal aimé, battu et puni par son père, même abandonné par sa mère, Charles réussit à échapper à la poisse familiale et à devenir un enfant droit et bon, équipé d'un solide système de valeurs.

La relation tordue avec son père n'en demeure pas moins un des grands pivots dramatiques du roman. Le personnage perclus de haine et de méchanceté du père est d'ailleurs par moments plus marquant que le fils. À un point tel qu'une inévitable question surgit à nouveau dans l'esprit du lecteur un tant soit peu curieux. De qui au juste Yves Beauchemin s'est-il inspiré pour imaginer un personnage aussi noir? De son propre père?

L'aspect autobiographique d'un roman est un sujet qu'Yves Beauchemin n'aime pas aborder. D'autant plus qu'il s'est toujours défendu de puiser dans sa propre vie pour écrire ses romans. C'est ce qu'il dira dans un premier temps. Dans un deuxième, il ajoutera que par respect pour sa mère, qui est toujours en vie, il n'aime pas parler de ses parents. Dans un troisième temps, il concédera qu'il y a un lien ténu entre la rencontre ratée de Charles et Wilfrid et sa propre relation avec son père, mort il y a quatre ans, à l'âge de 90 ans.»

« Mon père n'avait strictement rien à voir avec Wilfrid Thibodeau dans la mesure où il ne buvait pas. C'était un homme doux, rigoureux et droit, dans le genre janséniste protestant, très absorbé par son travail qui consistait à s'occuper des feux de forêts, mais il est vrai que je n'ai pas eu de relation-fusion avec lui. On s'est jamais vraiment rencontrés. Ça arrive.»

De cette non-rencontre découle dans l'esprit de Beauchemin l'idée qu'un père surnuméraire peut aussi bien faire l'affaire qu'un vrai père. Il affirme que de tels pères, il en a eu quelques-uns comme tout le monde.

Le premier était un étudiant au collège de Joliette qui militait dans les JEC avec lui. Il s'appelait Claude Parent. Il est devenu médecin par la suite et est aujourd'hui décédé.

« J'avais 15 ans et lui 18, je faisais des farces et lui riait et m'écoutait. Et comme c'était un plus grand, il ne saura jamais- je n'ai jamais pu lui dire- comment ce regard qu'il portait sur moi a été important. Il y a eu un prof aussi qui a joué un peu ce rôle-là d'une autre façon. Et puis Henri Tranquille. Quand j'ai publié L'Enfirouapé, Henri m'a servi de père littéraire. Il a été très important dans mon parcours et on se voit encore souvent.»

En filigrane de la vie de Charles, le téméraire (nom en forme de clin d'oeil à l'histoire française et au Duc de Bourgogne), il y a aussi un peu l'histoire du Québec moderne. Mais étrangement, la politique qui a toujours tenu une place de choix dans la vie de l'auteur, y joue au plus un rôle de figuration.

«Moi, je n'écris pas des romans à thèse ou à message, plaide Beauchemin. De toute façon, ça prend toute mon énergie pour créer des personnages crédibles et raconter une histoire convenable. J'ai pas le temps de penser au reste.»

Dans la vie, toutefois, Yves Beauchemin reste un souverainiste convaincu. «C'est essentiel, sinon on va disparaître», plaide-t-il. Il est encore membre du Parti québécois et milite de temps en temps en écrivant des articles qu'il envoie aux journaux. Les déchirements que traverse le PQ en ce moment ne l'inquiètent pas outre-mesure. Pour lui, les choses ne vont ni mieux ni pire qu'avant.

«Ça n'a jamais vraiment été bien au Québec dans la mesure où nous n'avons jamais eu notre liberté collective. À travers cela, il y a eu des bonnes journées et des moins bonnes. Faut être patient. L'histoire est longue, mais heureusement nous sommes un peuple entêté.»

Yves Beauchemin lui aussi est entêté. C'est pourquoi, d'ici peu, il retournera entre les quatre murs de son local nu où il n'y a ni téléphone ni téléavertisseur, écrire cinq jours par semaine, le dernier tome de la vie de Charles Thibodeau. Beauchemin promet qu'il réserve de grandes surprises à ses lecteurs. La seule qu'il se permet d'avouer, c'est que Charles deviendra journaliste. Journaliste? Comme son auteur aurait souhaité le devenir? Pour toute réponse, Yves Beauchemin se contente de sourire.

