Irak

Souveraineté, le chemin de Damas

Pierre Levy
Bastille République Nation
Numéro 21 /Avril 2003


Éditorial - Donc, tout était faux: Les gaz mortels que le président irakien s'apprêtait à répandre sur les pays alentour. Faux. Les munitions bactériologiques avec lesquelles il menaçait « l'Occident », via des groupes terroristes stipendiés. Faux. Les têtes nucléaires pointées sur Israël. Faux. Pourtant, il y a quelques semaines encore, les «armes de destruction massive » étaient à elles seules censées justifier la «guerre préventive» du président Bush. Pendant des mois, l'actualité fut mise en scène suivant cette seule question: Saddam Hussein choisira-t-il enfin la voie de la raison en acceptant de désarmer ?

Il y eut l'interminable feuilleton des inspecteurs.Il y eut les déclarations répétées des Américains et des Britanniques affirmant détenir les "preuves" de la duplicité du gouvernement de Bagdad. Il y eut Colin Powell brandissant devant devant le conseil de sécurité, une fiole de produit capable d'exterminer lés foules. Or, c'est ce même secrétaire d'État qui vient, avec un aplomb sidérant, de lancer un appel ... à tous ceux qui disposeraient d'indices permettant de trouver trace sur le terrain des dites menaces. On croit rêver (désormais, faute de les trouver, on ne peut exclure qu'on les apporte sur place).

A vrai dire, que Washington et ses affidés directs aient fabriqué des preuves, on peut s'en indigner, mais pas s'en étonner. Mais les autres, tous les autres, ceux qui allaient, matin et soir, répétant « il faut désarmer Saddam » ? Les dirigeants du « camp de la paix » - à commencer par le président français -, les membres du Conseil de sécurité votant unanimement la résolution 1441, qui mettait l'Irak en demeure de détruire ses armes? Tous ceux-là ont été bernés (c'est en tout cas l'hypothèse la plus indulgente). Vont-ils protester, s'indigner, adopter un texte mettant Washington en accusation ? Non seulement les Etats-Unis ont mené une brutale guerre d'agression stricto sensu, mais le pretexte mis en avant s'avère sans fondement

Et en France ? Rares étaient ceux qui osaient dire un mot sur l'Irak sans le faire précéder de la formule obligée - « il faut désarmer Saddam ». Certes, nombre de politiciens français déplorent la brutalité de la guerre, et regrettent que l'ONU ait été bafouée. Mais c'est pour en appeler aussitôt à ce que celle-ci rentre désormais dans le jeu (sic); ce qui, une fois la besogne américaine accomplie, constituerait de fait l'humiliation suprême. Le président Bush ne refuse d'ailleurs pas l'idée que les Nations Unies deviennent une sorte d'ONG humanitaire. Et il est de bon ton de suggérer qu'on ne pleurera pas le « boucher de Bagdad ». Ce qui revient très précisément à valider a posteriori le principe suivant lequel une puissance extérieure est fondée à mettre à bas un gouvernement, pour peu que celui-ci soit qualifié d'inhumain. Et donc à banaliser la négation du principe cardinal de souveraineté de chaque pays.

Cette ère nouvelle et périlleuse pour les peuples et pour la paix fut inaugurée à Belgrade en 1999, avec la participation active des dirigeants européens. L'UE confirme de son côté un état d'esprit d'essence coloniale dans son « arrière-cour » ; ici ou là, on rêve à haute voix qu'une « Europe européenne» dispose elle aussi d'une armée, capable de « sécuriser » (néologisme pour massacrer) par ses propres moyens. Ce qui signifie qu'à plus ou moins longue échéance nul n'est à l'abri.

Pour l'heure, c'est vers la Syrie que la vigilance et la solidarité doivent se manifester.




Que faire ?

Salut, grand-papa!

Sébastien Paquin-Charbonneau, Étudiant, 20 ans,
LE DEVOIR mercredi 23 avril 2003


Lettres: Montréal, 15 avril 2003

Aujourd'hui, 15 avril, je me suis tenu debout devant le lieu de ton dernier repos. Je m'étais dit à moi-même que je n'y retournerais pas avant qu'un de tes plus grands rêves ne soit réalisé: un pays. En 1996, quand tu nous as quittés, je commençais à peine à comprendre ces enjeux, mais je l'avais tout de même dans mon coeur. Depuis maintenant près de six ans que je me tiens debout, que je travaille avec ardeur à expliquer, développer et convaincre que ce projet d'un peuple est possible et bien peu risqué pour nos Québécois si craintifs et désintéressés. C'est dur!

J'ai rompu ma promesse : je suis venu te voir. Je suis simplement venu te dire que je reviendrai dans un peu plus longtemps que prévu mais que je reviendrai. C'est sûr !

Nous avons perdu beaucoup le 14 avril au soir. Je suis toujours debout. Jamais ton rêve, le rêve de ton fils et surtout le rêve de ton petit-fils ne sera anéanti par des gens qui ne demandent qu'à nous mettre à genoux. Jamais je n'accepterai que ton fils, mon père, ne le voie pas. Je suis toujours là, encore plus fort que le 13 avril, et je continue avec ma génération. À très bientôt. Je t'aime !




Que faire ?

Le confort de l'indifférence

Samuel Trudeau
Professeur d'histoire au cégep de Maisonneuve et au collège de Valleyfield, avril 2003
LE DEVOIR mercredi 23 avril 2003


Lettres: «Ils ont voté, et puis après?», disait Ferré. Et puis après... c'est la catastrophe. Ce que je craignais se réalise. Les Québécois ont complètement sombré dans ce qu'Arcand appelait «le confort et l'indifférence». Comment ont-ils pu être aveuglés par une campagne aussi prévisible que celle de Jean Charest? On crie au génie, mais pourtant, ce dernier nous a sorti les sempiternels clichés des libéraux: la peur de la souveraineté, la critique de l'interventionnisme économique, les bonnes vieilles promesses non chiffrés ou le vieux discours du «vous verrez l'an prochain», une sirupeuse apologie de l'engagement de son épouse Michou, etc.

