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Antisémitisme

Danielle Rossignol
Outremont
TRIBUNE LIBRE 10.5.2002


J'ai lu dans une récente chronique de La Presse, tout le mépris et l'incompréhension d'une journaliste d'influence pour le peuple québécois, de souche particulièrement, comme précisé dans l'article. Et bien qu'aguerrie à ce genre de propos, j'en ai tout de même ressenti une profonde tristesse et une grande fatigue.

Il est vrai et de notoriété publique que Mme Gagnon, issue de l'ère de la trudeaumania, a l'épiderme très sensible pour tout ce qui touche l'expression ou l'opinion québécoise, et ainsi, tout ce que retient sa conscience, c'est la vase marécageuse des Québécois, plutôt que l'insulte faite à leur intelligence. Elle ne voit pas l'ensemble de la rivière qui coule, explore, se heurte, réagit, et apprend. Mme Gagnon regarde le doigt qui montre la lune.

Le Québécois profond n'est pas plus antisémite (et ici attention, sémite n'est pas exclusif au peuple juif) que fédéraliste. Le Québécois profond ouvre sa porte, mais regarde qui entre et ce que l'invité fait dans sa maison, il n'est pas un sot. Le Québécois profond a l'habitude de lutter contre les abus qu'on veut lui imposer et sait, par conséquent, discerner les abus quand il en voit. Et ce qu'il voit maintenant, bien que Mme Gagnon refuse de l'admettre, c'est un abus d'état, d'État juif, appuyé par des milliers de juifs d'ici et d'Europe, comme l'a démontré la manifestation monstre qui a eu lieu au mois d'avril dernier au Carré Phillipps, et qui se passait volontiers de tout commentaire.

Mme Gagnon a par ailleurs raison en un point, la grande majorité des juifs n'exploite pas nécessairement les non-juifs, elle ne saurait qu'en faire, elle ne se sent pas concernée, car elle ne s'occupe que des intérêts de sa communauté, sauf en cas de nécessité pour celle-ci.

Ce qui remonte à la surface, ce n'est pas de la vase, mais de l'indignation, et que cela plaise ou non à Mme Gagnon, les comparaisons entre les événements et conséquences de différentes époques parlent d'elles-mêmes.

Ce qui est le plus déprimant, et sur ce point Mme Gagnon a bien raison, ce n'est pas le "courage" de "dénoncer" l'antisémitisme, ce propos est utilisé depuis 50 ans au moindre événement faisant obstacle à un membre du peuple élu, mais c'est l'aveuglement et le refus de voir la source des vrais problèmes, et par conséquent, l'impossibilité de voir l'émergence d'une vraie solution.