Actualité





Santé: 9 milliards bien encadrés

Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

Paul Martin proposera aux provinces deux nouvelles lois portant sur les soins à domicile et les médicaments

Cobourg - Réélu, le gouvernement Martin investirait au moins neuf milliards de plus en cinq ans dans la santé, mais le gros de ces sommes servirait à financer un plan de réformes qu'il veut négocier avec les provinces et auquel il entend être associé. Au menu: un «programme national de soins à domicile» et une «stratégie nationale pour les médicaments» qui donneront lieu à deux lois fédérales distinctes, des projets qui ont déjà mis Québec sur ses gardes.

«Une réforme authentique ne sera pas possible sans des fonds supplémentaires et nous nous engageons à augmenter notre financement de base aux provinces, mais l'argent constitue seulement une partie de la solution. La réforme des soins de santé ne peut se faire sans un plan stratégique pour la mise en oeuvre de solutions intelligentes», a déclaré le premier ministre en rendant public son programme en matière de santé hier à Cobourg, en Ontario. Son plan sur 10 ans lui servira de base de négociation lors de la conférence des premiers ministres qui doit avoir lieu cet été, a-t-il indiqué. «C'est ce plan-là que j'aurai avec moi. Ce sont les réformes pour lesquelles je me battrai», a-t-il promis.

Le premier enjeu pour les provinces demeure financier. Elles font front commun depuis quelques années pour qu'Ottawa paie le quart de la facture du système de santé public, une proposition à long terme du rapport Romanow. Actuellement, Ottawa éponge environ 18 % de la facture, disent les provinces.

M. Martin promet pour l'instant d'augmenter les transferts en espèces de un milliard de plus dès cette année et de deux milliards en 2005-06, mais il ne souffle mot de la façon d'arriver aux 25 % demandés par les provinces.

Pour les années subséquentes, il s'engage à négocier avec les provinces une formule d'indexation qui assurera une croissance prévisible des transferts. M. Martin a toutefois reconnu que cette formule ne serait en vigueur que pour la durée de l'entente, soit 10 ans. Après cette date, de nouvelles négociations seraient nécessaires. Cette proposition ne comble pas le fossé identifié par M. Romanow mais elle est conforme aux suggestions à plus court terme qu'il avait faites, ce que l'entourage de M. Martin ne cessait de souligner hier.

Le reste du plan libéral risque quant à lui de mettre plusieurs provinces sur leurs gardes, question de protéger leur compétence en matière de santé, car M. Martin veut qu'Ottawa soit associé à des réformes touchant le temps d'attente, les soins à domicile, l'accès aux médicaments et aux soins de première ligne.

Il voudrait s'attaquer avec les provinces aux temps d'attente dans cinq secteurs (soins contre le cancer, contre les maladies cardiaques, l'imagerie diagnostique, les prothèses articulaires et la restauration de la vue). Il offre quatre milliards sur cinq ans pour permettre aux provinces d'y remédier mais veut aussi adopter une «stratégie nationale de réduction des temps d'attente» qui exigerait de rendre publics les temps d'attente de certaines procédures et l'adoption de cibles communes.

En matière de soins à domicile, il promet deux milliards sur cinq ans pour aider les provinces à combler les lacunes actuelles. Son objectif cependant est d'en arriver à adopter une loi créant un programme national qui assurerait la couverture des interventions pour maladie mentale, la gestion de cas et les soins palliatifs à domicile.

Un gouvernement libéral voudrait aussi améliorer l'accès aux soins de première ligne en élargissant le rôle des infirmières et en formant plus de personnel. Il souhaite aussi mettre en place d'ici 2006, et encore avec les provinces, une «stratégie nationale du médicament» qui ciblerait, entre autres, les coûts catastrophiques en général et ceux des médicaments obtenus sur ordonnance. «Cela sera suivi d'une législation appropriée et d'un engagement financier fédéral», a indiqué M. Martin sans offrir de chiffres.

Les libéraux promettent aussi d'officialiser le mécanisme de règlement des différends autour de l'interprétation de la Loi canadienne sur la santé. M. Martin s'est d'ailleurs servi de cette promesse pour éviter de se prononcer sur la place du privé dans le système de santé, notant que ce mécanisme pourrait servir à résoudre d'éventuels litiges.

M. Martin ne pourra pas réaliser la plupart de ses engagements sans obtenir la collaboration des provinces. Il le reconnaît. «Oui, c'est de compétence provinciale, mais on a un partenariat pour assurer que les Canadiens d'un océan à l'autre peuvent avoir accès au système et le gouvernement fédéral a un rôle à jouer. On met l'argent [dans les fonds dédiés] pour les aider et pour créer les encouragements que les provinces aimeraient avoir. Mais c'est qu'on veut travailler en partenariat», a-t-il dit.

Après avoir accusé son adversaire conservateur Stephen Harper de mettre en péril le système public de santé avec ses promesses de réduction de taxes, M. Martin a affirmé pouvoir financer ses propres promesses à même le cadre financier existant du gouvernement. Et confronté à la grogne des Ontariens face aux nouvelles primes pour la santé imposées par le gouvernement McGuinty, il a tenu à préciser qu'il ne devrait pas être obligé de suivre la même voie. Il s'est voulu rassurant. Il pourra agir sans hausser les taxes à son tour.

Duceppe accuse

En visite dans la région de Drummondville hier, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a coup sur coup accusé le Parti libéral d'empiéter de nouveau sur les champs de compétence des provinces, de faire un effort timide par rapport à ses moyens financiers et de vouloir sauver sa campagne électorale avec «des promesses improvisées».

Gilles Duceppe affirme que l'annonce d'hier sur la santé ne rétablit même pas la part du financement des soins de santé assumée par le fédéral avant 1993. «Depuis 1994-95, ce sont des coupes de huit milliards de dollars qu'Ottawa a faites, a-t-il dit lors d'un point de presse. C'est loin d'être au niveau où c'était et on n'est pas rétabli de la médecine de Paul Martin. Ce qu'il annonce aujourd'hui, c'est un milliard de plus pour 2004-05, ce qui représente pour le Québec 236 millions, soit l'équivalent de quatre jours de fonctionnement du système de santé. C'est pas réduire les listes d'attente, ça.»

Autre irritant, le parti souverainiste ne digère pas «l'empiétement du fédéral» sur une compétence clairement identifiée aux provinces. «Au lieu de multiplier ses empiétements, cette maladie du Ottawa knows best, ce qu'ils [les libéraux] devraient faire, c'est éliminer le déséquilibre fiscal et remettre les paiements de transferts au niveau où ils étaient lorsqu'ils ont pris le pouvoir. C'est ce que demandent les provinces et le Québec.»

Le chef du Bloc estime que l'annonce d'hier trahit une «improvisation» qui vise à sauver une campagne libérale partie sur le mauvais pied. «J'ai l'impression qu'on va avoir une multiplication des plans et, si on les additionne et qu'on les met dans le même sac, ça va devenir le plan de sauvetage de la campagne des libéraux, soutient Gilles Duceppe. Avec les routes qu'ils inaugurent deux fois, est-ce que la 175 devient la 350 et la 30, la 60? On va où avec ça? Ce sont des promesses de dernière minute pour tenter de sauver leur campagne.»

Scepticisme

Stephen Harper a, quant à lui, offert une fin de non-recevoir au plan Martin, affirmant que les Libéraux n'avaient aucune crédibilité en matière de financement. «La santé n'était pas sa priorité il y a deux mois. Alors comment savoir si ce le sera encore dans deux mois?», s'est demandé M. Harper, en visite dans l'Est du pays. Jack Layton, chef du Nouveau parti démocratique (NPD) a lui aussi exprimé son scepticisme face au plan présenté. De la Saskatchewan qu'il visitait hier, M. Layton a rappelé que Paul Martin avait sabré à coups de milliards dans le financement de la santé alors qu'il était ministre des Finances. «En 1993, ils [les Libéraux] nous ont demandé de les croire quand ils disaient qu'ils allaient augmenter les fonds pour les soins de santé. Et Paul Martin a coupé ces fonds-là plus que personne ne pouvait l'imaginer.»

Avec la collaboration d'Alec Castonguay, de Guillaume Bourgault-Côté et de la Presse canadienne



Santé: le Québec rejette les normes nationales qu'évoque le plan Martin

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

La compétence québécoise est «primordiale, fondamentale et sacrée», dit le ministre des Affaires intergouvernementales

Québec n'acceptera jamais l'imposition de nouvelles normes pancanadiennes pour obtenir un financement accru du gouvernement fédéral en santé, comme le prévoit le plan dévoilé hier par le chef du Parti libéral du Canada, Paul Martin.

Cette compétence du Québec en santé, elle est «primordiale», «fondamentale» et même «sacrée», a déclaré hier le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. «Peu importe la terminologie qui sera employée, a-t-il dit, ce peut être des conditions nationales, ce peut être des normes nationales, ce peut être des programmes pancanadiens, nous n'embarquerons pas là-dedans.»

En commission parlementaire le 28 avril, M. Pelletier avait d'ailleurs annoncé la couleur de son gouvernement, affirmant que «s'il s'avérait qu'on veuille nous imposer des normes nationales, des standards pancanadiens qui franchement remettent en question notre autorité en matière de santé, je peux vous dire qu'il n'est pas question pour nous de signer une telle entente».

Les libéraux fédéraux ont proposé hier d'investir neuf milliards en cinq ans dans la santé, dont la majeure partie est liée à des fonds assortis de conditions et de normes. Le plan de Paul Martin visant «une réforme du système de santé», selon les termes du communiqué diffusé par les libéraux fédéraux, s'appuie sur l'adoption de deux lois en matière de santé, la première sur les soins à domicile et la seconde sur l'assurance-médicaments.

«Il n'y a pas qu'un système de santé au Canada, il y a plusieurs systèmes de santé au Canada parce que chaque province a la compétence en la matière», a tenu à préciser M. Pelletier.

Au cours d'un point de presse, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a mentionné de façon diplomatique que «le signal initial est positif»: un parti fédéral promet d'investir davantage en santé. Le ministre entend toutefois défendre la position historique du Québec, sans vouloir considérer le plan de Paul Martin comme un affront à l'endroit du Québec. Comme son collègue Benoît Pelletier, M. Couillard rejette l'imposition de normes ou d'objectifs pancanadiens, tout au plus envisage-t-il «de faire un énoncé général sur les grandes priorités».

En revanche, le ministre reconnaît qu'il existe deux visions des soins de santé au Canada, dont celle de M. Martin, que partagent certaines autres provinces. «Il y a deux logiques qui s'affrontent: il y a, d'une part, une logique qu'on retrouve surtout à l'extérieur du Québec, qui voudrait faire du système de santé canadien un système de santé plus unitaire et plus centralisé.» La logique québécoise veut qu'il existe plusieurs systèmes de santé au Canada. Le Québec sera-t-il au bout du compte isolé? «Nous verrons. Je ne crois pas. Je pense que cette opinion est partagée par d'autres provinces», a répondu M. Couillard de façon évasive.

Le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, n'en a pas fait de secret: l'Ontario appuie la vision centralisatrice d'Ottawa. En fait, une seule autre province s'oppose aux visées des libéraux fédéraux en santé, c'est l'Alberta.

Au sujet de la hauteur du refinancement promis par M. Martin, M. Couillard a rappelé qu'il fallait considérer «l'effet net» de ces hausses en relation avec les autres transferts fédéraux, notamment la péréquation.

C'est d'ailleurs ce qu'a fait observer hier le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, qui était accompagné lors d'un point de presse par la porte-parole pour la santé, Louise Harel, et du critique pour les affaires intergouvernementales canadiennes, Daniel Turp. Le programme des libéraux fédéraux représente un versement de 236 millions cette année et de 755 millions l'an prochain. Or les transferts fédéraux de toute origine, y compris les paiements de péréquation, ont chuté de 1,7 milliard depuis 2002-03. «Donc, on nous donne d'une main beaucoup moins que ce qu'on nous avait enlevé de l'autre main et, au net, le Québec est perdant», a fait valoir M. Legault, qui a rappelé que le gouvernement fédéral, avec ce refinancement, serait très loin de corriger le déséquilibre fiscal de 3,3 milliards par année. Le député de Rousseau s'est dit «surpris» que M. Couillard n'ait pas déploré la maigreur des sommes promises.

Pour Mme Harel, la «vision libérale» s'incarne moins par des paiements de transfert que par «la multiplication, la superposition de fonds» en santé.

Le plan de M. Martin «annonce une intrusion comme on n'en a jamais vu dans les compétences du Québec», a souligné M. Turp. Il cite l'adoption proposée de lois sur les soins à domicile et sur l'assurance-médicaments, la mention de mesures pour augmenter le nombre d'étudiants en médecine (compétence du Québec en éducation) et celle de la reconnaissance des qualifications professionnelles des nouveaux immigrants (compétence du Québec en matière de réglementation des professions).

Du côté de l'Action démocratique du Québec, on estime que les libéraux de Paul Martin entendent imposer un carcan de plus au Québec en matière de santé. Paul Martin «nous remet une fraction de ce qu'il nous avait pris en tant que ministre [des Finances]», a dit la députée de Lotbinière et porte-parole pour la santé de l'ADQ, Sylvie Roy. «Il diminue la flexibilité de la Loi sur la santé avec des enveloppes dédiées. C'est notre argent et il y a plus de carcans, plus de règlements et plus de contraintes», a déploré la députée.



Le PQ et l'ADQ accusent Martin d'attenter aux pouvoirs du Québec

Michel Corbeil
Le Soleil mercredi 26 mai 2004

La promesse de Paul Martin d'investir en santé choque aussi bien le Parti québécois que l'Action démocratique du Québec. Le premier ministre fédéral sortant veut attenter aux pouvoirs du Québec avec les fonds provenant aussi des contribuables québécois, affirment-ils.

Les partis formant l'opposition à l'Assemblée nationale n'ont rien trouvé de bon dans l'engagement formulé par le Parti libéral du Canada. Le PQ condamne aussi bien les montants qu'ils jugent trop modestes que le fait que Paul Martin veut assujettir leur versement à des conditions.

Le député péquiste de Rousseau, François Legault, a pris soin de souligner que la proposition n'en est qu'au stade d'une "promesse en campagne électorale".

Mais, a-t-il avancé, si l'engagement se matérialise, Québec aura droit à 775 millions $ de plus en santé dans deux ans alors qu'Ottawa a coupé 1,7 milliard $, ces deux dernières années, au chapitre de la péréquation entre les provinces. "On nous donne d'une main beaucoup moins que ce qu'on nous avait enlevé de l'autre main."

Ce sont les modalités que préconisent les libéraux fédéraux pour octroyer l'argent en vue notamment de réduire les listes d'attente et rembourser les médicaments qui ont particulièrement irrité les péquistes. "Il y a derrière cela l'idée de construire un système de santé à partir d'Ottawa. Jusqu'à maintenant, à part les vétérans, puis, les autochtones, il n'y a personne qui a été soigné par Ottawa", a laissé tomber la députée Louise Harel.

Son collègue au PQ Daniel Turp a réclamé l'intervention directe de Jean Charest. "C'est le premier ministre du Québec qui doit maintenant se lever. Il doit dire tout de suite que la proposition du candidat Paul Martin est irrecevable. Parce qu'elle propose une intrusion sans précédent dans les compétences du Québec. Quand on veut porter atteinte à ces compétences, le Québec doit se tenir debout."

L'ADQ de Mario Dumont a affiché le même niveau d'enthousiasme. "Il faut quêter notre propre argent, faire, en plus, ce qu'ils veulent avec (les fonds) et ils nous annoncent que c'est un cadeau, s'est exclamée la députée adéquiste Sylvie Roy. Ça n'a pas d'allure."

Mme Roy a aussi avancé que Paul Martin ne ferait que remettre "une fraction de ce qu'on nous doit. Ils viennent légiférer dans nos sphères de compétence. Cela ne fait pas notre affaire.

En outre, nous, à l'ADQ, on réclame des assouplissements dans la loi sur la santé, pour faire l'addition du privé au public, et on se retrouvera avec encore plus de lois, de règlements, plus de carcan."

Les deux formations politiques ont jugé que le gouvernement Charest a réagi trop mollement à Paul Martin. "Les libéraux (de Jean Charest) ne dénoncent pas haut et fort l'ingérence dans nos domaines." Le péquiste François Legault s'est dit personnellement "surpris de voir que le ministre de la Santé (Philippe Couillard) n'a pas insisté davantage sur la hauteur du montant".

MCorbeil@lesoleil.com



Le slogan du Bloc exclut «les autres», croit Pettigrew

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

Le Bloc québécois doit être rejeté par les Québécois en général, et les Montréalais en particulier, parce qu'il se complaît dans une homogénéité d'où est exclue toute différence. C'est ce qu'a dit comprendre le ministre libéral Pierre Pettigrew du slogan bloquiste «Un parti propre au Québec».

Dans un discours livré hier soir devant environ 200 militants issus de plusieurs communautés culturelles réunis dans la circonscription Honoré-Mercier, M. Pettigrew n'a pas mâché ses mots à l'endroit du principal adversaire des libéraux au Québec. Il a soutenu que jouer sur la différence comme le fait constamment le Bloc québécois est une façon de faire à proscrire en politique et qu'en comparaison, le Parti libéral du Canada est une formation inclusive.

«On ne va pas en politique pour affirmer sa différence et la braquer dans la face des autres. [...] Qu'est-ce que nous avons en commun qui va nous permettre de bâtir ensemble une société et une communauté plus humaine: c'est ça être libéral. Et le Bloc, il aime bien se complaire dans sa petite homogénéité: propre à nous autres, juste nous autres, les autres ne sont pas les bienvenus», a déclaré Pierre Pettigrew.

Chaudement applaudi, M. Pettigrew qui lançait ainsi les hostilités dans l'est de Montréal, a poursuivi: «Je représente Parc Extension, je représente une circonscription où il y a bien des gens qui sont différents. En répétant ''parce qu'on est différent'', c'est une façon de jouer la différence qui est inacceptable en politique.»