Sommes-nous à ce point cons ? Ce parti moribond, corrompu de Taschereau à Bourassa, ce parti qu'on disait en déclin chez les francophones triomphe en faisant passer l'ADQ pour un rassemblement de poujadistes et le PQ pour le Front populaire de Léon Blum. La même campagne qu'en 1940, avec Stéphane Dion tenant le rôle d'Ernest Lapointe. C'est ça, l'avenir du Québec : la réaction et les «défusions».

Je suis un prof d'histoire de 32 ans et je me demande où sont passés les bâtisseurs de rêves de la Révolution tranquille pendant ces élections. Êtes-vous toujours ces visionnaires engagés ou êtes-vous au contraire devenus une génération passée maître à sanctionner l'échec (deux référendums) et à museler la génération montante en vous agrippant à vos postes de direction quelques années de plus parce que la Bourse va mal ? Je vois vos enfants dans mes classes et plusieurs sont complètement désintéressés par le Québec. Les admissions dans les cours d'histoire du Québec sont en chute libre dans la majorité des collèges et des universités francophones. Comment peut-on être fasciné par une société qui se refuse ? Je me console en me disant que si le Québec ne les fait plus «tripper», c'est qu'ils se tournent vers le monde, ce qui serait plus que louable. Or Star Académie, cette horreur commise par la junte Quebecor Média, fait exploser l'audimat pendant que l'Irak s'embrase et que son peuple agonise.

Sommes-nous ce peuple frileux, qui change de cap à cause d'un scandale qui n'en est pas un, qui préfère les claquettes aux enjeux internationaux, qui vote à la tronche et aux sondages, qui méprise les intellectuels ou ceux qui osent réfléchir ? Force est de reconnaître que la mise à mort de l'ADQ, parti dont je ne partage pas les idées mais qui a au moins eu le mérite de remettre en cause certains mythes, tend à prouver la thèse voulant qu'au pays du Québec depuis Murray, on préfère la tranquillité aux idées. Je ferai donc comme tant d'autres avant moi, les Godin, Aquin, Falardeau, et je grognerai dans mon coin en observant le ballet funeste de ce peuple bernard-l'ermite qui se cherche une planque de coquille vide en coquille vide.




Que faire ?

Un désaveu

Michel Venne
LE DEVOIR mercredi 23 avril 2003


L'un des traits marquants des élections du 14 avril dernier est la chute de la participation électorale, en particulier chez les sympathisants du Parti québécois. Le PQ a perdu l'appui de 475 000 personnes qui avaient voté pour lui en 1998 sans que celles-ci ne se reportent sur le Parti libéral. La majorité d'entre elles a tout simplement boudé le scrutin.

Comment expliquer ce désaveu ? Les motifs ne sont pas à mettre au compte de la campagne électorale elle-même. Le lâchage avait commencé bien avant. Ce n'est qu'en prenant acte des raisons plus profondes de cette désertion que le PQ sera en mesure d'assurer sa relance. Il ne suffira pas que les 45 élus péquistes forment une opposition rigoureuse, imaginative et pugnace pour que ce parti retrouve la faveur de son électorat naturel.

Outre l'usure du pouvoir qui a fait son oeuvre, y compris chez ses propres alliés, trois mouvements se sont conjugués pour conduire des milliers de partisans à s'éloigner du Parti québécois : la banalisation du parti comme organisation, la rupture avec les mouvements sociaux et l'hésitation autour du projet de souveraineté.

Lorsque Bernard Landry en a pris la direction, en mars 2001, le PQ n'était plus que l'ombre de lui-même. Le membership était à la baisse. Les conseils nationaux ne donnaient plus guère l'occasion de débats passionnés sur l'avenir du Québec ou sur la gouverne de l'État. Le PQ aurait alors eu la possibilité de se renouveler avec une course au leadership qui n'a pas eu lieu. Par la suite, c'est allé de mal en pis. Le nouveau directeur du parti, Raymond Bréard, a démissionné quelques mois plus tard après avoir défrayé la manchette. Décapité et dépité, le parti n'était plus le laboratoire d'idées et de réformes qu'il fut jadis et son organisation était chancelante. Le 14 avril, une bonne dizaine de circonscriptions ont été perdues là où des députés chevronnés avaient pris leur retraite. La relève de la garde n'avait pas été convenablement préparée.

Le premier défi des péquistes est donc de redonner une vie au parti comme organisation. Le PQ a toujours dû ses succès à une forte participation. Au fil des dernières années, il est devenu un parti comme les autres, de tendance oligarchique, très tourné vers le pouvoir.

Le but d'un parti politique est de conquérir le pouvoir. Mais le PQ a un sens uniquement s'il dépasse cette volonté minimale. Il est le fiduciaire d'un projet de société. Son objectif ultime est plus exigeant. Il requiert un effort d'animation et d'éducation civique négligé au cours des dernières années. Le parti doit promouvoir la participation des citoyens et être lui-même un exemple de mobilisation.

Or, après le référendum de 1995, le Parti québécois s'est éloigné des mouvements sociaux sur lesquels il s'était historiquement appuyé. Depuis 1976, le PQ est le parti des réformes et de l'innovation sociale au Québec, un rôle qu'avait joué le Parti libéral dans les années 60 et pendant la première moitié de la décennie 70.

