que faire?

Unis, nous vaincrons!

La prochaine élection sera référendaire

Louis-François Bélanger
Charlesbourg, Québec
TRIBUNE LIBRE 5.5.2003

Depuis l’annonce des résultats des élections du 14 avril dernier, on a beaucoup spéculé sur les causes de la défaite du PQ. Le sociologue Pierre Drouilly estime que « les péquistes sont simplement restés chez eux (LD, 18 avril 2003) ». Le chroniqueur Michel Venne rappelle pour sa part que « le PQ a perdu l’appui de 475 000 personnes qui avaient voté pour lui en 1998 sans que celles-ci ne se reportent sur le Parti libéral (LD, 23 avril 2003) ».

Que signifient ces résultats? Je dirais contrairement à M. Drouilly que ce que ne sont pas les péquistes qui sont restés chez eux, ce sont les souverainistes! Car, comment peut-on dire que des péquistes sont restés chez eux alors qu’ils n’avaient pas l’intention de voter PQ? Pour différentes raisons, plusieurs souverainistes ne sont plus péquistes! Que sont devenus les 49,4% de souverainistes qui ont voté OUI en 1995? Que sont devenus les 42,87% de souverainistes qui ont voté PQ en 1998? Qu’est devenu le Parti québécois pour ne récolter que 33,24% des voix le 14 avril 2003?

Le thème de la campagne de financement précédant l’élection était : « La souveraineté, j’embarque! ». Je suis donc monté dans l’autobus en renouvelant ma cotisation du PQ! Quelques semaines plus tard, de nouvelles couleurs embellissaient maintenant notre véhicule : « Restons forts! » Notre chauffeur invitait même les fédéralistes à monter à bord! Même s’ils ne voulaient pas se rendre à destination, ils pouvaient descendre à l’arrêt avant, à moins qu’on ne les convainque de rester avec nous!

En décidant d’axer la campagne électorale sur le thème de la conciliation famille-travail, les stratèges péquistes espéraient faire un bon coup de marketing, inspiré en cela par les sondages des groupes de discussion. Bien que ce thème revêt une importance indéniable, car porteur en soi d’une solution au problème fondamental de la dénatalité, l’idéal du Parti québécois a été occulté durant une bonne partie de la campagne! « Comme les gens ne veulent pas entendre parler de souveraineté, on n’en parlera pas!...» De quoi les gens veulent-ils entendre parler? M. Charest leur a répété la santé, encore une fois! Non seulement comme la première priorité, mais aussi comme projet de société! Posant la question à Bernard Landry lors du débat des chefs le 31 mars dernier, M. Charest a opposé deux projets concernant, selon lui, l’avenir politique du Québec: « Santé ou souveraineté? ». Notre chef, imperturbable, n’a pas trouvé l’écoute auprès du futur Premier ministre.

La souveraineté, c’est la santé de la nation! Toute personne malade espère être traitée pour recouvrer sa santé. Se débarrasser du virus envahissant, éliminer le parasite affaiblissant, prévenir toute nouvelle intrusion bactérienne! Et ce, dans des délais normaux! Pour notre peuple, les symptômes sont criants! Alors que notre poids démographique au sein du Canada est anémique, alors que la situation du français à Montréal est critique, alors que la vague mondialisante américaine menace d’asphyxie nos terres nationales, alors que le déséquilibre fiscal affecte déjà notre santé financière, le Québec est plus que jamais dans une situation précaire. Encore si jeune et si frêle, il fonce droit vers son suicide politique!

Prévention oblige, nous serons traités! Plusieurs médecins proposent leurs solutions. Le Dr Dumont propose simplement de transférer les problèmes à ses enfants. Le Dr Charest proposerait de signer l’ordonnance de 1982 avec en prime, un échantillon d’un Québec bilingue en imposant l’enseignement de l’anglais dès la première année du primaire. Le Dr Dion quant à lui nie le diagnostic fiscal. Le Dr Chrétien, en pré-retraite, ne veut plus écouter ses médecins spécialistes des provinces. M. Martin, lui, n’a pas pratiqué depuis un an mais espère revenir chef de la salle opératoire…au privé!

Chaque jour est pour tout souverainiste convaincu un pas de plus vers le pays à naître. La femme qui porte l’enfant est fière d’annoncer à tous les jours la naissance prochaine! La naissance d’une personne est une bonne nouvelle! La naissance d’un peuple qui veut enfin respirer librement est une réjouissance pour l’humanité entière!

Comment en sommes-nous venus, souverainistes et péquistes, à cacher notre projet de société? Notre idéal de construire ici en terre d’Amérique un pays de langue et de culture française, respectueux de son environnement, soucieux de répartir la richesse équitablement entre les citoyens, désireux de porter un message de paix, de justice et de fraternité à tous nos frères humains de toutes langues et de toutes nations. Comment avons-nous pu détourner nos regards de nos rêves, faute de courage, faute de fidélité, faute d’espérance, faute de fierté?

Réveillons-nous! Le combat à venir sera encore plus ardu! Car notre gouvernement n’est plus québécois! Notre mission est exigeante! Elle vise la reconquête de nos alliés, de notre territoire, de nos institutions!

D’ici la prochaine campagne électorale au Québec, vraisemblablement en 2007, tout le mouvement indépendantiste doit être uni. Quelle forme prendra ce rassemblement? Serait-ce par le Conseil de la Souveraineté, organisme non partisan dont la mission première est la promotion de l’option? Déjà financé à un montant de 250 000$ par le PQ, l’argent ne doit pas uniquement contribuer à payer un administrateur d’un forum Internet, essentiel mais virtuel! Qu’attend le nouveau président Gérald Larose? Attend-il les recommandations de Lucien Bouchard avant de présenter son rapport? Après une dure hibernation, le Conseil doit sortir de l’ordinateur et plonger sur le terrain! Nous n’attendrons pas quatre ans! Tous les souverainistes devraient lancer un ultimatum au Conseil de la Souveraineté pour qu’il donne signe de vie et joue enfin son rôle, et ce, d’ici le 24 juin prochain. À défaut de quoi, les organisations indépendantistes devront se regrouper à une autre enseigne!

En se donnant aussi personnellement chacun et chacune comme mission de convaincre, d’ici 2007, un indécis, un souverainiste qui n’appuie plus le PQ, un nationaliste mou, un nouveau jeune qui s’intéresse à la question nationale, le Parti québécois pourra enfin se présenter à la prochaine élection avec comme unique objectif la souveraineté du Québec! Oui et ça devient possible! (Expurgée) de tous ces traits d’union qui assujettissent notre projet aux volontés d’Ottawa, extirpée de toute ambivalence sur le rôle d’un bon gouvernement à Québec, rassemblant enfin les souverainistes dispersés, la prochaine élection sera référendaire! Le gouvernement du Parti québécois recueillant enfin la majorité des voix aura toute la légitimité de réaliser l’indépendance nationale. La transition étant bien préparée, le Québec naîtra alors un an après, le 3 juillet 2008, 400 ans après sa fondation!

Le premier rendez-vous des forces souverainistes aura lieu le 19 mai prochain! Inspirés par la détermination de nos ancêtres Patriotes qui ont donné leur vie pour notre pays, puisons la force féconde dans notre histoire nationale! Restons forts! Unis, nous vaincrons!




Olivar Asselin

Les combats d'Olivar Asselin

Stéphane Baillargeon
LE DEVOIR 2 novembre 1996


Compte rendu de
«Olivar Asselin et son temps»
de Hélène Pelletier-Baillargeon

Son étrange prénom est le produit d'une contraction d'Olivier et de Bolivar, le grand «libertador» sud-américain. Olivar Asselin est né en 1874, dans un petit village de Charlevoix. Après des études classiques au séminaire de Rimouski, et la faillite de la petite entreprise familiale de tonnage, il s'est retrouvé à Fall River, au Massachussets, en même temps que des centaines de milliers de compatriotes attirés par les emplois offerts dans les manufactures de la Nouvelle Angleterre. Boulimique de lectures, grand amoureux de la langue française, il a amorcé là sa carrière de journaliste qu'il a poursuivie, contre vents et marées, jusqu'à sa mort, en 1937. Le prix de journalisme de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal porte encore le nom de son ancien mais éphémère président.

Au tournant du siècle, de retour au Québec, Olivar Asselin est entré aux Débats, dirigés par Louvigny de Montmigny, puis il a collaboré à d'autres journaux d'obédience libérale. Il a participé à la fondation du Nationaliste, puis du Devoir, en 1910, avec Henri Bourassa. Dans les années trente, il a occupé le poste de rédacteur en chef du Canada et de certaines autres publications, où il a sans relâche imposé son style polémiste caustique et sa plume acérée, qui n'épargnait aucun coquin. Olivar Asselin est même considéré comme un des pères du journalisme d'enquête «à la québécoise».

C'était aussi un homme d'action. En 1915, après avoir combattu en faveur de l'abstentionnisme, celui qui avait déjà participé comme volontaire à la guerre hispano-américaine de 1898, s'est enrôlé dans l'armée canadienne pour voler au secours de la France, «parce que sans la France, la vie française s'arrêterait en nous comme une eau qui gèle», expliquait-il alors. Soldat émérite, qui a reçu la Légion d'honneur pour ses faits d'armes, il est devenu secrétaire de la Conférence canadienne militaire, avant de s'engager à fond, à la fin des années vingt, dans l'OEuvre de la merci, une entreprise caritative qui venait en aide aux pauvres et aux vieillards.

C'est cette vie exceptionnelle que raconte Hélène Pelletier-Baillargeon dans Olivar Asselin et son temps, à la maison d'édition Fides. Le premier tome intitulé Le militant, couvre la période avant la Première Guerre mondiale. Il sera officiellement lancé au Monument national, le 13 novembre prochain.

