Le pari de Parizeau

Michel David
Le Devoir samedi 4 février 2006

Ma chronique de jeudi figurera sans doute en bonne place dans mon mea-culpa de fin d'année. Toute interprétation d'un sondage défectueux comme le dernier CROP-La Presse le devient nécessairement elle-même.

Contrairement à ceux qui font de la politique, un chroniqueur peut difficilement refuser de commenter les sondages ou se contenter de patiner. Je ne peux donc donner aucune garantie pour l'avenir. Ce sont les risques du métier. Heureusement, je sais pouvoir compter sur la vigilance des lecteurs du Devoir pour me le rappeler au besoin.

Peu importe les chiffres de CROP, je demeure d'avis que le résultat des élections du 23 janvier représente en soi un sérieux défi pour le camp souverainiste. Que le OUI se situe à 44 ou à 41 %, cela se rapproche beaucoup de la fourchette de 40-43 % à l'intérieur de laquelle il a oscillé pendant les cinq années qui ont précédé l'éclatement du scandale des commandites.

On est très loin des 55 % dont CROP le créditait en juin dernier. L'esprit du «beau risque» demeure bien vivant chez une partie significative de la population. Évidemment, on peut toujours faire l'hypothèse que CROP avait volontairement gonflé les chiffres pour mieux déstabiliser le camp souverainiste par la suite ! Le climat semble être à la paranoïa ces jours-ci.

S'étant réfugié dans le mutisme le plus complet tout au long de la campagne électorale, Jacques Parizeau avait toute latitude pour évaluer, sans risquer de se contredire, la portée de l'ouverture faite par Stephen Harper. L'analyse qu'il en a faite jeudi à l'Université Laval devrait convaincre les souverainistes qu'ils auraient tort de la prendre à la légère.

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Contrairement à André Boisclair, M. Parizeau n'a pas cherché à minimiser les engagements pris par M. Harper dans son discours du 19 décembre devant les membres de la Chambre de commerce de Québec. Au contraire, il a trouvé la plate-forme conservatrice «extraordinaire» en ce qui concerne le Québec. C'est même à se demander s'il n'exagère pas un peu.

L'ancien premier ministre fait plutôt le pari que le Canada anglais n'acceptera pas de faire une place au Québec au sein des organismes internationaux, comme il n'avait pas accepté qu'il soit reconnu comme «société distincte» dans l'accord du Lac-Meech. Au bout du compte, malgré toute sa bonne volonté, M. Harper sera aussi incapable de livrer la marchandise que Brian Mulroney l'a été, croit M. Parizeau.

Jean Lapierre fait exactement la même analyse quand il dit craindre qu'après avoir promis mer et monde aux Québécois, M. Harper affaiblira encore plus la cause du fédéralisme s'il ne respecte pas ses engagements. Faut-il comprendre que M. Lapierre tentera maintenant de convaincre ses collègues libéraux d'appuyer le gouvernement conservateur dans sa démarche ?

Il est vrai qu'en ce qui concerne l'UNESCO, M. Harper en a mis plus que le client en demandait. Le gouvernement Charest se serait contenté d'une place au sein de la délégation canadienne alors que le chef conservateur a promis d'accorder au Québec le même statut qu'au Sommet de la Francophonie. Encore faudrait-il s'assurer que l'UNESCO le permette.

Des voix s'élèveront certainement au Canada anglais pour s'indigner de ce crime de lèse-souveraineté canadienne, mais il se peut aussi qu'on y comprenne que l'encadrement imposé au Québec le rendrait bien inoffensif et qu'il s'agirait d'un bien petit prix à payer pour renforcer l'unité du pays.

On peut penser que M. Harper se montrera d'autant plus déterminé à vaincre les résistances que le Québec pourrait bien devenir la clé d'un éventuelle majorité conservatrice à la Chambre des communes. Le nouveau premier ministre donne l'impression d'être un homme qui sait très bien ou se trouve son intérêt.

M. Parizeau reconnaît avoir eu peur pendant la période de Meech et Charlottetown. Pour le camp souverainiste, une entente qui aurait permis le retour du Québec dans le giron constitutionnel aurait été catastrophique. M. Parizeau a finalement gagné son pari, mais l'histoire ne se répète pas nécessairement. Il arrive même qu'on apprenne de ses erreurs et, d'un point de vue fédéraliste, le rejet de l'accord du Lac-Meech en était manifestement une.

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M. Parizeau prévoit avec raison que la correction du déséquilibre fiscal sera une «longue et grosse opération» et se demande si sa condition minoritaire laissera suffisamment de temps au gouvernement Harper.

S'il a simplement besoin de temps, les Québécois pourraient très bien décider de lui en donner. Pour peu qu'il commence à donner des preuves de sa bonne foi, d'autres régions risquent d'imiter celle de Québec lors des prochaines élections. À voir les gros candidats à la succession de Paul Martin se désister les uns après les autres, la reconstruction du Parti libéral pourrait être longue.

Comme on dit, il faut être deux pour danser le tango. Si les Québécois choisissent d'accorder du temps à M. Harper, ils devraient logiquement s'assurer qu'il ait en face de lui un interlocuteur intéressé à collaborer. Il serait contradictoire de lui donner le mandat de renouveler le fédéralisme et de donner au PQ celui de tenir un référendum sur la souveraineté. Bien entendu, cela suppose que le gouvernement Charest donne aux électeurs un minimum de satisfaction d'ici la fin de son mandat.

M. Parizeau a reproché au Bloc québécois d'avoir adopté une stratégie trop négative pendant la campagne fédérale et trouve inquiétant que le PQ n'insiste pas plus sur les avantages de la souveraineté.

La chose lui avait peut-être échappé, mais cela fait dix ans que le mouvement souverainiste carbure à l'indignation. Il est vrai qu'il y a eu de la matière : le renvoi en Cour suprême, l'Union sociale, la Loi sur la clarté, le scandale des commandites, Option Canada, CROP... On peut comprendre que Gilles Duceppe et André Boisclair soient un peu déconcertés par un homme qui ne semble pas animé d'intentions guerrières.

mdavid@ledevoir.com




À démontrer

Josée Boileau
Le Devoir vendredi 3 février 2006

Pour mesurer l'impact du service de garde à tarif réduit offert au Québec, il faut tenir compte de ses objectifs: avoir des infrastructures qui favorisent le développement des jeunes enfants et aider les mères à accéder au marché du travail. Toute autre considération est non avenue. À moins que, sous couvert d'étude scientifique, on ait un message bien idéologique à faire passer...

L'étude sur le programme de garde québécois rendue publique mercredi par l'institut CD Howe ne touche pas au développement cognitif des enfants : il est trop tôt pour avoir des données à ce sujet, indique-t-on. Par contre, il est facile de mesurer l'impact sur les mères.

Or le résultat est plus que clair. C'est même le seul de l'étude dont l'assise est inébranlable : le nombre de mères en emploi a grimpé de 21 % au Québec entre 1994 et 2002, contre 9 % dans le reste du Canada, et le tarif des services de garde a joué un rôle déterminant. Ceci n'a rien de surprenant; comme nous l'avions déjà écrit, c'est le syndrome «chérie, avons-nous les moyens que tu retournes travailler ?». Oui, mon amour !, répond collectivement le Québec depuis la création des CPE, en 1997.

Et la réponse a été entendue, ce qui profite à toute la société puisque, toujours selon l'étude menée par Kevin Milligan et ses deux collègues, la contribution des Québécoises a dopé les impôts et le programme a sorti les services de garde du travail au noir. Le bonheur pour des économistes.

Sauf qu'ici, nos économistes ont décidé de se faire aussi psychologues : mais qu'en est-il donc du bonheur des familles ? Bonne question : êtes-vous heureuses, familles québécoises, de pouvoir compter sur des CPE plutôt que sur le travail au noir ou sur des garderies hors de prix ? Et vous, mamans albertaines ou ontariennes, que feriez-vous si vous disposiez d'un service de garde à 5 ou 7 $ par jour ?

On ne le saura pas car l'hypothèse de travail des auteurs était tout autre : «Il est possible que le temps passé en service de garde, avec plusieurs enfants par éducatrice, soit plus mauvais pour les enfants que le temps passé avec ses parents à la maison.» Quelqu'un doute-t-il de la conclusion ?

Pour bien faire passer le message, on a donc mis en relief des données sur l'agressivité des enfants ou sur la déprime des mères, données à prendre avec mille pincettes -- les auteurs eux-mêmes le reconnaissent -- mais qui font courir les journalistes. Et la quasi-totalité se sont laissés aveugler par de supposées hausses fulgurantes de comportements déviants sans s'arrêter sur leur véritable proportion. Ainsi, le taux d'enfants ayant des comportements agressifs est plus élevé au Canada qu'au Québec. Pourtant, on n'y trouve pas de méchants CPE... Or l'étude, si vite sur la gâchette quand il s'agit du Québec, ne dit pas qui blâmer.

Pas un mot non plus sur la vraie vie : le fait, par exemple, que les CPE sont de formidables détecteurs de problèmes familiaux, comme le souligne l'actuelle commission parlementaire sur la Protection de la jeunesse. Ou encore le fait que dans ce Québec où frères et soeurs se font rares (25 % des familles n'ont qu'un enfant, et 46 %, deux), le service de garde ne met au jour que ce que les «grosses familles» (trois enfants et plus !) vivent au quotidien : «Lâche ton frère, tu vas l'assommer !»

