Élections québécoises

Un glorieux moment de démocratie

Mohamed Badaoui
Journaliste
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Le Parti québécois a donc perdu les élections et cessera pour longtemps de faire grincer des dents sur cette épineuse question de souveraineté. Le PQ, cette originalité internationale, cette exception politique, cette chaloupe qui vogue, fluctuat nec mergitur, sur un océan de Vikings, à un jet de mortier de l'empire le plus férocement opposé à l'indépendance, clame, en vieux français, et menace même, dans un monde désormais états-unique, de faire sécession pour devenir souverain.

Jamais un mouvement au monde n'a réalisé ce que le Parti québécois a réalisé en recourant seulement à une touchante révolution tranquille. Non seulement il a acquis une grande autonomie, il a également tenu tête au gouvernement d'un État du G8.

Ailleurs, on se massacre par millions pour moins que ça ! On fait des guerres sanglantes, des coups d'État et des soulèvements. Et même dans d'altières nations comme la France et la Grande-Bretagne, le sang est versé, en Irlande, en Corse, au Pays basque, lorsque le mot «souveraineté» est à peine balbutié.

Voyez aussi l'Irak, dont on a écrasé le peuple et saccagé, entre deux lunes, le patrimoine inestimable et plusieurs fois millénaire, pour mater le fou qui le dirigeait, celui qui a osé dire non au maître du moment.

Réserves de tolérance

Mais au Canada et au Québec, ces deux réserves mondiales de tolérance, il se passe un phénomène auquel on n'accorde étrangement que peu d'importance : celui de la coexistence pacifique entre l'universel et le particulier, entre la mondialisation et la démondialisation, entre la fusion et la défusion.

Dans cette unité des contraires, la dialectique semble merveilleusement fonctionner. Pas de crises graves, pas de rebondissements majeurs : tout semble glisser des mains comme un flétan enduit d'huile de morue.

Et c'est au moment où se déroulait probablement l'une des plus grandes catastrophes de l'humanité, l'un des plus grands crimes de l'histoire, à savoir le pillage du musée de Bagdad, qu'ici, entre Chicoutimi, Mascouche et Montréal, des hommes et des femmes, pacifiquement, les uns indépendantistes, les autres fédéralistes, votaient et donnaient le pouvoir à ceux qu'ils jugeaient dignes de l'exercer. Dans ce pays où toutes les ethnies sont représentées, même les Kurdes, les Turcs et les Irakiens, les sikhs, les Tamouls, les Hutus, les Tutsis, les mormons, les lubavitchs, pour ne citer que ceux-là, possèdent des droits.

Tandis que toutes les religions, connues ou non, et toutes les idéologies s'y côtoient sans se heurter, les politiciens confrontent leurs positions, parfois violemment antagoniques, en discutant, en gueulant parfois, mais en acceptant, comme une sentence divine, la sanction de l'urne. S'il y a une victoire, s'il y a une souveraineté, c'est sûrement cela !

La raison l'a emporté

Que Jean Charest ait gagné, que Bernard Landry ait perdu et que Mario Dumont ait dilapidé sa matière grise pour presque rien, ce n'est pas ce fait que la mémoire retiendra. Il restera que dans ce pays froid et loin, la raison l'a emporté, une autre fois, sur la folie.

Et sans en donner l'air, ce pays, que je ne nommerai pas pour ne froisser personne, donne, malgré toutes les tares qu'on lui reproche, l'exemple à suivre pour permettre aux hommes de vivre moins brutalement. Le PQ, qui prend de plus en plus conscience de sa maturité, semble avoir aussi compris que le monde ne s'est pas fait en un seul jour. Et c'est ainsi qu'il n'a pas hésité à se délester sans ménagement d'un de ses piliers pour marcher de l'avant. Jacques Parizeau, qui a eu du mal à s'adapter au puissant vent de changement qui souffle sur la petite reine des provinces, l'a appris à ses dépens. Il sait maintenant que sa franchise provinciale n'a plus court et qu'il faudra dorénavant remiser l'armure au profit de la fleur de lys. Mais là aussi, cet homme qui porte son idéal comme d'autres portent leurs armes et leurs bijoux s'est limité à un coup de gueule retentissant mais s'est finalement souverainement incliné devant le bien public.

Au regard de tous les conflits qui, partout au monde, déchirent, à cause du pouvoir, la mère et le bébé, le Québec peut être fier d'avoir donné au monde, sans tambours, sans trompettes, sans porte-avions, l'un de ses plus glorieux moments de démocratie. Et même si énormément de pas restent à faire sur le chemin de la Cité idéale, il ne faut jamais cesser de dire, sans nécessairement hurler, que, chez nous, l'avis est respecté.





Élection 2003

À la prochaine...

Normand Bastien
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Lettres: Le 16 avril 2003

Souverainiste convaincu et éternel optimiste -- les mauvaises langues diront que cela va de soi -- placé devant le fait accompli, je suis maintenant convaincu que cette défaite était la meilleure chose qui pouvait arriver au Parti québécois.

En effet, après plusieurs années de «bon gouvernement», le Parti québécois risquait de n'être perçu que sous cet angle. Avec un si bon gouvernement, pourquoi donc tenter l'«aventure» souverainiste ?

Tandis que maintenant, avec un gouvernement majoritaire, le Parti libéral aura toute la corde pour se pendre, sous l'oeil d'une opposition d'une puissance intellectuelle jamais vue. Bien sûr, je verse une larme pour certaines pièces maîtresses qui ont été stupidement écartées. Pour ne citer qu'un exemple, Louise Beaudoin ne méritait pas un tel sort.

Ni d'ailleurs Amir Khadir, pour un autre parti, d'accord, mais que j'aurais bien aimé voir à l'Assemblée nationale pour entretenir la flamme d'un autre débat qui reste toujours à faire. Cependant, comme plusieurs souverainistes, je crois qu'il faudra d'abord accéder à l'indépendance avant d'aspirer à une vie démocratique normale, où tous les courants de société auront voix au chapitre.

Je propose donc que la prochaine élection du Parti québécois soit aussi un choix net pour la souveraineté.

Ça, c'est ce que j'appelle du changement.

À la prochaine...





Élection 2003

De la fatigue culturelle à la fatigue constitutionnelle

Pierre-Paul Roy, Retraité
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Lettres: Le 16 avril 2003

Comme le rapportait Robert Dutrisac dans Le Devoir du lendemain de la victoire du Parti libéral, «dans son discours victorieux, Jean Charest s'est engagé hier à employer le leadership du Québec pour faire du Canada un pays plus fort». À mon avis, ceci se situe dans la droite ligne d'un Trudeau, qui disait qu'une autre option que de suivre les incantations des séparatistes était celle d'être les meilleurs. En regard du Canada, disait-il encore, «si l'État canadien a fait si peu de place à la nationalité canadienne-française, c'est surtout parce que nous ne nous sommes pas rendus indispensables à la poursuite de sa destinée».

Hubert Aquin, dans La Fatigue culturelle du Canada français, écrit en 1962, se demande : «Mais pourquoi faut-il que les Canadiens français soient meilleurs ? Pourquoi doivent-ils "percer" pour justifier leur existence ?» Selon Aquin, l'option de Trudeau revenait à soumettre le jugement sur la valeur de sa propre culture à la capacité d'être reconnue par l'Autre, en qui repose le vrai universalisme. Il résumait ainsi la proposition de Trudeau : «Devenir indispensables à la destinée de l'Autre.»

Quel changement, donc, par rapport à Charest, qui dit : «Le leadership fait la différence. Le leadership du Québec fera du Canada un endroit plus fort» ? Et quand il ajoute qu'en vertu de sa nomination comme premier ministre, ce n'est pas seulement le Québec qui change mais aussi le Canada, on est en droit de lui demander en quoi le Canada change-t-il à la suite de l'élection d'un parti «provincial» ? Le Canada sait bien se débrouiller seul. Il le fait tout le temps, ou presque. D'ailleurs, historiquement, les députés libéraux du Québec à Ottawa ont toujours été là pour imposer au Québec les volontés de la majorité canadienne.

Non : de la fatigue culturelle des Canadiens français de l'époque Trudeau à la fatigue constitutionnelle des Québécois avec Charest, s'il y a changement, c'est le changement dans la continuité.





