«« TERRORISME

Réaction à l'attentat terroriste à l'Université hébraïque de Jérusalem

Étudiants et professeurs peuvent compter sur nous

Marc Angenot Université McGill; Jean-Charles Chebat, École des hautes études commerciales; Claire Gélinas, Université du Québec à Montréal; Hans-Jurgen Greif, Université Laval; Renéo Lukic, Université Laval; Michael R. Marrus, Université de Toronto; Elliott Moore, Université Laval; Jean Ouellette, Université de Montréal; Annette Paquot, Université Laval.
Le Devoir mercredi 7 août 2002


Une université, un lieu de réflexion et d'étude. Un lieu où l'on devrait être à l'abri. Un refuge quasi inviolable, selon l'ancienne tradition. Un lieu auquel, dans la vie «normale», on reproche plutôt d'être trop protégé, trop éloigné des aléas et des vicissitudes du quotidien, du réel... Une «tour d'ivoire», dit-on parfois. Un lieu où les frontières géographiques et nationales sont dépassées ou perdent de leur sens. Une institution qui, par définition, a pour vocation l'universel et la recherche sereine (c'est-à-dire «paisible») du savoir...

L'Université hébraïque de Jérusalem, une des universités les plus réputées et les plus prestigieuses du monde entier, un «havre de la pensée sur une colline biblique», où se côtoient et dialoguent des étudiants et des professeurs juifs, musulmans, chrétiens, agnostiques et athées, où Israéliens, Américains, Français, Canadiens, Congolais se retrouvent pour se construire par la rencontre et le travail en commun.

Il est révélateur, tristement révélateur, le choix de la cible visée par les terroristes palestiniens : à leurs yeux, il n'y a vraiment rien de sacré, ni la religion ni la science, ni la vie physique ni la vie intellectuelle. On le sait, le fanatisme religieux est un des visages de l'obscurantisme et le terrorisme, la forme de lutte la plus barbare qui se puisse concevoir. Par cette tuerie sur un campus universitaire, les terroristes palestiniens ont gravi un nouvel échelon dans l'horreur dont ils sont les spécialistes et ont montré, une fois de plus, qu'ils ne respectent rien. Pensent-ils pouvoir conserver longtemps le respect des alliés qu'ils ont encore (ô aveuglement des clercs !) dans les universités ?

Nous, universitaires occidentaux, dans nos salles de cours confortables, dans nos laboratoires si bien équipés, dans nos campus hyper-sécurisés, nous qui sommes à l'abri de tout, pouvons-nous même imaginer comment se vivent l'étude, l'enseignement et la recherche sous une constante menace de mort ? Nous, si jaloux de la moindre parcelle de notre liberté universitaire, si soucieux du respect des codes de toutes sortes qui protègent notre recherche de la vérité scientifique, pouvons-nous tolérer que d'autres, qui partagent ces valeurs et poursuivent notre objectif, soient les victimes de tant de barbarie sanglante ?

Nous, universitaires occidentaux, pouvons-nous rester insensibles devant cet acte, qui, à travers les professeurs et les étudiants de Jérusalem, nous vise, nous aussi, en tant qu'universitaires ? Nous, si prompts à nous enflammer pour combattre la moindre atteinte aux droits et aux libertés, si portés à nous engager pour toutes les bonnes causes, à protester contre la plus petite discrimination, contre le moindre semblant de manquement à l'éthique, pouvons-nous nous taire devant le terrorisme qui tue et qui mutile ?

Non !

Nous disons notre indignation devant ce qui s'est passé et notre solidarité avec les professeurs et les étudiants de l'Université hébraïque de Jérusalem. Ils sont nos collègues et nos camarades, ils pourraient être nos étudiants : ils peuvent compter sur nous.