maritimes

Terre-Neuve veut renégocier son adhésion au Canada

La fermeture par Ottawa de la pêche à la morue fait sortir la petite province de ses gonds

Manon Cornellier
LE DEVOIR vendredi 9 mai 2003


Ottawa - La fermeture quasi totale par Ottawa, il y a deux semaines, de la pêche à la morue a fait sortir de ses gonds le gouvernement de Terre-Neuve. La province ne veut rien de moins qu'une renégociation des termes de son adhésion à la Constitution afin d'obtenir un contrôle partiel des pêches le long de ses côtes. La fin de non-recevoir d'Ottawa a été immédiate.

L'idée planait depuis quelques jours, mais c'est hier que le premier ministre Roger Grimes a présenté la résolution de son gouvernement à son assemblée législative. «Il ne s'agit pas que de pêches, a-t-il dit plus tard sur les ondes de CBC. Il y a un sentiment bien enraciné à Terre-Neuve de ne pas jouir du respect du Canada, que nos positions n'ont pas droit à toute l'attention qu'elles méritent.»

En vertu de la résolution, le gouvernement terre-neuvien devrait chercher à obtenir un amendement formel aux «Terms of Union» qui, en 1949, ont scellé l'entrée de Terre-Neuve dans la fédération. Il s'agirait d'obtenir la gestion partagée des pêches, actuellement une responsabilité fédérale, et l'enchâssement dans la Constitution d'un conseil conjoint de gestion des pêcheries.

Ottawa a rapidement dit non. «Aucun amendement constitutionnel ne ramènera le poisson et ça ne changera rien dans les communautés», a répondu le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, aux Communes, déclenchant les rires de ses collègues libéraux et l'indignation de certains députés de l'opposition.

«Ce qui est important est de travailler en bons partenaires pour aider les communautés qui font face à cet événement difficile. De toute façon, un amendement constitutionnel au sujet des pêches ne peut pas être bilatéral. Il faudrait l'accord de sept provinces représentant 50 % de la population», a poursuivi M. Dion.

Selon lui, il n'est pas question de parler constitution car le problème est d'un autre ordre, à savoir une diminution de la ressource. «Ça n'a rien de constructif dans les circonstances», a-t-il ajouté à sa sortie des Communes. Le ministre des Pêches et des Océans, Robert Thibault, a pour sa part défendu l'actuel processus de consultations avec les provinces. «Dans le golfe Saint-Laurent, cinq provinces ont des intérêts à défendre en matière de pêche», a-t-il rappelé. Morceler la gestion de la ressource, croit-il, ne ferait que compliquer les choses.

La frustration à l'endroit d'Ottawa est à la hausse à Terre-Neuve au moment même où M. Grimes se prépare à déclencher des élections provinciales où son parti n'est pas assuré de la victoire. Il doit se présenter devant l'électorat avant la fin février 2004. La présentation de la résolution a donc été, dans ce contexte, qualifié de manoeuvre politique par certains, ce qu'a rejeté M. Grimes.

Même ses adversaires conservateurs ont refusé de s'aventurer sur cette voie, offrant plutôt leur appui à un geste fort populaire. Peu importe la réponse d'Ottawa, ce geste reflète en effet le ras-le-bol de la population, surtout après le choc du 24 avril.

Ce jour-là, le ministre Thibault a annoncé la fermeture, pour une durée indéterminée, de la presque totalité de la pêche à la morue de l'Atlantique. Un groupe consultatif fédéral avait suggéré de permettre des prises très limitées dans le golfe Saint-Laurent et à l'est de Terre-Neuve, mais cette recommandation a été rejetée, ce qui a encore plus choqué les Terre-Neuviens.

«Cette situation ne peut pas durer. Le temps commence à manquer pour sauver l'industrie de la pêche à Terre-Neuve», a dit M. Grimes à la législature.

Selon lui, il faut «reconnaître que les pêches étaient gérées de façon responsable par le Dominion de Terre-Neuve avant notre entrée dans la Confédération». Il a ensuite invité les libéraux fédéraux de la province à manifester leur solidarité en siégeant comme députés indépendants à Ottawa, ce qu'ils ont évidemment refusé.

Depuis le début des années 90, les moratoires sur certaines pêches se sont succédé, des villages ont fermé et la déroute de l'industrie des pêches a nourri la grogne face à la gestion assurée par Ottawa. L'annonce d'avril dernier a relancé les accusations de négligence contre le gouvernement fédéral.

Les relations entre les deux paliers de gouvernement n'étaient déjà pas très bonnes et l'insatisfaction de la population, déjà importante. Assez en tout cas pour inciter M. Grimes à mettre sur pied, l'an dernier, une commission «sur le renouvellement et le renforcement» de la place de Terre-Neuve au sein du Canada, surnommée «Blame Canada Commission». Cette dernière, qui a entendu des milliers de Terre-Neuviens, doit soumettre son rapport final le mois prochain.

En début de semaine, M. Grimes a aussi déclaré qu'il n'aiderait pas Ottawa à poursuivre en justice les pêcheurs qui défieraient le moratoire sur la pêche à la morue. Le premier ministre Jean Chrétien a répliqué le même jour qu'il jugeait la déclaration irresponsable.

Le premier ministre terre-neuvien a toutefois des alliés. Terre-Neuve a toujours souhaité obtenir un plus grand contrôle de ses ressources et le chef de l'Alliance canadienne, Stephen Harper, a dit appuyer cette revendication. Le chef conservateur, Joe Clark, a rappelé que son parti a toujours appuyé, lui aussi, une cogestion des pêches, surtout qu'Ottawa a démontré son incapacité à gérer la ressource de façon durable.




maritimes

Morue: Terre-Neuve sort l'artillerie lourde


SRC vendredi 9 mai 2003


Le gouvernement de la province de Terre-Neuve et Labrador veut un nouveau partage des compétences constitutionnelles sur la gestion de la pêche au large de ses côtes.

Le gouvernement du premier ministre libéral Roger Grimes a déposé à l'Assemblée législative de St. Johns une résolution demandant la cogestion de l'industrie de la pêche avec Ottawa, alors qu'il s'agit actuellement d'un champ de compétence fédérale. La résolution exige du fédéral qu'il modifie les conditions de l'entente signée en 1949, au moment de l'adhésion de Terre-Neuve à la Confédération canadienne. St. Johns veut aussi faire enchâsser dans la Constitution canadienne l'établissement d'un conseil conjoint de gestion de la pêche.

Le premier ministre Grimes soutient que la fermeture de la pêche à la morue démontre que le pouvoir centralisateur d'Ottawa se soucie peu du sort des gens de Terre-Neuve. «Encore une fois, Ottawa nous impose une décision sans égard au consensus au sein de la population de notre province», a-t-il déclaré.

À Ottawa, le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, a répliqué que la démarche du gouvernement de Terre-Neuve ne mènera à rien. «Aucun amendement constitutionnel ne ramènera la morue», a-t-il affirmé.

À Terre-Neuve même, certains estiment que le geste de Roger Grimes est motivé par des considérations purement électoralistes, puisque les citoyens de la province devraient être appelés aux urnes, pour des élections générales, avant la fin de 2003. M. Grimes, qui est devenu premier ministre en 2001, prenant la succession de Brian Tobin, a créé à Terre-Neuve une commission qui étudie les raisons pour lesquelles sa province a été défavorisée depuis son entrée dans la Confédération. La commission déposera son rapport le mois prochain.

Il y a quelques jours, le ministère fédéral des Pêches, Robert Thibault, a annoncé la fermeture de la pêche à la morue pour une période indéterminée, en raison de la pénurie de la ressource et ce, malgré l'avis d'un comité qui recommandait le maintien de la pêche, mais à une échelle réduite, dans le golfe du Saint-Laurent et sur la côte nord-est de Terre-Neuve.




PLQ

L'immolation bien inutile des villes fusionnées

Westmount est-elle coupable du crime d'iniquité fiscale?

Peter F. Trent
Ex-maire de Westmount (1991-2001)
LE DEVOIR vendredi 9 mai 2003


Sur la question actuelle de l'équité en matière de taxation municipale, il semble que tout le monde se soit prononcé, sauf quelqu'un qui ait déjà dirigé une ville. Dans ce débat quelque peu passionné, Westmount se fait sans cesse désigner comme principale suspecte du crime d'iniquité fiscale. Voyons si elle est coupable de ce dont on l'accuse.

L'équité fiscale et les économies d'échelle ont été les deux principaux arguments économiques invoqués à l'appui de la création des mégavilles. Maintenant que les nouvelles mégavilles ont démontré qu'il n'y a pas d'économies d'échelle -- ce qui ne surprend personne --, reste l'argument de l'équité fiscale. Selon cette thèse, les riches villes de banlieue devraient verser davantage d'argent à la ville centre pauvre. Plus précisément, les banlieusards (dont le revenu par ménage tend à être supérieur) devraient verser davantage aux Montréalais (dont le revenu par ménage tend à être inférieur).

Cette thèse très répandue repose sur la croyance selon laquelle ce sont les résidants qui paient la majeure partie des taxes. En réalité, cette croyance est erronée : les résidants de l'ancienne ville de Montréal bénéficiaient de fortes subventions. En 2001, les propriétaires et les locataires de cette ville ne contribuaient à l'ensemble des revenus qu'à hauteur de 29 %. Qui, donc, payait la majeure partie de la note ? Alcan, Molson, La Baie, la SITQ, le gouvernement du Québec, pour ne nommer que ceux-là. Pas tout à fait pauvres, ces contribuables !

Certes, les Montréalais n'ont pas la richesse foncière résidentielle des villes de banlieue abritant des résidences unifamiliales (parfois) coûteuses. Mais l'ancienne Ville de Montréal possédait quelque chose de beaucoup plus lucratif : une énorme assiette fiscale commerciale demandant peu de services et rapportant gros en taxes. À Montréal, en 2001, le taux réel de la taxe des commerces dépassait de loin le double du taux résidentiel (voir tableau).

Mais la plupart des résidants de l'ancienne ville de Montréal étant locataires, n'est-il pas normal que les taxes résidentielles par habitant soient faibles ? Oui, mais Westmount aussi compte beaucoup d'appartements. Selon Statistique Canada, 55 % des habitations de Westmount sont locatives.