Élection 2003

Célébrons la «libération» du Québec

Antoine Robitaille
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Comme il fallait s'y attendre, le ROC a vivement salué la victoire des libéraux de Jean Charest. Linda Williamson, du Toronto Sun, a osé un rapprochement entre... la tombée de Saddam Hussein en Irak et «la chute soudaine et inévitable du régime séparatiste qui s'est maintenu au pouvoir au Québec depuis près d'une décennie et dont les menaces effroyables ont terrorisé les Canadiens depuis 30 ans». Williamson insiste: «la métaphore de la libération convient parfaitement» puisque les Québécois se sont débarrassés d'un gouvernement «dépensier», devenu «fou», car il voulait rendre «l'État encore plus présent dans la vie des gens. En leur payant des vacances, par exemple».

Plus... mesuré, le Toronto Star a vu dans la victoire de Jean Charest «une grande nouvelle pour le Canada». Le Québec a maintenant un premier ministre «fièrement canadien», un «porte-étendard du fédéralisme». Celui-ci mérite donc, selon le Star, «un accueil chaleureux et un coup de main généreux» de la part du Canada anglais. Le Globe and Mail célèbre aussi le fait que Charest est «le chef de parti le plus clairement fédéraliste à prendre le pouvoir à Québec depuis des décennies, sinon depuis toujours». Le National Post, quant à lui, se réjouissait mardi : pour la première fois depuis 1994, le gouvernement du Québec «n'a pas pour but de briser le pays».

Pour la première fois depuis 25 ans, ajoute le Toronto Star, la politique provinciale sera déterminée par «une vision tournée vers l'avenir et par des forces franchement fédéralistes, non plus par un nationalisme de repli». Un des chroniqueurs chevronnés de ce journal, Richard Gwyn, notait mercredi que Jean Charest devait en quelque sorte sa victoire à Jacques Parizeau, qui a «répété son attaque raciste» du soir de 1995.

Le National Post, sur un ton paternaliste, écrit : «Enfin, le Québec semble embrasser une culture politique normale dans laquelle les questions politiques ordinaires, plutôt que le statut constitutionnel de la province, dominent le débat politique.» Désormais, dit le Post, il y aura au Québec un spectre politique «traditionnel» : l'ADQ à droite, le PQ à gauche et le PLQ au centre. «Pour nous et pour la plupart des Canadiens, cela relève de la banalité.» Mais «il est encourageant», dit le Post, de voir celle-ci s'implanter «enfin» au Québec.

Pour le Toronto Star, les vrais vainqueurs de ces élections, au fond, sont «les Québécois ordinaires». Car si Charest remplit ses promesses de «transformer le fédéralisme au lieu de le saboter», s'il fait «la paix avec Ottawa» et «réduit la taille du gouvernement», ce sont «7,5 millions de Québécois qui pourront mettre derrière eux une décennie troublée pour enfin commencer à prospérer».

Les causes de ce changement politique, selon le Post ? «Les progrès du bilinguisme, le succès des lois protégeant le français [sic !], l'effet mondialisant de l'immigration, Internet et le commerce international.» Grâce à ces phénomènes, les «francophones ont enfin rompu avec leur mentalité d'assiégés. Les jeunes, surtout, ont le sentiment que le bien-être de leur province sera favorisé non pas par des référendums et d'interminables débats constitutionnels mais grâce à un gouvernement responsable, favorable aux entreprises».

Selon le Toronto Star, la victoire libérale s'explique par le fait que les Québécois en avaient assez que le Parti québécois «crée de l'humiliation afin de les mener à opter pour l'indépendance». Est-ce pour autant la fin du souverainisme ? Aucun éditorialiste ne se risque à faire cette prédiction que plusieurs ont dû ravaler par le passé. Reste qu'il «est indéniable que ce mouvement entre dans un cycle défavorable», écrit le Star, et «c'est heureux».

Cela ne signifie pas pour autant que Jean Charest aura la partie facile, note le Star. Plusieurs défis se profilent à l'horizon pour le gouvernement Charest : les baisses d'impôts et la modernisation de l'État relèvent d'un «conservatisme qui se traduira par des coupes budgétaires douloureuses».

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Plusieurs au Canada anglais affirment que les électeurs du Québec sont «sophistiqués». Mais Andrew Coyne, dans le National Post de mercredi, écrivait qu'il n'a jamais souffert cette théorie. Après tout, dit Coyne, cet électorat n'a cessé, au cours des 40 dernières années, de porter au pouvoir des gouvernements qui les ont «surtaxés, surendettés et surgouvernés». Pour Coyne, les Québécois ont «gaspillé leurs meilleurs esprits des deux dernières générations» en les forçant à «étudier les différences entre statut spécial, souveraineté-association, union confédérale ou entre une superstructure politique et économique». Coyne a alors ce commentaire des plus plaisants : «Mais enfin, cet électorat prétendument sophistiqué semble avoir compris.»

Pour Coyne, au reste, la défaite du Parti québécois est plus sévère qu'on a bien voulu le dire. «Avec seulement 33 % du vote populaire, le PQ a obtenu son pire résultat depuis 1973, année de ses deuxièmes élections. Et ce, malgré les avantages suivants : une économie forte, un chef de l'opposition mal-aimé, une plateforme pleine de bonbons. Bref, c'est une rebuffade historique.» Et ce n'est pas fini, argue Coyne, qui prend le contre-pied de tous ceux -- comme Graham Fraser dans le Star et Don Macpherson dans The Gazette -- qui prétendent que «le souverainisme n'est pas mort» et qu'il profitera même de la situation. Ridicule, selon Coyne, qui voit les malheurs des souverainistes s'amplifier au cours des prochaines années. Coyne compte particulièrement sur l'ADQ, qui a «triplé son vote populaire en deux élections», pour continuer à brouiller les cartes. Aussi, un changement au mode de scrutin «donnerait un coup de pouce aux petits partis comme l'ADQ et encouragerait les militants du PQ à se séparer en diverses chapelles de pureté doctrinale». Ensuite, il croit que les élections fédérales permettront aux «nouveaux libéraux» de Paul Martin d'écraser au Québec «un Bloc québécois dérouté et divisé».

***

L'arrivée de Jean Charest au pouvoir signifie-t-elle le retour d'une ère «à la Meech» (l'expression est de Coyne), où le Québec réclame et où le fédéral refuse ? Andrew Coyne ne croit pas que Jean Charest sera «assez fou» pour se lancer dans des négociations constitutionnelles, car il sait que cela «profiterait au PQ». Mais dans un éditorial en forme d'avertissement, le National Post ordonnait à Jean Charest, jeudi, de «s'en tenir à son programme». Le Post n'aime pas que le nouveau premier ministre libéral «parle constamment du rôle du Québec dans la fédération canadienne» et néglige «les importantes priorités sur lesquelles il a basé sa campagne». Plusieurs autres, en Alberta notamment, comme Dave Ryan du Calgary Sun, considèrent Jean Charest comme un futur allié de Ralph Klein et prédisent l'édification d'un front des provinces qui combattra le centralisme d'Ottawa.





Que faire?

Le coup de l'étrier

Michel David
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Quand Pauline Marois s'est finalement ralliée à Bernard Landry, faute d'être en mesure de lui contester sérieusement la succession de Lucien Bouchard, il avait déclaré qu'il ferait éventuellement pour elle ce que Lucien Bouchard avait fait pour lui.

Tout le monde avait compris qu'au moment où viendrait son tour de partir, il lui mettrait le pied à l'étrier. Dès la formation du nouveau conseil des ministres, Mme Marois a cependant réalisé qu'il ne fallait pas prendre pour argent comptant les promesses de celui qui était son rival depuis plus de 15 ans.

Alors qu'elle s'attendait à hériter en totalité de l'empire économique que M. Landry s'était constitué avec la bénédiction de M. Bouchard, elle a eu la surprise de constater qu'une pièce essentielle, le ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie, lui échappait au profit d'un fidèle du chef, Gilles Baril. Elle a fini par le rapatrier, mais simplement parce que les chaussures étaient visiblement trop grandes pour M. Baril et que la vice-première ministre devenait incontournable.

En deux ans, M. Landry ne lui a jamais fait de cadeau. Il avait simplement trop besoin d'elle pour se l'aliéner. Bien sûr, Mme Marois pourrait maintenant tirer un grand avantage de sa nomination au poste d'organisatrice en chef, l'automne dernier, mais elle était encore une fois la seule qui était en mesure de redresser le navire péquiste.

