«« TERRORISME - conflit israélo-palestinien

Manifestation à Concordia à l'occasion du passage de Benjamin Nétanyahou

Le lancer du «F... word»

Mario Roy
La Presse Le mercredi 11 septembre 2002

La violence peut empêcher la parole. Et la parole étant proscrite, ne peut ensuite s'exprimer que la violence. Il ne reste plus, alors, qu'à mesurer le diamètre du cercle vicieux dans lequel on vient de s'enfermer... La mini-émeute provoquée dans et autour de l'Université Concordia, lundi, est le résultat d'un festival d'erreurs bêtes ayant abouti à la victoire de l'intolérance.

Le tout constituant, au regard du fait qu'on se trouve en milieu universitaire, un fiasco de premier ordre.

La gaffe initiale fut d'inviter l'ex-premier ministre d'Israël, Benjamin Netanyahu, au surplus partisan de la ligne dure à l'endroit de la Palestine, à discourir en ce lieu.

Peut-être sur le plan des principes et sur papier, était-ce d'une admirable grandeur. Cependant, en pratique et sur le plancher des vaches, c'était une absurdité. D'abord, l'Université Concordia étant fréquentée par des milliers d'étudiants musulmans ou juifs, cela aurait dû en soi imposer un devoir de circonspection. Ensuite, connaissant le caractère furieusement militant (et pas seulement pro-palestinien: on y a déjà pourfendu le caractère impérialiste des... serviettes hygiéniques!) de la clientèle étudiante fréquentant l'institution, il était prévisible qu'on allait courir au désastre.

La seconde erreur fut de ne prévoir qu'un appareil de sécurité anémique. Peut-être est-elle d'ailleurs une conséquence de la première et relève-t-elle, elle aussi, du plus pur angélisme - nonobstant la difficulté réelle qu'il y avait à garder l'établissement ouvert et fonctionnel alors qu'on accueillait un invité aussi controversé. Bref, tout était en place pour ce à quoi on a assisté.

* * *

Chez les manifestants, on a qualifié Benjamin Netanyahu de «fasciste», ce qui, bien entendu, lui enlève toute liberté d'expression. Or, le lancer du F... word constitue certainement la discipline la plus prisée dans le monde de l'olympisme intellectuel, où accèdent au podium ceux qui réussissent à museler le plus efficacement l'adversaire.

Or, l'homme n'est pas «fasciste», si (comme c'est le devoir de quiconque prétend acquérir ou détenir une formation supérieure) on respecte le sens et le poids des mots. On peut fort bien de ne pas être d'accord avec les positions de l'ex-premier ministre israélien - pour notre part, nous avons toujours soutenu qu'au Proche-Orient, la ligne dure ne conduisait qu'à l'impasse - et néanmoins lui reconnaître le droit de s'exprimer.

En tout état de cause, le résultat des courses est le suivant: à l'Université Concordia, tout débat sur le contentieux israélo-palestinien est désormais interdit.

C'est à la fois parfaitement justifié par les circonstances. Et tout aussi parfaitement consternant d'un point de vue intellectuel. Un dérapage en entraînant un autre, ce n'est pas, hélas! une première en milieu universitaire. Lequel, si on veut faire un rapide rappel historique, a déjà banni la littérature du corpus des études littéraires (voir: rectitude politique, universités américaines) et classé comme réactionnaire la totalité de la connaissance (voir: mai 68, la Sorbonne, Paris).

En persiflant à peine, on peut aujourd'hui soutenir: l'université n'est pas le lieu idéal pour exprimer, échanger, débattre, critiquer des idées.