«« TERRORISME - conflit israélo-palestinien



Du 11 septembre à l'offensive Sharon

Omar Aktouf
phd, Professeur titulaire HEC-Montréal
Le Soleil Le mercredi 17 avril 2002
Le Devoir 19.4.2002


Opinion - Il me semble qu'il est urgent de réagir à un manichéisme simpliste et destructeur au moment où le secrétaire américain à la Défense élargit le nombre des pays «de l'axe du mal» à la Syrie, qui figure désormais aux côtés de l'Iran, de l'Iraq et de la Corée du Nord, et où un peuple entier est soumis à un massacre en règle en Terre palestinienne.

Pour revenir sur le 11 septembre

Que veut dire «démocratie» sans information complète et objective? Même un Bill Clinton a reconnu - en conférence le 5 avril au Centre Molson de Montréal - que le peuple nord-américain était l'un des moins bien informés! J'aurais espéré lire ne serait-ce qu'un début de réfutation argumentée et documentée. J'attends toujours!

J'aimerais obtenir pour mes questions, comme pour celles que pose Thierry Meyssan, des réponses pertinentes, de fond, et non des mots d'ordre lapidaires. Pourquoi ces zones d'ombre dont nos dirigeants et les médias évitent, semble-t-il, de parler? Thierry Meyssan, journaliste et animateur du réseau Voltaire (forum pour une information plus démocratique), auteur du livre singulièrement interpellant L'Effroyable Imposture du 11 septembre, n'a jusque-là suscité aucune réfutation digne de ce nom: de simples négations de ses propos, aucune clarification sur les points essentiels soulevés (dont plusieurs intriguent bien des observateurs depuis le premier jour... ) et des menaces et des insultes envers sa personne.

Rejeter ses allégations (qu'il a élaborées à partir de déclarations, de photos et de documents officiels américains) sous prétexte de «loufoquerie» suffit-il pour satisfaire l'exigence de transparence démocratique? Ma question est simple: qu'attend-on pour fournir des réponses étayées et sérieuses à ces interrogations? Car enfin:

* N'est-il pas étrange que des pilotes formés aux États-Unis - donc en anglais - laissent traîner un manuel en arabe, quand on sait que les termes techniques de pilotage sont toujours rédigés en anglais et qu'un «manuel» de pilotage de tels appareils (Boeing 757 ou 767 !) occuperait une armoire entière à l'instar d'une encyclopédie?

* Comment se fait-il que ces terroristes soient à la fois suffisamment intelligents pour organiser un tel détournement d'avions et assez stupides pour laisser une aussi belle signature qu'une voiture de location sur les lieux de leur crime?

* N'est-il pas incompréhensible que l'on retrouve intact le passeport d'un kamikaze dans des décombres qui ont réduit béton et acier en poudre et en poussière?

* Quelle idée saugrenue que celle d'un pilote qui va au suicide en emportant dans ses bagages des vidéocassettes?

* Ces terroristes qui font trembler l'Amérique ne sont-ils pas au courant qu'il existe des pistolets en plastique parfaitement indétectables, alors qu'ils se contentent de s'armer de simples petits cutters?

* Que fait-on des radios amateurs ayant signalé des brouillages dus, en général, à la présence d'une balise, celle-ci ayant pu servir à guider l'avion? (Les pilotes interrogés par M. Meyssan déclarent relever du miracle de faire ainsi mouche deux fois de suite de cette façon avec ce type d'avions sans aucune indication radar).

* Pourquoi les propos des pompiers de New York faisant état d'explosions aperçues à la base des tours ne font-ils pas plus de remous que cela?

* Comment expliquer qu'un 757 qui fait près de 40 mètres d'envergure ait pu s'encastrer dans un espace (au Pentagone) de 19 mètres sans laisser ses ailes quelque part?

* Est-il possible qu'un avion comme un 757 puisse aller s'écraser à l'horizontale sur une façade de 24 mètres de haut tout en rebondissant, au préalable, sur une pelouse photographiée intacte après?

* Comment un tel appareil peut-il ne laisser aucun autre débris que les boîtes noires et un phare (toujours non présenté), sans parler des restes des bagages, des passagers... ?

* Pourquoi ne dit-on rien sur l'annexe de la Maison-Blanche qui a pris feu?