Dans les circonstances, elle a accompli un travail remarquable, mais à en juger par le peu de visibilité que M. Landry lui a laissé pendant la campagne, il est clair qu'il entendait s'attribuer tout le mérite d'une éventuelle victoire. En revanche, elle aurait fait un bouc émissaire idéal si les élections avaient tourné au désastre.

Depuis lundi dernier, l'entourage de Mme Marois ne voit pas beaucoup de signaux indiquant que le premier ministre ait l'intention de lui donner le moindre coup de pouce, bien au contraire. Il est vrai que les amis de M. Landry, les Baril, Bréard, Claude H. Roy et compagnie, ne doivent pas l'encourager beaucoup en ce sens.

Chez Mme Marois, on a bien noté que M. Landry a d'abord songé au chef de cabinet de François Legault, Nathalie Verge, qui l'a assisté pendant toute la campagne électorale, pour assumer la direction intérimaire de son propre cabinet. Il a finalement opté pour son directeur des communications, Jacques Wilkins, qui a jadis travaillé aux côtés de Mme Marois, à l'époque où elle était ministre de la Santé, mais il n'est plus considéré comme un ami.

***

On peut très bien comprendre Bernard Landry de ne pas vouloir s'éterniser dans son nouveau rôle de chef de l'opposition à l'Assemblée nationale. Les frères Johnson, Pierre Marc et Daniel, pouvaient raisonnablement espérer une deuxième chance, qui n'est jamais venue. Dans son cas, prétendre à un match de revanche serait presque grotesque.

Même s'il a été candidat pour la première fois en 1970, M. Landry n'a jamais siégé un seul jour dans l'opposition. Peut-être préférerait-il conserver un dossier vierge, si on peut s'exprimer ainsi, mais il n'y aurait certainement rien de honteux à demeurer en poste jusqu'à ce que son successeur soit choisi.

À la condition de ne pas s'éterniser indûment, en montant une sorte de mise en scène à la Jean Chrétien, où Pauline Marois jouerait le rôle de Paul Martin. Un premier ministre peut toujours faire valoir, même si c'est faux, son désir de régler certains dossiers qui lui tiennent à coeur avant de tirer sa révérence. Un chef de l'opposition n'a pas ce loisir.

Rester un an ou deux sous prétexte de préserver l'unité du parti ne rimerait à rien. Le débat de fond, qui risque de causer des divisions mais qui est néanmoins nécessaire, ne peut avoir lieu que dans le cadre de la course à sa succession. Autrement dit, sa présence devient même un obstacle au renouvellement dont le PQ a un urgent besoin.

Qu'il décide de partir tout de suite en confiant l'intérim à Louise Harel ou qu'il décide de participer à la brève session parlementaire de juin, il n'y a aucune raison de reporter la tenue d'un congrès au leadership au printemps 2004, sinon pour donner une chance aux rivaux de Mme Marois.

***

Il était assez savoureux, cette semaine, d'entendre François Legault et surtout André Boisclair supplier littéralement M. Landry de rester le plus longtemps possible. Il est vrai que le chef du PQ mérite qu'on lui témoigne de la reconnaissance et des égards, mais leur jupon dépassait de façon presque indécente.

Dans une allusion claire à Mme Marois, M. Boisclair a dénoncé ceux qui «sont déjà au téléphone» pour battre le rappel de leurs partisans. Dans son cas, il est vrai que quelques appels suffiraient pour lui permettre de mesurer la minceur de ses appuis.

Le scénario impliquant Louise Harel comporte un sérieux inconvénient. Le premier grand débat de la nouvelle législature portera sur la loi-cadre au sujet des défusions. Mme Harel serait pratiquement en conflit d'intérêts en se portant à la défense de ce qui constitue la grande réalisation de sa carrière. Au reste, malgré les grandes qualités qu'on peut lui reconnaître, quelle autorité aurait-elle pour imposer un minimum d'ordre dans la course au leadership ?

Dans les circonstances, le meilleur scénario serait que M. Landry annonce qu'il tiendra le fort à l'Assemblée nationale jusqu'à la fin juin et qu'un congrès soit convoqué pour la première ou la deuxième fin de semaine d'octobre, de manière à ce que son successeur soit choisi avant la session parlementaire de l'automne.

Le délai peut sembler court mais il n'est pas irréaliste. À titre de comparaison, René Lévesque avait annoncé son départ le 20 juin 1985 et Pierre Marc Johnson avait été élu chef le 29 septembre suivant. Remarquez, si M. Landry veut refaire à Mme Marois le coup de l'étrier, il y aura toujours moyen de trouver un empêchement.

mdavid@ledevoir.com





Élections 2003

Jean Charest aurait hérité d'un déficit caché

SRC samedi 19 avril 2003


Le gouvernement de Bernard Landry aurait, dans son dernier budget déposé la veille du déclenchement des élections, le 12 mars, camouflé un déficit dans les finances publiques d'au moins 2 milliards de dollars, selon des constatations de l'équipe de transition du nouveau gouvernement libéral de Jean Charest rapportées dans le quotidien La Presse dans son édition de samedi.

Selon l'équipe de transition du nouveau premier ministre, il n'est pas question pour autant d'abandonner l'objectif du déficit zéro, mais son équipe économique devra faire des contorsions pour réviser le tir. L'une des mesures adoptées par l'équipe libérale dans cette optique serait de revoir à la baisse les prévision de croissance économique à 2,9% alors qu'elles avaient été établies à 3,5% par l'ex-ministre des Finances, Pauline Marois. Les libéraux auraient l'intention d'éviter de sombrer dans le déficit en récupérant la marge de manoeuvre de 809 millions de dollars, la réserve qu'avait créée Pauline Marois dans le dernier budget pour l'année financière 2004-2005.

Du point de vue politique, une telle manoeuvre n'est pas inhabituelle. Le Parti québécois avait fait le même genre de «révélations» quand Jacques Parizeau a pris le pouvoir en 1994.





Élections 2003

Des élections à la réalité

Éric Desrosiers
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Perspectives - La victoire des libéraux de Jean Charest aux élections générales a suscité cette semaine une prévisible mais non moins profonde joie des milieux d'affaires. Il faut dire qu'en promettant des baisses d'impôt pour tous, une réduction de la taille et du rôle de l'État ainsi que le maintien de l'équilibre budgétaire dans le plus strict respect du cadre constitutionnel canadien, le programme libéral s'avérait de la véritable musique à leurs oreilles. Ne reste plus qu'à voir si le nouveau gouvernement réussira à tenir parole.

La soirée électorale de lundi avait des airs de libération à attendre les habituels porte-parole du monde des affaires québécois. À les croire, les électeurs québécois venaient de tourner définitivement la page sur toute une philosophie économique héritée d'âges anciens où prévalaient la démesure fiscale et l'interventionnisme à outrance de l'État. L'économie québécoise avait beau s'être portée plutôt bien ces dernières années, l'élection du Parti libéral signifiait l'avènement tant attendu par les acteurs économiques d'un «gouvernement du XXIe siècle», comme l'a dit Jean Charest. Pour indice de la bonne humeur des marchés et de ce début d'un temps nouveau, on rapportait que la prime de risque rattachée traditionnellement aux obligations du Québec avait déjà commencé à diminuer la semaine précédente, à la suite de la publication des derniers sondages laissant entrevoir la victoire des troupes libérales.

Les associations patronales et les chambres de commerce reconnaissaient que la tâche que s'était fixée le nouveau gouvernement, bien que nécessaire, allait être lourde. Elles l'encourageaient à faire preuve de détermination et le pressaient à se mettre rapidement au travail.

Dévoilés dès le mois de septembre, le programme électoral libéral et son cadre financier ont amplement eu le temps d'être disséqués et débattus. Plusieurs l'ont écarté du revers de la main, estimant irréaliste qu'à une époque où les finances publiques sont tellement serrées, on puisse promettre en même temps une réduction de l'impôt des particuliers de cinq milliards au terme du mandat, ainsi que l'indexation, durant la même période, du budget de l'éducation et une augmentation réelle des dépenses en santé de plus de 3 % par an alors qu'elles constituent déjà presque 40 % du budget du gouvernement, et ce, sans risquer de replonger ce dernier dans le rouge.