Mais que souhaite-t-on ? Revenir au temps béni où les hôtesses de l'air devaient quitter leur travail en se mariant, où les enseignantes perdaient leur ancienneté au moindre congé de maternité, où toute étudiante en droit, même dans les années 80, savait qu'elle devait répondre non au cabinet d'avocats qui, en entrevue, lui demandait si elle voulait avoir des enfants ? Bref, démontrer l'absolue incompatibilité de l'emploi et de la maternité ?

La conclusion de l'étude, elle, donne une piste : peut-être que, sur la foi de telles données, on verra «ultimement diminuer le recours aux services de garde subventionnés». Quelle avancée !

jboileau@ledevoir.ca




Harper échouera comme Mulroney, analyse Parizeau

Robitaille, Antoine
Le Devoir vendredi 3 février 2006

Québec - Le nouveau premier ministre canadien Stephen Harper aura bien du mal à faire accepter au Canada anglais les changements qu'il a promis au Québec, a pronostiqué l'ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau hier. Pis encore, il échouera très probablement à réformer le Canada dans le sens des aspirations du Québec, à l'instar d'un autre chef conservateur, Brian Mulroney.

C'est lors d'une conférence de presse qui a précédé une allocution prononcée devant environ 500 étudiants à l'Université Laval que l'ancien chef souverainiste a livré à la presse son analyse de l'actualité politique. Il s'était presque abstenu de le faire depuis quelques mois en raison de la course à la direction du Parti québécois et des élections fédérales.

Outre ses pronostics au sujet de Stephen Harper, l'ancien chef a souligné que le Bloc québécois, lors de la campagne électorale qui vient de prendre fin, avait opté pour une stratégie trop négative et pas assez précise sur la question de la souveraineté. Quant au nouveau parti de gauche souverainiste qui naîtra demain et dimanche à Montréal de la fusion de l'Union des forces progressistes (UFP) et d'Option citoyenne (OC), il y voit un «échec» de la part du Parti québécois, une déplorable «rupture de dialogue».

L'élection de Stephen Harper est loin de boucher l'horizon pour les souverainistes, a dit M. Parizeau, puisqu'elle ramène le pays à des «conditions assez analogues» à celles de l'époque de Meech et Charlottetown (1987-92). Ce fut une période au cours de laquelle on a vraiment tenté de «renouveler» le fédéralisme et où une telle chose s'est révélée «impossible», a-t-il souligné. Il a rappelé que tous les premiers ministres avaient appuyé ces deux accords constitutionnels «dont personne ne parle plus aujourd'hui» et que «c'est l'opinion publique qui les a battus». M. Parizeau a rappelé qu'à l'époque, il avait fait le pari «que le Canada anglais n'accepterait jamais» ce qu'il y avait dans ces deux accords. «J'aurais pu perdre. Ç'a été parmi les années les plus difficiles que j'ai connues. Mais le pari a réussi.»

Aujourd'hui, il fait le même pari à l'égard des promesses de Harper. On doit reconnaître que ce premier ministre «est de bonne foi quand il cherche à faire la paix avec le Québec», note-t-il, tout comme Brian Mulroney l'était. À l'instar du petit gars de Baie-Comeau, Harper «ouvre des dossiers majeurs».

Ce sont notamment des «affaires de gros sous» très complexes. «Dire: "on va arranger le déséquilibre fiscal", c'est une longue et une grosse opération», souligne celui qui a été le grand argentier de René Lévesque (ministre du Revenu de 1976 à 1979, président du Conseil du trésor de 1976 à 1981 et ministre des Finances de 1976 à 1984). Selon lui, «ça va prendre pas mal de temps, ne serait-ce que de définir les enjeux». Or les conservateurs, minoritaires, «auront-ils assez de temps?», s'interroge M. Parizeau.

L'autre champ miné, ouvert par le nouveau premier ministre Harper, est celui de la place du Québec dans le monde. «Ce qui est offert dans le programme conservateur est extraordinaire, estime-t-il. Ça concerne les ententes bilatérales, multilatérales, continentales et internationales. C'est un champ immense!»

Mais là aussi, Jacques Parizeau fait le pari que le reste du Canada n'acceptera jamais que les provinces en général et le Québec en particulier investissent ce domaine. «Surveillez les relations internationales», a laissé tomber l'ancien premier ministre avec un sourire narquois en fin d'allocution. «Ici, il est bien possible qu'il y ait un os. [...] Ça va être difficile de faire accepter par le Canada anglais un statut particulier du Québec» dans ce domaine. En effet, Stephen Harper a entre autres promis que le Québec aurait, à l'UNESCO et au sein d'autres instances comme le Bureau international du travail, un statut comparable à celui qu'il a obtenu à la Francophonie (c'est-à-dire celui de «gouvernement participant»). «On verra bien, remarquez, je ne veux de mal à personne», a-t-il ajouté avec ironie avant de déclarer: «Si Achille a un talon, le talon, il est là.»

Bloc

Pour les souverainistes, au dire de M. Parizeau, il faut maintenant décortiquer le programme conservateur. «Ça devrait être une lecture obligatoire. Il y a aussi le discours du 19 décembre de Stephen Harper à Québec. Je n'arrive pas à le trouver. Je remue mer et monde pour le trouver. Si quelqu'un dans l'assistance en a une copie quelque part, auriez-vous l'obligeance de la faire circuler? Ça va être un document qui va avoir un long avenir», prédit M. Parizeau.

En somme, un nouveau défi se présente aux souverainistes. Il faut revoir les stratégies, dit-il, semblant contredire ce que le chef péquiste André Boisclair a affirmé cette semaine. En tout cas, celle adoptée pendant la dernière campagne n'a pas été concluante. «Si vous me demandez si c'est une bonne stratégie, ben non, ce n'est pas une bonne stratégie.» Plus tôt cette semaine, en entretien au Devoir, il avait précisé qu'en campagne électorale, il faut dire aux gens où on s'en va, la manière dont on fera les choses. «Vous savez, les idées mènent le monde! Oui, en politique, il peut y avoir un peu d'hommerie. Mais on ne peut pas se contenter de dire: "Ta mère est laide et ton père est niaiseux".» La force de Harper a justement été de réduire au maximum la portion «hommerie» de son message et de se concentrer sur les idées.

Par ailleurs, selon l'ancien chef péquiste, «à partir du moment où Ottawa ouvre sur l'international», le rôle du Bloc est de plus en plus important. «Il est dans son élément plus que le Parti québécois. Le Bloc [...] comprend très bien la portée de ce qui s'en vient.» M. Parizeau en veut pour preuve une initiative du parti de Gilles Duceppe qui a contraint la délégation canadienne à la conférence de Hong Kong à sauver la gestion de l'offre en agriculture. Au reste, alors que l'international prend une importance sans précédent pour le Québec, M. Parizeau trouve toutefois déplorable que le premier ministre Jean Charest se soit empressé, sitôt arrivé au pouvoir, d'abolir l'Observatoire sur la mondialisation.

Mystère

Par ailleurs, M. Parizeau ne voit pas de grand mystère dans le comportement électoral des habitants de Québec. Sauf en ce qui a trait au rôle de la radio: «La radio québécoise, je n'y ai jamais rien compris. Pour moi, c'est un livre fermé.» Il considère que le vote est davantage volatil à Québec qu'il l'est ailleurs et que lorsque «des souverainistes prennent des sièges à Québec, ils les prennent tous. Et quand ils prennent une débarque à Québec, ils prennent une vraie débarque!». À ses yeux, cette volatilité démontre une «certaine sagesse»: les gens de Québec veillent à leurs intérêts. Pour les forces souverainistes, cela rend nécessaires certains changements. Il est urgent que le parti se donne «un programme qui a une coloration de Québec, qui soit marqué et développé à cet égard». Aussi, il est temps, selon lui, «que des leaders [souverainistes] se lèvent dans la ville de Québec».

Option Canada

Enfin, M. Parizeau s'est réjoui des révélations des journalistes Normand Lester et Robin Philpot à propos d'Option Canada. C'est selon lui «la première preuve qu'on a que le gouvernement fédéral a violé les lois du Québec et a collaboré, ou menti, au camp du NON. Et tout cela sera clarifié», a-t-il dit. Ce qui l'a amené à faire cette remarque, adressée à Ottawa: «On ne peut pas écrire une loi fédérale sur l'imputabilité [comme Stephen Harper l'a annoncé] sans s'occuper de choses comme celle-là.»




Parizeau carries message for Boisclair

JOSÉE LEGAULT
The Gazette 3.2.2006

After months of silence, the good soldier is back. Yesterday, Jacques Parizeau held a news conference on what the federal election results could mean for sovereignists.

It was an event in itself. Not only does Parizeau rarely hold a news conference, he actually closed his office last fall, leaving some to believe he was preparing to slowly fade out of the public eye.

His sortie shows he senses Stephen Harper's "open federalism" could pose a threat to the sovereignist camp, although it's too early to know what the precise impact will be. But he obviously felt the need to address the issue publicly.