YVES BEAUCHEMIN EN QUELQUES LIGNES

Dernier film
Les choristes

Dernier disque
Improvisations, d'Art Tatum

Dernier livre
Les Nouvelles complètes, de Guy de Maupassant. Il ne lui en reste plus que 15 à lire sur 250

Dernier spectacle
Un concert de l'ensemble I Musici.

Oeuvre choc
Roméo et Juliette, de Berlioz, sur un disque qu'il a écouté à 17 ans

Artiste inspirant
Joseph Rouleau

Une ville
Prague, pour sa beauté, son histoire et son architecture

Un personnage historique
Louis Pasteur



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

L’AIDE DE JACQUES PARIZEAU

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 12 novembre 2004

Lors d’un récent passage à l’UQAM, l’ex-premier ministre du Québec Jacques Parizeau a affirmé que le prochain congrès péquiste de juin 2005 sera déterminant. L’événement se rapprocherait de celui survenu en 1973 où le modèle référendaire et étapiste fut entériné.

Clairement, Jacques Parizeau espère que les délégués péquistes réunis en 2005 rejetteront l’idée de reconduire le mode d’accession utilisé en 1980 et en 1995. Les intentions malsaines d’Ottawa commandent un changement de stratégie selon l’ancien l’ancien chef péquiste. Il a affiché sa préférence pour une consultation populaire portant sur l’adoption d’une constitution temporaire qui ferait suite à des gestes souverainistes posés après une éventuelle élection d’un gouvernement péquiste.

Il est curieux de voir monsieur Parizeau miser quand même sur une démarche référendaire pour permettre au Québec de compléter son processus menant à la liberté. Une troisième défaite, lors de cette consultation populaire, serait considérée inéluctablement comme un refus populaire du projet souverainiste. Or, annoncer qu’il y aura une quatrième consultation publique provoquera un fort mécontentement dans la société civile. L’État canadien profitera évidemment de ce nouveau revers pour amplifier cette grogne et porter le coup de grâce au rêve québécois. Ajoutons que l’enclenchisme s’avère un concept aux pourtours difficiles à cerner. L’adversaire fédéraliste capitalisera sur cette portion vulnérable de la démarche souverainiste pour apeurer les Québécois hésitants. Ainsi, une victoire péquiste en 2007 autorisera-t-elle le gouvernement souverainiste à ne plus envoyer à Ottawa sa part de recettes fiscales? Y aura-t-il refus de participer à une élection fédérale, même si la consultation populaire devait survenir après? Qu’advient-il bref, du statut politique du Québec si les péquistes forment le prochain gouvernement sans la majorité absolue des voix? Les « souverainistes militants » n’auront pas de difficulté à tourner en dérision ces épouvantails d’Ottawa. Sauf qu’il faut 50% plus une voix pour parvenir au Grand Soir…

Une démarche indépendantiste « simple et claire » m’apparaît nettement préférable afin que tous les Québécois puissent comprendre parfaitement de quoi il en retourne. Cela aura également comme avantage de neutraliser toutes tentatives du gouvernement fédéral de trafiquer le sens du processus souverainiste. Monsieur Parizeau espère qu’un autre mode d’accession à l’indépendance sera retenu au congrès de 2005. Pourquoi ne pas admettre que le recours à une élection décisionnelle à 50% plus une voix pourrait constituer une stratégie transparente et comprise de tous, légitimée par les bassesses de 1995? L’ancien premier ministre péquiste a déjà exprimé des réserves face à ce mécanisme sous prétexte que le Parti québécois ne peut rallier en son sein une majorité absolue de Québécois. Sauf qu’une alliance souverainiste multipartite peut y parvenir! De plus, si celle-ci échoue à une élection, d’autres suivront où l’offre souverainiste sera de nouveau suggérée aux Québécois.

Monsieur Parizeau sait très bien qu’un geste d’ouverture à ce processus lui méritera les foudres des médias fédéralistes. L’homme n’y est-il pas cependant habitué pour moins que cela! Sans s’engager à faire la promotion d’une élection décisionnelle, Jacques Parizeau pourrait à tout le moins reconnaître publiquement que ce cadre stratégique mérite d’être considéré en prévision du Congrès de 2005. 53% des souverainistes qui ont voté OUI en1995, selon la maison Crop, refusent de risquer leur avenir en participant à une ultime joute référendaire truquée par Ottawa. Cette reconnaissance aura assurément comme effet de gonfler substantiellement le nombre de Québécois désireux de pouvoir mettre un terme sécuritairement au cauchemar provincial du Québec, dès le prochain scrutin général. Le congrès péquiste de 2005 en sera influencé.