* Où sont les preuves, annoncées à grands cris par Bush, relayé par Blair, condamnant sans réserves ben Laden?

* Est-ce la cassette où l'on voit ce dernier se vanter d'avoir détruit les tours, lorsque l'on sait que, chez les Arabes et les musulmans, on ne joue pas ainsi à filmer, à tout bout de champ, les gens et les événements (c'est là une attitude bien plus spécifiquement occidentale et américaine)?

* N'est-ce pas une troublante coïncidence qu'un ex-employé d'UNOCAL, la compagnie américaine farouchement intéressée par le gazoduc devant traverser l'Afghanistan, se retrouve dirigeant de ce pays? Etc.

À ces questions et à de nombreuses autres, je serais tenté d'ajouter les nombreuses ramifications financières entre des réseaux de la famille ben Laden et des intérêts américains; les curieux liens entre diverses compagnies pétrolières américaines et l'Afghanistan; les relations entre la CIA, l'ISI (services secrets pakistanais), les talibans et l'Arabie Saoudite; l'évolution des relations et des intrigantes tractations et négociations entre les États-Unis et les talibans (voir le livre de J. C. Brisard et G. Dasquié: Ben Laden: la vérité interdite).

Mais, de grâce, que l'on réponde! Car évidemment, comme bien d'autres, je me refuse à accepter sans sourciller les thèses de M. Meyssan. Je ne demande qu'à être convaincu de la fausseté de ce qu'on se contente de qualifier de «calomnies».

L'offensive Sharon et la croisade antiterroriste mondialisée

Remarquons tout d'abord que, désormais, les camps sont présentés comme indiscutablement clairs et tranchés: les bons d'un côté (États-Unis en tête) et les méchants de l'autre (talibans et autres terroristes, inévitablement associés à tout ce qui est arabe et/ou musulman). L'offensive Sharon profite de façon inespérée d'un tel amalgame: il lutte contre le terrorisme.

Jamais les États-Unis, leur opinion publique et la communauté internationale n'auraient ainsi laissé faire Sharon s'il n'y avait eu les événements du 11 septembre 2001 et son cortège de «peur mondialisée». Et puis - quelle coïncidence! -, c'est là une providentielle diversion lorsque les questions soulevées plus haut commencent à se répandre et à devenir embarrassantes.

Peut-on parler d'information objective lorsque la presse étrangère est interdite sur les lieux des attaques? Je ne comprends pas qu'il soit fait si peu de cas des nombreuses voix israéliennes mêmes, y compris au sein de l'armée, qui dénoncent les exactions faites au peuple palestinien: exécutions sommaires, pillages par les soldats, violences indues contre les civils, blessés qu'on laisse mourir, ambulances qu'on attaque, dévastation systématique... Pourquoi ne parle-t-on pas de cette mère israélienne qui a perdu un enfant lors d'un attentat suicide et qui, sur son site Internet, répète que c'est le comportement inadmissible d'Israël envers les Palestiniens qui est la cause première de tant de violence? Comportement minimisé (à l'inverse des attentats commis de l'autre côté) par les médias hors Israël. Ou encore de cet historien israélien qui s'indigne contre l'information et l'analyse à géométrie variable (Tom Seguev, journal Le Monde du 3 avril 2002).

Sharon n'a jamais admis de n'en avoir pas fini avec son ennemi obsessionnel, Yasser Arafat, lors des massacres de Beyrouth en 1982. Sa logique reste toujours «que les pays arabes recueillent les Palestiniens»; «qu'on nous laisse réaliser le Grand Israël», «étendons les colonies pour une occupation de fait» Pour cela, il faut des ennemis à diaboliser pour être justifié de toujours frapper et d'étendre son «périmètre de sécurité».

L'exploit provocateur de Sharon sur l'esplanade des Mosquées de Jérusalem, en plein début de déconfiture du «processus de paix», était un geste délibéré et hautement significatif. L'aboutissement prévisible de ce geste, avec les réactions et contre-réactions provoquées, est la consécration du plan Sharon: reprendre le peu qui a été concédé aux Palestiniens et mettre, encore et encore, le monde devant le fait accompli.

