«« Affaires internationales



La terre des enfants-martyrs

Lysiane Gagnon
La Presse 20 avril 2002


«Nous aurons la paix avec les Palestiniens seulement lorsqu'ils aimeront leurs enfants davantage qu'ils ne nous haïssent.»

Ces mots de Golda Meir résonnent douloureusement, à l'heure où des centaines, voire des milliers d'adolescents sont systématiquement entraînés à devenir des commandos suicide.

Car ne nous méprenons pas. Ce n'est pas la misère qui explique le délire suicidaire des jeunes Palestiniens qui sèment la mort en Israël. Si c'était le cas, l'Afrique, le continent le plus pauvre de la planète, serait remplie de kamikazes. Ce n'est pas non plus l'humiliation. Si c'était le cas, l'Afrique du Sud, au temps de l'apartheid, aurait été le foyer par excellence des attentats suicide.

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L'attentat suicide représente un changement de nature dans la sombre stratégie politique qu'est le terrorisme. Même là où il a été le plus virulent (en Algérie, au Vietnam, en Irlande du Nord, au Pays basque, etc.), le terrorisme n'a pas eu recours aux attentats suicide. Le terroriste s'enfuyait après avoir déposé sa bombe, dans l'espoir de sauver sa vie.

Force est de constater que les racines du terrorisme suicidaire sont culturelles (ou religieuses) bien avant d'être économiques ou politiques. Comment expliquer autrement qu'à l'exception des Tigres tamouls, il n'est pratiqué que chez les islamistes radicaux?

Ces volontaires ne sont pas tous pauvres, loin de là. Mais ils sont tous jeunes. La plupart des auteurs des attentats du 11 septembre étaient dans la vingtaine; au Proche-Orient, la moyenne d'âge a été singulièrement abaissée.

Nombreux sont les peuples qui ont connu la misère et l'humiliation, rares sont ceux dont les chefs de guerre ont utilisé les enfants. Les seuls exemples qui viennent à l'esprit sont le Liberia, la Sierra Leone et l'Iran, lequel, durant la guerre contre l'Irak, envoyait des adolescents servir de boucliers humains aux soldats de carrière.

Puis vint l'Intifada, cette guérilla dont de petits garçons furent à la fois les initiateurs et les victimes. Les ados masculins, c'est vrai, sont hyperactifs. Mais pour qu'ils quittent chaque jour l'école en si grand nombre afin d'aller attaquer à coup de roches des soldats armés jusqu'aux dents, il fallait qu'ils soient encouragés en haut lieu, à plus forte raison dans une société aussi autoritaire. Ce rituel quotidien, invariablement effectué sous l'oeil des caméras, fut un énorme succès de propagande pour la cause palestinienne - c'était la recréation du combat de David et Goliath -, et tant pis si les petits perdaient une jambe, un oeil, ou la vie.

À l'Intafada succédèrent les attentats suicide - une opération plus compliquée, car il s'agit ici de fabriquer des volontaires au suicide. D'où la nécessité d'un intense conditionnement psychologique. La jeunesse palestinienne n'est pas fondamentalement différente de la nôtre; il faut un endoctrinement d'une puissance inouïe pour qu'un adolescent qui a de bons parents, des amis et des projets d'avenir, décide de se transformer en bombe humaine.

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Ces bombes humaines sont fabriquées à partir non seulement des mosquées, mais aussi de l'école et de la télévision officielle, deux institutions qui sont sous le contrôle de ce «modéré» bien connu qu'est Yasser Arafat.

Il y a le discours ambiant, empreint d'un antisémitisme qui n'a rien à envier à celui des nazis; les manuels scolaires, qui répercutent la même idéologie, et surtout la glorification des kamikazes. Ce sont des «martyrs» qu'honore la société, des vedettes offertes à l'admiration des jeunes. Il y a trois semaines encore, dans un discours en arabe à la télévision, Yasser Arafat faisait l'éloge des «martyrs qui marcheront par millions sur Jérusalem».