Si M. Pettigrew n'a jamais qualifié ouvertement d'ethnocentrique le Bloc québécois, il l'a laissé sous-entendre. Aux journalistes qui lui demandaient des précisions à l'issue de l'assemblée partisane, il a affirmé qu'il ne voyait pas dans le slogan bloquiste une quelconque référence à une intégrité perdue à travers le scandale des commandites. «Quand on était petit gars, on disait ça, c'est propre à nous autres. Ça veut dire que c'est juste à nous autres et on ne veut pas que les autres viennent; ça nous dérange», a-t-il expliqué.

Ce dernier a aussi précisé que le Bloc québécois n'établit pas beaucoup de dialogue avec le reste du pays. Si un jour, le Bloc a prétendu vouloir négocier avec «les autres», il y a longtemps qu'il a oublié son mandat, selon lui.

Plus tôt, le député de Papineau a dit croire que la population ne se laisse pas leurrer et qu'elle voit au travers des palabres bloquistes. D'ailleurs, c'est avec beaucoup d'ironie que M. Pettigrew a précisé que le vocable «parti» ne convenait pas parfaitement au Bloc québécois. «Ce parti, ce Bloc - je l'appelle parti par générosité. Nous savons tous que c'est essentiellement une succursale du Parti québécois - est essentiellement engagé pour avoir un autre référendum, pour rendre détestable le Canada aux yeux [de la population]», a-t-il laissé tomber.

M. Pettigrew a par ailleurs fait mousser les engagements de 9 milliards de son chef Paul Martin en matière de santé. Il a martelé qu'il n'est pas question d'imposer quelque condition que ce soit aux provinces. Il a soutenu que le discours du gouvernement du Québec ne divergeait en rien de la position du PLC. D'ailleurs, M. Pettigrew a confirmé avoir parlé au ministre de la Santé, Philippe Couillard, avant la présentation des engagements.

Pierre Pettigrew a également profité de la tribune pour saluer le départ d'Yvon Charbonneau. L'ancien président du PLC-section Québec, Pablo Rodriguez, devient candidat libéral dans Honoré-Mercier.



Martin et Canada Steamship Lines: même slogan

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

Paul Martin a peut-être largué les amarres de la Canada Steamship Lines en 2003, mais il semble que cette dernière soit une source d'inspiration en politique. Le Parti libéral du Canada et l'entreprise maritime, aujourd'hui dirigée par les fils du premier ministre, partagent la même expression nautique «Droit devant», dans leurs slogans respectifs.

La semaine dernière, le PLC a lancé sa campagne publicitaire. En français, les messages se terminent par le slogan «Allons droit devant avec l'équipe Martin». Or, depuis 1998, la Canada Steamship Lines (CSL) utilise le slogan «Droit devant» comme motivation auprès de ses nouveaux employés. «Ce n'est qu'une coïncidence», a assuré la porte-parole de la CSL, Martine Malka, jointe par Le Devoir.

Mme Malka a expliqué que le slogan avait d'abord été utilisé à l'occasion d'un programme de formation en accordant une attention particulière au service à la clientèle. Des t-shirts, des stylos, des combinaisons de travail sont marqués du slogan «Droit devant» traduit en anglais par «On course». Si le programme a été abandonné en 2000, le slogan a été intégré à l'accueil de la nouvelle main-d'oeuvre.

«Ce n'est que pour utilisation interne. Nous n'avons jamais fait de publicité avec ça», a précisé Mme Malka.

Du côté du Parti libéral du Canada, le directeur adjoint de la campagne, Steve Mackinnon, a dit hier ignorer jusque-là la ressemblance des deux slogans. «C'est la première fois que j'entends ça. "Droit devant", c'est une expression très courante qui nous a été soumise par notre agence de publicité», a expliqué M. Mackinnon.

La publicité et le slogan sont le fruit de l'agence BBDO, à Montréal. Il s'agit de la même agence qui signe la campagne publicitaire de la Brasserie Labatt qui, à des fins commerciales, a fondé un faux parti politique qui sillonnera tout le Québec.

Le slogan «Allons droit devant avec l'équipe Martin» est apparu la semaine dernière comme une réplique à celui lancé quelques jours plus tôt par le Bloc québécois et qui fait référence au scandale des commandites, «Un parti propre au Québec». Steve Mackinnon a souligné que le slogan libéral avait «une résonance dans la population» et que même une chanson de Star Académie reprenait l'expression. «Ça décrit bien notre message de campagne. [...] Ça signifie aller vers l'avant, ne pas regarder le passé», a ajouté M. Mackinnon.

Manifestement irrité, M. Mackinnon a téléphoné à un membre de la direction du Devoir en fin d'après-midi pour s'assurer qu'aucun lien ne serait fait entre le Parti libéral et CSL. «Cette histoire pourrait être dommageable pour notre campagne», a-t-il souligné.

Chose certaine, cette parenté morale entre la CSL et le Parti libéral du Canada n'est pas sans rappeler à quel point Paul Martin s'est fait prier avant de se départir de son empire. Il aura fallu de fortes pressions publiques pour que M. Martin consente l'année dernière, après avoir affirmé qu'il n'y avait aucun problème à ce qu'il soit premier ministre et homme d'affaires, à céder la propriété de CSL à ses fils.

Talonné par ses adversaires politiques, M. Martin a dû régulièrement se défendre du fait que son ancienne entreprise bénéficiait d'abris fiscaux privant le Canada de dizaines de millions en impôt. Paul Martin, alors qu'il était ministre des Finances, a lui-même parrainé la loi autorisant une convention fiscale entre le Canada et la Barbade. Ainsi, les compagnies de transport maritime canadiennes utilisent ce paradis fiscal.

La flotte canadienne de la Canada Steamship Lines compte 16 bateaux dont 15 ont un équipage canadien (environ 500 travailleurs) et arborent l'unifolié. Le siège social est à Montréal. Ce qui suscite de nombreuses critiques concerne la filiale installée à la Barbade, CSL International. Huit bateaux battent pavillon étranger. «C'est l'administration d'un "pool" commercial», a expliqué Martine Malka.

Dans un ouvrage sorti en mars dernier, Alain Deneault fait un réquisitoire contre l'homme d'affaires-politicien Paul Martin. «Les paradis fiscaux constituent la négation des principes démocratiques et qui ne s'y oppose pas est antidémocratique. [...] Avoir pignon sur rue dans les paradis fiscaux signifie qu'on avalise la criminalité financière», peut-on lire dans le livre de Deneault intitulé Paul Martin & compagnies.

En février dernier, le Parti conservateur du Canada a mené une offensive contre Paul Martin concernant la valeur des contrats de l'État obtenus par CSL entre 1993 et 2002. L'année dernière, le gouvernement avait soutenu que les contrats totalisaient 137 000 $. Un an plus tard, on apprenait qu'il s'agissait plutôt de 161 millions.

Paul Martin a été président de la Canada Steamship Lines dès 1974 alors que l'entreprise maritime appartenait à Power Corporation. Il achète l'entreprise avec Fednav en 1981. Sept ans plus, M. Martin rachète son associé et devient l'unique propriétaire de la CSL fondée en 1845.



Paul Martin et les paradis fiscaux :
Quand un scandale en cache un autre

Robert Jasmin et Claude Vaillancourt
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

Nous avons tous été choqués par le scandale des commandites. Qu'un gouvernement dilapide de façon aussi aveugle et systématique l'argent public, qu'il nourrisse grassement et sans contrôle des firmes de communications partisanes est inacceptable. Qu'il ait dépensé ces fortunes à de pures fins de propagande, espérant acheter le coeur des Québécois à coups de commandites et de drapeaux canadiens, relève d'un profond mépris envers une population qu'on prétend ainsi servile et aisément manipulable. On a dit tout ça à plusieurs reprises et il sera bon de le répéter encore.

Par contre, il ne faudrait pas que le scandale des commandites occupe toute la place et détourne l'attention d'un problème encore plus grave, celui de l'implication de Paul Martin dans les paradis fiscaux.

Le scandale des commandites est d'abord et avant tout ponctuel. Il relève d'un type de corruption lié à une circonstance particulière, en l'occurrence le vent de panique qui a frappé les libéraux au lendemain du référendum de 1995. Il ramène le souvenir de vieilles pratiques de favoritisme héritées de moeurs politiques qu'on croyait presque disparues. [...] Il faut punir les coupables et voir à ce qu'un tel gaspillage ne recommence plus.

Le scandale des paradis fiscaux, lui, est permanent. Aujourd'hui même, des milliards de dollars échappent à l'impôt par cette voie, des sommes considérablement plus élevées que celles mises en jeu par le scandale des commandites. Et rien ni personne ne semble vouloir mettre fin à cette hémorragie.

Transactions douteuses

L'implication personnelle de Paul Martin dans l'économie souterraine, qui est à la limite de la légalité et qui transige par les paradis fiscaux, n'est plus à démontrer. Les médias ont relaté les tractations douteuses d'un ministre des Finances propriétaire alors qu'il avait des intérêts dans une entreprise maritime. Voici quelques faits qu'il est bon de rappeler. - En 1997, la Canadian Steamship Line (CSL), compagnie de Paul Martin, possédait trois filiales au Liberia, pays déchiré par une guerre civile particulièrement sanguinaire, puis victime de la dictature de Charles Taylor. Aujourd'hui, cette compagnie profite d'une convention fiscale entre le Canada et la Barbade qui lui aurait évité de payer plus de 100 millions de dollars au fisc entre 1995 et 2002 (l'imposition locale n'excède jamais 2,5 % du chiffre d'affaires, en plus d'être dégressive). - Selon une équipe de l'émission Enjeux à Radio-Canada, en visite à la Barbade, deux avocats barbadiens dirigeraient en même temps les 12 entreprises du groupe Martin et 95 autres compagnies.

Peut-on croire que ces avocats administrent vraiment toutes ces entreprises? Selon la conclusion de l'équipe, «si les décisions de CSL International ne se prennent pas à la Barbade, elle doit au fisc canadien des millions de dollars en impôt». - Selon le NPD, le fait de naviguer sous pavillon de complaisance a permis à la compagnie de Paul Martin de congédier des marins canadiens payés 11,68 $ l'heure et de les remplacer par des Philippins gagnant 1,74 $ l'heure. - En 1998, la loi C-28, présentée par Paul Martin, a permis à des entreprises exerçant des activités dans le transport maritime international d'être exemptes d'impôts lorsque leurs profits sont rapatriés. Il s'agit donc d'une loi sur mesure pour la CSL. - En 2002, la CSL a été condamnée à une amende de 125 000 $ pour déversement illégal d'hydrocarbures. Paul Martin a plaidé l'ignorance de cette pratique. Mais la compagnie avait été condamnée pour le même type de délit en 1991.

Évasion fiscale

Face aux diverses pressions exercées à la suite de ces dénonciations, Paul Martin a transféré ses actions dans la CSL à ses fils. Mais ceci ne dupe personne: l'argent reste dans la famille et l'ex-p.-d.g. profite d'une pension dont le montant reste secret. [...]

Outre ces sommes considérables qui échappent à l'impôt, il reste un exemple déplorable pour l'ensemble des citoyens. «Si Paul Martin le fait, pourquoi pas moi?», se dit alors tout contribuable particulièrement aisé qui a les moyens de soutirer de petites fortunes à l'impôt. La valeur des investissements directs par les Canadiens uniquement à la Barbade a progressé de 628 millions en 1988 à 23,3 milliards en 2001, soit une augmentation de plus de 3600 % (selon Statistique Canada).

L'évasion fiscale n'est plus un détournement qu'on accomplit à ses risques et dans la désapprobation mais le réflexe normal d'un homme d'affaires avisé qui tient aux intérêts de son entreprise. L'impôt se transforme en obligation censitaire pour les classes moyennes seulement, et l'élite financière n'y est plus soumise. «Only little people pay taxes», a dit la femme d'affaires Leona Helmsley lors d'un procès pour évasion fiscale en 1989. [...]

La population, elle, apprend à vivre avec l'idée selon laquelle les compressions sont inévitables, que la santé, l'éducation, la culture, la fonction publique doivent subir une cure amaigrissante ou encore de miraculeux «partenariats public-privé», tout cela sous le prétexte que l'argent se fait rare.

Cet argent dort pourtant paisiblement dans les paradis fiscaux où il se mêle à celui de la grande criminalité (drogue, terrorisme, prostitution, trafic d'armes).

Il faut donc ramener les paradis fiscaux au coeur même de la campagne électorale, au-delà même du scandale des commandites. Il en va de la survie de la conception d'un État moderne égalitaire et préoccupé de redistribuer un tant soit peu la richesse. [...]

Robert Jasmin : Président d'ATTAC-Québec

Claude Vaillancourt : Écrivain et professeur au Collège André-Grasset



Le paternalisme rouge

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

ÉDITORIAL - S'il est une chose qui n'a pas changé depuis le départ de Jean Chrétien, c'est cette volonté inébranlable du Parti libéral du Canada d'utiliser l'arme du financement pour tenter d'imposer ses quatre volontés dans des champs de compétence aussi exclusivement provinciale que la santé. Malgré un usage redondant du mot «partenaires», le plan présenté hier par Paul Martin ne déroge en rien à cette règle.

Il y a trois ans, Jean Chrétien confiait au néo-démocrate Row Romanow la tâche de lui suggérer des changements susceptibles d'assurer la pérennité du système de santé dans le respect des principes de la loi canadienne. Comme il fallait s'y attendre, M. Romanow a livré un rapport proposant l'injection de plusieurs milliards de la part d'Ottawa, mais il l'implorait du même souffle d'exiger des provinces qu'elles respectent des normes nationales destinées à uniformiser les soins d'un océan à l'autre.

Grâce à ce rapport, Ottawa, qui n'avait jusque-là aucune idée de la place à occuper dans un secteur aussi névralgique, héritait d'un programme détaillé dont M. Chrétien n'a pas hésité à s'inspirer en janvier 2003, lors d'une séance de négociations expéditive avec les provinces affamées par plusieurs années de disette.

Après toutes ces années Chrétien marquées au fer du mépris pour les provinces, on aurait pu s'attendre à un virage de la part du nouveau chef libéral. Or le plan de réforme avancé hier par Paul Martin découle directement du rapport Romanow.

Si les libéraux sont réélus le mois prochain, ils s'engagent à compléter le réinvestissement suggéré par M. Romanow en créant des «fonds» spécifiques destinés au financement des seuls domaines identifiés par Ottawa: réduction du temps d'attente dans cinq spécialités (cancer, cardiopathie, remplacement des articulations, imagerie diagnostique, troubles de la vue), formation de personnel spécialisé, instauration d'un «programme national» de soins à domicile et d'un «programme national» du médicament.

Certes, voilà des priorités qu'une majorité de provinces a aussi fait siennes depuis longtemps, chacune à sa façon et selon son orientation politique propre. Après tout, les gouvernements provinciaux sont élus par le peuple, eux aussi.

Si les provinces ne sont pas parvenues à régler tous les problèmes identifiés - loin s'en faut! -, c'est souvent qu'elles n'ont pas les ressources pour ce faire. Que les libéraux fédéraux veuillent y remédier, on devrait pouvoir s'en réjouir, mais pourquoi diable faut-il qu'ils y ajoutent cette dose de paternalisme centralisateur dont personne n'a besoin? Qui M. Martin veut-il impressionner en posant ainsi en sauveur d'un système qu'il a lui-même mis en péril par la réduction des transferts sociaux?

Puis, pourquoi ce comité d'experts externes à qui le plan Martin nous dit qu'on confiera la tâche de sanctionner les provinces qui ne respectent pas la loi canadienne sur la santé? Les provinces pourront-elles à leur tour sanctionner Ottawa lorsque ce dernier sera reconnu coupable d'avoir gaspillé des centaines de millions de précieux dollars en propagande au Québec et près de un milliard pour la conception d'un registre d'armes à feu? À moins que les électeurs s'en chargent...

En promettant d'injecter au moins neuf milliards supplémentaires en santé au cours des prochaines années, M. Martin confirme par l'absurde l'existence d'un déséquilibre de ressources entre Ottawa et les provinces. Mais au lieu de céder une partie du champ fiscal à ces dernières pour leur permettre de s'acquitter au mieux de leurs responsabilités constitutionnelles, il choisit d'utiliser l'argent comme point d'appui pour imposer sa médecine. Décidément, ce lancement de campagne n'est pas l'amorce du temps nouveau qu'on nous annonçait!



La corne d'abondance et l'entonnoir

Denis Lessard
La Presse mercredi 26 mai 2004

Analyse - Québec - Trop peu ou trop tard. Peut-être les deux. Hier, au moment même où Paul Martin, depuis Cobourg en Ontario, rendait publics les engagements du PLC en matière de santé, les conseillers des premiers ministre provinciaux s'activaient autour d'un texte commun qui sera rendu public tout prochainement. Ce sera une lettre, car une annonce publicitaire aurait forcé le Conseil de la fédération aux mêmes contorsions que tout autre groupe de pression désireux d'intervenir dans la campagne fédérale.

Et il y a fort à parier que les gouvernements profiteront de l'occasion pour parler de l'intrusion annoncée du fédéral dans la santé, compétence provinciale. Ils feront écho à la question formulée par Jean Charest il y a quelques jours: " En respectant les compétences des deux ordres de gouvernement, quand allez-vous assumer votre part du financement de la santé? "

" Il y a un rôle pour le fédéral pour dire ce qui est une vision nationale ", disait hier M. Martin. Pour Ottawa, il y a un système national de santé, partie intégrante du tissu social canadien. La santé " est une juridiction provinciale, mais nous aurons un partenariat pour assurer que les Canadiens de tout le pays aient accès au système, et le gouvernement fédéral a un rôle à jouer là dedans ", a expliqué M. Martin.