Après les sommets socioéconomiques de 1996, le gouvernement Bouchard a poursuivi sur cette lancée mais de façon modérée, avec des programmes comme ceux des garderies et de l'économie sociale. Pour le reste, il est resté prudent, mettant sur pied de nombreuses commissions d'étude qui n'ont que rarement mené à des gestes concrets, y compris sur la question cruciale de la langue. Le gouvernement du PQ est devenu plus conventionnel, plus gestionnaire, obsédé par l'équilibre budgétaire et par l'économie.

Doucement, il a perdu le contact avec les courants sociaux qui, autrefois, nourrissaient son imagination et lui fournissaient des penseurs et des militants. Richard Desjardins a parlé de mauvaise gestion de la forêt, il a été éconduit et stigmatisé comme un poète et un rêveur. Françoise David a mobilisé des milliers de femmes du Québec contre la pauvreté, on lui a consenti une hausse de 10 ¢ du salaire minimum. Des ruraux ont voulu rompre avec la logique industrielle de l'Union des producteurs agricoles, ils ont été dénigrés par le ministre. Le libre-échange ne faisait plus l'unanimité, il a fallu attendre un repentir de Jacques Parizeau pour que l'État québécois finisse par entendre le discours des altermondialistes. Le conflit avec les infirmières en 1999 a eu son effet.

Sur le terrain de la gestion, coupé des mouvements qui l'avaient historiquement porté, le PQ est devenu un parti comme les autres. Il est devenu un parti d'alternance. Devant un trio de partis gestionnaires, les électeurs du Québec se sont comportés comme dans les autres démocraties où le taux de participation est à la baisse : ils se sont massivement abstenus d'aller voter. Le second défi du PQ est de renouer avec les mouvements sociaux qui traversent la société et la transforment.

Enfin, si le PQ porte un projet, c'est bien celui de la souveraineté du Québec. À ce sujet, les dernières années ont été marquées par les atermoiements. Le PQ a été incapable de se remettre de la défaite serrée de 1995, de sorte qu'au lieu d'être le thème mobilisateur qu'elle aurait dû être, la souveraineté, qui est plus populaire que le parti, est devenue un boulet, une patate chaude difficile à «gérer». Le chapitre du programme électoral à ce sujet n'a été arrêté que quelques jours avant le début de la campagne en lui adjoignant une référence à une éventuelle union confédérale qui n'avait fait l'objet d'aucun débat sérieux au sein du mouvement souverainiste.

La réconciliation avec la souveraineté -- et la reformulation de ce projet en dehors de l'axe canadien -- est la troisième condition d'un renouveau du Parti québécois. Nous y reviendrons lundi prochain.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.




PLQ

Charest plan past expiry date

RICHARD GWYN
TORONTO STAR Wed Apr 23, 2003


Several good reasons exist for not criticizing Quebec premier-elect Jean Charest. He's a genuinely nice guy. He's a committed federalist, the most Canada-centric Quebec leader in at least half a century. And — surely — the clinching argument, he's not even yet in office.

With Charest, though, will come a leaden bit of baggage. Disconcertingly, he appears not to recognize this, but rather is proud of what he will be dragging with him into office. This is Charest's plan to create a Council of Federation.

At first sight, this seems comparatively harmless. The 10 provincial premiers and the federal prime minister would conclave regularly to ponder over the great issues of the state. In these sessions, the premiers and the prime minister would discuss everything from the economy to foreign affairs.

In fact, if the provincial premiers are going to wander about verbally in federal jurisdiction, Ottawa can be counted on to claim the same right in areas — health care, education — where the provinces are paramount. Which will make for an awful lot of nattering.

That's still no big deal. Serious, though, is that the council's structure is tailor-made for irresponsible government. Political leaders will be offering their opinions on matters about which they are not merely uninformed (because it will be outside their jurisdiction) but about which they really don't give a fig because failure, or success, in dealing with them won't be tagged to their account.

Serious, also, is that governments that claim a right to a say in matters for which they are not responsible offend a basic rule of democracy: Voters must know on which donkey to pin the tail.

The drawbacks to this "double-dipping" by governments show in our inability to develop a national system of securities regulation because each province insists on having its own stock exchange. Or in the absurdity that more barriers to trade exist within Confederation than between the nation-states of the European Union.

Still, making our federalism even more fractious — Charest claims Quebec sends $50 million more in taxes to Ottawa each week than it gets back, which, since Quebec is a major financial beneficiary, has to be the fuzziest of political mathematics — will be only a change in degree, not in kind.

There's another reason why Charest should be warned off his Council of Federation as early as possible: It heads us in the dead wrong political direction — toward centralization.

Yes, toward centralization.

The scheme will, of course, be promoted on the grounds that it will promote decentralization.

Any day now, Premier Ralph Klein will declare that the council is exactly what Alberta needs as a substitute for having to build a "firewall" around itself to protect its precious bodily fluids from being ravaged by the centralist hordes in Ottawa. Look to B.C. Premier Gordon Campbell to say the same thing soon afterwards.

All this chatter isn't about decentralization, though. It's about provincialization.

That's something quite different. It's about the centralization of power in provincial capitals and under the thumb of leaders like Klein, Campbell, Charest and the others.

What we need instead of provincialization is real decentralization, away from Ottawa and the provinces toward the cities.

Provincialization was the political agenda of the 20th century. It led us down lots of blind alleys, like "distinct society." It created the annual wrist-wrestling match of First Ministers conferences. It generated, in certain political elites, an appetite for bureaucracies like the Council of Federation.

Provinces are essentially instruments of management. Cities are instruments of wealth creation. Canada today, and increasingly so in the future, will be known for what its cities do and are, not for its provinces.

Cities, therefore, are, and should be and must be, our political agenda of the 21st century.

So we should make nice with Charest but tell him the hard truth:

He, and his Quebec provincial political elite — and their equivalents in other provinces — are out of date.

