«« TERRORISME

Et vous osez me demander solidarité avec Israël, l’amnésique...

Quand le terrorisme d’état s’oppose au terrorisme du désespéré. Denis Gaumond
Directeur de service, UQAM, Ex-professeur chargé de cours UdeM et ENAP
Vigile 13.12.01


Malgré le matraquage médiatique sur le dossier, s’il est une guerre méconnue ou plutôt mal connue, c’est bien celle de la Palestine actuelle. Cette méconnaissance est due en grande partie à l’ennui qu’amène la répétition. Cela fait trente-quatre ans que ça dure ! Mais la raison première n’est pas le ras-le-bol des populations. Cette méconnaissance est essentiellement due à la force terrifiante de la désinformation répandue par les représentants israéliens partout à travers le monde grâce à une utilisation des plus structurée et des plus compétente des médias populaires. Le dernier article du professeur Annette Paquot de l’université Laval, (Le Devoir, 7 décembre 2001), en est un autre exemple des plus révélateurs.

En effet, Mme Paquot évoque, en roue libre, les horreurs perpétrées contre Israël et les Juifs de ce monde. Elle y inclut même les projets d’attentats non réalisés, comme pour grossir l’effet recherché, dénonçant, entre autres, la « mégabombe » prévue à Outremont, s’inquiétant du sort possible des Juifs de ce coin de Montréal, mais passe sous silence le sort éventuel des autres Montréalais fortement majoritaires en ce coin de la ville. Mais cela, quoique éclairant sur la conscience sociale exclusive de l’auteur, ne suffit pas ! Mme Paquot, à l’instar de ses congénères médiatiques en mission, y va d’une panoplie d’exemples tout aussi macabres que précis. Fort justes probablement. Jamais cependant le professeur Paquot ne s’interroge sur les raisons de tels actes de désespérés. Et, plus inquiétant encore, jamais Mme Annette Paquot n’évoque ou ne fait référence aux actes meurtriers, barbares et colonisateurs accomplis par les défenseurs de la noble cause israélienne. Mais là où la fumisterie bat tous les records, c’est quand elle évoque, à l’instar de son maître à penser Ariel Sharon, le drame américain du 11 septembre 2001, pour justifier les bombardements dévastateurs perpétrés par les Juifs israéliens contre les Palestiniens. Et elle nous invite « à affirmer notre solidarité envers le peuple juif... envers et contre tout ». Même si toute perte humaine m’attriste et me désole au plus haut point, je ne peux m’empêcher de voir dans ce texte autre chose qu’un triste élément de plus d’une « propaganda machina » bien huilée, une affligeante utilisation de la souffrance humaine, un douloureux détournement de démocratie, si solennellement évoquée dans son texte, et une action structurée de désinformation, arme subtile et vicieuse du belligérant nanti.

Comme Mme Paquot m’invite à la parole, laissez-moi, avec mes torts et mes travers sans doute, présenter à mon tour, sans surenchère ni esprit revanchard aucun, une autre facette de la triste réalité de cette guerre injuste où s’opposent, à des chars d’assauts, des hélicoptères et des avions ultra-modernes et super armés, quelques tire-pierres inoffensifs aux mains d’enfants désabusés et dont le seul avenir valorisant est en train de devenir l’attentat suicide. C’est David contre Goliath, mais à contre-camp. Ce sont les Panzers de l’armée allemande d’occupation, contre le ghetto de Varsovie, encore à contre-camp. Quel lamentable renversement de l’Histoire. Quelle triste amnésie d’Israël. Je ne peux répondre ici à toutes les inférences de Mme Paquot, cependant, qu’il me soit permis de mettre en évidence certains éléments qu’elle a malencontreusement omis de mentionner.

Mme Paquot évoque avec fierté la démocratie pratiquée en Israël. On peut en convenir jusqu’à un certain point sans doute. Mais, la démocratie c’est plus que quelques élections et une certaine participation aux institutions locales. C’est aussi le respect des autres organes démocratiques reconnus dans le monde par exemple. Jusqu’à maintenant pourtant, Israël a refusé de reconnaître et d’appliquer au moins quatre résolutions de l’ONU toutes favorables aux Palestiniens: la 242 en 1967 qui demande à Israël « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés », la 338 en 1973 qui réaffirme la 242, la 3236 en 1974 qui réaffirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d'où ils ont été déplacés et déracinés, et demande leur retour » et le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, et dernièrement, la 1322 en octobre 2000 qui « condamne les actes de violence, particulièrement le recours excessif à la force contre les Palestiniens, qui ont fait des blessés et causé des pertes en vie humaine » et « déplore l'acte de provocation commis le 28 septembre 2000 au Haram al-Charif de Jérusalem, de même les violences qui ont eu lieu par la suite ainsi que d'autres lieux saints. ».

