«« Manifestations étudiantes à Concordia lors de la visite de Benjamin Nétanyahou

Svend Robinson défie l'université Concordia

L'institution menace de s'adresser aux tribunaux pour empêcher le politicien de traiter du conflit au Proche-Orient

LE DEVOIR jeudi 14 novembre 2002

L'université Concordia, à Montréal, menace de recourir à une injonction pour empêcher les députés néo-démocrates Svend Robinson et Libby Davies de venir discuter de la question du Proche-Orient, demain, sur son campus. Joints au téléphone, les députés persistent et signent.

Le recteur de l'université, Frederick Lowy, a soutenu qu'il serait irresponsable de permettre à ces députés et à la militante Judy Rebick de défier ainsi un moratoire qui avait été imposé sur le campus touchant les activités publiques sur la question du conflit au Proche-Orient.

L'université avait imposé ce moratoire le 9 septembre à la suite d'une manifestation qui avait mal tourné et avait nécessité l'intervention des policiers. Environ 200 manifestants propalestiniens avaient chahuté et manifesté, empêchant la tenue de la conférence prévue de l'ex-premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou.

Le recteur Lowy a invité Mmes Rebick et Davies et M. Robinson à respecter la consigne. Il a prévenu que l'université envisageait tous les moyens juridiques à sa disposition, y compris une injonction, pour empêcher la tenue de l'événement, organisé par l'association étudiante de Concordia.

«La grande majorité des étudiants, des professeurs et du personnel», soutient le recteur Lowy, n'apprécierait pas une telle «intrusion», alors que le calme est revenu sur le campus depuis la violente manifestation de septembre.

Les députés Robinson et Davies ont réitéré leur intention d'accepter l'invitation de participer à une discussion sur la paix et la justice au Proche-Orient, invitation qui leur a été adressée par l'association des étudiants de Concordia.

«J'ai été renversé d'entendre ce qu'il [le recteur] a dit. Je suis choqué de voir qu'une université, financée à même des fonds publics, serait prête à recourir à une injonction pour empêcher des élus de prendre la parole sur un sujet d'intérêt public. C'est incroyable», s'est exclamé le député Robinson, lors d'un entretien téléphonique depuis l'île Galiano, en Colombie-Britannique.

Le député Robinson est membre du comité des affaires étrangères qui a récemment visité le Proche-Orient en compagnie de Mmes Davies et Rebick.

La députée Davies a aussi assuré qu'elle ne se laisserait pas intimider et qu'elle avait bien l'intention de se rendre à Montréal, demain, si l'événement s'y tient toujours. «S'ils nous invitent toujours, j'y serai. L'objectif visé est de partager des informations, pas de se montrer provocant. Il s'agit d'un débat d'intérêt public», a-t-elle affirmé.

Concordia entend empêcher la venue de Svend Robinson

Sophie Allard
La Presse Le jeudi 14 novembre 2002

Le député néo-démocrate Svend Robinson n'est pas le bienvenu à l'Université Concordia, clame le recteur de l'institution, Frederick Lowy. La direction étudie actuellement toutes les options juridiques possibles - de l'injonction à l'appel des forces de l'ordre - afin d'empêcher l'homme politique de fouler le sol du campus.

À l'invitation de l'Union des étudiants et étudiantes de Concordia (CSU), Svend Robinson doit participer demain à une conférence publique sur le conflit israélo-palestinien, bravant ainsi le moratoire imposé par la direction qui interdit tout débat sur le Proche-Orient. La députée néo-démocrate Libby Davies et la militante Judy Rebick prendront aussi part à l'événement.

«Si les étudiants ont des responsabilités, les élus du peuple en ont tout autant, a dit hier en conférence de presse le recteur Lowy. Nous regrettons la décision de ces trois personnes et nous leur demandons de ne pas venir. Si elles bravent le moratoire, elles devront, tout comme le CSU, répondre de leurs actes.» Qu'importe, M. Robinson n'entend pas reculer.

Demain, l'administration Concordia a l'intention de maintenir toutes les activités normales se déroulant sur le campus et assure que rien ne sera fait pouvant «nuire à la sécurité des étudiants et du personnel de soutien».

«Ce moratoire est absurde, a confié à La Presse, Yves Engler, porte-parole du CSU. Comme tout va bien sur le campus, la venue de Svend Robinson ne nous apparaît pas du tout risquée. Si une période d'accalmie était souhaitable après les événements de septembre, nous croyons qu'elle a assez duré.»

C'est justement pour maintenir ce calme que la direction de Concordia se refuse à «accueillir favorablement pareille intrusion». «La plupart de nos étudiants n'ont qu'un objectif, c'est de réussir leurs études, dit M. Lowy. Ils sont donc favorables à ce moratoire. M. Robinson peut s'exprimer partout ailleurs dans le monde. Pourquoi doit-il le faire chez nous?»

Plus tôt cette semaine, M. Robinson confiait à La Presse qu'il entendait se rendre à Concordia en guise de protestation au moratoire qu'il considère comme un «précédent inacceptable» portant atteinte à la liberté d'expression.

«Ça nous semblait la bonne voie à suivre afin de faciliter les relations entre les différents groupes d'étudiants, se défend Marcel Danis, vice-recteur de l'Université Concordia. La direction prend tout de même l'initiative de devancer l'évaluation du moratoire d'abord prévue le 15 décembre. «Une décision sera prise avant cette date», affirme M. Lowy, sans plus de détails.