D'autres ont estimé que s'il s'avérait ambitieux, le projet n'en était pas moins jouable entre autres parce que les projections économiques sur lesquelles il se basait s'avéraient plutôt conservatrices, mais aussi à cause de cette foi indéracinable des économistes, même les plus critiques, dans les effets bénéfiques de tout resserrement dans le rôle de l'État ainsi que de la promotion des règles du marché.

Il est à noter que bien peu de gens s'opposeront à l'idée de faire un peu de ménage dans les mille et un programmes de subventions, de prêts sans intérêt et de congés fiscaux destinés aux entreprises, et les tonnes de formulaires à remplir qui les accompagnent. L'ancienne ministre des Finances, Pauline Marois, admettait elle-même que tout le monde ne se porterait que mieux si l'on arrivait à recentrer l'action du gouvernement en ce domaine. De là à laisser entendre, comme l'a fait Jean Charest durant la campagne, que tous ces programmes visant à favoriser le développement de secteurs industriels porteurs et à attirer de grandes entreprises au Québec se révèlent, au mieux, parfaitement inutiles ou, au pire, un sérieux handicap à la compétitivité québécoise, il y a un pas que le nouveau premier ministre élu ne franchira probablement plus qu'avec beaucoup plus de prudence maintenant qu'il tient les rennes du gouvernement. On peut jouer les étonnés, comme il l'a fait, devant les avantages obtenus du gouvernement par une multinationale comme IBM pour qu'elle reste au Québec, on ne peut toutefois sérieusement ignorer que cette pratique, répandue à la grandeur de l'Occident, fait souvent la différence dans une économie mondialisée mettant en concurrence des régions aux quatre coins du globe.

Défi politique

Si du point de vue strictement économique le programme électoral libéral apparaît pouvoir tenir la route, sa réalisation risque toutefois, également, de rencontrer sur son chemin d'importants obstacles politiques. Comment pourrait-il en être autrement si on s'interdit ne serait-ce que d'indexer les différents postes budgétaires gouvernementaux, exception faite de la santé, de l'éducation et de la dette, soit l'équivalent, pour l'ensemble des autres ministères s'occupant des garderies, de l'environnement ou de la culture, de nouvelles compressions d'environ 300 millions chaque année ?

Que fera le prochain gouvernement lorsque le débat sur les défusions municipales battra son plein, qu'une épidémie de grippe aura rempli les salles d'urgence et que viendra le temps de décider d'une énième série de compressions budgétaires ? Préférera-t-il lâcher du lest ou s'en tiendra-t-il strictement au plan de match fixé ?

Confrontés à une levée de boucliers sans précédent, les libéraux de Robert Bourassa s'étaient résolus à abandonner le rapport Gobeil et son projet d'État Provigo durant les années 80. Placés dans la même situation dix ans plus tard, les conservateurs ontariens de Mike Harris ont, quant à eux, persisté envers et contre tous avec leurs baisses d'impôt et leurs compressions budgétaires. Ils furent sauvés par une croissance record de l'économie nord-américaine.

Jean Charest a peut-être répondu à la question lorsqu'on lui a demandé, durant la campagne, ce qu'il ferait si une dégradation de la situation économique venait à compromettre son cadre financier. Le maintien du déficit zéro et le réinvestissement dans la santé allaient être privilégiés, a-t-il déclaré, quitte à remettre à plus tard les baisses d'impôt.

L'avenir seul dira si, cette fois, les changements auront l'ampleur annoncée. Mais, vérification faite, la fameuse prime de risque rattachée traditionnellement aux obligations du Québec était en voie, au milieu de cette semaine, de reprendre le niveau qu'elle avait au début de l'année.





PLQ

Charest's victory hits home

Improving Gatineau will make Ottawa more dynamic

Randall Denley
The Ottawa Citizen Saturday, April 19, 2003


The election this week of Jean Charest and his Liberals is a big story for Canada, but it's even bigger for Ottawa and Gatineau. Our Quebec sister city has long been a poor relation of Ottawa, unable to compete because of crippling taxes, punitive language policies and uncertainty over Quebec's status within Confederation.

None of that is going to change overnight, but Charest's policies at least offer the promise of bringing Quebec back into the mainstream. That will make our urban area more dynamic and interesting, and that's good news for Ottawa.

Most of the analysis of Charest's victory has focused on the end to the separatist threat, or "improved federal-provincial relations" as we call it, in our droll Canadian way. This isn't just a political story, though. For people here it could have a real impact on how we live our lives.

One of the advantages of being on a provincial border ought to be the choice of which province to live in. Choosing Quebec has been difficult for Ontarians for some time. Many Ontarians work in Quebec, and the Outaouais offers some of the most beautiful countryside in this region, but successive Quebec governments have had a policy of making anglophones feel unwelcome. The right to have your children schooled in the language of your choice has been restricted, as has the right to use English on signs. Immigrants from Ontario also had the privilege of paying substantially higher income taxes, to support a separatist government.

Charest will improve some of that, although he has been discouragingly silent on language policies. Gatineau Mayor Yves Ducharme believes the enforcement of language laws will be "softer," especially for businesses. We can only hope he's right.

The destinies of Gatineau and Ottawa are intertwined, but it seems Ottawans don't really think much about Gatineau. Other than Gatineau Park, we haven't really integrated the Quebec side's assets into our mental picture of this city.

That is starting to change. A number of small, but encouraging, steps have already been taken. The Casino du Lac Leamy has put Gatineau on the tourist map, and it also has shown that Gatineau can outdo Ottawa, with its small, rural casino.

The two cities recently worked together to attract and host the Juno awards. Gatineau was quicker than Ottawa to see the value of the city's new film development office.

The merger of five Quebec municipalities into the new Gatineau was also a great step toward simplifying the relationship between the two halves of our city.

In one of his less well thought out policies, Charest has opened the door to breaking up municipal mergers, but such a plan is probably too costly and impractical to go ahead.

Removing the uncertainty about Quebec's status will make it easier to attract business, Ducharme says. He's also optimistic that the Charest government will share either sales or gasoline tax with municipalities, to give them the public works money that all Canadian cities are crying for.

Ducharme is enthusiastic about closer links between Gatineau and Ottawa. He points to the Junos as an example of what we can accomplish together. He wants to see the convention centre in Ottawa expanded, to complement expanded trade show space in Gatineau. He's absolutely correct to say that the two cities should work together, not compete with each other.

A great challenge lies in front of Charest -- and Quebec. Our neighbouring province has experienced an alarming economic decline.

The standard of living in Quebec is 52nd among the 60 American states and Canadian provinces. Charest has vowed to move the province into the top half of the group, but he says it will take a decade. Quebec is also the most heavily taxed jurisdiction in North America.

If Quebecers were taxed at the same rate as Ontarians, they would have $5 billion more in their pockets. Charest has promised to cut taxes by $1 billion a year for five years, but he can't even afford to start until next year. He wants to close the gap with Ontario, but with more tax cuts possible here, he estimates that will also take 10 years.

Charest also wants to increase the amount of time francophone students spend learning English. Anglophones spend almost three times as many hours studying French as francophones do English. Quebec's desire to protect its culture is perfectly legitimate, but real bilingualism is essential if it wants a place in the broader world. There is much to do in Quebec, but with the separatists vanquished, the federalist Outaouais can finally afford optimism again. Ottawans ought to reach out and help our Quebec neighbours succeed. Let's start by saying "welcome back to Canada."

Contact Randall Denley at 596-3756 or by e-mail, rdenley@thecitizen.canwest.com .





PLQ

Charest seeks new alliance with Ottawa, provinces

RHÉAL SÉGUIN
Globe and Mail Saturday, April 19, 2003


Quebec — With Monday's election victory by Jean Charest's Liberals, Canada is entering a period where provincial premiers will be urged to play a more important role in defining changes to the federation.

Premier-designate Charest wants to lead a new alliance of provinces to implement his vision of Canada, one that seeks to build a partnership with other provinces where Quebec openly embraces a united country.

One of Mr. Charest's key proposals on normalizing Quebec relations with the other provinces and Ottawa is a council of the federation, which the Liberals say would "ensure increased respect of provincial autonomy."

In an interview last fall, Liberal MNA Benoît Pelletier, who is expected to become minister of Intergovernmental Affairs, said the federal government needs to treat provinces as partners instead of taking unilateral action on major economic, social and international policies.

"Nobody denies that Canada must be a strong country and that the Canadian identity must be strong," Mr. Pelletier said. "The emphasis must be on the co-operation between the two levels of government rather than unilateral action; that is the way of the future."