Parizeau sent out a few important messages. One was to PQ and Bloc members. As was the case with Brian Mulroney and the Meech Lake Accord, he asked them to accept the fact Stephen Harper's open hand to Quebec is offered in good faith.

Parizeau, asked party members to read and analyze the Tory platform with great attention and closely follow what Harper does.

A few messages went to Harper himself. About his open federalism, Parizeau reminded him how well the Meech process had started out and how badly it unfolded, all the way to the nearloss of the No side in the 1995 referendum.

He recalled it was public opinion in English Canada that turned against the minimalist "distinct-society" status. Who knows if the same thing will happen with Harper's proposal to grant a greater role to Quebec in certain international forums?

On Harper's federal Accountability Act, intended to clean up politics, Parizeau asked a crucial question: When will the new federal government be open on whether it intends to respect Quebec's referendum law that the previous government seems to have violated?

On remedying the fiscal imbalance, his message to the new prime minister was brief. "It's a very long and big operation." But through it all, the one person he was really addressing at his press conference was André Boisclair. And he did it in classic Parizeau style - the same way he did when his two other successors, Lucien Bouchard and Bernard Landry, each became leader of the PQ.

Parizeau cares little for personalities. He's a devoted party man. The good soldier in him comes out when he pledges his support to the new PQ leader. Yesterday, he over did it a bit: "In a certain sense, Boisclair is doing even better than I did" when he became leader in 1988. Sure...

But it's difficult to get the former general but of the good soldier. With Parizeau's traditional pledge of loyalty toward a new leader came the warnings and the advice of the man who remains the leader Péquistes respect the most.

So if the new leader fails to follow the advice, chances are Parizeau will withdraw his support faster than you can say "winning conditions."

Yesterday, he criticized the PQ for not "putting forth the advantages of sovereignty sufficiently". Instead of explaining clearly what independence would offer Quebecers, it's as if the PQ brings up sovereignty only when it's under attack - a strategy for which Parizeau also reproached Bouchard and Landry.

But Parizeau's main warning to the PQ's leader was in his explanation of the Tory surge in Quebec: "What happened is that a clear platform with fairly precise ideas filled a void. It was difficult to imagine that we could indefinitely ask people to choose between corruption and sovereignty - especially one that's not always clearly expressed."

Here, Parizeau returns with the one message he's been carrying since the referendum loss of 1995: Bring the PQ's option out in the open, promote it, define it clearly for Quebecers and do not waver on the commitment to hold a referendum if elected.

Facing Harper's simple but dear open federalism, Parizeau request for clarity is not gratuitous.

The times, they are a changing in Ottawa. Tory MP Chuck Strahl sent out a memo informing other MPs of a "unique, valuable and practical conference coming to Ottawa." It's called Navigating the Faith/Political Interface and "is designed to assist faith-oriented Canadians to participate responsibly in Canadian politics."

It's conducted by the Manning Centre for 'Building Democracy headed by former Reform Party leader Preston Manning. Workshops include such themes as Social Gospel and the Public Good, Traditional Approaches to the Faith/Political Interface; Lessons from the Life and Teachings of Jesus; Lessons from the lives of Biblical Characters who Lived at the Interface of Faith and Politics.

Everyone has a right to their faith. But should politics and faith meet so closely? It's a fascinating question.





CONSULTATIONS PRÉBUDGÉTAIRES

Michel Audet compte s'attaquer à la dette

Lessard, Denis
La Presse vendredi 3 février 2006

Québec - Le prochain budget comprendra des mesures pour endiguer le problème de l'endettement collectif du Québec, mais il n'est pas question d'une offensive tous azimuts pour éponger les 117 milliards de dette accumulée, a affirmé hier le ministre des Finances, Michel Audet.

À l'issue de la première de deux journées de consultations prébudgétaires, M. Audet a retenu les observations de l'économiste Pierre Fortin. " Il y a urgence de s'interroger sur l'ampleur de la dette et la façon de gérer ce problème ", a-t-il soutenu.

" Cela ne veut pas dire qu'on va rembourser en trois ans, c'est un dossier à très long terme ", a expliqué M. Audet, ajoutant que le vieillissement de la population du Québec allait rapidement faire porter un fardeau important aux salariés, de moins en moins nombreux. Des 117 milliards de dette accumulée, 87 milliards viennent des déficits ajoutés année après année par les gouvernements, et le reste vient des emprunts liés aux dépenses d'immobilisation.

Hier, le ministre a toutefois eu droit à des avis diamétralement opposés. La présidente par intérim du Conseil du patronat, Diane Bellemare, a suggéré que Québec augmente et multiplie sa tarification grâce à l'électricité et aux péages routiers. Elle suggère aussi à M. Audet de réclamer le point de pourcentage d'espace fiscal que s'est engagé à libérer le gouvernement de Stephen Harper à même une baisse de la TPS. Chaque point de pourcentage signifie 900 millions de recettes.

" Toutes des choses populaires... Merci beaucoup ", a ironisé M. Audet à la fin de la journée.

Selon Pierre Fortin, entre 2004 et 2031, le taux d'emploi diminuera de 14 %, tandis que les dépenses de santé augmenteront de 45 %, la quadrature du cercle pour les futurs gouvernements québécois. M. Fortin réfute l'argument de plusieurs économistes voulant que la dette se résorbe d'elle-même, à mesure qu'augmentera le PIB. " Pour prévenir un massacre fiscal et des coupes radicales dans les services publics, une seule solution: faire des surplus et rembourser la dette ", précise M. Fortin.

Hier, M. Audet est resté bien circonspect devant l'idée d'adopter une loi pour forcer le gouvernement à rembourser sa dette, une idée populaire du côté des groupes économiques.

Les centrales syndicales et les groupes sociaux ont manifesté un avis différent. " Il y a un déficit humain, c'est ce que le gouvernement devrait régler d'abord ", a lancé Vivian Labrie, du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Elle rappelle que Québec a pris de l'argent aux plus démunis, en annulant par exemple une déduction aux bénéficiaires de l'aide sociale, pour donner la même mesure, quelques mois plus tard, aux salariés.

M. Audet a dit clairement qu'il n'était pas question pour Québec d'occuper l'espace libéré par Ottawa avec la TPS. " Les gens s'attendent à une baisse de taxes ", a-t-il expliqué.

Réjean Parent, président de la CSQ, n'a pas manqué de rappeler que Québec soutenait qu'il n'avait aucune marge de manoeuvre tant qu'il n'avait pas réglé avec les centrales du secteur public. Or, une fois les conditions imposées, le même gouvernement envisage un fonds consacré à la réduction de la dette, dénonce le syndicaliste, qui accuse le ministre d'avoir un langage ambigu. Le gouvernement veut créer une psychose de la dette et oublie constamment les actifs, souligne-t-il. Comme Claudette Carbonneau, de la CSN, M. Parent croit que les contribuables n'ont pas les moyens de payer davantage pour rembourser la dette.

Michel Audet rappelle toutefois que le règlement, même forcé, des conventions collectives, coûtera 1,4 milliard de plus au gouvernement pendant la prochaine année financière.




Le Québec emprunte aux Mexicains

Pierre Langlois
Le Devoir vendredi 3 février 2006

Le ministère des Finances vient de conclure le premier emprunt de son histoire sur le marché financier mexicain. Cet emprunt d'une valeur de 1,5 milliard de pesos et d'une échéance de dix ans a été fait moyennant un coût de 4,56 %, ce qui est plus avantageux que le financement proposé par les marchés canadiens.

Au-delà des avantages financiers consentis par le marché mexicain, cet emprunt vient concrétiser le cul-de-sac financier dans lequel est plongé le Québec depuis plus de 20 ans. Malgré l'atteinte de l'équilibre budgétaire en 1998, le Québec continue de s'endetter tout en voyant son nombre potentiel de contribuables diminuer d'ici quelques années. Le Québec a besoin d'un plan de résorption de la dette publique immédiatement.

Évidemment, on ne peut pas dissocier les effets du déséquilibre fiscal de la situation d'endettement du Québec. Le mauvais partage de l'assiette fiscale entre Ottawa et Québec est en partie responsable de ce dérapage financier. L'élection d'un gouvernement conservateur est un pas dans la bonne direction, mais encore faudra-t-il que ce dernier s'entende avec l'ensemble des provinces.

Celles-ci reconnaissent l'existence du déséquilibre fiscal par le truchement du Conseil de la fédération, mais les moyens de correction ne semblent pas être uniformes. Les premiers ministres Harper et Charest doivent prendre conscience de l'urgence de la situation.

Mauvais choix passés

Le déséquilibre fiscal n'explique pas à lui seul la situation précaire des finances publiques québécoises. Les mauvais choix financiers des précédentes générations ont aussi pesé lourd dans l'endettement collectif des Québécois. Entre 1975 et 1994, les gouvernements qui se sont succédé ont mis en place une inéquation dangereuse, alliant diminutions fiscales, augmentation des dépenses courantes et déficits galopants.

La fin de la récréation a été sonnée par le gouvernement de Daniel Johnson alors que le déficit atteignait quelque six milliards. Lucien Bouchard a par la suite poursuivi avec la loi antidéficit, mais le mal était fait. Comment régler le tout? Les solutions ne sont pas nombreuses et seront douloureuses.