Loin d'être une expression spontanée de désespoir, ces opérations suicide sont encadrées par toute une infrastructure animée par des adultes qui planifient froidement leurs coups. Une fois le jeune bien endoctriné, ils lui procurent les explosifs en même temps que les directives requises pour sa mission, ils le filment en enregistrant ses dernières paroles, pour ensuite distribuer ces vidéos qui serviront de modèles à la jeunesse.

Le jeune qui se fait exploser rend en outre un fier service à ses parents, car - gracieuseté de Saddam Hussein - les familles des kamikazes reçoivent jusqu'à 25 000$ pour chaque enfant qui est allé se faire exploser en Israël, deux fois plus que ce que l'Irak verse aux familles dont un membre a été tué dans des affrontements avec l'armée israélienne. En tout, le régime de Hussein aurait distribué plus de 10 millions de dollars depuis un an et demi en territoire palestinien.

Et l'on n'est pas sexiste! Grand progrès pour la cause des femmes, cette année trois jeunes filles ont été admises au martyre. La dernière, Ayat Akhras, venait d'avoir 18 ans, elle avait un petit ami, de bonnes notes à l'école et rêvait d'être journaliste. La taille ceinte d'explosifs, elle est allée se faire sauter dans un supermarché de Jérusalem, entraînant dans la mort quelques ménagères et une fille de son âge. Il y a trois semaines, un responsable des brigades Al-Aqsa (un mouvement lié au Fatah) se vantait d'avoir à Bethléem au moins 200 candidates au martyre.

Mais au fait, que dit la communauté internationale sur ces enfants-martyrs? L'exploitation de mineurs dans des conflits armés n'a-t-elle pas été condamnée par l'ONU? Nous en reparlerons cette semaine.


La logique du terrorisme

Lysiane Gagnon
La Presse Le mardi 23 avril 2002



Est-ce que les Israéliens rendraient les territoires conquis en 1967 s'ils avaient l'assurance de ne plus être victimes d'attentats terroristes?

Le lecteur qui pose la question tient pour acquis que ce ne serait pas le cas, et que le carnage qui s'est produit ce mois-ci dans les villes palestiniennes n'a pour but que d'assurer la domination d'Israël. Erreur.

On peut dire que l'intervention militaire israélienne est démesurée, que sa brutalité est inexcusable, et les bavures impardonnables (encore qu'il n'y ait jamais eu, dans l'histoire du monde, d'intervention militaire sans bavure; la différence, c'est que celles de l'armée israélienne ont été exposées dans leurs moindres détails, y compris par des journalistes israéliens, tandis que les exactions commises par les pays totalitaires se font «incognito», et que dans les guerres conventionnelles, le théâtre des opérations est interdit aux caméras. Si les «bavures» des Alliés, pendant la Deuxième Guerre mondiale, avaient été montrées chaque soir à la télé, le monde entier se serait apitoyé sur le sort des civils allemands).

Ce qu'on ne peut pas dire, cependant, c'est qu'il n'y a pas de lien entre les attentats suicide et cette intervention militaire. Au contraire, le lien est direct, de cause à effet.

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La dernière vague d'attentats en sol israélien a été plus traumatisante que toutes celles qui l'ont précédée, car aucun système de défense ne résiste aux opérations suicide.

Comment les Québécois réagiraient-ils si, depuis des mois, des dizaines de bombes humaines avaient fait des centaines de victimes dans des discothèques, des pizzerias, des autobus, des centres commerciaux et des cafés?

Les Israéliens, cibles d'innombrables actes de terrorisme depuis 30 ans, s'étaient habitués à vivre sur le qui-vive, à passer au détecteur de métal à l'entrée des édifices publics et à dépister les objets suspects dans la rue ou l'autobus, mais cette vague d'attentats suicide a brisé leur carapace. Les gens limitent leurs sorties, n'osent plus se réunir dans des endroits publics, ils sont littéralement terrorisés, ce qui est du reste exactement l'objectif du terrorisme.

Autre objectif classique du terrorisme: la radicalisation de l'ennemi. Effectivement, la reprise des attentats a provoqué le durcissement de l'opinion publique israélienne, l'élection d'Ariel Sharon et la formation d'un gouvernement de coalition dominé par un faucon.

