que faire?

république

Lettre aux Québécois

Désormais, l’alternative est l’indépendance

Claude Bariteau, André Campeau, Natacha Gagné, Hugues Leclair, Marcel Lefebvre, Jacques Lamothe, Martin Pelletier et Jean-Pierre Roy
membres du Conseil d’administration du Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ)
TRIBUNE LIBRE 5.5.2003


La victoire électorale du PLQ dépasse l’idée selon laquelle elle s’inscrirait dans un processus d’alternance entre les partis pour l’exercice de la gouverne provinciale du Québec. Elle est aussi beaucoup plus qu’une simple défaite pour le PQ. Avec elle, se clôt le dernier chapitre d’une lutte entre deux conceptions du Québec en lien avec le Canada. Ces conceptions se sont irradiées à la suite du référendum canadien de 1992 visant à modifier la constitution canadienne de 1982 afin de répondre à certaines attentes du Québec. Si ce chapitre se clôt, un autre livre est depuis en cours d’écriture car l’indépendance du Québec est devenue la seule alternative. Elle oblige, à notre avis, à préciser le processus qui y conduit.

Les deux conceptions du Québec au sein du Canada

La première conception, déployée au PQ, prônait la souveraineté du Québec jumelée à une entente avec le Canada pour partager certains pouvoirs. Elle fut libellée en 1995 la «souveraineté partenariat». Après le référendum de 1995, elle prit l’allure d’un partenariat à l’européenne et, en mai 2000, celle d’une confédération à l’européenne. Cette idée fut maintenue par la suite indépendamment du fait que le Canada ait fermé la porte à toute approche semblable en votant la loi C-20. En mars 2003, transformée en un projet d’union confédérale, elle est devenue un élément de la plate-forme électorale du PQ.

Il importe de rappeler que cette conception différait un peu de celle mise de l’avant lors du référendum de 1980. À cette occasion, le PQ cherchait à consolider les pouvoirs du Québec en demeurant une entité politique associée au Canada. Initiée dans le sillage de la Révolution tranquille, cette idée fut mise de côté après le rapatriement de la constitution canadienne à la faveur du «beau risque» qui a conduit à la mise en forme d’une conception se rapprochant plus d’une souveraineté partagée.

Or, peu avant le jour du scrutin, le président du PQ changea son fusil d’épaule. Il prôna à la fois l’indépendance et la création d’une république au Québec, annonçant alors la mort du projet d’unir deux peuples dits fondateurs.

Depuis cette mort, la seule alternative à l’autre conception canadienne, celle du PLQ, est dorénavant l'indépendance du Québec, car le Canada, Constitution de 1982 et loi C-20 en mains, ne se réaménagera pas en fonction de ce qui est demeuré, à ses yeux, une minorité parmi d'autres localisée sur un territoire conquis, il y a bientôt deux siècles et demi.

La conception du PLQ est véhiculée par les fédéralistes du Québec. Consacrée par la loi C-20, elle s’inscrit à l’intérieur de la constitution canadienne. Elle vise principalement à maintenir le Québec dans son statut de province à l’intérieur d’un pays, le Canada, qui se refait à l’aide d’une opération systématique de centralisation en mode accéléré depuis quelques années. Maintenir le Québec au sein du Canada est au centre du programme du PLQ. Ce parti entend d’ailleurs renforcer la tendance en cours en prenant l’initiative d’instaurer des mécanismes favorisant une cogestion interprovinciale de champs de compétences provinciaux. Le reste de son programme n’est que mesures de gestion provinciale en santé et en éducation et déclarations faisant valoir qu’il y a des ouvertures possibles, toujours sous l’angle de la gestion, pour faire valoir nos particularismes locaux au gouvernement fédéral.

L'arrivée des libéraux au pouvoir favorisera une gestion de la province qui renforcera la pratique de l’Indirect Rule. Celle-ci s’exercera dorénavant au sein même des zones de pouvoirs octroyées au Québec par la constitution. C’était déjà le cas avant l’élection dans de nombreux domaines dont la santé, les relations internationales, les communications, etc. Ce le sera davantage.

Avec cette conception, la province de Québec sera invitée à s’embellir en gérant des programmes canadiens dans ses propres domaines de compétence. Elle quittera progressivement la scène internationale et invitera ses municipalités à tirer avantage des débours fédéraux pour rendre ces dernières plus conformes aux visées canadiennes. Puis, en matière de santé, elle cherchera à faire mieux, en oubliant que c’est ce que nous faisons déjà selon le rapport Romanow. Le reste suivra à l’avenant dans tout : finances, éducation, transport, culture, etc.

Il est même prévisible que le choix de la langue d’enseignement, question actuellement devant la Cour Suprême, devienne assujetti aux règles canadiennes, ce que pourra difficilement contester ce parti. La conséquence sera une banalisation du statut du français comme langue publique commune au Québec.

La nouvelle dynamique oppose l’indépendance au provincialisme

Avec l’élection du PLQ, une nouvelle dynamique prendra forme au Québec. Alors que ce parti s’activera à mettre de l’avant sa vision du Québec dans le Canada, le PQ, maintenant dans l’opposition, pourra faire valoir une vision plus claire du Québec comme pays indépendant.

Dans cette optique, il aura l’occasion de critiquer les projets de l’équipe Charest pour leurs biais canadiens et sera en mesure d’interroger le premier ministre du Québec sur des questions qui débordent les prérogatives de l’Assemblée nationale dans le but de faire ressortir les contraintes qu’impose le Canada à l’expression de la nation politique québécoise. Mieux, il pourra faire valoir ce que serait un Québec doté d’un régime républicain valorisant la séparation des pouvoirs. Ceci suppose un apprentissage d’un nouveau schéma critique et le développement d’une forme inédite d’opposition. Dans ce contexte, le BQ reviendra à sa mission première qui est celle de préparer l’accession du Québec au statut d’État membre à part entière des Nations Unies et le Conseil de la souveraineté pourra faire son travail de sensibilisation.

Voilà pourquoi nous estimons que nous nous trouvons à l’orée d’une phase nouvelle et décisive de l’histoire de l’indépendance du Québec. Elle peut conduire à la création d’ici peu du pays du Québec car, au cours de cette phase, les Québécois, quelles que soient leurs origines, découvriront progressivement les limites auxquelles les astreint leur participation à la fédération canadienne. Il y a là un travail majeur à réaliser de la part des candidats du PQ. Mieux, à l’aide des questions qu’ils poseront et des échos qu’ils feront à ce que pourrait être le Québec devenu pays, ils seront plus à même d’identifier ce que serait une République du Québec.

C’est ainsi qu’au cours des prochaines années l’enjeu politique deviendra : demeurer une nation politique assujettie à une autre au sein du Dominion du Canada ou jouir d’un pays, la République du Québec, participant de plein droit à tous les organismes internationaux au nom de tous les Québécois.

Ici, une précision s’impose. Le concept d'indépendance renvoie à l’idée d’indépendance constitutionnelle qui, en droit international, est l’assise de la souveraineté. C’est un concept plus précis que celui de souveraineté. Il doit être réhabilité parce que son recours clarifie les choses et, surtout, évite d’entretenir l’idée qu’on puisse être souverain dans des champs subalternes de compétence sans l’être dans les champs reconnus par les Nations Unies. Un pays souverain, c’est un pays qui dispose, sur son territoire, de l’indépendance constitutionnelle. Dans le cas du Québec, cette indépendance constitutionnelle ne peut s’obtenir qu’en faisant sécession du Canada.

Faire sécession du Canada, c’est le sortir du Québec car l'indépendance signifie, somme toute, l'affranchissement d’une situation de dépendance et d’ingérence. Actuellement, la nation politique québécoise est dépendante politiquement d'un gouvernement qui ne la reconnaît pas. De plus, cette nation est quotidiennement soumise à des ingérences juridiques, fiscales et autres qui, en la colonisant, contribuent à dissoudre la société dont elle émane. Il s’agit là d’un travail de sape, bien maquillé, qui s’irradie dans une multitude de domaines et pour lequel s’activent les fédéralistes du Québec. Pour exister pleinement, nous devons nous affranchir de la gouverne canadienne. Rien de moins.

Faire le pays du Québec est un défi emballant. L’heure n’est donc pas au désenchantement et à la résignation. Encore moins aux lamentations, aux quémandages, aux débats insipides et à une petite vie de provinciaux irresponsables.

L’heure est plutôt à la mobilisation afin que surgisse une nouvelle conception du Québec qui nous permettra, pour nous gouverner nous-mêmes, d’instaurer un régime politique républicain grâce auquel nous quitterons nos habits de sujets de sa majesté la Reine du Canada pour devenir des acteurs politiques responsables de la République du Québec.

L’accession à l’indépendance : revoir le processus s’impose

Pour le RIQ, il n’y a aucun motif permettant de penser que la République du Québec ne sera pas reçue positivement sur la scène internationale si elle valorise, comme d’autres républiques, l’égalité des citoyens dans le respect de la diversité, une participation responsable à la vie publique, ce qui renforce la solidarité, et une pratique du libre-échange qui lui convienne.

Comment mettre tout cela en branle de façon démocratique ? Comment devenir un peuple libre, responsable et actif au sein des organismes internationaux ? Comment nous affranchir du Canada ?

Ici, un rappel est nécessaire avant d’identifier une des avenues prometteuses. Dans le cadre de la lutte entre deux conceptions du Québec au sein du Canada, la prise du pouvoir et la «gouvernance» de la province de Québec furent retenues. Chez les tenants d’une souveraineté au sein du Canada, le recours à un référendum fut privilégié. Or, avec la loi C-20, les référendums québécois sont désormais sous le contrôle des parlementaires canadiens. Ces derniers peuvent décider de la clarté d’une question, de la validité de son support électoral et des suites à donner. En quelque sorte, ils ont assujetti le processus référendaire comme ils ont assujetti, en 1982, la loi 101 en l’intégrant à la constitution du Canada.