La lutte contre le terrorisme «mondialisé» justifie et absout de tels actes. Qu'un peuple entier sans défense soit sous les coups d'une des plus puissantes armées du monde peut être légitimé et accepté après le 11 septembre: il s'agit d'une autre guerre juste, comme diraient certains «intellectuels» américains (à ce propos, je n'ai de cesse de me demander comment on peut appeler «guerre» ce que l'armée américaine a fait en Afghanistan... ).

À quoi aboutira-t-on avec cette logique simpliste? Mettra-t-on derrière chaque Palestinien, derrière chaque «islamiste» un soldat ou un missile? N'y a-t-il aucune autre raison à l'existence de ces terroristes et kamikazes sinon, comme on l'a dit et écrit, d'être des frustrés et des jaloux?

Israël en éternel «danger de paix»?

On ne peut rien comprendre à la crise qui sévit dans cette région sans analyser les enjeux stratégiques et économiques qui impliquent une présence militaire américaine toujours accrue. Les États-Unis ne peuvent laisser une Europe unie - susceptible de rallier un jour la Russie ou l'Asie du Sud-Est - tenter de contrôler ce qu'on appelle la «Terre du Centre»: tout ce qui va de l'Arabie Saoudite à la mer Caspienne (en passant, surtout, par l'Afghanistan). Un colossal réservoir d'hydrocarbures!

Les débouchés (gazoducs, pipelines... ) vers les mers chaudes (Méditerranée ou océan Indien) sont indispensables pour contrer ce risque et les projets russes allant vers le nord-ouest. L'Afghanistan s'avère primordial dans cet enjeu. Sinon, pourquoi l'administration américaine, qui définit les «pays voyous» comme étant ceux qui abritent ou produisent les terroristes, n'a-t-elle pas attaqué l'Arabie Saoudite, d'où sont issus 15 des 19 coupables recensés après le 11 septembre?

Pourquoi «Israël en danger de paix»? Eh bien, imaginez que la paix s'instaure vraiment dans la région. Cela impliquerait:

n de ne plus justifier la présence de la flotte américaine dans les mers alentour, ce qui priverait le complexe militaro-industriel américain de centaines de milliards de revenus;

  • d'assécher l'aide financière étrangère censée soutenir l'effort de guerre;

  • de stopper, au moins en partie, le soutien de la diaspora, qui se saigne pour soutenir la patrie «attaquée»... C'est alors que des kibboutz, des fermes et des colonies entières construits dans le désert à l'aide de tant de dollars venus d'ailleurs risqueraient de se transformer en vents de sable.

    Tant qu'il n'y aura pas de réponses dignes de ce nom, les liens entre le 11 septembre, la mainmise américaine sur le pétrole de la «Terre du Centre» et les massacres en Palestine ne pourront être niés Lorsque la vraie démocratie, qui commence par une information complète et indépendante, sera réellement voulue par les puissants de ce monde, alors mon intelligence et celle de bien des humains de cette Terre cessera de se sentir insultée.




    Réplique à Omar Aktouf:

    Quand la rumeur née de l'intuition est érigée en système

    Élie Benchetrit
    Directeur des relations publiques, Communauté sépharade du Québec.
    Le Devoir Le jeudi 25 avril 2002



    Dans son édition du 18 avril, Le Devoir a publié un long article intitulé «Du 11 septembre à l'offensive Sharon».

    Antimondialiste tous azimuts et, tiers-mondisme oblige, antiaméricain à outrance, le professeur Omar Aktouf pose comme prémisse l'équation entre «la démocratie et l'information complète et objective» - l'une n'allant pas sans l'autre - afin d'étayer son raisonnement. Celui-ci est construit autour d'une série de questions, d'après lui restées sans réponses, ayant trait aux attentats du 11 septembre. L'ouvrage de Thierry Meyssan, L'Effroyable Imposture du 11 septembre, vient à point nommé pour conforter l'opinion, voire l'intuition, de M. Aktouf.

    Ce livre, qui relève beaucoup plus de la science-fiction que de la réalité, selon l'avis de nombreux spécialistes de la question, soutient que les attentats du 11 septembre s'inscrivent dans le cadre d'un vaste et obscur complot orchestré par la CIA et les dirigeants du complexe militaro-industriel américain. D'autres rumeurs, véhiculées à partir de pays arabes à travers Internet, prétendaient, sans apporter la moindre preuve, que les attaques sur les tours du World Trade Center étaient ni plus ni moins l'oeuvre du... Mossad israélien.