Un taux de taxation résidentielle uniforme ?

Bien que la majeure partie des taxes de Montréal ait été à la charge du secteur non résidentiel, examinons l'étalon préféré des égalitaristes fiscaux et des partisans de la mégaville : un taux de taxation résidentielle uniforme. Selon l'argument invoqué, il paraît absolument injuste que le taux résidentiel de l'ancienne Ville de Westmount n'ait représenté que les deux tiers de celui de Montréal.

Tout d'abord, le faible taux en vigueur à Westmount était en partie attribuable à la gestion efficace propre aux petites villes. Ensuite, les lois sur les fusions exigent, non sans raison, que chaque ancienne ville conserve à sa charge sa dette et ses déficits actuariels. Une fois ces postes mis à part, les anciens taux résidentiels (et les dotations actuelles des arrondissements) sont beaucoup plus rapprochés. On constate d'ailleurs que, compte tenu de cet ajustement, en l'an 2000, le taux de taxation de Westmount était égal à celui de Montréal.

Les lois sur les fusions exigent que l'uniformisation des taux de taxation soit complétée en 2011. Est-ce juste ? Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il existe deux grandes façons de taxer : l'une est fonction de la consommation de services, l'autre, de la capacité de payer.

La capacité de payer

Deux contribuables possédant des maisons de valeur égale ne devraient-ils pas payer le même montant de taxes ? Intuitivement, oui, si la taxation municipale ne reposait que sur la capacité de payer. Alors, en toute logique, il faudrait imposer le même taux de taxation municipale partout au Québec.

En outre, bien que la valeur d'une propriété soit évidemment liée à la capacité de payer du propriétaire, il s'agit d'une capacité théorique puisqu'elle concerne des gains en capital non réalisés. Mais ce qui importe davantage, c'est que, comme l'affirme le rapport Bédard et comme il est généralement reconnu dans le régime canadien, la taxation municipale ne sert pas à la redistribution de la richesse, cette redistribution étant effectuée par les gouvernements fédéral et provinciaux au moyen des impôts sur le revenu.

La consommation de services

Sauf en ce qui a trait à la sécurité-incendie et au déneigement (qui représentent moins de 10 % de la plupart des budgets municipaux), la valeur d'une propriété s'avère une piètre mesure de la consommation de services municipaux. Employer cette mesure n'est pas plus sensé que de facturer l'utilisation des autoroutes d'après la valeur des automobiles.

De plus, si l'évaluation des maisons grimpait du tiers -- comme ce fut le cas à Westmount en 2001 --, la consommation de services municipaux ne bougerait pas d'un iota. Normalement, on devrait plutôt abaisser le taux de taxation du tiers afin de maintenir les recettes fiscales au même niveau. Cependant, on ne peut pas abaisser le taux local aujourd'hui puisque la mégaville projette de l'uniformiser. Or un condo à Lachine et un bungalow à Pointe-aux-Trembles consomment-ils autant de services l'un que l'autre pour la seule raison qu'ils sont d'égale valeur ? La rupture du lien, si ténu soit-il, entre la valeur des maisons et les services locaux rendus fait partie des distorsions créées par la mégaville.

Maintenant, la consommation de tous les services régionaux (de police, de transport, de traitement des eaux) est proportionnelle au nombre d'habitants d'une ville, non à la valeur de leurs propriétés. Comme personne depuis Margaret Thatcher ne proposerait une taxe par individu, la CUM a dû facturer les services régionaux d'après la capacité des villes membres à produire des revenus plutôt que d'après la consommation. Voilà pourquoi, en 2001, 53 % des taxes de Westmount ont servi à payer des services régionaux. Résultat : la Ville de Westmount a versé davantage à la CUM que Montréal-Nord, plus de quatre fois plus peuplée. Voilà pour le mythe du parasitisme des villes «riches».

La véritable équité fiscale

Alors que la valeur des résidences a peu de rapport avec la consommation de services de leurs propriétaires et à peine plus avec leur capacité de payer réelle, la somme de toutes les évaluations d'immeubles d'une ville représente une mesure raisonnable de la capacité de cette ville à produire des revenus, surtout dans le secteur non résidentiel. Et c'est sur cette base que se justifie un plan de péréquation tel que le recommande le rapport Poitras advenant des défusions.

L'équité fiscale ne passe donc pas par l'uniformisation forcée des taux de taxation. Elle passe par la compensation des disparités de richesse foncière qui a lieu lorsque chaque ville paie des services régionaux ou cotise à un fonds de péréquation. Un peu comme un système d'irrigation gouvernemental dont le coût serait partagé en fonction du nombre de pommes produites dans un verger, qu'on les cueille ou non.

S'il est vrai, en fin de compte, que Westmount et d'autres villes de banlieue n'ont pas agi à l'inverse de Robin des Bois, il reste que leur immolation sur l'autel de l'équité fiscale fut bien inutile.




défusions

Jean-Marc Fournier déçoit les partisans des défusions


SRC 8 mai 2003


Le nouveau ministre québécois des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, a déçu les partisans des défusions lors de son premier discours officiel tenu jeudi dans le cadre du 82e congrès de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui se déroule actuellement à Gatineau.

Le ministre Fournier, qui n'a pas prononcé une seule fois le mot «défusion», a encouragé les maires à améliorer le fonctionnement de leurs villes, s'éloignant ainsi des positions prises par le Parti libéral au cours des dernières années. «Les élus des nouvelles villes seront des partenaires dans la recherche de l'adhésion volontaire des citoyens», a-t-il déclaré, ajoutant que «toutes les propositions de réingénierie qui iront dans cette direction seront considérées avec la plus grande attention».

Le ministre Fournier, qui n'a reçu qu'un accueil poli des congressistes, s'est ainsi trouvé à appuyer publiquement la vaste réorganisation entreprise par le maire de Montréal, Gérald Tremblay, dans le but de donner aux citoyens de la nouvelle ville des raisons pour adhérer au nouveau découpage municipal de la métropole québécoise.

S'il faudra attendre le dépôt de la loi-cadre, le mois prochain, pour connaître la position officielle du ministre des Affaires municipales sur cette épineuse question, il a néanmoins fait savoir que ce ne sont pas les citoyens des nouvelles grandes villes qui seront appelés à se prononcer sur les défusions, mais uniquement ceux des anciennes villes désireuses de regagner leur autonomie.

Pour le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, qui s'insurge contre ce qu'il appelle une «loi à géométrie variable», cette première prise de position n'est pas conséquente.

Deux bonnes nouvelles, cependant, attendaient les élus québécois aux prises avec des problèmes financiers qui ne cessent de s'accroître. D'une part, le ministre Fournier a promis de verser aux municipalités 1% de la taxe de vente québécoise (TVQ) afin de diversifier les sources de revenus. D'autre part, il a fait la promesse de modifier l'article 45 du Code du travail pour permettre aux municipalités de recourir davantage à la sous-traitance.




défusions

Congrès de l'Union des municipalités du Québec

Fournier entend répondre aux voeux des municipalités

Autonomie, partage de la TVQ et accroissement de la sous-traitance sont à l'ordre du jour

Jeanne Corriveau
LE DEVOIR vendredi 9 mai 2003


Jean-Marc Fournier entend accorder aux villes ce que les élus municipaux réclament depuis des années, soit une plus grande autonomie et de nouvelles sources de revenus. Mais les maires québécois, réunis en congrès hier à Gatineau, sont demeurés sceptiques face aux engagements du nouveau ministre des Affaires municipales, comme si c'était trop beau pour être vrai.

Le gouvernement libéral veut donner aux villes un nouveau statut, soit celui de partenaires, afin de mettre une fois pour toutes au rancart l'idée que les municipalités sont des «créatures du gouvernement». À l'occasion d'une allocution prononcée hier lors des assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) à Gatineau, Jean-Marc Fournier a promis «l'émergence d'un nouveau monde municipal» en 2005.

Pour y arriver, il accordera notamment aux municipalités une partie des recettes de la taxe de vente du Québec (TVQ) et procédera à un partage plus équitable des redevances sur les ressources naturelles. Il a également rappelé l'intention du gouvernement de modifier l'article 45 du Code du travail, ce qui aura pour effet de faciliter le recours à la sous-traitance. Les municipalités, a-t-il indiqué, «ne sont pas de simples succursales ou relais administratifs du gouvernement, ni non plus de simples créatures de l'État, condamnées à demeurer ce qu'elles étaient au moment de leur création». Ses paroles ont été saluées par une salve d'applaudissements.

Les membres de l'UMQ attendaient de pied ferme le nouveau ministre avec, en main, une étude réalisée par le Conference Board du Canada, qui prévoit un scénario catastrophique si Ottawa et Québec n'accordent pas un meilleur financement aux villes. La faible croissance des revenus, 1,7 % par année, assortie d'une hausse plus marquée des dépenses de fonctionnement, évaluée à 2,6 % annuellement, et d'un endettement des municipalités sans cesse grandissant, pourrait conduire à l'explosion du compte de taxes des contribuables: «Si rien n'est fait rapidement, le fardeau fiscal des contribuables des municipalités québécoises aura augmenté de 90 % dans cinq ans», affirment les auteurs de l'étude.

Les maires ont été encouragés par les propos du ministre, mais ils entretiennent bien des doutes. «Ç'a été un premier contact intéressant», s'est contentée de dire la présidente de l'UMQ et mairesse de Drummondville, Francine Ruest-Jutras. Le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, n'est pas convaincu que les responsabilités accrues promises aux municipalités seront accompagnées d'un financement suffisant. Et si le gouvernement touche à l'article 45, il fera peut-être plaisir aux maires désireux d'octroyer des contrats à des firmes amies, mais il se mettra les syndicats à dos, a-t-il prévenu.

Même s'il ne figure pas à l'ordre du jour, le thème des défusions n'a pas manqué de donner le ton aux discussions. Le ministre Fournier a réitéré hier son intention de déposer un projet de loi au début juin en précisant qu'il s'agira d'un processus «sérieux et utile». Il a toutefois rejeté du revers de la main l'idée avancée par le maire de Québec d'exiger, lors de ces référendums, une double majorité afin de donner à l'ensemble des citoyens des villes unifiées le droit de se prononcer sur le démantèlement de leur municipalité.