Mais rêvons... Si une nouvelle génération de leaders palestiniens condamnait publiquement la violence contre les civils israéliens -et si, bien sûr, les paroles étaient suivies par des actes-, on peut penser que l'opinion israélienne basculerait, ouvrant la voie au retour d'un gouvernement de centre-gauche plus ouvert au dialogue.

On reviendrait probablement à la case précédant les compromis esquissés à Camp David et à Taba, alors que le gouvernement israélien avait offert quelque 95% des territoires réclamés par l'Autorité palestinienne, un compromis sur les réfugiés et un partage du contrôle sur Jérusalem.

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Le phénomène des ados qui rêvent de se ceindre la taille d'explosifs pour devenir à leur tour des «martyrs» est une nouveauté, mais le terrorisme est une très ancienne stratégie. Ceux qui y recourent, en manipulant de futurs suicidés qui ont l'âge de leurs enfants, savent exactement ce qu'ils font. L'objectif est toujours le même: transformer pour le pire le visage de l'ennemi terrorisé, le pousser à des politiques répressives pour intensifier le conflit.

Les terroristes ont déjà utilisé des ambulances pour transporter des explosifs. Les soldats israéliens vont donc stopper les ambulances aux contrôles; et il leur est arrivé de tirer sur des ambulances.

Les nouveaux terroristes ne répondent plus au portrait-robot, même les jeunes filles sont de la partie; à Jénine, c'est un enfant qui avait l'air d'avoir 10 ans qu'on a chargé d'attirer un groupe de soldats israéliens dans un guet-apens; l'enfant avait été ceint d'explosifs et les a entraînés dans la mort. Désormais, l'armée verra donc en tout passant un danger mortel ambulant, et n'hésitera pas à forcer des suspects à se déshabiller en pleine rue.

De tout temps, les terroristes ont pris abri au sein des populations civiles, avec ou sans l'accord de ces dernières. L'infrastructure terroriste palestinienne logeait dans des zones densément peuplées. Pour l'en extirper, l'armée israélienne a donc démoli des maisons, des bureaux, et, même si ce ne sont pas eux que visait l'opération, massacré des civils... Tout cela s'enchaîne avec une logique impeccable et effroyable.

La majorité palestinienne, innocente de tout crime et qui elle aussi aspire à vivre dans la paix, paie dans sa chair le prix de cette guerre, tandis que de jeunes Israéliens sans vocation militaire (Tsahal est une armée de civils), eux-mêmes terrifiés, héritent du rôle du bourreau.

On voit mal quelle était la solution de rechange, mais on ne voit pas non plus comment la stratégie du gouvernement israélien peut aboutir à autre chose qu'au désastre. Dans les ruines des misérables lambeaux de terre qui leur servaient de pays, les Palestiniens vont à leur tour se radicaliser, et les Israéliens ne seront pas davantage à l'abri des opérations suicide. Par une affreuse ironie de l'histoire, Israël, ce pays qui devait être un refuge pour les juifs, est l'endroit du monde où les juifs sont le plus en danger.


La remontée de l'antisémitisme

Lysiane Gagnon
La Presse Le jeudi 25 avril 2002



Au lendemain des attentats du 11 septembre, les chefs de gouvernement occidentaux se sont empressés de lancer des appels au calme qui visaient à empêcher tout amalgame entre les terroristes et l'ensemble des musulmans arabes. C'était tout à leur honneur, car la culpabilité collective en fonction de l'ethnie ou de la religion est en effet un concept qui n'existe que dans le cerveau dérangé des racistes.

Hélas! on entend moins d'appels au calme à propos d'un autre amalgame: celui qui est en train de provoquer, dans la foulée de l'offensive israélienne contre les villes palestiniennes, une vague d'antisémitisme d'une ampleur inquiétante.

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En Belgique, trois synagogues ont été démolies par des explosifs. Des petits commerces juifs ont été incendiés à Bruxelles. Un terroriste a fait exploser la synagogue de l'île de Djerba, en Tunisie (17 morts). En France, il y a eu plus d'attentats contre les Juifs en un mois que durant toute l'année dernière. On n'attaque plus seulement les synagogues et les cimetières juifs (c'est classique), mais aussi les individus.