À Québec, les fonctionnaires ont vite vu bien des " fils attachés " au financement accru d'Ottawa. Les documents publiés par le PLC parlent du " rôle accru du Conseil de la santé " et du " principe du donnant-donnant " dans les négociations à venir avec les provinces. C'est avec ce fond de scène qu'on comprend l'accueil bien mitigé du ministre québécois de la Santé, Philippe Couillard aux engagements annoncés par M. Martin. La réponse tiède de Québec n'augure rien de bon pour les libéraux, qui font déjà face à une intense pression. De sources fédérales, on indique que d'autres engagements du PLC qui devaient suivre celui sur la santé ne sont pas encore prêts- il n'y aura pas de nouvel engagement national d'ici lundi prochain.

Pour M. Couillard, l'argent supplémentaire est le bienvenu, mais le plan d'Ottawa va bien au-delà. Dans les officines à Québec, ceux qui suivent depuis longtemps cette partie de souque à la corde entre Ottawa et les provinces ont perçu immédiatement un air de déjà vu dans les intentions du fédéral, qui propose des politiques de plus en plus ciblées à chaque ronde de négociation.

En septembre 2000, le gouvernement Chrétien voulait poser ses conditions, mais ne parlait alors que d'objectifs diffus, les provinces devaient s'engager à remettre les fonds pour " l'adaptation aux soins primaires ". Le fédéral a alors injecté 21 milliards de plus pour les cinq années suivantes.

Cette fois, plus pointu encore, le plan Martin va même jusqu'à identifier les types d'interventions que doivent privilégier les provinces pour réduire les listes d'attente. L'objectif " cinq sur cinq " prévoit un fonds spécial de 4 milliards de fonds fédéraux pour que les provinces s'attaquent aux délais d'attente pour les cancéreux et les cardiaques. On veut aussi accélérer la cadence de l'imagerie diagnostique et multiplier les interventions pour les problèmes d'articulation et les cataractes.

Tout récemment encore, le premier ministre Charest qualifiait " d'insensée " l'intention d'Ottawa de gérer les délais d'attente, une prérogative du gouvernement qui a la responsabilité de livrer les services.

À Québec, hier, une image se dégageait: tenace, à chaque ronde de négociation, le gouvernement fédéral se fait de plus en plus précis, amène les provinces dans une sorte d'entonnoir pour obtenir les fonds dont elles ont dramatiquement besoin.

" Il n'y a pas de conditions, mais des objectifs communs sur lesquels on s'entendra, on va s'accommoder des objectifs que le Québec a en tête, on n'aura pas de standards nationaux ", insistait hier un important conseiller de Paul Martin.

" On va amener à la table la position traditionnelle du Québec: la santé est une compétence provinciale, le fédéral a à la financer et cela s'arrête là. Cela ne doit pas aller jusqu'à fixer des normes ou des objectifs nationaux ", prévenait le ministre M. Couillard. Les provinces et Ottawa doivent s'en reparler cet été- démarche exceptionnelle: les ministres provinciaux des Finances et de la Santé tiennent une première réunion de stratégie en fin de semaine à Toronto.

Bien sûr, Québec voit comme " un signe positif " la décision de Paul Martin de combler le fameux " Romanow Gap ", l'écart décrit par l'ancien premier ministre de Saskatchewan, au terme de sa commission d'enquête, en novembre 2002. En promettant de vider hier la corne d'abondance, Ottawa paiera finalement 25 % des dépenses de santé des provinces, la cible fixée par Roy Romanow. Concrètement, réélu, un gouvernement libéral injecterait 3 milliards de plus dans les transferts en santé- 1 milliard cette année et 2 l'an prochain. La nécessité de faire passer de 16 à 25 % la contribution fédérale avait été reprise par tous les gouvernements provinciaux, même par celui de Bernard Landry. C'était probablement le prix à payer pour maintenir un front commun cohérent des provinces.

Après des années de compressions aux transferts en santé Ottawa est prêt à délier les cordons de la bourse. Mais une fois vide, la corne d'abondance resssemble curieusement à un entonnoir.



Six enjeux

André Pratte
La Presse mardi 25 mai 2004

Éditorial - La campagne électorale fédérale vient tout juste de commencer que, déjà, des commentateurs ont décrété qu'elle était terminée: si la tendance se maintient, affirment-ils après avoir lu dans les entrailles des sondages, les libéraux formeront un gouvernement minoritaire. Les électeurs canadiens feraient bien d'ignorer ces prophéties.

La campagne électorale appartient aux citoyens, pas aux médias. Elle devrait être un moment privilégié de réflexion, d'échanges et d'écoute.

La réflexion qui précède l'acte de voter donne tout son sens à ce devoir démocratique. Cette réflexion devrait s'axer, selon nous, sur les six enjeux suivants:

1) Punir les libéraux?

Le scandale des commandites a provoqué une vive colère dans la population canadienne. Il s'agit maintenant de savoir comment cette colère doit se manifester. Faut-il nécessairement voter contre tout ce qui ressemble à un candidat libéral? En punissant Paul Martin et son équipe, qui sont au pouvoir depuis quelques mois à peine, châtie-t-on les bonnes personnes?

Selon le sondage CROP dont La Presse publiait les résultats samedi dernier, 85 % des électeurs québécois ne croient pas M. Martin et les libéraux lorsqu'ils affirment qu'ils n'étaient au courant de rien de ce qui se tramait dans le bureau du fonctionnaire Charles Guité. Ce scepticisme est compréhensible, mais sur quel fait est-il fondé?

2) Régler la santé

Tous les sondages l'indiquent, la santé est la grande préoccupation des Canadiens. Les partis ont déjà, en partie, annoncé leurs couleurs. Tous s'engagent à augmenter les transferts aux provinces, et les différences entre les approches sont souvent subtiles.

L'amélioration de l'accès aux soins exigera non seulement plus d'argent, mais des transformations dans la gestion du système de santé. Ces changements ne doivent surtout pas être imposés par le gouvernement fédéral. Celui-ci doit plutôt aider les provinces à mettre en place des solutions audacieuses en modernisant la Loi canadienne sur la santé, devenue un véritable carcan.

En définitive, les partis devraient être jugés sur le réalisme et la rigueur de leurs engagements en matière de santé, plutôt que sur leur habileté à faire miroiter une solution magique.

3) Les intérêts du Québec

Au Québec, la campagne aura une allure distincte. La force du Bloc québécois portera le débat sur le terrain qui, selon les sondages, lui est le plus favorable: la défense des intérêts du Québec.

Spontanément, une majorité de Québécois répondent que le Bloc sera mieux à même de promouvoir leurs intérêts que les autres partis fédéraux. Mais est-ce bien vrai alors que, pour la première fois depuis des lunes, au moins deux partis fédéraux proposent ou bien " un nouveau ton " dans les relations entre Ottawa et les provinces (PLC), ou bien de " rééquilibrer la fédération " (PC)? Le Québec ne devrait-il pas saisir cette occasion, qu'il attend depuis longtemps, de profiter au maximum des possibilités qu'offre le fédéralisme canadien?

Les électeurs québécois doivent aussi se demander si, en élisant une forte députation du Bloc, ils ne risquent pas de relancer le débat sur la question nationale. Le Bloc québécois a beau prétendre que " les élections fédérales ne sont ni le lieu ni le moment propice pour décider de l'avenir du Québec ", il faut être bien naïf pour s'imaginer qu'il n'y a pas de lien entre ces élections-ci et la stratégie souverainiste. Pauline Marois n'a-t-elle pas écrit récemment que l'élection des bloquistes à Ottawa était la première pièce de son " plan de match " pour la souveraineté?

4) Une époque trouble

Dans cette période particulièrement trouble de l'histoire mondiale, le Canada se trouve dans une position délicate. Ceux qui nous gouvernent ont des décisions difficiles à prendre, décisions qui mettent en cause la sécurité des Canadiens, l'indépendance du pays, les convictions pacifistes des Canadiens et leurs droits fondamentaux. Parmi les questions au sujet desquelles les partis devraient nous offrir des réponses claires et réfléchies:

Le Canada doit-il participer au projet américain de bouclier antimissiles?

Quel rôle le Canada doit-il confier à ses forces armées?

Comment protéger le Canada contre le terrorisme sans brimer la liberté des Canadiens?

5) Les finances publiques

Gérer les finances publiques en période de disette n'est pas facile. Le défi est encore plus grand lorsqu'un gouvernement jouit d'une certaine marge de manoeuvre, comme c'est le cas pour l'État fédéral en ce moment. La tentation est forte pour se mettre à dépenser sans compter, en ignorant le poids toujours considérable de la dette. Encore ici, les partis seront jugés par le sérieux et la franchise de leurs promesses.

Le règne libéral a été marqué par quelques cas spectaculaires de gestion négligente. Dans le premier budget du gouvernement Martin, des mesures ont été annoncées visant à prévenir de tels dérapages. Est-ce suffisant? Que proposent les autres partis?

6) L'unité canadienne

Ce sujet figure au bas de la liste des priorités des Canadiens compilée par les sondeurs. Et pourtant, aucun parti aspirant à former le gouvernement du Canada ne devrait se présenter devant l'électorat sans une idée claire de ce qui doit être fait pour éviter la tenue d'un troisième référendum au Québec, et pour apaiser les tensions régionales dans l'ensemble du pays. C'est un sujet tellement explosif que beaucoup de politiciens préfèrent l'éviter; or, c'est justement parce que la question est explosive qu'il faut y faire face.

Les Canadiens ont un mois pour se faire une idée. Un mois pour se demander quels sont les enjeux qui comptent le plus pour eux, s'informer sur ce que proposent les partis, et connaître le mieux possible les candidats. Ne nous laissons pas trop distraire par les sondages, rumeurs et anecdotes dont nous abreuveront les médias. Tâchons plutôt de profiter de cette campagne pour réfléchir au Canada que nous souhaitons.



Un plat qui se mange froid

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 25 mai 2004

"Ce seront les élections les plus importantes de l'histoire du Canada! ", martèle Paul Martin. Toujours cette mauvaise habitude de confondre l'histoire du pays avec la sienne propre.

On ne doute pas que ces élections seront effectivement les plus importantes pour la carrière de M. Martin. S'il perd celle-là, il rejoindra John Turner, Kim Campbell et les frères Johnson dans les limbes obscurs où gisent les premiers ministres oubliés. Mais ce qui est bon pour M. Martin l'est-il pour le Canada? C'est à voir.

Néanmoins, les libéraux continuent à se croire seuls destinés au pouvoir et seuls dépositaires des " valeurs canadiennes ". En cela, d'ailleurs, ils sont proches cousins des péquistes, qui se présentent toujours comme les seuls " vrais Québécois ".

Cette arrogance née d'un trop long exercice du pouvoir- laquelle explique en partie l'exaspération de l'électorat envers les libéraux- a permis au chef conservateur Stephen Harper d'ouvrir sa campagne sur une note pleine de bon sens: " On peut être Canadien sans être libéral ", a-t-il répliqué. Bien dit.

Il y a des jours où l'on se demande si l'on ne devrait pas donner le droit de vote aux adolescents. Entre un petit futé de 15 ans qui suit l'actualité et un adulte débile, quel est le meilleur électeur?

Sondage d'Environics pour la SRC: 16 % des répondants ignorent que Paul Martin est premier ministre, et 67 % ne connaissent pas le nom du chef de l'opposition officielle. Or, dans les sondages électoraux, on n'interroge que les gens qui ont le droit de vote.

Où vivent donc ces citoyens de plus de 18 ans qui ignorent l'ABC de la politique? Sur la lune? Dans une bulle? Enfermés dans des sous-marins ou des cabanes perdues au fond des steppes? Mais dans ce cas, ils n'auraient pas le téléphone et ne répondraient pas aux sondeurs. Alors il faut en déduire que ces électeurs sont nos voisins: des gens ordinaires, qui tous, à un moment ou un autre de leur vie, profitent de ces politiques gouvernementales dont ils ne veulent rien savoir.

Les chiffres tombent en rafale.

Ipsos-Reid: 61 % des Canadiens pensent que les libéraux sont corrompus; 64 % croient qu'ils ne méritent pas d'être réélus... Mais 72 % pensent qu'ils seront réélus.

CROP: 85 % des Québécois ne croient pas Paul Martin quand il dit qu'il ne savait rien du scandale des commandites; 57 % (9 % de plus qu'il y a un mois) veulent changer de gouvernement... Mais c'est quand même Paul Martin qui devance ses rivaux (et de loin) lorsqu'on demande aux gens à qui ils feraient le plus confiance pour diriger le Canada.

Bref, un électorat partagé entre la fureur et la résignation. On voudrait bien se débarrasser des libéraux, mais faute de solution de rechange adéquate, on se résigne...

D'où le défi considérable qui attend Stephen Harper- le seul chef de parti qui a théoriquement des chances d'accéder au pouvoir. Il dispose d'à peine plus de cinq semaines pour: 1) se faire connaître; 2) se faire connaître sous son meilleur jour; 3) convaincre l'électorat qu'il mènera des politiques modérées et que son parti est vraiment devenu centriste.

Voilà une très grosse commande, sur laquelle on sera prudent de ne pas parier autre chose qu'un petit vin de pays du Languedoc à prix modique.

La meilleure blague de la pré-campagne: une boutade du chroniqueur télé du Globe and Mail. Parlant du bus qui transportera les équipes de la télévision de la CBC-SRC, John Doyle écrit qu'il faudra un second bus " pour transporter tous les ego ".

Le meilleur slogan: celui du Bloc. " Un parti propre au Québec ", voilà un message à double sens qui est simple et brillant.

La meilleure blague involontaire: " À comparer avec Mike Harris, Stephen Harper est un modéré! ", dixit Paul Martin, qui voulait évidemment dire le contraire.

La coiffure la plus désastreuse: celle de Stephen Harper, qui a l'air d'avoir un toupet artificiel même si ce n'est pas le cas.

Le meilleur plat: pour Paul Martin, c'est le " Kraft Dinner " (si c'est vrai, cela trahit-il un déplorable manque de goût, ou une personnalité juvénile en quête de " comfort food "?). Et les autres? Je dirais que Harper préfère le steak de boeuf (albertain); Layton, les mets chinois (sa femme est une Chow); et Duceppe, les cuisses de grenouilles, histoire d'assumer son caractère distinct de " frog ".

La décision la plus bizarre: celle de déclencher les élections au moment où le parti au pouvoir est au plus mal dans les sondages.

Le rire le plus sonore: celui de Jean Chrétien contemplant le pétrin dans lequel se trouve Paul Martin. La vengeance, contrairement au Kraft Dinner, est un plat qui se mange froid



Engagement politique, prise 2

Solange Lévesque
Le Devoir mercredi 26 mai 2004

L'acteur Maka Kotto est candidat du Bloc québécois parce que «face à l'injustice, le citoyen que je suis ne peut rester passif»

Camerounais d'origine et père de quatre enfants, l'acteur Maka Kotto a étudié la réalisation cinématographique, le droit et les sciences politiques. L'implication sociale et l'engagement politique sont, pour lui, incontournables. L'acteur, cette fois, a jeté son dévolu sur le Bloc québécois, dont il défend les couleurs dans le comté Saint-Lambert.

Deux rencontres ont présidé à l'établissement de Maka Kotto au Québec. «En 1989, à Paris, j'ai rencontré Dany Laferrière qui m'a invité à le suivre ici pour jouer dans un film. Le facteur humain m'a convaincu; j'ai trouvé au Québec une chaleur humaine parente de celle qu'on trouve en Afrique et dans la francophonie en général.» Autre rencontre: l'acteur Julien Poulin. «Il m'a initié aux enjeux de la souveraineté.» Spectateur attentif au début, Maka Kotto a rapidement saisi la situation politique du Québec. «Je me suis impliqué sur le plan social, car face aux injustices, le citoyen que je suis ne peut rester passif. Je n'aime pas que mon destin soit orchestré par des gens qui se moquent de ma condition d'être humain conscient. Si on ne s'implique pas concrètement, alors on est complice.»

Maka Kotto se décrit comme un humaniste. «La solidarité sociale m'inspire. J'ai rencontré ici une ouverture d'esprit qui m'a incité à m'enraciner. Je suis un homme de causes plus que de pouvoir. La justice, l'équité et une compassion indépendante des religions m'importent.»

Il se sent de la même famille spirituelle que Dominique Payette. «Elle fait un travail formidable pour faire connaître le continent africain et elle est, à mes yeux, une missionnaire post-moderne ouverte au monde et à son monde. Son impact sera visible dans une ou deux générations.»

Les questions de la laïcité et de la citoyenneté sont cruciales pour les néo-Québécois. «Nous qui venons d'ailleurs, qui sommes-nous? Il y avait un flou, une peur à ce sujet lors du référendum de 1995.» Beaucoup de choses restent à expliquer et ce défi passionne Maka Kotto, pour qui la souveraineté n'est pas un projet d'exclusion mais d'inclusion. «Le danger, c'est le radicalisme. Il faut garder de la hauteur et un esprit critique.»

Du PQ au BQ

Il ne s'agit pas de la première incursion de Maka Kotto en politique; il s'était déjà présenté pour le PQ dans le comté de Viau, «en kamikaze». «Une cause peut être défendue par plusieurs entités. Se déplacer à l'intérieur de ces entités n'est pas une contradiction. Je veux défendre le Québec comme je défendrais ma maison; le PQ et le Bloc sont les meilleurs architectes de la "maison-Québec" de demain, affirme-t-il. Je m'oppose aux tentatives de colonialisme culturel qui entraînent une dépossession de soi... Je veux un Québec qui soit une maison solide où règnent l'équité et l'acceptation des autres dans leurs différences. Il faut limiter ce qui nous empêche d'aller vers l'autre. C'est pourquoi je suis pour une laïcité qui ne brime pas les identités.»