Déjà, le groupe des lucides sous le leadership de Lucien Bouchard a proposé une augmentation des tarifs hydroélectriques et une augmentation de la taxe de vente. Jacques Ménard a quant à lui proposé l'instauration d'une taxe santé, un peu comme vient de le faire le gouvernement McGuinty. Le Québec aura aussi à regarder du côté de la Régie des rentes. Les baby-boomers qui prendront bientôt leur retraite pourraient aussi être mis à contribution. La solidarité intergénérationnelle doit prendre une forme concrète.

L'économie québécoise va plutôt bien depuis quelques années, le taux de chômage et le taux d'emploi étant presque à des niveaux historiques. Face à cette conjoncture économique positive, il est temps de planifier correctement le remboursement de nos dettes. C'est d'ailleurs ce qu'on tente d'enseigner aux adolescents dans les cours d'économie familiale au secondaire: faire un bon usage du crédit!

Pierre Langlois : Économiste qui a notamment travaillé au ministère des Finances du Québec et au Conference Board du Canada




Swedish lessons for the west's leftwing parties

John Lloyd
Financial Times 3 February 2006

A spectre is haunting social democracy: the spectre of its clone. The clone calls itself conservativism.

In Canada, Stephen Harper, the Conservative leader, won a general election against the centre-leftist Liberals by portraying himself and his party as - in the words of the Globe and Mail - "the folks down the block, hockey dads, soccer moms, moderate 'small-c' conservatives, middle class, slightly bland, definitely not scary". In the previous election, Mr Harper had been "scary" for Canadians: too neo-liberal, too pro-American, too zealously religious. He changed.

In Britain, a new Conservative leader, David Cameron, stakes out centrist ground, talking of "modern compassionate Conservatism". He is unafraid to agree with Labour - more precisely, with Tony Blair - on such issues as school reform, and does not seem to mind appearing left of Mr Blair on issues such as poverty and aid.

But it is in the Scandinavian states that the political shift has been the most marked - and probably started first. In Denmark, Finland, Norway and Sweden, parties that once attempted a version of Thatcherism now offer paler pink versions of the centre-leftism that has been a dominant post-war trend in most of these states.

Sweden is the biggest shock. The state has taxes at about the 65 per cent mark, an all-enveloping welfare state and transfer payments that account for about half of consumption and give the unemployed and the disabled a living barely lower than a paid job. Surely an opposition pledging tax cuts, lower welfare payments and more freedom to choose should do well?

On the contrary. The most recent of the very few governments of the right since the 1930s was that of Carl Bildt (1991-94) who took over at a time of financial turmoil and liberalised the economy, to a degree. He lost power to a Social Democrat-led coalition of the left: now in its 12th year, it faces an election in autumn - and will have to contend with a different kind of right: a right that looks like the coalition itself, only less "establishment".

When talking recently in his office, Sven Otto Litorin, the party secretary of the Moderates, the largest of the "bourgeois" parties, says, several times: "We're not a revolutionary party"; that "there's no point saying Sweden is doing badly: it's doing quite well"; and "we're not going to cut taxes - except for the low paid". He later reaches for a photograph showing the leaders of the four parties of the right having a jolly time in the snow near a modest home - "this was taken when we met to discuss strategy in a little lodge in the north of Sweden. At the same time the leaders of the Social Democrats were meeting at (prime minister) Goran Persson's mansion, coming and going in limousines". The story in (and out of) that picture is the one that the Moderates wish to brand in the Swedish consciousness: look at your peoples' party now.

Sweden's conservatives will not cut the higher taxes; they will not disturb the welfare state except slightly to lower some payments; they will not denationalise the still-extensive state industrial sector and will not encourage private schools. They will not disturb - at least not much - the decades-long creation of the world's most successful party of the left: the Swedish welfare state. People, they have discovered, like it.

The Social Democrats do not welcome this back-handed compliment. Marita Ulvskog, Mr Litorin's counterpart at the gleaming Social Democratic headquarters in the middle of Stockholm, says that their opponents' tax cuts will, sooner or later, favour the rich. "The moderates are copying us: they see that people don't like change. But there is a different vision at root: we have given people security so they welcome change: we've done it before when change was called "restructuring" and we can do it again when it's called "globalisation".

The Social Democrats have been in power too long to avoid being called establishment: and - as Ms Ulvskog admits - they have made too many compromises with capital to be seen as radical leftists. Swedish voters seem to like that, and the system they have created. But now, the right wing - in Sweden and elsewhere - is saying: we like it too, we'll just make it better.

In differing ways over the past two decades in the west, the parties of the left have come into the centre - and have outwitted the right when the latter did not follow them, because they could be branded as extreme. In Britain, Canada and Sweden, the right is denying the left that ground. So where will that leave the left?





Étude controversée sur les enfants en garderie

Pourquoi donner un nouveau coup de poing aux CPE?

Geneviève Léveillé, Ergothérapeute, maman de Laurence et membre du conseil d'administration du CPE Chatouille sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal
Le Devoir samedi 4 et dimanche 5 février 2006

On sait tous que les femmes ont la culpabilité facile. Les résultats de la récente étude sur les garderies, s'ils ont fait exploser le «culpabilitomètre» de plusieurs femmes, ont fait bondir mon agressivité et probablement le niveau d'anxiété de ma fille de quatre ans.

Je suis triste et profondément déçue qu'on interprète si froidement des chiffres qui dépeignent la réalité de milliers de familles québécoises mais surtout de milliers de jeunes êtres humains. Pour lire régulièrement des textes scientifiques dans le cadre de mon travail, je sais pertinemment que les résultats d'une recherche sérieuse pourront être renversés par trois autres études sérieuses dans les mois suivants.

Je dois vraiment vivre sur une autre planète ou faire du déni pathologique, mais la réalité que nous vivons ne ressemble pas aux conclusions de cette étude. Tous les jours, je croise des éducatrices aimantes mais fermes, à l'écoute des enfants et équitables envers chacun. Surtout, elles sont capables de mettre des limites et de les faire respecter, sans une once agressivité.

Je rencontre aussi des parents qui participent aux activités et aux sorties et qui sont soucieux de voir leurs enfants heureux. Souvent, je suis impressionnée par le calme qui règne dans les locaux où huit ou neuf enfants sont présents. Les enfants s'aiment, ça se voit, et ils sont aimés par les éducatrices... en plus des parents et de l'entourage. De l'amour, on ne peut jamais en avoir trop.

D'autres raisons

Depuis que j'ai entendu cette nouvelle, je m'interroge sur les raisons qui pourraient expliquer que les enfants soient plus anxieux ou plus agressifs. Jusqu'à maintenant, j'ai trouvé quelques éléments de réponse que je trouve humblement plus nuancés que les propos d'un certain pédiatre de renom...

D'abord, se pourrait-il que les enfants qui deviennent plus agressifs réagissent en fait aux limites qui leur sont imposées au centre de la petite enfance (CPE) et peut-être pas à la maison ? Se pourrait-il aussi que cette augmentation de l'anxiété provienne du fait que les parents sont probablement plus anxieux car ils doivent faire plus avec moins au travail depuis plusieurs années ? Et que dire de la télévision et des jeux vidéo qui censurent de moins en moins leur contenu violent ?

À mon entrée à l'école, en septembre 1978, j'ai subi un choc énorme. Je n'étais pas allée à la garderie et j'étais complètement perdue. Je me souviens clairement d'avoir eu une longue période d'insomnie. Je ne comprenais pas que les enfants ne soient pas tous gentils comme mes cousins, ma soeur ou mes voisins. J'étais très timide et je le suis restée très longtemps.

Aujourd'hui, je suis fière de voir en ma fille une enfant confiante, dotée d'opinions, à l'aise en public, enjouée et allumée. Rien à voir avec ce qui est présenté dans cette étude. Je crois que mon chum et moi donnons une bonne éducation à notre fille, mais le coup de main du CPE est, à mon avis, énorme.

On ne peut pas éviter la vie en société à nos enfants. Ils doivent développer des habiletés sociales, et s'ils ne le font pas grâce aux CPE, ils devront le faire à l'école. À ce moment, ils feront face à enfants qui ont fréquenté les CPE et qui ont une longueur d'avance en matière de négociation, d'affirmation, de tact...

Il y a toujours eu des «tyrans de cour d'école». Je me félicite que ma fille puisse, lorsqu'elle y sera, affronter les moqueries et maintenir son estime de soi. Le travail des parents n'est-il pas de reprendre ce que l'enfant vit (au CPE ou à l'école), de l'amener à comprendre certaines réactions et d'y réagir adéquatement ?

La ministre Théberge voit dans ces résultats un voyant rouge... J'y vois plutôt l'occasion pour le gouvernement de faire encore plus mal à ce réseau qui semble être devenu son bouc émissaire.





Les résultats du Bloc québécois aux élections fédérales

Au-delà des chiffres, il y a des gagnants

Vivian Barbot, Élue du Bloc québécois dans la circonscription de Papineau
Le Devoir samedi 4 et dimanche 5 février 2006

Depuis le 23 janvier dernier, les analystes de la scène politique étayent une théorie voulant que le Bloc québécois n'ait fait aucun gain significatif au sein des groupes ethnoculturels de Montréal.