"Devoted readers may recall that in a column last week on Charest's election victory I made the point that with the Liberals now running not just Ottawa but also Quebec and British Columbia and as likely as not Ontario after this fall's election, (also Newfoundland), we had become a one-party state to a degree, "unprecedented since Confederation."

Historian Michiel Horn has very kindly corrected me: "From the fall of 1939 to 1941, while Mackenzie King was in office, there were Liberal governments in Ontario, Quebec, B.C., Saskatchewan, New Brunswick and Nova Scotia."

So we've grooved on the Grits even more in the past. Unchanged is my opinion that there are now too many of them in too many places for our own good.


Richard Gwyn appears Wednesday and Sunday. gwynR@sympatico.ca




PLQ

Finances publiques : Charest veut faire toute la lumière

Mario Cloutier
La Presse mercredi 23 avril 2003


Québec - Dans un geste inusité, Jean Charest a demandé hier à l'ancien vérificateur général Guy Breton de faire la lumière sur les finances publiques du Québec d'ici une semaine. Le premier ministre désigné veut notamment savoir pourquoi la situation actuelle des états financiers du Québec est "différente" de celle présentée par le budget Marois le 11 mars dernier.

Le chef du Parti libéral n'a toutefois pas voulu spéculer sur l'origine des variations qui semblent avoir affecté les finances du Québec en un mois, une somme qui pourrait s'élever à environ deux milliards de dollars, a révélé La Presse samedi.

"Je veux que les Québécois sachent que le portrait qu'on leur présente, ce n'est pas une situation qui aurait été modifiée parce que le nouveau gouvernement cherche à rendre moins intéressant le portrait des finances publiques du gouvernement sortant", a expliqué M. Charest à l'issue de la première réunion des élus libéraux à Québec.

M. Charest a précisé qu'il n'avait pas l'intention de passer outre au déficit zéro, ni à ses engagements électoraux. Plusieurs des promesses libérales, a-t-il précisé, s'inscrivent plutôt dans le budget 2004-2005 de son gouvernement.

Pour démêler les finances publiques, Guy Breton sera assisté de deux anciens hauts fonctionnaires du ministère des Finances. Ils devront livrer une image "claire et objective" des états financiers à la première réunion du Conseil des ministres de Jean Charest mercredi prochain.

L'ancien vérificateur général est partisan d'un périmètre comptable plus large que restreint. En 2000, il avait reproché au gouvernement du Parti québécois d'avoir camouflé des surplus budgétaires de 730 millions dans des organismes à but non lucratif. En 1997, le ministère des Finances avait sous-estimé, selon lui, le déficit de 1,5 milliard en omettant des fonds spéciaux et le coût des départs à la retraite de 36 000 salariés de l'État.

Pour sa part, la péquiste Pauline Marois, qui cédera sous peu son poste de ministre des Finances, est "très à l'aise avec les vérifications de M. Breton", a fait savoir son attachée de presse, Nicole Bastien. Mme Marois prévoyait le 11 mars dernier une croissance de 3,5 % en 2003-2004, tout en excluant des compressions de 400 millions et la caisse déficitaire de 600 millions de la CSST.

Défusions

Par ailleurs, Jean Charest s'est donné un peu de temps dans le dossier des défusions municipales. Son projet de loi sur la "démocratie municipale" sera déposé au printemps pour adoption à l'automne. Entre-temps, une commission parlementaire permettra d'entendre les élus locaux. Le premier ministre désigné veut clairement savoir ce que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et quelques autres ont à suggérer avant d'adopter la loi.

"Je veux permettre aux maires d'en parler, a-t-il dit. S'ils pensent avoir des alternatives à ce qui serait des défusions directes, je pense qu'ils doivent pouvoir l'exprimer."

M. Charest affirme qu'il ne passera pas par-dessus la tête des maires pour accorder plus d'autonomie aux arrondissements montréalais, tel que le demandent trois conseillers du maire Tremblay. "Je vais travailler avec les maires qui sont élus et qui sont en place", a résumé M. Charest avant d'ajouter que la fiscalité d'agglomération est une "question réglée". Pas question, selon lui, que des municipalités se retirent des grandes villes avec les fonds qu'elle versent désormais pour des services assurés par les villes-centres.

Calendrier parlementaire

En outre, M. Charest a donné des précisions sur le calendrier parlementaire du gouvernement libéral. Les 76 élus du PLQ prêteront serment vendredi et la composition du Conseil des ministres sera annoncée mardi prochain.

"Ce sera un cabinet plus petit", a réitéré M. Charest avant d'ajouter que sa structure s'établirait sur les quatre missions essentielles: santé, éducation, prospérité économique et sécurité.

L'Assemblée nationale sera convoquée le 3 juin prochain pour l'élection d'un nouveau président. Le premier ministre désigné a indiqué qu'il souhaitait voir s'ajouter aux deux vice-présidents libéraux un vice-président péquiste.

Le 4 juin, M. Charest présentera son discours inaugural qui reprendra les grandes lignes du plan couvrant l'ensemble du mandat. Le premier budget du gouvernement Charest suivra d'ici la fin juin. Interrogé pour savoir pourquoi il n'était pas "prêt" à le faire avant cette date, le chef du PLQ a expliqué qu'il fallait faire la différence entre un nouveau gouvernement et un autre qui entame un deuxième mandat. "M. Parizeau a été élu en septembre 1994 et a convoqué l'Assemblée nationale en novembre", a-t-il donné en exemple.

Quant aux relations fédérales-provinciales, M. Charest a indiqué que la priorité sera la mise sur pied, d'ici quelques semaines, du Bureau de négociation du déséquilibre fiscal. Répondant à une question portant sur le fait que le candidat au leadership libéral fédéral, Paul Martin, aurait l'intention de traiter le Québec comme une autre province, M. Charest s'est voulu tranchant.

