«« TERRORISME

Les mots tuent bien avant les bombes

Stephen Schecter
Professeur au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal
LeDevoir mercredi 17.04.2002

Libre opinion - Le président Moubarak d'Égypte, lors d'une entrevue, a déclaré qu'Israël est une dictature. À diverses occasions, Arafat a affirmé que les soldats d'Israël utilisent des balles contenant de l'uranium réduit, que Barak et Sharon ont planifié d'avance l'élection de ce dernier ou qu'il y a un complot visant à judaïser Jérusalem. Le jour même où Arafat faisait publier un article dans le New York Times affirmant son engagement pour la paix, à Ramallah, il prononçait un discours exhortant son peuple à combattre sans relâche.

Dans la presse égyptienne paraissent des articles accusant des Juifs d'avoir voyagé en Asie et en Afrique pour disséminer le virus du sida. Dans la presse arabe et musulmane, en Égypte, en Arabie Saoudite, en Iran et dans l'Autorité palestinienne, on peut lire les pires calomnies antisémites.

Dans les mosquées palestiniennes, on entend des discours diffusés à la radiotélévision palestinienne où des clercs religieux prient pour que le toit du Parlement israélien tombe sur la tête de ses députés, où ils incitent les fidèles à tuer les Juifs et à monter à Ashkelon, dans le coeur d'Israël, réclamer leurs maisons. Sur le site Web du mouvement Fatah d'Arafat, on pouvait lire comment les assassinats devaient continuer jusqu'à ce que l'État sioniste soit démoli.

Et tout cela n'est que la pointe de l'iceberg quant à la haine au vitriol contre Israël émanant du monde palestinien et des pays l'avoisinant.

Est-ce important ? Il ne s'agit que de mots, après tout, n'est-ce pas ? Hélas, on voit ici comment les mots tuent bien avant les bombes. On voit également comment ces paroles rendent le conflit sans issue, mettant les Israéliens dans une situation sans choix et sans espoir. Comme le disait le député-ministre des Affaires étrangères d'Israël dans son communiqué au monde réuni à Durban, s'il ne s'agissait que des colonies et du territoire, la paix aurait déjà plané sur la région.

Des sondages israéliens démontrent qu'encore aujourd'hui, la majorité de la population israélienne est prête à céder colonies et territoires contre la sécurité. Mais personne en Israel ne croit plus à la parole du leadership palestinien actuel. Et qui peut les blâmer lorsqu'ils sont aux prises avec les paroles incendiaires rapportées ci-dessus, paroles démontrant que ce dont il s'agit ici n'est rien de moins que le refus d'accepter l'existence légitime d'un État juif en Israël ?

Les porte-parole palestiniens justifient leurs attentats en évoquant l'occupation israélienne et le désespoir qu'elle suscite, mais dans les faits, ces actes sont entretenus par le leadership palestinien, attisés par les islamistes radicaux et tolérés, lorsqu'ils ne sont pas encouragés, par les autorités politiques des pays du Moyen-Orient. Et c'est là le grand danger qui guette l'État israélien, danger qui s'est révélé lors de la saisie du bateau Karine A transportant des armes de contrebande pour l'Autorité palestinienne.

Les armes sur ce bateau avaient été achetées en Iran, qui considère Israël comme un cancer qui doit disparaître de la carte du monde. Ces armes comprenaient des fusées pouvant atteindre Tel-Aviv et des explosifs de bombes suicidaires dotées d'une capacité destructrice beaucoup plus grande que celles dont disposent actuellement les homicides suicidaires. Imaginez ce que l'Autorité palestinienne, entité vouée, tout comme l'Iran, à la destruction d'Israël, aurait pu faire avec ces armes. Les morts en Israël se compteraient par milliers au lieu de se compter, comme c'est le cas actuellement, par centaines.

Dans les textes scolaires palestiniens, Israël n'existe pas. Il n'apparaît sur aucune carte. Au contraire, on enseigne aux enfants que leur mission est la libération de toute la Palestine occupée, y compris la partie où existe Israël aujourd'hui. Aucun pays au monde n'accepterait d'armer un voisin qui veut sa destruction.

Et seul Israël a donné aux Palestiniens la base territoriale d'un État futur. Doit-on rappeler au monde que la Jordanie a expulsé Arafat et l'OLP en 1971 en les accusant de vouloir déstabiliser ce pays ? Que le Liban a expulsé Arafat et l'OLP en 1983 après qu'ils eurent semé des dégâts partout dans ce pays ?

Il est temps que le monde entier exige de la part des Palestiniens un comportement digne d'un leadership qui veut établir la paix. Cela veut dire des textes scolaires reconnaissant Israël et prêchant la réconciliation et la paix. Cela veut dire le démantèlement des brigades terroristes liées non seulement aux intégristes islamiques de Hamas et du Jihad mais également celles qui étaient parrainées par Arafat bien avant l'incursion actuelle d'Israël, comme les Brigades al-Aqsa, la Force 17 et les bataillons Tanzim. Cela veut dire un changement de fond en comble dans la culture de haine au vitriol fomentée depuis trop longtemps par le leadership palestinien. Et tout cela ne commencera que le jour où les Palestiniens reconnaîtront que même les Juifs ont des racines historiques à Jérusalem.

Aujourd'hui, 17 avril 2002, l'État d'Israël fête son 54e anniversaire. Il le fête dans la douleur, aux prises avec le plus grand dilemme de son histoire. Il veut établir la paix avec les Palestiniens en leur reconnaissant un État, mais tous les actes et toutes les paroles des Palestiniens depuis Oslo indiquent que l'établissement d'un tel État sera utilisé pour la destruction d'Israël. Israël est un petit pays. Entre Jérusalem et la mer, il n'y a que des dizaines de kilomètres. Il ne peut pas se permettre une seule erreur stratégique, sinon, c'est la destruction.

Les Juifs savent que l'Holocauste a commencé avec un discours de négation du peuple juif, voire de leur humanité, un discours qui politisait l'antijudaïsme religieux traditionnel et le poussait jusqu'à une pratique d'extermination. Le monde occidental le sait également. Il ne doit pas se taire devant la reprise d'un scénario d'extermination au Moyen-Orient. Il ne doit pas se taire s'il est pour la survie d'Israël, pour la survie des Palestiniens, voire pour notre survie à nous tous.