Pouvoir vivre en français au Québec constitue un facteur central pour lui. «Cette langue véhicule une culture que j'aime. Tant que le Québec demeure sous curatelle, il est fragile comme un oiseau aux ailes plombées qui ne peut se projeter dans l'avenir. Les besoins sont au Québec et les moyens, à Ottawa; l'intrusion du fédéral dans les champs de compétence provinciaux est inacceptable.»

Maka Kotto comprend que les immigrants aient besoin de temps et d'explications. «Le fédéral dispose d'instruments publicitaires très puissants; c'est en vivant ici que l'on comprend. La souveraineté est inscrite à l'horizon. Elle a été expliquée, mais son arrière-plan, pas suffisamment. L'histoire qui conforte les gens dans une conscience d'eux-mêmes n'est pas enseignée à l'école.» Les Américains et les Français connaissent leur histoire; pourquoi pas nous? demande-t-il. «Dans les moments critiques, les Québécois sont comme un arbre sans racines. La souveraineté est un objectif urgent. En attendant, le Bloc représente un choix stratégique. Ses députés sont nos vigies.»

«Au delà des turpitudes politiques, la chose la plus grave actuellement, c'est la destruction progressive de notre planète», souligne Maka Kotto, pour qui l'obsession pour la croissance est incompatible avec la protection de l'environnement. «Il faut en devenir conscient. J'observe Paul Martin; je vois sa tentation du côté de Bush et cela ne laisse présager rien de bon quant à l'environnement, aux droits de la personne et aux droits civiques. Donnons-nous un pays et prenons nos décisions en démocrates. On est vraiment différents: assumons-le!»



Ça va bien ou ça va mal?

Pierre Fortin
L'auteur est professeur à l'Université du Québec à Mon tréal. Nous pu blions ici un ex trait de la causerie qu'il a prononcée le 6 mai devant les membres de l'Association des économistes québécois.
La Presse mardi 25 mai 2004

Forum - Reconnaissons que le Québec a grandement progressé depuis 20 ou 40 ans, mais qu'il a encore des croûtes à manger

Pour discuter de la prospérité future du Québec, il faut d'abord s'entendre sur un diagnostic de la situation économique actuelle. Il y en a deux en circulation: un diagnostic à la Cassandre, cette figure mythologique selon laquelle tout va mal et va continuer d'aller mal, et un autre à la docteur Pangloss, ce personnage de Voltaire selon lequel tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mon propos va chercher à démontrer que les Cassandre noircissent exagérément la situation, mais que, néanmoins, les docteur Pangloss ont tort d'affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes au Québec.

Je suis en désaccord avec la stratégie de noircissement des Cassandre pour deux raisons. La première en est une de principe: ne pas dire la vérité n'est jamais une bonne stratégie- je tiens ce précepte de ma mère. La seconde raison est pratique: répéter sans arrêt que la performance économique du Québec est " poche " dans toutes ses dimensions va décourager nos concitoyens d'agir plutôt que les inciter à l'action.

La bonne stratégie à mes yeux est de reconnaître que le Québec a grandement progressé depuis 20 ou 40 ans, mais qu'il a encore des croûtes à manger et qu'il doit prendre les moyens d'aller plus vite non plus pour dépasser l'Ontario, mais pour rejoindre ses grands partenaires économiques du nord-est des États-Unis. La reconnaissance des progrès accomplis est précisément ce qui justifie l'espoir que la tâche soit effectivement réalisable.

Réflexe de république de bananes

Cela dit, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes au Québec. À commencer par notre réflexe de république de bananes, hérité de Taschereau et de Duplessis, qui nous porte à faire des mégacadeaux aux multinationales des ressources naturelles. Le dernier exemple en ligne est celui du projet d'expansion d'Alcoa, à Deschambault. Suivant machinalement la pratique des gouvernements précédents (libéraux comme péquistes), le gouvernement Landry a promis à cette compagnie une subvention d'une valeur totale de 2 milliards si elle investit 1 milliard pour créer 250 emplois dans Portneuf.

Il y a ici deux problèmes. Le premier, c'est qu'une subvention de 2 milliards pour un investissement de 1 milliard, ce n'est pas fort comme effet de levier. Le second problème, c'est qu'une subvention de 2 milliards pour créer seulement 250 emplois, ce n'est pas fort non plus, quand on sait qu'en moyenne, au Canada, un montant de 2 milliards en investissement manufacturier est capable de soutenir 20 000 emplois, soit 80 fois plus. En d'autres mots, 20 000, c'est le nombre d'emplois que nous pourrions créer en investissant les 2 milliards ailleurs.

Ça n'a tout simplement pas de bon sens de gaspiller la richesse des Québécois en mégasubventions à des multinationales qui ne créent presque pas d'emplois et qui, au surplus, bouffent chaque année des milliards de kilowatt-heures au moment même où Hydro-Québec commence à flirter dangereusement avec les limites de sa capacité.

L'immobilisme

Passons au problème national numéro un, la santé. Nous avons perdu le contrôle de la situation dans ce secteur. La multiplication des nouvelles molécules et les progrès de la chirurgie font augmenter les coûts à la vitesse des bottes de sept lieues. Le vieillissement des baby-boomers nous en promet encore plus d'ici 10 ans. Au rythme de croissance actuel, carrément insoutenable, la santé bouffera dans 20 ans les 3/4 du budget du Québec. Il restera encore quelques polyvalentes à transformer en hôpitaux, et plus rien pour aucun autre ministère. Tout cela est parfaitement prévisible.

Face à cette contradiction évidente, la seule stratégie apparente de nos gouvernements consiste à attendre l'argent fédéral (le déséquilibre fiscal engendre l'immobilisme), à brasser un peu les bureaucraties médicale, syndicale et administrative, et à affamer tout le reste du secteur public pour financer la croissance en santé. La simple addition de 1 milliard au budget de la santé cette année équivaut à une fois et demie le budget total du développement économique.

Pourtant, plusieurs vieux pays ont connu ce type de stress bien avant nous et ont trouvé la solution: un système dual public-privé qui garantit l'accès aux soins tout en réprimant les excès de la demande. Pourquoi, au Québec, juge-t-on que le secteur privé est permis et fait du bon travail en éducation, mais qu'il est interdit et dangereux en santé?

L'omerta de la construction

En matière de croissance économique, l'investissement est le nerf de la guerre. Mais, pour avoir lieu au Québec, l'investissement doit être plus rentable à faire ici qu'ailleurs. Or, premièrement, il est de plus en plus coûteux d'investir au Québec parce que les coûts de construction sont plus élevés et plus imprévisibles qu'ailleurs. Est-il normal qu'une grande surface coûte 10 % plus cher à construire à Trois-Rivières qu'à Etobicoke, alors que le salaire moyen est 10 % plus bas au Québec qu'en Ontario? Est-il normal que les grands projets finissent par coûter systématiquement deux fois plus cher que prévu au départ? Y a-t-il une stratégie pour ausculter notre industrie de la construction, briser l'omerta qui l'entoure et comprendre ce qui ne marche pas dans le système? Est-ce qu'une autopsie du flop de la Gaspésia va suffire? Est-ce que ce flop résulte seulement des malversations de quelques mauvais garçons ou des erreurs d'un gestionnaire incompétent, ou est-il la conséquence d'un système qui est à revoir au complet?

La question, en fait, a une portée beaucoup plus générale que le secteur de la construction. Il s'agit de nous interroger sérieusement sur notre complaisance passée à accorder beaucoup de pouvoir économique à certains groupes pour diverses raisons en s'imaginant que ces groupes, et leurs successeurs, vont utiliser ce pouvoir pour le bien-être de la collectivité plutôt qu'à leur avantage propre. Il n'y a pas beaucoup de principes fondamentaux en science économique, mais il y en a un qui domine tous les autres: le monopole est intrinsèquement pervers, et la concurrence lui est toujours préférable pour protéger la société contre les abus.

Revenons à la rentabilité d'investir. Il est, deuxièmement, de plus en plus coûteux et imprévisible de transporter des marchandises à travers le Québec parce que le réseau routier n'a pas été entretenu et développé normalement, et qu'à l'ère du " juste à temps " les régions éloignées sont mal connectées aux grandes autoroutes continentales. Avez-vous déjà essayé de respecter un horaire en roulant à la queue-leu-leu entre Amqui et l'Isle-Verte ou entre Grand-Remous et Labelle? Quel degré d'atrophie de notre activité manufacturière en région et quel degré de concentration à Montréal cela prendra-t-il avant qu'on en prenne note?

Troisièmement, en matière de fiscalité, on prévoyait financer une réduction générale du fardeau fiscal des entreprises en coupant l'aide ciblée. Qu'est devenu ce plan de match? Les subventions et les crédits d'impôt sélectifs ont bien diminué, mais le fardeau fiscal n'a guère bougé. La stratégie a-t-elle changé ou s'agit-il plutôt d'un report en raison du manque d'argent? Ma crainte ici est qu'on supprime le second volet de la stratégie sous prétexte qu'alléger la fiscalité des entreprises équivaudrait à abaisser les impôts des riches.

Pourtant, les entreprises sont de pures machines à créer de l'emploi, et c'est dans cette optique qu'il faut envisager leur fiscalité propre. Des entreprises moins taxées investissent plus et créent plus d'emplois et de richesse. On peut toujours rattraper les riches à l'impôt sur le revenu. De toute façon, je n'ai pas besoin de vous faire de dessin pour vous convaincre qu'au Québec, les riches, on les rattrape d'aplomb.



Le scandale des commandites et le Québec
- L'ambivalence au service de la raison d'État

Benoît Dubreuil
Candidat au doctorat en science politique à l'Université libre de Bruxelles
Le Devoir samedi 22 et dimanche 23 mai 2004

Le scandale des commandites a fait couler beaucoup d'encre, tellement que les analyses sérieuses se sont souvent retrouvées noyées dans le flot des horreurs qui parvenaient jusqu'à nous.

Il y a quelques semaines, Jacques Beauchemin présentait un texte («Les leçons à tirer du mépris», Le Devoir, 29 avril 2004) dans lequel il faisait le point sur le caractère précisément antidémocratique de ce scandale. Le sociologue s'offusquait de l'incroyable mépris contre la démocratie et contre les institutions québécoises déployé à Ottawa.

Deux semaines plus tard, l'historien Jocelyn Létourneau répondait («L'affaire des commandites - Méprises sur un scandale», Le Devoir, 12 mai 2004) à M. Beauchemin en affirmant qu'on pouvait bien déplorer le scandale mais qu'il ne fallait pas jouer aux victimes non plus. C'est le caractère profondément non charitable et politiquement inopportun de l'intervention de M. Létourneau qui m'incite aujourd'hui à intervenir.

Bien sûr, celui-ci critique les malversations, les procédures illégales, mais Paul Martin et Stephen Harper n'en font pas moins. Ce n'est pas là-dessus qu'insistait Jacques Beauchemin. Le problème se trouve ailleurs, et le professeur Létourneau est suffisamment fin renard pour savoir qu'il tait l'essentiel : comment comprendre que des contrats politiques soient donnés pour combattre à l'aide de fonds publics un mouvement que la vaste majorité des Québécois considère comme légitime et démocratique ? Les souverainistes sont-ils devenus des ennemis intérieurs contre lesquels peut se déployer la pleine puissance de l'État fédéral ?

Pour les Québécois, il s'agit d'un problème fondamental parce qu'il témoigne d'un profond mépris non seulement envers les souverainistes mais également envers l'Assemblée nationale du Québec et les institutions politiques québécoises en général.

Jocelyn Létourneau cherche à se dédouaner en expulsant le véritable problème hors du débat : le fait que le gouvernement du Canada, depuis plus de 30 ans maintenant, cherche à miner le mouvement et le projet souverainistes au Québec est évident. «Si cette entreprise agace, déplaît quand elle procède d'un coup de force et dégoûte carrément lorsqu'elle devient illégale, elle ne devrait pas surprendre», écrit-il. Nous ne sommes pas surpris, nous refusons tout simplement de voir les institutions québécoises méprisées, de voir notre légalité foulée aux pieds par une volonté politique qui veut nous faire taire.

Selon le professeur Létourneau, Jacques Beauchemin propose une interprétation farfelue de l'histoire du Québec qui renoue avec la tendance naturelle des Québécois (sic !) pour la victimisation. À l'écouter, on pourrait croire que les souverainistes souffrent d'une maladie mentale qui les empêche d'évaluer de manière pragmatique et raisonnable le contexte politique dans lequel ils évoluent.

Pourtant, la thèse de Jacques Beauchemin était limpide : l'utilisation de fonds discrétionnaires par l'État fédéral pour combattre l'option souverainiste s'oppose au sens commun démocratique d'une très vaste majorité de Québécois. Ceux-ci, sans être nécessairement en faveur de l'indépendance, reconnaissent au Québec son droit à la pleine autodétermination et à l'option souveraineté sa plus complète légitimité. En ce sens, l'utilisation de fonds spéciaux contre les souverainistes est non seulement douteuse d'un point de vue déontologique mais antidémocratique d'un point de vue politique.

Je comprends mal où se trouve la «victimisation» là-dedans (argument suprême de Létourneau contre l'indépendance du Québec). Malgré les malversations, malgré les entorses à la loi québécoise sur les consultations populaires, les souverainistes ont accepté la défaite référendaire de 1995. La preuve en est qu'ils n'ont pas déclaré unilatéralement l'indépendance après le scrutin. Le registre du débat n'est donc pas celui de la victime et du bourreau. Je ne vois pas ce qu'il y a de particulièrement «victimaire» du côté des souverainistes à ne pas vouloir être considérés comme des «ennemis intérieurs» alors que notre projet politique s'inscrit dans une démarche démocratique exemplaire.

Il n'est pas nécessaire d'être un spécialiste de la stratégie pour comprendre l'enjeu : on ne procède pas de la même façon lorsque notre adversaire reconnaît en nous un acteur démocratique que lorsqu'il nous méprise et cherche à nous éliminer. Alors que la vaste majorité des Québécois se sentent méprisés par les dérapages profondément antidémocratiques du gouvernement fédéral, Jocelyn Létourneau a jugé bon de prendre la plume pour leur rappeler qu'ils ne doivent pas jouer les victimes. Par ce fait, il fait preuve d'une complaisance qui, espérons-le, demeurera marginale chez nos concitoyens.



Crise irakienne : Les pistes d'action existent (Claude Roquet)

Claude Roquet : Ancien représentant du Canada puis du Québec à l'étranger
Le Devoir mardi 25 mai 2004

ÉTHIQUE ET RELIGION - La crise irakienne met en cause l'avenir de la région et l'évolution de l'Islam, les rapports de l'Occident avec le monde arabe et musulman, les intérêts de la communauté internationale tout entière. Que faut-il prévoir? Pour résoudre la crise, que faut-il faire?

Washington fait miroiter un échéancier un peu illusoire, axé sur un transfert de souveraineté à l'Irak le 30 juin. [...] Mais cette souveraineté sera fragile et floue. L'occupation américaine se poursuivra, Washington conservant l'entier contrôle militaire et politique de ses troupes et se réservant des pouvoirs non encore définis sur les forces de sécurité irakiennes et sur le processus politique. [...] De plus, on ne peut exclure la possibilité de dérapages militaires de la coalition susceptibles de déclencher un soulèvement généralisé, risque qui a paru bien voisin récemment. Enfin, les scandales d'Abou Ghraïb n'ont pas fini d'enflammer l'opinion irakienne, de conforter les terroristes et d'affaiblir le prestige de l'option démocratique. La résistance irakienne, de son côté, paraît résolue à empêcher le gouvernement américain de présider à la définition de l'Irak de demain et de s'incruster militairement tout en réduisant son effectif et ses risques. Le thème de l'occupation, des bases et des pactes militaires éveille dans le monde arabe des souvenirs politiques amers. La rhétorique de Moqtada al-Sadr soulève contre cette même occupation des sentiments religieux puissants, hostiles à l'intrusion en terre musulmane (dar al Islam) des armées de puissances «infidèles». [...]

Élection de novembre On peut donc prévoir la poursuite ou l'escalade de la résistance armée après le 30 juin, à l'encontre du scénario américain et du nouveau pouvoir irakien. D'autant plus que pour les insurgés, l'élection présidentielle de novembre 2004 est un rendez-vous à ne pas manquer, dans l'espoir d'user la volonté politique américaine et de contribuer à la chute de Bush. Même l'élection de Kerry n'amènerait pas automatiquement un apaisement, au moins de la part de ceux qui voudraient forcer un départ américain précipité pour se saisir du pouvoir par la force. Ceux-là veulent empêcher tout apaisement. Mais les États-Unis ne peuvent quitter l'Irak brutalement, ce qui pourrait déclencher une guerre civile entre résistants sunnites, milices chiites, milices kurdes et terroristes internationaux et pourrait même provoquer une intervention de la Turquie et de l'Iran. Kerry, comme Bush, exclut qu'on abandonne précipitamment a failed Irak. Un tel effondrement ne se concevrait que si jamais la coalition faisait face à une insurrection irrépressible et généralisée. Ce qu'on peut espérer de mieux, c'est que Washington se prête loyalement à un processus de transition graduelle entre son occupation et une vraie souveraineté politique et militaire de l'Irak, appuyée par l'Onu. Transition qui s'annonce, dans les meilleures conditions, comme ardue et périlleuse. Car le problème, presque un dilemme, c'est qu'il est difficile d'apaiser la situation à cause de la présence militaire américaine, et impossible de le faire sans elle.

