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Lutte contre le terrorisme

Et maintenant l'atome

PIERRE VADEBONCOEUR
Écrivain
Le Devoir 9.4.2002


Les États-Unis et l'Angleterre ont stupéfié le monde par leurs déclarations récentes sur l'utilisation possible du nucléaire dans les offensives.

Ce qu'il faut voir dans ces propos inouïs, ce n'est pas seulement la puissance de feu qu'on se dit prêt à libérer et qu'on exhibe d'avance pour impressionner les prochains ennemis sur la liste. Un pareil virage dans la morale de la guerre révèle autre chose. En fait, cette évocation de la force en dit encore plus long sur le politique que sur le militaire.

Elle dévoile indirectement l'ampleur réelle des desseins. La figure de force évoquée trahit un militarisme dont une opinion dopée ne mesure pas, n'imagine même pas l'ambition proprement politique. Si l'on prétend aller jusqu'à l'atome, cela proclame que l'impérialisme n'a plus en principe d'autres limites que celles que le nucléaire de certains pays pourrait jusqu'à présent lui opposer. Quant au projet de bouclier, il parle évidemment d'un impérialisme éventuel encore plus grand.

Une réprobation universelle devrait répondre à cette invraisemblable proclamation sur l'atome. Celle-ci montre avant tout que la guerre s'installe et que l'impérialisme songe à s'étendre d'une manière accélérée et plus dangereuse que jamais.

La force libère maintenant des ambitions politiques davantage à sa hauteur. Que signifie tout cela? Que nous voilà maintenant résolument dans la guerre et que nous allons peut-être entrer dans un engrenage de guerre encore plus redoutable, c'est-à-dire dans l'ordre de l'incontrôlable. On poursuivrait dès lors une entreprise dont les bornes seraient de plus en plus mouvantes, risquées, imprévisibles, indéfendables, universelles.

Dans quoi nous jette-t-on? Deux guerres mondiales n'ont-elles rien enseigné sur la terrible loi de l'aléatoire dans l'histoire? Après avoir commencé par une simple chasse aux terroristes, on en est déjà rendu, après quelques mois à peine, à envisager le nucléaire comme arme offensive, c'est-à-dire que nous en sommes là où le monde n'avait jamais osé se rendre.

Ce qui se révèle mois après mois, ce n'est pas seulement la panoplie de la super-guerre. Ce dont on parle, à travers ces déclarations effarantes, ce n'est pas uniquement de la guerre, c'est d'une mégapolitique, c'est d'une ambition économico-politique qui ne s'avoue pas.