"Si quelqu'un, quelque part, croit que ce sera le statu quo, il se trompe, c'est faux. (... ) J'ai l'intention de poursuivre avec beaucoup de fermeté l'agenda qu'on a proposé."




BQ

With friends like Chrétien's Liberals, who needs enemies?

L. IAN MACDONALD
The Montréal Gazette April 23, 2003


There's an urban legend in English-speaking Canada that Jean Chrétien kept Canada out of the war in Iraq to help Jean Charest win the election in Quebec, a hotbed of anti-war sentiment.

If so, it would be the first time Chrétien ever did a favour for Charest. It goes back to referendum night in 1995, when Chrétien went on television just as Charest was about to make his statement at No headquarters with Daniel Johnson. In the 1997 federal election, Chrétien declared that a 50 per cent plus one Yes vote in a referendum would not be enough for Quebec to declare sovereignty, breaking a wave of support that had been building for Charest's Conservatives in Quebec and repolarizing Quebecers around a choice between the Liberals and the Bloc Québécois.

In 1998, on the eve of a Quebec election call, Chrétien gave an interview to La Presse in which he declared that ''the constitution is not a general store.'' The Parti Québécois and Lucien Bouchard, attending a party national council to kick-off the campaign, could hardly believe their good fortune.

Asked then whether he thought these interventions amounted to bad timing or bad luck, Charest simply said: ''I don't believe in accidents.''

As for Chrétien helping Charest win last week's election, there is simply no evidence of it, however the prime minister might regard the result as ''the cherry on the sundae.'' Indeed, there is plenty of evidence that the federal Liberals blundered into the Quebec election.

On the very first day of the campaign, the prime minister unveiled Ottawa's new policy on official languages, accompanied by Stéphane Dion, the federal minister Quebecers love to hate. There's nothing like lobbing the language issue into a Quebec election.

Only a week before the election call, Ottawa sent no fewer than three cabinet ministers to the latest in a series of announcements on the building of Autoroute 30, the long-awaited beltway around Montreal. Even Quebec only sent two ministers.

Help from the federal Liberal organization? Not in terms of the ground game, where it is the Quebec Liberals, not the feds, who have the Big Red Machine.

Where Ottawa was definitely helpful was in the sharing of information, specifically polling data done for the feds by Gregoire Gollin of Createc. Fully a week before the vote, the Quebec Liberals had numbers in their back pockets showing them leading the PQ by six points among decided voters and fully 10 points when undecideds and discreets were redistributed. Gollin's last night in the field was nine days before the vote.

This was important information at a time when the Léger Marketing daily tracking poll showed the election as too close to call with the PQ holding a huge lead among francophone voters.

In the Charest war room, they had a high comfort level with Gollin's methodology and his projections, largely because he used to be the pollster for the Quebec Liberals. Gollin's numbers told the Liberals what they needed to know - all that remained was for Charest to close the deal in the last week of the campaign.

But who should he bump into, on a Sunday bus swing just eight days before the vote? None other than Lucienne Robillard, the federal Treasury Board president, who showed up at one of Charest's meetings. And this at a time when he was fighting the old PQ canard that the Quebec Liberals are just a branch office of Ottawa. Charest smiled his way through it, but back on his bus, he went ballistic. His campaign was off message for the day, and he knew it.

In his victory speech last Monday, and again at his news conference in Quebec last Tuesday, Charest served notice that Quebec was back at the federal-provincial table and would be leading a charge on the fiscal imbalance, which will see Ottawa pay down the national debt by 2020, while the provinces go deep into the red providing health care and higher education.

Fiscal imbalance, what fiscal imbalance? asked Paul Martin, the very same day. Never heard of it, Dion said. While all this is just positioning and posturing on both sides of an important debate, the PQ will be ready to pounce if a federalist interlocutor fails to make the case.

As for Chrétien keeping Canada out of the Iraq war to avoid putting anti-war voters in the PQ camp, there simply isn't a shred of evidence, even anecdotal evidence, from the Quebec Liberals to support it. Had the UN Security Council passed a second resolution authorizing force in Iraq, as Chrétien demanded, he would have had no choice but to support it, no matter how Canada joining the war might have influenced the outcome of the election in Quebec. So far as the Quebec Liberals are concerned, that was more a matter of good luck than of good management.

macdonald@irpp.org




Proche-Orient

Rector Lowy's remarks called 'irresponsible'

Pro-Palestinian activists complain. Concordia head clarifies comments appearing in Canadian Jewish News

ALLISON LAMPERT
The Gazette Wednesday, April 23, 2003


Arab and Muslim activists denounced Concordia University rector Frederick Lowy yesterday after he was quoted as calling pro-Palestinian students the principal "aggressors" in the Middle East debate raging on campus.

"These are irresponsible statements made by a head of a university," said Concordia graduate student Leila Mouammar, a pro-Palestinian activist.

Lowy's comment, published in the Canadian Jewish News this month, came from a speech he gave in March to a branch of the Royal Canadian Legion.

The rector was also paraphrased as saying that only a small number of Muslim students at Concordia identify with terrorist groups like Hamas - but that could change.

Mouammar, a spokesperson for a coalition of pro-Palestinian students and community activists, is calling on the university to throw out internal complaints against students stemming from September's protests against former Israeli prime minister Benjamin Netanyahu. She said Arab students in the protest were punished more harshly than non-Arabs.

Campus security in general takes complaints made by Zionist students more seriously than those made by pro-Palestinians, she said.

Concordia University spokesperson Dennis Murphy denied any bias by security guards when dealing with complaints.

All suspensions handed out in the wake of the protest were made by a panel of students and not administrators, Murphy pointed out.

"All those decisions were made by their peers," he said.

Murphy said the university is putting together a committee on diversity after students demanded an inquiry into racism at Concordia.

In response to the CJC article, Murphy said the rector has met with Muslim students and has issued a "clarification" on the university's Web site.