Que faire? L'échéancier réel se déroulera surtout en 2005 et débordera sur 2006. D'ici là, il incombera aux États qui ne font pas partie de la coalition de tout faire pour renforcer les possibilités d'apaisement en Irak [...] par des prises de position fermes, au risque que certaines indisposent le partenaire américain.
- Le Conseil de sécurité devrait affirmer, le plus tôt possible, le principe d'un retrait ordonné mais complet de toutes les forces de la coalition, ceci afin d'exclure toute crainte du maintien d'un protectorat en douce par les États-Unis.
- Le Conseil prévoirait le remplacement graduel de la coalition par des forces irakiennes qu'il faudra constituer et que viendrait appuyer une force de l'Onu; force où des pays musulmans prendraient une place significative et dont seraient exclus les membres de la coalition et les États voisins de l'Irak, trop directement intéressés.
- Le transfert à l'Irak (et à l'Onu) du contrôle présentement exercé par la coalition sur les forces de sécurité et l'embryon d'armée irakiennes comportera des risques et des difficultés considérables de part et d'autre; viendra néanmoins le moment où ce transfert devra avoir lieu et où les États tiers et l'Onu devront surmonter leur hésitation présente, fort compréhensible, et accepter d'exposer leurs troupes et leur autres intervenants (de reconstruction et de tâches humanitaires) dans un environnement encore difficile.
- Bien que l'aménagement d'une telle transition ne puisse être défini à présent, la force de l'Onu n'interviendrait en toute hypothèse que parallèlement aux forces de la Coalition et non sous elles, tant que leur présence coïnciderait sur le territoire irakien.
- Puisque l'espèce de guerre que fait Sharon aux Palestiniens envenime le climat dans toute la région, les États occidentaux devraient intervenir vigoureusement auprès de Sharon et de Bush en la matière et en vue d'un règlement négocié d'une crise interminable et délétère pour toutes les parties.
- Les États, ceux d'Occident notamment, devraient se montrer prêts aux sacrifices financiers requis pour assurer la transition et la reconstruction et pour conforter un pouvoir irakien légitime et crédible, conscients que la démocratie irakienne demeurera longtemps fragile et menacée.

Le pouvoir irakien aura besoin de l'appui de l'opinion mondiale pour maintenir un équilibre difficile entre les trois grandes composantes politiques du pays, ses deux composantes religieuses majeures et les exigences d'un régime de droit face aux tentations théocratiques. C'est dans ce sens que, dans les mois qui viennent, pourrait s'exprimer l'opinion québécoise, y compris les milieux politiques et le Bloc québécois, opinion dont le rôle s'est avéré significatif dans le passé en faveur de la paix en Irak.



TRIBUNE LIBRE

Peoplehood and partition

Jonathan Kay
National Post Monday, February 15, 1999

For several days in January, Montreal's radio stations broadcast paid advertisements featuring a certain Claude Gauthier -- a man identifying himself as a spokesman for the 50th anniversary of Quebec's fleur-de-lis. The beauty of Quebec's defining symbol, Mr. Gauthier told his listeners, is "it identifies us and brings us together as a people, regardless of our place of origin, our language or our convictions."

That was news to me, of course. Though I am a 30-year Quebec resident, I would not put the fleur-de-lis on my list of personal symbols. The Maple Leaf? Yes. The Star of Zion? Perhaps. But the fleur-de-lis? I don't think so.

On the other hand, I appreciated the gesture. Unlike Jacques Parizeau, the former premier, and many other members of Quebec's anglo- and ethno-phobic brain trust, Mr. Gauthier at least had the good manners to play the game of pretend pluralism. Under Mr. Gauthier's politely inclusive conception, the fleur-de-lis is a symbol all Quebecers can call their own -- even me.

What is most interesting, however, is that French media types have come to cite the existence of a peuple Quebecois in such an off-hand manner. This represents an important psychological victory for the province's separatists, who for years have been self-consciously citing the notion of a Quebec "people" in an effort to impart an anti-colonial moral legitimacy to their cause. Undergirding the separatist approach is the idea that, like Kosovo's ethnic Albanians or Turkey's Kurds, Quebecers are a wronged people, bound by blood, and thwarted by borders. It has proved to be an effective appeal. In fact, the 1995 referendum on Quebec independence nearly passed on its strength.

But let's ignore the separatists' motivations for a moment. On the facts, the idea of a peuple Quebecois is not entirely baseless. If a claim to peoplehood can be justified merely by reference to a common culture, a shared vernacular, and a mythologized homeland, then Quebec's francophones would seem to make at least a prima facie case. While it so happens that I do not treat the fleur-de-lis as a self-identifying symbol, there are millions of Quebecois who do -- especially in Quebec's unicultural backwaters like Jonquiere, Abitibi, Chicoutimi, and the Saguenay.

Where Montreal, the economic and demographic nucleus of Quebec, is concerned, however, things are different. The city is modern, multilingual, multicultural, Internet-savvy, federalist (mostly), and intimately entangled -- both commercially and culturally -- with other parts of North America. Montrealers define themselves primarily by employment, education, peer group, and language. Unlike their rural colleagues, their sense of self is no longer based on a romantic attachment to the land or its fruits.

In other words, if it is true that Quebec can be defined by the idea of peoplehood, then it is a province that contains two people, not one -- and the line between the two is defined as much by urban sophistication as by language. When separatists talk of a peuple Quebecois, they are mostly talking about the peuple who have not yet joined the post-industrial world -- the pure laine francophones of Quebec's hinterlands.

As a result, Montreal provokes mixed emotions among nationalists. On the one hand, they need Montreal -- because they have little desire to inherit a country stripped of its economic engine by the forces of partition. On the other hand, the heterodox attitudes of the city's inhabitants are disgusting to hardcore nationalists. To persist in their fantasy of pan-Quebec nationalism, they must evince a willful blindness to the real character of Montreal.

And here we get to the real political significance of the whole idea of a peuple Quebecois. If the separatist argument for a sovereign Quebec is predicated on the idea of peoplehood, then it contains within itself a wholly-formed argument for partition -- because, in many ways, Montreal is as culturally distinct from the rest of Quebec as the rest of Quebec is from the rest of Canada. Un peuple Quebecois? Sure, but don't forget the peuple Montrealais.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

BIENVENUE À OPTION CITOYENNE

Patrice Boileau
Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
Propos personnel
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

Il est toujours heureux de voir apparaître dans le paysage politique d’une nation un nouveau parti, encore plus si celui-ci vise l’équité sociale. Signe de santé démocratique, l’avènement d’une nouvelle formation force également les autres à se ressourcer. Ce qui n’est pas mauvais non plus.

Le Parti québécois semble, à première vue, celui qui a le plus à perdre avec l’arrivée de l’équipe de Françoise David. La clientèle péquiste se compose de gens qui veulent voir l’État québécois jouer un rôle actif de manière à générer de la richesse pour ensuite être redistribuée le plus efficacement possible dans la collectivité. Ce modèle de développement ressemble à celui d’Option citoyenne. Or, comme le Parti québécois s’est brûlé les doigts à la tête d’une Assemblée nationale affaiblie par le déséquilibre fiscal, il n’a pu donner pleinement l’image d’un gouvernement social-démocrate comme il l’aurait aimé. Pour plusieurs, malgré la responsabilité évidente d’Ottawa qui musèle l’État québécois financièrement, le Parti québécois a dégagé, lorsqu’il a formé le gouvernement, des relents néolibéraux. Ces progressistes déçus pourraient joindre les troupes de madame David.

La porte-parole d’Option citoyenne jouit actuellement d’un solide capital de sympathie et de crédibilité au Québec. Sa virginité politique lui confère une « auréole » que les autres n’ont pas, de par leurs années passées au pouvoir. Option citoyenne, face à l’impasse politique qui caractérise les rapports Québec-Canada, particulièrement ceux qui ont suivi l’événement de 1995, présentera une alternative intéressante pour de nombreux Québécois désireux d’essayer autre chose.

Au moment de présenter Option citoyenne aux médias le 18 mai dernier, Françoise David a lancé quelques flèches aux partis rivaux. Ce geste tout à fait normal en politique partisane visait aussi le Parti québécois, principal rival puisqu’il courtise la gauche québécoise. Elle a défié les péquistes de prouver qu’ils sont réellement des sociaux-démocrates. La Saison des idées fut également quelque peu égratignée parce qu’aux yeux de madame David, « l’exercice donne l’impression de chercher uniquement à fixer la date du prochain référendum ».

Ce dernier commentaire laisse perplexe. Est-ce à dire que Françoise David songe à employer un autre moyen démocratique pour réaliser la souveraineté? Car celle-ci est essentielle pour qu’Option citoyenne réalise pleinement son programme politique, de supputer timidement une Françoise David soucieuse de ne rien imposer aux autres. Car le fédéralisme canadien est incapable de se réformer profondément de manière à doter le Québec des outils nécessaires à son développement, a-t-elle rajouté, en entrevue radiophonique la même semaine. Désireuse de ne pas faire de l’indépendance son principal objectif, l’ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec aurait intérêt à laisser les gens trancher librement, quand ils le voudront, lors d’une élection gagnée à la majorité absolue. Sans l’obtention de celle-ci, un gouvernement d’Option citoyenne essayerait, à l’intérieur des contraintes imposées par le cadre fédéral actuel, de façonner le Québec à l’image de ses valeurs. Il risque de peiner et, comme les autres, finira par décevoir faute de pouvoir faire sentir rapidement que le Québec s’améliore.

Chose certaine, l’emploi d’un mode d’accession plus souple à l’indépendance politique ajouterait à la différence que le parti de Françoise David veut présenter aux Québécois. Il serait surtout susceptible d’attirer un grand nombre de souverainistes qui ont boudé le dernier scrutin, convaincus qu’il n’y avait aucun réel changement de proposé. Hériter de cette « prime de l’abstention » -- elle constituait 30% de l’électorat québécois en 2003 — s’avère incontournable pour l’envol d’Option citoyenne en vue de l’élection générale prévue vers 2007. Ce geste ébranlerait aussi l’équipe péquiste.

Le Parti québécois devra tenter un rapprochement avec l’équipe de Françoise David. Un de plus, avouons-le, car il ne fait aucun doute que des tractations ont eu lieu pour l’attirer afin d’empêcher la création du nouveau parti. Une alliance demeure possible certes, mais devra comporter comme monnaie d’échange un engagement formel de réformer le mode de scrutin. L’adoption d’une démarche souverainiste élective par Option citoyenne pourrait donc lui permettre d’atteindre plus rapidement ses objectifs fondamentaux, puisqu’elle aura comme effet d’inciter les péquistes à venir à sa rencontre pour discuter. N’est-ce pas là que le bien commun recherché pourrait se trouver?



TRIBUNE LIBRE

LES NÉO-DÉMOCRATES ET LEUR CHEF :
FAUX FÉDÉRALISTES PARCE QUE VIEUX GAUCHISTES

Guillaume Rousseau
Chercheur en droit constitutionnel
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

À l’heure où approche à grands pas l’élection fédérale, il convient de se demander quels choix s’offrent aux progressistes québécois. Alors que tout naturellement la majorité d’entre eux voteront pour le Bloc, plusieurs s’apprêteraient plutôt appuyer le NPD selon les derniers sondages où ce parti récolte environ 10 % des intentions de votes au Québec. D’ailleurs, Martin Duval les invitait à agir ainsi dans un texte publié sur www.vigile.net il y a quelques jours, en prétendant que le NPD pourrait défendre les intérêts du Québec. Or, un bref examen de la problématique nous amène à conclure que le NPD ne comprend pas le Québec.

Quand derrière l’asymétrie se trouve le statu quo

Lorsqu’il est question de la fédération canadienne, il est bon de se rappeler certains principes théoriques nécessaires à un véritable fédéralisme. Par exemple, pour qu’une véritable fédération fonctionne, il doit y avoir un équilibre dans le partage des pouvoirs et des ressources. Au Canada, cet équilibre n’existe pas car il y a un déséquilibre fiscal et une Cour Suprême, dont les juges sont nommés par le fédéral, qui favorise indûment le pouvoir central en étendant sans cesse ses champs de compétences. De plus, les États fédérés doivent pouvoir influencer les institutions centrales, souvent grâce à un Sénat les représentant, comme c’est le cas avec le Bundesrat allemand. Malheureusement, comme les sénateurs canadiens sont eux aussi nommés par Ottawa, ils sont complices des intrusions fédérales alors qu’ils devraient être les protecteurs des pouvoirs provinciaux. À la lumière de ces principes, il apparaît que la Constitution canadienne ne respecte pas la théorie fédérale. C’est là une des causes du malaise québécois et de la crise de l’État providence malade de l’hyper-centralisation bureaucratique.

Devant cet état de fait, tout vrai fédéraliste conviendrait qu’il faut remédier à cette situation, mais les néo-démocrates québécois se contentent de prôner un fédéralisme asymétrique. Il va sans dire que ce concept n’engage à rien, car le fédéralisme canadien est déjà asymétrique puisqu’il prévoit des exceptions pour le Québec telles le droit civil, la Régie des rentes, l’impôt provincial, etc. La vraie question est donc de savoir s’il est possible de pousser plus loin en concédant davantage de pouvoirs au Québec et en transformant le Canada pour qu’il devienne une véritable fédération équilibrée, ce qui requiert des amendements constitutionnels. Or, le chef du NPD, Jack Layton, a déclaré que son parti n’avait pas l’intention de modifier la Constitution car, et je cite : « …les citoyens partout au Canada ne veulent pas en entendre parler ». La même insensibilité à l’égard du Québec est ressorti lorsque ce dernier a dit qu’il n’était pas question de discuter d’un transfert de points d’impôts aux provinces. Autrement dit, le Québec doit rentrer dans le rang en acceptant le statut-quo car tel est la volonté du Canada et ce n’est pas le NPD qui va infléchir cette volonté.

Quand égalitarisme rime avec nationalisme

Évidemment, les partisans du NPD disent qu’ils veulent respecter les compétences provinciales. Cependant, lorsqu’ils dévoilent les priorités qu’aurait un gouvernement fédéral néo-démocrate, soit notamment la santé et l’éducation, deux domaines qui relèvent des provinces, on comprend qu’il y a là une contradiction. Parfois, ils précisent qu’il s’agirait seulement d’établir des objectifs que les provinces devraient respecter. Par contre, il ne leur est jamais venu à l’esprit que le fédéral devrait respecter des objectifs fixés par les provinces dans ses juridictions. Il y a donc deux poids, deux mesures et une tendance qui transforme le Canada en un État unitaire. Et c’est logique, car comme ils souhaitent l’égalité entre tous les Canadiens, notion qu’ils confondent avec uniformité, ils désirent des bons vieux programmes sociaux identiques from coast to coast susceptibles de renforcer leur sentiment national. Il va sans dire que cela laisse bien peu de place pour la spécificité québécoise, le vrai fédéralisme et la gauche moderne soucieuse d’efficience.

Si les intentions du NPD sont inquiétantes d’un point de vue québécois, ses agissements du passé sont carrément alarmants. En effet, les néo-démocrates étaient en faveur du rapatriement unilatéral de la Constitution, qui a réduit les pouvoirs du Québec, et de l’Entente-cadre sur l’Union sociale, qui a officialisé le pouvoir de dépenser du fédéral et son corollaire le déséquilibre fiscal. De plus, il y a eu le torpillage de l’accord du Lac Meech rendu possible grâce à Elijah Harper, un député néo-démocrate. Toutes ces positions égalitaristes étaient contraire à l’esprit fédératif et avaient pour but de renforcer le nationalisme canadien. À ces erreurs du passé, s’est ajouté plus récemment un vote en faveur de la Loi sur la clarté et un engouement pour le rapport Romanow, un document qui a été dénoncé unanimement par l’Assemblée nationale à cause de ses visées centralisatrices. La liste pourrait s’allonger à l’infini, mais je me contente de souligner qu’il est révélateur de les entendre parler de la nation québécoise alors que leur parti appui le multiculturalisme, politique en vertu de laquelle les Québécois ne sont qu’une ethnie parmi la mosaïque canadienne, et est silencieux concernant le nécessaire respect de la loi 101 par le gouvernement fédéral.

Quand la critique cache l’opportunisme

Il faut tout de même reconnaître aux néo-démocrates que s’ils suivent souvent les libéraux et leur demandent même d’empiéter davantage sur les juridictions provinciales, parfois, dans des domaines strictement fédéraux, ils les critiquent bien. Dans des dossiers comme ceux de l’assurance-emploi, ils font flèche de tout bois. Cependant, il faut savoir que dans ces cas ils ne sont pas seuls, car le Bloc défend des opinions similaires. La différence majeure entre ces deux formations ne se trouve donc pas dans le degré de progressisme, mais plutôt dans leur option constitutionnelle car le Bloc veut sortir le Québec du cul-de-sac canadien, alors que le NPD veut l’enfoncer davantage.

Certes, les néo-démocrates prétendent qu’au contraire ils veulent prendre le pouvoir pour améliorer la fédération canadienne. Premièrement, ils devraient avoir l’honnêteté d’avouer que jamais ils ne formeront seuls le gouvernement, puisqu’ils n’ont jamais eu plus d’une quarantaine de sièges. Deuxièmement, au Québec un vote pour le NPD est un vote pour le PLC. En effet, comme seuls les candidats bloquistes peuvent défaire des Libéraux au Québec, un vote pour une formation autre que le Bloc profite au PLC. De plus, si le NPD a l’opportunité de former un gouvernement avec les Libéraux, il n’hésitera pas à le faire. La situation s’est déjà produite au début des années 70 et le gouvernement libéral/néo-démocrate dirigé par Pierre Elliott Trudeau s’est alors comporté comme un gouvernement socialiste, centralisateur et irresponsable en dépensant follement. Cependant, Jack Layton, un héritier de ce vieux gauchisme, pose aujourd’hui une condition à une éventuelle coalition avec Paul Martin. Il ne demande pas un transfert d’argent aux provinces pour leur permettre de faire un réinvestissement nécessaire dans les systèmes de santé et d’éducation, mais un mode de scrutin proportionnel. Évidemment, cette réforme profiterait à un seul parti majeur, le sien.

Bref, la question que devraient se poser les progressistes québécois est la suivante : voulons-nous un gouvernement libéral (quoique même si nous n’en voulons pas il risque d’être élu) et des chiens de poche du NPD pour le radicaliser, ou un gouvernement libéral et des chiens de garde Bloc pour le surveiller tout en proposant une alternative crédible, celle d’un Québec indépendant et efficacement solidaire?



