«« TERRORISME - conflit israélo-palestinien

Manifestation à Concordia à l'occasion du passage de Benjamin Nétanyahou

Le droit de s'exprimer

Paule Des Rivières
Le Devoir jeudi 12 septembre 2002

Éditorial - Le conflit israélo-palestinien s'est transporté à Montréal cette semaine lorsque des étudiants ont recouru à la violence pour empêcher le faucon de la droite israélienne, Benjamin Nétanyahou, de prendre la parole. Les manifestants ont réussi leur coup, faisant ainsi triompher l'intolérance dans une institution vouée à l'expression et au progrès des idées. Cette façon de faire est inacceptable, peu importe le propos que tient celui que l'on empêche de parler.

Quelle est l'assise de la démocratie, sinon la possibilité de pouvoir exprimer, débattre et confronter des idées plutôt que de les enfoncer à coups de brique ou de matraque dans la tête du voisin ? Dans le contexte pacifique qui est habituellement le nôtre, il est dérangeant de constater que des gens n'hésitent pas à recourir à la violence pour imposer leurs vues, les seules qui, à leur avis, mériteraient d'être entendues.

On s'explique donc très mal le refus de l'association étudiante de l'université Concordia de condamner l'émeute de lundi, d'autant plus que la même association s'empresse de blâmer l'université qui, pour un temps, a interdit tout débat sur le Proche-Orient. Ce moratoire annule automatiquement la venue, prévue pour ce soir, de Norman Finkelstein, un antisioniste américain. Après avoir puérilement réclamé la tête du recteur et crié à la censure, l'association étudiante a accepté de participer à un débat sur la liberté d'expression au côté du recteur. Voilà un pas dans la bonne direction.

Par ailleurs, la direction de l'université Concordia a manifesté beaucoup de mollesse et de naïveté dans cette histoire. Après avoir donné son aval à la venue de Nétanyahou, le recteur Frederick Lowy a demandé au Centre des étudiants juifs Hillel, installé sur le campus, d'opter pour une salle du campus Loyola, loin du centre-ville. Les étudiants ont refusé, la direction a plié. Cependant, pour prévenir tout dérapage, les forces de sécurité de l'université ont rencontré les représentants de la GRC et de la Sûreté du Québec à plusieurs reprises dans les semaines qui ont précédé la tenue de la conférence. Avec le résultat que l'on sait.

Plus que dans toute autre ville canadienne, le débat sur le Proche-Orient baigne ici dans une grande émotivité. Sur le campus de Concordia, des groupes pro-Israël et pro-Palestine sont en état d'hostilité permanente, le plus souvent dans des limites acceptables, mais pas toujours. La direction devra sans doute resserrer les règles. D'ici là, elle a raison d'imposer un moratoire sur toute activité publique reliée au Proche-Orient.

Par ailleurs, en raison de leur mission, les universités constituent un point d'ancrage idéal pour tous les groupes voués à la promotion d'une cause politique. Leur accréditation par une institution leur donne droit non seulement à des locaux mais à une visibilité dont ils peuvent profiter sans être inquiétés. Il serait peut-être temps que les institutions se donnent des règles claires de reconnaissance des associations qui cherchent refuge sous leur toit.

Avant toute chose cependant, il faut rappeler que l'université est un lieu voué, du moins en principe, au choc des idées. Ses membres doivent pouvoir entendre divers points de vue, y compris ceux qui choquent. En optant pour l'intolérance, les manifestants de lundi n'ont certainement pas fait honneur à la cause palestinienne.

pdesrivieres@ledevoir.ca