L'avènement au pouvoir des libéraux pourrait également entraîner la remise en question de certains éléments des contrats de ville conclus avec Québec et Montréal, a confié le ministre. Avant d'apposer sa signature au bas des documents, il désire vérifier s'il dispose des fonds nécessaires pour honorer les engagements de son prédécesseur.




défusions

DÉFUSIONS : Le PQ soutient que le climat malsain nuit à Montréal

Mario Cloutier
La Pressevendredi 9 mai 2003


Québec - L'opposition péquiste croit que l'incertitude sur l'avenir des grandes villes, entretenue par le projet des défusions municipales du gouvernement libéral, nuit considérablement au développement de Montréal.

"Tout retard dans la clarification de la vision pour l'avenir de Montréal est préjudiciable pour Montréal et tous les Montréalais qui vont en faire les frais", affirme la critique péquiste Rita Dionne-Marsolais.

Avec la loi sur la démocratie municipale, la députée de Rosemont prévoit que le gouvernement libéral commandera de multiples études, un véritable "gaspillage pour gagner du temps et éviter de prendre une décision trop rapide", ironise-t-elle. Elle soupçonne que le statut de Montréal, ville francophone d'Amérique, inspire certains défusionnistes pour faire campagne contre la nouvelle ville.

"Ce qu'on essaie de sauver, c'est l'honneur de certains maires de ces municipalités de l'Ouest-de-l'Île qui ont la nostalgie de leur passé", affirme l'ancienne ministre péquiste.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, dit-elle, retarde des décisions tant qu'il ne saura pas quel avenir le gouvernement Charest réserve à la métropole. Mme Dionne-Marsolais pense que Montréal est maintenue en "état de siège". "On est en train de créer de toutes pièces une impression d'anarchie à Montréal", ajoute-t-elle.

Sa collègue Diane Lemieux croit qu'il s'agit d'un climat malsain qui fait envisager, notamment, le report des négociations sur les conventions collectives. On nage en plein flou, estime Mme Lemieux. Les élus municipaux ne savent pas où ils s'en vont avec le gouvernement libéral "qui est en train de faire reculer la construction des nouvelles villes".

Le Parti québécois restera le gardien de l'équité fiscale, ajoute la députée de Bourget. "On n'a pas fait cette belle réforme pour rien", dit-elle. Le gouvernement du PQ, rappelle Mme Lemieux, a négocié des contrats de ville sur une base égalitaire avec Montréal et Québec. D'autres municipalités sont dans les coulisses et s'attendent à un nouveau rapport avec le gouvernement québécois.

"On ne pourra faire durer longtemps le suspense. Est-ce qu'on peut à la fois dire être d'accord avec les nouvelles villes en ajoutant qu'on ne sait pas si elles vont exister encore dans six mois ou un an? Ça ne marche pas, ce sont des messages contradictoires", conclut-elle.




défusions

Le mot tabou

Julie Lemieux
Le Soleil vendredi 9 mai 2003


Éditorial - Les défusions ne sont pas à l'ordre du jour des assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec (UMQ). Elles ne feront sans doute pas l'objet d'une prise de position officielle de l'organisme. Même le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, n'a pas osé prononcer le mot tabou, hier, lors de son premier discours devant les maires et les conseillers du Québec. Mais on a beau vouloir éviter le sujet, les défusions constituent tout de même la toile de fond de ce congrès.

Une toile de fond dont on se serait d'ailleurs bien passé. À l'heure où on nous apprend que les municipalités sont pratiquement au bord du gouffre, que la réforme de la fiscalité locale devrait faire partie des grandes priorités des élus si l'on veut éviter le pire, il est plutôt désolant de constater que les prochains mois seront consacrés au débat sur les défusions. Quel temps perdu ! Le gouvernement québécois aurait pu nous éviter une telle aberration.

Le ministre Fournier a bien voulu se faire rassurant, hier, en réaffirmant que son gouvernement souhaite la réussite des villes nouvelles. Mais comment peut-on du même coup espérer leur succès et donner des armes aux citoyens pour amorcer leur destruction ? On ne peut bien sûr reprocher à l'équipe de Jean Charest de vouloir tenir sa promesse. Mais ce malheureux engagement tombe à un bien mauvais moment pour des municipalités qui ont d'autres chats à fouetter.

Les élus municipaux, tout comme le gouvernement, sont maintenant pris au piège et devront vider la question. En permettant à la population de s'exprimer sur le sujet, le ministre souhaite ainsi panser les plaies et mousser le sentiment d'appartenance des citoyens à leur nouvelle ville fusionnée. Mais comme il l'a lui-même affirmé, ce sentiment ne s'impose pas, il se cultive. Les personnes qui n'ont pas digéré les fusions développeront-elles soudainement un sentiment d'appartenance à la ville nouvelle parce qu'elles auront été consultées ? Il est permis d'en douter. Seul le temps effacera les frontières et permettra aux citoyens de s'identifier à leur grande municipalité.

Puisqu'il faut aller de l'avant malgré tout, souhaitons que la loi-cadre du gouvernement n'ouvrira pas la porte trop grande aux défusions et imposera des critères sévères pour qu'elles soient réalisées. Le ministre Fournier n'a pas voulu donner de détails à ce chapitre, hier. Mais sa promesse de maintenir le principe de l'équité fiscale entre les municipalités et de considérer les élus des nouvelles villes comme des partenaires tout au long de ce processus permet d'espérer que les défusions ne seront pas la norme, mais l'exception.

JLemieux@lesoleil.com




Approche commune

Négociations avec les Innus :

Pelletier veut respecter l'échéance de deux ans

Monique Giguère
Le Soleil vendredi 9 mai 2003


Assermenté le 29 avril, le nouveau ministre délégué aux Affaires gouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, n'a guère eu de temps pour relancer la négociation avec les Innus de Mamuitun et de Nutashkuan. Mais il peut d'ores et déjà affirmer deux choses : le dossier innu demeure une priorité pour le nouveau gouvernement et l'échéance de deux ans pour la signature d'un traité est un objectif qu'il entend respecter.

Le ministre Pelletier était incapable, hier, de donner une date pour la remise en route du processus de négociation interrompu par le déclenchement des élections le 12 mars et l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement le 14 avril. D'abord, il attend un rapport du secrétariat aux Affaires autochtones sur les travaux de la commission parlementaire qui s'est déroulée en janvier et en février. Puis, il entrera en contact avec le négociateur du Québec, Louis Bernard, pour la suite des choses.

" Je vous le dis sous toute réserve. Rien n'indique pour l'instant que le rôle de Louis Bernard comme négociateur sera remis en question ", a déclaré le ministre Pelletier au cours d'une brève conversation téléphonique.

Benoît Pelletier ne remet pas davantage en cause l'entente de principe intervenue avec Mamuitun et Nutashkuan. " Ce sera la base des futures négociations " qui, laisse-t-il entendre, pourraient reprendre avant même qu'ait lieu une révision du processus de négociations pour y intégrer une plus grande participation des populations régionales, comme le proposait le mandataire de l'ancien gouvernement, Guy Chevrette.

" On va tenir compte du rapport Chevrette. Mais ça ne veut pas dire que tout va être retenu. Il n'y a pas de proposition pour modifier la table de négociations présentement ", note-t-il. Cela dit, il reconnaît qu'il " faudra à tout prix tenir compte des inquiétudes, des réserves, des intérêts et des demandes exprimées par les non-autochtones en commission parlementaire et traduire ça dans le processus de négociations ".

" J'envisage un lien plus direct et plus solide entre le négociateur du Québec, d'une part, et les populations des régions concernées, d'autre part ", précise le nouveau ministre des Affaires autochtones qui explique vouloir focaliser sur une " véritable " approche commune. " Mon message, c'est la continuité ", résume-t-il.

MGiguere@lesoleil.com




Qc-NY

M. Charest à New York

Le Québec dans le monde

Gilbert Lavoie
Le Soleil vendredi 9 mai 2003


Éditorial - La place du Québec sur la scène internationale a toujours été un sujet potentiel de litige avec le gouvernement fédéral. Vus d'Ottawa, les gouvernements péquistes sont généralement plus suspects, mais le discours de Jean Charest à Montréal et sa visite à New York ont montré que le nouveau premier ministre n'entend pas effectuer de recul en ce domaine, contraintes budgétaires ou pas.

Si on se fie aux propos de M. Charest, la vaste révision budgétaire lancée par la ministre Monique Jérome-Forget, au Conseil du Trésor, ne devrait pas déboucher sur de nouvelles fermetures de délégations à l'étranger, comme ce fut le cas en 1996.

Au moment où même les grandes villes sont appelées à devenir des acteurs importants dans les relations internationales, le gouvernement du Québec n'a pas besoin d'être souverainiste pour comprendre l'importance d'assumer sa présence à l'étranger.

Les objectifs sont sans doute à revoir. Ils sont nombreux, au ministère des Relations internationales, à croire que l'ex-ministre Louise Beaudoin a consacré trop de temps et de ressources à l'Europe, au détriment du reste de la planète. Il y a longtemps que les budgets imposants de la délégation du Québec à Paris font sourciller. D'ailleurs, Mme Beaudoin n'a-t-elle pas dit, au lendemain de sa défaite, qu'on la regretterait "davantage à Paris qu'à Saint-Bruno"...

La délégation au Royaume-Uni, qui demeure notre principal partenaire commercial de l'autre côté de l'Atlantique, n'a que le quart des effectifs de la délégation de Paris. Au cours des dernières années, le gouvernement Landry a fait des efforts du côté américain. Mais l'Asie demeure un continent négligé. Nous n'avons que deux représentants en Chine, et ce n'est pas la nomination partisane de David Payne à Shanghai qui viendra améliorer la situation.

Dans tout gouvernement, c'est le premier ministre qui donne le ton. On connaissait déjà l'intérêt de Jean Charest pour les affaires canadiennes ; il vient d'envoyer un signal similaire pour les relations internationales. En prévenant Ottawa que le Québec ne se gênera pas pour établir sa présence à l'étranger, M. Charest avait sans doute en mémoire la place qu'il avait lui-même accordée aux provinces, à titre de ministre fédéral de l'Environnement, aux négociations du Sommet de la Terre à Rio, en 1992.