Il ne faut pas céder à la tentation d'occulter, derrière l'analyse purement mathématique des résultats comme on l'a vu dans un article en une du Devoir du 27 janvier, les avancées importantes pour la démocratie qui ont été faites lors des élections qui viennent d'avoir lieu. Au-delà des chiffres, il y a des gens qui se considèrent québécois sans exception et qui se sont affichés publiquement en militant pour le Bloc québécois. Selon nous, aucune formule mathématique, qu'elle tienne compte ou non de la division du vote, ne peut faire abstraction du résultat net de ce scrutin et ne peut transformer cette victoire en défaite.

En effet, comment le Bloc québécois pourrait-il être perdant avec 51 sièges et plus de 42 % du vote populaire ? Comment pourrions-nous être perdants en remportant, grâce à l'appui de nouveaux militants des différentes communautés, des circonscriptions comme Jeanne-Le Ber, Papineau, Ahuntsic ou Brossard-La Prairie ?

Citons pour mémoire quelques-uns des organismes et membres des communautés qui nous ont donné leur appui pendant la campagne électorale, dont le Regroupement des jeunes entrepreneurs professionnels d'origine haïtienne, les coprésidents de l'organisme Palestiniens et Juifs unis (PAJU), Marjorie Villefranche, directrice des programmes à la Maison d'Haïti, et Walter Tom, le président du Comité de redressement des payeurs de la taxe d'entrée.

Le résultat net du 23 janvier, c'est que le Bloc québécois compte actuellement dans ses rangs la première députée sino-québécoise du Québec et le premier Québécois d'origine africaine élu à la Chambre des communes, auxquels il vient de joindre une députée d'origine libanaise et la première députée d'origine haïtienne. C'est un gain important, fruit des efforts déployés par le Bloc québécois et son chef, Gilles Duceppe, pour proposer un projet moderne qui rejoint la population dans toute sa diversité.

Plus jamais pour acquis

Depuis le 23 janvier, le vote des personnes issues de l'immigration ne pourra plus jamais être tenu pour acquis par les grands partis politiques fédéralistes. Il s'exprime désormais aussi en faveur d'une diversité de points de vue politiques. Et briser le monolithisme des idées est sain pour notre démocratie.

Ce sont d'abord les membres des communautés locales qui élisent les députés. Ceux-ci deviennent alors la voix de leurs électeurs. Dans la région montréalaise, où on retrouve 80 % des immigrants installés au Québec, il était plus que temps, pour la santé de notre espace démocratique, que des personnes d'origines diverses puissent aussi proposer à leurs concitoyens une autre vision du débat public.

L'enthousiasme que nous avons senti tout au long de la campagne, les appuis officiels que nous avons reçus et le désir d'un nombre grandissant de personnes de participer aussi à la scène politique constituent des acquis pour le Bloc québécois auprès des gens issus de l'immigration. J'entends consolider cet intérêt dans le cadre du mandat que m'a confié Gilles Duceppe, soit de rallier un nombre encore plus grand de Québécois de toutes origines.

En somme, au-delà des analyses mathématiques fines, ce que la campagne et les résultats du scrutin du 23 janvier dernier nous démontrent, c'est que par-delà l'origine ethnique, de plus en plus de personnes reconnaissent que les porte-parole du Bloc québécois sont les plus aptes à les représenter sur la scène fédérale.





Les résultats du Bloc québécois aux élections fédérales

Oui, la montagne a bougé!

Maxime Pedneaud-Jobin, Gatineau, secteur Buckingham
Le Devoir samedi 4 et dimanche 5 février 2006

Dans une analyse superficielle, Le Devoir du 27 janvier affirme que la victoire historique du Bloc québécois dans certaines circonscriptions de Montréal et de l'Outaouais n'en est pas une, qu'elle ne relève que de la division du vote. Pour l'Outaouais, c'est une erreur grossière. Depuis presque 20 ans, en Outaouais, le vote fédéraliste était indivisible: il ne l'est plus. C'est une révolution. [...]

En octobre dernier, les chercheurs Gagné et Langlois, de l'Université Laval, nous apprenaient qu'en Outaouais, l'appui à la souveraineté aurait fait un bond considérable, passant de 27,5 % le jour du référendum à des intentions de vote qui s'élèveraient maintenant à 40,3 %. En 2004, dans Hull-Aylmer [...], le Bloc québécois perdait par 800 voix après avoir essuyé la défaite par 13 000 voix dix ans aupar-avant. Le 23 janvier dernier, les libéraux n'ont conservé qu'une seule circonscription dans la région, perdant l'une au profit des bloquistes et l'autre aux mains des conservateurs.

Exemple plus puissant encore : en novembre 2005, lors de l'élection à la mairie de Gatineau, presque tout le leadership outaouais était derrière le maire en poste, Yves Ducharme. Sa défaite sans équivoque a représenté la première rupture radicale en 25 ans entre les électeurs de l'Outaouais et leurs élites politiques et économiques. Oui, la montagne bouge.

Pourquoi ce changement ?

En 1992, on évaluait que 30 % de la consommation de biens culturels par les citoyens de l'Outaouais se faisait à Ottawa. Depuis cette époque, le changement est radical. En 1992, la Maison de la culture et le Théâtre du Casino n'existaient pas. À eux seuls, ils représentent maintenant 265 000 billets vendus par année. Depuis la création du Grand Gatineau, toutes les salles à vocation culturelle ont vu leur achalandage augmenter sensiblement. Plus encore, il y a dix ans, Ottawa attirait 37 % des cinéphiles québécois alors qu'aujourd'hui, sa part est négligeable. [...]

Le changement est tout aussi radical dans le commerce au détail. Les fuites commerciales vers Ottawa sont passées de plus de 40 % au début des années 90 à 5 ou 10 % aujourd'hui. C'est tout le quotidien des gens d'ici qui est davantage tourné vers l'Outaouais.

Même phénomène en santé et en éducation. En 1982, l'Outaouais n'était autosuffisant en matière de soins de santé qu'à 60 %. Aujourd'hui, la région traite 86 % de ses patients. En éducation, entre 1992 et 2005, la population étudiante de l'Université du Québec en Outaouais a doublé alors que le nombre de programmes offerts s'est multiplié d'autant, évitant quantité d'inscriptions à Ottawa. [...]

Une nouvelle voix politique

En 1992, 40 % des travailleurs de l'Outaouais travaillaient dans Ottawa-Carleton (secteurs privé et public confondus). Aujourd'hui, selon Emploi Québec, cette proportion est tombée à 33,4 %. C'est une baisse considérable, d'autant plus que, pour y arriver, nous avons dû compenser l'embauche massive par les entreprises d'Ottawa en haute technologie.

Finalement, sur le front politique, la création, en 2001, de la nouvelle ville de Gatineau a permis à la région de se donner une voix politique plus forte que jamais, une voix qui porte loin les aspirations de la région et qui renforce considérablement son sentiment d'appartenance. [...] La définition même de la région change. Nous sommes maintenant «de l'Outaouais» alors qu'il y a peu, nous étions «d'Ottawa-Hull». [...]

Oui, la victoire du Bloc est historique. Pour la région, c'est la plus grande nouvelle en politique régionale depuis 30 ans. Plus personne ne peut nous tenir pour acquis. Cela décuple notre force politique. Pour le Québec aussi, la nouvelle est cruciale : chaque point de pourcentage gagné en Outaouais par les souverainistes équivaut à 14 000 votes. Si ce n'est pas dans la ville de Québec, ce sera peut-être en Outaouais que la prochaine bataille référendaire sera gagnée ou perdue.




Attention ! Danger de dérive à droite !

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 166, 4 février 2006

L’analyse et l’interprétation des résultats du dernier scrutin fédéral sont fort révélatrices des tensions qui existent au sein du mouvement souverainiste. S’appuyant sur les progrès enregistrés par le Parti conservateur, certains veulent tirer la couverte vers la droite. C’est le cas de Patrick Bourgeois, le rédacteur en chef du journal Le Québécois.

Avec de savants calculs appuyés sur le fait que le Bloc a remisé sous le tapis la promotion de l’indépendance au cours de la campagne, ce qui aurait amené les indépendantistes de droite à appuyer Harper, ceux de gauche à voter Layton et les «purs et durs» à rester chez eux, Bourgeois réfute les propos du chroniqueur Alain Dubuc de La Presse qui proclame que «les indépendantistes ont mangé toute une claque».

Si le vote ne peut être interprété, selon Bourgeois, comme un affaiblissement de l’idéal de la souveraineté, il serait par contre révélateur d’un glissement de l’électorat vers la droite dont doivent tenir compte les forces souverainistes. Autrement dit, c’est la gauche qui «a mangé toute une claque».

«Il apparaît plus évident que jamais que les gains que le mouvement indépendantiste peut faire au Québec sont aujourd’hui plus importants à droite qu’à gauche», écrit Bourgeois en soulignant que les Conservateurs ont obtenu 24,6% des suffrages contre 11,5% pour le NPD et les Verts. Il en déduit que les partis souveranistes auraient avantage à «se rapprocher du centre politique», un joli euphémisme pour dire que le Parti Québécois et le Bloc Québécois doivent virer à droite.

