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Les conditions de la paix en Palestine

Catherine Beauchesne, Gabriel Béland, Marc Bonhomme, Sacha Alcide Calixte, Serge Coiteux, Gisèle Denoncourt, Jean-Pierre Duchesneau, Carmen Duplain, Armande Duval, Pierre Klépock, Josée Larouche, Hélène Lévesque, Ginette Lewis, Jacqueline Loiselle, Monique Moisan, Victorien Pilote, Claude Ricard, Jean-Pierre Rivard, Jean-Pierre Roy, Roy Semak
Membres de l'Union des forces progressistes (UFP)
Dans Le Devoir du mardi 26 mars 2002


De basse intensité qu'elle était, la guerre israélo-palestinienne est devenue de moyenne intensité avec ce que cela signifie de supplément de souffrance, en particulier envers les femmes et les enfants. Avant qu'elle ne devienne de haute intensité avec risque d'embrasement de tout le Moyen-Orient, elle doit être arrêtée par un processus de désescalade qui impose un cessez-le-feu immédiat menant à régler le fond du problème.

Le fond du problème, c'est l'occupation et la colonisation de la Palestine par l'Etat d'Israël. Pour réaliser à quel point cette occupation-colonisation est complètement inacceptable pour le peuple palestinien, imaginons un instant que l'occupation du Québec par l'armée canadienne en octobre 70 se soit pérennisée avec établissement de colonies anglophones relevant directement du gouvernement fédéral.

Cette occupation israélienne résulte en politiques de réquisition de terres pour des colonies et pour des fins militaires, en bombardements et en invasions armées, en tueries planifiées des responsables et protestataires palestiniens, en emprisonnements arbitraires et de tortures des prisonniers et prisonnières, en destruction d'habitations, en mainmise sur l'eau qui est une ressource très rare au Moyen-Orient, en asphyxie économique par blocage des frontières, en enclavement et en séparation des villes et villages palestiniens, en sévères restrictions aux déplacements internes et externes des personnes, en refus du retour des réfugiés et en israélisation à petit feu de Jérusalem-Est. L'ensemble de ces politiques équivaut non seulement à créer des réserves indiennes pour les Palestiniennes et les Palestiniens mais, en plus, à les y enfermer et à les y bombarder.

Toute cette injustice, pour ne pas dire toute cette barbarie contre le peuple palestinien serait-elle neutralisée par le terrorisme fondamentaliste et nationaliste contre les civils israéliens? Ce terrorisme des opprimés - qu'il faut cependant distinguer absolument des opérations armées contre les soldats et certains colons miliciens - est certes condamnable moralement et politiquement parce qu'il tue lui aussi des gens innocents, empêche une grande partie du peuple israélien de soutenir la lutte de libération nationale du peuple palestinien et crée un frein à la mobilisation palestinienne elle-même.

Reste que ce terrorisme de desperados n'est que réaction au terrorisme d'Etat d'Israël. I1 est tout à fait absurde de parler du droit de l'Etat d'Israël à se défendre alors que c'est lui l'agresseur, dont les moyens armés sont, en plus, complètement disproportionnés par rapport à ceux du peuple palestinien.

Tous les pays du G 7 refusent de condamner cette conquête et cette occupation et encore moins de soutenir la lutte de libération du peuple palestinien. En particulier, les Etats-Unis soutiennent clairement Israël qui ne fait, après tout, que copier leur comportement contre le peuple afghan tout en assimilant la lutte de libération palestinienne à la lutte contre le terrorisme. Tout au plus entend-on des plaintes à demi-voix - mais en sautant quelques passages de discours! - quand l'armée israélienne se déchaîne sans trop tenir compte des intérêts de ses souteneurs et des répercussions sur leurs opinions publiques. Et quelle hypocrisie de la part des E.-U. d'appuyer à l'ONU le principe d'un Etat palestinien comme ticket pour pouvoir faire la guerre à l'Irak!

En dernier ressort, c'est la politique guerrière de l'Etat d'Israël, soutenue ou tolérée par les pays du G 7, qui maintient le Proche-Orient dans un état de guerre, de militarisation et d'autoritarisme permanent depuis plus de 50 ans. Pour les pays du G 7, le maintien de l'antagonisme israélo-palestinien et israélo-arabe est nécessaire pour justifier leur interventionnisme afin de contrôler le pétrole abondant et bon marché de cette région, pétrole qui est le sang qui coule dans les veines de l'ordre néolibéral.

En conséquence, il faut exiger du gouvernement canadien:

• qu'il appuie l'envoi en Palestine d'une force de protection internationale sous l'égide de l'ONU, que cela plaise ou non à Israël;

• qu'il condamne l'occupation de la Palestine par Israël et demande le retrait immédiat et sans condition de son armée des «territoires occupés» et le démantèlement de toutes les colonies qui s'y trouvent;

• qu'il reconnaisse l'Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, y compris son droit d'accueillir les réfugiés des guerres de 1948 et de 1967;

• qu'il participe à un fonds de reconstruction de la Palestine;

• qu'il signe les accords de Kyoto comme première étape d'une politique anti-pétrole d'efficacité énergétique, de priorité aux transports publics et d'énergies douces.