    Mais parlons un peu du livre de Thierry Meyssan. Venant en tête des meilleures ventes grâce à un plan de marketing médiatique bien orchestré, ce livre expose la thèse fort simple qui consiste à dire que puisqu'il n'y a pas d'images d'avion frappant le Pentagone, il est évident que c'est un mensonge auquel veulent nous faire croire les responsables militaires américains qui ont en fait imaginé cette mise en scène.

    Si nous tenons compte du fait que nous sommes dans la civilisation de l'image, on a souvent tendance à penser que ce qui n'a pas été filmé n'existe pas. Meyssan s'engage donc dans ce créneau que constitue le «déficit d'images» pour imposer sa thèse de façon on ne peut plus sournoise, qui consiste à développer un raisonnement uniquement basé sur des informations fausses.

    Il est fort intéressant de noter - mais est-ce un hasard? - qu'au lendemain de sa participation à la très populaire émission de Thierry Ardisson, Tout le monde en parle, sur TF1, le 16 mars dernier, Meyssan donnait une entrevue exclusive au quotidien al-Hayat, le journal à plus fort tirage de l'Arabie Saoudite, et ce, sans prendre la moindre distance avec les faits qu'il avançait dans son livre.

    Le contexte général se prêtait admirablement à la publication de ce livre, comme le souligne Guillaume Brossard, cofondateur du site Hoaxbuster, spécialisé dans la chasse aux rumeurs sur Internet:

    «Dans un contexte de défiance de l'opinion française, depuis la guerre du Golfe, vis-à-vis de la capacité du gouvernement américain à dire la vérité, la façon dont a été posée la question [de la présence de l'avion au Pentagone] ne pouvait générer qu'une rumeur.»

    Car c'est de cela qu'il s'agit essentiellement: en effet, les rumeurs naissent souvent sur la base d'intuitions qu'on ne prend pas la peine de confronter à l'avis des experts.

    Renaud Marhic, journaliste qui, par le passé, a collaboré au fameux Réseau Voltaire dirigé par Meyssan lui-même, déclare, à propos du livre: «Si L'Effroyable Imposture de Meyssan relève d'un coup de marketing, il est suicidaire.» Ce livre constitue en effet un véritable suicide intellectuel et politique. La rumeur du Pentagone faite best-seller, c'est un coup de pouce, involontaire peut-être, mais un coup de pouce tout de même, aux théories les plus fumeuses.

    Je pense à une forme particulière d'antiaméricanisme, qui correspond selon moi à une pensée d'extrême droite. Je pense aussi au négationnisme, qui se nourrit de la même pensée et qui consiste à dire: c'est techniquement impossible, donc ça n'a pas existé. Quand il s'agit d'expliquer l'histoire par des complots, les scénarios se suivent et se ressemblent.

    J'invite le professeur Aktouf - qui se refuse, comme il l'écrit, «à accepter sans sourciller les thèses de M. Meyssan» mais qu'il a cependant mises en avant comme des références dans son article - à réfléchir à cette remarque de Renaud Marhic: «Force est de constater que la théorie du complot mondial, chère à l'extrême droite, séduit aujourd'hui une certaine gauche, sans doute à la faveur du combat antimondialisation.»

    Il pourra également, s'il le souhaite vraiment, obtenir quelques réponses, à moins qu'il ne les trouve «loufoques», à ses questions sur le site Hoaxbuster.com, où on peut lire les entrevues avec Renaud Marhic, Claude Moniquet, journaliste spécialiste dans le domaine du terrorisme, ainsi que Serge Roche, ancien navigant des compagnies UTA, Air Inter et Air France, qui font part de leurs commentaires à propos du livre de M. Meyssan.

    Mais où veut en venir M. Aktouf qui, mine de rien, passe du coq à l'âne dans son article? Tout simplement au fait qu'Ariel Sharon a profité de la conjoncture mondiale prévalant après le 11 septembre 2001 pour lancer son «offensive» contre les Palestiniens. Comme s'il ne s'était rien passé ni avant ni après cette date, comme si les attentats suicide des dernières semaines n'avaient pas eu lieu, comme si la deuxième intifada n'était pas en gestation avant même la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées, et ce, de l'avis même de responsables palestiniens, comme le rapporte Mamdoh Nofal, conseiller militaire d'Arafat:

    «J'ai constaté que les gamins de l'intifada avaient obtenu davantage avec leurs mains nues que nous avec nos kalachnikovs. C'est pourquoi, quelques jours avant la visite de Sharon sur l'esplanade des Mosquées, lorsque Yasser Arafat nous a demandé d'être prêts à nous battre, j'ai plaidé pour des manifestations populaires massives et contre l'usage des armes. Arafat était convaincu que le déséquilibre des forces serait si intolérable que les Américains, les Européens et les Arabes conseilleraient à Barak de reprendre les négociations.»

