«« TERRORISME

Le conflit israéo-palestinien

La vérité est rarement d'un seul côté

La situation est trop compliquée pour qu'une seule des parties en porte tout l'odieux
MARTIN FRAPPIER
Candidat à la maîtrise en sociologie
Université de Montréal

Dans une lettre publiée récemment en ces pages, Stephen Shecter, professeur de sociologie à l'Université du Québec à Montréal, entreprend de corriger les réflexions de Denis Gaumond concernantle conflit israélo-palestinien. Des réflexions tout aussi «lamentables qu'erronées» que ce dernier aurait eu le malheur de tenir quelque peu avant dans ces mêmes pages. Par la même occasion, il veut aussi corriger les vues d'une «bonne partie de la classe intellectuelle».

Il m'apparaît que cette grandeur intellectuelle elle-même ne se soit pas donné la peine de s'autocritiquer avant de s'attaquer aux autres. Certes les critiques soulevées à l'encontre des propos de Denis Gaumond ne sont pas dénuées de fondement. Il me semble néanmoins que quelque chose sonne faux et creux dans ces propos. Faux d'abord, parce que jamais dans son article, l'auteur ne remet en cause la responsabilité israélienne dans ce conflit et que la situation dans cette partie du monde apparaît beaucoup trop compliquée pour qu'il n'y ait qu'une seule des parties qui en porte tout l'odieux.

A cet égard, puisque monsieur Shecter reproche à Gaumond de ne pas lire les journaux arabes afin de se faire une opinion juste et bonne (lire: conforme à la sienne), je lui soulignerai que Le Monde diplomatique de ce mois-ci publie un excellent article de D. Vidal où il est question de ce conflit et dans lequel est mise de l'avant l'dée que le gouvernement israélien aurait tout avantage à trouver une solution négociée, sans quoi l'existence méme d'un Etat israélien pourrait être compromise pour des raisons essentiellement démographiques. Clairement y sont mises en évidence certaines responsabilités de la partie israélienne, il y est question entre autres des divergences de vues propres à la démocratie, certaines étant plus radicales que d'autres.

Une confusion majeure

Mais à cet effet, comment notre éminent professeur peut-il s'autoriser à déresponsabiliser Israël sous prétexte qu'il y aurait une démocratie solidement ancrée alors que l'opposant ne serait qu'un terreau d'idéologie menant à la terreur? Il semble qu'il y ait là une confusion majeure qui favorise la position de M. Schecter; effectivement, bien que l'idéologie soit peut être plus évidente dans un camp que dans l'autre, il demeure que les canaux par lesquels elle se répand sont multiples et très différents d'un endroit à un autre. Nous devrions nous intéresser à connaître les canaux idéologiques propres à l'Etat d'Israël, du moins ceux mis en branle par les gouvernements qui ont successivement détenu le pouvoir. Ces propos apparaissent donc creux dans la mesure où, oubliant tout un pan de la réalité, ils ne révèlent rien de la véritable situation. En aucun cas la démocratie ne nous garantit l'absence d'idéologie, tout au plus peut-elle la circonscrire.

Sociologue de profession, le professeur Shecter finit sur une grande conclusion sociologique: «Voilà ce qui explique, M. Gaumond, que le conflit dure, car la haine ne fait que récolter la haine», mais il oublie (vraiment?) qu'il y a là une vérité qui va dans un sens comme dans l'autre. Voilà ce qui explique, M. Shecter, que les conflits durent, car trop souvent ils relèvent d'individus incapables d'appréhender les subtilités entre le blanc et le noir; la réalité est d'une complexité étonnante et tenter d'en rendre compte à partir d'un seul bout de la lorgnette, peu importe lequel, me semble être une tâche à la fois malhonnête et trompeuse, du moins pour un véritable intellectuel, c'est-à-dire un intellectuel critique.