TRIBUNE LIBRE

Défendre sa terre

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

Avec une sauvagerie digne des pires dictatures, Israël a réprimé dans le sang les manifestations pacifiques à Rafah. Sous le prétexte de découvrir des tunnels qui serviraient à faire passer des armes en provenance d’Égypte, l’armée israélienne, avec ses bulldozers, a détruit des centaines de maisons palestiniennes, condamnant ainsi des familles entières à la rue. Le tout sous l’appellation d’opération « arc-en-ciel ». Peut-on être plus cynique ? En guise d’excuses pour ces destructions et ces morts, l’armée invoque des « bavures » ! Des bavures ordonnées par des baveux comme le gros Sharon, peut-être ? Comme les assassinats ciblés de dirigeants « terroristes » exécutés à l’encontre du droit le plus élémentaire. Comme toujours, la communauté internationale condamne et demande aux assassins de cesser leur opération de nettoyage ethnique mais, comme pour les fois précédentes, les vœux pieux de l’ONU et de l’Union européenne sont insuffisants à faire entendre raison à ceux qui en sont dépourvus. Le droit international ne pèse pas lourd versus le droit du plus fort. Et le cow-boy de Washington, qui étonnamment, n’a pas bloqué une résolution du Conseil de sécurité contre son allié, justifie l’injustifiable par « le droit d’Israël à se défendre contre le terrorisme ». On la connaît depuis longtemps, celle-là…

Et le droit du peuple palestinien à vivre sur sa terre en toute liberté, il n’en parle pas ? Il préfère défendre un État voyou pour courtiser le vote ethnique juif à la veille des présidentielles de novembre plutôt que de défendre un peuple sans État ? Comme si les Palestiniens n’avaient aucun droit sur cette terre, comme s’ils étaient des intrus vivant sur une propriété privée, sur la terre du « peuple élu ». Le peuple élu par qui ? Par un dieu imaginaire qui a mené les Hébreux esclaves à la « terre promise » avec pouvoir et autorité sur quiconque y vivait avant ou voudrait y vivre à l’avenir? Ce terme de « peuple élu » sent un peu beaucoup la suprématie raciale, comme la « race des seigneurs » sous le IIIe Reich ou les « Premières Nations » d’Amérique du Nord. Les Québécois seraient-ils la « deuxième nation », avec l’obligation de se soumettre à ceux qui sont venus avant nous, au « peuple élu » par le Grand Manitou ? Serions-nous des indésirables nous aussi, ayant bâti notre nation sur leur « terre promise » ?

Les Juifs d’Israël ou de la diaspora qui applaudissent à la mise au pas des « indésirables » Palestiniens semblent oublier que le peuple juif a aussi été considéré comme « indésirable » dans l’Allemagne des années 30 et dans d’autres pays auparavant. Ils semblent oublier que les tortionnaires nazis se considéraient aussi comme une « race élue » ayant autorité sur les autres et en droit de chasser de la « terre promise » ceux qui y vivaient et qui ne répondaient pas aux critères de ladite race. La politique israélienne de colonisation des territoires palestiniens est une version sioniste de la théorie de l’ « espace vital » qui a justifié l’expansionnisme hitlérien et mené à la guerre la plus sanguinaire de l’Histoire. Entre sionisme et fascisme, il n’y a qu’un pas, que les sionistes ont franchi en occupant par la force les territoires palestiniens et en y implantant des colonies sur des terres déjà habitées. Et interdisant aux Palestiniens exilés de revenir sur le territoire qu’ils ont fui lors de la création d’Israël. Private property, no trespassing…

Il n’y a pas de « peuples élus » ni de « premières nations ». Ce sont des termes racistes qui ont entraîné les pires atrocités et, dans le cas des Amérindiens, servi à faire chanter les gouvernements et à nous salir un peu partout. Pendant des années, les Amérindiens ont traîné le Québec dans la boue sous prétexte qu’on construisait des barrages sur leur territoire. Le territoire québécois nous appartient autant qu’aux « autochtones » tout comme les territoires palestiniens appartiennent aux Palestiniens qui y vivaient bien avant que les Juifs ne reviennent en grand nombre après la guerre 39-45. On n’est plus au temps d’Abraham ou de Moïse ; Israël n’a aucun droit sur les territoires qu’il occupe depuis 1967, en dépit des résolutions de l’ONU, non respectées, évidemment. Si Israël a le droit de se défendre contre le « terrorisme », comme le disent si bien les impérialistes de Washington, les Palestiniens sont aussi en droit de se défendre contre ceux qui ont volé leurs territoires et de défendre leur droit à la liberté.

Les Irakiens aussi se défendent contre les « libérateurs » américains venus leur apporter la liberté et la démocratie de l’Oncle George. Des libérateurs qui se découvrent des affinités avec le régime précédent quand il s’agit de faire parler les détenus d’Abou Ghraïb. Savaient-ils que cette prison était le symbole de la tyrannie de Saddam Hussein avant de faire les mêmes saloperies ? « C’est des cas isolés », qu’y disent ! Il faut les voir, l’air désolés et faisant des excuses aux Irakiens, pour ne pas les croire. Il est trop tard pour demander pardon ; quand bien même ils puniraient sévèrement les coupables, le mal est déjà fait. Les Américains ne sont plus des libérateurs mais des occupants et les Irakiens sont justifiés de vouloir les chasser. C’est leur pays et chacun a le devoir de défendre son pays contre quiconque veut le voler et l’exploiter. Ça vaut aussi pour nous car on a déjà menacé de morceler ce territoire qui est le nôtre si on s’avisait de faire l’indépendance. Ceux qui auraient encore envie de jouer à la partition ou d’occuper notre pays doivent savoir que ça pourrait s’avérer un jeu dangereux…



TRIBUNE LIBRE

Défusions et indépendance

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

Ne trouvez-vous pas qu'il y a un parallèle intéressant entre le processus de défusions municipales et la démarche indépendantiste québécoise? Sans s’en rendre compte, les défusionnistes, sans doute pour la plupart fédéralistes, sont en train de donner des arguments favorables à l'indépendance du Québec. Après tout, défusionner une province, c’est comme défusionner une banlieue, donc nous, indépendantistes, sommes aussi des défusionnistes. Mais nos motifs sont d’un tout autre ordre que ceux des « séparatissss » de Baie-d’Urfé ou de Sainte-Foy.

Les défusionnistes municipaux affirment que les citoyens n'ont pas été consultés par le gouvernement péquiste lors des fusions forcées, hurlant au non-respect de la démocratie et du citoyen payeur de taxes. Les Québécois n'ont pas été consultés non plus lors de la création du dominion du Canada. Celui-ci n’est pas né d’une volonté populaire de créer un pays d’un océan à l’autre mais plutôt d'un regroupement par le Parlement de Londres de ses colonies britanniques d'Amérique du Nord en un État fédéral. D'ailleurs, les autres colonies n'ont pas plus été consultées dans ce processus de "modernisation" et de "réingénierie" de l'Empire britannique et la Nouvelle-Écosse a même cherché à se séparer dès le départ, insatisfaite du peu d’avantages qu’elle retirait de son adhésion à la Confédération. Pour enrayer cette menace sécessionniste, Ottawa a sorti la carotte (gardant le bâton pour le Québec) et a haussé sa subvention annuelle à la Nouvelle-Écosse. Ce n’est pas tout ; Joseph Howe, député fédéral et leader des sécessionnistes néo-écossais, a été nommé président du Conseil privé à Ottawa. Morale de l’histoire : pour mater des rebelles, achetez-les avec des « jobs » au fédéral et des médailles, ils laisseront de côté leurs anciennes allégeances !

Plus récemment, les Québécois n’ont pas été consultés non plus sur le rapatriement de la Constitution. PET, ce grand Canadien respectueux de la démocratie et des droits de l’homme, surtout au Québec, voulait rapatrier la Constitution canadienne pour faire du Canada un vrai pays indépendant. On sait comment il a usé de son « charme » pour inciter les Québécois à voter NON, promettant du changement. Il a eu ce qu’il voulait mais a-t-il consulté les Québécois sur son projet de rapatriement ? C’est le Parlement britannique, encore une fois, qui a eu le dernier mot et PET-plus-haut-que-le-trou a imposé sa Constitution et sa Charte des droits. Et depuis ce temps, et bien avant la naissance du Bloc, les Québécois « boudent » les libéraux fédéraux. Et après toute cette marde libérale des 20 dernières années, on nous demande de voter pour eux, d’arrêter de « bouder », comme dit le petit Lapierre ? On n’est pas des caves à ce point-là, gang de boulechitteurs ! Voter libéral, pour moi c’est NON MERCI ! Contrairement à certains Québécois dont la conscience nationale est plus ou moins engourdie, je sais ce que veux dire JE ME SOUVIENS.

Dans un pays où la démocratie existe et est en santé, on demande l’avis de la population quand il s’agit de changements aussi importants. Si le Canada est une vraie démocratie, pourquoi n’a-t-on pas fait de référendum sur le rapatriement de la Constitution alors qu’il y en a eu sur la conscription ou Charlottetown ? La Constitution est le fondement de l’existence d’un pays alors il me semble que le peuple a son mot à dire à ce sujet. Et c’est le même Canada qui impose des règles d’accession à l’indépendance du peuple québécois, dont une majorité claire… qu’il n’a toujours pas définie ! Qu’elle est belle, la canadian democracy...

Advenant une défusion municipale, la ville défusionnée ne retrouvera pas son statut d’avant la fusion. Ce ne sera qu’une banlieue sans réels pouvoirs, la ville-centre gardant l’essentiel des pouvoirs alors pourquoi se défusionner si c’est pour se retrouver avec des parcelles de pouvoirs ? Pour Westmount, la vraie raison est que les anglos ne supportent pas d’être gouvernés par des étrangers. Ils préfèrent vivre repliés sur eux-mêmes dans leur petit bantoustan cossu, entourés d’étrangers et ne se sentant pas obligés d’apprendre la langue de la majorité. Dans le cas des ex-maires de la région de Québec et d’ailleurs, ce sont des roitelets ayant, dans certains cas, longtemps régné et qui sont frustrés d’avoir été détrônés abruptement. Comme les dynasties monarchiques chassées par des mouvements révolutionnaires et qui vivent encore dans l’illusion de leurs droits qu’on leur a enlevé. Et depuis qu’ils ont perdu leurs places prépondérantes, les ex-rois de banlieue sont animés de ressentiment contre le maudit PQ et rêvent de reconquérir leur trône…

L’indépendance du Québec est bien plus nécessaire et urgente que la défusion de quelques villes de banlieue. Les arguments qui justifient la défusion du Québec sont bien meilleurs que ceux d’une Boucher ou d’un Trent pour retrouver leurs petits royaumes. Tant qu’à être défusionniste, il vaut mieux soutenir la défusion du Québec car un Québec indépendant, au contraire d’une ville défusionnée, aura l’ensemble des pouvoirs d’un État souverain, ce qu’il n’a pas dans le système fédéral canadien. Ce n’est pas 89 référendums qu’il faut tenir, c’est un seul, pour en finir avec cette fusion forcée de notre nation à une autre, annexion bien plus néfaste que la fusion de quelques villes. Identité municipale mon cul ! Je suis Québécois avant d’être un citoyen de ma ville.



TRIBUNE LIBRE

« Tu m'abrutis, je t'enrichis. C'est ça, l'amour »
Télé-Québec et les autres... télévisions

Marie-Louise Lacroix, Québec
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

Objet : Une dépêche d'hier (http://ledevoir.com/2004/05/25/55269.html) nous informait que Radio-Canada tombe sous la barre des 10% en termes de cote d'écoute. Également en référence, concernant la SRC (entre autres) et glanés sur internet: http://www.ledevoir.com/dossiers/265/52543.html?265 et http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=126



Personnellement, je n'écoute presque plus la télévision. Hormis Télé-Québec. Pourtant j'étais une fan de la télé québécoise - originale, cultivée, intelligente et imaginative - il y a encore quelques années à peine. Alors voici le point de vue d'une citoyenne aujourd'hui désenchantée sinon trahie.

TVA et TQS-QuatreSaisons sont devenues des antennes qui «lisent» leurs auditeurs comme s'il s'agissait, littéralement, de sacs à poubelle. Car ce sont des chaînes qui, à toutes fins utiles, présentent de la publicité entrecoupée de... messages publicitaires. Ainsi:

De la violence - PUB - De la programmation quasi exclusivement américaine (de fait ou d'inspiration) - PUB - Des émissions abrutissantes - PUB - Des émissions de variétés sans intérêt, le plus souvent d'une insignifiance rare - PUB - Bref une programmation digne d'une société de déficients intellectuels - PUB - PUB - PUB - et puis (allez! encore un peu) PUB.

Et qui plus est, même les conceptions et les contenus des commerciaux recommencent à ressembler ferme à ce qu'ils étaient il y a quarante ans, i.e.: de type anglo-américain. Des productions étatsuniennes - dont notamment la musique et les chansons d'accompagnement - produites ailleurs et présentées au Québec en postsynchro. C'est devenu la norme, ou peu s'en faut: Dodge, Toyota, Jeep, Saturn, Vodkice, Viagra, Heineken, la française (!) Yoplait...

Serions-nous donc - à la mode French Canadians de jadis - en voie de redevenir un tiers-monde commercial?

À cet égard en effet, chez TVA et Quatre Saisons en particulier, on accepte désormais tout sans distinction - les yeux fermés: «Amenez le cash, quoi! Le reste on s'en contrefiche» - en fait de publicités aux valeurs douteuses, voire carrément régressives, où la dimension linguistique et culturelle québécoise (mais pas seulement) se voit totalement évacuée. De la sorte, notre propre télévision (SRC comprise) travaille soigneusement à notre platitude, à notre inanition et à notre anonymat collectif.

Un p'tit verre d'urine bien frais avec ça...?

Bell Globemédia, Cogéco et Pierre-Karl Péladeau s'enrichissent à million$ en considérant les Québécois comme de parfaits imbéciles, d'une part, des consommateurs empressés d'ingurgiter n'importe quoi, d'autre part: «Suffit qu'on vende pour que j'achète», écrivait le regretté Sylvain Lelièvre dans l'une de ses très belles compositions. Par le truchement d'une programmation à décérébrer un âne, et des techniques de vente dénuées de tout état d'âme, ces chaînes abrutissent une nation tout entière.

Et puis, qui sait ? Si ça se trouve, on découvrira bientôt que vos méthodes de marchandisage contribuent de manière non négligeable au spectaculaire taux de suicide chez les Québécois. Tant qu'à être traité comme de la viande, il y en aura toujours, n'est-ce pas, pour respecter la logique de la cohérence jusqu'à ses ultimes conséquences. Il pourrait même s'en trouver dans quelque Brave New World appelé de leurs voeux, allez donc savoir, pour vous en féliciter...
*

Merci cent et une fois, M. Rabinovitch.
Merci un million de fois de plus, M. Péladeau.

Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas étudier d'ores et déjà l'éventualité - à partir de vos colossaux profits ainsi constitués - de mettre sur pied des usines de cigarettes et des firmes à canons. Au fond, tout bien réfléchi, il ne sera jamais trop tôt pour bedonner le taux. À l'hélium, de préférence.

Or pendant ce temps, il était une fois...

notre cultivé et érudit premier ministre, ainsi que sa subtile Présidente du Trésor, s'interrogeant le plus sérieusement du monde, en tandem, sur la pertinence de l'existence de Télé-Québec.

Eh bein, faut le faire...

Et puisque nous en sommes là, chers maîtres éclairés de céans, pourquoi ne pas s'interroger sur la liberté, la démocratie et la solidarité sociale. Après tout, comme dans les films de Bell et de Pierre-Karl, il est tellement plus simple, plus rapide et moins onéreux, il faut bien le dire, de régler les problèmes à coups de revolvers, de mitraillettes, de lasers, de missiles. Et d'argent. Liquide assurément, à l'instar du sang qui coule à flots dans les films et les téléséries. De Pierre-Karl, toujours...

Hélas ! Radio-Canada s'est largement inspirée de ces déchets culturels dans la dernière décennie. Ce qui fait que je ne regarde plus du tout les propositions de cette société publique, quand bien même à l'occasion on y diffuse une émission ou un film intéressant (ça arrive encore, il est vrai). Pourquoi? parce que je ne suis tout simplement plus capable de me faire enfoncer de la pub dans la gorge à toutes les neuf minutes!

En comptant l'auto-promotion des chaînes, on a droit en effet à une minute de pub par trois minutes de diffusion réelle d'émission (14 min/heure). IN-SUP-POR-TA-BLE. Entre nous, est-ce là autre chose que de l'agression psychologique, de la torture mentale? Même en France, à cet égard, où la qualité télévisuelle s'apparente pourtant à notre Quatre-Saisons, on n'a pas osé à ce jour sombrer si profondément dans le mépris de l'auditoire.

Heureusement qu'il reste Télé-Québec...

Mais comme on a un gouvernement fort songé à l'Assemblée nationale, eh bien on s'arrange pour l'affaiblir toujours un peu plus - lentement, insidieusement - notre séduisante dame. Jusqu'à l'asphyxie définitive, irréversible. Et dire que pour préserver une émission comme 1045, rue des Parlementaires, je serais prête, pour ce qui me concerne, à éradiquer à tout jamais TVA et TQS de mon écran.

Même notre propre gouvernement national en arrive à penser qu'une télé de qualité est désormais devenue un mets par trop indigeste pour les Québécois.


Que nous faut-il à la fin,
Citoyens,
Pour revenir à la Raison ?
Une Révolution... ?


M. Charest, il n'y a pas que le marvellous Canada et les tchums de Groupe Everest ou de Groupaction dans la vie. Et le Québec enfin, ce n'est pas un vague territoire à administrer, une province. C'est un État. Celui d'une nation.