Dans ce contexte, le recours à un référendum est piégé. Mieux vaut procéder autrement, ce qui pourrait être une élection référendaire gagnée à la majorité absolue des votes exprimées. Dans un tel cas, si référendum il doit y avoir, cela ne devrait concerner que l’approbation de la constitution du Québec après le dépôt d’un projet de loi qui la définirait.

Cela étant, pour mener à terme la démarche vers l’indépendance, un véhicule politique est nécessaire. Mais un tel véhicule soulève automatiquement la question de la diversité des forces indépendantistes et de leur opposition sur nombre de dossiers. Cette question est incontournable dans tous les pays démocratiques où existent des partis de droite, de centre et de gauche. Aussi, ce véhicule doit-il être temporaire et n’avoir pour mandat que de faire le pays.

Dans un processus d’accession non-violente à l’indépendance, il y a habituellement une entente entre les divers groupes porteurs du pays et un travail en commun. Cette entente débouche sur une coalition stratégique pour promouvoir l’indépendance au-delà des allégeances politiques respectives. Cette coalition, qui se doit d’être temporaire, s’enracine habituellement autour d’un projet de constitution qui définit les principaux paramètres du vivre ensemble recherché, précise les conditions de la légitimité des délégués au pouvoir, fixe les règles préservant la pluralité politique et statue sur la séparation des pouvoirs dans un régime républicain.

Cette coalition pourrait être ce véhicule politique dont le seul et unique mandat serait de réaliser démocratiquement l’indépendance du Québec après avoir proposé un projet de constitution. En cela, cette coalition, qui pourrait prendre la forme d’un parti, se placerait au-dessus des questions de « gouvernance » provinciale, ce à quoi, pensons-nous, oblige l’indépendance puisqu’il s’agit d’un changement fondamental dans la gouverne d’une nation politique. Aussi la coalition devrait avoir pour seul programme de faire l’indépendance, d’instaurer la république démocratique et de mettre en place les institutions qui en découlent.

Le pays créé, cette coalition cesserait d’exister et la « gouvernance » usuelle du pays prendrait place conformément à la nouvelle constitution. Une telle approche présente un triple avantage. Elle favorise le rassemblement des forces indépendantistes, contourne les contraintes de la loi C-20 et évite d’enliser la question de l’indépendance du Québec dans une gestion provinciale en complicité avec l’administration canadienne.

Dans cette optique, si le PQ, qui est en réflexion, se transforme en un parti qui prône l’indépendance constitutionnelle et vise à instaurer la République du Québec, il faudrait qu’il privilégie une élection référendaire et la mise en œuvre du programme de la coalition des forces indépendantistes. Par contre, s’il opte pour une approche liant la gouvernance provinciale et la promotion de l’indépendance constitutionnelle, à notre avis, les chances de voir naître le pays du Québec s’amenuiseront d’autant.

C’est ce qu’ont révélé les prises du pouvoir par le PQ en 1976, en 1980 et en 1998. La seule exception, celle de 1994 qui a conduit au référendum de 1995, est le fruit d’une promotion immédiate de la souveraineté et la mise en place d’une coalition tripartite. Il faut activer une démarche analogue mais, cette fois, selon d’autres modalités. L’environnement politique s’est transformé avec la loi C-20 et l’histoire a démontré l’impasse à laquelle conduit une «gouvernance» provinciale sous l’égide d’un parti qui fait la promotion de la «gouvernance» d’un pays.

Il s’agit là d’un passage obligé. Il demande beaucoup d’abnégation, encore plus de concertation et tout autant d’audace. Mais s’agissant de l’entrée d’un peuple, celui du Québec, dans l’histoire, saurait-il en être autrement ?




PQ

Les défis du Parti québécois

Cap sur la souveraineté et la gauche efficace

Le Parti québécois doit définir une idée claire de sa mission et développer une vision cohérente du Québec de demain

François Legault, Député de Rousseau
LE DEVOIR mardi 6 mai 2003


Pour le Parti québécois, l'élection du 14 avril dernier montre au moins trois choses: - beaucoup de nos sympathisants ne sont pas allés voter; - ce résultat est le plus bas depuis 1973 sur le plan du vote populaire; - l'Action démocratique du Québec a récupéré une partie significative de notre électorat traditionnel.

Même si la base péquiste reste très forte, comme le démontre le nombre important de députés que nous avons fait élire, il s'agit bel et bien d'un recul préoccupant. Dans un tel contexte, il faut faire face à la réalité et entreprendre collectivement une réflexion sérieuse. Le Parti québécois doit définir une idée claire de sa mission. Il nous faut développer une vision cohérente du Québec de demain.

Cap sur la souveraineté

Il faut se donner un plan d'action efficace pour promouvoir la souveraineté nationale. Au gouvernement, nous étions liés par les résultats de 1995 que nous ne pouvions ignorer. L'élection du 14 avril dernier change fondamentalement cette donne. Le fardeau de la preuve est désormais dans le camp des fédéralistes. Un nouveau cycle historique commence et notre rôle, unique, irremplaçable, est de garder le cap sur une souveraineté moderne.

La souveraineté peut être conçue comme une fin. Le Québec possède une histoire, une langue, une culture, des institutions, une pratique de la solidarité qui le distinguent des autres nations du monde. Il est tout à fait légitime de militer pour que cette nation d'Amérique puisse un jour maîtriser tous les leviers de son développement. Ce combat pour le pays n'a rien de passéiste. Ce sont les nations qui font le monde d'aujourd'hui, non les provinces.

À ces arguments importants, fondamentaux même, il faut en ajouter d'autres.

On doit montrer concrètement aux Québécois(es) que le rapatriement de tous nos pouvoirs et de tous nos impôts nous permettrait d'élaborer un projet porteur d'avenir pour le Québec et de mieux nous occuper de nos priorités. Il faudra mieux expliquer qu'un Québec souverain pourrait fournir de meilleurs soins à nos personnes en perte d'autonomie, mieux soutenir les entrepreneurs de nos régions, venir davantage en aide aux enfants en difficulté d'apprentissage, fournir aux familles défavorisées encore plus de logements à prix abordable. Montrer à quel point les dédoublements, les chicanes, les négociations sans fin rendent le système fédéral inefficace. Pourquoi pas aussi la souveraineté pragmatique, qui expliquerait concrètement où irait l'argent récupéré ? Pourquoi pas montrer ce qu'un Québec souverain pourrait faire de différent ?

Penser une souveraineté moderne en fonction d'un grand projet social, mais aussi pour que le Québec puisse influencer un monde en mutation. Les Québécois(es) ont été les premiers à appuyer officiellement le protocole de Kyoto en Amérique du Nord, parmi les plus nombreux à défiler dans les rues afin que l'on respecte le cadre international de l'ONU et à prendre part aux rencontres de Porto Alegre. Un Québec souverain pourrait faire entendre sa voix dans les grands forums, appuyer ceux qui militent en faveur d'une mondialisation à visage humain.

Par ailleurs, je crois qu'il faudra revoir le type de souveraineté à laquelle nous souhaitons adhérer. Dans un contexte où l'ALENA et l'OMC font que l'ouverture des marchés et l'interdépendance économique deviennent des réalités incontournables, un éventuel partenariat politique avec le reste du Canada est-il toujours nécessaire ? Ne souhaitons-nous pas au fond établir un partenariat nouveau avec toutes les nations qui partagent nos valeurs économiques et sociales ?

Bref, la souveraineté comme une fin, mais aussi comme un moyen de mettre en place un projet social qui nous distingue, et l'offrir au monde comme un modèle de développement humain.

Gauche efficace

Or ces convictions sociales, nous devrons les assumer jusqu'au bout, faire preuve de cohérence, dès la prochaine rentrée parlementaire. Au cours des prochaines années, le Parti québécois devra faire la promotion de choix budgétaires et fiscaux responsables. À court terme, une baisse massive des impôts serait carrément irresponsable. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre : il faut choisir, être cohérent. Le Parti québécois doit faire la pédagogie de cette nécessaire cohérence fiscale. À moins de vouloir mettre fin aux principes d'universalité et de gratuité garantis par nos principaux services publics ou de souhaiter léguer de nouvelles dettes aux générations futures.

Évidemment, il est beaucoup plus facile de promettre des baisses d'impôt que d'expliquer pourquoi l'État a aujourd'hui besoin de toutes ses ressources. Nos concitoyen(ne)s apprécient leur facture d'électricité beaucoup moins salée que celle que reçoivent les Ontariens ou les New-yorkais, l'accès facile aux cégeps et aux universités et les garderies à 5 $. Or, tout cela a un prix. Si l'on doit gérer plus efficacement l'État, il faut aussi savoir assumer ce choix fiscal qui repose sur des valeurs fortes, un sens de la solidarité à l'égard de nos jeunes décrocheurs, de nos régions, de nos personnes âgées et de l'ensemble de la société québécoise.

Cette cohérence, le Parti québécois devra aussi l'envisager à long terme. La réalité démographique du Québec montre bien que les travailleurs seront moins nombreux à assumer la facture sociale du vieillissement de la population. Dans un tel contexte, il est primordial de mettre de l'argent de côté, d'épargner maintenant pour faire face à l'augmentation structurelle des dépenses en santé qui se font déjà sentir au Québec, et ailleurs en Occident. Il y a là, bien sûr, des principes d'accès à préserver mais surtout, un devoir envers les générations futures. Sinon, les gouvernants de demain seront obligés d'amputer les budgets destinés à l'éducation et autres missions de l'État pour éponger les coûts de santé. Est-ce ce genre de choix que nous voulons laisser à nos enfants ?