Si le gouvernement Chrétien avait accordé une place similaire aux provinces dans les négociations menant à l'accord de Kyoto, on n'aurait peut-être pas assisté aux querelles subséquentes qui ont suivi la ratification de cette entente.

GLavoie@lesoleil.com




Qc-NY

Sommet économique Québec-État de New York

Pascale Breton
La Presse vendredi 9 mai 2003


New York - Le Québec et l'État de New York tiendront un sommet économique à Montréal en novembre. C'est ce qu'ont convenu le premier ministre Jean Charest et le gouverneur George Pataki lors d'un entretien hier dans la métropole américaine. Un premier sommet avait eu lieu en mai 2002 à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Plattsburgh.

À sa première visite officielle en sol américain, le premier ministre Jean Charest a aussi indiqué clairement la direction que le nouveau gouvernement du Québec compte prendre dans ses relations avec les États-Unis. Moins de trois semaines après son élection, ce voyage éclair à New York a été l'occasion de démontrer qu'il a l'intention de profiter de toutes les tribunes pour discuter des dossiers touchant le Québec.

" C'est une nouvelle tendance qui se dégage en politique canadienne où les gouvernements provinciaux établissent leur propre présence. (...) Nous allons occuper cet espace qui nous revient, nous le ferons dans le respect des compétences des deux niveaux de gouvernement, mais je vois ça comme étant une affaire très positive ", a affirmé M. Charest.

Les premiers ministres de l'Ontario et de l'Alberta, Ernie Eves et Ralph Klein, ont affiché à quelques reprises des positions divergentes de celles d'Ottawa, a rappelé M. Charest. Ainsi, l'Alberta pilote activement le dossier de l'exportation énergétique et s'est aussi distancié du fédéral en se déclarant en faveur d'une intervention armée en Irak.

En moins de 24 heures, le premier ministre Charest a discuté quelques minutes en tête-à-tête avec le secrétaire d'État américain, Colin Powell, puis il a rencontré le gouverneur de l'État de New York, George E. Pataki. Il a eu le privilège de s'entretenir avec M. Powell dans le cadre d'un gala-bénéfice organisé par la Foreign Policy Association, mercredi soir, une occasion rarissime pour un premier ministre provincial de parler avec un personnage important du gouvernement américain.

M. Charest en a profité pour aborder l'épineux dossier du bois d'oeuvre, disant espérer que cette question sera bientôt réglée "une fois pour toutes" et s'est dit satisfait de constater la réaction plutôt positive, selon lui, de M. Powell.

"Du côté québécois et canadien, au point de départ, c'est exactement ce qu'on visait, que nous puissions avoir un règlement qui va nous éviter de répéter ce vieux film en noir et blanc qu'on se rejoue entre les deux pays et entre le Québec et les États-Unis", a déclaré M. Charest.

Le premier ministre s'est dit agréablement surpris d'avoir pu discuter quelques minutes avec M. Powell, s'attendant plutôt à une poignée de main cordiale et les salutations d'usage. M. Powell est même allé jusqu'à prononcer quelques mots dans la langue de Molière, en plus de saluer le nouveau premier ministre du Québec dans son discours.

Le secrétaire d'État américain était l'un des orateurs au gala-bénéfice et il a lancé un message de réconciliation entre les États-Unis et l'Europe à la suite de la guerre en Irak. Le président de la Foreign Policy Association, Noel Lateef, a par ailleurs profité de la présence de M. Charest pour l'inviter à titre de conférencier à l'automne.

Relance du train rapide

C'est par ailleurs lors de la rencontre d'une trentaine de minutes entre M. Charest et le gouverneur Pataki, hier matin, que le dossier du train rapide entre New York et le Québec a été ramené sur le tapis. Cette initiative de la part de M. Pataki a été accueillie avec beaucoup d'ouverture de la part de M. Charest.

"J'ai reçu ça comme un signal très encourageant du fait que ce soit eux qui le soulèvent et nous disent spontanément que c'est le genre de projet que nous devrions chercher à pousser. Je reçois ça comme un signal positif. Cela veut dire que nous allons retourner chez nous et dire aux gens que nous allons mettre ce projet sur la table, que nous allons revoir ça", a-t-il déclaré, prenant bien soin toutefois de préciser que la réalisation d'un projet aussi complexe est encore loin.

M. Charest n'a pas eu le temps d'aborder le projet d'une candidature commune de New York et de Québec pour l'obtention des Jeux olympiques d'hiver- idée lancée par M. Pataki en janvier. Le sujet devrait être à l'ordre du jour du prochain sommet.




Qc-NY

M. Charest à New York

" Le Québec doit prendre sa place " : Jean Charest établit son style sur la scène internationale

Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 9 mai 2003


New York - Vingt-quatre heures à New York auront suffi au premier ministre Jean Charest pour donner le ton de l'attitude qu'il entend adopter sur la scène internationale, où le Québec ne se gênera pas pour " établir sa propre présence ", en marge d'Ottawa s'il le faut.

" Il y a une nouvelle tendance qui se dégage en politique canadienne où les gouvernements provinciaux établissent leur propre présence et, en ce sens-là, on suit ce que le Québec a fait, a indiqué hier M. Charest. Rappelons-nous que M. (Ralph) Klein, M. (Ernie) Eves ont fait des interventions qui étaient en contradiction avec les positions défendues par le gouvernement fédéral. On doit dorénavant en conclure que nous allons occuper cet espace qui est le nôtre, dans le respect des compétences des deux gouvernements. "

Les 14 années qu'il a passées à la Chambre des communes font dire à M. Charest que le système fédéral est mûr pour de tels aménagements. Se rapportant au Sommet de la Terre de Rio en 1992, où " les provinces avaient un accès direct aux négociateurs canadiens sans passer par le filtre du fédéral ", le chef libéral estime qu'Ottawa est plus que jamais disposé à donner du lest aux provinces " dans un esprit de coopération ".

Déterminé à ce que " le Québec prenne sa place en Amérique ", M. Charest a profité de son tête-à-tête mercredi soir avec Colin Powell pour aborder les questions de la sécurité frontalière et du bois d'oeuvre. Deux dossiers pilotés par Ottawa, mais portés par les provinces les plus touchées, dont le Québec.

" Pour celui qui est secrétaire d'État américain, la question du bois d'oeuvre est un passage obligatoire, a fait remarquer M. Charest. Ça l'a été pour ses prédécesseurs, ça l'est pour lui. Et j'espère que cette fois-ci, on va la régler une fois pour toutes. Du côté québécois et canadien, au point de départ, c'est ce qu'on vise, d'avoir un règlement qui va nous éviter de répéter ce vieux film en noir et blanc qu'on se rejoue entre les deux pays, et entre le Québec et les États-Unis. "

Lorsque M. Charest a abordé l'épineuse question, M. Powell a levé les yeux au ciel. Une réaction prometteuse, estime le chef libéral, qui montre à quel point le numéro un des relations diplomatiques américaines est bien au fait du problème. " Le bois d'oeuvre, ça revient constamment. Parce qu'à chaque fois qu'on signe une nouvelle entente, ça ouvre la porte à une nouvelle action de la part des États-Unis. "

De retour au bercail après une absence qui n'aura duré que 24 heures, M. Charest se dit satisfait de ce premier contact. Faute de résultats concrets, cette visite-éclair lui a permis de " mettre la table " et de sonder l'intérêt de son vis-à-vis new-yorkais, le gouverneur George Pataki, sur différentes questions touchant les deux États.

Une rencontre d'une trentaine de minutes hier matin a permis aux deux hommes de faire le point sur les dossiers en chantier, notamment sur le projet d'un train rapide reliant Montréal et New York, que M. Pataki a porté à l'ordre du jour. Ouvert à l'idée, M. Charest entrevoit toutefois de " nombreux obstacles " à la réalisation de cet éventuel lien ferroviaire. Cela dit, il interprète ce rappel comme " un signal très encourageant, qu'eux le soulèvent, pour nous dire que c'est le genre de projets qu'on devrait chercher à pousser ".

Au cours de cette rencontre de reconnaissance, le premier ministre québécois et le gouverneur new-yorkais ont convenu de se revoir à Montréal dans six mois, dans le cadre d'un deuxième Sommet Québec-New York. La question des Jeux olympiques binationaux, qui n'a pas été soulevée hier, sera abordée à cette occasion. C'est à ce moment que M. Charest décidera s'il donne suite à l'idée mise de l'avant par M. Pataki. " On en saura davantage au sommet de novembre si on va continuer à pousser très fort là-dessus. Il faut d'abord évaluer les chances réelles de réussite avant d'investir davantage là-dedans ", a-t-il indiqué. D'ici là, M. Charest n'a pas l'intention de saborder le comité de travail mis de l'avant par le sénateur américain Ron Stafford et le ministre sortant du Sport, Richard Legendre.

M. Charest a quitté New York hier avec l'assurance d'y revenir à l'automne pour y prononcer un discours. L'invitation est venue de la Foreign Policy Association, l'organisme hôte du souper-gala de mercredi soir, où Colin Powell a pris la parole. C'est au début de la soirée que M. Charest a pu s'entretenir avec M. Powell, un " homme chaleureux, très direct ", un rare privilège pour un premier ministre québécois.

MMoisan@lesoleil.com




garderies à 5$

Les garderies à 7 $?

Katia Gagnon
La Presse vendredi 9 mai 2003


Éditorial - Ce qui devait arriver, arriva. Le Tribunal du travail est venu confirmer mercredi une décision rendue il y a plus d'un an par le Commissaire du travail: les responsables de services de garde en milieu familial doivent être considérées comme des salariées des centres de la petite enfance. Pour Québec, la facture sera salée et vient remettre sur le tapis une éventuelle augmentation du sacro-saint tarif de 5 $. Parlera-t-on bientôt des garderies à 7 $?

