«« TERRORISME - conflit israélo-palestinien

Manifestation à Concordia à l'occasion du passage de Benjamin Nétanyahou

Quelle hargne? Quelle haine?

Pierre Beaudet
Président d'Alternatives

LE DEVOIR samedi 14 et dimanche 15 septembre 2002

Je faisais partie de cette foule qualifiée de «hargneuse et fanatique» par Julien Bauer et ses associés dans une lettre publiée par Le Devoir hier. Je ne sais pas si eux étaient là, mais je n'ai en fait vu ni hargne ni haine, au contraire. Les manifestants venus protester contre le discours militariste de Benjamin Nétanyahou étaient de plusieurs origines et horizons, y compris un nombre considérable de jeunes juifs canadiens qui s'opposent, comme la majorité de la population québécoise, à la dérive guerrière du gouvernement israélien.

Il y avait entre autres Aaron Maté, un étudiant de Concordia qui a séjourné dans les territoires palestiniens il y a quelques mois et qui a vu de ses propres yeux la répression impitoyable qui s'abat sur une population sans défense. Pour Aaron et tous les autres, le sentiment prévaut que des hommes comme Nétanyahou et le premier ministre actuel Ariel Sharon sont en train de mener Israël et la Palestine vers le désastre.

Les organisateurs de la conférence avec M. Nétanyahou auraient été mieux avisés de susciter un débat plus modéré, avec des personnalités exprimant davantage un message de paix. Il y a de grandes divergences entre les partisans de la paix. Qu'ils soient israéliens ou palestiniens, ils sont loin de l'unanimité, et il ne s'agit pas d'empêcher le débat.

Mais le fond commun est de rétablir une démarche pouvant conduire à la paix, ce qui est à l'opposé des politiques du premier ministre Sharon et de son prédécesseur Nétanyahou. Celles-ci multiplient les actions guerrières, les punitions collectives, la prise en otage d'une population entière prétendument pour punir des terroristes.

Rien à voir avec le fanatisme

Les manifestants du 9 septembre étaient résolument contre cette politique et c'est ce qu'ils ont exprimé, ce qui n'a rien à voir avec du fanatisme ou avec le déni de la liberté de parole. La liberté de parole a un prix, celui du respect des autres. On ne peut pas invoquer la liberté de parole pour promouvoir la destruction d'un autre peuple, la purification ethnique, la haine raciale.

Le message de M. Nétanyahou équivaut à celui des dirigeants de groupes palestiniens fanatisés. Est-ce que M. Bauer défendrait le droit de dirigeants du Hamas de venir présenter leurs perspectives guerrières au Canada ? L'argument de la légitimité politique n'est pas suffisant non plus : des partisans de la guerre à finir contre les Palestiniens, élus ou non, ne devraient pas s'attendre à être bien reçus au Canada, pas plus que des élus palestiniens ou de quelque autre nationalité qui parleraient de détruire l'État d'Israël. Ce ne peut pas être deux poids, deux mesures.

Les universités ne sont pas des enclaves en dehors de la société où n'importe qui peut dire n'importe quoi sous prétexte du libre débat académique. Là encore, il y a des principes à respecter.

Les manifestants du 9 septembre ont envoyé à la population montréalaise et même au reste du monde un message de paix et non de haine. Nétanyahou et le Hamas ne font pas partie de la solution mais du problème.