Mme Pelletier-Baillargeon, qui a notamment fait carrière à l'importante revue Maintenant, dans les années 1960 et 1970, a pris goût au genre biographique avec le travail qui a mené à la publication de Marie Gérin-Lajoie, chez Boréal, en 1985. L'idée d'enchaîner sur cette autre portrait de vie lui a été donnée par un de ses amis, le sociologue Fernand Dumont, à qui est d'ailleurs dédiée cette première partie. «On déjeunait ensemble au bord du fleuve et il m'a souligné que ce serait maintenant un beau défi de m'attaquer à la biographie d'un personnage masculin», explique-t-elle.

Fernand Dumont avait aussi pressenti que la journaliste aux convictions féministes et nationalistes serait fascinée par cet ancêtre amoureux de la langue, engagé dans des luttes sociopolitiques. «Il ne s'était pas trompé, remarque-t-elle. Parce que pour moi Olivar Asselin représente une branche importante du nationalisme québécois, le courant libéral et progressiste qui a fini par s'exprimer avec force au moment de la Révolution tranquille, contre la tendance beaucoup plus religieuse, qui avait dominé depuis un siècle».


Le rougisme populaire

La biographie a composé un portrait de groupe avec journaliste. Sa large et passionnante traversée du temps d'Olivar Asselin permet de varlopper au passage les clichés de bois sur le caractère prétendument monolithique de cette société canadienne-française.

Deux grandes idéologies d'origine européenne étaient alors particulièrement influentes: l'ultramontisme, qui affirmait la primauté du spirituel sur le temporel, de l'Eglise sur l'Etat et le libéralisme, qui accordait la primauté â la liberté individuelle, défendait un certain radicalisme politique et combattait le magistère de l'Eglise, sans être anticlérical. La biographie veut montrer qu'Olivar Asselin a adopté très tôt des positions libérales, sous l'influence de son père Rieule Asselin, un homme à l'esprit libre, puis de lectures éclairées et de rencontres avec des gens remarquables.

«Cette orientation idéologique est d'autant plus intéressante qu'elle est adoptée par un homme d'origines modestes, alors que la tendance libérale est généralement associée aux grands bourgeois cultivés comme Louis-Antoine Dessaules, dit Mme Pelletier-Baillargeon. J'ai trouvé très intéressant ce rougisme populaire. Il m'a semblé qu'Olivar Asselin a incarné avec Jules Fournier et d'autres, l'aile rouge du nationalisme, alors qu'Henri Bourassa, qui était rouge par les Papineau et ultramontain par les Bourassa, va résoudre ses tensions idéologiques en faveur d'un nationalisme beaucoup plus conservateur, sous surveillance religieuse.»

Huit longues années de labeur minutieux l'ont amenée à fouiller les archives, retracer les correspondances, consulter les historiens, lire des milliers et des milliers de pages sur ce temps dans lequel elle réussit à ancrer son sujet. Ici, elle fournit des informations sur le prix du beurre et des betteraves à Rimouski à la fin du XIXe siècle. Là, elle explique le métier de tanneur, l'achat des peaux de vache ou de lapin, l'utilisation de l'écorce de pruche et d'outils aux noms poétiques, comme les paumelles de bois. Ailleurs, elle montre la piètre condition de vie des journalistes du temps et plonge dans les affres de la création littéraire à Montréal au tournant du siècle. Ailleurs encore, elle retrace par les menus détails les chicanes entourant des projets de lois, la contestation d'une élection, des débats théologiques ou des problèmes de relations internationales.

L'âme seconde

Ce travail de contextualisation démarque déjà profondément cette biographie des précédentes, beaucoup plus hagiographiques. La dernière en date, publiée en 1962 par Marcel-Aimé Gagnon, ne s'appuyait pas sur les archives d'Asselin, ouvertes au public une décennie plus tard. «J'ai donc eu accès à un tas de documents sur la vie privée de mon sujet, commente la journaliste. En plus, j'ai dû accentuer le travail de contextualisation des combats, faire un cours d'histoire sur les débats de société de l'époque. Il fallait rendre compte de l'épaisseur du temps.»

En plus, les recherches interprétatives se sont complexifiées au cours de dernières décennies. «Ce que l'on peut savoir d'un homme aujourd'hui», comme disait Sartre au début de son monumental Idiot de la famille dépend d'une multitude de points de vue, sociologique, politique, historique, psychanalytique même, qu'il s'agit de conjuguer. N'empêche, la restitution complète et totale d'un être demeure bien sûr illusoire. Toute biographie est sélective, prismatique. Aux lacunes des sources, aussi riches soient-elles, répondent les partis pris interprétatifs du biographe, cette «âme seconde» dont parlait Sainte-Beuve.

«Mais je n'ai pas suivi de modèle, souligne Mme Pelletier-Baillargeon. J'ai mis dans ce livre ce qui me semblait important pour comprendre Olivar Asselin et son temps. C'est la seule règle que j'ai suivie.»

La recherche pour le second tome est pratiquement terminée. L'ouvrage paraîtra «quand il sera prêt, d'ici quelques années».




Olivar Asselin

Extraordinaire «petit caporal»

Quelle fresque impressionnante que celle qu'Hélène Pelletier-Baillargeon vient de livrer à notre admiration béate!

GILLES LESAGE
LE DEVOIR 1 décembre 1996


OLIVAR ASSELIN ET SON TEMPS
Le militant
Hélène Pelletier-Baillargeon
Fides, Montréal, 1996, 780 pages

Cet Olivar Asselin et son temps se lit - c'est un cliché comme un roman. Si Daniel Pennac a l'occasion de le consulter, il sera ravi de la manière dont la journaliste s'y prend pour nous accrocher, retenir notre intérêt et nous amener tout doucement à prendre fait et cause pour le polémiste impénitent, le pamphlétaire prodigieux. Non pas que la biographe raffinée se fasse propagandiste ou hagiographe, mais elle nous offre un tel luxe de détails, des précisions si complètes que le franc-tireur qui a ébranlé tant de notables du début de ce siècle nous est rendu éminemment sympathique.

De sa naissance à Saint-Hilarion-de-Charlevoix, en novembre 1874, à son surprenant enrôlement à titre de major en 1916 (pour répondre à l'appel de la France), l'auteur fait revivre sous nos yeux éblouis les multiples péripéties de cet insolent aventurier du verbe et de l'action. Mieux encore, ce n'est pas seulement le «Petit caporal» (ainsi surnommé très jeune, en raison de sa petite taille) qui déploie devant nous sa fougue et sa fureur, mais toute une époque qui surgit, avec vigueur et rigueur. La consoeur recyclée en superbe biographe - elle a déjà publié en 1985, chez Boréal, Marie Gérin-Lajoie, de mère en fille la cause des femmes - a consacré près de dix ans à reconstituer patiemment généalogies et itinéraires, à éplucher archives et documents, livres et lettres. Il en résulte, pour notre édification et notre ébahissement, un document d'une belle et haute ampleur.

Le héros en son temps

Il arrive souvent, dans ce genre d'ouvrages, que toute la vie d'une époque soit orientée et expliquée par celle du héros ou du vilain en question. La seule manière d'éviter ce piège, c'est de faire ressortir que si le grand personnage a joué un rôle majeur parmi ses contemporains, ceux-ci ont évidemment pesé sur lui de mille façons. Si pugnace et inclassable soit-il, il est tributaire de son temps, de son évolution et de ses préjugés.

Mme Pelletier-Baillargeon réussit à merveille cette équation délicate. (Ce faisant, bien sûr, elle donne des armes aux chasseurs de têtes nationalistes: ils noteront avec ravissement qu'Asselin a aussi parlé de la «race» canadienne-française, il y a 90 ans, ce qui devrait inciter les «héritiers de Lord Durham» à demander à la SSJB de Montréal de changer le nom du prestigieux prix de journalisme qu'elle attribue depuis 40 ans, y compris, mercredi, au confrère Laurent Laplante!)

L'auteure a évité un autre piège: celui de reconstituer des dialogues, devenu si courant qu'il n'y a plus moyen de faire le partage entre la réalité et la fiction. Quand elle fait parler l'autodidacte fils du tanneur, elle s'appuie sur des documents, pas sur des hypothèses; quand elle relate ses premières armes américaines - dans les deux sens du terme, en journalisme et dans l'armée - ses sources sont irréprochables; le fougueux militant nationaliste qui rompt des lances à gauche et à droite, y compris avec ses amis, a laissé des traces partout, aisément vérifiables; ses déboires professionnels et familiaux, Mme Pelletier-Baillargeon ne les déduit pas, elle les documente tant et plus, avec des notes et des références à l'infini.

Un vrai travail de... moniale, avec la merveilleuse complicité de sa «transcriptrice», Renée Pelletier-Rowan, collègue de longue date à ce journal, dont leur oncle, Georges Pelletier, successeur de Bourassa, fut le directeur de 1932 à 1947!

Le précurseur

Si Asselin fut un impitoyable protagoniste du Canada français et d'une certaine idée du Québec, un précurseur sur bien des plans - la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'enseignement public et obligatoire, le suffrage féminin, la maîtrise de l'économie, contre la peine de mort, entre autres batailles épiques, souvent perdues -, son style de pamphlétaire «à la française» constitue une admirable leçon pour ceux qui se réclament du «journalisme d'enquête» ou de combat. Ce qui ne va pas sans risques et sans représailles, certes. Asselin les a tous pris et subis: multiples procès pour libelle diffamatoire, emprisonnement à trois reprises, notamment pour sa célèbre gifle au ministre Louis-Alexandre Taschereau, à Québec en 1909.

Avec ce magistral ouvrage, on ne pourra plus désormais lire de la même façon les amitiés et les envolées littéraires d'Asselin et de Jules Fournier, les deux amis inséparables, frères selon l'esprit. On comprend mieux aussi leur engouement pour le «castor rouge» que fut Henri Bourassa (fondant Le Devoir en janvier 1910), avec lequel ils ont collaboré pendant deux mois, déçus par son rigorisme et son ultramontanisme. Le petit fils de Papineau était un grand seigneur qui avait peur de ses fougueux disciples, de leurs insolentes frasques d'enfants terribles, vaguement mécréants à ses yeux de catholique orthodoxe. Soupçonnés d'anticléricalisme ou de franc-maçonnerie, ils n'étaient qu'oecuméniques avant l'heure, professant plus d'équité et de justice sociale.