Cette décision, en apparence banale, rendue par le Tribunal du travail, est pourtant capitale pour l'avenir du réseau. En gros, elle vient confirmer que les 15 000 responsables de services de garde en milieu familial- ces dames qui gardent des enfants chez elles- qui sont rattachées aux CPE, doivent être considérées comme des salariées, non comme des travailleuses autonomes. Ces femmes, qui constituent 50 % du réseau des services de garde, pourront maintenant aspirer à un salaire plus élevé, doublé d'avantages sociaux, comme ceux dont jouissent les éducatrices en garderie. Et c'est Québec qui paiera la facture: certains parlent de 140 millions par an.

Québec paie ainsi le prix de la précipitation avec laquelle il a lancé le programme de garde à 5 $. La garde en milieu familial a été la façon économique et rapide d'étendre le réseau. La facture de cet empressement vient d'arriver. Comment la paierons-nous?

Deux options s'offrent au nouveau ministre de la Famille, Claude Béchard. Première possibilité: augmenter le tarif général. Cette éventualité risque bien sûr de soulever un tollé, parce que la formule des centres de la petite enfance est étroitement associée au tarif de 5 $. Mais ce tarif ne peut pas tenir pour l'éternité. Car en plus du relèvement salarial en milieu familial, il faudra bientôt défrayer l'équité salariale dans le réseau.

Le problème avec une augmentation de tarif générale, c'est qu'on arrivera éventuellement au seuil où les parents paieront exactement le même tarif qu'avant la réforme. Les garderies coûtaient alors autour de 22 $ par jour, mais un crédit d'impôt venait diminuer ce montant selon le revenu du parent. Les garderies étaient devenues trop dispendieuses pour une partie de la population, qui avait recours aux services de gardiennes au noir. Si le tarif des CPE augmente trop, on risque de retomber dans ce cercle vicieux.

Ce qui nous amène à la seconde possibilité: mettre fin à l'universalité du programme. Tout le monde continue à payer 5 $, mais les plus nantis défraieront davantage lorsqu'ils remplissent leur déclaration d'impôt. Certains accuseront le gouvernement d'imposer ainsi une nouvelle taxe. Mais dans un contexte financier difficile, où l'État dépense plus d'un milliard de dollars par an pour ces services, peut-on encore se payer le luxe de subventionner quelqu'un qui gagne, disons, plus de 100 000 $ par an? La réponse tombe sous le sens. Mais pour prendre une telle décision, il faudra que Claude Béchard, lui-même jeune papa, ait le courage politique de s'attaquer à une vache sacrée.

kgagnon@lapresse.ca




missiles

Le bouclier de Damoclès

André Pratte
La Presse vendredi 9 mai 2003


Éditorial - Le cabinet fédéral a amorcé cette semaine ses discussions sur une participation éventuelle du Canada au projet de bouclier antimissile que déploieront progressivement les États-Unis à compter de l'an prochain. Comme bien d'autres décisions du genre dans le passé (l'installation de missiles Bomarc, les essais de missiles de croisière), celle-ci place le gouvernement devant un dilemme déchirant.

À terme, suivant les fantasmes américains, le bouclier permettra d'intercepter tout missile balistique visant les États-Unis ou ses alliés. Il ne s'agit pas ici de contrer une attaque massive par la Russie ou la Chine, mais plutôt de bloquer soit un tir accidentel, soit un missile lancé par un "État voyou".

De l'avis de plusieurs experts, ce fantasme-là n'est pas prêt de se réaliser. D'un point de vue technique, en effet, la chose est extrêmement complexe: intercepter un missile volant à des vitesses dépassant 3000 km/heure, c'est un peu comme tenter d'atteindre une balle de revolver en plein vol avec une autre balle. Pourtant, l'administration Bush y croit fermement, et plusieurs essais préliminaires ont déjà été réalisés.

Les adversaires du bouclier antimissile affirment que, bien que le système soit de nature défensive, il aura plusieurs effets pervers. Par exemple, il permettrait aux États-Unis de traiter tous les États voyous sur le même pied, qu'ils disposent d'armes nucléaires de longue portée ou non. Protégés par leur bouclier, les États-Unis pourraient faire subir à la Corée du Nord le même sort qu'à l'Irak.

Ultimement, la logique du bouclier antimissile entraînera l'installation d'armements dans l'espace, et donc une militarisation de l'espace que de nombreux pays- dont le Canada- cherchent à éviter depuis des décennies.

Dans ce débat, les arguments de la Maison-Blanche sont peu convaincants. Les experts en armement affirment en effet que, de tous les "États voyous", seule la Corée du Nord pourrait être en mesure de lancer un missile capable d'atteindre les États-Unis. De toute façon, la puissance nucléaire américaine est telle que tout État, voyou ou pas, qui oserait lancer un missile vers les États-Unis serait assuré d'être pulvérisé dans les minutes qui suivent.

Et le Canada, dans tout ça? On ne sait pas exactement ce que Washington attend de nous dans ce dossier. Le gouvernement canadien, c'est évident, n'est pas très entiché du projet. En même temps, il ne peut être aveugle à l'impact d'un refus catégorique sur l'ensemble des relations canado-américaines, déjà passablement tendues.

La crainte de certains, c'est que les Américains ne délaissent NORAD, l'organisation conjointe de défense aérienne de l'Amérique du Nord, pour prendre en main seuls la protection du continent. Le Canada perdrait alors une influence significative sur la défense de son propre territoire. De plus, si les Américains construisent un bouclier, ne vaut-il pas mieux être en dessous du bouclier qu'à côté? Et s'il doit y avoir des interceptions au-dessus du territoire canadien, ne vaut-il pas mieux avoir son mot à dire? "Le Canada a le choix de laisser les Américains planifier l'utilisation du territoire canadien ou de participer aux décisions", a noté l'historien Jack Granatstein.

Dans l'immédiat, il est sans doute préférable pour le gouvernement Chrétien d'adopter cette bonne vieille stratégie canadienne: ménager la chèvre et le chou, temporiser. Le Canada devrait accepter d'entreprendre des discussions sur une participation éventuelle au projet, tout en réaffirmant son opposition à la militarisation de l'espace. Au pire, le Canada se sera assuré ainsi de préserver son rôle dans la défense du continent. Au mieux, le projet de bouclier sera rapidement abandonné, parce qu'il aura été jugé trop coûteux, inutile ou irréalisable. Ou encore parce que George W. Bush ne sera plus président.

apratte@lapresse.ca




géopolitique

L'orignal de Jefferson

Christian Rioux
LE DEVOIR vendredi 9 mai 2003


Saviez-vous que les Européens n'ont pas toujours rêvé de l'Amérique? Non, les Allemands ne nous ont pas toujours envié les chutes Niagara. Les Italiens n'ont pas toujours fantasmé sur Madonna. Quant aux Français, ils n'ont pas toujours vanté nos grands espaces.

Il y a même eu une époque où l'Amérique ne leur inspirait que frayeur et dégoût. Non, je ne parle pas de l'ère qui s'est ouverte avec l'élection de George W. Bush. Je parle d'une époque beaucoup plus lointaine, que mon grand-père n'a même pas connue.

C'était au début du XVIIIe siècle, après l'enthousiasme qui suivit la colonisation du continent. Les naturalistes développèrent alors une étrange théorie selon laquelle tout était moins beau, moins grand et moins parfait dans le Nouveau Monde. Selon eux, les animaux étaient moins vifs, les montagnes moins hautes et les humains forcément moins intelligents. Certains allèrent jusqu'à parler de la dégénérescence inévitable du genre animal dès qu'il foule le sol américain. Même un grand scientifique comme Buffon se laissa abuser par un tel délire antiaméricain. La caractéristique commune de tous ces savants était évidemment de n'avoir jamais mis les pieds en Amérique.

Dans un ouvrage passionnant (L'Ennemi américain, Seuil), Philippe Roger raconte comment le pauvre Thomas Jefferson, arrivant à Paris en 1785, tenta de rétablir les faits. Pour cela, le père de la déclaration d'Indépendance fit même venir à grands frais du Vermont un orignal empaillé ainsi qu'une peau de cougar, histoire de démontrer aux doctes messieurs de la Sorbonne que les espèces animales de son pays n'avaient rien à envier à celles du Vieux Continent.

***

En écoutant ce qui se dit en France depuis l'intervention américaine en Irak, cette époque ne semble pas si lointaine. Le programme du président Bush a beau ne pas être ma tasse de thé, avouons que les caricatures des États-Unis qui remplissent les médias français depuis deux mois n'ont rien à envier à celles proférées par ces Américains qui pourfendent les mangeurs de grenouilles et autres amateurs de fromages qui puent.

Par exemple, il n'est pas rare ces jours-ci d'entendre comparer la religiosité de George Bush à celle des potentats arabes. Pour plusieurs, les références à Dieu dont le président américain émaille ses discours sont le miroir exact des prêches absolutistes de ces chefs arabes qui appliquent la charia. Certains médias français n'hésitent plus à comparer l'opposition de la droite américaine à l'avortement à la lapidation des femmes au nom de la loi musulmane.

La guerre d'Irak se réduit ainsi à une lutte entre deux fondamentalisme, où on évite soigneusement de rappeler que l'une des parties est tout de même un pays démocratique où règne une liberté religieuse enviée de la moitié de l'humanité. Pourtant, je ne compte plus les savants analystes qui, sans sourciller, comparent la censure absolutiste qui règne dans la plupart des pays arabes au patriotisme -- inquiétant, il est vrai -- de certains médias américains pendant la guerre.

Dans la très populaire émission satirique Les Guignols de l'info, diffusée quotidiennement sur Canal +, George Bush est représenté comme un individu immature qui exécute sans hésiter tous les Arabes qu'il croise sur son chemin. La marionnette censée incarner les soldats américains brandit régulièrement les têtes décapitées de ses victimes arabes. Exactement comme l'ont fait, pour de vrai et sur vidéo, les assassins du journaliste Daniel Pearl, du Wall Street Journal, enlevé et exécuté à Karachi.

Les auteurs des sketchs ne se sont visiblement jamais donné la peine d'écouter dans le texte un discours du président américain. Sinon, ils n'auraient pas besoin de grossir le trait de la sorte. Par contre, ils peignent un Saddam Hussein tout en finesse. Pas qu'ils connaissent beaucoup mieux la rhétorique de l'ancien dictateur de Bagdad. Mais leur fréquentation intime des populations arabes leur permet de créer un personnage nuancé qui ressemble à un vieil oncle roublard finalement assez sympathique. Certainement plus que Bush, en tout cas.