TRIBUNE LIBRE

La géographie est en cause

René Marcel Sauvé, géographe et auteur de Géopolitique et avenir du Québec
TRIBUNE LIBRE 12 novembre 2004

À quoi veut en venir Kathleen Lévesque dans son article publié dans Le Devoir d'aujourd'hui? Que veut-elle suggérer au juste? Que nous sommes coupables de ce qui nous arrive en matière d'immigration? Que nous devrions nous culpabiliser davantage et multiplier les gestes propitiatoires pour changer cet état de choses?

Comme la Scandinavie, notre première voisine en Europe, le Québec est un pays dont la géographie exerce peu d'attraits sur l'immigration. Rappelons-nous notre propre histoire. À peine 5000 familles sont venues de la France maritime pour venir fonder l'Acadie et la Nouvelle France. Certes, il y en a eu davantage mais un navire sur deux coulait au fond dans l'Atlantique nord avant d'avoir atteint le Saint-Laurent.

La géographie est en cause. Les hivers prolongés peuvent certes attirer les touristes, mais l'immigration n'est pas la même chose. De même les automnes colorés. J'ai vu des milliers d'Américains venir au Québec seulement pour respirer l'air non polllué des régions éloignées et voir nos paysages chargés de couleurs incomparables. Personne n'a eu envie de venir s'installer au Québec cependant, à moins de motifs personnels particuliers.

La Scandinavie est connue pour perdre ses citoyens qui émigrent vers les pays plus confortables, là où la population et les activités plus nombreuses offrent davantage de possibilités. Suédois et Norvégiens comptent plus de ressortissants aux États Unis que de population dans leurs pays respectifs. Les Finlandais émigrent volontiers vers l'Ukraine du sud, avec des préférences pour les stations balnéaires de la mer Noire. Sebastopol est aux Finlandais ce qu'est Miami pour les Québécois. Les Danois quittent fréquemment pour aller s'installer en Allemagne, là où il y a du travail pendant que l'économie stagne chez eux.

On ne peut rien contre la géographie et ce n'est pas du déterminisme philosophique mais la radicalité du réel qui impose sa loi. La seule solution: s'adapter et apprendre à composer et c'est ce que nous avons fait mais, pour un nouveau venu, l'adaptation peut sembler difficile. N'avons-nous pas perdu autant de monde aux États Unis que nous avons de population chez nous?

Ce qui a fini par renverser la tendance en Scandinavie, ce sont les mesures sociales avancées qui accordaient aux citoyens des niveaux de sécurité qu'on ne trouvait nulle part ailleurs. Comme résultat, la Suède et la Norvège ont reçu des immigrants venus parfois de très loin. J'ai rencontré des Vietnamiens et des Thailandais à Stavanger, en Norvège, qui trouvaient le pays plutôt froid et silencieux bien qu'ils en appréciaient les avantages sociaux. Les Norvégiens ne sont pas connus pour leur exubérance et les Suédois non plus. C'est leur tempérament et il faut les comprendre. Demandez aux Québécois qui arrivent d'Haïti où ils sont allés fonder un hôpital avec les Norvégiens.

De même au Québec, qui attire des immigrants qui viennent chercher un nouveau milieu de vie et qui apprécient les mesures sociales avancées en espérant qu'elles vont durer. Les Québécois sont néanmoins plus accueillants, du moins en apparence, alors que les Scandinaves, bien que sympathiques, demeurent des gens réservés parce qu'ils trouvent inutile de parler pour ne rien dire. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de milieux naturellement froids et isolés et par conséquent peu attirants pour les immigrants.

En somme, il y a abus de mots chez Kathleen Lévesque lorsqu'elle écrit que les immigrants "boudent" le Québec. Tout dépend de ce qu'ils veulent. Il n'est pas facile d'en juger, d'une manière comme de l'autre. Moi, dont l'ancêtre est arrivé à Montréal en 1680, qui travaille depuis déjà 40 ans pour l'indépendance du Québec, je retournerais volontiers dans mes Pyrénées ancestrales, garder des moutons, tant je suis fatigué de ces luttes exténuantes et qui avancent avec tellement de lenteur. Si je le faisais, ce serait pour trouver la tranquillité et la paix avant de rendre l'âme. Si je ne le fais pas, ce sera parce que j'aurai trouvé la paix ici même.