"Some of the comments attributed to me do not accurately reflect my views," Lowy wrote on the site. "There is no evidence any of our students are terrorists or identify with terrorist organizations."

In the CJC article, Lowy said he has "strong pro-Zionist leanings," but he doesn't allow his personal views to influence his job as rector.

alampert@thegazette.canwest.com




Irak

L'irak après Saddam

Washington veut toujours punir la France

Le Soleil mercredi 23 avril 2003


AFP Washington - Sous la pression des " faucons " de l'administration de George W. Bush, les États-Unis continuent de réfléchir à une " punition " pour la France en raison de son opposition à la guerre en Irak, a-t-on appris hier auprès de responsables américains.

De hauts responsables américains se sont discrètement réunis lundi à la Maison-Blanche pour examiner d'éventuelles mesures, notamment une mise à l'écart de la France lors de rencontres américano-européennes.

Aucune décision n'a toutefois été prise lors de cette rencontre, mais une autre réunion pourrait avoir lieu la semaine prochaine, ont indiqué ces responsables ayant réclamé l'anonymat.

Selon ces sources, le cabinet du vice-président Dick Cheney est particulièrement actif pour demander que des mesures soient prises contre la France afin de ne pas laisser sans conséquences son opposition à Washington dans le dossier irakien.

Parmi les mesures suggérées figure la possibilité que la France soit écartée de forums ou de rencontres organisés par Washington avec ses alliés européens, a-t-on indiqué sans plus de précisions.

De hauts responsables du Pentagone, notamment le numéro deux du ministère de la Défense, Paul Wolfowitz, réclament quant à eux que la France soit marginalisée le plus possible au sein de l'OTAN.

" Ils tentent de trouver un moyen de créer des mécanismes alternatifs pour traiter avec les Français, ou plutôt sans eux, pas simplement à l'OTAN, mais d'une manière plus large ", selon un responsable américain.

Cette rencontre a réuni notamment le numéro deux du Conseil national de sécurité, Stephen Hadley, et le numéro trois du département d'État, Marc Grossman. La présence de M. Wolfowitz n'a pu être confirmée auprès de ces sources.

Une rencontre sur le même sujet aurait dû réunir, jeudi dernier, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le secrétaire d'État, Colin Powell, et la conseillère de M. Bush pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice.

Marginaliser l'Hexagone

Réclamée par le Pentagone, elle avait toutefois été annulée pour permettre aux responsables américains de faire le point après l'entretien téléphonique, l'avant-veille, de M. Bush avec le président de la France, Jacques Chirac.

Les États-Unis reprochent en particulier à Paris d'avoir pris la tête des pays hostiles à la guerre à l'OTAN et au Conseil de sécurité de l'ONU, où Paris a menacé de mettre son veto à un projet de résolution qui aurait donné un feu vert aux hostilités.

À l'OTAN, l'une des possibilités évoquées consisterait à recourir désormais, pour les décisions sensibles au Comité des plans de défense (CPD), un organe décisionnel dont s'est retirée la France en 1966, plutôt qu'à ses instances politiques, où Paris siège.

Les partisans de " punir " la France voudraient également l'évincer des contrats pour la reconstruction de l'Irak sur lesquels les États-Unis entendent garder la haute main.

Le département d'État (Affaires étrangères), qui a plaidé ces derniers temps pour que la page soit tournée avec Paris, s'est montré plutôt circonspect hier et il a laissé entendre que les désaccords ne resteraient pas sans réponse.

" Les événements récents et les désaccords ont eu un effet sur nos vues et nos relations ", a déclaré le porte-parole, Richard Boucher, interrogé sur la politique américaine vis-à-vis de la France.

" Cela aura des effets, mais je ne suis pas en mesure de tirer des conclusions à ce stade ", a-t-il ajouté, tout en assurant que tous les pays étaient les bienvenus pour travailler à la reconstruction de l'Irak.




BQ

Le franchisé d'Ottawa

J. -Jacques Samson
Le Soleil mercredi 23 avril 2003


Éditorial - Le Bloc québécois est maintenant menacé de désagrégation à court terme. Le parti fondé par Lucien Bouchard en 1990 en réaction au recul du gouvernement Mulroney sur les termes des ententes de Meech, n'a cessé de régresser depuis 1995, à la suite du passage de M. Bouchard à Québec pour remplacer Jacques Parizeau. Le Bloc a traversé à répétition des crises de leadership. Il a dû justifier sans cesse son existence et prouver son utilité. Aux dernières élections fédérales, les libéraux de Jean Chrétien ont aussi fait élire plus de députés au Québec que le Bloc, un contrôle qu'ils avaient perdu en 1993. L'annonce du départ prochain de Jean Chrétien et son remplacement par Paul Martin, perçu comme étant plus ouvert aux besoins des provinces et d'un style plus conciliant, constituaient déjà une grave menace pour la survie de la formation souverainiste à Ottawa. La réélection du Parti québécois était devenue sa bouée.

Le Bloc a d'ailleurs perdu six députés, sur cette toile de fond. Ghislain Lebel et Pierrette Venne ont été expulsés, le premier en raison de son opposition aux traités signés par Bernard Landry avec les autochtones et la seconde, pour sa contestation des méthodes " dictatoriales " du chef Gilles Duceppe. Pierre Brien a déserté pour joindre l'ADQ en prévision des élections du 14 avril, en reniant la cause souverainiste. Stéphan Tremblay, Michel Bellehumeur et ces dernières semaines, Antoine Dubé, ont rejoint le Parti québécois. La désintégration est bien amorcée.