Le chercheur Dominique Wolton avançait récemment une explication qui aide à comprendre en partie cet antiaméricanisme exacerbé qui s'empare périodiquement de l'Europe et qui alterne généralement, il faut le dire, avec des périodes d'admiration béate. C'est que la modernité est souvent confondue avec l'américanité. Lorsque le fast-food arrive en France, il est aussitôt associé aux États-Unis. Peu importe qu'il y ait à Paris cent fois plus de marchands de falafels et de souvlakis que de concessionnaires McDo. Peu importe que les mères aient de moins en moins le temps de faire la cuisine, en France comme ailleurs.

Partout en Europe, avant chaque scrutin, on entend les mêmes intellectuels entonner le bon vieux couplet déplorant l'«américanisation» des campagnes électorales. Comme si la médiatisation des campagnes n'était pas tout simplement une conséquence du rôle croissant que joue la télévision dans la vie des sociétés et non pas un dangereux microbe fabriqué dans un laboratoire de Madison Avenue.

***

L'ancien dissident polonais Adam Michnik expliquait récemment qu'on voudrait ne pas avoir à défendre un président aussi rigide et si peu nuancé que George Bush. Mais devant l'énormité des arguments qu'on lui oppose souvent, on en est presque réduit à le faire.

Malheureusement, l'antiaméricanisme n'est pas la critique des États-Unis. C'est une sorte de réflexe puéril aussi détestable que le déferlement antifrançais qui s'empare parfois des États-Unis -- comme du Canada anglais, d'ailleurs. Ce n'est pas parce que Baudelaire était un génie du XIXe siècle qu'il fallait le suivre lorsqu'il décrivait l'Amérique comme le «total avilissement des coeurs».

crioux@ledevoir.com

Christian Rioux est correspondant du Devoir à Paris.




PLQ

Le retour des vaches maigres

Mario Cloutier
La Presse vendredi 9 mai 2003


Québec - La nouvelle présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, sonne la fin de la récréation pour ses collègues du cabinet Charest. Le trou de quatre milliards de dollars dans le Trésor québécois est bien réel, soutient-elle. Le gouvernement libéral n'a plus aucune marge de manoeuvre dans le budget des dépenses qu'elle administre désormais.

" Ça va demander des mesures draconiennes, dit-elle en entrevue à La Presse. On va les prendre. Ce n'est pas de gaieté de coeur que l'on fait ça. Quand on refuse des demandes de nos collègues, ce n'est pas avec plaisir qu'on va dire non. "

Mme Jérôme-Forget compte rapidement mettre au régime les 25 ministères du gouvernement Charest pour l'année 2003-2004 afin de préserver la capacité du gouvernement libéral de mettre en marche son plan d'action dès l'an prochain. " Ça va rendre les arbitrages encore plus difficiles. Il va falloir être courageux, avertit-elle, aller vers nos priorités et les maintenir. Il faudra trouver des solutions qui vont s'intégrer dans une démarche nouvelle de réingénierie, mais aussi de décentralisation. "

Même au Conseil du Trésor, le travail a commencé. " On va faire le ménage partout, assure la ministre. On regarde s'il n'y a pas trop de directions, si on ne devrait pas fusionner. "

L'une des mauvaises surprises de l'administration péquiste des finances publiques, souligne-t-elle, est le fait que plusieurs ministères ont réduit considérablement leur propre marge de manoeuvre en ayant recours à des fonds spéciaux pour étaler sur 10 ou 20 ans l'achat de biens et de services dont la durée de vie est moindre, mais que l'on continue à payer.

" On a fait ça pour tellement de choses qu'aujourd'hui, note-t-elle, les sommes allouées pour payer les intérêts et l'amortissement des prêts consomment une partie très importante des budgets des ministères. (...) C'est la raison pour laquelle, tout à coup, on s'est rendu compte que la dette avait augmenté de 11 milliards en six ans. "

Pour cette raison, la "réingénierie" du gouvernement, que lui a commandée le premier ministre Charest, prend beaucoup d'importance à ses yeux. La présidente du Conseil du Trésor compte tenir à ce sujet un lac-à-l'épaule au mois d'août, suivi de la mise en place d'une politique de partenariat public-privé qui participera à la réduction de la taille de l'État.

Elle se donne deux ou trois ans pour réussir ce mandat complexe, mais d'ici la fin de l'année, "un document de travail viendra mettre des idées sur la table".

Dès la semaine prochaine, en fait, elle écrira à ses collègues du cabinet pour trouver des avenues nouvelles en les invitant à observer certains paramètres: réduire la taille de l'État, se concentrer sur la mission essentielle, s'assurer que les services à la clientèle sont bien donnés. Les ministres devront répondre à des questions bien précises sur la révision de leurs programmes.

"Est-ce qu'on a atteint nos objectifs? demande Mme Jérôme-Forget. Par exemple, avec la sécurité du revenu, on peut l'assurer, mais on a toutes sortes d'autres programmes pour éliminer la pauvreté. Est-ce qu'on l'a fait? Est-ce qu'on a diminué la pauvreté plus qu'ailleurs où ils ont utilisé d'autres méthodes?"

Une telle réorganisation de l'État ne se fera pas sans les syndicats. Dans le contexte difficile des finances publiques, toutefois, Mme Jérôme-Forget ne laisse pas entrevoir de futures largesses pour les employés de l'État. Au-delà de l'équité salariale, dont "les sommes sont prévues dans les enveloppes budgétaires", dit-elle, les leaders syndicaux devront se montrer réalistes au cours de la négociation des conventions collectives qui doit débuter sous peu.

"Ce ne sera pas facile, avoue la ministre. Les syndicats vont être capables de voir par eux-mêmes. On ne cache rien. On ne peut pas continuer à faire passer des choses à la dette parce que la dette pourrait atteindre 200 milliards."

Une réalité joue cependant en faveur d'un renouveau entre le gouvernement et les syndiqués: le fait que 40 % des employés de la fonction publique prendront leur retraite d'ici 10 ans. La présidente du Conseil du Trésor veut en profiter pour mettre en place le gouvernement en ligne et les retraites progressives.

"C'est fini les retraites anticipées, c'est une mode passée, dit-elle. L'âge de 65 ans a été établi à une époque où les gens vivaient jusqu'à 68 ans. À bien des égards, il va falloir les supplier de rester bien souvent après l'âge de la retraite. Il faut garder les gens dans un rôle différent en misant sur leur expertise."




Proche-Orient

"Seule la paix est réparatrice"

N'allons pas rater l'occasion qui s'offre maintenant, estime Lucien Bouchard au sujet du conflit israélo-palestinien

Lucien Bouchard
La Presse vendredi 9 mai 2003


EN CE JOUR anniversaire, nous sommes réunis pour saluer la démarche de solidarité et de démocratie qui a inspiré la création de l'État d'Israël. Nous voulons aussi témoigner de notre appui à cette grande aventure humaine.

Il y a 55 ans, le rêve d'un État juif souverain devenait réalité. Au lendemain d'une hécatombe qui avait ensanglanté le 20e siècle, l'Organisation des Nations unies prit elle-même naissance dans un mouvement d'espoir planétaire. Par un de ses premiers votes d'importance, elle voulut poser un geste de paix et de justice, en permettant à un peuple qui venait d'échapper à l'annihilation de retourner au foyer de son identité première et d'y exercer son droit à l'autodétermination.

Nous célébrons aujourd'hui un moment de grâce : la renaissance d'une nation, après deux millénaires de dispersion et de sévices, de fidélité et de courage.

C'est sous le signe des valeurs de démocratie et de paix que l'acte de naissance de cet ancien-nouveau pays a été lu, à la face du monde entier, le 14 mai 1948, par David Ben-Gurion.

Au coeur des engagements enchâssés dans sa Déclaration d'Indépendance, Israël proclame qu'il " sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix ainsi que cela avait été conçu par les prophètes d'Israël... assurera une complète égalité sociale et politique à tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race ou de sexe... garantira la liberté de culte, de conscience, d'éducation et de culture... respectera les principes de la Charte des Nations unies. "

Premiers pas

Les contemporains se souviennent avec quel élan de confiance et de joie l'État d'Israël a fait ses premiers pas dans l'Histoire. On a vu des juifs d'Europe, d'Amérique, d'Afrique et d'ailleurs, jeunes et vieux, bien portants et malades, certains revenus des camps de la mort et de la négation de leur humanité, converger dans la ferveur vers la Terre de la Promesse enfin tenue. Israël est resté fidèle au message d'entraide de ses fondateurs, offrant un abri à tous les juifs, en détresse ou non, désireux de s'y établir.

Là s'est opérée une renaissance culturelle qui s'est notamment traduite par la résurrection de l'hébreu comme langue de la vie quotidienne. C'est le seul pays au monde où les bambins jouent dans la langue des prophètes, le seul endroit où les enfants ont dû, au début, enseigner à leurs parents la langue du nouveau pays. En ce jour d'anniversaire, il convient d'exprimer notre respect et notre soutien à ces hommes et à ces femmes qui, par leur travail, leur inventivité et leur persévérance, ont transformé ce patrimoine de l'antiquité en terre de progrès.

Forte de ses engagements démocratiques et de son droit à l'existence, Israël peut donc compter sur les amis que nous sommes.

Mais la célébration d'aujourd'hui ne peut se faire dans une joie sans mélange. Comment ne pas aussi éprouver de la tristesse devant tant d'incompréhension, de haine et de vies brisées ? À partir du moment où Israël a dû défendre son existence, le sang a coulé là-bas. Les guerres, les attaques terroristes et les ripostes fauchent toujours des vies humaines, souvent celles de femmes et d'enfants. J'estime nécessaire de rappeler ici que la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU du 29 novembre 1947, qui a enclenché le processus de création d'un État juif, a simultanément prévu l'instauration d'un État arabe sur l'autre territoire résultant de la partition de la Palestine d'alors.