TRIBUNE LIBRE

L’adieu au fedayin Arafat

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 12 novembre 2004

« Dorénavant, il fera partie de la courte liste des libérateurs de peuples. » Cette phrase de Félix Leclerc a été dite à l’endroit de René Lévesque le jour de sa mort le 1 novembre 1987. À cette liste, il faut ajouter des noms comme Pierre Bourgault, Nelson Mandela, Gandhi, Michael Collins. Et aujourd’hui, le nom de Yasser Arafat vient de les rejoindre pour l’éternité. Une courte liste mais avec des noms prestigieux d’hommes qui ont marqué l’histoire des peuples par leur charisme, leur détermination à aller jusqu’au bout. Des hommes qui ont su encourager les peuples soumis à briser les chaînes de la servitude.

Avec la mort de Yasser Arafat, le peuple palestinien a perdu son chef historique et les combattants de la liberté aux quatre coins du monde ont perdu un frère. Car quelque soit l’endroit, la nationalité, la religion, la langue, nous sommes tous unis dans un objectif commun : la lutte contre l’oppression des nations dominantes et pour le droit des peuples à s’autodéterminer. Un objectif qu’Arafat a poursuivi pendant 40 ans et qui n’est pas arrivé à son accomplissement parce qu’il est mort mais qui se poursuivra jusqu’à la victoire finale.

Pendant que son peuple pleure sa disparition, d’autres, ses ennemis israéliens, se réjouissent, chantent, dansent, boivent en s’imaginant que la mort du vieux leader est la fin de leurs ennuis, que c’est le début d’un temps nouveau. Et ses ennemis américains de présenter ce triste événement comme un « moment important » pour la paix au Proche-Orient, comme si Arafat était l’obstacle principal à une solution pacifique. Il a fait des erreurs, peut-être, mais le duo maléfique Bush-Sharon est tout aussi responsable de la situation actuelle, le premier appuyant sans réserve la politique terroriste du second.

Fort de sa toute-puissance, le cow-boy yankee a demandé aux Palestiniens de changer de dirigeants, de mettre à leur place des gens « non compromis dans le terrorisme. » On voit bien qu’il ignorait totalement ce que représentait Arafat pour son peuple et qu’il avait le plus grand mépris pour celui-ci en lui dictant sa ligne de conduite. Pourquoi n’a-t-il jamais demandé à ses amis israéliens de se débarrasser de Sharon et d’élire quelqu’un de moins porté sur le bulldozer et les fusils mitrailleurs? Faut dire que les USA se sont souvent accommodés de régimes autoritaires, répressifs et dictatoriaux, y compris celui de Saddam Hussein.

Arafat était un dirigeant élu et avait toute la légitimité pour négocier avec Israël. Ne plus le considérer comme un interlocuteur valable, sous prétexte qu’il cautionnait le « terrorisme » des groupes radicaux, et exiger qu’il nomme un premier ministre était une absurdité ; il avait lui-même renoncé à la lutte armée et choisi la voie pacifique pour créer un État palestinien. De toute évidence, l’axe du mal George-Ariel voulait régler le problème à leur façon et a finalement réussi à tasser dans le coin le fedayin Arafat jusqu’à ce qu’il en meure.

Bien sûr, on va lui trouver un successeur à la tête de l’Autorité palestinienne et de l’OLP mais on ne peut remplacer comme ça un homme qui incarne depuis des années la résistance et l’espoir de ses compatriotes. Des hommes de la trempe d’Arafat n’arrivent pas souvent dans l’histoire d’une nation et sont, pour ainsi dire, irremplaçables. Même si le successeur d’Arafat parvient à mener le peuple palestinien vers sa destinée ultime, celui-ci restera, dans le cœur et l’esprit des siens, le véritable père de l’État palestinien.

Abou Ammar n’est plus mais le rêve qu’il a défendu avec conviction et acharnement est toujours vivant. Aussi longtemps qu’il y aura des hommes et des femmes prêts à se battre et à se sacrifier pour leur pays, le rêve de liberté ne mourra jamais. Aucun char d’assaut, aucun mur, aucune armée, aucune loi ne peuvent tuer l’espoir des peuples soumis de vivre libres un jour.

VIVE LA PALESTINE LIBRE !