Un véritable croisé

Sans quartier, Asselin a fait flèche de tout bois contré les profiteurs, les «rois fainéants», les bigots, avec ténacité et intransigeance, maniant avec aisance le sarcasme et l'humour dévastateur. Véritable croisé, il a gardé sa famille «pauvre comme la gale», tout occupé à se battre visière levée, provoquant ses contradicteurs, suscitant la controverse, y trouvant un aliment à son irrévérence. Il y a du Léon Bloy chez cet éternel empêcheur de tourner en rond, ferraillant contre l'obscurantisme et pour la tolérance. Ce trouble-fête aux pages vengeresses voulait rien de moins que «remettre la pensée à l'honneur», avec le goût impérissable de la liberté personnelle et de l'autonomie collective.

Tout un programme, évidemment inachevé, qui a souvent vent découragé ce franc-tireur maladif, besogneux et impécunieux. Malgré tous les avatars, il continuait de brasser la cage, implacable, inlassable, inclassable, même pour les siens, auxquels il donnait des sueurs froides (il était la cigale de la fable, tandis que sa femme en était la fourmi, pour laquelle et ses quatre fils l'auteure nous faie partager sa vive sympathie).

Tel un justicier imprécatoire, ses guérillas verbales, ses fanfaronnades à l'emporte-pièce, le rendent passionnant, chaleureux, vibrant. Sa verdeur est rafraîchissante, son radicalisme séduisant, son progressisme de superbe aloi.

C'est dithyrambique, je le sais, mais cette brique mérité les plus grands éloges. En particulier, tous ceux qui exercent notre beau métier, et tous les jeunes, plus nombreux encore, qui y aspirent avec ardeur, doivent dévorer cette oeuvre magistrale. Avec ses notes et repères bibliographiques - l'auteure, magnanime, dévoile toutes ses sources avec une minutie exemplaire -, sa chronologie et son index - c'est une mine extraordinaire, une initiation formidable à une époque tumultueuse et à un homme flamboyant.

Un souhait. Après les séries sur Duplessis et Laurier, les mémoires tronqués de Trudeau, à quand une télé série sur Olivar Asselin et son temps? Ce personnage passionnant, tel un héros de cape et d'épée, serait une formidable leçon d'histoire pour les générations rations qui, hélas, ne lisent pas et n'en ont pas le goût. Ça vaudrait bien des Scoop et des Petite Vie...

En attendant, quel superbe cadeau (avec la biographie de Gabrielle Roy, par François Ricard, chez Boréal) à se faire offrir ou à se faire. A quand la suite sur les 20 dernières années de l'épique fondateur de L'Ordre?




PLQ

Les 10 travaux de Jean Charest

Pierre Cayouette
L'Actualité, n° Vol: 29 No: 8 15 mai 2003


Bien des promesses ont été faites par les libéraux durant la campagne électorale. Mais quels sont les dossiers sur lesquels le nouveau premier ministre doit plancher sans tarder? Des experts se prononcent.

"Nous sommes prêts!" a répété sans cesse le chef libéral Jean Charest tout au long de la campagne électorale. "Eh bien, respectez vos engagements!" répondent en choeur des Québécois influents de tous les milieux à qui L'actualité a demandé de déterminer les principaux défis du gouvernement que dirige Jean Charest.

1. Préparer le Québec au déclin démographique

Les chefs des trois principaux partis ont peu parlé de la démographie ou du vieillissement de la population lors de la campagne. Ces sujets étaient cependant omniprésents en filigrane. Conciliation famille-travail, réduction de la dette... toutes ces mesures visaient le même objectif: contrer le déficit démographique du Québec. Faire face au vieillissement de la population constitue en effet pour beaucoup le défi du gouvernement Charest. En 2027, les personnes de 65 ans et plus représenteront 24% de la population québécoise, contre 12% en 1997. Et quand les baby-boomers auront atteint l'âge "d'or", les dépenses publiques de santé auront augmenté de 40%.

"Il faudra imaginer une politique familiale et une politique d'immigration qui tiennent compte de cette réalité, et qui assurent un renouvellement de la main-d'oeuvre", dit Dominique Anglade, présidente de la Jeune Chambre de Commerce de Montréal (JCCM).

La semaine de quatre jours s'inscrit dans cet esprit. Cette mesure, récupérée par le Parti québécois, était à l'origine une idée de Dominique Anglade et de ses collègues de la JCCM. Ce n'était que la plus spectaculaire parmi une série de mesures de conciliation famille-travail que propose l'organisme. "Nous faisons aussi la promotion du congé parental pour les travailleurs autonomes et nous revendiquons plus de flexibilité dans les horaires de travail. Il faudra tôt ou tard en venir là."

La présidente de la JCCM plaide pour une vision à long terme. "D'ici 40 ans, notre main-d'oeuvre active va décroître de 2%, alors qu'elle augmentera de 43% dans le reste du Canada. Voilà une raison d'agir, et vite!"

2. remettre rapidement sur pied le système de santé

Jean Charest a promis d'ouvrir des salles d'opération "dans les heures qui vont suivre [son] arrivée au pouvoir". On devrait d'abord augmenter le nombre d'interventions dans les salles déjà ouvertes, a rétorqué le porte-parole de l'Association des médecins spécialistes du Québec, Yves Dugré.

Le PLQ a martelé ses promesses d'abolir les listes d'attente dans les hôpitaux, de relever le plafond salarial des médecins et d'augmenter le budget de la Santé. Bref, de faire "mieux et autrement". Les aspirations du milieu sont à la hauteur des ambitions libérales, c'est-à-dire très élevées. Le Dr Yves Lamontagne, président du Collège des médecins, estime que "le défi, pour le gouvernement, sera d'avoir le courage de bouger très rapidement, dès la première année, de tenir ses promesses de manière à diminuer les listes d'attente et à rendre le système plus efficace".

Le Dr Lamontagne prévient le gouvernement: il y a des sceptiques dans les salles d'opération. Il faudra leur envoyer un signal clair afin de les motiver. "Les médecins sont épuisés, et j'en entends bon nombre dire qu'ils ne croient plus aux politiciens", mentionne-t-il. La clé? Alléger l'administration. "La machine administrative est désespérément lourde. Pour acheter certains appareils médicaux, il faut se perdre dans des dédales bureaucratiques et traverser parfois jusqu'à 20 étapes. Le gouvernement devra simplifier la gestion, décentraliser."

3. bien naviguer entre défusions et confusion

Dès le lendemain des élections générales, l'ex-maire de Westmount, Peter Trent, et les autres ténors des défusions municipales sont réapparus sur la scène publique, autant à Montréal que dans les banlieues. À Québec, où le débat a été particulièrement virulent, les opposants aux regroupements municipaux ont interprété la victoire libérale comme le signal de départ d'une nouvelle croisade. "Le travail commence. Il est temps de ramener la démocratie dans le monde municipal", a lancé l'ex-maire de L'Ancienne-Lorette, Émile Loranger. Les adversaires de la réforme croient maintenant possibles les défusions. Et pour cause. Jean Charest s'est engagé à déposer rapidement une loi-cadre permettant aux municipalités qui le désirent de soumettre les fusions à des consultations populaires. Dans le milieu des affaires montréalais, toutefois, on tient mordicus à ne pas revenir sur cet acquis. Il y a plus d'un demi-siècle que la Chambre de commerce du Montréal métropolitain appuie l'idée d'un regroupement de l'ensemble du territoire de l'île de Montréal en une seule ville. Voilà pourquoi Benoit Labonté, président de la Chambre, se montre si intransigeant: "Dans le contexte de la mondialisation, l'importance des grandes agglomérations urbaines est immense. Le principal défi du gouvernement de Jean Charest sera de donner un élan irréversible au nouveau Montréal et aux nouvelles villes. Tout le reste en découle."

4. appliquer la politique de l'eau sans faire de vagues

Que Jean Charest ait été ministre de l'Environnement au fédéral n'en fera pas naturellement un allié des mouvements environnementalistes, croit André Bouthillier, président de l'organisme Eau Secours! Cette coalition de 168 groupes dit représenter près d'un million de Québécois. "Le défi premier, pour le gouvernement, consistera à mettre en application la Politique nationale de l'eau adoptée quelques mois avant les élections, soutient Bouthillier. Que fera-t-il des projets de barrages sur les rivières?"

Les projets de construction de minicentrales hydroélectriques privées sur diverses rivières québécoises ont semé la controverse au cours des dernières années. Un vaste mouvement de contestation, auquel ont participé de nombreux artistes, dont Paul Piché et Richard Séguin, a amené le gouvernement Landry à faire marche arrière. "Le PQ a décrété un moratoire sur les petites centrales privées, empêchant la construction de barrages sur 35 rivières, dit André Bouthillier. Les libéraux laissent entendre qu'ils pourraient les autoriser. S'ils font cela, ce sera une douche froide pour les habitants de nombreuses municipalités. À Trois-Pistoles, notamment, les gens se sont déchirés et portent encore les cicatrices du débat sur les barrages."

5. donner un répit à la classe moyenne

"Nous sommes les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord", répète souvent Jean Charest. Voilà pourquoi le PLQ a promis de baisser les impôts des particuliers d'un milliard de dollars par année, tout en s'engageant à réduire le fardeau fiscal des entreprises. Gilles Taillon, président de la Chambre de commerce du Québec, voit ainsi le défi du nouveau gouvernement: "Présenter un budget équilibré qui tienne compte des engagements de baisses d'impôts et comporte une réduction des dépenses publiques." Et, poursuit-il, diminuer la taille de l'État. "J'ai recensé environ 200 organismes administratifs. C'est trop!" dit-il.