Enfin, les derniers résultats montrent clairement que les Québécois(es) souhaitent une gestion plus serrée de nos réseaux publics. Et pour y arriver, je vois deux solutions : décentralisation et imputabilité. Deux solutions que j'ai commencé à mettre en oeuvre lorsque j'étais ministre de l'Éducation et de la Santé. Il faut faire confiance à ceux qui travaillent sur le terrain, leur donner plus de responsabilités. En retour, l'État doit pouvoir évaluer la performance de nos institutions publiques. Non pas parce que celles-ci doivent réaliser des profits ou se faire compétition entre elles, mais par souci de transparence et d'efficacité. On s'améliore seulement quand on sait où sont nos lacunes. Le pire ennemi de nos réseaux publics, ce n'est pas Wall Street, mais la lourdeur bureaucratique, la rigidité, la difficulté à s'adapter au changement. Plus nos réseaux publics seront efficaces, plus il sera facile de défendre les généreux principes de la social-démocratie.

Pour le Parti québécois, l'élection du 14 avril représente un nouveau départ. Avec les mêmes idées, la même façon de voir, nous obtiendrons les mêmes résultats électoraux. Il nous faut actualiser nos idées sur la souveraineté et la social-démocratie, retrousser nos manches et aller voir les Québécois(es) sur le terrain. Je suis convaincu que beaucoup de militant(e)s du Parti québécois ressentent le besoin de débattre de ces questions. Il en va de l'avenir de notre parti et du Québec.




PQ

Legault mettrait au panier l'union confédérale de Landry

Mylène Moisan
Le Soleil mardi 6 mai 2003


S'il n'en tenait qu'à lui, François Legault rayerait d'un trait tout projet d'union entre un Québec souverain et le Canada, tel que prôné par Bernard Landry. Un gage de vulnérabilité qui compromet l'aspect " positif " du projet souverainiste, soutient celui qui se lancera, le moment venu, dans la course à la direction du PQ.

Prenant ses distances de son chef et du père de la souveraineté-association, René Lévesque, M. Legault ne voit pas la pertinence d'une entente avec le Canada, qu'elle intervienne avant ou après l'indépendance. " On a essayé, par le passé, de parler de partenariat économique, d'union confédérale. Et ça nous met dans une position vulnérable face au reste du Canada, qui ne démontre aucune volonté de négocier quoi que ce soit avec nous autres. Moi, je veux que la souveraineté soit quelque chose de positif. Le partenariat économique était nécessaire il y a 20 ans. Mais, aujourd'hui, avec l'ALENA et l'OMC, ce n'est plus nécessaire ", invoque M. Legault.

La prochaine question référendaire, s'il devait la formuler, ne doit pas faire allusion à un quelconque partenariat. Ni même à une éventuelle négociation avec le Canada, discussion dont il questionne également le bien-fondé. " La prochaine fois qu'on va faire voter les Québécois et les Québécoises sur l'avenir du Québec, il faudra être certain de contrôler tous les enjeux. Et la négociation avec le reste du Canada, ça, on ne la contrôle pas ", a-t-il souligné, ajoutant ne pas savoir " si elle est pertinente ".

Tournée du Québec

En entrevue téléphonique hier, M. Legault a annoncé qu'il allait bientôt entreprendre une tournée de la province pour peaufiner le projet souverainiste du Parti québécois. Chemin faisant, il sondera le pouls des militants - les jeunes notamment - quant à l'idée qu'ils se font du pays dont ils rêvent.

S'il dit vouloir écouter avant de se prononcer, M. Legault a tout de même quelques idées arrêtées sur la question, dont celle d'arriver avec une vision pragmatique du projet. Contrairement à " nos prédécesseurs, qui ont choisi de ne pas être trop précis sur ce qu'ils feraient avec les sommes, avec les budgets d'un Québec souverain pour garder les appuis autant de la gauche et de la droite ", M. Legault entend répondre " à ceux qui demandent : qu'est-ce que ça me donnerait demain matin, moi, la souveraineté ? "

Trente ans après le budget de l'an 1 de Jacques Parizeau, François Legault estime nécessaire de présenter aux Québécois un " budget consolidé d'un Québec souverain ". S'il " n'aime pas les mots " utilisés par Jacques Parizeau en 1973, il partage néanmoins la même intention " d'expliquer à la population, avec les chiffres, ce qu'on ferait de différent si on avait tous nos pouvoirs et nos impôts à Québec au lieu d'avoir plus de la moitié de nos impôts et de nos taxes à Ottawa. De dire aux gens ce qu'ils auraient de façon concrète ".

Quant à la monnaie qu'adopterait un Québec souverain, rien. Il ne faut pas être dogmatique, souhaite M. Legault. Il ne faut exclure aucun scénario. Il faut être prudent avant de dire qu'il faut une entente avec le Canada. Avant de penser que la seule solution, c'est le dollar canadien ".

Une gauche " efficace "

En parallèle de cette redéfinition du projet souverainiste, M. Legault souhaite le même examen de l'approche social-démocrate du Parti québécois. S'inspirant de son passé d'homme d'affaires, il estime que seule une " gauche efficace " ramènera les militants déçus dans le giron du PQ. Par cela, il entend une gestion performante axée sur les résultats. À ses yeux, " ce qui est le plus dangereux pour la social-démocratie, ce n'est pas le capitalisme et Wall Street. C'est vraiment la bureaucratie, la rigidité qu'on a dans les conventions collectives et le refus à certains endroits de faire une évaluation de la performance ".

Par-dessus tout, le député de Rousseau déplore que, dans l'esprit des gens, la droite ait le monopole de la performance. " Il y en a qui confondent l'efficacité avec la droite. Moi, je pense qu'il est possible de garder des valeurs, de rester à gauche, tout en se donnant des objectifs de responsabiliser davantage le personnel dans les réseaux publics, d'évaluer la performance et de viser une plus grande efficacité ", a-t-il indiqué.

Candidat avoué à la succession à venir de Bernard Landry, M. Legault a fait parvenir une lettre aux médias dans laquelle il tire des leçons de l'élection du 14 avril. Une démarche qui permet à l'ex-ministre de la Santé de se positionner sur les deux axes incontournables identifiés par son chef au lendemain du vote, soit la souveraineté et la social-démocratie.

MMoisan@lesoleil.com




PQ

Landry is toast

But the PQ leader appears willing to hang on longer to give François Legault a better shot at succeeding him

DON MACPHERSON
The Gazette Tuesday, May 06, 2003


Publicly, Bernard Landry gives the appearance of being in denial about the outcome of the election three weeks ago.

Looking on the bright side, he points out that the Parti Québécois's 44 members of the new National Assembly are the most it has ever had in opposition.

He could also add that predictions the PQ would be replaced by Action démocratique du Québec as the nationalist alternative to the Liberals have proven premature.

And stopping short of blaming the PQ's election defeat on money and ethnic votes, he also notes that the party was the most popular among francophone voters; one analysis gave the PQ 41 per cent of the French-speaking vote, to the Liberals' 34 per cent and the ADQ's 22 per cent.

On the other hand, the PQ showed a net loss of nearly a half-million votes from the previous election, slightly more than 200,000 of them to the ADQ and the rest to abstention.

Its 1.3 million total votes and its 33 per cent of the valid votes were its lowest in 30 years. Its 23 per cent of the eligible votes was its lowest since its first election as a party, in 1970.

So Landry's spin can't conceal the fact that his party is not without problems.

And, oh yes, it did lose the election. As one of Landry's predecessors, Jacques Parizeau, once said, the day after the election, all that matters is which party won a parliamentary majority.

Landry is also trying to pretend that he can hang on indefinitely as a lame-duck leader. Having previously announced that he would not serve out his current term, at one point even leaving open the possibility he would quit before ever sitting in opposition, he now won't rule out leading the PQ into another election.

He pretends that because he has not officially vacated the leadership, there can be no leadership campaign. He says he will leave it up to the PQ to decide, in accordance with its "very precise rules," the time of his leaving - knowing full well that the rules say only a full party convention can force him out. That's unlikely, and anyway, a regular convention can't be held before next spring.

Landry sounds a bit like Prime Minister Jean Chrétien not so long ago. But even with the power to promote or demote cabinet ministers, Chrétien was unable to fend off Paul Martin's challenge to his leadership and to keep his party from splitting into factions. A 66-year-old opposition leader who has already confirmed that he will step down before the next election, even if he has since tried to take it back, can't expect to do better.

And Landry knows better. He learned from his own first, unsuccessful bid for the PQ leadership, and taught those who aspired to succeed Lucien Bouchard and now aspire to succeed him, that if you snooze, you lose. He or she who waits until the leadership is vacant to begin campaigning has waited too long. The campaign has started, and what remains to be decided is how long it will last.

Landry's recent vagueness about his intentions looks like an attempt to restore his authority as leader, which will probably be futile, while he buys time for François Legault to try to mount a serious challenge to Pauline Marois, the current frontrunner for the succession. The PQ might put off the leadership election as late as fall 2004 so that it is not competing for attention with a federal election likely to be called by Paul Martin next spring.

As recently as the start of the election campaign, when Landry named Marois as the PQ's campaign manager, he appeared to be favouring her to succeed him. But then, after the election, he announced his intention to delay his departure. And last week, with the announcement of his shadow cabinet, he gave another indication that he has switched to Legault.

Landry made Legault finance critic, which will give him early visibility in the spring sitting of the Assembly because the Charest government is to bring down its budget.

Marois was finance minister in the former PQ government, but the Liberals' discovery of a $4-billion gap in her pre-election budget would have put her on the defensive as finance critic. Landry named her as education critic instead and left the defence of her budget up to Legault. It will be interesting to see how zealously he defends his leadership rival.

dmacpher@thegazette.canwest.com




femmes à l'université

La vie économique

Les femmes, l'université et le marché du travail

Claude Picher
La Presse mardi 6 mai 2003


La présence grandissante des femmes à l'université est bien connue et solidement documentée.