    Il est important de relever également cette autre affirmation de M. Aktouf, qui écrit: «L'on sait [qui est ce «on»?] que, chez les Arabes et les musulmans, on ne joue pas ainsi à filmer, à tout bout de champ, les gens et les événements.» Si nous avons bien compris, les cassettes vidéo d'Oussama ben Laden, que la chaîne de télévision du Qatar, al-Jazira, nous a si souvent montrées, seraient donc fausses, et donc tout aussi fausses celles des Palestiniens candidats au suicide qui se font filmer avant d'aller se faire exploser, sans parler des interventions, toujours par vidéos interposées, des dirigeants du Hamas, du Hezbollah ou du Djihad islamique. Pourquoi les Arabes et les musulmans seraient-ils allergiques à l'utilisation des nouvelles techniques de communications, surtout si celles-ci peuvent servir efficacement leur cause? Tout cela serait-il censé faire partie du même complot auquel M. Aktouf croit dur comme fer?

    J'aimerais bien que M. Aktouf m'éclaire à ce sujet car je me refuse moi aussi à accepter les calomnies qui sont déversées, par certains médias interposés, sur Israël et sur les Juifs, ici encore à partir de rumeurs érigées en vérité. N'oublions pas la grande escroquerie médiatique du «charnier» de Timisoara, en Roumanie.

    Quant à cette obsession de la thèse du complot ayant pour toile de fond les enjeux stratégiques et économiques (ressources énergétiques et débouchés sur les mers chaudes) et qui aurait abouti aux attaques du 11 septembre, que penser, sinon que nous sommes encore en présence d'une logique proche de la paranoïa?

    Culture métissée

    En guise de conclusion, je tiens à dire au professeur Aktouf, l'universitaire de renom, le militant convaincu, l'homme enfin, que, comme lui, je viens de l'Afrique du Nord, que, comme lui, j'ai été pétri de culture arabo-musulmane, parallèlement à ma culture juive et française, que je me sens riche de cet héritage culturel métissé que je m'efforce de transmettre à mes enfants et qui m'aide à comprendre l'autre et à le respecter. Qu'avec la majorité de ceux de mes amis et de mes coreligionnaires qui ont vécu la même expérience que moi, je compatis à la douleur des familles des victimes aussi bien juives que palestiniennes de cet effroyable conflit qui nous déchire. Qu'un enfant qui meurt est une abomination en soi et que je crois à ce merveilleux précepte de la foi juive qui dit que celui qui sauve une vie sauve le monde.

    Faudra-t-il continuer à accepter que des enfants continuent de tuer des enfants? Devra-t-on fermer les yeux et laisser encore l'enseignement de la haine se propager dans les écoles palestiniennes, comme c'est le cas actuellement? Laissera-t-on les imams continuer à dévier de l'enseignement de l'islam lorsqu'ils déversent leur flot de haine à l'endroit des juifs lors des prêches dans les mosquées du Caire ou de Gaza?

    «Il y a de la corruption morale dans cette manière de lutter par procuration en exhortant des jeunes à se donner la mort au milieu d'autres jeunes. Et la cause palestinienne en est l'une des victimes, avec les passagers d'un bus ou les clients d'un restaurant un soir de Pâque.» Telle était la conclusion de l'éditorial du Monde du 18 avril 2002.

    Pour réagir au «manichéisme simpliste» auquel M. Aktouf fait allusion, les intellectuels juifs et arabes ont un devoir sacré: celui de dénoncer et de combattre la violence et la haine. Bon nombre d'intellectuels, et non des moindres, juifs et israéliens, s'y emploient depuis bien longtemps. Nous souhaitons ardemment qu'un plus grand nombre d'intellectuels arabes fassent de même: autrement, ce serait à désespérer de notre humanité.