«« TERRORISME



Palestine - Un cri du coeur

Il faut cesser de revendiquer la paix au Moyen-Orient

Paul Lévesque
Médecin
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 juin 2002


Rarement le conflit israélo-palestinien aura-t-il été aussi médiatisé que ces derniers temps. Pourtant, jamais une réalité bien connue n'a-t-elle été aussi occultée que maintenant. Je parle ici de cette donnée historique incontournable et irréfutable: Israël est d'abord et avant tout un fait colonial.

Un fait colonial au même titre que l'Afrique du Sud ou l'Algérie française. Un pays constitué par des colons venus d'Europe et qui, avec l'aide d'un gouvernement impérial européen -- la Grande-Bretagne --, se sont emparés de territoires et de richesses prétendument «libres» en expulsant ou en exterminant les habitants qui s'y trouvaient déjà, en l'occurrence les Palestiniens.

Depuis 50 ans, l'humanité tente de trouver une façon de faire réparation pour les atrocités liées au colonialisme, cette page parmi les plus sombres de l'histoire de l'Occident. Or les dirigeants israéliens non seulement refusent de reconnaître les torts dont ils ont été responsables mais insistent pour perpétuer cette politique rétrograde et l'étendre à tous les territoires qu'ils occupent illégalement depuis 1967. Non seulement ils poursuivent de façon accélérée, au mépris de l'opinion internationale, la colonisation de ces territoires, ils ont aussi repris à leur compte les méthodes les plus abjectes et les plus barbares qui, ailleurs, ont justifié la mobilisation de forces d'interposition internationales : le nettoyage ethnique.

Il ne faut pas se le cacher : l'assaut des derniers mois d'Israël en territoire palestinien, la destruction systématique des administrations civiles et des infrastructures n'ont qu'un seul et unique but : l'évacuation forcée et la dispersion des populations qui s'y trouvent ou leur réduction dans des enclaves concentrationnaires, des «réserves» où, rongées par la désintégration morale et physique, elles connaîtront le même sort que celui que nous avons fait subir aux populations amérindiennes...

Dans ce contexte, il est absolument inadmissible de mettre sur un même pied, comme le font de nombreux commentateurs, la violence des agresseurs et celle de leurs victimes. Demander avant toute chose la fin des attentats terroristes, comme le font les dirigeants israéliens, leur ami George Bush et plusieurs autres, c'est comme demander à quelqu'un qu'on a saisi à la gorge et qu'on tient la tête sous de l'eau de cesser de se débattre...

On dit que les Palestiniens ont droit à leur territoire. C'est plus qu'un droit, c'est une question de vie ou de mort. L'histoire a amplement démontré qu'avec le développement de l'économie de marché, tous les peuples dont l'identité ne repose pas sur une assise territoriale dont ils contrôlent les frontières et les ressources sont voués à la disparition. C'est pourquoi, à mon avis, il faut cesser de revendiquer la paix au Moyen-Orient. Il faut revendiquer plutôt l'évacuation des territoires occupés par Israël, le démantèlement de toutes les colonies qui s'y trouvent et l'institution d'un statut international pour Jérusalem. C'est la seule voie vers une paix juste et durable.

La lutte du peuple palestinien est au carrefour des plus grandes préoccupations qui doivent nous animer à l'heure actuelle. Elle symbolise la fin définitive de l'époque coloniale en même temps qu'elle nous montre que la survie d'un peuple doit s'appuyer sur certaines solidarités étrangères à la logique du commerce et du marché. Elle ouvre le chemin vers un pluralisme authentique et véritable, la seule voie possible pour l'humanité. Comme le Vietnam l'a été à une certaine époque, la cause du peuple palestinien doit devenir le point de ralliement de tous ceux qui ont à coeur de faire de la planète un monde meilleur.


Réplique à Paul Lévesque - Histoire, vérités et mensonges

Élie Benchetrit
Directeur des relations publiques Communauté sépharade du Québec
Le Devoir vendredi 21 juin 2002



Le «cri du coeur» de Paul Lévesque, paru dans l'édition du Devoir du 15 juin, n'est en fait qu'un cri de haine envers Israël et l'histoire des juifs. Assimiler l'État d'Israël à un «fait colonial» comparable à celui qui s'est produit en Algérie et en Afrique du Sud relève de l'imposture et de la falsification de l'histoire. Parler également d'«extermination» des Palestiniens et de pillage des «richesses» de la Palestine relève encore de la calomnie.

Si Paul Lévesque a pu réussir ses examens de médecine, je suis par contre convaincu qu'en histoire, il aurait été irrémédiablement recalé sans espoir de repêchage. S'il voulait bien se documenter avant d'écrire, il pourrait également apprendre, à moins qu'il ne veuille l'oublier, que l'ensemble du continent américain est un «fait colonial» et que ses peuples autochtones ont bel et bien été exterminés et ses richesses pillées.

Il apprendrait peut-être que la Jordanie, dont on ne met jamais l'existence en question, est une pure création de l'empire britannique et un cadeau à la dynastie hachémite, originaire de... l'Arabie, et que feu le roi Hussein ne s'est pas gêné, lors du «septembre noir», pour massacrer par milliers les combattants palestiniens.

Il serait peut-être surpris d'apprendre que la Syrie, qui rêvait et qui rêve toujours d'une Grande Syrie englobant la Palestine et le Liban, n'a jamais reconnu de jure ce pays et que feu Hafez el-Assad, qui ne faisait pas dans le sentiment, n'y est pas allé par quatre chemins en massacrant 20 000 frères musulmans dans la ville de Hama. Il apprendrait aussi que le colonel Nasser, en son temps, expérimenta ses armes chimiques contre les populations yéménites et, last but not least, que ce grand humaniste qu'est Saddam Hussein en connaît long sur l'usage des armes chimiques lorsqu'il s'agit des populations kurdes qui, soit dit en passant, ont elles aussi ce droit inaliénable à un territoire, tout comme les Palestiniens, et que la majorité des citoyens israéliens sont prêts à accepter cela en échange de la paix.

Peut-on dire, sans risque de se mentir à soi-même, que les Palestiniens sont prêts à accepter un État juif au Proche-Orient quand on lit les discours haineux des dirigeants du Hamas ou du Djihad islamique ou lorsqu'on voit l'enseignement dispensé dans les écoles aux enfants palestiniens ?

La seule chose sensée que Paul Lévesque ait écrite, s'inspirant sans doute de quelque ouvrage, c'est que «l'histoire a amplement démontré qu'avec le développement de l'économie de marché, tous les peuples dont l'identité ne repose pas sur une assise territoriale dont ils contrôlent les frontières et les ressources sont voués à la disparition». C'est fort juste : voilà pourquoi le peuple juif a choisi de reprendre rendez-vous avec l'histoire en rétablissant sur les lieux de sa naissance l'État d'Israël.