Au Québec, c'est au cours de l'année scolaire 1987-1988, il y a donc 15 ans, que les étudiantes inscrites à l'université, pour le première fois, ont été plus nombreuses que les étudiants. Depuis ce temps, l'écart n'a cessé de se creuser, toujours à l'avantage des filles, qui sont aujourd'hui largement majoritaires sur les campus.

Dans son dernier bulletin, le CETECH (Centre d'étude sur l'emploi et la tehnologie), un organisme lié à Emploi-Québec, publie une recherche de l'économiste Rabah Arrache, qui permet de mesurer l'immense chemin parcouru depuis le milieu des années 80.

Quatre constatations majeures se dégagent du document.

1) La progression des femmes s'est faite à un rythme foudroyant

Entre 1986 et 2002, le nombre total des inscriptions dans les universités québécoises est passé de 138 000 à 162 000, une hausse de 17 %. Ce rythme est nettement supérieur à la croissance démographique de 10 % observée pendant la même période, ce qui est encourageant: cela signifie que le Québec est de plus en plus instruit, atout non négligeable à l'ère de la mondialisation et des nouvelles technologies.

Or, chez les femmes, le nombre d'inscriptions est passé de 68 000 à 92 000, une augmentation de 35 %; en une période aussi courte, il n'est pas exagéré de parler d'explosion. Pendant ce temps, chez les hommes, c'est la stagnation: il y avait 70 000 inscriptions en 1986, et il y en avait toujours 70 000 l'an dernier. Autrement dit, l'essentiel de l'augmentation de la population universitaire provient des femmes, qui représentent aujourd'hui 57 % des inscriptions.

2) Les femmes ont pratiquement comblé leur retard aux cycles supérieurs

Malgré la croissance importante du nombre d'étudiantes, les hommes ont longtemps continué de dominer aux études supérieures (maîtrise et doctorat). En effet, même lorsqu'elles sont devenues majoritaires il y a 15 ans, les femmes terminaient surtout leurs études après le baccalauréat, alors que les hommes poursuivaient aux niveaux supérieurs. C'est beaucoup moins vrai aujourd'hui.

En 1986, il y avait deux fois plus d'hommes que de femmes aux niveaux de la maîtrise et du doctorat. Aujourd'hui, pour 10 étudiants, on compte neuf étudiantes. Il est fort probable, souligne le document, que les femmes seront majoritaires au niveau des cycles supérieurs dans un proche avenir. Il est question ici d'étudiants, pas de diplômés. Or, la progression des inscriptions féminines a commencé depuis assez longtemps pour qu'on puisse en mesurer l'effet sur la délivrance des diplômes. Ainsi, en une quinzaine d'années, la part des femmes ayant obtenu une maîtrise est passée de 44 à 51 %; à ce niveau, les diplômées sont donc devenues majoritaires. Pour ce qui est du doctorat, la poussée est encore plus spectaculaire; seulement 30 % des femmes terminaient leur doctorat il y a 15 ans; cette proportion est passée à 43 %.

3) Les femmes sont majoritaires dans presque tous les domaines d'études

Le tableau dans cette page est éloquent. Il montre que les femmes dominent maintenant dans tous les secteurs d'études, à l'exception des sciences appliquées (génie). Leurs progrès sont particulièrement impressionnants dans les facultés d'administration et de gestion et dans les sciences pures (physique, chimie, mathématiques). On notera que même si les femmes demeurent minoritaires en sciences appliquées, c'est dans ce domaine que leur présence connaît le taux de progression le plus rapide.

4) Les femmes occupent de plus en plus d'emplois hautement qualifiés

Comme on s'en doute, l'arrivée de toutes ces nouvelles diplômées a un impact majeur sur le marché du travail. Entre 1990 et 2002, la population active féminine de niveau universitaire a presque doublé, alors que la progression chez les hommes ne se situe qu'à 1,5. Chez les travailleurs âgés de moins de 45 ans, les femmes représentent maintenant plus de la moitié de la population active universitaire. Elles occupent de meilleurs emplois dans tous les secteurs. "Étant de plus en plus nombreuses parmi le personnel hautement qualifié, les femmes ne semblent plus se concentrer dans quelques professions traditionnellement féminines, comme la santé ou l'enseignement", note le document. "D'autres professions telles que celles liées aux sciences sociales, à la gestion et même aux sciences naturelles et appliquées accueillent désormais un nombre plus important de femmes."

cpicher@lapresse.ca




Bilinguisme

Bilinguisme : aucun plan d'action n'a été remis

Paul Gaboury
Le Droit mardi 6 mai 2003


La présidente du Conseil du Trésor, Lucienne Robillard, n'a toujours pas reçu les plans d'action des sous-ministres visant à muter les 200 cadres supérieurs de la fonction publique fédérale ne répondant pas aux exigences linguistiques de leurs postes.

Hier, au bureau de la ministre Robillard, on a confirmé que les plans d'action que devaient déposer les sous-ministres au sujet de chacun des cadres unilingues n'avaient pas encore été déposés tel que l'avait alors exigé la ministre en conférence de presse le 1er avril dernier.

"Oui, c'est vrai que la ministre avait indiqué qu'elle allait accorder un mois aux sous-ministres afin qu'ils déposent un plan d'action (pour chacun des cadres). Mais on n'est pas rendu à ce point-là encore. C'est plus long que prévu. Mais chose certaine, il y a des choses qui vont se produire", a indiqué Daniel Grenier, le secrétaire de presse de la ministre Robillard.

Le 1er avril dernier, lorsque la ministre Robillard avait annoncé que le gouvernement fédéral ne tolérerait plus que les cadres unilingues occupent des postes bilingues, elle avait alors donné un mois à ses sous-ministres pour qu'ils déposent un plan d'action spécifique pour chacun des cadres visés, leur donnant la latitude des outils pour atteindre son objectif.

"L'objectif est que dans les régions bilingues, les employés puissent travailler dans la langue officielle de leur choix, et veiller à ce que le public soit servi dans l'une ou l'autre des deux langues officielles selon sa préférence", avait alors déclaré Mme Robillard.

Une dizaine de cadres de plus

Par ailleurs, on a pu apprendre hier que le nombre de cadres unilingues ne répondant pas aux exigences linguistiques avait légèrement diminué par rapport aux chiffres présentés le 1er avril dernier par la ministre.

"Ce n'est pas astronomique, mais oui, il y a eu une progression", a-t-on confirmé.

Plus qu'une dizaine de cadres de plus auraient ainsi obtenu la note de passage entre le 24 mars dernier (date qui avait servi aux chiffres dévoilés lors de la conférence de presse) et le 31 mars.

Près de 200 cadres de niveau EX sur un total de 2315 assujettis à l'échéance du 31 mars 2003 (le 24 mars, il en restait 208) soit 9 %, ne satisfaisaient pas aux exigences linguistiques de leur poste. Deux ans plus tôt, 31 % des cadres, soit 726 sur 2299, n'étaient pas bilingues.

Ce chiffre de près de 200 n'inclut toutefois pas les 540 cadres embauchés après le 1er avril 2001, des nominations non impératives, qui leur accordent à leur tour un délai de deux ans pour répondre aux exigences linguistiques de leur poste.

La ministre Robillard n'a rien changé aux règles qui s'appliquent aux nominations non impératives et ces cadres bénéficieront encore d'une période d'exemption de deux ans après le 31 mars 2003.

Le ministère comptant le plus grand nombre de fonctionnaires qui risquent d'être mutés est Santé Canada, avec un total de près de 25.

pgaboury@ledroit.com




élections 2003

Une férocité indécente

Pierre de Bellefeuille
LE DEVOIR mardi 6 mai 2003


Lettres: Montréal, le 2 mai 2003

La férocité de votre collaborateur Michel David envers Jacques Parizeau est indécente. Il prétend que l'ancien premier ministre «a fait complètement déraper» la récente campagne de Bernard Landry, alors que le coupable, s'il faut en trouver un, c'est Jean Charest.

David affirme aussi que Parizeau a «perdu le référendum de 1995 à force d'erreurs» alors qu'au contraire, ayant réussi à constituer une alliance avec Lucien Bouchard et Mario Dumont, il est venu à un cheveu de la victoire.

Résumons : tout chez Parizeau fait frémir David, qui écrit : «M. Parizeau est devenu le souvenir vivant d'un des épisodes les plus tristes de l'histoire du mouvement souverainiste». De quoi s'agit-il ? De «l'argent et des votes ethniques» au soir du référendum de 1995.

Trêve d'hypocrisie. «Political correctness» mise à part, il n'y a rien de mal à constater comment vote tel ou tel groupe dans la société. Les maisons de sondage le font continuellement, qui nous renseignent sur «le vote francophone».

C'est évidemment l'emploi du mot «ethnique» qui fait sursauter les bien-pensants. Connaissant cette grande susceptibilité, M. Parizeau aurait pu se censurer et éviter d'employer le mot fatal. Mais pareille autocensure ne fait-elle pas partie de la «langue de bois» que les chroniqueurs ne cessent de dénoncer ?

David reproche à M. Parizeau d'avoir déclaré ces jours derniers : «il faut indiquer à nos concitoyens ce que nous voulons faire avec la souveraineté». Libre à David de préférer les faux souverainistes qui jouent à cache-cache avec l'indépendance, mais pour ma part, je crois aussi qu'il faut faire apparaître dans l'imaginaire collectif le portrait du pays à naître.




scrutin

Le prix de la vertu

Michel David
LE DEVOIR mardi 6 mai 2003


Alors que la proportionnelle était la grande mode du jour, il fallait être politologue, comme Christian Dufour, pour faire fi de la rectitude politique et justifier le maintien du mode de scrutin actuel, parce qu'il donne un poids relatif plus important aux électeurs francophones, en raison de la concentration des voix non francophones dans un nombre limité de circonscriptions.