À Québec, Jean Charest s'installe au pouvoir et, si l'histoire se répète fidèlement, pourrait bien y demeurer huit ou neuf ans. Le discours bloquiste est facile à anticiper: plus que jamais, les Québécois auront besoin de chiens de garde vigilants à Ottawa qui seront des protecteurs de leurs intérêts dans les cas d'aplatventrisme du Parti libéral du Québec. Ce baroud trompera cependant bien peu de gens, en dehors des cellules d'irréductibles militants dans chaque comté. Lors de son congrès des 5 et 6 avril dernier, le Bloc a par exemple fait du déséquilibre fiscal son cheval de bataille. Or Jean Charest fut le premier chef de parti au Québec à ouvrir ce débat avec le gouvernement central et il s'est assuré les services du signataire du rapport sur le déséquilibre fiscal, Yves Séguin, l'expert numéro un de la question, que Bernard Landry citait dans tous ses discours. Le Bloc continuera aussi sans doute à réclamer le transfert au Québec de la totalité des crédits pour les congés parentaux ou l'assurance-emploi, mais les revendications qui ne correspondront pas au discours du gouvernement en place à Québec tomberont dans le vide. Depuis 1994, le Bloc québécois était l'écho à Ottawa des dénonciations du Parti québécois, au pouvoir à Québec et il était alimenté en dossiers par la maison mère. Ce ne sera plus le cas.

Lundi dernier, la souveraineté est disparue des écrans radars pour plusieurs années, peut-être à jamais dans la forme qui nous était proposée. Ceux qui s'étaient donné pour mission il y a 10 ans de préparer le terrain aux négociateurs de la séparation du Québec au lendemain d'un OUI s'accrochaient encore depuis la mince défaite référendaire de 1995 à la possibilité d'un troisième essai dans un délai raisonnable. Le Bloc est en ce sens le cheval de Troie d'une armée vaincue.

Et non seulement il n'y aura pas d'autre référendum sur la souveraineté dans un avenir prévisible mais le Parti québécois devra d'abord passer par une profonde remise en question des deux pôles de son programme, la souveraineté et la social-démocratie. Cet exercice se fera d'abord lors de la course à la direction du PQ qui suivra le départ de Bernard Landry. Sur ce plan, le Bloc se retrouve dans la situation d'un franchisé de la restauration, dont la maison mère revoit le menu, qui ignore totalement ce qu'on retrouvera sur la prochaine carte et qui n'est même pas certain qu'il aura son mot à dire dans la sélection des nouveaux plats.

Les candidats du Bloc aux prochaines élections complémentaires dans Témiscamingue et Lévis pour remplacer Pierre Brien et Antoine Dubé devront se montrer imaginatifs pour convaincre les électeurs de voter pour eux !

JJSamson@lesoleil.com




PLQ

Les vrais chiffres

André Pratte
La Presse mercredi 23 avril 2003


Éditorial - Le premier ministre élu, Jean Charest, a confié à l'ancien vérificateur général, Guy Breton, la tâche de dresser un portrait objectif de l'état des finances publiques. Au-delà des intérêts partisans en cause ici, c'est un geste qu'il faut saluer, parce qu'il contribuera à sauvegarder la crédibilité du processus budgétaire du gouvernement du Québec.

Lorsque La Presse a dévoilé, samedi, que l'équipe libérale de transition avait découvert un "déficit caché" de 2 milliards dans le dernier budget Marois, le Québec entier a éclaté de rire. C'est devenu une tradition: pour se dédouaner de ne pouvoir tenir toutes ses promesses, le parti arrivant au pouvoir accuse son prédécesseur d'avoir laissé les finances publiques dans un état lamentable!

Aussi, le nouveau ministre des Finances aurait eu beau décrire le soi-disant trou financier avec une montagne de chiffres, on ne l'aurait pas cru. Il fallait une source neutre. On ne pouvait trouver mieux que M. Breton, qui a été vérificateur général de 1991 à 2001, et à ce titre a eu à l'oeil autant les gouvernements libéral que péquiste.

M. Breton, qui connaît les finances gouvernementales comme le fond de sa poche, pourra évaluer rapidement dans quelle mesure le budget présenté par madame Marois le mois dernier peignait une image trop rose de la situation. On savait déjà que les prévisions de croissance économique étaient optimistes. On constatait aussi qu'en utilisant toute sa marge de manoeuvre- et plus!- pour de nouvelles dépenses, le gouvernement se plaçait dans une situation de vulnérabilité extrême.

Mais ce dont parlent aujourd'hui les libéraux est bien plus grave. Un "déficit caché" de deux milliards, s'il s'avère, relèverait du maquillage, ce qui serait aussi étonnant que grave, non seulement pour la crédibilité du Parti québécois, mais aussi pour celle des fonctionnaires du ministère des Finances. Pour l'instant, on se fait avare de précisions dans les officines libérales. Il faut donc absolument attendre le rapport de Guy Breton avant de sauter à des conclusions aussi inquiétantes.

Chose certaine, les tours de passe-passe se sont multipliés dans la comptabilité gouvernementale au cours des dernières années, sous la pression du déficit zéro. On sait, par exemple, que les résultats de la CSST ont été intégrés dans le périmètre comptable du gouvernement lorsqu'ils étaient positifs, puis exclus cette année, comme par hasard au moment où la Commission subissait d'importantes pertes.

Le nouveau gouvernement libéral, notamment en raison de l'ampleur de ses engagements électoraux, se trouvera vite placé dans une situation budgétaire difficile. Il faut espérer qu'il résistera à la tentation de jouer à son tour avec les chiffres pour préserver un déficit zéro virtuel. S'il n'y parvient pas, c'est la crédibilité financière du gouvernement du Québec qui sera réduite... à zéro.

apratte@lapresse.ca




Que faire ?

Comprendront-ils enfin?