A Liberal document entitled A Project for Quebec: Affirmation, Autonomy and Leadership, says the council of the federation would be a permanent body with members appointed by the provinces and Ottawa.

It would oversee health, education and trade policies and all attempts to strengthen the Canadian economic and social union.

"In every respect, regardless of the dimension concerned, it would give the provinces greater responsibility in the management of the common good of the Canadian state," the document says.

The intergovernmental body would be created through an administrative agreement between the provinces and the federal government and would not require a constitutional amendment.

It would set the terms under which Quebec would sign the 1999 social union framework agreement, which allows Ottawa to set national standards in areas of provincial jurisdiction such as health, education or municipal affairs.

The document says the council's mandate would include "not only the strengthening of the Canadian economic union, but also the consolidation of the social union. This would have the added advantage of allowing the provinces to be involved in the development of the common standards and objectives that are needed for the social union to function properly."

The council would include components such as a secretariat for internal trade to reduce interprovincial trade barriers and harmonize provincial budgetary policies.

It would also include a social union secretariat, which would among other things, "oversee the joint application of the principles of the Canada Health Act."

An international trade secretariat is proposed to ensure that provinces are involved in trade talks with other countries. At the same time, it would formalize Ottawa's increasingly dominant role in areas of provincial jurisdiction.

More recently, the Liberals have proposed creating a bureau on what the province sees as a fiscal imbalance with Ottawa. It would manage a key provincial demand for more of federal surpluses to pay for health care.

Success on this subject will be important in determining whether Mr. Charest can proceed with his proposed council of the federation.

He must convince the rest of Canada that Quebec does not intend to seek special status or powers. He must also prove to a skeptical francophone population at home that the Quebec Liberals can persuade Ottawa to reverse the hard-line strategy it adopted toward the province during the Parti Québécois reign.

The Liberals are set on creating the perception that Quebec's political status can remain the same, but with the province still achieving major financial benefits.

However, Prime Minister Jean Chrétien's government has always been suspicious about any Quebec demand for change. So Mr. Charest is expected to lie low for the time being, hoping that federal Liberal leadership front-runner Paul Martin will take over next year and support his plan.

Mr. Charest also has to await the outcome of six provincial elections expected within the next year before attempting to build alliances with the other premiers.

He can expect some stiff opposition along the way from the PQ, which is planning to portray him as Ottawa's ally in the quest to weaken Quebec.





Élections 2003

Liberals to ram through demerger bill with little debate

DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, April 19, 2003


This is the change for which Quebecers voted this week? Only a few days after the election, one similarity between the new Liberal government and the former Parti Québécois administration is already apparent:

It's an unseemly haste to dispose of the municipal mergers question without proper debate.

Only five weeks elapsed between the PQ's introduction of its Bill 170 creating the megacities in November 2000 and the bill's passage into law.

The Liberals might take even less time to pass their legislation allowing former suburbs to "demerge" from the megacities.

Premier-designate Jean Charest indicated this week he hopes to pass a demerger bill in a spring sitting of the National Assembly that would normally last no more than 34 days.

The first session of the 37th legislature would open May 20 at the earliest, and under the Assembly's rules, it would adjourn no later than June 23 for the summer recess.

Legislate in haste, repent in leisure. Less than five weeks doesn't seem like very much time for thoughtful consideration and public consultation on a bill that could result in the dismantling of new cities across the province.

It's understandable that Charest wants to get rid of this hot potato as quickly as possible, even if it's only to pass it down to another political level.

Governments always try to dispose of the unpleasant or controversial things they need to do early in a new term while they're still benefitting from a post-election honeymoon.

The old Bourassa hands around Charest remember all too well how a previous new Liberal government lost control of the situation by waiting long to keep an election promise to relax the rules on the language of commercial signs.

Charest was perfectly right to point out that the Liberals have a mandate to allow demergers since it was in their election platform; PQ leader Bernard Landry even acknowledged that his party lost several suburban seats because of the mergers.

Had Charest been in a less diplomatic mood, he could have added that the PQ had no mandate to impose the mergers in the first place. And waiting would give a fickle electorate time to forget it gave him a mandate, or to change its mind.

The trouble with the Liberals' mandate, however, is that it's a blank cheque. The devil is in the details, and the Liberals have provided almost none about how demerging would work. They've even hinted that in the case of Montreal, they might rig the process so that the former suburbanites won't even want to use it.

While the Liberals say the ex-suburbanites are the victims of an injustice, they've also said it would be up to them to pick up the tab for the cost of repairing that injustice. During the campaign, Charest said former suburbs that demerge won't simply revert to the fiscal status quo; they'd still have to pay part of the costs of the megacities - taxation without representation.

He also said, most memorably in the televised leaders' debate, that he wants the new megacities to succeed. But he isn't giving them much time to prove themselves to the skeptical former suburbanites.

There's an old parliamentary saying, however, that the government proposes and the opposition disposes. And the opposition will have a word or two to say about Charest's plans.

The Assembly rules stipulate that in order for a bill to be adopted before June 23, it must be introduced before May 8. Since the government won't make that deadline, it will need the consent of the opposition to pass the legislation before the summer recess.

Mario Dumont, leader of Action démocratique du Québec, reasoned this week that if it's inevitable that the legislation will eventually pass anyway, it might be better to get it over with sooner rather than later. But PQ leader Bernard Landry argued that if the Liberals received a mandate to allow demergers, then the PQ received one from its supporters to oppose them.

And if the PQ doesn't co-operate, then the Liberals will have no choice but to put off the adoption of the legislation until fall.

If a delay results in a better law, then the PQ would be doing a lot of people a favour - including merger opponents.

dmacpher@thegazette.canwest.com





Élections 2003

Les spécialistes soulignent que les 18 % d'appuis obtenus par Amir Khadir sont plus qu'honorables

UFP : du rêve à la réalité

Le regroupement de gauche visait avant tout à se faire connaître au cours de la campagne électorale

Josée Boileau
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


L'Union des forces progressistes est entrée en campagne électorale en voulant se faire connaître. Peu à peu, le charisme de son candidat-vedette Amir Khadir, dans Mercier, a fait rêver à un premier élu. M. Khadir a finalement terminé troisième et l'UFP n'a récolté que des miettes à l'échelle du Québec. Pourquoi?

Amir Khadir -- et son entourage, ses sympathisants, les médias -- a presque cru qu'il pourrait être élu lundi dernier dans la circonscription montréalaise de Mercier. Mais tant les sondeurs que de vieux routiers de la gauche n'ont pas accordé une seule pensée à cette possibilité. Comme Michel Rioux, militant de longue date qui a travaillé 30 ans à la CSN, qui a su deviner les résultats des élections. «J'ai gardé un vieux fond marxiste-léniniste : je sais faire la différence entre le réel et l'illusion du réel !», dit M. Rioux en riant.

Le réel, c'est qu'Amir Khadir s'est classé loin derrière le vainqueur, Daniel Turp, du Parti québécois, et la députée libérale sortante, Nathalie Rochefort. Certes, les 18 % d'appuis obtenus par M. Khadir sont plus qu'honorables : les spécialistes soulignent qu'il s'agit même d'un score exceptionnel pour un tel candidat dans le cadre d'une campagne nationale.

La comparaison, en fait, n'est pas à faire avec les 24 % de voix récoltées par le candidat de la gauche Paul Cliche aux élections partielles de Mercier au printemps 2001 -- les partielles étant l'occasion de toutes les protestations. Ce sont plutôt les 15 % -- et le troisième rang -- obtenus par le célèbre Michel Chartrand contre Lucien Bouchard dans Jonquière lors des élections générales de 1998 qui doivent servir de mesure.

Amir Khadir, moins connu, a amélioré ce score : ce n'est pas anodin, surtout qu'au départ, il se fixait un objectif de 15 % des voix. De plus, l'UFP est arrivée troisième dans un autre comté, Outremont, une forteresse libérale. L'UFP y a obtenu 1800 voix et a devancé le candidat adéquiste.

Reste que l'UFP dans son ensemble n'a récolté que 1,06 % des voix à travers le Québec. Même en ajoutant le score du Parti vert, qui se partageait les comtés avec l'UFP, l'appui ne grimpe qu'à 1,5 %. C'est moins que le taux de 1,8 % récolté en 1998 par les trois partis d'extrême gauche qui se présentaient. Mais c'est un résultat qui n'étonne pas les sondeurs.