À ses yeux, il faut de toute urgence donner un répit à la classe moyenne. "Les familles dont le revenu annuel oscille entre 20 000 et 54 000 dollars sont surtaxées et paient 38% de l'ensemble des impôts au Québec. En Ontario, les familles de la classe moyenne versent 21% des impôts. Il faut un grand ménage de printemps!"

6. soutenir la création d'emplois

Le Québec a créé l'année dernière 42% de tous les emplois au Canada (167 000), comme l'a souvent rappelé l'ex-premier ministre Bernard Landry, qui ne manquait pas de souligner le rôle déterminant de l'État dans cette performance. "Le défi du nouveau gouvernement du Québec sera de maintenir le haut niveau de soutien à l'emploi", estime René Roy, secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ).

D'autres questions préoccuperont grandement les centrales syndicales au cours des prochains mois. L'équité salariale, au premier plan. "Ce n'est pas encore réglé. Le gouvernement libéral devra se prononcer rapidement. L'évaluation de 650 postes de la fonction publique sera terminée sous peu, et les libéraux recevront une copieuse facture", dit René Roy. L'incidence sur l'emploi de possibles défusions inquiète aussi la FTQ. "Nous représentons 80% des travailleurs municipaux et nous n'osons pas imaginer le cauchemar qui suivrait une défusion à Montréal."

7. donner un nouveau souffle au système scolaire québécois

Cours d'anglais dès la 1re année, 80 millions de dollars de plus pour les cégeps des régions, meilleur soutien à l'enseignement technique, refinancement de 240 millions sur cinq ans pour les universités: l'éducation aura été le deuxième cheval de bataille de Jean Charest, après la santé.

"Une équipe qui se dit prête n'a pas besoin de la chance accordée aux débutants!" dit avec ironie Alain Marois, président par intérim de l'Alliance des professeurs de Montréal. Le milieu de l'éducation sera à la fois vigilant et exigeant. "La santé nécessitera beaucoup d'argent. Il faudra s'assurer que l'éducation ne sera pas laissée pour compte", renchérit André Caron, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Ce dernier voit d'un mauvais oeil que la réforme du secondaire soit reportée à septembre 2005, comme l'a laissé entendre le Parti libéral. "Nous sommes prêts à l'appliquer dès maintenant", dit-il. Monique Richard, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, s'imagine mal comment le gouvernement pourra atteindre ses objectifs et craint de voir le secteur privé s'immiscer dans les services publics. "Comment Charest pourra-t-il remplir ses promesses électorales - qui risquent de coûter neuf milliards de dollars - tout en réduisant les impôts d'un milliard par année? demande-t-elle. On veut percer le mystère de ce cadre financier."

8. adopter une réforme du mode de scrutin

Le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, a mis du temps à s'en remettre. Avec 18% des voix, son parti n'a obtenu que quatre sièges à l'Assemblée nationale. La gauche se dit aussi victime du système électoral actuel. "Il faut dès maintenant une réforme du mode de scrutin, une véritable proportionnelle", plaide Pierre Dostie, porte-parole de l'Union des forces progressistes (UFP).

Dès le lendemain des élections, Claude Béland, président du comité directeur des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, a pressé le premier ministre élu, Jean Charest, de réformer le mode de scrutin, de manière à éliminer les distorsions entre la volonté des électeurs et la représentation. Dans une entrevue à un quotidien montréalais, Claude Béland a précisé que, en vertu de la formule "proportionnelle territoriale" proposée au terme des états généraux, la répartition des sièges aurait été la suivante: les libéraux en auraient obtenu 63 plutôt que 76 (46% des voix); le PQ, 44 plutôt que 45 (33% des suffrages); l'ADQ, 18 au lieu de 4 (18% des votes). Rien n'aurait changé pour la coalition UFP-Parti vert (1,5% des voix), qui n'aurait obtenu aucun siège.

Jean Charest a confirmé, au lendemain de son élection, qu'il aborderait la question du mode de scrutin dès la première année de son mandat.

9. s'attaquer au déséquilibre fiscal

Le soir de sa victoire, devant ses militants de Sherbrooke, Jean Charest a promis de "défendre les intérêts du Québec avec passion". Le nouveau premier ministre élu a précisé dès le lendemain qu'il n'entendait pas pour autant proposer des modifications à la Constitution canadienne.

En revanche, le chef libéral a dit qu'il ferait tout son possible pour amener des changements à la péréquation et rapatrier des points d'impôt. Pour relever ce défi, Jean Charest a annoncé la mise sur pied d'un "bureau de négociation sur le déséquilibre fiscal". Le premier ministre du Québec, qui connaît le reste du Canada mieux que tous ses prédécesseurs, entend jouer un rôle de rassembleur auprès des autres provinces. En matière de déséquilibre fiscal, "c'est au Québec que le leadership se manifestera", promet-il.

En mars 2002, le rapport d'une commission présidée par le fiscaliste Yves Séguin, ex-ministre du Revenu de Robert Bourassa, estimait à deux milliards de dollars par année le manque à gagner du Québec en raison de la trop large place qu'occupe Ottawa dans le domaine fiscal. Le gouvernement fédéral réfute toujours les conclusions du rapport et nie l'existence d'un déséquilibre fiscal. Élu dans la circonscription d'Outremont, le même Yves Séguin fait désormais partie de l'équipe Charest et pourra vraisemblablement croiser le fer lui-même avec Ottawa.

10. améliorer le sort des artistes

Dans sa plate-forme électorale, le PLQ promet d'améliorer le filet de sécurité sociale des artistes à l'aide d'une série de mesures. Il s'agit là d'une revendication "historique" de l'Union des artistes (UDA). Les libéraux se sont aussi engagés à rendre la culture plus accessible en région.

"Le défi, pour le gouvernement libéral, sera de tenir ses promesses envers les artistes et de ne pas revenir sur les progrès accomplis au cours des dernières années, dit le président de l'UDA, Pierre Curzi. Comment pourra-t-il y parvenir alors que son cadre financier prévoit un gel des budgets de tous les ministères, sauf ceux de la Santé et de l'Éducation?"

Le budget annuel du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), par exemple, s'est accru de 65% de 2000 à 2003, passant de 43,4 à 71,3 millions. "Comment les libéraux pourront-ils poursuivre en ce sens si le budget de la Culture est gelé?" demande Pierre Curzi.

Jacques Primeau, président de l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), s'inquiète lui aussi de l'avenir des organismes et programmes de subventions. "Le principal défi du PLQ sera de donner un sens, à l'intérieur de ses budgets, à l'appui qu'il accorde à la diversité culturelle."




PLQ

Contrer le séparatisme municipal

Bernard Descôteaux
LE DEVOIR lundi 5 mai 2003


C'est tout à l'honneur du premier ministre Jean Charest de vouloir respecter ses engagements électoraux. Une promesse est une promesse. Mais faut-il tenir ses engagements envers et contre tout, lorsque le bien commun exige plutôt que l'on revienne sur la parole donnée, comme dans le cas des défusions?

Le gouvernement Charest, à peine formé, n'a pas tardé à voir quel bourbier représenterait la tenue éventuelle de référendums dans les nouvelles grandes villes. Le fractionnement municipal aléatoire qui en résulterait transformerait les territoires de Montréal, Longueuil, Gatineau et Québec en de vastes gruyères tout en les affaiblissant sur le plan économique et politique.

Déjà les stratèges libéraux cherchent comment encadrer l'exercice des défusions de telle sorte qu'il soit, au bout du compte, sans effet. En réitérant lors de l'assermentation de son gouvernement que, quoi qu'il arrive, on allait appliquer dans les régions métropolitaines une fiscalité d'agglomération, M. Charest indiquait à ceux qui voudront pratiquer le séparatisme municipal qu'ils ne gagneront rien au plan financier. En plus de payer pour les services propres à l'agglomération, ils devront payer pour leurs propres services.

Le gouvernement Charest pratique un double discours pour se sortir du piège qu'il s'est lui-même tendu, mettant l'accent tantôt sur le respect des droits des citoyens à s'exprimer, tantôt sur la volonté de l'équipe libérale de soutenir la réussite des grands villes. On ne pourra toujours ainsi ménager la chèvre et le chou. Il faudra choisir, car ces deux positions sont contradictoires.

S'il a vraiment un préjugé favorable envers les grandes villes, le gouvernement de Jean Charest doit l'exprimer clairement tout en invitant par ailleurs le dernier carré d'irréductibles opposants aux fusions à se joindre à la recherche de compromis. Car, cela est certain, il faudra revoir un certain nombre de choses. On devine que la préférence du gouvernement va du côté d'une décentralisation du pouvoir des administrations centrales des villes vers les arrondissements. On excusera le nouveau ministre des Affaires municipales de ne pas avoir encore de vision bien arrêtée. Souhaitons qu'il ne tarde pas à préciser sa position. Cela aiderait à calmer le jeu.

Il n'y a pas de doute que la décentralisation est la voie qui s'impose. Louis Bernard, qui a été l'architecte du regroupement municipal dans la région de Montréal, proposait en octobre 2000 un fort degré d'autonomie aux arrondissements. Il recommandait de leur accorder le pouvoir d'imposer une taxe foncière sur les immeubles de leur territoire pour compléter les sommes reçues de la nouvelle ville. «Cette marge de manoeuvre fiscale est le corollaire nécessaire de l'autonomie dont doivent jouir les arrondissements», écrivait-il. Voyant que les élus des banlieues rejetaient en bloc le rapport Bernard, Québec avait décidé de limiter l'autonomie accordée aux arrondissements.

L'administration Tremblay entreprend de son côté un processus d'analyse et de réflexion dans le but de définir un nouveau modèle organisationnel. On confie cette tâche à des spécialistes externes. Un appel d'offres a été lancé vendredi et la firme choisie devra présenter à la mi-août les divers scénarios possibles de décentralisation.

