«« TERRORISME

Uri Avnery, leader d'une organisation pacifiste israélienne :

«Les soldats qui obéissent à un ordre illégal sont criminels»

Alexandra SCHWARTZBROD
LIBÉRATION vendredi 16 août 2002




Une organisation pacifiste radicale israélienne, Gush Shalom, a commencé à envoyer aux officiers de Tsahal opérant dans les territoires des lettres les mettant en garde quant à la légalité de leurs actes, certains pouvant être assimilés, selon elle, à des «crimes de guerre». L'initiative a choqué de nombreux Israéliens, des ministres n'hésitant pas à qualifier de «traîtres» les militants de Gush Shalom. Le Premier ministre a estimé «inconcevable» qu'une organisation tente de saper le moral d'une armée en temps de guerre et a demandé, le 4 août, au conseiller juridique du gouvernement ­ par ailleurs procureur de l'Etat d'Israël ­ d'examiner les recours légaux possibles contre Gush Shalom. Un responsable du mouvement, Uri Avnery, s'explique.

Votre procédé est-il légal ?

Prévenir des gens qu'ils ne doivent pas commettre de crimes de guerre n'est pas un crime. Si quelqu'un risque d'être traduit en justice pour violation des lois israéliennes et internationales, il doit en être prévenu. L'armée fait la même chose, dans l'autre sens. Elle demande maintenant aux soldats de ne pas donner leur nom aux journalistes et de ne pas montrer leur visage. A la télévision, ils sont désormais cachés comme s'ils étaient des criminels ordinaires !

Sur quoi vous fondez-vous pour parler de «crimes de guerre» ?

Le crime de guerre est défini en droit international. C'est tout ce qui viole la Convention de Genève. Or l'armée israélienne viole cette convention, en participant à la construction et à la protection des colonies, en détruisant des maisons palestiniennes, en déplaçant des gens, en entravant la liberté de circulation...

Combien de lettres avez-vous déjà envoyées?

Une quinzaine d'officiers supérieurs en ont reçu. Les simples soldats, pas encore, mais cela ne devrait pas tarder. Pour l'instant, nous travaillons seulement à partir d'informations publiées dans la presse. Mais nous encourageons aussi les soldats à faire part des crimes de guerre dont ils auraient été les témoins. Ces lettres demandent aux militaires de refuser de participer à des crimes de guerre. En leur rappelant que la loi permet de désobéir à un ordre s'il est illégal. Par exemple, tirer sur un prisonnier non armé. Les militaires doivent savoir qu'en obéissant à un ordre illégal, ils deviennent des criminels.

Avez-vous noté un changement depuis le début de votre campagne ?

Je suis sûr qu'elle a un effet. Avant que nous ne soulevions ce sujet, en janvier, personne ici ne savait ce qu'était un crime de guerre. La réaction du gouvernement témoigne des inquiétudes de l'armée. D'ailleurs, Israël n'a-t-il pas refusé de ratifier le traité créant la Cour pénale internationale ? Une armée qui ne commet pas de crimes de guerre ne devrait pas craindre une telle cour ! Il y a donc, au sein du gouvernement et de l'armée, une prise de conscience que des officiers israéliens pourront être jugés, un jour, devant ce tribunal. Des militaires qui pourraient être accusés de crimes de guerre hésitent désormais à quitter Israël. Autre chose : jusqu'à présent, les militaires israéliens se vantaient de ce qu'ils faisaient dans les territoires. Maintenant, ils s'en vantent moins. C'est toujours ça de pris !

Où en est la démarche engagée par Sharon contre vous ?

Nous savons juste que Sharon veut nous poursuivre en justice. Le procureur général est en train d'éplucher la loi pour tâcher de trouver le paragraphe qui lui permettrait de le faire.

.Morts. Hier, trois Palestiniens ont été tués par des soldats israéliens dans la bande de Gaza. Deux d'entre eux tentaient, d'après l'armée, de s'infiltrer en Israël, via le terminal routier de Kissoufim.