Yves Boisvert
La Presse mercredi 23 avril 2003


Le soir des élections, Serge Ménard disait que tant qu'à être dans l'opposition, il aimait autant être battu lui-même dans sa circonscription. Pas dans ma nature, disait-il, de jouer les critiqueux. Le lendemain, il se fendait de déclarations pour expliquer le PQ avait mal expliqué ceci, mal présenté cela, que pour la santé, ils avaient des choses à dire qui n'ont pas été entendues...

On a beau ne pas être critiqueux, ce n'est pas une raison pour ne pas critiquer, n'est-ce pas?

C'était, encore une fois, du Serge Ménard à son meilleur et à son pire. À son meilleur parce que cet homme a toujours été plus allergique que la moyenne politique à la langue de bois, ce qui en a fait un des ministres les plus intéressants du cabinet ces neuf dernières années. À son pire, parce qu'il est incapable de retenir très longtemps ce qu'il a sur le coeur, qui n'est pas toujours digéré, ce qui l'a régulièrement mis dans diverses formes d'embarras.

Qu'importe, dans le cas qui nous occupe - la défaite du PQ - il y avait dans cette explication peut-être la meilleure analyse involontaire de la défaite du PQ: quand l'électeur choisit un autre parti, ce n'est pas qu'il veut autre chose, c'est qu'il n'a pas compris le PQ, ou que le PQ ne s'est pas bien expliqué!

On dit que la défaite du PQ est due à la fatigue de l'électeur, après neuf ans de gouvernement. D'accord, mais de quoi est-il fatigué au juste?

Beaucoup, je le suggère, de se faire dire: ce n'est pas que vous n'êtes pas d'accord avec nous, c'est vous n'avez pas compris! Il n'y a jamais de rejet des politiques gouvernementales - elles sont bonnes -, il n'y a que des malentendus! Les choses n'ont pas été assez bien dites!

Depuis deux ans, Bernard Landry se promène partout en expliquant que le bilan du PQ est formidable; fusions, santé, économie, souveraineté, finances publiques: choisissez votre sujet, quelques explications vous convaincront!

Au plan politique, cela se traduit dans le dirigisme économique nouvelle manière. Remettre cela en question est être "de droite", sinon antiquébécois. L'étatisme, au Québec, ayant une résonance particulière, notamment parce que l'État dans toutes ses manifestations a été un outil de nationalisme économique formidable.

Mais plusieurs indices laissent croire que le mécontentement populaire touche précisément à cette philosophie politique.

Or, il faut bien le dire, les médias ont largement sous-estimé le phénomène. L'exemple le plus frappant est celui des fusions. Les médias francophones ont été à ce point unanimes sur le sujet qu'au bout du compte, les journalistes en sont venus à croire que c'était là un faux sujet.

Le spectre idéologique allait de l'indifférence à l'enthousiasme, et je m'inclus dans le lot, ayant été favorable à une forme de partage fiscal sérieux, et assez incapable de m'émouvoir du regroupement politique.

L'impression journalistique qui en reste, deux ans plus tard, est d'une lutte entre les municipalités majoritairement anglophones de l'Ouest-de-l'Île et le Montréal francophone, ce qui est une caricature.

Sur la Rive-Sud, de Boucherville à Saint-Bruno, et à Québec, pour ne pas parler de Chicoutimi, les fusions ont été reçues par plein de gens comme un coup de massue étatique. Je ne discute pas ici des mérites de l'opération, je ne suggère surtout pas qu'il faille tout refaire en marche arrière; je parle du sentiment face à l'État. Je dis qu'il n'a pas été bien expliqué.

Tout d'un coup, quelqu'un à Québec a décidé que ce ne serait plus possible de se rendre à pied jusqu'à l'hôtel de ville pour parler au conseil municipal. Et dans la couronne nord, comme à plein d'autres endroits, bizarrement, les villes n'étaient pas fusionnées. Pourquoi Brossard et pas Lorraine? Pourquoi Saint-Hubert et pas La Prairie?

Parce qu'on ne peut pas tout faire en même temps, bien sûr. Mais si vous êtes opposé à la fusion, l'affaire paraît encore plus arbitraire.

Dans ce contexte, la montée de Mario Dumont, l'an dernier, n'était pas aussi artificielle qu'on l'a dit. Elle disait quelque chose. Bien sûr, il a eu grand peine à expliquer dans le détail plusieurs aspects de son programme; il a mis du temps à monter son équipe. Il n'avait pas l'air d'être prêt, et l'ADQ a chuté.

Mais on a beau maudire ses solutions "de droite" en santé (des idées représentant ce que défend "le centre" ou "la gauche" en santé dans la plupart des pays occidentaux), on a beau les détester, ces propositions disaient ceci: l'État ne réussit pas à fournir les services comme il le faudrait, ou comme on le pourrait; essayons de laisser au privé une partie plus grande du travail...

La Caisse de dépôt est une cible facile, mais encore là, combien de gens, devant les derniers résultats de l'institution, ont comparé les rendements de leur caisse avec ceux de gestionnaires privés? Je ne suis pas en train de privatiser la Caisse, je tente seulement d'additionner les mécontentements face à "l'État". On pourrait continuer longtemps.

On a écrit ici et là que le PLQ a obtenu à peu près autant de votes qu'en 1998, et que la grande différence est que moins de péquistes sont allés voter. Ce sont là des mathématiques qui en rassurent certains et qui font dire à d'autres que le PLQ a été choisi "par dépit" - rien ne prouve pourtant que plusieurs "libéraux" ne se soient pas abstenus de voter devant des sondages favorables.

Le fait est tout de même que les deux tiers des électeurs ont choisi deux partis qui ont fait campagne franchement (l'ADQ) ou modérément (le PLQ) contre un certain étatisme.

Ils voulaient sûrement signifier quelque chose par là. À moins qu'ils n'aient pas compris, auquel cas on n'a pas fini de produire des explications...

yboisver@lapresse.ca