«« TERRORISME



Moyen-Orient

Au jour le jour, décoder

PIERRE VADEBONCOEUR
Le Couac, VOL 5. NO 8 MAI 2002


Il faut décoder continuellement le discours politique en général et le discours impérialiste en particulier, surtout celui des États-Unis depuis un an, et entre autres les propos de George W. Bush, qui sonnent creux à tout moment. Ce qu’il y a de singulier avec le président, c’est que même sa comédie est mauvaise et ne résiste pas à l’œil le moindrement observateur.

Tout, plus ou moins, est faux. Donnons quelques exemples au hasard.

• Les invasions américaines, actuelles ou annoncées, soi-disant voulues pour pourchasser, par des armées, des individus organisés, mais en vérité en grande partie pour mettre la main sur du pétrole ou sur du gaz.

• L’utilisation de l’uranium, prétendument pour percer des cavernes, mais en réalité pour tester cette arme d’apocalypse, qui contamine pour toujours les aires où elle explose..

•L’ordre impérieux donné par Bush à Sharon de se retirer des villes occupées, mais donné tout en laissant à ce dernier dix jours au moins (mi-avril) pour porter plus loin l’occupation et ravager à son aise la Palestine tout en se retirant de quelques places mineures.

• Cet ordre même, intimé soi-disant pour la paix, mais en réalité pour calmer l’opinion arabe pendant qu’on se prépare à envahir l’Iraq, projet un peu difficile à avaler pour l’Islam dans le contexte..

• Le commentaire sur la guerre de Palestine, où toujours le pouvoir occidental et israélien parle du terrorisme sans jamais mentionner l’occupation et la colonisation du pays, ni les masses de réfugiés palestiniens en Jordanie ou ailleurs, quarante ans d’injustices abominables et jamais réparées.

• Le refrain du cessez-le-feu en Palestine, refrain dont la fausseté consiste à feindre de mettre sur un pied d’égalité une armée organisée (qu’on peut arrêter sur un ordre) et des éléments terroristes (cachés, autonomes, indisciplinés, penchant tantôt pour Arafat, tantôt contre, ne relevant donc pas en fait de l’autorité publique et ne se laissant pas conduire).

• Fausseté consistant en outre à prétendre exiger d’un Arafat séquestré, persécuté, isolé entre les mains de l’adversaire, et sans aucune infrastructure de pouvoir (les moyens matériels et organisationnels d’une autorité politique même rudimentaire ayant été démolis par les armes), lui demander donc d’agir dans ces conditions sur son peuple, et ensuite le condamner comme fourbe à l’occasion de toute parole qu’il prononce dans le sens demandé, comme Sharon l’a fait dès la minute où un Arafat au pied du mur a obéi à l’injonction...

• Fausseté sans répit. Celle-ci veut au surplus qu’il y ait deux parties égales dont l’une demande à l’autre de se rendre et de cesser de toutes les manières de résister, et donc de s’annuler, en vue de négociations perdues d’avance pour elle, qui porteraient sur des droits territoriaux et politiques dont l’autre, qui garde tous ses redoutables moyens, ne reconnaît rien du tout...

• D’ailleurs, si l’on parle de fausseté et donc de propagande, il faut remonter à la source, à la mystification suprême. La «Justice infinie», «le Bien et le Mal», de Bush, ainsi que la «guerre juste» des Soixante cyberintellectuels américains branchés soi-disant sur saint Augustin et sur Socrate, rien que ça...

• Je ne me cache pas le malheur des Juifs, ni les horreurs du terrorisme, ni la condition des Israélites accrochés à un coin de terre après deux mille ans de persécution, de pogroms et d’exils couronnés par l’Holocauste, ni donc leur politique éperdue. Mais n’empêche qu’en Palestine et ailleurs progresse sous de fausses apparences une politique impérialiste agissante et travestie dont il faut décrypter au jour le jour les dires et les actions, car le phénomène est incessant.