De la même manière, personne n'aurait été choqué, en 1995, que les commentateurs expliquent la victoire du NON par l'appui massif des communautés culturelles, alors que c'est devenu un scandale sans nom venant de Jacques Parizeau.

De nombreux souverainistes estiment, sans oser le dire ouvertement, que l'introduction d'une composante proportionnelle dans le mode de scrutin rendrait beaucoup plus difficile, sinon impossible, la formation d'une majorité parlementaire qui pourrait permettre la tenue d'un autre référendum sur la souveraineté.

C'est peut-être même l'élection d'un gouvernement péquiste qu'exclurait pratiquement la proportionnelle. Le même Christian Dufour écrivait, en fin de semaine dernière, qu'elle assurerait le pouvoir en permanence au PLQ, tout en faisant éclater l'opposition. Il ajoutait que le PQ n'aurait qu'à se mordre les pouces d'en avoir bien imprudemment fait la promotion.

***

On ne saura jamais ce qu'il serait réellement advenu du grand projet de réforme des institutions démocratiques de Jean-Pierre Charbonneau, si le PQ avait été reporté au pouvoir, mais Bernard Landry était sûrement conscient du risque.

Il ne pouvait pas ignorer non plus qu'en laissant un énergumène comme M. Charbonneau suivre son inspiration, il s'assurait de multiplier les écueils sur lesquels il serait toujours temps de faire échouer le projet.

Sa première réaction, en devenant premier ministre, avait été de déclarer, en entrevue au Devoir, que l'introduction d'un mode de scrutin comportant des éléments de proportionnelle n'était envisageable qu'à l'intérieur d'un Québec souverain. Louise Harel avait eu le même réflexe, quand une collègue lui avait posé la question à brûle-pourpoint.

Quand le Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), qui regroupait des dizaines de personnalités issues des diverses familles politiques québécoises, du monde syndical, du milieu universitaire et du mouvement étudiant, a lancé une campagne tous azimuts en faveur d'une réforme du mode de scrutin, il devenait assez gênant de s'opposer à la vertu. M. Landry a donc changé de discours et soutenu -- six mois après le fait -- qu'il avait été mal interprété par Le Devoir.

Certains membres du MDN ont cependant été très surpris, pour ne pas dire inquiets de voir M. Charbonneau donner une telle ampleur au projet. Que M. Landry ait voulu distraire un incorrigible gaffeur, en l'expédiant sur une voie de service, on l'aurait très bien compris, mais l'opération semblait préparer un enterrement de première classe.

***

Le premier ministre Charest n'a pas été très précis sur ses intentions. Au lendemain des élections du 14 avril, il a simplement dit que la question du mode de scrutin serait «abordée» dès la première année du mandat.

Le nouveau ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques, Jacques Dupuis, aura tout le loisir de s'y consacrer, si tel est le désir de M. Charest. Généralement, le leader parlementaire du gouvernement est titulaire d'un «vrai» ministère, alors que M. Dupuis ne s'est vu confier aucune autre responsabilité.

Cette fois-ci, le mode de scrutin n'a pas desservi le PLQ, qui a remporté 61 % des sièges avec 46 % des voix, mais rien n'assure que l'ADQ servira aussi bien sa cause la prochaine fois. On a calculé qu'en conservant seulement 16 212 voix perdues à l'ADQ dans les 16 circonscriptions où les majorités libérales ont été les plus faibles, le PQ aurait pu former un gouvernement minoritaire.

Une réforme comme celle-là nécessite l'accord de l'opposition, mais M. Charest n'a rien à perdre à l'entreprendre. Au mieux, il jette les bases d'un régime où le PLQ tiendra continuellement le haut du pavé et qui exclut pratiquement tout référendum sur la souveraineté dans l'avenir. Au pire, il laisse au PQ la responsabilité de se faire le fossoyeur de ce qu'il a lui-même présenté comme le nec plus ultra de la vertu démocratique.

***

Les discussions sur le statut qu'il conviendra d'accorder à l'ADQ dans la prochaine législature seront très révélatrices. En principe, un parti doit obtenir 20 % des voix ou faire élire douze députés pour être reconnu comme parti officiel, avec les droits et privilèges qui y sont attachés en termes de ressources et de visibilité.

Avec ses 18,2 % et ses quatre députés, le parti de Mario Dumont ne répond pas à ces critères. Pour respecter l'esprit de la réforme du mode de scrutin, il conviendrait toutefois de reconnaître à l'ADQ une importance proportionnelle aux 696 972 votes qu'elle a reçues, qui représentent plus de la moitié de celles recueillies par le PQ.

Malheureusement, les députés péquistes ne semblent pas être dans des dispositions très favorables, ces jours-ci. Plusieurs se souviennent avec amertume de la bienveillante attention que Lucien Bouchard manifestait à Mario Dumont, qui en a profité pour s'incruster dans le paysage politique.

S'il fut une époque où l'ADQ pouvait être considérée comme une alliée potentielle, qu'il convenait de ménager dans la perspective d'un prochain référendum, ce n'est plus le cas. Le pire a été évité, le 14 avril, mais il est maintenant clair que c'est le PQ qui a le plus à craindre de l'ADQ. Si mal en point qu'elle paraisse, il serait imprudent de lui permettre de se refaire une santé. C'est bien beau la vertu, mais pas à ce prix.

mdavid@ledevoir.com




PLQ

Beware politicians bearing gifts

Doctrine of Public Choice. Expect politicians to do whatever they have to do to stay in power

PIERRE LEMIEUX
The Gazette Tuesday, May 06, 2003


The new provincial government has found a hidden deficit. Nobody should be surprised.

When I was teaching at the École Nationale d'Administration Publique in the mid-1990s, I used this very phenomenon to awaken my students to the economic analysis of politics. The 1969-70 Union Nationale budget was corrected by the new Liberal government to increase the real deficit by 5.5 per cent. The deficit in the 1976-77 Liberal budget was boosted 62 per cent by the new Parti Québécois government. The 1985-86 Parti Québécois budget was reviewed by the new Liberal government, which increased the deficit by 1.6 per cent. The new Parti Québécois government found the 1994-95 Liberal deficit seriously underestimated, and jacked it up by 29.2 per cent. There's nothing new under the sun.

Why is it that incoming governments have so often found discrepancies in the public accounts of their predecessors, and why has the discrepancy always gone in the same direction? Do the worst liars and evil men become politicians? Or are politicians just like the rest of us - motivated by self-interest?

A positive answer to the last question summarizes the lessons of the Public Choice school of economic analysis, which developed during the last half of the 20th century under the leadership of Nobel laureate James Buchanan. Before the Public Choice theoretical and empirical inroads, it was generally assumed that homo economicus acting in the market was self-interested while the same individual, when he entered politics or public service, became a benevolent angel. Theories built on these hypotheses showed that "market failures" could result from economic self-interest and had to be corrected by politicians and bureaucrats working selflessly for "society."

Once Public Choice economists assumed that individuals are motivated by the same basic self-interest whether they work in the public or the private sectors, economic theory started yielding very different conclusions. Sure, markets are not perfect, and contrary to what Adam Smith has taught, the "invisible hand" of free interaction sometimes leads to sub-optimal results. But state intervention ( i.e., the political and bureaucratic coercive processes) often make matters worse. Jacques Parizeau or Jean Chrétien would have done much less damage as CEOs of Eaton's or Enron.

From this perspective, one must expect politicians and bureaucrats to do whatever is cost-effective to stay in power and increase their power. Although there might be some saints among them, most will not balk at telling small lies and using the state to further their own selfish interests. Actually, the saints might be even more dangerous than the ordinary selfish statocrats. As Public Choice theorists Buchanan and Geoffrey Brennan wrote, constitutional or other constraints put on government "become much less effective, and may well be evaded, if the motive force behind governmental action is 'do-goodism.' The licentious sinners we can control; the saintly ascetics may destroy us."

In its simplest terms, the lesson is: Beware of politicians even when, like the Greeks at Troy, they give you presents. More generally, beware of Leviathan. The state has built-in mechanisms to co-opt and break any resistance to its growth. Think twice if you think that well-meaning and smiling politicians can change the system from within.

Thomas Mulcair might be the most libertarian - and probably the only libertarian - in the new Liberal government. But which portfolio was he given? The environment. Strangely enough, this is the portfolio that was held for many years by Pierre Paradis, who also, some decades ago, appeared to have iconoclastic and libertarian, or at least populist, tendencies. One thing we can be certain of, is that after a few years at the Environment Department, Mulcair will sincerely think that the state is necessary to save the galaxy. It will be in his interest to think so. Pierre Lemieux is co-director of the Economics and Liberty Research Group at the Université du Québec en Outaouais.




PLQ

Off-island taxpayers should help Montreal, too

HENRY AUBIN
The Gazette Tuesday, May 06, 2003


Tucked away in the Premier Jean Charest's remarks on the demerger issue last week was a seemingly innocuous little sentence: "So that citizens pay their just share, we will apply the principle of fiscality of agglomerations."

It might not be snappy jargon, but "fiscality of agglomerations" is a concept with potentially vast implications - though it's not clear how vastly Charest intends to apply it.

What the premier was saying was that if residents vote in a referendum to take their district out of Montreal, Longueuil or any other freshly amalgamated city, they will still have to pay to support the city they have left. Secession, in other words, will not relieve residents of newly emancipated districts of the obligation of pulling an oar for disadvantaged parts of the larger community.

Most demerger proponents to whom I've spoken have never expected anything less. What bothers them is not helping disadvantaged areas; rather, it's paying for a megacity's bloated workforce and inefficiently run services.

Still, it's useful for Charest to spell out this fair-share caveat. If nothing else, it will shut up those pro-merger advocates who insist that a major motive behind the demerger movement is a selfish desire to wiggle out of helping the poor.

In laying down this fraternal principle, then, Charest will have everyone on his side from merger crusader Pierre Bourque to demerger leader Peter Trent.