Quant à vous, Pierre-Karl Péladeau, ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'investir votre fortune dans le beau, l'utile, l'intelligent, le constructif ou l'émouvant? Que sera la vie - que sera votre vie - quand, avec Julie, vous aurez tout avili à coups de Star Académie...? À vos yeux et à votre sensibilité, le couple beauté / rentabilité est-il donc par essence condamné à l'antinomie?


Marie-Louise Lacroix
MarieLacroix@moncanoe.com
Capitale nationale, Québec
26-05-04

* Sur cet aspect proprement publicitaire, je convierais par ailleurs à : http://www.imperatif-francais.org/articles3/tele-qc.html . On notera en outre une dégradation marquée quant aux valeurs spécifiques véhiculées par lesdits messages (violence largement mise à contribution, sexisme subrepticement réhabilité, mercantilisme des sentiments: «Maman je t'aime, parce que tu prépares le mets culinaire x ou y...», etc.). Voir enfin, en complément: http://www.soreltracy.com/liter/opinion/Gouin/2000/decembre/violence/violence.htm . Bref, et je crois que la formule n'est pas excessive ou hystérique, nous assistons peut-être actuellement à une véritable régression mentale et sociétale. Généralisée.

- Informations pertinentes à l'attention de l'auditeur désirant exprimer son opinion: Ministre de la Culture et des Communications du Québec: Line.Beauchamp@mcc.gouv.Qc.ca, Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du Trésor: cabinet@sct.gouv.Qc.ca, Premier ministre du Québec: jean.charest@plq.org, info@TeleQuebec.Qc.ca (et sgetq@total.net), info@crtc.gc.ca, Ombudsman@radio-canada.ca, auditoire@radio-canada.ca (et scrc@scrc.Qc.ca + Robert Rabinovitch, PDG de SRC/CBC: robert_rabinovitch@cbc.ca), TVpublic@TQS.ca, relations.auditoire@TVA.ca (et webmaster@quebecor.com).





TRIBUNE LIBRE

Briller ailleurs que parmi les meilleurs

Étienne LaHire
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

Petit mot à mon premier ministre à la faveur de la Fête nationale des Patriotes


Aujourd'hui, ce lundi précédant le 25 mai, c'est la Journée nationale des Patriotes.

Je consulte donc le site du gouvernement du Québec (http://www.gouv.Qc.ca/) afin de glaner de l'information sur ce jour officiellement férié, chômé et payé.

Je n'ai rien trouvé...

Ce lundi 24 mai, dans la page-portail du gouvernement, de mon gouvernement, il y a beaucoup d'informations pêle-mêle; mais je n'aperçois nulle allusion à cette Fête significative pour l'ensemble des Québécois - significative aussi bien au plan historique et politique que proprement symbolique.

Du reste, et au passage, je ferai remarquer que le site était auparavant beaucoup plus convivial et accueillant, stimulant même. Les imputables des lieux avaient su concevoir, en effet, un espace informatisé fonctionnel où l'on oubliait rapidement que l'on avait à faire à une grande administration publique, avec tout ce que ce concept peut charrier habituellement de mécanique, d'impersonnel et de froide interactivité. Au contraire, on se sentait plutôt chez soi (ou Bei sich, comme disent bellement les Allemands). Ainsi en est-il, idéalement, d'un État respectueux de la personne. Car le Citoyen doit, en effet, se sentir chez-lui au sein de son État.*

Or on a l'impression désormais que ce site cybernéen est géré de manière approximative, sans imagination, sans vitalité, sans véritable esprit d'initiative. Sans aucun génie, pour tout dire.

Bien sûr, si je m'étais attelé envers et contre tout à dénicher de l'information concernant cette Fête des Patriotes, il est probable (enfin, je veux le présumer volontiers en vous accordant d'emblée le bénéfice du doute, M. le premier ministre) que j'aurais fini par trouver quelque chose dans les méandres de ces innombrables feuillets électroniques. Mais bien candidement, ce 24 mai je ne pensais pas que le gouvernement du Québec, mon gouvernement, exigerait du visiteur la dilapidation de son temps pour simplement se voir présenter (à tout le moins, et riches informations historiques à l'appui de préférence) les souhaits d'une splendide Commémoration citoyenne...

C'était donc ainsi - M. Jean Charest, Mme Monique Jérôme-Forget -, et notamment par le biais d'un présomptif «gouvernement en ligne», que vous escomptiez «briller parmi les meilleurs»...?!

M. le premier ministre, en visitant le site du gouvernement dont vous «tirez» actuellement les rênes, sinon les chaînes, il m'est venu la réflexion suivante: si en l'occurrence le Premier magistrat du Québec avait été Denis Coderre, Pierre Pettigrew ou Stéphane Dion, le citoyen que je suis aurait-il été reçu autrement dans cette demeure dont vous êtes l'hôte (sens opposés de convive et d'[intérimaire] amphitryon à la fois)? Pour ma part, je ne le crois pas.

Aussi m'est-il subitement revenu à l'esprit ce court texte récemment publié à votre propos dans le quotidien LeSoleil, et titré «L'Usurpateur»: http://www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html

Hélas ! il semble hors de tout doute que votre gouvernement, si je m'en fie à cet autre article (http://www.vigile.net/ds-actu/docs3/03-5-19-1.html#cvm) n'ait pas sur l'essentiel évolué d'un iota depuis très exactement un an.

M. le premier ministre, si vous m'autorisez un langage franc et libre de toute fioriture, je vous dirai que je suis personnellement enclin à penser que vous feriez meilleure figure en tentant de briller ailleurs que parmi les meilleurs.

Mes respects, monsieur.

Étienne LaHire
St-Denis /Richelieu
Jour national des Patriotes 2004

* « Puisque là où l'objectivité correspond à l'exigence intérieure, là réside la Liberté (Denn wo Gegenständlichkeit entsprechend ist der inneren Forderung, da eben ist Freiheit).» Hegel, La Raison dans l'Histoire, trad. fr. p. 96.




TRIBUNE LIBRE

La Leçon de 1838

Marianne Vaucouleurs
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004


Objet : «
La Leçon de 1838 »
http://www.action-nationale.Qc.ca/bulletin/186.htm

Le groupe GESCA (http://www.powercorp.com/index.php?lang=fra&comp=gesca&cd=profile&page=profile&mv=7), depuis toujours inféodé à la vision canadian du Québec, aurait-il le courage de publier en ses pages cette réflexion intelligente, documentée et stimulante de M. Robert Laplante?

Ça nous changerait, en tout cas, de l'endoctrinement coutumier des Alain Dubuc (trois textes/semaine dans les sept quotidiens de la machine à propagandes: ça vous bourre un crâne, ça, madame), des André Pratte et autres Jean-Jacques Samson, Lysiane Gagnon ou Gilbert Lavoie, voire les Michèle Ouimet et les Mario Roy.

(Pour ne nommer ici que quelques-uns des «représentants» - de commerce? - du Soleil et de La Presse).

Hélas ! on peut en douter. Car chez GESCA la démocratie des idées, c'est bien connu, s'arrête là où précisément pointent les intérêts et les préférences politiques de MM. Desmarais, père et fils, et de leurs fort peu saints esprits plumitifs (on en conviendra, n'est-ce pas) des lieux.

La liberté de presse au Québec ?
Un leurre savamment entretenu par nos Dubuc et Pratte de service...

,
Lévis, Québec, 25 mai 2004
Vaucouleurs@Q-bec.com
(Coordonnées personnelles sur demande)





TRIBUNE LIBRE

LA JOURNÉE NATIONALE DES PATRIOTES À TROIS-RIVIÈRES

Jean-Luc Dion
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

   Il faisait un froid de canard et la pluie détrempait les nombreux participants quand on a hissé le drapeau des Patriotes et celui du Québec aujourd'hui (24 mai) à Trois-Rivières entre 11 h 30 et 12 h 30. Il pouvait tomber des clous, mais on avait le devoir de commémorer l'héroïsme malheureux de nos ancêtres qui, en 1837, se sont battus pour la démocratie et l'indépendance. Quoi qu'en disent les scribouillards de Gesca (*), la lutte des Patriotes en était bien une pour la liberté, l'indépendance et la République, comme celle de plusieurs autres peuples à l'époque.

(*) Voir http://www.vigile.net/ds-patriotes/ferie.html

Allocution de M. Jean-Pierre Gaudette, président, Société St-Jean-B. des Trois Coteaux

   Cette commémoration nationale organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie et celle des Trois Coteaux s'ajoute à la célébration de la victoire de Saint-Denis qui se tient en novembre dans ce village depuis de nombreuses années.

   Plusieurs personnes ont pris la parole, malgré la pluie, dont Me François Lacoursière, président de la S.S.J.B. de la Mauricie et M. Yves Rocheleau, député sortant de Trois-Rivières à Ottawa. On remarquait particulièrement la présence des candidats du Bloc Québécois à l'élection fédérale, Mme Paule Brunelle dans Trois-Rivières et Guy André dans Berthier-Maskinongé. Malgré le temps maussade, les participants ont tout de même levé leur verre à un Québec fier qui se souvient.  Les « médias » étaient invisibles...

   C'était un récit bien incomplet d'un événement que tout fier Québécois devrait célébrer dignement. Je m'excuse auprès de ceux que je n'ai pu mentionner. Espérons que l'an prochain le beau temps permettra à des centaines de personnes de célébrer dignement la mémoire des Patriotes comme cela s'impose.

Jean-Luc Dion
Trois-Rivières
( qui espère que les deux photos annexées sont bien visibles ! )
  
P.S. On se souviendra que jusqu'à récemment, c'était la mémoire de Dollard des Ormeaux, le héro du Long-Sault, qui était célébrée le 24 mai, alors que les Britanniques Canadians s'émouvaient (et s'émeuvent encore) pour la reine Victoria d'Angleterre sous laquelle la répression des velléités démocratiques des Patriotes a été exécutée. À ce sujet j'écrivais, à la même date l'an dernier : «Dans quelle mesure ce geste (suppression de cette commémoration de Dollard) en est-il un de soumission aux pressions hargneuses d'une minorité canadian et french-canadian qui ne souffre pas que le Québec ait ses héros ?  Tout le monde sait que seuls les autres, particulièrement les anglo-américains (ou les Canadians avec leurs Kitchener -camps de concentration pour Boers- et autres Lawrence -déportation des Acadiens-...) , peuvent avoir des Davy Crocket, des Billy the Kid ou des Jesse James !»

Dans ce même texte, je donnais l'exemple suivant (un extrait):

« Par ailleurs, 84 400 sites Internet se rapportent à un authentique bandit étatsunien dont on a fait un héros : William H. Bonney alias « Billy the kid », né vers 1860 et tué vers l'âge de 22 ans au sein d'une bande de coupe-gorge.
Dans un des sites Internet à sa «gloire», on peut lire :
« Teenage outlaw of the Southwest, who is immortalized in American history.»
«  In legend Billy the Kid has been described as being a vicious and ruthless killer (un tueur vicieux et sans pitié...), an outlaw who died at the age of twenty-one, not before raising havoc in the New Mexico Territory. It was said he took the lives of twenty-one men, one for each year of his life, the first one when he was just twelve years old. He was a rebel without a cause who killed without reason, other than to see his victims kick. » (Un rebelle sans cause qui tuait sans autre raison que de voir ses victimes agoniser...)
http://www.aboutbillythekid.com/
http://www.ibiscom.com/billythekid.htm
« New Mexico's Billy the Kid Trail received a Scenic Historic Byway designation from the Federal Highway Commission in June of 1995. In June of 1998 the designation was upgraded to a National Scenic Byways.»
http://www.zianet.com/billythekid/
 
Le nom de ce bandit a donc été donné officiellement à une autoroute panoramique nationale. Rien que ça !   Et nous avons ici des « cœurs tendres » qui admirent les Étatsuniens pour ce genre de choses, et qui s'associent aux détracteurs de Dollard et d'autres personnages dont nous n'avons absolument pas à rougir, bien au contraire. »
----
   Hélas !  la rectitude politique de certains politiciens et intellectuels fait bien du dégat. Lequel de nos héros est le prochain sur la liste de « The Gazette et de La Presse » ?...



Un peu d'humour maintenant...


Tout Québécois doit savoir ce que pense le nouvel idéologue conservateur du Parti Libéral.
Prenez une minute et lisez ses principes prêchés durant la campagne électorale.


Le discours de Charest

Notre parti politique tiens ses promesses
Seuls les imbéciles peuvent croire que
Nous ne lutterons pas contre la corruption.
Car s’il y a quelque chose de certain pour nous, c’est que
L’honnêteté et la transparence sont fondamentales

Pour atteindre nos idéaux

Nous démontrerons que c’est une grande stupidité de croire que
Les intérêts privés continueront de faire partie de notre gouvernement
Nous assurons, sans l’ombre d’un doute que
La justice sociale sera l’objectif principal de nos actions
Malgré tout cela, il y a encore des idiots qui espèrent que
Le gouvernement conserve les caprices de la vieille politique
Quand nous serons au pouvoir, nous ferons l’impossible pour que
Les privilèges des amis du système et les négociations secrètes se terminent
Nous ne permettrons pour aucune raison que
Nos enfants meurent de faim
Nous respecterons notre programme même si
Les ressources économiques disparaissent
Nous exercerons le pouvoir jusqu'à ce que
Par notre gestion, vous verrez que
«Nous sommes prêts. »
Découvrez le discours que Jean Charest a caché à la population
en le relisant de la fin jusqu'au début...

* * * * * * *

Un homme décède et va au paradis.

Il arrive dans le bureau de St-Pierre, et remarque que les murs
sont ornés d'une multitude d'horloges; intrigué, il lui  demande:

« Dites-moi, à quoi servent ces horloges accrochées aux murs ? »
Et le saint homme lui répond :

« Ce sont les horloges du mensonge, quand une personne dit un
mensonge, son horloge personnelle avance d'une heure.

Voici par exemple celle de mère Térésa, elle est bloquée sur
midi, donc elle n'a jamais dit de mensonge. »

« Voici celle de Martin Luther King, elle marque deux heures, donc
il a prononcé deux mensonges dans sa vie. »

L'homme observe les différentes horloges et demande :
« Je ne vois pas celles de Jean Charest et de Paul Martin ? »

St-Pierre répond :

« Elles se trouvent dans le bureau de Jésus, il les utilise comme
ventilateurs !!! »

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« Ce qui nous laisse petits, c'est la peur de devenir grands »
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PARTI QUÉBÉCOIS
http://partiquebecois.org/nv/
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BLOC QUÉBÉCOIS
http://www.blocquebecois.org
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L'ACTION NATIONALE
http://www.action-nationale.qc.ca/
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TRIBUNE LIBRE

Le film La Grande Séduction se passe-t-il vraiment au Québec?

Rosemarie Bélisle
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

Texte paru dans le Devoir le 17 mars dernier intitulé Dis-moi que tu as vu l'Irlande... , dont voici l'intégrale envoyée par l'auteure.

Mes amis me parlaient du film La Grande Séduction depuis un bon moment et m’invitaient à le voir toutes affaires cessantes. « C’est très bon, me disait-on, tu vas mourir de rire! » J’y suis enfin allée lorsque le film a repris l’affiche après avoir gagné le prix du Sundance Festival. Je suis restée sidérée. C’est ça le grand film québécois de l’année, qui gagne des prix partout et nous représente dans le monde entier? Mais c’est incroyable! Ce film est une représentation complètement faussée du Québec! Pire, c’est un monument de mépris.

Quel salmigondis! Où se passe l’action de ce film? Qui en sont les protagonistes? Des Québécois? Voyons donc! On me dira que le film est une comédie, je veux bien, mais la comédie n’est pas prétexte à faire n’importe quoi!

Les incongruités

D’entrée de jeu, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi Harrington Harbour a été choisi comme lieu de tournage. On ne manque pas de petits villages perdus au Québec, pourquoi avoir choisi un village anglophone et protestant, fondé par des Terre-Neuviens, pour y installer une brochette de comédiens québécois bien connus et tourner un film en français. Où se passe l’action de ce film? Au Québec? Dans une Terre-Neuve francophone? Ailleurs? Où?

L’église, maintenant.

Cette église est manifestement protestante, comme en témoignent notamment les rangées de chaises là où dans une église catholique on aurait des bancs. Les petites églises protestantes servent aux assemblées publiques autant qu’aux services religieux, d’où leur appellation de Meeting Hall, devenu Mitaine dans la langue populaire. Or, dans le film, on tient effectivement des assemblées publiques dans l’église, mais ça ne semble pas être la norme puisque le personnage joué par Raymond Bouchard doit au début expliquer aux villageois que la cloche qui sonne est une convocation à laquelle ils doivent répondre. Par contre, dans la scène où, ainsi assemblés, ils sont surpris par le docteur Lewis, le même Raymond Bouchard se met à dire des prières en latin pour faire croire à un service religieux. Les prières en latin sont une caractéristique (bien qu’aujourd’hui révolue) de la religion catholique. Encore une fois, où se déroule l’action de ce film? Dans un village québécois protestant? C’est intéressant, ça… ils ne sont pas légion! Où est-ce? Comment se fait-il qu’ils soient protestants, j’aimerais qu’on me le dise. Mais peut-être est-ce un village québécois type. Dans ce cas il devrait être catholique, pourquoi une église protestante? Et où est le curé?

Le criquet maintenant! Connaissez-vous un francophone à Montréal qui se passionne pour le criquet? Le criquet est un sport archi-anglais, que les coloniaux ont amené avec eux aux quatre coins de ce vaste Empire britannique sur lequel le soleil ne se couchait jamais, et qui a réussi à s’implanter dans certaines anciennes colonies, notamment en Inde et au Pakistan où il est en quelque sorte devenu un sport national. À ma connaissance, toutefois, il ne s’est pas implanté au Québec. Cependant, on constate à Montréal que sous l’effet de l’immigration récente, un nouveau sport commence à susciter l’enthousiasme : le soccer, que nous apprenons à nommer le foot, comme ça se fait ailleurs. On aurait pu, dans le film, arriver aux mêmes effets comiques en recourant au foot. Pourquoi diable avoir choisi le criquet! Encore une fois, on se demande où se déroule l’action de ce film?