Processus de paix

Au moment où, plus que jamais, s'impose la cessation des actes de violence sur les deux territoires, il importe d'insister sur la double nécessité de doter les Palestiniens de leur État et d'assurer la reconnaissance de la légitimité et du droit à l'existence de l'État d'Israël. N'allons pas rater l'occasion qui s'offre maintenant de lancer un processus de paix ouvert et réaliste, susceptible de déboucher sur une entente.

Les aspirations de ces voisins incontournables et les idéaux si noblement affirmés dans la Proclamation de 1948 ne peuvent en effet se réaliser que dans la paix. Or, laissée à elle-même, la logique du sang versé ne connaît pas de faille donc pas de fin. Aucun danger ne serait plus pernicieux que la soumission à l'apparence de l'inéluctable.

Au milieu des incertitudes et des angoisses de la situation actuelle, une chose est sûre : seule la paix est réparatrice. Elle seule préviendra d'autres souffrances, d'autres morts, d'autres vengeances, d'autres représailles. Elle seule a le pouvoir d'apaiser les douleurs, de cicatriser les blessures. Il n'y a pas d'autre chemin pour y arriver que la recherche pacifique, patiente et déterminée d'une entente qui garantira les droits et la sécurité de tous. Qu'ils fassent entendre leurs voix, les hommes et les femmes de paix qui briseront le cercle infernal de la violence !

Que les efforts des justes fassent en sorte qu'au bout de son long itinéraire de solidarité, d'épreuves et de courage, le peuple d'Israël puisse enfin goûter la paix et apporter sa pleine contribution à l'avancement des idéaux humains auxquels le voue sa destinée. Ainsi pourra se réaliser la réconciliation des enfants d'Abraham.

Ancien premier ministre du Québec, l'auteur est avocat au bureau Davies Ward Phillips & Vineberg. Nous reproduisons ici le discours qu'il a livré à Montréal, mercredi, lors de la célébration du 55e anniversaire de l'État d'Israël.




PQ

If Legault is a hard-liner, I'm a federalist

"Legault is trying to woo the more hard-working, hard-line PQ faction."

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, May 09, 2003


This week, François Legault went through a stunning metamorphosis. Posing as the ultimate hard-line sovereignist, he published his manifesto as a leadership contender for the Parti Québécois calling for an "effective" left-wing agenda and for straight independence with no partnership or confederal union. How can I put this gently? If Legault is a hard-liner, then I'm a federalist.

This badly acted Dr. Jekyll, Mr. Hyde routine is as transparent as a piece of Saran Wrap. Legault is obviously trying to woo the more hard-working, hard-line faction of the PQ, or what's left of it. In this, he hopes to distinguish himself from Pauline Marois, who isn't known for her strong stance on sovereignty.

Quite the eager beaver, Legault is jumping the gun while Marois remains conspicuously absent from the scene. Although Legault has Bernard Landry's blessing as his hand-picked successor, Legault is aware that most PQ members see him for what he is: a hesitant, soft-line sovereignist who remains close to the business milieu from which he comes. And he knows, as confirmed by a Léger Marketing poll published this week, that Marois is the definite front-runner, both within the PQ and among Quebecers in general.

The same poll also shows that Legault garners more support among Liberal and Action démocratique voters than in the PQ itself. Just goes to show that you can't fool all of the people all of the time and that it's no state secret that François Legault is anything but a hard-liner. In fact, it was precisely for that reason - coupled with his business background and ideas - that Lucien Bouchard brought him into the PQ government in 1998. He saw him as the potential leader of the PQ's next generation, one he hoped would follow in his hesitant approach to sovereignty. And that's why many hard-liners saw Legault as Bouchard's Trojan horse.

When he was education minister, he started building part of his network among ambitious, career-oriented wolves from various youth lobby groups, some of whom have shown no more devotion to sovereignty than Legault. He brought a number of them into the PQ to work for him directly in his ministry or indirectly in the party. Among them is François Rebello, the PQ riding president for Mercier and former leader of Forces Jeunesse. Rebello, who quickly became known in the PQ for his intense lobbying for a referendum on fiscal imbalance instead of sovereignty, is one of Legault's point men and not one to shy away from anything that will further his ambitions and those of Legault.

With precious little support within traditional PQ ranks and while bringing in outside support, Legault also became Bouchard's and Landry's favourite guy who could do no wrong. Although he publicly broke the rule of cabinet solidarity on a number of occasions, he was never disciplined for it.

In government, Legault never pushed for any pro-active promotion of sovereignty or for public funds to be used for it, not even for the amazingly invisible and inaudible Conseil de la souveraineté. He never pushed for the PQ to commit to a referendum in the event of a third mandate. Either inside or outside cabinet, he never questioned Bouchard's "partnership" or Landry's "confederal union." Instead, he devoted himself to the federal-provincial battle against fiscal imbalance. And on the language issue, he's been as shaky as Jell-O.

You won't find much of a hard-line position on social democracy either. What he now calls his "effective" left-wing agenda is peppered with typical ADQ and Liberal buzz-words such as "performance," "responsibility" and "big bureaucracy." In his manifesto, he writes in classic Mario Dumont style that "it isn't Wall Street that's the real enemy of our public services, it's the big bureaucracy, it's rigidity and it's difficulty in adapting to change." Excuse me? Weren't our services more effective before the budget cuts imposed by the zero-deficit policy called for by Wall Street?

Still, all this is just one tiny part of what for all will be a very long play-by-play description of the still unofficial PQ leadership race. This week's story: "Legault poses as a hard-liner while Marois hides and plots her first real outing as a bona fide contender." Next week's story, perhaps: "What's become of André Boisclair? Will he or won't he join in the race?"

All the while, the real story is that the PQ leadership race is gearing up as a contest of will, influence and power between two millionaires who will compete on who looks and sounds most sovereignist and social democratic. Words, after all, are cheap. And Legault's sortie as a born-again hard-liner shows that he can afford them as well as Marois can.

The times, they are a-changing for sovereignists. But not necessarily for the better.




anglais

French schools to teach English in Grade 1 by '04

Introduced in grade 3 under the PQ. Quebec youth must know 'it's not just the language of American music,' minister says

ALLISON LAMPERT
The Montréal Gazette Friday, May 09, 2003


English will be introduced in French schools in Grade 1 next year, Education Minister Pierre Reid said yesterday.

"The introduction of English in the first grade basically reflects the fact that English has become a universal language of communication," Reid told The Gazette in an interview.

"Whatever we think about the relationship between French and English ... there is a need to start very early," the minister said.

"It is good because it will help, I think, French Canadians in Quebec and English Canadians to maybe understand each other a bit better."

Improving the teaching of English in French schools is one of a number of Liberal election promises that Reid said his party will fulfill.

Under the previous Parti Québécois government, the introduction of English was changed to begin in Grade 3 rather than Grade 4, but the amount of time that was devoted to the language was reduced in elementary schools.

Besides introducing it at an earlier age, the Liberals have also promised to increase the amount of English taught in elementary schools.

Reid, a former rector of the Université de Sherbrooke, said French students need to learn English at school to counterbalance what they hear in movies and on TV and radio.

"I'm concerned about the exposure our young people have to English in uncontrolled environments," he said.

"I'm not sure that exposure gives ... young minds the impression that English is a structured language. I think it is important, very early, to (raise) the fact that English is a language of communication.

"It's not only the language of American music."

Several French-speaking families welcomed Reid's comments. Pierre Deschâtelets, a father of three from Lorraine, north of Montreal, said kids in his French-speaking area depend on school for exposure to English.

"In a neighbourhood like this, the children are immersed in French. Their friends are French," he said.

Still, Deschâtelets warned that teaching more English at an earlier age isn't enough. It has to be taught well.

"English classes must be given by people who know English," said Deschâtelets, 41, who has two daughters in elementary school and a 3-year-old son.

"How well this works will depend on the quality of the teaching."

Besides improving English, Reid also pledged to beef up instruction in French: "We have promised that the mastering of written French ... will be a very high priority item. It certainly is for me."

Another priority for Reid was to change his department's approach toward education. He said he wants to continue the trend of decentralization initiated by the adoption of the Education Act in 1998.

For example, when teaching time grows in Quebec schools by 90 minutes a week in 2004, parent-dominated governing boards should have a say in deciding which class to extend.

"The decision should be made at the school level," he said.

"We want to give the schools some help but to let them find the best way in their community to satisfy the needs."

alampert@thegazette.canwest.com




missiles

Canada's opposition to missile defence is wrong, but predictable

John Robson
The Ottawa Citizen Friday, May 09, 2003


Is our foreign policy lost in space? Everyone thinks we're debating whether Ca-nada should go see Star Wars with Uncle Sam, but I'm stuck watching the Dolph Lundgren stinker I Come in Peace, the one where the bad alien invariably says "I come in peace" before sucking people's brains out. Why is everyone discussing whether the American National Missile Defence (NMD) program would "militarize" space? The issue is why it would matter if it did.

Toronto MP John Godfrey opposes joining NMD because the Americans "have not ruled out in any way the weaponization of space." Foreign Affairs Minister Bill Graham, on the other hand, says the Americans will militarize space if we don't grab a place at the table: "Canada's clear policy is we're against weaponization of space, and we'll continue to make that position forcefully with Americans ... to establish a multilateral treaty which would be binding and keep space from being weaponized." A formal government document said Wednesday, "It is currently not clear that a U.S. missile defence system would include or promote the weaponization of space."

So what? G.K. Chesterton once objected that explaining life on Earth by saying it came from space is like explaining a ghost in a churchyard by saying it came from another churchyard. Likewise, if disarmament came from space, how did it get there? Unless someone can explain that, the Dolph Lundgren clanger is going to turn into This is Spinal Tap, specifically the scene where band member Nigel Tufnel is showing off an amplifier that's louder than any other because its volume controls go all the way to 11. The interviewer asks why they don't just "make 10 be the top number and make that a little louder?" and Nigel, after a bewildered pause, explains "These go to 11." At least he might just have taken a bong hit. What's John Polanyi's excuse?

