«« TERRORISME



Un projet de loi d'Ariel Sharon est qualifié de «raciste» par l'opposition

Le gouvernement propose d'empêcher les Arabes israéliens d'acheter des terres, après une action policière pour fermer les bureaux universitaires palestiniens
(Article - Libération ) LD 11.7.2002


Jérusalem -- Fermeture par la police de bureaux universitaires palestiniens à Jérusalem-Est et approbation d'une loi sur la terre qualifiée par l'opposition de «raciste»: en 24 heures, par deux fois, le gouvernement d'Ariel Sharon a pris des initiatives qui ont suscité de violentes controverses en Israël.

Mardi, pas moins de 60 policiers ont mené un raid dans les locaux administratifs de l'université palestinienne al-Qods, qu'ils ont perquisitionnés avant de les fermer. Le ministre de la Sécurité intérieure, Uzi Landau, a accusé ces bureaux d'opérer «de manière illégale comme représentations de l'Autorité palestinienne dans un secteur sous souveraineté israélienne». Le président de l'université, Sari Nusseïbeh, qui est aussi le responsable de l'OLP dans la partie arabe de la ville sainte et qui était en voyage en Grèce, a réfuté ces affirmations et annoncé qu'il ferait appel de la décision du ministre. Celle-ci a d'autant plus indigné les partisans de la paix qu'elle vise un partisan actif du dialogue israélo-arabe, lequel avait récemment dénoncé les attentats suicide, demandant à ses compatriotes d'y mettre fin. Il avait même pris l'initiative d'une pétition dans ce sens. Depuis, cet intellectuel, diplômé d'Oxford et d'Harvard, avait reçu des menaces de mort et vivait sous la protection de la police palestinienne.

Après la fermeture, l'ambassadeur américain en Israël, Dan Kurtzer, a fait savoir à Ariel Sharon qu'il lui était difficile de comprendre une telle décision. Le travailliste Yossi Beilin, ancien ministre de la Justice, a ajouté qu'elle témoignait des véritables intentions du premier ministre et prouvait qu'il ne pardonnerait jamais à quiconque, du côté palestinien, de chercher la paix. Et le négociateur palestinien Yasser Abed Rabbo a rappelé à Shimon Peres qu'il avait signé les accords d'Oslo, ce qui engageait Israël à protéger les institutions palestiniennes à Jérusalem-Est et à «mettre fin aux mesures racistes prises par le gouvernement».

L'accusation de racisme, l'opposition de gauche, les partis arabes d'Israël et une large partie de la presse l'a reprise contre une proposition de loi réservant pour des raisons de sécurité la vente de terres du domaine public aux seuls juifs. Ce texte, approuvé par 17 ministres contre deux et une abstention au Comité ministériel des lois, a été présenté par le rabbin Haïm Druckman, député du Parti national religieux (représentant des colons, cinq députés sur 120). Il permet de contourner un arrêt prononcé en mars 2000 par quatre des cinq juges de la Cour suprême d'Israël, qui interdit toute discrimination entre Juifs et Arabes pour les ventes de terres domaniales. Celles-ci, selon l'Association pour les droits de l'homme en Israël (ACRI), représentent 93 % de l'ensemble du territoire israélien.

«Le traitement par l'État des citoyens arabes comme des ennemis jusqu'à preuve de contraire n'a pas sa place dans une démocratie», a estimé l'ACRI. Dans un autre communiqué, Shimon Peres, qui n'avait pas participé au vote, a aussi dénoncé le texte de loi : «Le parti travailliste combattra de toutes ses forces cette décision raciste.» Le chef de l'opposition Yossi Sarid, qui dirige le parti de gauche laïc Meretz (dix élus), a renchéri : «Aucun autre gouvernement dans le monde démocratique n'aurait adopté une loi similaire. Ce texte raciste est une tache sur Israël.» Hier, le cabinet Sharon a fait savoir qu'il allait reconsidérer la proposition de loi.