«« TERRORISME



Israël réserverait la vente de terres aux juifs

Agence France-Presse
Jérusalem
Le lundi 8 juillet 2002


La décision a été dénoncée par le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et son parti travailliste, qui l'ont qualifiée de raciste.

Le gouvernement israélien a approuvé une proposition de loi réservant la vente de terres du domaine public aux juifs pour des raisons de sécurité, décision qualifiée de raciste par la gauche notamment, a-t-on appris lundi de source officielle.

Ce texte, approuvé dimanche par 17 ministres contre deux et une abstention au Comité ministériel des lois, a été présenté par le rabbin Haïm Druckman, député du Parti national religieux (représentant des colons, 5 députés sur 120), et permet de contourner un arrêt émis en mars 2000 par la Cour suprême d'Israël.

En vertu de cet arrêt, adopté par quatre juges contre un et qui se prononçait contre toute discrimination entre Juifs et Arabes, un couple d'Arabes israéliens, Adel et Iman Kaadan, avait été autorisé à acheter des terres du village coopératif de Katzir (Galilée, nord) pour y établir sa demeure.

Ce village avait été créé en 1982 par l'Agence juive, organisme paragouvernemental chargé de l'immigration en Israël des juifs de la diaspora. «La décision regrettable du cabinet israélien relève de l'apartheid. Elle ne contribue pas au rapprochement entre juifs et Arabes», a estimé M. Kaadan, cité par le quotidien Maariv.

Selon l'Association pour les droits de l'Homme en Israël (ACRI), les terres domaniales représentent 93% de l'ensemble du territoire israélien.

L'association, qui représente la famille Kaadan, a dénoncé ce vote dans un communiqué, estimant que «la bataille de la famille Kaadan... est une bataille légale sur la nature de la démocratie en Israël, telle qu'elle est définie dans la Déclaration d'indépendance israélienne». «Le traitement par l'État des citoyens arabes comme des ennemis jusqu'à preuve de contraire n'a pas sa place dans une démocratie», ajoute le texte.

La décision a été aussi dénoncée par le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et son parti travailliste, qui l'ont qualifiée de raciste.

«Le parti travailliste combattra de toutes ses forces cette décision raciste,» a dit dans un communiqué M. Peres, qui n'a pas participé au vote dimanche pour cause d'entretien avec le chef des services de renseignements égyptiens Omar Souleiman.

Selon lui, une telle décision va à l'encontre de l'accord de coalition présidant à l'action du gouvernement, qui pose selon lui pour principe l'égalité des droits de tous les citoyens israéliens.

Le chef de l'opposition Yossi Sarid, qui dirige le parti de gauche laïc Meretz (10 élus), a estimé «qu'aucun autre gouvernement dans le monde démocratique n'aurait adopté une loi similaire (...) Ce texte raciste est une tache sur Israël».

Le rabbin Druckman s'est félicité de l'adoption de sa proposition de loi, estimant que «cela constitue une victoire du sionisme».

Les Arabes israéliens sont des Palestiniens et leurs descendants restés sur leur terre après de la création de l'État d'Israël en 1948. Au nombre d'1,1 million de personnes, soit près de 18% de la population, cette communauté souffre de discriminations, reconnues par la Cour suprême.