En banlieue nord de Paris, des garçons portant la kippa se sont fait rouer de coups et deux cocktails Molotov ont été lancés dans la maison d'une famille juive. Les membres d'une équipe juive de soccer ont été battus à coup de batte de baseball. Trois autobus scolaires d'une école juive ont été incendiés... et ainsi de suite.

La Stampa, l'un des plus gros quotidiens italiens, publiait la semaine dernière une caricature carrément antisémite. À Londres, une quarantaine d'universitaires veulent interdire aux Israéliens les colloques internationaux -un geste sans précédent, même à l'endroit de l'Afrique du Sud durant l'apartheid (on boycottait l'État, pas ses chercheurs).

Plus près de nous, une synagogue a été incendiée à Saskatoon. À Calgary, des manifestants pro-palestiniens ont défilé en criant «Mort aux Juifs». À Montréal, on a vu le même genre de slogan placarder des murs, dont ceux de l'Université Concordia. Trois Juifs qui revenaient d'une manifestation d'appui à Israël se sont fait mettre à la porte du «Secund Cup» de la rue Crescent.

Il y a deux discours pro-palestiniens: l'un, légitime et que d'aucuns diraient nécessaire, qui dénonce les exactions de l'armée israélienne et l'implantation systématique de colonies juives dans les territoires occupés, cette politique de la droite israélienne qui a tant fait pour exacerber les tensions. Il n'y a rien d'antisémite dans le fait de dénoncer ces agissements, pas plus qu'on serait arabophobe en dénonçant les abus des gouvernements arabes.

Il y a cependant un autre discours pro-palestinien, plus insidieux, qui véhicule un antisémitisme d'une violence inouïe. On en a eu, depuis plusieurs mois, de nombreux exemples, jusque dans les tribunes téléphoniques distinguées de Radio-Canada, sans parler de ce flot de courriels trempés dans la haine et la rage qui parviennent aux journaux. Il est bien évident que bien des gens profitent de la réprobation que s'est attirée Israël sur la scène internationale pour donner libre cours à leur antisémitisme viscéral.

On dira que les Juifs (une bonne partie d'entre eux en tout cas) ont ouvert la porte à ces attaques en manifestant leur solidarité envers Israël. Mais à ce compte-là, faudrait-il aussi associer aux terroristes d'Al-Qaeda les nombreux musulmans qui n'en finissent plus de trouver des excuses au terrorisme? Certainement pas. Mais alors, ce qui vaut pour les uns ne devrait-il pas valoir pour les autres?

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Chose certaine, ce n'est pas la Commission des droits humains de l'ONU qui rétablira l'équilibre. À Genève récemment, 40 pays membres votaient pour une résolution totalement biaisée, qui condamnait Israël pour ses «tueries massives» sans dire un mot sur le terrorisme anti-israélien.

Seulement cinq pays, dont le Canada, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, ont voté contre. Les États-Unis ne font pas partie de cette commission, en ayant été évincés l'an dernier par un vote auquel participaient ces bastions de la protection des droits humains que sont la Chine, l'Iran et Cuba.

Sur la cinquantaine de pays membres de la Commission qui se faisaient à Genève les champions des droits humains, moins de la moitié sont des démocraties. On y trouve, par exemple, l'Algérie (100 000 personnes assassinées en 10 ans), Cuba (200 personnes en prison pour avoir manifesté pacifiquement en faveur de la démocratie), la Syrie (20 000 dissidents assassinés en 1982), l'Égypte qui emprisonne les homosexuels, l'Arabie saoudite qui lapide les femmes adultères, la Russie et son magnifique bilan en matière de droits et libertés, et ainsi de suite...

Rappelons que c'est cette même commission, sous la présidence erratique de Mary Robinson, qui avait parrainé l'ignoble conférence de Durban sur le racisme, conférence qui, sous la pression de la Ligue arabe, avait vite tourné au procès d'Israël et des États-Unis.