Il est curieux que le maire Gérald Tremblay ait attendu à ce jour pour enclencher ce processus alors que, dès le lendemain de son élection à la mairie, il avait promis à ses conseillers de favoriser l'octroi d'une plus grande autonomie aux arrondissements. Tant que le Parti québécois était au pouvoir, il n'y avait pas urgence, mais en tardant il a laissé croître une grogne qui sera d'autant plus difficile à contrôler qu'elle peut s'appuyer sur la promesse du Parti libéral sur les défusions.

Devant cette grogne, M. Tremblay n'ose pas prendre de position ferme et transparente sur les orientations organisationnelles à donner à la nouvelle ville. Il préfère se réfugier derrière des consultants. Élu au suffrage universel par tous les Montréalais, il est pourtant le seul à pouvoir proposer une vision à ses concitoyens. Si cela était, le gouvernement Charest n'aurait d'autre choix que de s'en inspirer. Malheureusement, le leadership lui manque pour contrer le séparatisme municipal.

bdescoteaux@ledevoir.ca




PLQ

Le déficit appréhendé: que restera-t-il du droit à la santé?

Marie Pelchat
pour la Coalition Solidarité Santé

Clermont Racine
coordonnateur général de la Clinique communautaire de la Pointe Saint-Charles
LE DEVOIR lundi 5 mai 2003


Libre opinion: Dans les jours qui ont suivi l'élection d'un gouvernement libéral, M. Charest a évoqué le fait que les finances publiques présentaient un déficit qui avait été passé sous silence par le gouvernement sortant. Depuis quelques décennies, tous les nouveaux gouvernements du Québec ont utilisé la même stratégie pour remettre en question nombre de leurs engagements électoraux encore frais dans la mémoire collective.

Nous tenons donc à rappeler au premier ministre du Québec qu'il a répété à satiété que la priorité n° 1 de son gouvernement était la santé et que dans le programme électoral du Parti libéral il est écrit noir sur blanc que la santé est un droit universel et inaliénable.

S'il est vrai que la situation de 100 000 personnes en attente d'une chirurgie est dramatique et mise en exergue par le PLQ, elle ne peut résumer l'ensemble des drames liés au sous-financement des services sociaux et de santé au Québec.

Plus d'un million de personnes subissent quotidiennement les contrecoups de l'insuffisance chronique des services à domicile. L'Enquête québécoise sur les limitations d'activités (EQLA) publiée en 2001 mettait en relief que les CLSC ne peuvent offrir que 7,4 % des services requis et que les aidantes en assument plus de 80 %, plus souvent qu'autrement au détriment de leur santé mentale, physique, économique et sociale.

Contrairement aux hôpitaux, les CLSC n'ont jamais fait de déficit pour offrir l'ensemble des services nécessaires, et ce, malgré le fait qu'ils n'ont jamais vu la couleur des 300 millions promis par le ministre Trudel ou des 130 millions annoncés par le ministre Legault quelques mois avant les élections pour l'amélioration des services à domicile. D'une situation déplorable, nous en sommes donc arrivés à une situation urgente.

Dans les centres de soins de longue durée, le personnel ne peut offrir que 68 % des services minimaux nécessaires aux 28 000 personnes en perte d'autonomie qui y sont hébergées. Des personnes sont gavées, mises en couche, d'autres sont mises sous contention chimique ou physique faute d'avoir des ressources humaines et financières suffisantes pour leur offrir des services décents.

La Commission des droits de la personne a d'ailleurs documenté et dénoncé cette situation indigne d'une société comme la société québécoise.

L'iniquité du régime d'assurance-médicaments pénalise lourdement des centaines de milliers de personnes à faible revenu, incapables d'assumer financièrement une part des coûts exorbitants des médicaments. La croissance débridée des coûts des médicaments entraîne, bon an mal an, des hausses de prime de 15 à 20 % tant dans les régimes privés que dans le régime général d'assurance-médicaments, hausses appauvrissant d'autant l'ensemble de la population québécoise.

Des personnes avec des problèmes en santé mentale attendent elles aussi malgré leur état de vulnérabilité, l'intégrité de milliers de jeunes est compromise parce que les services de réadaptation sont insuffisants ou que les listes d'attente à la Protection de la jeunesse s'allongent. Les services sociaux sont plus que jamais les parents pauvres de ce système.

Les débordements dans les urgences ne sont que le symptôme des mauvais choix qui ont été faits en amont (services de première ligne, les services à domicile, l'accès compromis aux médicaments, le peu de prévention) et en aval (services d'hébergement de longue durée).

Un tel contexte impose non seulement de faire des choix mais surtout de faire les bons. Plusieurs des solutions proposées par le Parti libéral du Québec impliquent un recours accru au secteur privé. Le Parti libéral prétend même qu'il est possible de mettre «le privé au service du public».

Pourtant, le Conseil de la santé et du bien-être du Québec affirmait en 1995 que «plus le secteur privé joue un rôle important dans la santé, moins les dépenses totales sont contrôlées». Des chercheurs québécois ont conclu, quant à eux, que les partenariats privé/public «n'ont pas contribué à l'amélioration des conditions de vie de l'ensemble des citoyens». Le recours au privé n'est donc pas un choix économique mais un choix idéologique. Les vraies solutions sont ailleurs.

La Commission Romanow sur la santé, après de nombreuses études sur le sujet, recommandait que «plutôt que de financer les établissements privés à même les deniers publics, les gouvernements devraient s'assurer que le système public possède la capacité nécessaire et soit accessible à tous».

De même, une politique du médicament, balisant les pratiques des compagnies pharmaceutiques et contrôlant le prix des médicaments, et un seul régime d'assurance-médicaments, universel et public, doivent être des cibles atteignables dans le premier mandat de ce gouvernement.

Le droit à la santé et au bien-être reconnu par le Parti libéral implique les conditions d'exercice de ce droit : l'accès à des services publics, gratuits et universels.




livres

Quand tout va bien...

Alain Cognard
Écrivain
LE DEVOIR lundi 5 mai 2003


Lettres: Je viens de publier chez vlb un essai dont le titre, La Belle Province des satisfaits, donne le ton du propos. Je me devais de répondre à la critique de M. Cornellier, dans le cahier «Livres» du 12 avril, parce qu'elle est une attaque personnelle contre «un gérant d'estrade sur la brosse». Sur la brosse, M. Cornellier se trompe. Je ne désavoue pas Baudelaire ni Gainsbourg, une poésie profonde a été écrite sous ce genre d'influence, mais ce n'est pas mon cas.

Le terme «gérant d'estrade» est encore pire : je ne donne pas de solution et préfère soulever le doute, ayant toujours craint ceux qui ne doutaient de rien. Mais aussi, le terme même de gérant d'estrade susurre à l'esprit que quelques-uns connaissent et les autres pas. Outre le fait que j'ai enseigné pendant une quinzaine d'années, assez pour juger des carences en sciences ou littérature, que j'ai «bourlingué» à un bon niveau dans plusieurs activités humaines, je vénère la critique, même et surtout quand elle ne vient pas des nantis ou des installés. Être démocrate, c'est reconnaître la valeur de la pensée de nos concitoyens et oeuvrer au développement et à l'expression de cette pensée, non pas tenter de les ridiculiser. Quand le grand Richard Desjardins, le plus illustre des gérants, parvient à lui tout seul à montrer à tout un ministère comment on gère une forêt, il faut non seulement se poser des questions sur l'écologie, mais surtout sur nos gouvernements.

Comme si une attaque personnelle risquait de ne pas suffire à éteindre un livre qualifié de «travail exceptionnel» par M. Jacques Parizeau, M. Cornellier semble incapable de dire quelles sont les «carences» de mon état des lieux. J'aurais aimé que le critique du Devoir comprenne que lorsque je parle de caries dentaires, je ne parle pas seulement de caries dentaires, mais du fait que les enfants du Québec souffrent deux fois plus de caries que ceux de l'Ontario, fait que je relie à la pauvreté et à la pauvreté de notre conception de la santé publique. Ainsi, la «grammaire du texte» aurait pu lui apparaître plus lumineuse. Mais je ne peux pas croire sérieusement que M. Cornellier n'ait pas compris cela et je m'interroge donc sur le mobile de cette attaque un peu petite. Peut-être est-ce une volonté manifeste de réduire le propos politique à de la confusion plutôt que de reconnaître un questionnement déroutant et tabou au Québec.

J'attendais vraiment qu'un critique démonte mes démonstrations, fasse d'autres liens que les miens, c'est le but de ce pamphlet. Il y a de la matière dans ce livre et un décodage, et je suis navré que le critique ait glissé dessus. Les faits, s'ils ne plaisent pas, sont difficilement contestables puisque tirés de la presse écrite et électronique ou confirmés par les médias quelques mois après la remise à l'éditeur (l'état des bibliothèques ou le port de Montréal, par exemple). De cela, rien. Même pas un mot sur le fait que Le Devoir n'est lu ou vendu -- c'est pour moi un révélateur de nos carences en éducation -- qu'à trente mille exemplaires.

Tout va bien. La langue va bien, les étudiants, en particulier ceux de M. Cornellier, n'ont pas besoin d'améliorer leur français, et c'est à se demander pourquoi les recteurs des universités repoussent sine die les examens de français prévus à l'entrée. M. Cornellier est satisfait.




villes

New voice for an urban nation

CAROL GOAR
GLOBE AND MAIL May. 5, 2003


If Michael Phair had his way, provincial governments would quietly wither away and let Canada's cities blossom.

The Edmonton councillor knows that isn't going to happen. So he is working with a group of like-minded municipal politicians, community leaders and urban thinkers to promote the next best thing. It's called "civic federalism."

It works like this. Cities across the country link up to form a new urban alliance, led by municipal politicians and community leaders. It speaks with one voice on issues such as affordable housing, immigrant settlement and child care. It fosters a 21st-century vision of Canada as an open, dynamic federation.