But, if it's such a fine, widely respected principle, there is no reason why it should apply only to Montreal Island.

If anyone has been getting a free ride off the ex-city of Montreal, it's not the former suburbs on Montreal Island. Rather, it's residents of off-island suburbs, whose very existence and prosperity depend on the central city.

OK, that's an exaggeration. Their ride isn't entirely free.

To help pay for public transit across the metropolis, all motorists in the greater Montreal region - from Mirabel to Mont St-Hilaire - pay $30 extra a year in car registration.

As well, all the region's municipalities pay for the three-year-old Montreal Metropolitan Community, which handles such issues as regional development, social housing and garbage disposal. Still, the burden is minimal. For example, taxpayers in Rosemère - population 13,000 - ante up just $316,000.

Neither of these contributions is really charity since the givers get benefits. The public-transit money, for example, makes for less congested roads.

Yet it's a dismal tribute to the power of stereotyping that it is the former suburbs of Montreal Island that are stuck with parasite image. Many media seem to assume that they, far more than their off-island counterparts, are feeding off the central city without contributing meaningfully to its heavy expenses as the region's hub and as the home of many of Quebec's poorest people. The fact that many such ex-suburbs are anglophone, with all the mythic baggage of oppressor that that implies, is a factor.

The Charest government should try to understand the absurdity of this image. In the late 1990s, for example, just before the municipal merger, taxpayers in the island's suburbs - who accounted for 43 per cent of the population - received just 33 per cent of the Montreal Urban Community's services (mostly police, transit and sewage treatment) and yet they paid 45 per cent of MUC costs. Plus, of course, island residents paid the car registration surcharge and for the CMM.

In forcing only the island's municipalities to merge with Montreal and help it financially, the PQ government sought to avoid alienating the off-island's swing ridings. A lot of good that did: last month, four PQ-held ridings in Laval went to Charest's Liberals as did Groulx riding on the North Shore and Marguerite-D'Youville riding on the South Shore. In many other ridings, support for the PQ fell off.

The lesson for Charest is that for a party to coddle off-island ridings might not, after all, be so politically astute.

His government now has a chance to reconsider what he calls the "fiscality of agglomerations." In plain language, that means a fairly shared tax load. In practice, what it should mean is that all parts of the Montreal region should do more to help the central city.

You don't have to be merged with it to help it.

Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist. haubin@
thegazette.canwest.com




médias

Watson's bad idea

National Post Tuesday, May 06, 2003


Patrick Watson, the former CBC journalist and chairman, thinks Canada needs a print equivalent of Mother Corp -- a tax-funded national newspaper. At a Senate hearing last week on media ownership, and again Monday in The Globe and Mail, Mr. Watson argued such a publication was needed because "the servitude of the media to the advertiser is almost universal," and because of "a tendency by some owners to impose their own views and values on content." (He did not name names, but our ears are burning nonetheless.) The idea is not new. Mr. Watson and late CBC broadcaster Peter Gzowski raised the notion themselves in 1971 during the heady days of Pierre Trudeau's first term, when state airlines and state oil companies were all the rage. Clearly, nothing dies harder than a bad idea.

Mr. Watson is quick to point out that what he wants is a "public" -- rather than a "state" -- newspaper. But we're not sure this distinction matters much. A "public" newspaper of the type Mr. Watson advocates might not broadcast undiluted state propaganda in the style of, say, Iraq's Information Ministry. But it would no doubt adhere to the big-government dogmas we have come to expect from the CBC (which also makes a great show of its "public" status). Thus, we might expect from the Watson Report articles extolling the virtues of crusading human rights commissions, public health care, redistributional fiscal policy and environmental regulation.

In other words, it would be very much like the Toronto Star. But that publication is at least privately funded. No one is forced to pay for it -- as taxpayers would Mr. Watson's brainchild.

Of course, all this begs the question: Why not dismantle the CBC, too? Why, indeed? The Documentary Channel, Biography Channel, Independent Film Channel, Book Channel, NewsNet, TSN, Family Channel and Bravo! all do essentially what the CBC was commissioned to do decades ago. But getting rid of our state broadcaster would be more difficult than resisting a print cousin -- rather like the difference between quitting smoking and never starting.

Moreover the two media come with different pedigrees. Most state broadcasters were conceived as guardians of the public interest in a two- or three-channel world. While they no longer need to perform that function -- technology has provided a limitless number of spaces on the dial -- state broadcasters are now entrenched. But not even in socialist Europe has this paternalistic model crossed media to print on a wide scale. Indeed, Mr. Watson would have to look to Pravda or the state-run publications of the Arab world for models on which to base his Canadian project.

(Ironically, the one domestic example cited by Mr. Watson as the kind of newspaper he has in mind was I.F. Stone's Weekly, which "made a very substantial contribution to journalism" by preserving its independence from corporate ownership and advertisers for 20 years. Too bad for Mr. Watson's argument that Stone and his wife produced the Weekly from their basement on presses bought without a cent of government subsidy.)

In fact, Mr. Watson's idea is worse now than it was when he conceived it 32 years ago -- for he seems to have missed the technological changes of the last three decades. It is not only the advent of the 500-channel universe, but also the Internet -- from Webzines and blogs to Web-only radio talk shows and paperless newspapers -- that has eclipsed Mr. Watson's 32-year-old dream. Anyone looking for government information or alternative viewpoints free of commercial influence can find it in seconds. Why, even the Socialist Worker has a Web site. Mr. Watson probably has it bookmarked. But for those who don't, it's www.socialistworker.co.uk.




médias

Journalists' resignations illustrate flaws in the idea of a national public newspaper

ROY MacGREGOR
G&M Tuesday, May 6, 2003


Forget the old "Unite the Right" movement -- we're suddenly in the midst of a "Unite the Left and Right" movement.

Yesterday morning, at exactly 9:58, David Frum went on-line at the National Review to announce that he could no longer, in good conscience, work for the National Post and had, therefore, tendered his resignation.

Barely two weeks earlier, Patricia Pearson turned to the pages of The Globe and Mail to announce that she could no longer, in good conscience, work for the National Post and had, therefore, tendered her resignation.

David Frum, son of Barbara, is the face of the right in this country, an unblushing admirer of George W. Bush and all things American.

Patricia Pearson, granddaughter of Lester B., is an heir of left liberalism in this country, an open admirer of the United Nations and all things Canadian.

And neither can work any longer for the National Post.

Frum's reasoning appears to be that the struggling paper that began life five years ago by taking on the "dreary bog of left-liberal conformity" is no longer what it once was. The owner Frum went to work for, Conrad Black, is no longer around, having passed the paper off to the Asper family's CanWest Global, and the two editors he believed in -- Ken Whyte and Martin Newland -- were canned late last week by its new owners.

"Unlike Black, a highly intellectual conservative," writes Frum, "the Aspers never seem to have felt much zeal for the National Post's mission."

They are far softer, for one thing, on Prime Minister Jean Chrétien and his Liberal government.

Frum wishes the paper well, but can no longer work for it.

Pearson's reasoning appears to be that her liberal voice, which was once tolerated under Black's ownership, became intolerable as the paper turned to cheering for Bush's America and the war on Iraq.

She says her views were unwelcome and she "self-censored in favour of conviviality."

(The culture of the paper would have to have changed dramatically since I left nine months ago. In four years as a National Post columnist, I never once felt there was a party line for comment, just far more space for conservatism than liberalism. Whyte and Newland, in my experience, welcomed diverse opinions -- even when I wrote columns in defence of paying taxes and in praise of Lester Pearson.)

Lester Pearson's granddaughter, however, eventually came to the conclusion that the paper was too hard on Mr. Chrétien, his Liberal government, and Canada itself.

She did not wish the paper well, and decided she could no longer work for it.

All this is recounted not to measure the National Post -- it would be profoundly unfair to judge a new product before seen -- but to bring us to former CBC chairman Patrick Watson and his proposal for a national public newspaper.

What Canada desperately needs, Watson told the Senate Transport and Communications Committee on Friday, is a new newspaper modeled on the Canadian Broadcasting Corporation, a federal paper that would be financed by Canadian taxpayers and not beholden to advertisers.

It is an idea almost too easy to ridicule.

While Watson has stated that he is, by no means, calling for a "state newspaper," the imagination leaps giddily to headlines praising the number of new jobs created by the gun registry debacle and the political triumphs of a 70-cent loonie.

What Watson is really calling for, however, is a newspaper that "would be a print equivalent of CBC News, beholden to no commercial interest -- produced, driven and governed by journalists, not investors or advertisers."

And there is the real problem, as so magnificently illustrated by Frum and Pearson and their reasons for being unable to abide the National Post any longer.

Watson says such a paper would instantly "raise standards across the board," its finances handled by a government endowment and its control firmly in the hands of . . . " and here's where we get in trouble.

"A public newspaper," says Watson, "would have a board composed primarily of journalists and appointed only for ability and representational reasons (not for political expedience -- the board would have to have a say in its own composition and renewal). This would ensure the public newspaper's independence and financial responsibility."

It would also ensure chaos.

Canada today is a country of ever-widening fissures, east and west, Ontario and the rest of Canada, rural and urban, new and old, pro-Bush and anti-Bush, left and right -- and nowhere is the political gap wider at the moment than in journalistic circles.

Established journalists like David Frum and Patricia Pearson cannot even agree on the newspaper they are working on.

So how, pray tell, could journalists from both sides of the political spectrum ever agree on the newspaper they should be working on?

It would be, we humbly suggest, the journalistic equivalent of putting the inmates in charge of the asylum.




Salissage

Le pyromane

Katia Gagnon
LA PRESSE 6 MAI 2003


Éditorial - Ainsi, selon Peter Yeomans, non seulement le gouvernement du Parti québécois était «extrêmement oppressif», mais également «raciste».

