«« TERRORISME

Réplique au professeur Schecter

Quelle démocratie au Proche-Orient?

Denis Gaumond
Directeur de service, UQAM, Ex-professeur chargé de cours UdeM et ENAP
LD 22.1.2002

Je remercie le professeur Stephen Schecter, pour sa réplique à mon article paru dans Le Devoir du 17 janvier dernier. Nous nous sommes «permis», quelques collègues et moi, par souci d'objectivité, une analyse de son texte. Nous y avons cherché, intrigués, mais en vain, «les mensonges qui tuent» dont il me faisait reproche. Nous n'y avons trouvé que lieux communs, propagande habile, démarche de discrédit et attaques persomelles. Dommage. Ce débat aurait pu faire naître un peu plus de lumière sur les conflits de cette région déchirée de l'humanité.

Le professeur Schecter fait commencer le conflit israélo-palestinien en 1948 lors de l'auto-proclarnation d'Israël. J'en conviens et on peut même reculer davantage. Pour ma part, je faisais référence au problème supplémentaire apporté par l'implantation de colonies israéliennes dans les territoires occupés aprés «la guerre des six jours« de 1967. Tout lecteur sérieux a compris, à la lecture de mon texte, cette référence à 34 ans de conflit que j'évoquais. Est-ce là un «mensonge qui tue?». Si les balles du Moyen-Orient tuaient ainsi, nous aurions la paix là-bas. Et depuis longtemps !

M. Schecter présente ensuite une apologie fantaisiste de la démocratie d'Israël qu'il qualifie «d'exemplaire». J'ai moi-même convenu de la pratique démocratique en Israël. Où est donc mon mensonge assassin? Je maintiens cependant que cette démocratie demeure élective. Elle est devenue un instrument de spoliation et de vengeance étatique envers le peuple palestinien dont l'existence historique est niée par l'Etat juif. (Les quelques commentaires reçus sur le site Internet ledevoir.com à la suite de la parution de mon texte sont particulièrement révélateurs à cet égard). Cela n'a plus rien à voir avec l'esprit démocratique réel. Le professeur prétend, par une pensée magique inouie, que si l'opposition au Fatah d'Arrafat prenait «démocratiquement» le pouvoir, comme cela se passe en Israël, le conflit serait réglé dans la région. Souvenons-nous d'une telle expérience en Algérie. Pourtant, le professeur Schecter sait bien que le Jihad islamique et le Hamas armé constituent l'opposition en Palestine. Nous aurions ainsi deux extrêmes-droites face à face à la même table de négociation. Vous imaginez la poudrière. Ariel Sharon aurait enfin la légitimité internationale voulue pour vraiment étendre le pouvoir absolu d'Israël sur l'ensemble des territoires palestiniens qu'il convoite depuis longtemps afin de faire de la place aux dizaines de milliers de Juifs, en provenance de l'Argentine, économiquement en ruine, où d'ailleurs, qui frappent à la porte de «la Terre Promise». J'invite M. Schecter et les lecteurs du Devoir à consulter, à l'égard de cette stratégie hégémonique d'Israël, le site de madame Tanya Reinhart, professeur à l'université de Tel Aviv à l'adresse suivante: www.globalresearch.ca/articles/RHE112A.html [Israel's move to destroy the Palestinian Authority is a calculated plan, long in the making - by Tanya Reinhart, Professor, Tel Aviv University] La professeure Reinhart s'est dite, par ailleurs, en total accord avec le contenu de mon article. Sans doute le professeur Schecter pourra-t-il la considérer elle aussi comme antisémite à son tour! Car, comme tous ceux et celles qui s'opposent à ce qu'est devenu Israël, je suis à mon tour frappé d'anathème et me voici, comme le chanoine Groulx, Yves Michaud et tant d'autres, classés dans le camp des calomniateurs antisémites. Je surveille du coin de l'oeil, inquiet, la réaction possible de l'Assemblée nationale!

Habile propagandiste, le professeur Schecter évoque encore la généreuse acceptation des partitionnistes israéliens donneurs d'emplois (sic) et, en fin de texte, y va de sa dernière petite phrase câline et se demande si «avec des amis comme M. Gaumond, les Palestiniens ont vraiment besoin d'ennemis». Je le remercie pour tant de tendresse envers les Palestiniens, lesquels, bien sûr, n'ont besoin d'aucun ennemi ni même de celui qui les écrase si inhumainement présentement. Mais ne nous méprenons pas, c'est là fausse sensibilité et acte de diversion. Ici, comme dans l'ensemble de son texte, le professeur Schecter, au lieu de vraiment répondre à mes arguments et aux faits que j'évoque, a préféré profiter d'une belle occasion, utilisant un titre des plus raccoleurs, pour ajouter une brique de plus à l'édifice de désinformation collective et structurée, entrepris dans les médias publics, par les délenseurs d'Ariel Sharon et de sa politique de terre brûlée. Je le remercie d'avoir illustré, avec infiniment plus de talent et d'éloquence que moi, la thèse principale de mon article.