Le centre

«Globalement, les Québécois ne sont pas à droite, ils ne sont pas à gauche, ils sont au centre», dit Jean-Marc Léger, de Léger Marketing, qui tenait le même discours au plus fort de la popularité adéquiste, l'an dernier. De plus, les Québécois sont très nord-américains dans leur approche électorale : leur logique est binaire, d'où la domination de deux grands partis. «Dans la structure actuelle, la gauche n'a pas de chances à l'extérieur du Parti québécois», assure M. Léger.

Pascale Dufour, politologue à l'Université Carleton, y va d'une analyse plus fine : «Au Québec, on n'a pas le droit d'être à droite. Même l'ADQ n'a pas assumé le fait d'être un parti de droite. Du coup, ça bloque aussi les partis de gauche. Ça n'a rien à voir avec le fait d'avoir des éléments sociaux-démocrates dans son programme. Il s'agit de constater qu'on refuse cette distinction droite-gauche.»

Christian Dufour, politologue à l'École nationale d'administration publique, croit aussi que «ce qui a manqué à la gauche ici, c'est une vraie droite». Par contre, on y gouverne au centre-gauche depuis 40 ans. «Il faudrait que la gauche réalise qu'elle a été au pouvoir au Québec; c'est comme si elle ne l'avait jamais assumé. Dans ce contexte, ses revendications ne paraissent pas crédibles.»

Le mode de scrutin

Avec un autre mode de scrutin, la gauche s'en tirerait beaucoup mieux, croient toutefois bien des analystes proches des milieux militants. C'est notamment la thèse de l'UFP elle-même. «Une fois de plus, la logique du mode de scrutin s'est imposée», indique le long communiqué émis par le parti le lendemain des élections, regrettant que l'électorat soit prisonnier du vote utile.

Michel Rioux estime lui aussi que le grand écueil de la gauche se trouve là. «Tant que le processus électoral n'aura pas été changé, il y a un atavisme sur la quasi-impossibilité pour un parti de gauche de se faufiler. [...] J'ai vu tellement de générations de militants déployer des efforts, de l'énergie, pour se faire élire. Mais sans changement du mode de scrutin, c'est tellement inutile !»

Pascale Dufour, elle, s'interroge de plus en plus sur le fait que le mode de scrutin induise le vote utile. En France, le «vote pour soi» a atteint son paroxysme lors du premier tour de l'élection présidentielle de l'an dernier. Il en a découlé l'imprévisible choix entre la droite et l'extrême droite au deuxième tour du scrutin.

Christian Dufour, lui, trouve qu'on fait porter bien des choses sur une éventuelle réforme du mode de scrutin. «Ça devient la panacée !, s'exclame-t-il. Mais avoir la proportionnelle verrouillerait le pouvoir pour 30 ans aux mains d'un parti du gouvernement, comme les libéraux. Pour la gauche, c'est se résigner à l'opposition.»

L'organisation

Psyché de l'électeur ou pesanteur du mode de scrutin ne doivent toutefois pas occulter l'aspect bien terre à terre d'une campagne électorale. «Les élections, c'est mathématique : les candidats ont peu d'importance», insiste Jean-Marc Léger. Ce qui compte, c'est d'aller chercher des votes, et c'est une affaire d'organisation.

Or l'UFP est à des années-lumière de la force des vieux partis. Lors d'un colloque qui avait lieu cette semaine à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), son conseiller au programme, Gordon Lefebvre, racontait que le parti avait 50 000 $ à consacrer aux 73 circonscriptions où il présentait des candidats. On en a ciblé 15 où vraiment faire campagne -- en misant sur le porte-à-porte, les appels téléphoniques, les dépliants. Des efforts particuliers ont été consacrés à certains endroits : Outremont, par exemple, pouvait compter sur un «gros» budget de 12 000 $ !

M. Lefebvre signale aussi que l'UFP «est un petit laboratoire qui a à peine dix mois». Il a fallu cinq ans de tractations entre trois partis de gauche pour qu'ils finissent par se fédérer -- un fonctionnement qui n'a rien à voir avec les partis traditionnels, tout comme le fait de ne pas avoir de leader désigné.

De plus, avec ses 1800 membres, l'UFP est encore loin du parti de masse auquel Gordon Lefebvre croit possible de parvenir, à une condition : «casser l'union sacrée entre le PQ et les centrales syndicales». Ce sera long, reconnaît-il.

Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke, croit pour sa part que la gauche devra franchir une autre étape : se repenser. Il en est persuadé, le mode de scrutin nuit à l'UFP, qui pourrait compter sur une base électorale d'au moins 5 %. Mais il ajoute : «La gauche n'a pas fait son examen de conscience, elle n'est pas sortie de l'idée que l'État est la réponse à tous les problèmes. Il y a, dans le discours de gauche actuel, quelque chose qui relève de Proudhon, des prémarxistes : une utopie de l'ordre de l'émotion. On ne demande pas que leurs propositions soient chiffrées mais au moins qu'ils fixent un ordre de grandeur.»

Toutes ces contraintes considérées, l'UFP a-t-il fait erreur en se lançant en campagne ? «Pas forcément, estime Pascale Dufour. Les absents ont toujours tort. Si l'UFP n'avait pas décidé de participer à la campagne, où aurait-elle pris la parole ? Qui l'aurait écoutée ?» Or, sur le terrain, le parti a participé à moult débats et sa couverture médiatique a été plus importante qu'espéré.





Élections 2003

Le budget du Québec est sur la corde raide

L'impasse financière du Québec pour 2003 dépasse déjà 1,5 milliard de dollars

Pierre Fortin
Département de sciences économiques de l'UQAM
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Le premier ministre élu, Jean Charest, ne pourra remplir ses engagements électoraux en matière de santé et de fiscalité que si les finances du Québec le lui permettent. Pour l'instant, c'est loin d'être le cas: l'élan budgétaire actuel du Québec ne peut tenir la route ni à court ni à long terme. Dans sa prochaine visite à une salle d'urgence, le premier patient que le nouveau premier ministre rencontrera sera... le budget du Québec.

Il y a un mois à peine, les prévisions budgétaires déposées par Pauline Marois pour l'exercice 2003-04 pouvaient sembler fondées. À la lumière de ce que nous avons appris depuis, elles paraissent maintenant fort optimistes. On croyait que l'économie québécoise progresserait de 3,5 % (avant inflation) en 2003. Aujourd'hui, les prévisionnistes qui entrevoient une croissance de 3 % passent pour des optimistes. L'économie américaine est anémique, la conjoncture canadienne ralentit. L'impact négatif de ce ralentissement économique sur les revenus du gouvernement sera négatif. Environ 300 millions de dollars de moins en taxes et impôts perçus auprès des contribuables et 200 millions de moins en revenus tirés des sociétés d'État (Hydro-Québec, Loto-Québec, SGF, etc.). Les bénéfices d'Hydro-Québec, notamment, sont extrêmement sensibles au moindre soubresaut de la conjoncture économique.

Taux d'intérêt


Il y a un mois, on pensait aussi que les taux d'intérêt se stabiliseraient au Canada. Mais la Banque du Canada en a décidé autrement. Les taux d'intérêt ont continué à augmenter. Or, quand vous devez supporter une dette de plus de 100 milliards, comme c'est le cas du gouvernement du Québec, la moindre variation des taux d'intérêt a des conséquences importantes sur le montant des intérêts à payer sur la dette. Demeurons néanmoins conservateur et supposons que le service de la dette du Québec ne dépassera le niveau prévu par Mme Marois que de 200 millions de dollars.

Dans leurs projections financières, la ministre des Finances et son collègue du Trésor, Joseph Facal, avaient supposé que les dépenses en santé augmenteraient de 8 %, passant de 17,7 milliards en 2002-03 à 19,1 milliards en 2003-04. Or M. Charest a fait de ce poste de dépense, déjà littéralement en explosion, sa grande priorité.

Ce qui va arriver est parfaitement prévisible. Toutes les instances bureaucratiques de la santé à travers le Québec vont se prêter à un lobby «extrême» pour obtenir l'attention du nouveau premier ministre et surtout... plus d'argent. Il sera très difficile pour M. Charest de convaincre la population qu'il va faire mieux que son prédécesseur avec moins d'argent. La pression politique sera irrésistible, d'autant plus qu'une réserve de plusieurs centaines de millions en argent fédéral a déjà été mise de côté pour la croissance future des dépenses en santé. L'argent est là; il suffit de le dépenser ! Alors, on gage que le nouveau gouvernement ne pourra pas s'empêcher de dépenser 300 millions de plus que prévu par Mme Marois et M. Facal ?