"This is an opportunity to reinvigorate local participation and build a structure that cuts across provincial boundaries," said Phair, who serves on the board of the Federation of Canadian Municipalities.

The scheme is the brainchild of Marvyn Novick, a professor of social policy at Ryerson University. To him, it is a logical way of organizing a modern urban nation, chopped into 10 provincial fiefdoms.

"Cross-community initiatives are one of the hidden strengths of Canadian life," he said. "They represent the best hope of promoting and sustaining Canada's unique model of citizenship based on diversity and mutual responsibility."

Both men spoke recently at a public forum organized by the Laidlaw Foundation and the Federation of Canadian Municipalities.

Their proposal grew out of research done last summer. The Laidlaw Foundation organized 10 day-long sessions in major urban centres to assess the human impact of government cutbacks, forced amalgamations and downloading of social services.

In each city, a group of 17 to 34 citizens was asked to identify the most serious rents in the social fabric and suggest strategies for mending them.

All 10 groups said the most vulnerable members of their community were falling further and further behind.

Although there were differences in the high-risk population — immigrants and visible minorities ranked highest in Toronto, aboriginal people in the prairies and people with disabilities in the Maritimes — there were common threads. Children were seen as highly vulnerable in every municipality. Disengaged and alienated youth were a fixture in every community. Poverty was concentrated among racial and ethnic minorities in every city. And those without secure housing were faring worst, no matter where they lived.

"Communities across the country are dealing with common problems," Novick said. "But we're still stuck in the old Canada in which we are led to believe that these fall within the provinces' domain."

Next, the participants were asked whether they looked to Ottawa or their provincial capital for help in meeting urban challenges. They overwhelmingly chose the federal government. Most knew that municipalities were a provincial responsibility, but they yearned for national leadership.

"The new Canada needs to be reflected nationally, but it isn't," Novick said.

In recent years, Prime Minister Jean Chrétien has grudgingly agreed to help cities shore up their crumbling physical infrastructure. But he has resisted pleas from his own MPs and civic advocates to work directly with cities to build affordable housing, strengthen public transit, improve immigrant services and build a national child-care network.

Novick hopes Canada's next prime minister will be more open-minded. But he is not prepared to sit and wait.

He has enlisted the help of Phair and other urban activists to set up a cross-country network of civic panels. Each would be co-chaired by a municipal councillor and a progressive community leader. They would conduct social audits in their communities, share their findings, then develop a national strategy.

The group has applied to the federal department of Human Resources Development for funds. It has asked local social planning councils for help in setting up the panels. And it has begun to talk publicly about the initiative.

"This provides a base for civic discussion that dispenses with the regionalism that often plagues federal-provincial debates," Phair said.

One early convert is Susan Pigott, chief executive officer of St. Christopher House. She is a member of the Toronto City Summit Alliance, which just released its own ambitious blueprint for Toronto. To the group's disappointment, almost none of its recommendations found their way into the federal or provincial budgets.

"What is clear to me that is that it's going to take much more than one particular group that writes one report, no matter how broad-based the membership or how influential the leaders," Pigott said. "If we're going to make any progress on this, it will have to be by building cross-national linkages."

Forty years ago, when federal-provincial squabbles were blocking social progress, Lester Pearson came up with the idea of "co-operative federalism."

Today, when an urban nation is struggling to break out of an outdated political structure, "civic federalism" might be the key.

Carol Goar's column appears Monday, Wednesday and Friday.




Proche-Orient

Pourquoi un plan que l'on sait inutile?

Laurent Laplante

LAPLANTE DIXIT - Québec, le 5 mai 2003


Même les journalistes, qui sont pourtant assez enclins à préférer les belles formules aux constats plats et factuels, éprouvent certaines difficultés à renouveler leurs clichés au sujet du conflit israéo-palestinien. L'un, à partir d'on ne sait quoi, persiste à évoquer la reprise d'un « processus de paix » au Proche-Orient, même si rien qui y ressemble n'ait levé de terre depuis Oslo. L'autre, au contraire, revient pour la énième fois sur l'escalade de la violence, même si on voit mal quel neuf l'horreur aurait inventé récemment au coeur de ce drame. Toujours généreuse en formules alambiquées, la diplomatie vient à la rescousse des médias en proposant rien de moins qu'un « itinéraire vers la paix », une « feuille de route » censément transmise par une colombe. Chacun, pourtant, sait la futilité de l'exercice. Le seul élément mystérieux dans cette déprimante comédie, c'est qu'on éprouve le besoin de nous la jouer : on tient à nous faire croire que tout a été mis en oeuvre. Pourquoi?

Soyons sans illusion : ce que l'inexistant quatuor propose à Israël et aux Palestiniens à partir d'un texte américain ne se traduira pas en actes. Il n'y aura pas, au flanc d'un État d'Israël vivant en sécurité à l'intérieur de ses frontières, un État palestinien autonome et viable. Il n'y aura pas moratoire dans l'expansion israélienne en territoire palestinien. L'armée israélienne ne cessera pas d'agir en armée d'occupation partout où il lui plaît de réviser à la baisse le droit des Palestiniens au minimum vital de sécurité et de dignité. Il n'y aura pas non plus de suspension des attentats perpétrés par la résistance palestinienne partout où elle peut prendre en défaut la vigilance israélienne. Dès maintenant on peut prévoir que l'horizon de 2005 sera atteint avant que la phase 1 connaisse l'ombre du commencement de l'embryon d'un soupçon de velléité de réalisation.

Pourquoi ce pessimisme? Parce que des absolus se heurtent. D'un côté, le gouvernement d'Ariel Sharon dépend du bon vouloir d'extrémistes religieux braqués sur des revendications immuables. De l'autre, des groupes extrémistes considèrent comme un devoir sacré la lutte armée contre Israël. Pour rendre l'impasse encore plus étanche, le gouvernement Sharon s'arroge le droit de ne poser un geste d'apaisement que si les Palestiniens commencent par s'agenouiller. Compter sur lui pour « accompagner » les premiers apaisements offerts par les Palestiniens, c'est se moquer. Si d'ailleurs le passé éclaire un peu le futur, on doit prévoir qu'un agenouillement des Palestiniens ne provoquerait chez Sharon qu'un gonflement des exigences. Il fut un temps où il promettait la négociation pour peu que les Palestiniens s'abstiennent de violence pendant une semaine. Comme certaines accalmies ont largement débordé ce minimum, Sharon a enterré l'engagement et on a imposé à Arafat une camisole de force. Pendant ce temps, Israël poursuivait et poursuit d'ailleurs toujours ses annexions illégales. Maintenant qu'on a substantiellement rogné les prérogatives d'Arafat, c'est au nouveau gouvernement palestinien qu'on inflige les blâmes. Se sachant en position de force, Sharon promet le moins possible et ne se sent lié que par ses promesses de vengeance. Le reste est poudre aux yeux.

Croire qu'un dialogue peut un jour impliquer Sharon, c'est croire au Père Noël. Point n'est besoin de se dévoyer dans l'antisémitisme pour l'affirmer, car Sharon lui-même a dissipé tous les doutes. Jamais il ne serrera la main d'Arafat; depuis toujours, il veille à ce que l'occupation du territoire palestinien soit irréversible.

Il n'est pas davantage possible de prendre au sérieux le quatuor qui prétend rapprocher les parties. Kofi Annan n'est aux yeux d'Israël et des États-Unis qu'une potiche encombrante. Que peut-il faire dans cette galère sinon rappeler, au risque de faire rigoler Israéliens et Étasuniens, que l'ONU a archivé une brassée de résolutions applicables au Proche-Orient et ignorées par Israël? L'Union européenne, qui cherche nerveusement à faire oublier ses audaces récentes au Conseil de sécurité, ne va certes pas contredire la lecture que le président Bush donne de la réalité. Quant à la Russie, elle pèse dans ce débat aussi lourd qu'elle a pesé dans l'affrontement à propos de l'Irak, c'est-à-dire à peu près rien. Autant dire que les États-Unis ont rédigé seuls l'itinéraire pour la paix. Autant dire, quand on sait l'osmose qui agit entre Israël et la Maison blanche, qu'Israël a eu tout loisir de faire amender un plan qu'on prétendait intangible.

La question - pourquoi? - demeure donc la même, mais elle vise désormais les seuls vrais pouvoirs impliqués dans cette pseudo-relance du processus de paix : Israël et les États-Unis. Pourquoi ceux qui contrôlent tout éprouvent-ils le besoin de présenter un plan qu'ils savent voué à l'échec? Il n'est qu'une réponse à cette question : les deux associés ont besoin de l'échec appréhendé. En ont-ils besoin pour apaiser une opinion mondiale forcément apitoyée par le sort des Palestiniens? Pas vraiment. L'agression contre l'Irak a amplement démontré que la communauté internationale n'assume même pas le rôle d'une figurante dans les scénarios concoctés par les mégalomanes qui conseillent la Maison blanche. Israël et les États-Unis n'ont besoin d'un nouvel échec à propos du Proche-Orient que pour passer plus vite et plus brutalement à l'exécution de leur propre plan. Or, ce plan n'a rien de pacifique et la Palestine n'y remplit qu'un rôle accessoire. Il faut que l'itinéraire vers la paix avorte pour que s'effectue le réaménagement régional que souhaitent les États-Unis et Israël.

Les autres hypothèses, en effet, ne tiennent pas la route. Le plan est d'ailleurs aménagé de manière à ce que l'échec soit assuré, rapidement constaté, propice à l'enterrement de toutes les négociations pensables. Le moratoire sur la construction illégale de nouvelles colonies israéliennes en sol palestinien n'est plus un préalable, comme le souhaitait le rapport Mitchell, mais une mesure qui viendra en son temps. D'ici à ce qu'Israël y consente, c'est-à-dire jamais, les Palestiniens seront quotidiennement dépouillés de leur sol, agressés dans leurs valeurs les plus intimes et incités délibérément à la violence. Certains d'entre eux y recourront et le tour sera joué. MM. Bush et Sharon, l'air contrit, déclareront qu'ils ont la conscience en paix, mais qu'il faut passer à autre chose.