Les débats avaient été marqués par un antisémitisme virulent (rien à voir avec la simple dénonciation des politiques de l'État hébreu), et les États-Unis avaient été cloués au pilori pour ses anciennes politiques esclavagistes, au mépris du fait que l'esclavage, disparu depuis plus d'un siècle en Amérique, n'existe actuellement que dans des pays musulmans, au Soudan et en Mauritanie, où les esclaves sont noirs et les maîtres arabes... mais sur cela, nul mot ne fut soufflé à Durban.


Antisémitisme, prise deux

Lysiane Gagnon
La Presse Le mardi 07 mai 2002



Une récente chronique sur la remontée de l'antisémitisme m'a valu nombre de courriels, dont plusieurs étaient férocement antisémites. Comme si cette chronique avait eu l'effet d'une pierre jetée dans une mare d'eau stagnante, faisant remonter la vase à la surface.

Entendons-nous bien. Je ne parle pas ici des courriels dénonçant les politiques de l'État d'Israël, que l'on peut très bien critiquer sans être judéophobe. Non, je parle de l'antisémitisme tranquille de Québécois de vieille souche auxquels le conflit du Proche-Orient donne un prétexte pour dire tout haut ce qu'ils disaient naguère à mi-voix.

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Il y a, par exemple, Monsieur L.: «Si les Juifs d'Europe défiaient le monde comme ils le font en Israël, alors je comprends Hitler. Imaginez ce que ce serait si les descendants des six millions qui ont été éliminés faisaient la guerre avec Sharon.»

Il y a Mme M., de Drummondville. «La première fois que j'ai vu à Montréal les Juifs avec leurs boudins, je n'ai eu qu'une envie, leur arracher tellement je trouvais cela ridicule, et 50 ans plus tard j'ai toujours la même envie... Je me sens antisémite comme ça se peut pas.» Bref, les Juifs la «font suer», comme l'a répété 10 fois de suite l'animateur Benoit Dutrizac sur les ondes de CKAC.

Ah! chère madame, il faudrait revenir à Montréal pour qu'on vous le démontre avec exemples à l'appui: les hassidim dont vous parlez sont aussi représentatifs de la communauté juive que les Apôtres de l'Amour infini le sont des catholiques. L'immense majorité des Juifs n'ont aucun signe distinctif et nombreux sont ceux qui ne mettent les pieds à la synagogue que pour des mariages ou des enterrements. La judaïté, de nos jours, est bien davantage affaire de mémoire, d'histoire et de culture que de religion.

On continue. Il y a Monsieur P., un retraité de Laval, qui, dans une lettre très bien écrite, admet qu'il est devenu «violemment anti-israélien et probablement antisémite», et se demande si l'antisémitisme ne tient pas tout simplement «au comportement des Juifs».

Il y a même, dans le tas, un ingénieur d'origine vietnamienne, Monsieur T: «Vous êtes une Juive cachée comme Madeleine Albright ou juste une Québécoise qui veut faire plaisir aux Juifs de Montréal à cause de leur puissance financière.»

Monsieur M., lui, est plus direct: «Êtes-vous juive fondamentaliste?» me demande-t-il... Je vais tout vous avouer, cher monsieur. Mon vrai nom est Gagnovitch, et mon ancêtre est un Isaac Gagnovitch venu de Tourouvre, en Normandie.

Mais puis-je en retour vous poser une question? Qu'est-ce que vous faites, au ministère de l'Industrie et du Commerce, pour avoir le loisir d'écrire des courriels aux journaux sur l'ordinateur du gouvernement du Québec? Un autre fonctionnaire, Monsieur C., semble avoir encore plus de temps libre au travail, car il m'envoie souvent des messages politiques hyper-engagés, et son adresse courriel me frappe à chaque fois: «MESS.gouv.qc.ca». (MESS pour ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale).

On continue. Il y a Monsieur D., de Plessisville. Il a connu deux familles juives dans sa vie, dont l'une était «caricaturale» et l'autre très bien, mais... «avec les années, dit-il, je suis devenu un antisémite. Attention, pas au point de commettre des exactions à leur endroit, mais je suis prudent avec eux, parce qu'ils contrôlent et tirent beaucoup de ficelles.» Mon article lui fait croire que La Presse serait peut-être, comme la chaîne Can West, «contrôlée» par vous savez qui. Concluant une vibrante défense de la cause palestinienne, il affirme que les Juifs «sont «en tous points semblables à leurs bourreaux (nazis), sinon pires.»