La bombe

Et maintenant, la bombe : les paiements de transfert que le gouvernement va obtenir du gouvernement fédéral, qui comprennent surtout les paiements de péréquation et le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux, seront considérablement inférieurs aux prévisions de Mme Marois. Ce n'est pas sa faute mais celle des baby-boomers du Québec qui (contrairement à elle-même !) ont omis de faire des enfants. Ils vont maintenant payer pour cet «oubli». La population du Québec augmente deux fois moins rapidement que celle du reste du Canada : 0,5 % par année, contre 1,1 %. Notre poids démographique dans l'ensemble canadien dégringole à vue d'oeil.

Cela va inévitablement entraîner une chute de la part des transferts fédéraux qui est versée au Québec puisque ces transferts dépendent étroitement de la démographie. Or c'est en 2003 que les chiffres du recensement canadien de 2001 seront incorporés aux formules de transfert. Non seulement le Québec recevra moins de fonds fédéraux cette année, mais à moins qu'une négociation politique ne vienne dorer la pilule, il devra rembourser ce qu'il a reçu en trop au cours des années précédentes. Combien cet «imprévu» coûtera-t-il à M. Charest ? Difficile à estimer car les formules de transfert sont d'une grande complexité. Mais il est presque certain que, sans le savoir, le budget de Mme Marois a surestimé les transferts fédéraux versés au Québec d'au moins 500 millions pour l'exercice 2003-04.

Faisons le bilan : 300 millions de moins en recettes fiscales, 200 millions de moins en revenus des sociétés d'État, 500 millions de moins en transferts fédéraux, 200 millions de plus en intérêts à payer sur la dette et 300 millions de plus en dépenses pour la santé. Au total, le «trou» budgétaire pour l'exercice 2003-04 sera de 1,5 milliard. Le pire, c'est que cette estimation est conservatrice. Elle sous-estime presque certainement la véritable impasse financière du gouvernement.

La gestion des finances du Québec est sur la corde raide depuis 15 ans. Après l'élimination de son déficit budgétaire, en 1998, le gouvernement a bénéficié d'une double «libération». D'une part, les coupes dans les dépenses étaient terminées. D'autre part, l'économie, après dix ans de misère, a connu une reprise fulgurante qui a permis de réduire les impôts et de relancer la machine à dépenser. En même temps, il y a eu une certaine remontée des transferts fédéraux. La croissance des dépenses a été si forte que le gouvernement a même eu de la difficulté à boucler son budget de 2002-03 sans déficit malgré une très forte croissance de l'économie et de l'emploi en 2002. Si une récession survient, ce sera la catastrophe.

Si le Québec veut finir par gérer ses finances de façon «normale» plutôt que de voguer de crise en crise, année après année, il doit prendre les grands moyens. Cela veut dire : 1- se ménager une «réserve budgétaire de prévoyance» d'au moins un milliard par année afin de parer aux ralentissements économiques et autres imprévus graves; 2- exiger, en compagnie des autres provinces, des transferts fédéraux non seulement plus importants mais aussi plus prévisibles; 3- retenir l'élan excessif des dépenses de santé en s'ouvrant prudemment à la participation du secteur privé; enfin : 4- attendre que le grand ménage des dépenses soit bien conçu et engagé avant de se lancer dans les allégements fiscaux qui ont été promis (et qui sont pour une bonne part souhaitables).

Les cigales chantent peut-être mieux, mais les fourmis vivent plus longtemps.





Proche-Orient

Essai

Comprendre le Proche-Orient

Alain Gresh et Dominique Vidal exposent, sans cacher leur «sensibilité» anticolonialiste, les éléments clés des affrontements historiques de cette région

LE DEVOIR-Le Monde samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Les rééditions ont parfois l'avantage de faire sentir le vent de l'histoire de manière presque palpable. La parution en poche des 100 clés du Proche-Orient, amplement enrichie par rapport à la précédente (Éd. Atelier, 1996) et réintitulée (le livre se nommait auparavant Les 100 portes), en est l'exemple type. Structuré par entrées alphabétiques, d'Abou Nidal, terroriste palestinien des années 1970-1980, à Yichouv, nom de la communauté juive de Palestine avant l'avènement d'Israël, le livre voit ainsi apparaître sept nouvelles «clés», toutes liées à l'actualité récente.

Parmi celles-ci (114 termes, en réalité) figurent désormais «Barghouti», leader de l'intifada en Cisjordanie, «Ben Laden», «Hezbollah» (milice chiite qui a poussé Israël au retrait du Liban en mai 2000), «Intifada (seconde)», «Jénine» (lieu symbolique de l'offensive militaire israélienne en avril 2002 -- un choix qui nous semble discutable, tant le débat sur le «massacre» a masqué la réalité profonde de l'opération, le premier acte de la déstructuration de la société palestinienne), «Retour (droit au)» (des réfugiés palestiniens) et enfin «Sharon». On regrettera la disparition de l'entrée «Khomeyni» -- mais on ne fera pas la fine bouche, l'essentiel étant réintégré dans l'entrée «Iran».

Accompagné de nombreuses cartes (guerres, groupes ethniques et religieux, accords d'Oslo, etc.), de tableaux (chiffres de base, armements, pétrole, etc.), l'ouvrage poursuit l'effort qui est le sien depuis son édition initiale (1986), que ses auteurs, rédacteurs en chef au Monde diplomatique, définissent ainsi : «Dépasser les a priori et les passions souvent étalées» pour ce qui touche à cette région, au-delà de «sensibilités» dont ils ne font «pas mystère» -- pour aller au plus court, l'anticolonialisme. Grâce à sa construction même -- une vraie trouvaille -- et son didactisme systématique, il fournit au chercheur, à l'étudiant mais aussi au béotien, un appareil d'une incomparable facilité d'accès à la compréhension de l'histoire contemporaine et récente, particulièrement complexe, de cette région.

On imagine déjà les «clés» qu'une future édition devrait, inévitablement, inclure. «Irak», «Kurdes», «Baas» et «Hussein (Saddam)» y figurent déjà. Nul doute que «Bush (George W.)» devrait y être inclus intrinsèquement (bien qu'il apparaisse déjà dans de nombreuses entrées), tant la guerre qu'il mène aujourd'hui et la réorganisation qu'il envisage de la carte politique (et peut-être frontalière) de la région -- qu'elles soient couronnées ou non de succès -- constituent un tournant majeur pour le Proche-Orient.

Parallèlement paraît aussi en poche Israël, Palestine - Vérités sur un conflit, d'Alain Gresh, exposé chronologique et thématique du conflit, agrémenté d'un dernier chapitre largement influencé par les suites des attentats terroristes du 11 septembre 2001 et par les conséquences politiques et «physiques» de la seconde intifada pour les deux parties. Influencé, aussi, par le besoin impérieux de l'auteur d'exposer à des jeunes, qu'il voit avec effroi être pris dans les mailles des «solidarités communautaires», les éléments essentiels et la complexité d'un conflit désormais plus que centenaire.

Y sont sobrement exposées les «promesses contradictoires» du colonialisme britannique dans la région, au lendemain de la Première Guerre mondiale, les ambiguïtés initiales du sionisme dans son rapport à la «Terre d'Israël» et à ses habitants, à une époque où le terme «palestinien» ne désigne qu'une localisation géographique, et pas encore un peuple, et alors que le Yichouv juif se vit, lui, comme l'avant-garde d'un mouvement d'émancipation.

Éviter «l'apocalypse»

Avant d'en revenir à un exposé des éléments constitutifs du conflit depuis la création de l'État d'Israël, Alain Gresh consacre plusieurs chapitres à des questions controversées touchant au judaïsme («Qui est juif ?», «Qu'est-ce qu'une nation ?») et au sionisme.

Dans un ajout à l'édition originale (Fayard, 2002), l'auteur, convaincu que la «solution à long terme» poursuivie par Ariel Sharon -- le démembrement de la société palestinienne jusqu'à sa «capitulation» politique -- ne peut qu'aboutir au «cauchemar», met en exergue l'appel lancé en juillet 2001 par des hommes politiques et des intellectuels israéliens et palestiniens : «En dépit de tout, nous croyons toujours en l'humanité du camp adverse.» La seule solution apte, selon lui, à éviter à terme une «apocalypse qui ne ferait aucune différence entre les uns et les autres, entre les vainqueurs et les vaincus».