Dr. Polanyi has a Nobel Prize so he's way smarter than you or me, but he wrote recently in the Globe and Mail that, "In the course of NMD, outer space will be weaponized. Satellites, now the vital eyes and ears of the world, will then become targets." Jeffrey Simpson knows that "The U.S. has already militarized space. Satellites are an indispensable part of the U.S. military machine, as the conquest of Iraq again demonstrated." Yet he gives the obligatory warning that because NMD would have to protect its communications satellites, it's "a path toward the weaponization of space."

Bosh. If existing U.S. military capabilities depend on satellites then the U.S. will already have to put weapons in space as soon as the bad guys start putting up killer satellites. And if the bad guys never do put up killer satellites, the U.S. won't need weapons to protect NMD communications satellites either. When you turn this one all the way up to 11, it just blares out the old-time peacenik religion that all weapons from missiles to GPS-guided bombs to rifles, sticks and stones provoke the very threats they seek to deter.

Thus, ultimately, John Polanyi opines that, "The international control of armaments offers the only protection for the weak, as for the mighty." Say, didn't weapons protect Britain from enemies from Philip the Second to Napoleon to Adolf Hitler? Didn't Rome's legions hold back the barbarians for centuries? Haven't weapons kept the U.S. safe for a century? Whereas international arms control um yes well gee ...

True, there is the 1922 Washington Naval Treaty limiting surface ship tonnage. The ocean, like space, is big, pretty and outside national boundaries. So the democracies mothballed battleships while the Nazis and Japanese built U-boats, aircraft carriers and pocket battleships. There are worse things than an arms race. Like only Hitler arming.

For obvious reasons it's hard to argue against NMD on an overt "Throw away our weapons and maybe that nice Genghis chap won't attack" ground. But our government does want to ban all weapons, from landmines to small arms to nuclear arms. And it isn't waiting for the bad guys. It sent the latest batch of troops to Afghanistan without weapons.

Bill Graham tries to apply this logic in the mental vacuum of space: "There really are good reasons why everybody should agree to keep weapons out of space. Somebody may think they're ahead today, but tomorrow you don't know." Dude, when Hitler thought he was ahead in 1939, he didn't wait for tomorrow. He attacked today. Can't the bad guys do the same in space? No, see, these go to 11.

Besides, we mean no harm to your planet.

John Robson is Senior Editorial Writer and Columnist.




autochtones

Don't scrap native reform

CREDIT: Todd Korol, National Post
National Post Friday, May 09, 2003


Canadian policy on native issues is a mess. Our government spends $7-billion every year subsidizing life on Indian reserves, with most of this sum being channelled directly to band leaders. This outlay translates to an astounding average of $70,000 per reserve-resident household. But because many Indian reserves are geographically isolated, bereft of significant economic activity, mismanaged and corrupt, this massive investment does little to improve the lives of ordinary Indians. Meanwhile, the only option that will lead to progress in the long term -- a policy that encourages Indians to leave reserves and integrate into urban Canadian society -- is rejected out of hand as culturally insensitive.

The First Nations Governance Act (FNGA), introduced last year by Indian Affairs Minister Robert Nault, does not signal the needed sea change in Canadian policy. But it at least provides a few useful tweaks to the current system. Specifically, it would make band leaders and councils more accountable to the rank-and-file Indians they purport to represent. For instance, under the FNGA, band councils would be forced to disclose their internal administrative rules, annual budgets and salaries. Bands would also have to produce written electoral codes, outline definitions of corrupt electoral practices and create mechanisms for launching complaints against band leaders. In short, the FNGA is aimed at making the political culture of Canada's Indian reserves more democratic.

As we have noted here before, it is hardly a surprise that the country's largest Indian lobby group -- the Assembly of First Nations -- is opposed to the FNGA. Despite the group's name, the AFN does not speak for ordinary Indians. Rather, it speaks for their chiefs. And since the FNGA would improve accountability, and therefore erode the discretionary powers and perks enjoyed by Indian leaders, the AFN naturally opposes it. Thus Matthew Coon Come, the AFN's Grand Chief, has fired off a barrage of hysterical accusations against the FNGA -- most under the general theme that it somehow marks a return to "colonial" policy-making.

What is more shocking is that Paul Martin is apparently sympathetic with Mr. Coon Come's complaints. During a Liberal leadership debate last Saturday, the former finance minister and de facto prime minister-in-waiting declared his opposition to the FNGA. Thanks to a lack of native input, he said, "the well has been severely poisoned." While he endorsed Mr. Nault's goal of fostering good governance, he said the best course would be to draft a completely new piece of legislation in consultation with "the First Nations leadership."

Mr. Nault must have fallen over when he heard this. As a Cabinet minister until late 2002, Mr. Martin had full knowledge of Mr. Nault's extraordinary efforts to solicit the views of ordinary Indians: His ministry consulted with 10,000 aboriginals through more than 400 information and consultation sessions. The fact that Indian elites with a vested interest in the status quo have predictably criticized Mr. Nault's initiative hardly indicates a "poisoned" well.

Mr. Martin's stance here is instructive. As his take on the FNGA shows, the real problem with Indian policy in this country lies with a guilt-ridden political elite too timid to face up to Indian band leaders. Indeed, our main concern with the FNGA is that its promise of good governance may prove hollow, thanks to the institutional culture at the Department of Indian Affairs. For years, some of its regional bureaus have been less than aggressive in responding to allegations of poor on-reserve governance. Ordinary Indians rightly wonder what good the FNGA will do for them if their complaints about band council abuses merely pile up, unanswered, on some fax machine in Ottawa or Hull.

While Mr. Nault cannot overturn this institutional culture overnight, his FNGA is at least a small step in the right direction. What a pity that our next prime minister opposes even that.




juifs

Bergman named to Charest cabinet

JANICE ARNOLD
Staff Reporter
The Canadian Jewish News May 8, 2003


Lawrence Bergman Lawrence Bergman, a tenacious backbencher for the past nine years, has followed in the footsteps of two of his predecessors in the D’Arcy McGee riding and been named a Liberal cabinet minister.

Bergman, 62, was appointed revenue minister last week by Premier Jean Charest, one of two anglophones in the 24-member cabinet.

Wearing a kippah throughout the ceremony, Bergman was sworn in on a Chumash he received at his bar mitzvah at Congregation Adath Israel-Poale Zedek in Outremont.

“I am extremely honoured… it brings me great joy. It’s also an honour for the entire community,” Bergman told The CJN. While he stressed he will represent all citizens of Quebec in cabinet, he allowed that his being Jewish is “something quite significant,” especially given “the abundance of talent” from which Charest had to choose.

Bergman said his first task will be to improve his department’s efficiency. “I want to make it easier for people to deal with the ministry.”

He will likely work closely with Charest on his promised tax cuts of $1 billion a year over the next five years.

Charest followed a Liberal tradition of selecting a Jewish cabinet minister from the predominantly Jewish D’Arcy McGee: in the 1970s, Victor Goldbloom was responsible for the Montreal Olympics, and later Herbert Marx was named justice minister. Marx resigned in 1988 to protest the Bourassa government’s bill overriding the Canadian Charter of Rights in order to preserve parts of Bill 101 that were judged by the Supreme Court to be unconstitutional.

Bergman’s appointment apparently recognizes the Jewish community’s strong support for Charest’s campaign, expressed by the overwhelming majority Bergman received from voters, and its financial backing.

Bergman held a major fundraising event during the campaign at Congregation Shaar Hashomayim.

Bergman’s name did not surface in media speculation about who would likely be in cabinet. It came as something of a surprise that more than one anglophone was included. Some observers had thought the other Jewish MNA, Russell Copeman of Notre-Dame-de-Grâce, had a better chance because of his performance as family critic.

Bergman is actually the fourth Jewish cabinet minister in Quebec. The unelected David Levine served as Premier Bernard Landry’s junior health minister from January of last year until his defeat in a byelection four months later.

Bergman’s proudest achievement since first being elected in 1994 was his private member’s bill that proclaimed Quebec’s official recognition of Yom Hashoah. It was passed unanimously by the National Assembly in 1999.

However, Bergman can arguably be credited with setting in motion the chain of events which led to the abrupt resignation of former premier Lucien Bouchard and his exit from politics of the man who had the best chance of leading Quebec to sovereignty.

In December 2000, Bergman initiated a motion condemning Yves Michaud for remarks offensive to Jews. Michaud, a PQ militant and prospective electoral candidate, had chastised Jews for behaving as if they are the only people who have suffered and for not supporting sovereignty.

The assembly’s unanimous vote, a very rare censure of an individual, created an uproar and split the PQ. In January 2001, Bouchard announced his resignation, citing personal reasons and his inability to advance the cause of sovereignty. But he also spoke at length about his disillusionment over the Michaud affair.

A notary, Bergman is proud of his deep roots in Quebec. His mother was born in St. Perpetue and his father in St. Romuald, small towns near Quebec City.

He graduated in law from the Université de Montréal in 1965, and practiced as a notary until 1994.

Bergman has had a strong association with the Jewish community. He was president of Congregation Adath Israel-Poale Zedek, an honorary president of the YM-YWHA, and an executive member of the Jewish Community Council.

In 1994, he beat popular independent MNA Robert Libman in a closely fought campaign. After his first term, Bergman quietly stood up against some in the party who would have liked to see a safe seat like D’Arcy McGee go to someone else.

In 1998, he cruised to victory with one of the largest majorities in the province, a feat he repeated last month. His showing was so strong that on election night, the TV networks declared D’Arcy McGee as the first seat to be won in the province.

Despite his certain victory, Bergman was a dogged campaigner, knocking on doors, speaking to groups, and gladhanding in shopping malls.

To do anything less, Bergman said, would be disrespectful to citizens and the democratic process.

In opposition, Bergman served as the critic for consumer protection and the codes governing the professions.

Bergman has had a talent for staying “on message” – never varying from his party’s platform and hammering away at the PQ. His earnestness gained him wide respect.

Every year, he has delivered a speech in the National Assembly at Yom Hashoah, and he introduced a motion congratulating Israel on its 50th anniversary.

Bergman overcame personal tragedy when his wife Monica died in 2000 from cancer after a long illness. More than 1,400 people attended her funeral.

In 2001, Bergman led an aggressive campaign to save D’Arcy McGee from being eliminated in an electoral-map revision, collecting thousands of signatures on a petition and getting the endorsement of every major Jewish organization.