Qui est responsable de la situation explosive au Proche-Orient? se demande Monsieur P. Il connaît la réponse: «Les Juifs généralement, et les États-Unis qui sont dirigés par les Juifs avec leur force financière énorme.» Il trouve donc bien normal «ce renouveau d'antisémitisme».

Il y a «Luce», une grand-maman qui vient de se découvrir une véritable passion pour la cause palestinienne - d'autant plus que «le plus grand tueur d'enfants du monde est Morgentaler, un Juif», et que «la presse mondiale appartient à des Juifs».

Il y a Monsieur M., qui raconte que gamin, il avait demandé à son père pourquoi les Juifs «sont si détestés». Réponse du père: «Pour les Juifs, exploiter les gentils (non-Juifs) est un geste en accord avec leurs croyances. Nous devons donc nous protéger économiquement de ces gens qui agissent bien (conformément à leur religion) en nous faisant mal.» Monsieur M. est très fier de son père, personnalité connue qui fut l'un des premiers directeurs des HEC.

Le message le plus déprimant m'est venu d'un lecteur qui me félicite pour mon «courage». Alors là, si l'on en est rendu au point où il faut être courageux pour dénoncer l'antisémitisme, c'est que notre société est bien mal en point.

À cause d'une erreur technique au pupitre, le dernier paragraphe de ma chronique de samedi, de même que son titre, étaient incompréhensibles. Il fallait lire, à la première ligne du dernier paragraphe: «Ce n'est pas un hasard si ben Laden a visé New York».


Une insinuation d'antisémitisme déclenche un ouragan à l'Assemblée

PAR NORMAN DELISLE



QUEBEC (PC 8.5.2002) - La députée libérale de Lapinière, Fatima Houda-Pépin, s'est attirée de virulents reproches mardi, en insinuant à l'Assemblée nationale que le gouvernement du Parti québécois aurait pu approuver l'antisémitisme.

Mme Houda-Pépin a rapporté qu'un employé du ministère de l'Industrie et du Commerce aurait transmis à une journaliste de la Presse un message informatisé (un "courriel") au contenu teinté d'antisémitisme.

La députée a demandé au ministre responsable de la Fonction publique, Joseph Facal, s'il entendait faire quelque chose pour empêcher ce genre de situation, "à moins que le gouvernement n'endosse une telle pratique".

Cette dernière remarque, qui donne à penser que le fonctionnaire aurait pu agir avec l'aval gouvernemental, a scandalisé et fait bondir ministres et députés péquistes. Cachant à grand peine son "indignation", le leader parlementaire du gouvernement, le ministre André Boisclair, a demandé à la présidente de la Chambre, Louise Harel, de "condamner de façon impérieuse" les propos de Mme Houda-Pépin.

Cette dernière a répété à quatre reprises son insinuation, ce qui lui a amené un tollé de protestations et de cris d'indignation. Quant au ministre Joseph Facal, il s'est engagé à vérifier les faits rapportés par la députée.

"Mais je veux qu'il soit bien entendu que la politique de notre gouvernement, c'est tolérance zéro en matière d'exclusion. Nous condamnons avec la dernière vigueur toute déclaration, tout geste, toute manifestation à caractère antisémite ou raciste, d'où qu'il vienne", a dit le ministre Facal.

Puis il a rajouté qu'en huit ans à l'Assemblée nationale, "je ne me rappelle pas avoir entendu une question reposer sur une insinuation aussi basse que celle-là, qui n'honore pas la députée (de Lapinière)".

Dans sa chronique, la journaliste Lysiane Gagnon de la Presse rapportait avoir reçu un courriel d'un fonctionnaire non identifié du ministère de l'Industrie et du Commerce, lui demandant si elle était "juive fondamentaliste". C'est ce propos que la députée Houda-Pépin a qualifié "d'antisémite".