Qu’est-ce à dire, monsieur Bourgeois ? Que le PQ et le Bloc doivent davantage se rapprocher des valeurs de la majorité silencieuse? Et de quelles valeurs parle-t-on? De celles que nous révèlent et vont continuer de nous révéler les maisons de sondage et les instituts de recherche comme l’Institut économique de Montréal, le C.D. Howe Institute, le Fraser Institute ?

Déjà, le C.D. Howe vient de rendre public les résultats d’une étude qui nous dit que les garderies au Québec augmentent l’agressivité des enfants, une étude taillée sur mesure pour justifier le programme conservateur qui prône le démantèlement du réseau des garderies et son remplacement par une subvention de 1200 $ par enfant. Une mesure qui sera fort populaire dans certaines couches de la population. Croyez-vous, monsieur Bourgeois, que le PQ et le BQ devraient appuyer l’initiative conservatrice pour «se rapprocher du centre politique» ?

Quelles positions doivent prendre le PQ et le BQ lorsque les études et les sondages « scientifiques » nous apprennent que la population est pour «plus de privé dans la santé», le «maintien des subventions aux écoles privées», le « retour au travail forcé des assistés sociaux», la «hausse des frais de scolarité», «l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec», «les PPP dans la gestion de l’eau», «la priorité au remboursement de la dette», «la réduction du fardeau fiscal des entreprises», et que «les syndicats sont trop forts» et que les «environnementalistes sont responsables de la hausse du prix du pétrole»?

En passant, doit-on comprendre que ce sont ces positions que le journal Le Québécois défendra à l’avenir?

Quelle devra être la position des dirigeants du PQ et du BQ, monsieur Bourgeois, lorsque Stephen Harper demandera au CRTC de revoir sa décision afin de permettre à CHOI-FM de récupérer sa licence ? Devront-ils se joindre aux milliers d’auditeurs des radios-poubelles pour l’applaudir lorsqu’il proposera de réduire les pouvoirs du CRTC afin «de maximiser la liberté de choix et permettre une plus grande liberté d’expression» sur les ondes radiophoniques, comme le stipule le programme du Parti conservateur ?

À moins de vouloir jouer à l’autruche, nous savons bien que les succès des Conservateurs ne s’expliquent pas par le souci de la région de Québec et de la Beauce «d’être proche du pouvoir» (par l’élection d’André Arthur, peut-être ?!), ni par sa volonté de trouver une troisième voie «entre la corruption et la souveraineté», ni par sa «sagesse» innée.

Regardons les choses en face. Nous assistons à un phénomène bien connu aux États-Unis qui est à la base des succès des Républicains de George W. Bush : la prolifération des radios-poubelles, alimentée par les instituts de recherche de droite, les deux généreusement financés par les grandes corporations.

Que Jeff Filion - qui est allé étudié le phénomène des radios-poubelles aux États-Unis avant d’entreprendre sa carrière radiophonique à Québec - ait appuyé ouvertement la députée conservatrice Josée Verner; que Marie Saint-Laurent - qui a été la co-animatrice de Jeff Filion de 1999 à 2005 et qui le retrouvera bientôt sur les ondes de Radio-Pirate - ait été la directrice des communications du nouveau député conservateur Christian Paradis; que CHOI-FM ait appuyé ouvertement le Parti conservateur, tout cela n’est pas un hasard.

Et il est écrit dans le ciel que le Parti conservateur, qui doit absolument faire des gains au Québec pour s’assurer une majorité parlementaire, s’apprête à soutenir activement le développement de ce type de radios-poubelles.

Devant cela, quelle devrait être l’attitude du PQ, du Bloc et des forces souverainistes? Faire de la surenchère à droite avec les Conservateurs, les Libéraux et l’ADQ? Chercher à tomber dans les bonnes grâces de Jeff Filion et des autres animateurs-démagogues de radios-poubelles? Bonne chance !

La dérive à droite est et sera fédéraliste. Elle sera appuyée, soutenue et généreusement financée par les forces fédéralistes. Elle ne peut qu’affaiblir le mouvement souverainiste.

Mais les militantes et militants souverainistes ont la couenne dure. Après chaque recul, ils reprennent le bâton du pèlerin pour aller convaincre à nouveau leurs concitoyennes et concitoyens des bienfaits de la souveraineté.

Alors pourquoi abdiquer sur le plan social? Pourquoi ne pas s’inspirer de l’exemple de la députée de la circonscription de Québec, Christiane Gagnon, qui a été réélue grâce à l’appui des organisations communautaires auprès desquelles elle s’est impliquée au cours de son mandat?

Pourquoi ne pas chercher à convaincre celles et ceux qui sont temporairement sous l’influence des Conservateurs et des radio-poubelles des bienfaits des systèmes de santé et d’éducation publics, de l’importance de la gratuité scolaire pour l’égalité des chances de nos enfants, du rôle positif des organisations syndicales pour le maintien du pouvoir d’achat de l’ensemble de la population?

Pourquoi ne pas leur expliquer que c’est pour un mieux-être collectif que nous voulons la souveraineté? Et que, si l’on considère l’évolution politique du Canada, la souveraineté s’impose de plus en plus comme le seul cadre politique qui nous permettra d’édifier une société axée sur la satisfaction de nos besoins économiques, sociaux et culturels.




La gauche se marie : le PQ doit-il vraiment s'inquiéter ?

Patrick Bourgeois
Le Québécois, 4 février 2006

De passage à l'Université Laval la semaine dernière, l'ex-premier ministre du Québec et mentor des indépendantistes les plus convaincus, Jacques Parizeau, soutenait que ce n'est jamais une bonne nouvelle quand les forces souverainistes se divisent pour ainsi donner naissance à une nouvelle formation politique. M. Parizeau faisait alors référence à la création du nouveau parti de gauche de Françoise David, François Saillant et Amir Khadir. Ce parti qui se définit comme « écologiste, progressiste, féministe, démocrate, altermondialiste, souverainiste, solidaire et représentatif d'un Québec pluriel » (alouette!) en inquiète plus d'un dans le mouvement indépendantiste et au PQ en particulier, et ce, parce qu'on craint que les candidats qu'il présentera lors de la prochaine campagne électorale divisent le vote au profit des libéraux. Un peu comme cela s'est produit dans la circonscription d'Outremont, là où Léopaul Lauzon a permis à Jean Lapierre de s'en tirer avec les honneurs. La plupart des souverainistes auraient souhaité que cette gauche intègre les rangs du PQ au lieu de se donner son propre véhicule politique. Mais est-ce que cela aurait été vraiment une bonne chose pour le PQ? Rien n'est moins sûr.

Rien n'est moins sûr parce qu'en s'investissant au PQ, cette gauche qui a décidé de défendre des positions qui dépassent les limites de l'acceptable dans ce Québec radicalement centriste aurait joui d'un rapport de force considérable. Les figures emblématiques que sont les Françoise David et Amir Khadir, des militants très certainement exemplaires, auraient trouvé dans les militants tout aussi exemplaires du SPQ-libre (groupe politique de gauche évoluant au sein du PQ) de fidèles alliés. Main dans la main, ils seraient parvenus à exercer beaucoup d'influence sur les autres militants et la direction du PQ. Il y a un risque certain que ces derniers auraient fini par plier (relativement du moins) et accepter que leur parti dérive beaucoup trop vers la gauche pour que cela soit politiquement rentable.

Car il faut comprendre que le PQ ne peut pas se permettre d'adopter un programme radicalement à gauche (par exemples, la semaine de 4 jours et autres revenus de citoyenneté). Le centre-gauche (ce qui veut dire, à mes yeux, le keynésianisme et le maintien de services sociaux efficaces, mais cela sans rejeter dogmatiquement toute restructuration de ces derniers), voilà où le PQ doit faire son nid, car c'est à cette position du spectre politique qu'il est le mieux à même de regrouper la majeure partie des indépendantistes du Québec, et donc de prendre le pouvoir. Et ce n'est qu'en prenant le pouvoir que le PQ pourra débarrasser le Québec de la grosse droite néolibérale à Jean Charest, tout en empêchant celle de Mario Dumont de la remplacer (ce qui devrait satisfaire, en partie du moins, les progressistes), tout en faisant évoluer le projet d'indépendance du Québec.

Plus à gauche, le PQ risquerait bien sûr d'améliorer sa performance dans les deux ou trois circonscriptions du plateau Mont-Royal qu'il possède déjà et où l'Union des forces progressistes a accompli ses meilleures performances (15-20 %) en 2003. Mais par le fait même, il risquerait fort d'être balayé dans bon nombre de régions du Québec, là où les idées trop à gauche ne recueillent pas vraiment d'appuis. Dans de telles circonstances, ce serait ni plus ni moins que la droite fédéraliste qui tirerait les marrons du feu lors de la prochaine campagne électorale ! Il faut être un progressiste aveugle pour ne pas se rendre compte du recul politique qu'un tel dénouement imposerait au Québec.

Alors, il faut prendre une bonne respiration par le nez et se dire que si un PQ à saveur gauchiste améliorée ne parviendrait pas à s'implanter dans les régions du Québec, il est évident que le nouveau bébé de Françoise David et d'Amir Khadir ne le pourra pas davantage. La menace qui pèse sur le PQ et sur le projet indépendantiste est donc limitée. Très limitée, puisque tout ce que cette nouvelle formation politique pourra accomplir, c'est de nuire au PQ dans les deux ou trois mêmes circonscriptions du plateau Mont-Royal dont nous parlions plus haut. Pour le reste du Québec, le progressisme modéré du PQ sera beaucoup plus performant.