Cette autre chose, voilà probablement le véritable objectif d'un plan évidemment promis l'échec.

Laurent Laplante

P.S. Des vers me reviennent en mémoire. Ils proviennent du songe de Pauline dans Polyeucte de Corneille et décrivent Sévère en vainqueur glorieux :

Il était triomphant et tel que sur son char
Victorieux dans Rome entre notre César.


Sévère, en effet, n'avait pas de porte-avion.




Proche-Orient

Important coup de pouce pour la paix

Le président du Congrès juif mondial, Edgar Bronfman, appuie sans réserve la "Feuille de route"

Laura-Julie Perreault
La Presse samedi 3 mai 2003


L'homme d'affaires Edgar Bronfman père, président du Congrès juif mondial depuis plus de 24 ans, cause des remous dans la communauté juive nord-américaine en appuyant sans réserve la feuille de route, ce nouveau plan de paix présenté cette semaine aux autorités israéliennes et palestiniennes et qui vise à créer un État palestinien indépendant d'ici 2005.

Le philanthrope de nationalité américaine, surtout connu pour ses activités commerciales au Canada, s'est inscrit en dissidence cette semaine en faisant parvenir une lettre au président américain qui parraine la feuille de route.

Cette lettre, signée par 13 importants philanthropes de la diaspora juive, enjoint au président américain de ne pas céder aux pressions de "ceux qui veulent faire échouer le processus de paix tel que présenté".

En émettant une telle opinion, M. Bronfman- reconnu pour avoir gagné la bataille contre les banques suisses dans le dossier de l'or nazi- va à l'encontre de l'opinion publique juive et israélienne qui aimerait voir plusieurs amendements apportés à cette feuille de route, divisée en trois phases imposant des mesures restrictives à Israël ainsi qu'à l'autorité palestinienne.

En outre, le plan prévoit que le gouvernement d'Israël doit cesser immédiatement les efforts d'établissement de colonies juives dans les territoires occupés. L'autorité palestinienne, de son côté, doit démontrer son engagement à combattre le terrorisme.

La question du droit de retour des réfugiés palestiniens que la feuille de route reconnaît est aussi au coeur des inquiétudes de la communauté juive.

Le Comité Canada-Israël qualifie d'ailleurs ce dernier point "d'absurdité", mettant en danger l'existence même d'Israël puisque le retour des 3 millions de réfugiés rendrait les Palestiniens potentiellement majoritaires en Israël. "C'est dire qu'on crée deux États palestiniens et non pas un seul", expliquait Philippe Elharrar, directeur du comité Canada-Israël pour la région du Québec.

Le comité pancanadien qu'il représente, dit avoir des "réserves" quant à la feuille de route. "L'autorité palestinienne doit d'abord agir pour arrêter le terrorisme", a-t-il avancé, se dissociant de la position de M. Bronfman qui obligerait Israël à plier dès maintenant sur certains points.

Une nouvelle organisation montréalaise prône la discussion

Le point de vue de M. Bronfman a été accueilli avec plus d'intérêt jeudi soir par une nouvelle organisation montréalaise, Shalom/Salaam, dont le but est de nourrir une discussion pacifique entre les membres des communautés juive et arabe de la métropole.

Cette organisation, regroupant depuis octobre près de 25 personnes issues des deux communautés, veut élargir ses rangs et trouver de nouvelles solutions pacifiques au conflit qui sévit depuis plus de 50 ans au Proche-Orient.

"Nous ne sommes pas intéressés par les réactions à la chaîne dans lesquelles les deux partis se lancent au visage leurs récriminations. Nous avons besoin de trouver un nouvel espace de discussion", expliquait Stephen Block, professeur d'affaires publiques au Cégep Vanier.




Nisga'a

Reconciliation pending

GLOBE AND MAIL May. 5, 2003


After holding a highly divisive referendum last summer on contentious positions in treaty negotiations, British Columbia Premier Gordon Campbell promised a new era of reconciliation with aboriginals in the province.

The first tentative stirrings of something new are emerging this spring, with negotiators optimistically saying that four native bands may initial agreements-in-principle within weeks in anticipation of ratification votes later this year.

Signing treaties with first nations in British Columbia would be stronger than steroids for the province's ailing economy. New investments in oil and gas development, mining and forestry are reportedly waiting for the security that would come with signatures on the documents.

But the new era is not as close as it may appear. The provincial government is trying to resolve differences mostly through limited economic measures that are receiving a lukewarm reception. If it truly wants to lead the province into a new age, the Liberal government has to rethink its approach to treaty negotiations.

Aboriginal groups in British Columbia claim almost the entire province as their ancestral lands. Mr. Campbell legitimately brought the 10-year process of treaty negotiations to a standstill last year, rejecting an approach that had cost $500-million but had failed to lead to even one final agreement.

In a show of goodwill intended to kickstart the process, the government unveiled economic measures worth $40-million for aboriginal commmunities. It agreed to share forest revenues, a step to ensure that aboriginal groups would benefit from activities on land they claim. And it softened its stance on some issues at the negotiating table.

But it hasn't done enough to make a real difference. The economic measures came with conditions that tarnished their appeal. The revenue-sharing offer was not enough, especially in northern British Columbia, to help aboriginal business people obtain adequate financing for their ventures. Worse, the government undermined its credibility in talks with aboriginal groups by asking the Supreme Court of Canada to overturn B.C. court decisions requiring consultation with first nations over management of resources on their ancestral lands.

The business of treaty making is not just about business. The government's handling of the issue of aboriginal self-government remains a major stumbling block.

From the start, the Premier has shown little sympathy for the spirit of the Royal Proclamation of Oct. 7, 1763, in which the Crown pledged that "the several nations or Tribes of Indians . . . who live under our Protection should not be molested or disturbed in the Possessions of such Parts of Our Dominions and Territories as, not having been ceded to or purchased by Us, are reserved to them."

He has shown little sympathy for the spirit of the Supreme Court of Canada's landmark Delgamuukw ruling in 1997, which expanded the concept of aboriginal title. The court said that natives who have not signed treaties have a right to claim aboriginal title if they can show their ancestors lived on the land exclusively before the Europeans arrived.

The government insists that authority for day-to-day operations in an aboriginal government should be delegated by senior levels of government, similar to the arrangement for municipal government. For generations, first nations have asserted their right to manage their own affairs on their ancestral lands. That's what the Crown promised them almost 250 years ago, echoed in Canada's Constitution.

The B.C. government should realize that reconciliation depends upon it.




Élection 2003

juifs

Jews laud Liberal win in Quebec

Bram Eisenthal
The Jewish Tribune April 24, 2003


MONTREAL (JTA) — Quebec Jews are breathing a collective sigh of relief with the defeat of the Parti Quebecois following nine years of the separatist party’s rule.

The Liberal Party swept the April 14 provincial election in a landslide, taking 76 seats to the Parti Quebecois’s 45, with the Action Democratique du Quebec party taking the remaining four.

Quebec’s Jews tend to support the Liberals, who they believe are more supportive of ethnic rights and more appreciative of the Jewish community’s role in building Quebec economically.

Liberal leader Jean Charest, a lawyer who was raised in a bilingual household, has many friends in the Jewish community.

In contrast, the community has had a problematic relationship with the Parti Quebecois. After a referendum on Quebec independence was defeated in 1995, party leader and provincial premier Jacques Parizeau blamed “money and the ethnic vote,” which was seen as a particular slap at the Jewish community.

Parizeau resigned the next day. His successor, Lucien Bouchard, resigned two years ago after an incident where a PQ political candidate cast doubts on the Holocaust and claimed that Jews were always whining about their lot in life.

Institutionally, however, the Jewish community has learned to adapt to whichever party has been in power, even the PQ, according to the two major Jewish organizations in Canada.

“B’nai Brith Canada has always sought, and generally succeeded in developing, good working relationships with all political parties in Canada,” said Joseph Ben Ami, the group’s national communications director. “The Quebec Liberal Party is no exception to this. I knew Mr. Charest when he was in Ottawa and was always impressed by his passion for Canada and determination to do the right thing.”

Regarding the PQ’s record on Jews and other minorities, Ben Ami said a certain negative perception may have been valid.

“There were certainly some incidents where public figures associated with the PQ made unfortunate derogatory remarks concerning Jews and other ethnic groups, but I think these were, for the most part, isolated incidents,” he said.

He added, however, “To the extent that the relationship between Quebec’s ethnic communities and the PQ were harmed by these incidents, there is some healing to do. There are some outstanding and unique concerns that I think the Jewish community has that will need to be addressed.” He named, for example, antisemitism on Canadian college campuses.

“It remains to be seen whether the new government will be more or less responsive to these specific issues than the previous one,” Ben Ami said. “Only time will tell.”

Joseph Gabay, chairman of the Canadian Jewish Congress, Quebec Region, praised the way that Bernard Landry, the PQ leader and Quebec premier, had handled Jewish concerns.

“He has always had our welfare at heart,” Gabay said. “After Sept. 11 he called me personally, gave me his cell-phone number and offered his assistance to the Jewish community whenever we needed it.”

Gabay said the community was most concerned about the way the new government would handle issues of antisemitism, education and health care.

“Mr. Charest made it clear that improving the Quebec health-care system is his priority, which we see as a very good thing,” Gabay said. “We hope his leadership will also result in his government closing the gap in funding between the public school system at large and the Jewish private-school system. And I expect that he will continue to denounce antisemitism, as well as any type of racism and the exclusion of minorities.”




PLQ

Breaking with the past

LYSIANE GAGNON
GLOBE AND MAIL May. 5, 2003


As he was sworn in as Quebec Premier last week, Jean Charest left no doubt where his government stood on national unity.