Qu'un politicien de l'expérience de Peter Yeomans tienne des propos aussi inacceptables dépasse l'entendement. Comme membre du comité exécutif de la grande ville de Montréal, M. Yeomans semble avoir oublié qu'il y représente tous les Montréalais, dont une bonne proportion n'ont cessé d'appuyer, au fil des ans, ce gouvernement soi-disant oppressif et raciste. Son rôle, c'est d'être le pompier, pas le pyromane.

M. Yeomans peut bien avoir une dent contre le Parti québécois, qui a imposé des lois, en matière linguistique, qu'il n'a visiblement jamais digérées. Il peut s'opposer à ces lois, il peut être contre l'option souverainiste. Libre à lui de prédire, prenant ses désirs pour des réalités, que le Parti québécois connaîtra bientôt le même sort que la défunte Union nationale. Mais rien ne justifie le fait qu'il insulte de manière aussi grossière ceux qui, légitimement, défendent la nécessité de protéger adéquatement le fait français, ou consacrent leur vie à la défense d'une idée qui s'appelle la souveraineté.

Jacques Parizeau a dû démissionner pour avoir commis des déclarations incendiaires un certain soir de 1995. Compte tenu de la teneur particulièrement lourde de ses propos, Peter Yeomans s'en tire très bien avec l'envoi d'un simple communiqué d'excuses.

Souhaitons, à tout le moins, qu'il en tire une leçon.




Bouclier anti-missile

Chrétien set to join Bush's missile plan

Senior ministers to seek approval today for talks with U.S.

Sheldon Alberts, Deputy Ottawa Bureau Chief
National Post Tuesday, May 06, 2003


OTTAWA - Jean Chrétien yesterday gave his strongest suggestion to date that Ottawa is prepared to take part in U.S. plans for a controversial missile defence system.

The Prime Minister will hear a proposal today from John McCallum, the Defence Minister, and Bill Graham, the Foreign Affairs Minister, asking Cabinet to approve formal negotiations with the United States for Canadian participation in the plan.

The talks would be designed to place the missile defence system under the control of NORAD, the binational defence command charged with protecting the continent from air attack.

Canada has shared control of NORAD for more than 45 years; a Canadian general is deputy commander of the command.

"We are looking at what is the position Canada should take within NORAD and other organizations," Mr. Chrétien said in the House. "They are our neighbours, and the defence -- especially in the air -- in the past has been in common."

Ottawa has long expressed opposition to the U.S. plan to develop weaponry capable of shooting incoming ballistic missiles, fearing a new arms race and the weaponization of space.

But the Prime Minister said Canadian opposition is flagging because the U.S. plans for missile defence are less ambitious than when the plan was first dubbed "Star Wars" during the Reagan era.

"The situation is changing.... It is much more limited," Mr. Chrétien said.

"For example, there was extremely strong opposition by the Russians that has diminished since that time. The same thing by the Chinese. So we are looking at the file."

Canada's renewed interest in joining the missile-defence program is being spurred by several looming deadlines in the Bush administration's implementation plans. The United States is working toward deploying initial land-based missile interceptors in September, 2004, and will make crucial decisions about command and control of the plan in the next several months.

Supporters of Canadian participation within the federal government, most notably senior military officers, say Ottawa needs to make a quick decision in order to bring missile defence under the umbrella of NORAD.

Beyond the security implications, supporters of missile defence argue Canadian participation would be an economic boon for Canada's aeronautical industry, allowing companies to benefit from hundreds of millions of dollars in high-technology contracts.

Sources said yesterday it is unlikely Cabinet will make a final decision about opening negotiations with the United States during today's meeting. But Mr. McCallum has said Canada will make its plans known before Parliament rises in June.

The prospect of Canadian participation in missile defence has angered the left wing of the Liberal caucus and Cabinet. Sheila Copps, the Heritage Minister and leadership candidate, has criticized leadership front-runner Paul Martin for supporting missile defence.

Yesterday, John Godfrey, the MP for Don Valley West, said missile defence would "contribute to making the world a more dangerous place" by emboldening the Bush administration in its handling of world military crises.

"If we had missile defence at the present moment, they might well be bolder in dealing with North Korea in a way that would be dangerous for the world because it might involve nuclear weapons," Mr. Godfrey said.

"The Bush doctrine is a doctrine of offence. You can't simply say that national missile defence would protect us from incoming missiles if at the same time it encourages the Americans to be bolder in their defence activities or their foreign policy activities."

He said it is a mistake for the government to embrace missile defence as a way of making amends with the United States for staying out of the war in Iraq.

"It is not a satisfactory answer to say, 'Well, we were right on the war in Iraq, therefore we need to give them a consolation prize,' " Mr. Godfrey said.

Joe Clark, the Conservative leader, accused Mr. Chrétien of preparing to begin secret talks with the United States and demanded Parliament be informed about what role Canada would play in implementation of the missile defence system.

"There has been no information given to Parliament as to what it is the Americans are asking," said Mr. Clark. "We need to know what we are being asked to approve, at least in general terms. That has not happened."

Bill Blaikie, the New Democrat foreign affairs critic, said: "Star Wars isn't going to protect the United States from various forms of terrorism. We don't see the need for it."

salberts@nationalpost.com




Bouclier anti-missile

La position canadienne sera débattue au cabinet

Presse Canadienne Le lundi 05 mai 2003


Le cabinet fédéral est sur le point d'entamer une discussion, probablement dès mardi, sur une possible participation canadienne au système de défense anti-missile promu par Washington.

Cette initiative indique un virage dans la position canadienne, qui a jusqu'ici consisté à se désintéresser de la question ou à éviter le sujet. Selon les dernières indications des ministres du cabinet et du premier ministre, cette question devrait être discuté à la lumière des attentats terroristes du 11 septembre 2001 et de la nécessité d'une coopération canado-américaine afin de se prémunir contre de telles menaces.

Quoique cet enjeu ait fait partie des discussions informelles depuis des années, le ministre de la Défense, John McCallum et le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, espèrent entamer des pourparlers formels avec leurs collègues du cabinet sur les avantages et les désavantages d'une participation à ce programme. «Le Cabinet discutera de cette question dans un futur rapproché», a précisé M. McCallum.




Bouclier anti-missile

Bouclier anti-missile américain

Cellucci fait pression sur Ottawa

SRC samedi 3 mai 2003


L'ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Paul Cellucci, a fait savoir vendredi que le refus du Canada de participer au controversé projet de bouclier antimissile de l'administration Bush pourrait compromettre le pacte militaire canado-américain signé il y a plus de 45 ans.

«Nous croyons que la défense antimissile va de pair avec la mission du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord), qui est de protéger nos deux pays contre des attaques menées par des missiles ou des avions provenant de l'extérieur de nos frontières», a-t-il déclaré, avant d'ajouter: «Nous souhaitons que le Canada prenne la décision d'y participer.»

M. Cellucci n'a pas abordé la question des représailles que pourrait subir le Canada s'il refusait de se joindre au projet américain. Mais selon lui, «le choix du Canada aura un impact sur les décisions de commandement et de contrôle» du système. L'ambassadeur américain a évoqué la possibilité que le projet de bouclier antimissile soit placé sous la direction NORAD, qui était d'ailleurs dirigé par un Canadien au moment des attentats du 11 septembre 2001.

Le cabinet de Jean Chrétien se penchera à nouveau sur la question la semaine prochaine. Le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, a répété que le conseil des ministres prendrait une décision d'ici la fin juin. «Par le passé, nous avons eu des réserves à propos de la défense antimissile nationale, a-t-il affirmé. C'est maintenant au cabinet d'examiner la nouvelle ambiance mondiale et de décider s'il est opportun pour nous de s'engager dans de telles négociations», a-t-il déclaré.

Ces derniers mois, des responsables canadiens et américains se sont rencontrés pour en discuter du projet. Mardi, le sous-ministre adjoint à la Défense des États-Unis, Alan Williams, a déclaré qu'une participation d'Ottawa au projet pourrait se traduire en contrats pour des entreprises canadiennes dès septembre 2004.

Le Nouveau Parti démocratique s'oppose au projet antimissile et accuse le gouvernement Chrétien d'essayer de regagner la confiance des Américains en envisageant d'y participer. L'Alliance canadienne, quant à elle, appuie inconditionnellement l'implantation d'un système antimissile.

Le projet actuel du Pentagone s'articule autour de fusées d'interception terrestres qui serviraient à abattre des missiles balistiques dans les airs, avant qu'ils ne puissent atteindre le continent. Mais d'autres plans prévoient le développement d'armes qui seraient placées en orbite pour éliminer des missiles immédiatement après leur lancement.




Bouclier anti-missile

Bouclier anti-missile américain

Des libéraux craignent que le Canada se joigne au projet

Manon Cornellier
LE DEVOIR mardi 6 mai 2003


Le gouvernement fédéral n'a pas encore décidé si le Canada participerait au projet américain de bouclier anti-missile, a assuré le premier ministre Jean Chrétien hier, mais bien des députés sentent ce moment approcher et s'en inquiètent.

Ottawa -- La mise en place d'un bouclier anti-missile par un gouvernement américain qui préconise la guerre préventive devrait pousser le Canada à y réfléchir à deux fois avant de s'y associer, avertit le député libéral John Godfrey.

«Avant d'en arriver à une décision, nous devons examiner le contexte nouveau créé par la doctrine Bush, un contexte plus dangereux que par le passé car cette doctrine s'appuie sur le recours à des actions unilatérales préventives», a déclaré M. Godfrey à sa sortie des Communes.

Contrairement au premier ministre Jean Chrétien, M. Godfrey estime que rien n'est survenu récemment qui justifie l'empressement soudain du gouvernement. À moins, dit-il, qu'on estime devoir offrir aux Américains «un prix de consolation» pour le refus du Canada de participer à la guerre en Irak. Si tel est le cas, dit-il, «ce serait inapproprié».