Passons maintenant au restaurant du village de Sainte-Marie la Mauderne. Dans une scène où le docteur Lewis se soûle un soir de déprime avec le gérant de banque (Benoît Brière), on les voit se verser des bières pression en manipulant une élégante poignée de faïence bien galbée et remplir leurs verres de broue. Il n’y a pas, dans les petits casse-croûte du Québec profond, de telles machines à servir la bière. Par contre, il y en a dans les moindres petits pubs d’Irlande, car là-bas, c’est une tradition. Détail : pour que les verres se remplissent ainsi de broue, il faut que la bière soit chaude. Or, c’est bien connu, en Grande-Bretagne, on sert de la « cervoise tiède ». Où donc se déroule l’action de ce film? En Irlande?

Tiens, tiens… voilà un filon intéressant! Car il y a un aspect de notre histoire qui semble nous échapper complètement : dans le Canada anglais, le Québec est assimilé à l’Irlande. Le Canadien anglais moyen n’a pas la moindre idée de ce qui se passe au Québec et plaque sur nous l’ensemble des préjugés méprisants dans lesquels l’Angleterre protestante s’entretient au sujet de l’Irlande depuis le début des années 1600, soit depuis que l’Irlande est devenue la première colonie de ce qui allait devenir l’Empire britannique. « Paddy », l’Irlandais catholique, est un cul-terreux inculte et stupide, qui s’accroche à son lopin de terre et à son île par ignorance et par bêtise, qui vit aux crochets de l’État, et passe sa vie à se soûler la gueule et à se battre. La haine et le mépris de l’Anglo-protestant pour l’Irlandais catholique ne connaissent pas de bornes. Or, le Québec est l’Irlande du Canada.

Une nouvelle idéologie

On constate depuis quelque temps l’avènement chez nous d’une nouvelle idéologie. Des Anglophones qui vivent au Québec et s’y plaisent essaient de trouver une solution au dilemme que cette situation leur crée. Comment concilier l’amour du Québec, qui pourtant les anime, avec l’ensemble des préjugés qui contribuent depuis si longtemps à la définition de leur identité. Impossible en effet pour eux de se dire : « Ça y est, je suis devenu Paddy! » La nouvelle idéologie consiste donc à refouler Paddy dans les campagnes et à faire de la ville de Montréal un haut lieu de culture où il est possible de vivre entre gens civilisés.

Jonathan Kay, qui vit au Québec depuis trente ans, énonce clairement cette idéologie dans un article, paru dans le National Post en février 1999, intitulé Peoplehood and Partition(1) . Il écrit :

Lorsqu’il est question de Montréal, le centre économique et démographique du Québec, les choses sont toutefois différentes. La métropole est moderne, polyglotte, multiculturelle, internaute, fédéraliste (en général) et intimement liée – sur les plans commerciaux et culturels – au reste de l’Amérique du Nord. Les Montréalais se définissent principalement par leur emploi, l’éducation qu’ils ont reçue, leur entourage et leur langue. Contrairement à leurs compatriotes ruraux, ils ne fondent plus leur sentiment identitaire sur un attachement romantique à la terre et à ses fruits.

Autrement dit, s’il est vrai qu’on puisse définir le Québec par le concept de peuple, on a alors affaire à une province qui abrite deux peuples et non un seul; aussi la ligne qui les divise se définit autant par le raffinement urbain que par la langue. Lorsque des séparatistes parlent d’un peuple québécois, ils font principalement allusion au peuple qui n’a pas encore intégré le monde post-industriel, c’est-à-dire les francophones pure laine de l’arrière-pays québécois.

Le film La grande séduction me semble la parfaite illustration de cette idéologie. Il met en scène des « francophones de l’arrière-pays, non encore intégrés dans le monde post-industriel », et les situe dans un milieu qui n’a rien à voir avec le Québec réel mais tout à voir avec la représentation caricaturale d’une Irlande fictive et honnie.

Les scènes, dans le film, où les personnages circulent en bateau, sur de petits rafiots tout déglingués, sont des scènes classiques qu’on a vues mille fois au cinéma dans les films où il est question d’Irlande. C’est sur de tels petits bateaux qu’on fuit cette île maudite (Mauderne), terre de pauvreté et de misère, pour entrer dans la diaspora.

Et dans La grande séduction, l’opposition entre Montréal et l’arrière-pays est flagrante. Le maire, qui décide de quitter le village pour se faire policier, s’en va à Montréal; le docteur Lewis, citadin, vient forcément de Montréal; et puis il y a cette conversation entre Raymond Bouchard et Pierre Collin dans laquelle Bouchard, découvrant que Collin n’est jamais allé en ville, précise : « jamais allé à Montréal ». Étrange! Pour quelqu’un de la Basse-Côte-Nord, aller en ville, ça pourrait fort bien vouloir dire aller à Sept-Îles, à la rigueur à Québec… pas nécessairement à Montréal. Mais dans l’univers idéologique où se déroule ce film, il n’y a que deux pôles : Montréal et l’arrière-pays.

Jonathan Kay, dans l’article cité plus haut, poursuit son argumentation en faisant valoir que cette division naturelle des Québécois justifie le projet de partition du Québec en cas d’indépendance : « Montréal, écrit-il, est culturellement distincte du reste du Québec, comme le reste du Québec l’est du Canada. Un peuple québécois? Si vous voulez, mais n’oubliez pas le peuple montréalais. »

Notre Irlande intérieure

Comment un film aussi incohérent, et qui prend appui sur une idéologie aussi méprisante et dévastatrice, peut-il connaître autant de succès au Québec même? Comment expliquer que sur les sites Internet où les cinéphiles sont invités à donner leur appréciation, on lise des choses comme : « Le meilleur film québécois de l’année… on se reconnaît donc! » Peut-être cette assimilation à l’Irlande, si caricaturale soit-elle, réveille-t-elle en nous quelque chose de profondément enfoui?

Je pense que nous aurions avantage à nous intéresser un peu plus à l’histoire de l’Irlande. Mieux encore, à l’histoire de la Grande-Bretagne dans son ensemble et aux rapports de domination qui caractérisent depuis des siècles les relations entre l’Angleterre et ses nations voisines que sont l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande. Voilà un sujet très peu abordé dans nos cours d’histoire et qui pourtant nous touche au plus haut degré. Nous pourrions notamment découvrir à quel point l’histoire du Québec s’apparente à celle de l’Irlande. Et nous verrions que les Irlandais, chassés de leur île par la misère, se répandent dans le monde entier depuis des siècles et ont énormément contribué à peupler l’Amérique du Nord. Peut-être même serions-nous amenés à constater que nous avons plus en commun avec les Irlandais, les Écossais, les Gallois et les Anglo-Normands qu’avec les Français de l’Île de France.

L’ignorance est la condition de la crédulité. Il faut une bonne connaissance de l’histoire pour voir clair dans les préjugés haineux et décoder les idéologies pernicieuses.

L’Irlande n’est pas le lieu sordide créé par la propagande anglo-protestante. Et l’Irlande, ne l’oublions pas, a fait son indépendance et est devenue une république à part entière.

En 1997, Jacques Lanctôt publiait une nouvelle édition du roman de Jacques Ferron : Le Salut de l’Irlande, avec une préface de Pádraig Ó Gormaile, professeur au Collège universitaire de Galway (Irlande). Dans cette préface, on peut lire : Le roman [de Ferron] associe l’Irlande, plus précisément une version bien québécoise de l’Irlande, à ce que le Québec n’est pas encore devenu. […] L’Irlande représente ici ce que le Québec n’a pas encore réalisé, elle signifie la part encore à naître de tout Québécois à la recherche de son identité. La fantaisie est le moyen complexe, riche en symboles, qui, une fois l’incohérence première dépassée, permet d’envisager ce qui existe au-delà des apparences, dans cette zone inconsciente où le moi profond rencontre l’Autre(2).

« Paddy », par nos chemins divers, nous marchons tous à toi.

====== (1) Je cite la traduction française de cet article parue dans Normand Lester, Le livre noir du Canada anglais, tome 3, Éditions des Intouchables, 2003, p. 284. Les mots en italiques sont en français dans le texte original.

(2) Jacques Ferron, Le Salut de l’Irlande, Lanctôt éditeur, 1997, p. 9



TRIBUNE LIBRE

La dérive fédéraliste est consubstantielle à la « construction européenne »

Pierre M. Gallois
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

COMITÉ VALMY POUR UNE EUROPE DES PEUPLES ET NATIONS SOUVERAINES
4 Impasse de la Grosse Bouteille 75018 Paris
Tél. : 01.42.51.63.09 – Courriel : info@comite-valmy.org

Chers amis,

Je vous transmets, pour réflexion, un texte de notre ami le général Gallois qui exprime son point de vue à propos de la construction européenne. Dans la mouvance républicaine et patriote ainsi que chez les souverainistes, les avis sont partagés sur cette question. Certains sont favorables à une Europe confédérale des nations. D’autres comme le général Gallois estiment de manière argumentée que toute « construction européenne » conduit inéluctablement au fédéralisme et à la destruction des nations. Si, dans ses « Propositions pour une Charte Nationale et Républicaines », le Comité Valmy a pris position pour « une autre Europe, indépendante, fondée sur des peuples et des nations souverains et solidaires, suivant une base d’alliances et de coopérations mutuellement profitables, » cette question y reste cependant ouverte et l’argumentation du général Gallois rentre, de manière très pertinente, dans nos hypothèses de travail.

Pierre-Marie Gallois a signé l’appel fondateur du Comité pour une Europe des Peuples et Nations Souveraines qui est devenu le Comité Valmy. Il est également l’un des premiers a avoir signé le Manifeste Républicain. Claude Beaulieu.

Pierre M. Gallois
Mai 2004.

La dérive fédéraliste est consubstantielle à la « construction européenne »

Certains, en France se déclarent membres de « l’Alliance pour l’Europe des nations ». C’est le cas de M. Charles Pasqua dont le groupe « Union pour l’Europe des nations » serait un « espace de résistance à la dérive fédéraliste et bureaucratique de l’Union européenne (Le Figaro du 18 mai 2004, p.15 « Non à la dérive fédéraliste »).

Si l’on veut respecter la France, et que lui soit restituée sa pleine souveraineté et son indépendance ce n’est pas de « l’Europe des Nations » qu’il faut parler mais, tout simplement, des « nations d’Europe » ainsi qu’on le faisait avait d’être atteints par le mortel virus Jean Monnet.

« L’Europe des nations » est une expression dépourvue de signification politique. Ou bien les nations qui composent cette Europe géographique sont des Etats souverains n’obéissant à d’autres lois que celles adoptées par les représentants de leurs populations respectives ou bien ces populations vivent sur des divisions territoriales administratives d’un Etat qui s’appellerait « Europe ». Il n’existe pas, et il n’a jamais existé de système politique intermédiaire qui fut viable. .

« L’Europe des nations » conduit à la fédération des « Etats-nations » de M. Jospin, autre expression qui demeure une vue de l’esprit. Pas plus que les précédentes, de telles Institutions n’ont existé. Pas davantage les Institutions confédérales dont on vous rebat les oreilles afin de justifier la « Construction européenne » en faisant mine d’écarter son objectif réel qui est l’Europe fédérale. L’idée confédérale est l’attrape-nigauds usuel des européistes, c’est-à-dire des destructeurs – entre autres nations – de la France souveraine en spéculant sur l’ignorance institutionnelle de l’opinion et en lui faisant croire que par le confédéral on pourrait à la fois mettre sur pied un Etat européen souverain formé d’Etats nationaux également souverains. Ce qui n’a aucun sens.

Outre-atlantique, en 1783, les « pères fondateurs » avaient tenté de s’en remettre à des Institutions confédérales. Leur flagrante inefficacité, le chaos politique et social qui en est rapidement résulté ont conduit à bref délai à un régime fédéral pur et dur avec la Constitution de 1787. Toujours en vigueur, et ayant évolué avec le passage des ans grâce à de nombreux amendements.

La « Construction européenne » ne peut que nourrir la « dérive fédéraliste ». Une fois entrés dans l’engrenage européen, ce qui semble être le cas, des membres de l’ « Union pour l’Europe des nations », il n’y a d’autre choix que l’inefficacité, le désordre, le chaos, d’une part, ou le fédéralisme intégral d’autre part avec la disparition de toutes les souverainetés et de toutes les indépendances nationales.

Il ne s’agit pas, comme le dit, en conclusion, le signataire de cet article de « défendre les intérêts de la France en Europe », mais de les défendre, ces intérêts, dans le monde, au besoin aux dépens d’un ou de plusieurs de ses voisins géographiques si les circonstance l’exigent et si la France y gagne.

On ne défend pas l’intérêt de la France dans l’Europe et si l’on cherche à faire de l’Europe une entité politique. A elle seule l’idée européenne suffit à compromettre ces intérêts.

La preuve en est que les européistes ont déjà réussi à installer le fédéralisme dans la gestion des plus importantes activités des pays membres de cette désastreuse Union. L’économie et la monnaie unique sont fédéralisées, ce n’est pas une dérive mais un fait accompli. Les directives de Bruxelles ayant force de loi, le droit européen l’emportant sur le droit français, les arrêts de la Cour de Justice européenne invalidant ceux de le l’Institution judiciaire de la France, l’anglais langue européenne supplantant le Français, à ranger dans les patois régionaux sont autant de manifestations du fédéralisme. Parler de « dérive » c’est tromper les Français.

La vérité c’est qu’il faut, exercice difficile entre tous, revenir en arrière, redonner aux Français la souveraineté qu’ils exerçaient il y a moins d’un demi siècle, à leur profit, un peuple de 60 millions étant parfaitement à la mesure de relever souverainement les défis du monde, à commencer, par ceux de l’inéluctable mondialisation.

L’ « idée européenne », avec son inévitable fédéralisme final c’est pour les Français :

- la vassalité,

- la désindustrialisation et la dépendance financière, économique, industrielle

- l’appauvrissement, le chômage, l’évasion des capitaux,

- le pillage de leurs ressources,

- la main mise par l’étranger sur leurs outils de travail,

- l’évasion des capitaux,

- la transformation de leur territoire en parc de loisirs

- l’invasion par la montée du sud vers le nord et l’insécurité

- la fin d’une Histoire millénaire.

L’ « idée européenne » ce n’est pas une dérive à contrôler, c’est tout simplement la création d’un super Etat fédéral, et la « provincialisation » des ex-Etats membres de cette fédération. Le salut exige de reléguer l’idée européenne aux côtés des tentatives avortées, et maléfiques de l’Histoire et de redonner à la France la maîtrise de son destin. Tant qu’on parlera d’Europe politique et que des centaines de milliers de prébendiers vivent – grassement – de l’idée européenne et en font la propagande, politiciens compris, les Français seront dépouillés de leurs droits. « Contrôler la dérive fédéraliste » n’est qu’un pauvre artifice conciliant politicaillerie et apparent patriotisme.





TRIBUNE LIBRE

LE CLOPORTE

Ghislain Lebel
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2004

N.B. Avec l'autorisation de Me Ghislain Lebel, je vous transmets en cette veille de la fête des Patriotes, cette réflexion qu'il m'a transmise par le biais de sa liste.
Marie-Mance Vallée

Sous une même pierre, en sol humide et en ténèbres, vivent le mille-pattes, le perce-oreille et le cloporte. L'observateur a peine, faut lui donner raison, à imaginer créature plus vile, plus répugnante et moins noble. Pourtant, cette créature vit, depuis des millénaires, se reproduit et ne semble pas se nourrir de complexes face à ses colocataires. Le cloporte est cloporte, fier de l'être. En est-il de même des humains? Ailleurs peut-être, pas ici.

Des philosophes contractuels, à la solde de partis politiques, qui font affaires de nous conduire au paradis temporel, s'acharnent depuis quelques temps à convaincre les québécois, ceux dont l'origine remonte à la pré-conquête, que tout dans leur être et perception n'est que dégradation, sous produit de l'humanité, être inculte dont la gastronomie de « TRUCKER » et la ceinture fléchée constituent les principales caractéristiques.

Êtres ignares, incapables d'être eux-mêmes, qui ne peuvent être sans apport extérieur et dont l'histoire gênante pour ne pas dire humiliante, n'est plus digne d'enseignement, ni même de mention.

Êtres dont la langue officielle se métamorphose en langue d'usage commune; prélude à une folklorisation. De sujet, la langue devient objet et comme tous ceux-ci, éventuellement mise au rancart.

Les peuples partent généralement de rien pour arriver à quelque chose; chez nous, c'est l'inverse, on est parti de quelque chose pour arriver à rien.

Exilé dans son propre pays, le québécois francophone de souche aurait beaucoup à apprendre des cloportes, s'il pouvait au moins lui envier son instinct de survie...



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

À ajouter à la liste noire...

26 mai 2004

M. Alfred Mignot, éditeur de la revue Vox Latina (www.voxlatina.com ) fait une analyse du livre de J. C. Bernheim et par le fait même, celle du scandale des commandites. La francophonie mondiale sera maintenant au fait de ce qui se passe ici, dans ce plusssss beau pays. Que les ambassades canadiennes, ces faux prophètes, ces menteurs patentés, à travers le monde se le tiennent pour dit : nous sommes là et nous y resterons.

En ce jour de l'annonce officielle du scrutin fédéraste, je vous assure que ça remonte le moral. Non seulement ces escrocs libéraux fédéraux et provinciaux tentent par tous les moyens de nous manipuler encore une fois, mais en plus, ils brassent leur m... dans notre espace patriote privilégié, soit les mois de mai et juin. À ajouter à la liste noire de leurs méfaits.

À lire.....

Marie-Mance Vallée