«« Affaires internationales



Le terrorisme de qui?

Hubert Wallot
Le Devoir 9.4.2002


Faut-il avoir l'intelligence humaine capable d'envoyer des fusées sur la lune et autour des planètes pour aboutir à des impasses comme celle du conflit israélo-arabe? Israël veut enrayer le terrorisme par la méthode forte, qu'on peut à juste titre considérer comme du terrorisme. C'était la promesse de Sharon en campagne électorale. Résultat: la situation a empiré de façon exponentielle et intenable. Pourquoi donc?

On peut risquer une idée simple. Le terrorisme d'en bas ne se réglera pas par le terrorisme d'en haut, par un contrôle, voire une occupation militaire qui condamne, notamment par les restrictions de circulation imposées, un grand nombre de Palestiniens au chômage et à la pauvreté. On devrait miser, si on n'a pas d'ambition impérialiste, sur le fait d'aménager des conditions de vie acceptables pour le peuple palestinien. L'humiliation et l'appauvrissement sont une recette qui a fait ses preuves, notamment pour l'Allemagne de la fin de la Deuxième Guerre mondiale: c'est l'oeuf de serpent, et, dans le cas présent, du terrorisme. Sharon, qui prétendait tout régler, joue à l'apprenti sorcier au prix d'innocents, tant palestiniens qu'israéliens.

L'aggravation de la situation ne fait qu'éloigner les parties et rendre plus lointaines et incertaines les perspectives d'accalmie et de coexistence pacifique. Il reste aux Israéliens à s'en rendre compte et à protester en masse contre leurs gouvernants ou à assumer l'odieux moral que la communauté internationale et l'histoire leur feront porter. A cet égard, la communauté internationale, qui s'est empressée d'intervenir dans d'autres pays mais qui tolère le non-respect, par Israël, des résolutions de l'ONU, n'est pas exempte de responsabilité morale. L'axe du mal n'est peut-être pas à repérer dans certains pays arabes mais à l'intérieur de chaque pays, dans l'aveugle égoïsme national et dans les égoïsmes privés.

Québec, 4 avril 2002