For the first time in a decade, the Maple Leaf was back in the National Assembly, alongside the Fleurdelisé. Lieutenant-Governor Lise Thibeault, who had been confined to a purely formal, mute role under the Parti Québécois government, was the first speaker and, in accordance with the constitutional monarchist tradition, she introduced the members of Mr. Charest's cabinet.

Finally, as he does every time he speaks in public, Mr. Charest delivered a few paragraphs of his speech in English -- something that PQ leaders never did and that even Liberal Robert Bourassa often forgot to do, purposely or not.

This, of course, doesn't mean that Quebec has suddenly turned into a province similar to other provinces. True, all provinces are different (I've travelled enough throughout Canada to be fully aware of this). But Quebec is the only one with a French-speaking majority and a French culture that dates back to the early 17th century.

After the swearing-in ceremony, Mr. Charest stated without ambiguity that his government would promote Quebec's specificity, although this does not include -- at least for the time being -- any attempt at changing the country's Constitution. Rather, he said, Quebec will take a leadership role on the Canadian scene, his goal being that all provinces get more autonomy and taxing power.

On this point, he took a leaf from his platform as leader of the federal Conservatives. In the 1997 federal election, he called for decentralization in favour of all provinces. True to his Conservative roots, he's basically kept the same agenda as he moved to provincial politics.

"We are the first Quebec government of the 21st century," he said, and, indeed, his cabinet represented a break with the past. While the previous government's most senior figures were pre-baby boomers, 17 of the 25-member cabinet, including the Premier, are under 50.

Three-quarters of the ministers entered politics after Mr. Charest became leader of the Quebec Liberal Party in 1998, and the major portfolios of heath and education went to MNAs with no political experience -- although both are more than qualified for those jobs. Philippe Couillard is a neurosurgeon who has expressed progressive views on health care and who was brave enough to criticize his own colleagues on several issues. Education went to Pierre Reid, the widely respected former president of Sherbrooke University.

A third of the new ministers are women (a Quebec record). The deputy premier is Monique Gagnon-Tremblay, a Charest loyalist with years of experience in Liberal cabinets. And Monique Jérôme-Forget, as Treasury Board president, will face the huge challenge of streamlining the heavy Quebec bureaucracy.

A leaner government is Mr. Charest's top priority -- what he calls "the first re-engineering of Quebec's public administration since the Quiet Revolution."

It was thus logical that Mr. Charest would form a smaller cabinet than his predecessors. At 25, though, it's not the leanest cabinet in the province's history. But it's certainly more modest than Bernard Landry's last cabinet, which called for 36 limos. Mr. Charest could easily have reduced his cabinet to 20, but the temptation to cater to all the regions was just too strong.
lgagnon@lapresse.ca




médias

Why Canada needs a public newspaper

By PATRICK WATSON
Globe and Mail Monday, May. 5, 2003


The same concerns that prompted the Senate to launch a new inquiry into the Canadian media — a high degree of ownership concentration, and a tendency by some owners to impose their own views and values on content — also prompted me to go before the Senate last week, and to reiterate a proposal I first made three decades ago. I said it was time Canada had a national public newspaper. This newspaper would be a print equivalent of CBC News, beholden to no commercial interest — produced, driven and governed by journalists, not investors or advertisers.

Last week, I told the Senate that opposition to the idea of a publicly funded, independent newspaper was primarily superstition. Such superstition was reflected in the Canadian Alliance critic's sneer about "government interference." Even The Globe and Mail's headline alleged "Watson makes call for state newspaper" (this, despite the fact that the article correctly quoted me as saying "a state newspaper is anathema to any serious journalist or any good democrat").

We fear the idea of a state-run paper because it brings to mind such horrors as Pravda, Izvestia and Der Sturmer. But, in Canada, such a state-run newspaper would just languish unread, adding to the already mountainous excess of paper that spews from the state's presses.

Canada, however, already has one publicly funded, arm's length, independent news service, the CBC, and it has an enviable record. Starved for funds, it is still turning out journalism that shames the major U.S. networks and cable news services. Gerald Caplan, appearing before the Senate committee shortly after I did, commented on the contrast represented by Fox News's subservience to the U.S. government's propaganda machine during the war with Iraq — while our publicly funded broadcaster earns kudos in the U.S. for its independent coverage.

Our public news media have their critics, of course. Quebec nationalists accuse Radio-Canada of being federalist, while federal governments of the day accuse it of being a haven for separatists. And both French and English TV have been accused of favouritism in election coverage. During my chairmanship of the CBC board of directors, the board (populated with politically appointed sinecurists) ordered a long and costly investigation into the coverage of one federal election. The news services came up smelling roses.

Admittedly, the CBC does exhibit a bias in favour of democracy, social justice and the public good. This is a bias shared by several of our major news services. Indeed, the Broadcasting Act requires the CBC to act in the public interest.

Our publicly funded broadcast news service makes so good an approach to independence from state control that federal government after federal govern-ment wistfully wonders how to get rid of it as a damned irritant. So why would it be any more difficult to achieve the same level of independence with a national public newspaper?

I published a public newspaper once. Well, "published" is going a bit far. In 1971, I delivered a cabinet document reporting my work with the Task Force on Citizen Participation in the Democratic Decision-Making Process. We accompanied our cabinet document with a huge paper envelope stamped with the flag, containing examples of our proposals. One was that national newspaper, Season 1, Number 1 — the one and only, which was assembled and edited by Peter Gzowski.

I never got my copy back, but there must be one in the National Archives and it might repay a moment's scrutiny. It had no advertising. It was inspired by I. F. Stone's Weekly, but was bigger and more comprehensive.

Let me remind you about I. F. Stone's Weekly, a publication that demonstrated that a very substantial contribution to journalism can be made for a modest cost. Izzy Stone and his wife produced the Weekly in their basement for almost two decades, until 1971. It led the attack on McCarthyism, blew the cover off the Gulf of Tonkin incident, and was a must-read for serious journalists and commentators.

Like the Weekly, the public newspaper I propose would be journalism for capital-C Citizens, not for Consumers. It would canvas world sources for the international stories that don't find room on front pages now obsessed with celebrities and diet scares. It would try to fill the void in investigative journalism. More important, it would monitor the activities of the whole journalistic community — as if the Ryerson Review of Journalism were done daily by the best professional journalists in the country instead of twice a year by students.

Such an intervention could only raise standards across the board. The newspaper's independence could be assured by its being funded with an endowment, rather than an annual parliamentary allocation (an arrangement that arguably gives Parliament a measure of intimidation of the CBC.)

The Institute for Research on Public Policy ("the country's most influential think tank," says Maclean's magazine) was funded that way in the 1970s. The IRPP's independence is indisputable. Similarly, a public newspaper would have a board composed primarily of journalists and appointed only for ability and representational reasons (not for political expedience — the board would have to have a say in its own composition and renewal). This would ensure the public newspaper's independence and financial responsibility.

Senators, I can't think of a better project for your committee than to launch the feasibility study.

Patrick Watson is a former chairman of the CBC and creative director of Historica.




intégration

A dialogue of denial

Canada's Muslims are ill-served by a recent foreign policy paper

The Ottawa Citizen Monday, May 05, 2003


Of the challenges facing Canadian Muslims, many are familiar to other minority groups. There is the tension between integrating into larger society and the desire to retain cultural identity; the ever-present threat of bigotry and intolerance; the imperative (for new immigrants) of economic survival, of learning new skills and languages.

Canadian Muslims, though, face an additional handicap, which is that one of the organizations that claims to speak on their behalf consistently advocates positions that run counter to their interests. The Canadian Islamic Congress opposed the effort to depose Saddam Hussein, even though during his bloody reign he killed more Muslims than anyone in the world. The CIC opposed intervention against the Taliban in Afghanistan, when the victims of Taliban terror were Muslim Afghans.

The CIC's latest self-destructive foray into the public arena is its Dialogue on Foreign Policy, addressed to Foreign Affairs Minister Bill Graham. Among the CIC's recommendations is that Canada reconsider its membership in NATO. The CIC forgets that, while the rest of the world looked away, it was NATO that intervened to stop the slaughter and ethnic cleansing of Muslims in the former Yugoslavia.

It would be one thing if the CIC called for the end of NATO because it is a pacifist organization. But it's not. The CIC opposes force only when wielded by the West, even if the force is being used to protect Muslims. Its Dialogue paper defends "armed resistance" by people "to liberate their lands," well known catchphrases in Islamist circles to denote the destruction of Israel by any means.

The CIC's Dialogue on Foreign Policy is a mix of selective reporting, ambiguity and denial, all of which do Muslims more harm than good. It calls for human rights in Kashmir, Russia and the Philippines -- countries where Muslims are allegedly being oppressed by non-Muslims -- but there's not a word about Iran, Egypt or Saudi Arabia, where Muslims are being oppressed by fellow Muslims. The CIC also denounces Israel, whose Arab citizens enjoy political and economic freedoms that Arabs in Syria, Libya and Yemen only dream about, but says nothing about those three Muslim countries.

The CIC says history is a witness that "when Muslims closely followed the teachings of Islam, they and the rest of the world prospered. Whenever Muslims did not follow the teachings of Islam, they and the rest of the world suffered." But what does the CIC mean by "closely followed" Islam's teachings? Does it mean the imposition of sharia, Islamic law? This ambiguity is alarming because those societies that have experimented with sharia, such as Iran and Afghanistan, have failed to realize their full potential, whereas the most successful Muslim country, Turkey, is also the most secular.

The CIC's Dialogue is one of the few documents on world affairs published since Sept. 11, 2001, that omits entirely the subject of radical Islam. Muslim fundamentalism is a central challenge to global stability; at the very least, the CIC could have examined what it thinks are the roots of this problem, and suggested how the West and moderate Muslims ought to respond.

The CIC has asked Mr. Graham to review and respond to its paper. The minister ought to tell the organization's leaders that he found their paper sadly lacking. By doing so, he'd be doing Canada's Muslims a favour.