Ces derniers temps, la démocratie israélienne cherche à immobiliser Yasser Arafat, chef du Fatah et représentant mondialement reconnu des Palestiniens. Israël refuse de reconnaître le droit des Palestiniens à avoir un pays alors que le Fatah a reconnu ce droit à Israël. Comment peut-on considérer comme démocratique l’implantation de colonies juives en Cisjordanie (155,000 colons), 6,000 à Gaza, 164,000 à Jérusalem-Est, 17,000 au Golan, puisque ces territoires ont été pris par les armes ? Ces implantations sont au coeur même du conflit actuel. Combien de maisons palestiniennes rasées au bulldozer pour construire ces colonies ? Combien de meurtres de Palestiniens, même encore enfants, pour délimiter et s’approprier indûment une zone sécuritaire élargie autour de ces colonies ? Et que dire du premier ministre actuel qui a rejeté, sans aucune exception, toutes les propositions de paix négociées par ses prédécesseurs, même les accords de Oslo où Arafat a cédé plus de 75% de la Palestine historique. Je passe sous silence l’assassinat de Yitzhak Rabin, en novembre 1995, par l’extrême-droite aujourd’hui au pouvoir en Israël. Est-ce là réellement l’image d’une saine démocratie ?

Le professeur Paquot dénonce les bombes humaines, ces kamikazes de la résistance ultime mais ne souffle mot des assassinats ciblés, des exécutions sommaires et des enfants innocents tués par les Juifs d’Israël en Palestine. Le terrorisme d’État, tel que pratiqué par Israël, repose sur une logique militaire où le plus fort doit gagner, où la légitimité ne se trouve que de son bord, où les autres doivent mourir et meurent en effet. Depuis le début de cette dernière Intifada, pour chaque Israélien tué par ces « terroristes », Jean Moulin dirait ces résistants, plus de 7 Palestiniens, chiffres à l’appui, furent assassinés en retour par Israël. Qui donc ici est le pire terroriste ? Ce pauvre fou suicidaire incontrôlable qui n’a que le suicide pour appeler à l’aide, ou l’État structuré, organisé, tout-puissant qui planifie et exécute de sang-froid ses crimes à l’abri de ses armures modernes? Vaut-il mieux être jetés dans des ghettos ou des camps de réfugiés, voir ses villes bouclées, ses voyageurs ralentis, arrêtés des heures inutilement aux multiples barrages routiers, humiliés, mis en joue souvent, affamés, traités comme des moins que rien ? Voilà un peuple nié, battu, à l’exigu et spolié au profit de quelques colonies en territoire conquis. Et Mme Paquot qui nous demande solidarité !

Il y a bien sûr ce tout dernier petit paragraphe où le professeur Paquot nous invite à ne pas mettre tous les Palestiniens dans le même camp précisant qu’ils ne sont pas tous du Hamas ou du Jihad. Cette déplaisante et malhonnête manière de se dédouaner en fin de texte est le geste écrit le plus irresponsable et le plus détestable qui soit. Il laisse entendre, derrière une fausse candeur, que la souffrance du peuple palestinien n’est que dommage collatéral et qu’en dehors du Hamas et du Jihad, tout va pour le mieux là-bas. Quelle technique honteuse et déshonorante mais tout à fait propre à toute pratique de désinformation.

Usurpant la juste riposte américaine en Afghanistan, suite aux attaques inqualifiables du 11 septembre 2001, profitant même honteusement de la situation, les Juifs d’Israël placent les USA en position inconfortable que même le plus puissant des lobbysmes ne pourra contenir encore longtemps car, historiquement, nous savons tous que le support américain a ses limites. Les USA n’ont-ils pas soutenu et armé Saddam Hussein pour ensuite se retourner contre lui ? Et que dire de leur appui aux Talibans à qui on a offert un tapis d’or en Allemagne, à Bonn, au château de Petersberg, soit le même édifice où s’est constitué le nouveau gouvernement Afghan, juste avant le 11 septembre 2001, pour ne citer que ces récentes situations? Malgré la forte influence des dollars et politiciens juifs américains, tout observateur externe inviterait à la plus grande des prudences à cet égard. La patience américaine arrive à terme. C’est hélas là que se situe la survie de la Palestine et c’est là que moi je placerai ma solidarité, comme mon père l’a fait auprès de Ben Gourion, Golda Meir et les autres dès 1948. Lui aussi croyait, comme eux, que tout peuple a droit à son pays.