Ce sont les déclarations de plusieurs ministres et des candidats au leadership libéral qui ont semé l'inquiétude dans les rangs du caucus. Encore hier, le ministre des Finances et candidat à la succession de Jean Chrétien, John Manley, réitérait son appui à une participation canadienne au bouclier anti-missile américain.

Son adversaire Paul Martin est du même avis, tout comme le ministre de la Défense, John McCallum. Le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, semble aussi avoir perdu ses réserves, bien qu'il insiste sur le fait que le Canada reste opposé à la militarisation de l'espace. Mais il a confirmé hier que le cabinet se pencherait bientôt sur la question, mais attendrait de consulter le caucus avant de prendre une décision définitive.

Le premier ministre a indiqué hier que la question n'était pas tranchée mais que la donne avait changé sur la scène internationale. «Ce dossier a évolué depuis six mois. Par exemple, l'opposition extrêmement forte de la Russie s'est atténuée. Même chose avec la Chine. [...] Nous examinons la position que le Canada doit prendre au sein de NORAD et d'autres organisations parce qu'ils [les Américains] sont nos voisins. [Mais] nous n'avons pas pris de décision.»

M. Godfrey ne s'y trompe pas cependant. «On a l'impression qu'une décision se prépare.» Et les députés veulent obtenir plus d'information. «Se résigner ou s'associer à un bouclier anti-missile, qui encouragerait au bout du compte les Américains à faire preuve de plus d'audace face aux États dit voyous et ayant peut-être des armes nucléaires, ne mènerait pas, à mon avis, à un monde plus sûr et plus stable», a-t-il relevé. Il croit d'ailleurs que la situation en Corée du Nord explique en partie l'empressement des Américains de voir ce bouclier mis en place.

Considéré comme un des parlementaires les plus avertis et respectés, M. Godfrey avoue que plusieurs de ses collègues partagent l'inquiétude qu'il a manifestée au cours de la dernière réunion du caucus libéral. Plusieurs se réunissent depuis pour poursuivre leur réflexion et, surtout, se demandent pourquoi une décision maintenant.

M. Godfrey résume les questions auxquelles il dit ne pas avoir encore eu de réponses. Qu'est-ce qui a changé pour justifier une décision précipitée ? Ce bouclier est-il nécessaire ? Fonctionnera-t-il ? Avons-nous les moyens de se l'offrir ? Entraînera-t-il des problèmes plus graves que ceux qu'il est censé résoudre ?

Parmi les députés inquiets, il y a les membres du comité des affaires étrangères qui ont émis un rapport unanime en décembre dernier recommandant au gouvernement de ne prendre aucune décision dans ce dossier. Cette technologie n'était pas éprouvée, disaient-ils, et les détails de son déploiement restaient inconnus.

Il y a deux ans, le Canada avait réagi au projet américain en soulignant son caractère incertain et en évoquant, comme la Chine, la Russie et nombre de pays européens, le danger d'une relance de la course aux armements. Depuis, plusieurs pays ont trouvé des aménagements avec les Américains.

Washington a pour sa part abandonné le traité sur les missiles antibalistiques de 1972 au profit d'un nouvel accord avec les Russes sur l'élimination d'une partie de leurs arsenaux nucléaires. Le projet de bouclier s'est lui-même précisé en décembre dernier lorsque M. Bush a ordonné la mise en place dès l'automne 2004 des premiers éléments de ce système de défense.




Proche-Orient

Sharon promet de «ne pas rater l'occasion» de faire la paix

AFP mardi 6 mai 2003


Jérusalem -- Le premier ministre israélien Ariel Sharon a promis hier de ne pas rater l'occasion de faire la paix avec les Palestiniens, si elle se présentait, lors d'une cérémonie consacrée au souvenir des soldats tombés au cours des guerres d'Israël depuis sa création en 1948.

«J'ai fait le serment de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour conduire le pays à la paix, et il y a un espoir en ce printemps pour cela», a déclaré M. Sharon lors de la cérémonie à Jérusalem. «Cet espoir est fondé sur la lutte continue et sans compromis des forces de sécurité et de l'armée pour éradiquer le terrorisme ainsi que sur la victoire décisive remportée par les forces de la coalition en Irak et la détermination qu'a montrée une partie du monde libre, sous la direction du président des États-Unis, contre les régimes du mal dans notre région», a-t-il dit. «Si cet espoir se concrétise et que les conditions s'y prêtent, et cela sera déterminé avant tout par les actes du nouveau gouvernement palestinien, je ne raterai pas cette occasion» de faire la paix, a poursuivi M. Sharon, soulignant qu'il était prêt à payer pour ce faire «un prix douloureux».

«Je ne me suis mis qu'une seule limite : la sécurité d'Israël pour laquelle je ne suis prêt à faire aucun compromis, d'aucune façon et à aucune condition», a-t-il conclu.

La «feuille de route», un nouveau plan de paix international visant à régler par étapes le conflit israélo-palestinien, a été officiellement remise la semaine dernière aux Israéliens et aux Palestiniens. Ce plan préconise la création d'un État palestinien d'ici à 2005.

Israël observait à partir d'hier soir le jour du souvenir de ses soldats tombés au cours des guerres. Ces cérémonies s'achèveront ce soir avec le début des festivités pour le 55e anniversaire de la création de l'État d'Israël qui sera célébré demain.




Proche-Orient

A 'road map' drawn by fantasists

Robert Fulford
National Post Saturday, May 03, 2003


Platoons of diplomats and politicians have solved the problems of Israel and the Palestinians -- again! The United States, the UN, Russia and the European Union, working together as "the Quartet," claim that their wisdom will produce a final settlement and an "independent, democratic and viable Palestine." Delivering their formula to both sides on Wednesday, they predicted that the crucial changes will fall into place in 2005.

The seven-page "road map" embodying these instructions appears to have been written in another world, a Never-Never Land where nobody's historical memory goes back even to the bitter failures of the 1990s. It delivers glib promises that will encourage false hopes among the naive on all sides. If you believe what it says, you can expect progress at a breathtaking pace. Among other absurdities, it anticipates that the Palestinian constitution will be written and ratified by next winter.

It's based on the foolish notion that Israelis and Palestinians will act like diplomats sitting in a conference room in Brussels. This is the error intelligence professionals call "mirror-imaging"; it's made by analysts who expect that people with different cultural experiences will act as they themselves would act. Abram Shulsky, in his book, Silent Warfare: Understanding the World of Intelligence, explains that mirror-imaging caused the failure of Israeli intelligence to anticipate the Yom Kippur sneak attack by Egypt and Syria in 1973. Israelis know their first loss in a war will be their last: Defeat will destroy their state. They imagined that Egyptians were just as afraid of losing and wouldn't attack unless they could destroy the Israeli Air Force. But apparently President Anwar Sadat didn't count on winning, and in fact his plan worked. Early Arab victories, even though they were reversed, provided the psychological backdrop (as Shulsky says) for what Sadat wanted: to regain the Sinai through a peace treaty.

In the same way, the Quartet's road map assumes that both Israelis and Palestinians will swiftly forgive and forget all the recent violence. It assumes that Palestinians want precisely the peaceful democracy that the diplomats want them to want, and that they will immediately repudiate terrorism and accept the principle of two states living side by side, a solution they rejected in 2000. It ignores the polls showing that Yasser Arafat, a career terrorist, remains the most popular living Palestinian, far more popular than the new Quartet-approved prime minister, Mahmoud Abbas, a.k.a. Abu Mazen. (Barry Rubin, the author of a forthcoming Arafat biography, noted this week that Arafat still controls security services and can nullify any change he dislikes.)

The Quartet seems also to assume that Israel will happily pull out of its settlements in disputed areas. Many outside Israel will no doubt agree, particularly if they ignore earlier generations of struggle between Arabs and Jews and blame all recent trouble on the settlements. Susan Sontag, for instance, wrote in the Guardian last Saturday that "Israel is going through the greatest crisis of its turbulent history, brought about by the policy of steadily increasing and reinforcing settlements on the territories won after its victory in the Arab war on Israel in 1967."

But Israelis know that many Arabs reject all of Israel, not just the settlements. Israelis will also point out that 225,000 Jewish settlers occupy only 2% of the West Bank. Many settlements, such as Ma'aleh Adumim, a suburb of Jerusalem with a population of 28,000, will never be casually abandoned.

The dates contained in the plan add a peculiar element of fantasy to the whole enterprise. For some arcane reason, known only to diplomats, the authors insisted on delivering a document that was already obsolete. They wrote it in December, 2002, and handed it over on April 30, 2003, with all the original dates unchanged. As a result, the text reads like the work of a grim and derisive satirist. "Phase I: Ending Terror and Violence, Present to May 2003," describes what should be done between December, 2002, and this minute. Palestinians cease all violence while Israel withdraws from Palestinian areas occupied since Sept. 28, 2000 and freezes settlement activity. Palestinian institutions (notably schools) end anti-Jewish incitement. Israel lets Palestinian officials, presumably including Arafat, travel where they wish and commits itself to a sovereign Palestinian state. At the same time, Arab governments cut off funding to terrorists. And all this fiction appears in a document claiming to establish "a realistic timeline for implementation."

Naturally, almost nothing on that list has happened. Only one item mentioned in Phase I, the naming of an interim Palestinian Prime Minister and his Cabinet, was finally carried out, just before the road map was delivered. Hamas and the Arafat-connected al-Aksa Martyrs Brigades celebrated those appointments eight hours later by sending two extra-big bombs to a Tel Aviv pub, apparently in an attempt to set a record for deaths by suicide bombers on a single occasion. The terrorists were thwarted by an alert security officer, and they set off only one bomb, which killed one terrorist and three Israelis while injuring dozens of others. It was the start of another peace process.

robert.fulford@utoronto.ca