En fait, le plus grand danger qui pèse sur le mouvement indépendantiste actuellement, ce n'est pas le nouveau parti de gauche en tant que tel. Mais c'est bien davantage la propension de certains militants péquistes d'influence à toujours lorgner du côté de la gauche pour marquer de nouveaux points, ce qui ne peut se faire qu'en repoussant encore plus les nationalistes davantage au centre qui, pour le bien du projet indépendantiste, peuvent s'accommoder d'un PQ de centre-gauche, mais très certainement pas d'un PQ socialiste. L'arrivée du nouveau parti de gauche pourrait accentuer cette propension péquiste. Et c'est justement ça qu'il faut éviter. Mais heureusement, on peut penser qu'André Boisclair, identifié comme souverainiste du centre, empêchera une telle dérive.

Une fois que les nouveaux socialistes se seront brisés les dents lors des prochaines élections, le temps sera alors venu de récupérer leurs militants, eux qui auront alors compris que la meilleure façon de servir la gauche au Québec, c'est de le faire avec modération. Ce qui veut dire au PQ !

***


Réplique à Pierre Dubuc

Il y a tout juste quelques instants, j'ai reçu la toute dernière missive virtuelle de L'Aut'Journal. Pierre Dubuc m'y reproche d'être devenu néolibéral - rien de moins- tout simplement parce que j'ai osé dire, dans un texte récent, qu'il y avait un danger pour le mouvement indépendantiste d'adopter des positions radicalement à gauche, et ce, parce que - comme je le répète ci-haut d'ailleurs - on s'éloignerait ainsi de la majorité politique du Québec, et on réduirait d'autant nos chances d'être élus lors des prochaines élections. Ce qui ne veut bien sûr pas dire que j'accepte pour autant les idées de l'Institut économique de Montréal ou le programme de Jean Charest que Pierre Dubuc m'a fait endosser avec beaucoup de démagogie dans son texte. Je ne suis pas partisan d'un PQ néolibéral, je ne suis pas pour le rejet de l'Accord de Kyoto, je n'applaudis pas au programme des garderies des conservateurs, je ne suis pas pour une nouvelle hausse des tarifs d'électricité, je suis contre toute privatisation de l'eau, et je n'ai pas la photo de Stephen Harper ou de Preston Manning sur mon bureau. Loin s'en faut ! Bref, je suis d'une gauche qui se doit d'être moderne et modérée, et non pas d'une gauche sclérosée qui refuse de se remettre en question pour ainsi mieux envisager l'avenir.

En tentant de me faire passer pour un émule de Mario Dumont, Pierre Dubuc a fait preuve d'un dogmatisme stérile propre à une marginale partie de la gauche québécoise. Heureusement, la majorité des citoyens d'ici sont assez sages pour comprendre qu'on peut être à gauche (comme je le suis) et malgré tout critiquer la gauche. Ce qui ne fait pas de ceux qui se risquent à l'exercice des gens de droite. Après tout, l'évolution politique réside bien davantage dans l'autocritique que dans la conservation obstinée des idées d'hier qui semblent en réconforter plus d'un face aux défis que pose le monde d'aujourd'hui.





Essais québécois

Refonder la gauche

Louis Cornellier
Le Devoir 4 février 2006

Sociologue et professeur de philosophie, Pierre Mouterde est un militant engagé dans la lutte contre le néolibéralisme. En 2002, il publiait deux ouvrages énergiques qui s'inscrivaient dans ce mouvement. ADQ: voie sans issue, écrit en collaboration avec Jean-Claude St-Onge, critiquait sans ménagement l'idéologie des troupes de Mario Dumont et Quand l'utopie ne désarme pas - Les pratiques alternatives de la gauche latino-américaine explorait avec empathie les tentatives de recomposition de la gauche du sud du continent.

Avec Repenser l'action politique de gauche, Mouterde poursuit dans la même veine, mais dans un registre nettement plus savant. Essai de philosophie politique, cet ouvrage ambitieux entend, selon les mots du préfacier François Houtart, jeter les bases de «la reconstruction d'une cohérence intellectuelle» dans les rangs de la gauche et, pour ce faire, propose une «critique rationnelle» de l'héritage de cette famille politique, de même qu'une analyse de la conjoncture actuelle.

Notre époque, constate Mouterde, est caractérisée par un néolibéralisme conquérant contesté par des oppositions collectives fragmentées et incertaines. La volonté de changer cet état de fait existe bel et bien (manifestations antimondialisation, luttes de guérilla armée dans les pays en développement, grèves multiples et action communautaire au quotidien) mais elle bute sur «l'absence de point de repère véritable» et finit trop souvent par se réfugier dans un moralisme inoffensif. Ce dernier vient ainsi remplir le vide laissé par l'absence de perspectives politiques stimulantes, seules à même, pourtant, d'incarner les objectifs de la gauche. Comment, dans ces conditions, redonner des lettres de noblesse à l'action politique, aujourd'hui dévalorisée? Tel est, selon Mouterde, le vrai défi de l'actuelle gauche déboussolée.

Les trois «mouvements sociopolitiques antisystémiques» qui ont animé le XXe siècle - le communisme, la social-démocratie et le mouvement national-populiste de type décolonisateur - ont certes produit quelques fruits valables, mais ils ont aussi occasionné plusieurs désillusions qui ont contribué, à leurs façons, à faire le lit du fatalisme néolibéral. La dévalorisation du politique qui a résulté de ce processus s'accompagne aujourd'hui de tendances idéologiques qui rejettent la philosophie de l'émancipation propre à la gauche occidentale. Mouterde mentionne à cet égard l'engouement pour la sagesse individuelle qui méprise l'action collective et «évite la question de la transformation du réel» ainsi que l'idéologie de l'individu rebelle à la Michel Onfray, qui donne bonne conscience mais abandonne à leur sort les «multitudes prolétarisées». Dans sa version plus extrême, cette dévalorisation du politique peut aussi devenir la cause de tous les intégrismes.

Retournant aux racines grecques et judéo-chrétiennes de cette philosophie de l'émancipation dont il se fait le défenseur, Mouterde rappelle les deux «possibles» qui la fondent -- «ceux d'une libération historique et d'une action humaine émancipatrice» - et propose de renouer, en ce sens, avec une approche sociohistorique seule capable d'«unir, dans un même combat, lutte pour le bien-être et pour le redéploiement de nos facultés de sujets, au travers de la recherche de sens».

Une autre dimension de l'histoire

Et ce qui donne sens, justement, à l'action politique de gauche, c'est un rapport à l'histoire vécu en fonction des temps présents sur le mode de la responsabilité militante. Critique de l'historicisme hégélien et, dans une certaine mesure, de sa version marxiste, Mouterde s'inspire de Walter Benjamin pour mettre en avant une autre dimension de l'histoire: «Plutôt qu'une lente, régulière et inexorable avancée vers le Progrès, elle devient une série d'occasions manquées, de luttes défaites, d'espérances non réalisées.» Non pas une marche triomphale, inéluctable, à accélérer, donc, mais un réservoir de luttes avortées, menées par «des vaincus d'hier», qui restent à actualiser. Mouterde, dans une belle formule, parle «d'une mémoire querelleuse et réactivée à l'aune du présent, de ses conflits et dangers».

François Houtart, en préface, écrit que «c'est bien le capitalisme qu'il faut remplacera donnant ainsi à son projet de gauche une tonalité radicale qui évoque les révolutionnaires d'antan et discrédite un peu vite le réformisme. Pour éviter tout malentendu, toutefois, Mouterde précisera à plusieurs reprises qu'il s'agit de «penser la rupture sur le mode dëmocratique». Inspiré par le philosophe Jacques Rancière et le théoricien socialiste Antonio Gramsci, il insistera sur la nécessité de combiner les questions socioéconomiques et la question politique «parce qu'il faut pouvoir assurer à chacun des conditions économiques, sociales et culturelles relativement similaires pour parvenir à une pluralité politique effective, en somme pour permettre à tous d'avoir la même possibilité réelle de vivre leur citoyenneté, c'est-à-dire "le pouvoir de l'égal sur l'égal»». Aussi, Mouterde se dit donc partisan d'organisations politiques «des urnes et de la rue» parce que, sans l'union du social et du politique, la gauche se condamne à la fragmentation et à l'insignifiance.

Remarquablement intelligent et fin quand il s'agit de présenter et d'analyser à l'aide de concepts philosophiques et sociologiques, les processus historiques qui ont mené à l'impasse actuelle et les éléments généraux d'une refondation de la gauche, l'essai de Pierre Mouterde s'avère cependant décevant à l'heure de formuler des perspectives plus concrètes d'actions politiques. Son chapitre sur la situation québécoise, à cet égard, en désappointera plus d'un. On peut en effet y lire que le Parti québécois, d'un point de vue de gauche, est totalement discrédité, à la fois comme formation social-démocrate et cornme parti souverainiste, mais aussi que les solutions de rechange que sont l'UFP et Option citoyenne, néanmoins plus prometteuses, manquent pour l'instant de crédibilité et de cohérence. Ces critiques sont certes en partie recevables (encore que, dans le cas de celles réservées au PQ et à la social-démocratie en général, elles me semblent un peu courtes), mais on aurait aimé qu'elles s'accompagnent de quelques pistes d'actions plus précises. Sans fournir de recette, Mouterde aurait pu y aller, à titre d'exemples, de quelques suggestions qui auraient incarné les brillants principes qu'il défend.