LES 100 CLÉS DU PROCHE-ORIENT
Alain Gresh et Dominique Vidal
Hachette littératures, collection «Pluriel»
Paris, 2003, 610 pages

ISRAËL, PALESTINE - VÉRITÉS SUR UN CONFLIT
Alain Gresh
Hachette littératures, collection «Pluriel»
Paris, 2003, 220 pages





Église et histoire

Essai:

Le catholicisme québécois incarné

Louis Cornellier
LE DEVOIR samedi 19 et dimanche 20 avril 2003


Titre VO : Les visages de la foi - Figures marquantes du catholicisme québécois
Description : Sous la direction de Gilles Routhier et de Jean-Philippe Warren, Fides, Montréal, 2003, 376 pages

Après Penseurs et apôtres du XXe siècle, un remarquable ouvrage collectif publié il y a deux ans et regroupant des essais consacrés à certaines des plus grandes figures intellectuelles du christianisme mondial, les Éditions Fides nous offrent, ce printemps et sous une forme semblable, Les Visages de la foi, qui vise à présenter et à rendre hommage à plusieurs «figures marquantes du catholicisme québécois» du siècle dernier. Fascinant, instructif, essentiel et beau, ce recueil de portraits, dirigé par Gilles Routhier et Jean-Philippe Warren, s'impose sans contredit comme l'un des plus importants essais québécois de la saison.

Le catholicisme québécois, on l'oublie dans notre empressement à porter sur son histoire un jugement d'ensemble, ne fut pas qu'une institution forte, parfois pour le meilleur et parfois pour le pire. Ce fut aussi, et surtout, le lieu de ralliement d'une foule de croyants qui, «par-delà les dogmatismes, les ritualismes et les autoritarismes [...], se sont rassemblés dans l'horizon d'une espérance à leurs yeux toujours actuelle, malgré ses multiples trahisons et reniements». Ce fut, oui, une «tradition de témoins», de visages profondément engagés, sous des formes diverses, dans le siècle. Et c'est à ceux-là, décédés aujourd'hui et que la mémoire institutionnelle trop souvent néglige, que cet ouvrage a voulu rendre hommage. Non pas, donc, à des figures imposantes et, accessoirement, catholiques, mais bien plutôt à des hommes et à des femmes dont le catholicisme fut le moteur essentiel de la vie et de l'oeuvre. Il s'est agi, en fait, pour les auteurs de ce collectif qui sont tous des universitaires québécois, de «réhabiliter la foi, chose évanescente et impalpable s'il en est, en tant que force historique».

Pour permettre au lecteur de se retrouver dans cette galerie de 22 portraits et pour éviter les regroupements saugrenus susceptibles d'apparaître même dans un ouvrage qui convoque exclusivement des catholiques, Routhier et Warren suggèrent un découpage basé sur une typologie qui retient quatre idéaux-types d'expression de la foi catholique : le pénitent, le contemplatif, le prophète et l'entrepreneur d'oeuvres. Ils justifient ainsi cette approche heuristique : «C'est que pénitence, contemplation, prophétisme et implication dans les oeuvres découlent de la nature du christianisme, celui-ci faisant correspondre en une vivante synthèse la réalité du péché (et donc la rédemption et la pénitence), la vérité d'une divinité ineffable (et donc la prière), l'idée des trahisons de l'Absolu (et donc la dénonciation prophétique) et l'impatience de voir s'instaurer le Royaume (et donc l'action).»

Les pénitents retenus sont Rose-Anna Blais, la mère du dominicain Benoît Lacroix qui s'en fait le présentateur, et Gérard Raymond, ce jeune collégien de Québec mort à 19 ans, en 1932, et dont la «quête de perfection» est admirablement explorée par Raymond Lemieux.

Au rayon des contemplatifs, on retrouve le petit frère André et son chemin de la «souffrance transformante» dans lequel Mario Lachapelle lit une «forme de sainteté pratique, vécue au quotidien»; Dina Bélanger, «la petite Thérèse de Québec», dont l'intense parcours est rendu par soeur Jeannine Bélanger; Georges et Pauline Vanier, encensés par Jacques Monet; enfin, Saint-Denys Garneau, auquel Gilles Marcotte réserve une puissante méditation dont le coeur se veut une invitation à une relecture à la fois de l'oeuvre du poète et de l'ébranlement du catholicisme en terre québécoise : «Ce que nous lisons dans le Journal, c'est la rencontre, la première rencontre, en sol québécois, de l'exigence spirituelle et de la culture moderne; [...].»

La section consacrée aux prophètes est assurément, à mes yeux d'intellectuel croyant en tout cas, la plus dense et la plus riche de cet ouvrage. Y figurent, bien entendu, les costauds Louis-Adolphe Pâquet (par Nive Voisine) et Henri Bourassa (par Sylvie Lacombre), chantres de la mission de la «race» française en Amérique; Stanislas Lortie (par Jacques Racine), pionnier méconnu de l'Action sociale catholique au Québec; le frère Clément Lockquell (par Fernando Lambert), modèle du frère enseignant dévoué; enfin, Jeanne Sauvé, très pompeusement présentée par Jean-Noël Tremblay.

Quatre portraits, toutefois, se distinguent plus particulièrement de l'ensemble. Celui, d'abord, de l'incontournable Lionel Groulx, ce «chevalier du catholicisme» que Frédéric Boily dépeint, en bout de piste, en défenseur courroucé du prophétisme catholique : «Il fustige donc les Nietzsche, Sartre et Beauvoir qui, à leur façon et chacun dans leur style, ont fait croire à tous que le croyant vivait dans un cocon de quiétude et de béatitude niaise. Groulx avance plutôt, en s'inspirant de Claudel, que la foi est une "vérité travaillante" [...]. La foi catholique est donc loin, selon lui, de faire entrer le croyant dans un état de catatonie intellectuelle et spirituelle : elle est au contraire une invitation au dépassement. Groulx, et le non-croyant doit aussi l'admettre, fut l'exemple vivant de cette attitude.»

Quant à Simonne Monet-Chartrand et Fernand Dumont, ils ont aussi respectivement trouvé, en Marco Veilleux et en Jean-Philippe Warren, des portraitistes capables de rendre toute l'intensité croyante de leur engagement en faveur d'un monde juste et nourri d'une nécessaire transcendance.

La plus belle surprise de cet ouvrage appartient cependant à E.-Martin Meunier qui, dans un portrait du dominicain Marcel-Marie Desmarais (1908-1994), nous fait découvrir un prédicateur original, noble ancêtre du moins noble Dr Mailloux, dont les interventions médiatiques (à CKAC, à Radio-Canada, sur la scène éditoriale) ont remporté, semble-t-il, un immense succès. Cet homme d'Église, qui a poussé l'audace jusqu'à entreprendre, en 1988, des «démarches officielles auprès du Vatican pour faire canoniser ses parents comme modèle du couple chrétien», apparaît ici comme un modernisateur énergique du message évangélique, tout entier consacré à une surprenante «entreprise de rénovation religieuse de l'idéal amoureux». Un véritable morceau d'anthologie.

Que dire, enfin, puisqu'il faut résumer, de ces entrepreneurs d'oeuvres que furent Alphonse Desjardins (par Pierre Poulin), Paul-Eugène Roy (par Gilles Routhier), Dom Pacôme Gaboury (par Bruno Fortin), l'admirable Marie Gérin-Lajoie fille (par Marie-Paule Malouin), la courageuse Laure Gaudreault (par Charlotte Plante), soeur Marie-de-la-Recouvrance (par Nicole Laurin et Jean-Philippe Warren) et l'imposant Georges-Henri Lévesque (par Jean-Paul Montminy), sinon qu'en fondant des oeuvres sociales et en s'engageant dans la «chair du monde», ils ont eux aussi témoigné, à leur façon, d'une foi arc-boutée à l'espérance et devenue, dans son incarnation, «une force agissante» ?

Malgré leurs imperfections, ils sont beaux, oui, ces Visages de la foi, partis à la rencontre du monde en terre québécoise, que nous offre cet ouvrage généreux.

louiscornellier@parroinfo.net