«« TERRORISME

Réaffirmer notre solidarité avec le peuple juif et l'État d'Israël

Il faut condamner le terrorisme et l'antisémitisme qui l'inspire
Annette Paquot
Professeur titulaire à l'Université Laval
LeDevoir
Le vendredi 07 décembre 2001

Opinion - Il y a quelques semaines, une école juive a été incendiée à Marseille et, dans la cour de récréation, on a creusé des trous dans lesquels on a caché des clous pour que les enfants s'y blessent en jouant. Des terroristes islamistes avaient planifié de faire sauter une «mégabombe» à Outremont ou dans les environs et voulaient provoquer l'explosion «la plus dommageable possible» pour les nombreux juifs qui vivent dans ce quartier. Et en Israël, la série d'attentats contre des civils continue, presque sans répit, à faire des victimes innocentes: le delphinarium de Tel-Aviv, la pizzeria de Jérusalem... Et samedi soir, place de Sion, les attentats de kamikazes, l'horreur au coeur de Jérusalem, et, ce dimanche 2 décembre, la terreur aveugle à Haïfa...

Les actes de haine s'alignent sur les discours de haine. Nous les avons tous entendus, à Durban, ces slogans abominables dépeignant Israël comme un État raciste et satanique et nous les avons vues, ces pancartes associant l'étoile de David et la svastika. Nous l'avons lu dans de trop rares journaux: les manuels scolaires de l'Autorité palestinienne enseignent à leurs élèves que les Juifs sont par nature «traîtres» et «cupides» et qu'il faut les «expulser» du pays qu'ils ont fait reverdir. Ils leur présentent le martyre comme un accomplissement et les maîtres d'école sont invités à considérer comme un objectif pédagogique d'en faire naître le désir.

Le 14 août, un quotidien montréalais nous apprenait que, dans un défilé de 2000 à 3000 personnes dans la bande de Gaza, il y avait des enfants portant des ceintures d'explosifs factices. On les a vus aussi, très fugacement, sur certains écrans de télévision.

Nous le savons ou nous devrions le savoir: Les Protocoles des sages de Sion, faux antisémite bien connu, sont un succès de librairie dans le monde arabe. Une certaine presse arabe reprend systématiquement, comme en décalque, les pires accusations du vieil antisémitisme européen et du régime nazi: il est question d'Israël qui distribue des bonbons empoisonnés aux petits enfants palestiniens, d'une «matsa [galette azyme] juive faite avec du sang arabe» (al-Ahram, 28 octobre 2000), et l'on a pu entendre à la radio des phrases comme celle-ci: «[...] les temps sont proches où les musulmans combattront les juifs et les tueront, où le juif devra se cacher derrière une pierre ou un arbre, et la pierre ou l'arbre, s'adressant au musulman, lui dira: toi le musulman, toi l'esclave de Dieu, il y a un juif qui se cache là derrière moi, approche-toi et tue-le.» (Radio-Orient, La Mecque, 27 octobre 2000).

La télévision palestinienne

À la télévision palestinienne, le 13 octobre 2000, le lendemain du lynchage de deux soldats israéliens à Ramallah, un ancien recteur de l'université de Gaza a dit: «N'ayez pas pitié des juifs, où qu'ils soient, dans n'importe quel pays. Combattez-les, où que vous soyez. Partout où vous les voyez, tuez-les.» Ce ne sont là que quelques exemples parmi des dizaines d'autres...

Il y a quelques mois, B.-H. Lévy rapportait dans Le Point (8 juin 2001) ces paroles terribles d'un colonel du Fatah: «Nous aimons beaucoup plus la mort que les juifs n'aiment la vie.» Comment ne pas les rapprocher de celles d'un lieutenant d'Oussama ben Laden qui disait récemment que «des milliers de jeunes de notre nation veulent autant mourir que les Américains veulent vivre»? Le discours est le même, et le mode de combat, la bombe humaine qui sème la terreur, aussi.

Beaucoup d'entre nous ont tenu à manifester leur solidarité avec l'Amérique attaquée par la haine. Au delà de toute considération politique, c'est là un geste de simple dignité humaine, l'affirmation de notre foi commune en la liberté et de notre désir de défendre la démocratie: un non au terrorisme et un oui au citoyen libre et à la vie choisie. Nous devons affirmer clairement la même solidarité envers le peuple juif, qui partage ces valeurs et, agressé par les mêmes ennemis, les applique en Israël envers et contre tout. Car - et il ne devrait pas être nécessaire de le répéter - Israël est une démocratie: n'importe qui peut s'assurer qu'y règnent le pluralisme et la liberté d'expression, que les élections y sont libres, que les citoyens y votent selon le principe «une personne, un vote», qu'il s'y pratique l'alternance du pouvoir, que des Arabes siègent au gouvernement, à la Knesset et à la Cour suprême. Que la liberté de culte y est totale. Que la population israélienne elle-même est incroyablement bigarrée et diverse, par la langue, la couleur, les coutumes, la culture. On ne peut en dire autant de ses ennemis.

J'allais écrire: «Israël, qui est en butte à la même haine». Ce n'est pas exact. La haine qui motive les terroristes du Hamas et du Jihad islamique est politique, certes, comme celle qui a anéanti les tours de New York et leurs occupants: fasciste et totalitaire dans son essence, elle vise la société ouverte dans son mode de vie libre et ses valeurs de pluralisme. Mais elle est pire encore, si c'est possible: elle réanime des démons qui, on veut le croire, ont été écrasés en Occident et que l'histoire du XXe siècle devrait nous avoir appris à reconnaître: un «racisme de guerre», qui veut la destruction de l'État d'Israël non seulement parce que cet État est une sorte d'avant-poste de l'Occident démocratique dans l'Orient des dictatures islamiques mais surtout parce que c'est l'État du peuple juif. Comme on peut le constater par les quelques exemples que j'ai cités ci-dessus, les méfaits que cette propagande lui impute sont indissociables de la nature malfaisante qu'elle attribue aux juifs.

Les masques sont donc tombés et on ne peut l'ignorer: les terroristes palestiniens s'en prennent explicitement à Israël parce qu'ils ne veulent pas, n'ont jamais voulu, d'un État juif. Qui osera encore prétendre maintenant que, dans ce conflit, il faut distinguer entre l'antisionisme et l'antisémitisme, et que l'antisionisme est plus légitime que l'antisémitisme qui a fait la honte de l'Europe?

Comprenons-nous bien, il ne s'agit pas ici de tomber dans le travers que je dénonce et de tenter de disqualifier radicalement et de diaboliser absolument l'autre partie, l'ensemble de la population palestinienne, qui ne mérite certes pas d'être confondue avec ses segments les plus extrémistes. Il s'agit de condamner le terrorisme et l'antisémitisme qui l'inspire. Point. Nous ne pouvons continuer à nous taire et, si nous le faisons, notre silence pourra être interprété comme de l'indifférence ou de la désinvolture. Pire: comme un consentement. Un consentement à l'abomination ne peut être que moralement ignoble et politiquement désastreux.