Sur le plan philosophique, malgré un radicalisme antiréformiste intempestif, cet essai est souvent éclatant. Sur le plan pratique - ce n'est pas un détail, même si c'est une habitude, dans une logique de gauche -, il reste inachevé.

louiscornellier@parroinfo.net

REPENSER L'ACTION POLITIQUE DE GAUCHE,
ESSAI SUR L'ÉTHIQUE, LA POLITIQUE ET L'HISTOIRE
Pierre Mouterde
Écosociété Montréal, 2005, 200 pages




Vous que j’ai tant admiré...

Patrice Garant, Professeur émérite, Université Laval
Cyberpresse vendredi 3 février 2006

Vous que j’ai tant admiré à une certaine époque, vous dont le prestige est encore fort grand, vous me scandalisez ! Vous vous promenez dans les universités et les cégeps pour prêcher la souveraineté, semez auprès des jeunes le rêve par des propos dont la cohérence est souvent douteuse, en tenant des opinions que vous semblez prendre pour des vérités absolues, en tournant souvent les coins ronds. Je vous ai écouté attentivement à l’Université Laval, jeudi, pendant plus de deux heures. J’ai cherché dans vos éloquents propos des raisons qui me convaincraient de joindre le mouvement souverainiste. Je n’en ai pas trouvé.

Comme bien des souverainistes, vous parlez de fédéralisme en vous référant à une notion bien floue sinon galvaudée de ce qu’est une union fédérale véritable. Cela vous fait considérer l’Espagne comme un État fédéral parce que la Catalogne et le Pays basque, communautés autonomes selon le Titre 8 de la Constitution, ont conclu des arrangements avec Madrid, sanctionnés par une loi organique. Vous affirmez que toutes les fédérations multiculturelles ont des problèmes et sont au bord de l’éclatement, qu’il s’agisse de la Belgique, de l’Union de la Grande-Bretagne avec l’Écosse (quelle fédération !), du Canada ; vous oubliez de mentionner la Suisse, l’Inde, etc.

Or, vous savez bien que toutes les fédérations ont eu ou ont encore des problèmes de tensions internes qui finissent par se régler, d’une façon ou d’une autre, qu’il s’agisse des États-Unis, de l’Australie, de l’Afrique du Sud, du Mexique, de l’Inde, du Pakistan, de la Russie, de l’Allemagne pour ne citer que ceux-là ; croyez-vous qu’en Allemagne, il n’y a pas de tiraillements entre les länders de l’Ouest et ceux de l’Est ?

La fédération canadienne n’a pas le monopole des tensions. Ce qui importe cependant, c’est de se demander si les quelques 180 ou 200 États vivant en union fédérative y trouvent plus d’avantages que d’inconvénients. Or, ils en trouvent puisque plus du tiers de la population du globe vit en fédération.

Vous nous dites ensuite que l’option souverainiste n’a rien à voir avec les préoccupations économiques. C’est le « sentiment d’appartenance » qui compte ! Ainsi, par exemple, dites-vous, les gens de Sept-Îles peuvent très bien aspirer à devenir indépendants du Québec s’ils en ressentent le sentiment (la République de Sept-Îles !). Vous venez de légitimer ainsi la partition de l’Ouest anglophone de l’île de Montréal : ce n’est pas rien !

Quant aux millions de Québécois (50 % et plus) qui croient que l’appartenance au Canada se justifie encore tant pour des considérations économiques que culturelles, vous les considérez avec condescendance : ils n’ont pas encore compris. Or, ces Québécois fédéralistes ont compris que ce régime fédéral, certes assez centralisé, a permis à l’économie canadienne de donner des résultats étonnants.

Cette union économique et politique, première raison d’être du pacte de 1867, se porte encore remarquablement bien, si l’on compare sa performance avec celle des pays de l’OCDE ; la croissance économique y est forte, le marché financier performe remarquablement (Toronto a été la meilleure place boursière en 2005), le chômage est de niveau acceptable (6,4 %), le dollar est très solide, la position des entreprises canadiennes sur les marchés internationaux est enviable.

Mais cette performance économique favorisée par la centralisation a-t-elle eu des effets pervers, notamment en détruisant la diversité essentielle au régime fédératif ? Or, la culture du Québec, société distincte, n’a jamais été aussi vigoureuse et n’a jamais autant rayonné sur le plan international. La littérature et les divers autres modes d’expression culturelle du Québec ont vraiment conquis leur place au soleil ; la productivité littéraire ou cinématographique est en forte croissance.

Les universités québécoises, y compris l’Université Laval, sont universellement reconnues. Le système d’éducation a beaucoup progressé depuis un demi siècle. Montréal et Québec notamment sont devenus des lieux culturels de haut niveau. Le Québec a joué un rôle majeur dans l’établissement et le rayonnement de la francophonie internationale. La langue française au Québec est en position avantageuse grâce à la Charte de la langue française, qui maintenant respecte les normes généralement acceptées en droit constitutionnel comparé. La promotion de la culture québécoise a aussi, il faut l’admettre, largement bénéficié des institutions fédérales, qui ont tout simplement accompli leur mission biculturelle (Conseil des arts, CRSH, Radio-Canada, Téléfilm, etc.)

Vous avez raison, Monsieur Parizeau, quant vous estimez que la fédération canadienne pourrait mieux fonctionner, que les réformes avortées de Meech (1987-1990) ou de Charlottetown (1992) sont de mauvaise augure. Vous considérez avec scepticisme le troisième « beau risque » qui résulte du « fédéralisme d’ouverture » de M. Harper joint aux efforts du gouvernement Charest consécutifs au rapport Pelletier.

Mais, je crois toutefois que les fédéralistes québécois ne sont pas prêts à jeter le bébé avec l’eau du bain. En 1867, les pères francophones de la fédération n’ont pas hésité à créer un gouvernement central fort, nanti de vastes compétences économiques et financières, et ils se sont occupés de leur parlement et de leur gouvernement à Ottawa, sans complexe d’infériorité. Les Québécois de 2006 sont encore mieux équipés que leurs ancêtres de 1867 pour faire fonctionner ce vaste État, membre du G7. Monsieur Parizeau, vous vantez les mérites des petits États qui se multiplient sur la planète, mais bien peu de Québécois choisiraient la nationalité de la plupart de ces États ; au contraire, des millions de personnes de ces mêmes États accepteraient volontiers la citoyenneté canadienne, l’une des plus recherchées.

Rôle des québécois dans les scandales

La souveraineté nous débarrassera-t-elle d’un gouvernement fédéral arrogant, dépensier et même corrompu ? Mentionnons que le gouvernement de M. Chrétien n’a pas, dans l’histoire, le monopole de la corruption: avant l’enquête Gomery, il y a eu l’enquête Salvas ; les rapports annuels des vérificateurs tant fédéral que québécois nous révèlent hélas les vicissitudes de notre régime politique administratif. Dans la plupart des scandales dont on parle depuis une cinquantaine d’années, les Québécois ont joué hélas des rôles de premier plan… Est-ce que la souveraineté les auraient mis à l’abri de la tentation ? Les réformes du gouvernement Lévesque des années 80 et celles qu’envisage le gouvernement Harper en 2006 sont plus constructives que la remise en cause du fédéralisme.

Vous dites aux souverainistes sociaux-démocrates de gauche qu’il n’est pas opportun de former un nouveau parti politique au risque de diviser les forces et d’affaiblir l’option. Curieuse conception de la démocratie ! Est-ce que après l’indépendance, la République du Québec imposerait l’unipartisme ? Quant à la question du déséquilibre fiscal, la souveraineté le réglera par magie puisque le gouvernement du Québec touchera 100 % des impôts.

Nous pourrons alors vivre selon nos moyens, tout comme les Albertains ou les Ontariens le feront. Fini le partage ou la redistribution de la richesse qui est le propre du fédéralisme bien compris. Le Canada, s’il éclate, deviendra un continent à 10 vitesses. Ce sera le chacun pour soi. Pour un socio-démocrate, cela est dur à avaler ! À moins que l’on recommence, comme les Européens l’ont fait vers les années 50, à construire de peine et de misère une union économique, puis politique… qui sera éventuellement fédérale.

Je ne suis pas surpris d’entendre la totalité des mes amis européens (français, belges, allemands, italiens etc..), américains ou même sud-américains me dire qu’ils ne comprennent pas pourquoi des Québécois sont séparatistes. Seraient-ils tous si mal renseignés ?

Monsieur Parizeau, je vous ai applaudi à l’Université Laval, mais vous ne m’avez pas convaincu de faire le saut dans l’inconnu. Comme mes ancêtres, arrivés ici en 1665, je rêve d’un vaste pays, où les francophones hors Québec ne seront pas des étrangers (comme vous le dites), où les anglophones continueront à m’apporter la richesse de leur vitalité économique et culturelle et où ceux-ci pourront bénéficier de la présence unique d’un dynamique État fédéré francophone en Amérique, le Québec.